Mais délivrez-nous du Malin.

William-Adolphe Bouguereau (1825-1905) – Dante et Virgil en enfer (1850)

Nous poursuivons aujourd’hui notre parcours sur l’exhortation apostolique du pape François « Gaudete et Exhultate » en analysant le dernier des cinq chapitres qui composent ce texte. Assumant ce qui a été dit précédemment sur les différentes dimensions qu’il faut considérer aujourd’hui pour orienter notre vie sur un idéal de sainteté, le Pape poursuit son propos en démontrant la centralité du discernement individuel, spécialement pour débusquer les embûches de ceux qui veulent à tout prix notre perte : le Diable et ses démons.

Délivrez-nous du Malin

Le mal nous est familier. Nous le voyons dans les informations, les accidents, les injustices, etc. Nous en avons une expérience presque intuitive chaque fois que nous voyons que les choses devraient être autrement qu’elles le sont. Il est donc important de s’interroger sur la nature du mal. N’est-ce pas simplement l’absence de bien, de vérité et d’être ? Ou existe-t-il des forces qui travaillent à ce que le bien ne se réalise pas ? Devant le mal, certains en concluront que Dieu n’existe pas, d’autres, et c’est le cas des chrétiens, en concluent que le diable existe.  Celui dont, comme le disait Beaudelaire, « la plus belle des ruses est de vous persuader qu’il n’existe pas ! ».

Même s’il est omniprésent dans l’imaginaire cinématographique, le monde souvent cherche à ne pas tenir compte de cet être Malfaisant. En effet, « nous n’admettrons pas l’existence du diable si nous nous évertuons à regarder la vie seulement avec des critères empiriques et sans le sens du surnaturel » (no 160). Or, notre monde empreint de sécularisme cherche à répondre à la question du mystère du mal en trouvant des explications quantifiables et visibles. Sommes-nous bien avancés ? Ne court-on pas plutôt le risque de poser le blâme du mal en ce monde sur d’autres êtres humains ? Ne voyons-nous pas souvent des anathèmes être lancés gratuitement contre des opposants politiques, économiques, etc. ? Savoir que les seuls véritables ennemis de l’humanité sont les anges déchus ne nous libère-t-il pas de notre tendance à croire que « l’enfer c’est les autres » ? Comme le dit le Pape : « la conviction que ce pouvoir malin est parmi nous est ce qui nous permet de comprendre pourquoi le mal a parfois tant de force destructrice. » (no 160).

Malheureusement, on a aussi tendance à cacher l’existence du Malin dans nos communautés chrétiennes. En effet, certains courants théologiques ont bien souvent présenté le Diable comme n’étant, en définitive, « qu’un mythe, une représentation, un symbole, une figure ou une idée » (no 161). Or, nous dit le Pape :

Cette erreur nous conduit à baisser les bras, à relâcher l’attention et à être plus exposés. Il n’a pas besoin de nous posséder. Il nous empoisonne par la haine, par la tristesse, par l’envie, par les vices. Et ainsi, alors que nous baissons la garde, il en profite pour détruire notre vie, nos familles et nos communautés, car il rôde « comme un lion rugissant cherchant qui dévorer » (1P 5, 8). (no 161).

Sans se faire des peurs outre mesure, nous devons réintégrer l’agir du Diable dans notre conception chrétienne et nos pratiques ecclésiales. Nous y trouverons ainsi une réponse adéquate au mal qui nous touche tous et nous serons davantage conscient de notre dépendance à la Grâce divine présente dans la Parole de Dieu, dans les sacrements et l’exercice des vertus, spécialement de la Charité et qui sont des « armes puissantes que le Seigneur nous donne » (no 162).

Un discernement nécessaire

Nous en avons déjà parlé, le discernement est, pour le pape François, un outil redoutable dans notre combat personnel pour la sainteté. Or, savoir que le Lucifer est, ultimement, la cause de tous les maux est une chose. Savoir le reconnaître en est une autre. En effet, étant un « être personnel qui nous harcèle [ et qui ] nous empoisonne par la haine, par la tristesse, par l’envie, par les vices » (no 160-161), nous pouvons être certains que son génie, bien plus puissant que tous nos plus brillants cerveaux, cherche à nous tromper en nous présentant le péché sous l’apparence du bien.

En ce sens, le Pape nous met particulièrement en garde contre notre propension actuelle à chercher disproportionnément le changement ou l’immobilisme. C’est deux attitudes qui, comme dans le chapitre précédent, concernent notre rapport au temps si névralgique dans nos sociétés ou tout va vite. En effet, nous dit le Pape, le discernement est important :

 « Quand apparaît une nouveauté dans notre vie et qu’il faudrait alors discerner pour savoir s’il s’agit du vin nouveau de Dieu ou bien d’une nouveauté trompeuse de l’esprit du monde ou de l’esprit du diable. En d’autres occasions, il arrive le contraire, parce que les forces du mal nous induisent à ne pas changer, à laisser les choses comme elles sont, à choisir l’immobilisme et la rigidité. » (no 168).

Ainsi, cette habitude à garder une saine et sage distance devant les événements de la vie pourra nous aider à ne pas faire l’erreur de nous laisser « anfirouaper » par les manœuvres du « prince de ce monde ».

Comme nous avons pu le constater à travers notre lecture de l’exhortation apostolique « Gaudete et Exhultate » du pape François, la sainteté est une réalité accessible pour nous tous à condition que nous acceptions de faire confiance à la Toute-puissance transformante de Dieu qui, malgré notre faiblesse, nous tend la main sans condition en autant que nous lui répondions par un oui sincère et quotidien. Mon intention n’était évidemment pas de présenter le texte de manière exhaustive, je vous invite à le lire et le méditer durant l’été, ce moment de l’année propice au silence et à la méditation. Bonne lecture !

Homélie du pape François pour la Pentecôte 2018

CNS photo/Paul Haring

Vous trouverez ci-dessous le texte complet de l’homélie du pape François lors de la célébration de la Solennité de la Pentecôte en la basilique Saint-Pierre de Rome:

Dans la première Lecture de la liturgie d’aujourd’hui, la venue de l’Esprit Saint à la Pentecôte est comparée à « un violent coup de vent » (Ac 2, 2). Que nous dit cette image ? Le coup de vent violent fait penser à une grande force, mais qui n’est pas une fin en soi : c’est une force qui change la réalité. Le vent, en effet, apporte du changement : des courants chauds quand il fait froid, des courants frais quand il fait chaud, la pluie quand il fait sec…Ainsi fait-il. L’Esprit Saint aussi, à un tout autre niveau, fait de même : il est la force divine qui change, qui change le monde. La Séquence nous l’a rappelé : l’Esprit est « dans le labeur, le repos, dans les pleurs, le réconfort » ; et nous le supplions ainsi : « Lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé ». Il entre dans les situations et les transforme ; il change les cœurs et il change les événements.

Il change les cœurs. Jésus avait dit à ses Apôtres : « Vous allez recevoir une force quand le Saint Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins » (Ac 1, 8). Et il en fut exactement ainsi : ces disciples, auparavant craintifs, confinés dans une chambre fermée même après la résurrection du Maître, sont transformés par l’Esprit et, comme Jésus l’annonce dans l’Évangile de ce jour, lui rendent témoignage (cf. Jn 15, 27). Titubants, ils sont devenus courageux et, en partant de Jérusalem, ils vont aux confins du monde. Craintifs quand Jésus était parmi eux, ils sont devenus audacieux sans lui, car l’Esprit a changé leurs cœurs.

L’Esprit libère les esprits paralysés par la peur. Il vainc les résistances. À celui qui se contente de demi-mesures, il donne des élans de don. Il dilate les cœurs étriqués. Il pousse au service celui qui se vautre dans le confort. Il fait marcher celui qui croit être arrivé. Il fait rêver celui qui est gagné par la tiédeur. Voilà le changement du cœur. Beaucoup promettent des saisons de changement, de nouveaux départs, de prodigieux renouvellements, mais l’expérience enseigne qu’aucune tentative terrestre de changer les choses ne satisfait pleinement le cœur de l’homme. Le changement de l’Esprit est différent : il ne révolutionne pas la vie autour de nous, mais il change notre cœur ; il ne nous libère pas d’un seul coup des problèmes, mais il nous libère intérieurement pour les affronter ; il ne nous donne pas tout immédiatement, mais il nous fait marcher avec confiance, sans jamais nous lasser de la vie. L’Esprit garde le cœur jeune –c’est lui qui en renouvelle la jeunesse. La jeunesse, malgré tous les efforts pour la prolonger, passe tôt ou tard ; c’est l’Esprit qui, au contraire, prémunit contre l’unique vieillissement malsain, le vieillissement intérieur. Comment procède-t-il ? En renouvelant le cœur, en le transformant de pécheur en pardonné. Voilà le grand changement : de coupables, il nous fait devenir des justes et ainsi tout change, car esclaves du péché nous devenons libres, serviteurs nous devenons des fils, marginalisés nous devenons des personnes importantes, déçus nous devenons des personnes remplies d’espérance. Ainsi, l’Esprit Saint fait renaître la joie, il fait ainsi fleurir la paix dans le cœur.

Aujourd’hui donc, nous apprenons ce qu’il faut faire quand nous avons besoin d’un vrai changement. Qui d’entre nous n’en a pas besoin ? Surtout quand nous sommes à terre, quand nous peinons sous le poids de la vie, quand nos faiblesses nous oppriment, quand aller de l’avant est difficile et aimer semble impossible. Alors, il nous faudrait un ‘‘fortifiant’’ efficace : c’est lui, la force de Dieu. C’est lui qui, comme nous le professons dans le ‘‘Credo’’, « donne la vie ». Comme il nous ferait du bien de prendre chaque jour ce fortifiant de vie ! Dire, au réveil : « Viens, Esprit Saint, viens dans mon cœur, viens dans ma journée ».

L’Esprit, après les cœurs, change les événements. Comme le vent souffle partout, de même il atteint également les situations les plus impensables. Dans les Actes des Apôtres – qui est un livre tout à découvrir, où l’Esprit est protagoniste – nous voyons un dynamisme continuel, riche de surprises. Quand les disciples ne s’y attendent pas, l’Esprit les envoie vers les païens. Il ouvre des chemins nouveaux, comme dans l’épisode du diacre Philippe. L’Esprit le pousse sur une route déserte, conduisant de Jérusalem à Gaza – comme ce nom sonne douloureusement aujourd’hui ! Que l’Esprit change les cœurs ainsi que les événements et apporte la paix en Terre sainte ! – Sur cette route, Philippe prêche au fonctionnaire éthiopien et le baptise ; ensuite l’Esprit le conduit à Ashdod, puis à Césarée : toujours dans de nouvelles situations, pour qu’il diffuse la nouveauté de Dieu. Il y a, en outre, Paul, qui « contraint par l’Esprit » (Ac 20, 22) voyage jusqu’aux confins lointains, en portant l’Évangile à des populations qu’il n’avait jamais vues. Quand il y a l’Esprit, il se passe toujours quelque chose, quand il souffle il n’y a pas d’accalmie, jamais !

Quand la vie de nos communautés traverse des périodes ‘‘d’essoufflement’’, où on préfère la quiétude de la maison à la nouveauté de Dieu, c’est un mauvais signe. Cela veut dire qu’on cherche un refuge contre le vent de l’Esprit. Quand on vit pour l’autoconservation et qu’on ne va pas vers ceux qui sont loin, ce n’est pas bon signe. L’Esprit souffle, mais nous baissons pavillon. Pourtant tant de fois nous l’avons vu faire des merveilles. Souvent, précisément dans les moments les plus obscurs, l’Esprit a suscité la sainteté la plus lumineuse ! Parce qu’il est l’âme de l’Eglise, il la ranime toujours par l’espérance, la comble de joie, la féconde de nouveautés, lui donne des germes de vie. C’est comme quand, dans une famille, naît un enfant : il bouleverse les horaires, fait perdre le sommeil, mais il apporte une joie qui renouvelle la vie, en la faisant progresser, en la dilatant dans l’amour. Voilà, l’Esprit apporte une ‘‘saveur d’enfance’’ dans l’Eglise! Il réalise des renaissances continuelles. Il ravive l’amour des débuts. L’Esprit rappelle à l’Église que, malgré ses siècles d’histoire, elle a toujours vingt ans, la jeune Épouse dont le Seigneur est éperdument amoureux. Ne nous lassons pas alors d’inviter l’Esprit dans nos milieux, de l’invoquer avant nos activités : « Viens, Esprit Saint ! ».

Il apportera sa force de changement, une force unique qui est, pour ainsi dire, en même temps centripète et centrifuge. Elle est centripète, c’est-à-dire qu’elle pousse vers le centre, car elle agit dans l’intime du cœur. Elle apporte l’unité dans ce qui est fragmentaire, la paix dans les afflictions, le courage dans les tentations. Paul le rappelle dans la Deuxième Lecture, en écrivant que le fruit de l’Esprit est joie, paix, fidélité, maîtrise de soi (cf. Ga 5, 22). L’Esprit donne l’intimité avec Dieu, la force intérieure pour aller de l’avant. Mais en même temps, il est une force centrifuge, c’est-à-dire qu’il pousse vers l’extérieur. Celui qui conduit vers le centre est le même qui envoie vers la périphérie, vers toute périphérie humaine ; celui qui nous révèle Dieu nous pousse vers nos frères. Il envoie, il fait de nous des témoins et pour cela il répand – écrit encore Paul – amour, bienveillance, bonté, douceur. Seulement dans l’Esprit Consolateur, nous disons des paroles de vie et encourageons vraiment les autres. Celui qui vit selon l’Esprit est dans cette tension spirituelle : il est tendu à la fois vers Dieu et vers le monde.

Demandons-lui d’être ainsi. Esprit Saint, vent impétueux de Dieu, souffle sur nous. Souffle dans nos cœurs et fais-nous respirer la tendresse du Père. Souffle sur l’Église et pousse-la vers les confins lointains afin que, guidée par toi, elle n’apporte rien d’autre que toi. Souffle sur le monde la tiédeur délicate de la paix et la fraicheur rénovatrice de l’espérance. Viens, Esprit Saint, change-nous intérieurement et renouvelle la face de la terre ! Amen.

[00801-FR.02] [Texte original: Italien]

Message du pape François pour la Journée missionnaire mondiale 2018

CNS photo/Paul Haring

Vous trouverez ci-dessous le texte officiel du Message du pape François pour la Journée mondiale missionnaire 2018:

Avec les jeunes, portons l’Évangile à tous

Chers jeunes, avec vous je désire réfléchir sur la mission que Jésus nous a confiée. En m’adressant à vous, j’entends inclure tous les chrétiens, qui vivent dans l’Eglise l’aventure de leur existence comme enfants de Dieu. Ce qui me pousse à parler à tous, en dialoguant avec vous, c’est la certitude que la foi chrétienne reste toujours jeune quand on s’ouvre à la mission que le Christ nous confie. « La mission renforce la foi » (Lett. Enc. Redemptoris missio, n. 2), a écrit saint Jean-Paul II, un Pape qui a beaucoup aimé les jeunes et leur a manifesté un grand dévouement.

L’occasion du Synode que nous célébrerons à Rome au mois d’octobre prochain, mois missionnaire, nous offre l’opportunité de mieux comprendre, à la lumière de la foi, ce que le Seigneur Jésus veut vous dire à vous les jeunes et, à travers vous, aux communautés chrétiennes.

La vie est une mission

Chaque homme et chaque femme est une mission, et c’est la raison pour laquelle on vit sur la terre. Etre attirés et être envoyés sont les deux mouvements que notre cœur, surtout quand on est jeune, sent comme des forces intérieures de l’amour qui promettent un avenir et poussent notre existence en avant. Personne autant que les jeunes ne sent combien la vie fait irruption et attire. Vivre avec joie sa propre responsabilité pour le monde est un grand défi. Je connais bien les lumières et les ombres propres au fait d’être jeunes, et si je pense à ma jeunesse et à ma famille, je me rappelle l’intensité de l’espérance pour un avenir meilleur. Le fait de ne pas nous trouver en ce monde par notre décision, nous laisse entrevoir qu’il y a une initiative qui nous précède et nous donne d’exister. Chacun de nous est appelé à réfléchir sur cette réalité : « Je suis une mission sur cette terre, et pour cela je suis dans ce monde » (Exh. ap. Evangelii gaudium, n. 273).

Nous vous annonçons Jésus Christ

L’Église, en annonçant ce qu’elle a gratuitement reçu (cf. Mt 10, 8 ; Ac 3, 6), peut partager avec vous les jeunes le chemin et la vérité qui conduisent à donner sens au fait de vivre sur cette terre. Jésus Christ, mort et ressuscité pour nous, s’offre à notre liberté et la provoque à chercher, à découvrir et à annoncer ce sens véritable et plénier. Chers jeunes, n’ayez pas peur du Christ et de son Eglise ! En eux se trouve le trésor qui remplit la vie de joie. Je vous le dis par expérience : grâce à la foi, j’ai trouvé le fondement de mes rêves et la force de les réaliser. J’ai vu beaucoup de souffrance, beaucoup de pauvreté défigurer les visages de tant de frères et sœurs. Pourtant, pour celui qui vit avec Jésus, le mal est une provocation à aimer toujours plus. Beaucoup d’hommes et de femmes, beaucoup de jeunes se sont généreusement donnés eux-mêmes, parfois jusqu’au martyre, par amour de l’Evangile, au service de leurs frères. De la croix de Jésus, découvrons la logique divine de l’offrande de nous- mêmes (cf. 1 Co 1, 17-25) comme annonce de l’Evangile pour la vie du monde (cf. Jn 3, 16). Être enflammés de l’amour du Christ consume celui qui brûle et fait grandir, illumine et réchauffe celui qu’on aime (cf. 2 Co 5, 14). A l’école des saints, qui nous ouvrent aux vastes horizons de Dieu, je vous invite à vous demander en toute circonstance : « Que ferait le Christ à ma place ? ».

Transmettre la foi jusqu’aux extrêmes confins de la terre

Vous aussi, les jeunes, par le Baptême vous êtes des membres vivants de l’Église, et ensemble nous avons la mission de porter l’Évangile à tous. Vous êtes en train de vous ouvrir à la vie. Grandir dans la grâce de la foi qui nous a été transmise par les Sacrements de l’Église nous associe à un grand nombre de générations de témoins, où la sagesse de celui qui a l’expérience devient un témoignage et un encouragement pour celui qui s’ouvre à l’avenir. Et la nouveauté des jeunes devient, à son tour, soutien et espérance pour celui qui est proche du but de son chemin. Dans la cohabitation des divers âges de la vie, la mission de l’Église construit des ponts entre les générations, grâce auxquels la foi en Dieu et l’amour pour le prochain constituent des facteurs d’unité profonde.

Cette transmission de la foi, cœur de la mission de l’Église, arrive donc par la “contagion” de l’amour, où la joie et l’enthousiasme expriment le sens retrouvé et plénier de la vie. La propagation de la foi par attraction exige des cœurs ouverts, dilatés par l’amour. À l’amour il n’est pas possible de mettre des limites : l’amour est fort comme la mort (cf. Ct 8, 6). Et une telle expansion suscite la rencontre, le témoignage, l’annonce ; elle suscite le partage dans la charité avec tous ceux qui, loin de la foi, se montrent indifférents à elle, parfois hostiles et opposés. Des milieux humains, culturels et religieux encore étrangers à l’Évangile de Jésus et à la présence sacramentelle de l’Église représentent les périphéries extrêmes, les “extrêmes confins de la terre”, vers lesquels, depuis la Pâque de Jésus, ses disciples missionnaires sont envoyés, dans la certitude d’avoir toujours leur Seigneur avec eux (cf. Mt 28, 20 ; Ac 1, 8). En cela consiste ce que nous appelons la missio ad gentes.

La périphérie la plus désolée de l’humanité qui a besoin du Christ est l’indifférence envers la foi ou encore la haine contre la plénitude divine de la vie. Chaque pauvreté matérielle et spirituelle, chaque discrimination de frères et de sœurs est toujours une conséquence du refus de Dieu et de son amour.

Les extrêmes confins de la terre, chers jeunes, sont pour vous aujourd’hui très relatifs et toujours facilement “navigables”. Le monde digital, les réseaux sociaux qui nous envahissent et nous traversent, diluent les confins, effacent les marges et les distances, réduisent les différences. Tout semble à portée de main, tout semble si proche et immédiat. Pourtant sans l’engagement du don de nos vies, nous pourrons avoir des myriades de contacts mais nous ne serons jamais plongés dans une véritable communion de vie. La mission jusqu’aux extrêmes confins de la terre exige le don de soi- même dans la vocation qui nous a été confiée par Celui qui nous a placés sur cette terre (cf. Lc 9, 23- 25). J’oserais dire que, pour un jeune qui veut suivre le Christ, l’essentiel est la recherche et l’adhésion à sa propre vocation.

Témoigner de l’amour

Je rends grâce pour toutes les réalités ecclésiales qui vous permettent de rencontrer personnellement le Christ vivant dans son Église : les paroisses, les associations, les mouvements, les communautés religieuses, les différentes expressions de service missionnaire. Beaucoup de jeunes trouvent dans le volontariat missionnaire, une forme pour servir les “plus petits” (cf. Mt 25, 40), promouvant la dignité humaine et témoignant de la joie d’aimer et d’être chrétiens. Ces expériences ecclésiales font en sorte que la formation de chacun ne soit pas seulement une préparation pour son propre succès professionnel, mais développe et prenne soin d’un don du Seigneur pour mieux servir les autres. Ces formes louables de service missionnaire temporaire sont un début fécond et, dans le discernement vocationnel, peuvent vous aider à vous décider pour un don total de vous-mêmes comme missionnaires.

De cœurs jeunes sont nées les Œuvres Pontificales Missionnaires, pour soutenir l’annonce de l’Évangile à tous les peuples, contribuant à la croissance humaine et culturelle de tant de populations assoiffées de Vérité. Les prières et les aides matérielles, qui sont généreusement données et distribuées à travers les OPM, aident le Saint-Siège à faire en sorte que ceux qui les reçoivent pour leurs propres besoins puissent à leur tour, être capables de porter témoignage dans leur milieu. Personne n’est si pauvre au point de ne pas pouvoir donner ce qu’il a, mais avant tout ce qu’il est. J’aime répéter l’exhortation que j’ai adressée aux jeunes chiliens : « Ne pense jamais que tu n’as rien à apporter, ou que tu ne manques à personne. Beaucoup de gens ont besoin de toi ; sache-le. Que chacun de vous le sache dans son cœur : beaucoup de gens ont besoin de moi » (Rencontre avec les jeunes, Sanctuaire de Maipu, 17 janvier 2018).

Chers jeunes, le prochain mois d’octobre missionnaire, au cours duquel se déroulera le Synode qui vous est dédié, sera une autre occasion pour nous donner d’être des disciples-missionnaires toujours plus passionnés pour Jésus et sa mission, jusqu’aux extrêmes confins de la terre. A Marie Reine des Apôtres, aux saints François Xavier et Thérèse de l’Enfant-Jésus, au bienheureux Paolo Manna, je demande d’intercéder pour nous tous et de nous accompagner toujours.

[Texte original: Français]

FRANCISCUS

Pour un christianisme à la hauteur des défis de notre époque

CNS photo/Tyrone Siu, Reuters

Poursuivant notre exploration de l’exhortation apostolique « Gaudete et Exsultate » du pape François, nous examinons aujourd’hui le chapitre 4 du document. Intitulé « Quelques caractéristiques de la sainteté dans le monde actuel », ce chapitre, comme son nom l’indique, souligne les différentes vertus requises par notre monde afin d’être des témoins crédibles de la Révélation pour nos contemporains.

Une sainteté adaptée

Cela est évident, la sainteté ne consiste ni en une acceptation béate des valeurs portées par une culture, une société ou une époque, ni en un refus pur et simple de ce que notre monde nous propose. Pour le pape François, le mot clef (et très ignacien) pour comprendre en quoi consiste aujourd’hui l’appel de Dieu pour chacun de nous est « discernement ». Ainsi, nous devons connaître et comprendre les beautés et les laideurs de notre temps pour en retirer le meilleur et en rejeter le mauvais.

Le document poursuit donc suivant cette méthode du discernement en dressant d’abord un portrait de la réalité qui nous entoure. À plusieurs égards, nous sommes plongés dans une société de la performance, extrêmement rapide qui laisse de moins en moins de place à la gratuité. Cherchant à monnayer chaque espace de la vie humaine, les relations, qui jusqu’alors avaient échappé au moule de l’économique, sont maintenant interprétées sous l’angle du profit ayant comme conséquence, entre autres, l’exclusion des personnes âgées qui sont soi-disant, des « fardeaux » pour la société. La virtualisation exponentielle ne faisant qu’accélérer ce processus d’accélération, nos sociétés cherchent désespérément une solution au mal intérieur qui nous travaille. Cette recherche désespérée mène souvent à de fausses solutions telles que les antidépresseurs, les drogues et les relations factices. Devant ce portrait des moins reluisants, l’Église nous appelle à découvrir et développer certaines vertus plus spécialement adaptées à notre époque.

Endurance, patience et douceur

Pour le pape François, il est clair que la sainteté, aujourd’hui, tout en étant accessible, n’est pas de tout repos. Elle requiert les trois vertus, que sont l’endurance, la patience et la douceur spécialement liées à notre rapport au temps qui nous semble si court aujourd’hui. Pendant que l’endurance nous permet de supporter des obstacles permanents sur notre chemin, la patience nous permet de tempérer notre besoin de satisfaire nos désirs. Quant à la douceur, elle vient ajuster notre caractère qui, lorsque nous subissons des contrariétés et exerçons de la patience et de l’endurance, nous retient de déverser sur les autres nos propres souffrances. Enfin, il est important de ne pas confondre ces vertus avec ce que le Saint-Père nomme « l’accoutumance » qui, elle,  nous empêche d’affronter le mal et nous incite à penser que « chercher à changer quelque chose n’a pas de sens, que nous ne pouvons rien faire face à cette situation, qu’il en a toujours été ainsi et que nous avons survécu malgré cela.[…]que les choses ‘‘soient ce qu’elles sont’’, ou ce que certains ont décidé qu’elles soient » (no 137).

Joie et sens de l’humour

À la rapidité explicitée plus haut, nous devons ajouter avec le Pape que notre monde est plongé dans une soif de consommation sans pareille de biens matériels. En effet, « dans cette culture se manifestent : l’anxiété nerveuse et violente qui nous disperse et nous affaiblit ; la négativité et la tristesse ; l’acédie commode, consumériste et égoïste ;  l’individualisme et de nombreuses formes de fausse spiritualité sans rencontre avec Dieu qui règnent dans le marché religieux actuel » (no 110). Devant cette réalité, on ne doit pas se surprendre du goût de notre monde pour les mauvaises nouvelles, les drames et la suspicion de tous contre tous. Dans un tel contexte, les chrétiens doivent vivre et manifester la joie qu’ils ont reçue gratuitement sans même l’avoir méritée. Le rire et le sens de l’humour étant des signes extérieurs de la joie du cœur, il est important de garder cette humilité qui nous rend capables de rire de nous-mêmes. Suivant les paroles de saint Thomas More nous pouvons dire « Seigneur, ne permets pas que je me fasse trop de souci pour cette chose encombrante que j’appelle ‘‘moi’’. Seigneur, donne-moi l’humour pour que je tire quelque bonheur de cette vie et en fasse profiter les autres. Ainsi soit-il ! » (no 126).

Audace et ferveur

Loin des stéréotypes répertoriés dans la culture populaire, la sainteté chrétienne n’a rien d’ennuyant ou d’ennuyeux. Il s’agit plutôt du don accepté et de la volonté ferme orientée par le Christ en faveur du bonheur éternel des âmes. Rappelons-nous l’histoire de sainte Jeanne d’Arc qui, faisant fi d’innombrables obstacles (même ceux dressés par l’Église établie par le Christ !) qui se dressaient devant elle, accepta sa vocation et la porta jusqu’au martyre du bûché. Rien de plus beau et de plus édifiant que l’histoire de cette jeune pucelle qui transforma le destin de nations entières par la Force divine nichée dans sa propre faiblesse. Quelle audace et quelle ferveur !

Or, « comme le prophète Jonas, nous avons en nous la tentation latente de fuir vers un endroit sûr qui peut avoir beaucoup de noms : individualisme, spiritualisme, repli dans de petits cercles, dépendance, routine, répétition de schémas préfixés, dogmatisme, nostalgie, pessimisme, refuge dans les normes (no 134)». Nous devons donc sortir de nous-mêmes, de nos habitudes, de nos doutes, de nos peurs, de nos scrupules et faire place à ce « Dieu qui est toujours une nouveauté » (no 135).

 

Comme nous venons de le voir, ce magnifique document du pape François nous montre que « L’Église n’a pas tant besoin de bureaucrates et de fonctionnaires, que de missionnaires passionnés, dévorés par l’enthousiasme de transmettre la vraie vie. Les saints surprennent, dérangent, parce que leurs vies nous invitent à sortir de la médiocrité tranquille et anesthésiante » (no 138)[6].Le document nous donne aussi les critères toujours nouveaux pour découvrir les saints qui sont encore parmi nous et qui nous aident à savoir comment devenir nous-mêmes, saints. Ainsi et seulement ainsi, le Christ pourra rayonner de nouveau dans ce monde qui en a grandement besoin.

Tous les saints sont « Pro-vie » !

CNS photo/Art Babych

Ce jeudi 10 mai 2018, des milliers de personnes se réuniront sur la Colline parlementaire, à Ottawa, pour manifester leur soutien à la cause de la promotion et de la défense de la dignité humaine et de la vie de la conception à la mort naturelle. Cette cause méconnue et mal comprise n’a que très rarement reçu un accueil médiatique proportionnel à l’importance de l’enjeu qui s’y joue. Ses défenseurs, eux, font toujours l’objet de nombreux préjugés et a priori. Bien que la cause Pro-vie ne soit pas l’exclusivité des chrétiens, ces derniers bénéficient cette année d’un encouragement de taille par la publication de l’exhortation apostolique «Gaudete et Exhultate » du pape François. En effet, poursuivant notre analyse de ce document, on voit comment l’appel universel à la sainteté est indissociable de la défense des plus vulnérables de nos sociétés.

Dans un premier temps, le pape nous invite à faire preuve d’audace et à ne pas nous laisser aller à cette tendance toute humaine à faire comme tout le monde : « Bien que les paroles de Jésus puissent nous sembler poétiques, elles vont toutefois vraiment à contrecourant de ce qui est habituel, de ce qui se fait dans la société » (no 65). Ainsi, loin d’être des moutons, les chrétiens d’aujourd’hui sont, au contraire, invités à faire preuve d’esprit critique vis-à-vis de leurs propres comportements et habitudes. En ce sens, dans le chapitre trois, le Pape nous offre un commentaire des béatitudes dans lequel il manifeste, à la fois, le contraste qui existe entre la logique du monde et celle de Dieu et à la fois la dimension libératrice de chacune des béatitudes. En cette journée de la Marche pour la vie, deux de celles-ci ont particulièrement retenu mon attention.

« Heureux les affligés, car ils seront consolés » (Mt 5, 4)

Pour le pape François, le monde actuel nous invite fortement à nous contenter du « divertissement, de la jouissance, du loisir, de la diversion, et il nous dit que c’est cela qui fait la bonne vie » (no 75). Or, lorsque nous nous y arrêtons quelques instants, on se rend bien compte qu’il y a quelque chose de malsain derrière cette soif insatiable d’amusement. Sans vouloir être doloriste, je pense que nous devons nous réveiller de notre torpeur et faire face à la dimension tragique de l’existence, en incorporant la souffrance et la tristesse à notre vision du monde. Cacher le mal n’est pas une solution mais, au contraire, le meilleur moyen de ne jamais en trouver !

Au contraire, comme le dit le Pape : « La personne qui voit les choses comme elles sont réellement se laisse transpercer par la douleur et pleure dans son cœur, elle est capable de toucher les profondeurs de la vie et d’être authentiquement heureuse (no 76)[4]. Être saint implique donc le courage de faire face aux problèmes qui nous entourent tout en gardant une « option préférentielle pour les pauvres » et au premier chef : les enfants à naître et les malades en phase terminale (no 101). Défendre la vie de la conception à la mort naturelle est donc une condition sine qua non de l’agir et de la sainteté chrétienne puisque, comme le dit le document d’Aparecida rédigé sous la présidence du Cardinal Bergolio actuellement pape au numéro 112, l’être humain   « est toujours sacré, depuis sa conception, dans toutes les étapes de son existence, jusqu’à sa mort naturelle et après la mort », et que sa vie doit être protégée « depuis la conception, à toutes les étapes, et jusqu’à la mort naturelle ».

« Heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume des cieux est à eux » (Mt, 5,10)

Rien ne manifeste plus l’efficacité d’un esprit contestataire qui dérange que les persécutions. En d’autres termes : « Pour vivre l’Évangile, on ne peut pas s’attendre à ce que tout autour de nous soit favorable, parce que souvent les ambitions du pouvoir et les intérêts mondains jouent contre nous » (no 91). Toutefois, il faut toujours faire preuve de discernement puisque Jésus ne proclame bienheureux que ceux qui sont persécutés « pour la justice ». Que la cause de la défense de la vie soit juste, cela ne fait aucun doute aux yeux de Dieu. Par contre, nous devons nous assurer que les moyens que nous utilisons servent la cause « en justice et en vérité » (Jn 4, 23-24) et non pas « en esprit de jalousie et de rivalité » (Phi, 1, 15). En ce sens, nous devons user de créativité et enlever tout obstacle inutile à la portée de notre discours comme ce préjugé tenace que contredit le pape :  « Un saint, nous dit-il,  « n’est pas quelqu’un de bizarre, de distant, qui se rend insupportable par sa vanité, sa négativité et ses rancœurs » (no93).

Il faut néanmoins être conscient que, sur les questions de la vie, notre monde a opéré un renversement de perspective. Ce que les sociétés occidentales modernes considèrent comme « un droit acquis »,  l’Église le considère comme « un crime abominable » (GS, no 51). En ce sens, les paroles du Pape sont claires.  Nous habitons dans une « société aliénée, prise dans un enchevêtrement politique, médiatique, économique, culturel et même religieux qui empêche un authentique développement humain et social, il devient difficile de vivre les béatitudes, et cela est même mal vu, suspecté, ridiculisé » (no 91). Nous devons donc accepter, chacun à notre manière et selon nos responsabilités, le prix à payer pour témoigner que la vie n’a pas de prix.

Alors que des milliers de personnes : évêques, religieux et religieuses, laïcs et personnes de bonne volonté se réunissent aujourd’hui dans la capitale canadienne pour promouvoir joyeusement leur appui à la promotion et à la défense de la vie, nous pouvons prendre cette occasion pour réfléchir à notre engagement personnel envers cette cause indissociable du chemin de sainteté chrétien. Méditant les béatitudes et les paroles du pape François, nous sommes tous appelés à faire un pas de plus dans la bonne direction, tout cela en gardant à l’esprit que « nul n’aura quitté, à cause de moi et de l’Évangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple […] avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle » (Mc 10, 29-30). Restez à l’écoute de Sel et Lumière pour une couverture exclusive de cet événement exceptionnel !

Messe pour les vocations sacerdotales de l’Archidiocèse de Montréal sur S+L

2018.04.27

En EXCLUSIVITÉ sur les ondes de Sel et Lumière, voyez EN DIRECT la télé diffusion de la Messe pour les vocations sacerdotales de l’Archidiocèse de Montréal le vendredi 27 avril prochain à 19h30. Cette Messe célébrée à la magnifique chapelle du Grand Séminaire de Montréal sera présidée par S.Exc. Mgr Christian Lépine, archevêque de Montréal. L’animation de cette Messe est confiée aux communautés présentent sur le territoire de l’Archidiocèse de Montréal ainsi qu’aux séminaristes étudiants au Grand Séminaire de Montréal.

Vous trouverez au lien suivant le feuillet de la célébation:

Feuillet Messe vocationnelle 27 avril 2018 19h30 au GSM

Veuillez noter que cette Messe sera également disponible en direct sur la chaîne web de Sel et Lumière dès 19h30. Un rendez-vous à ne pas manquer!

« Gaudete et Exultate » ou l’Ode aux saints inconnus

CNS photo/Reuters

Lundi matin, 9 avril 2018, la Salle de Presse du Vatican publiait l’exhortation apostolique du pape François intitulée « Gaudete et Exultate »et portant sur la sainteté dans le monde actuel. S’affirmant explicitement comme n’étant ni « un traité sur la sainteté » ni une analyse approfondie sur « les moyens de sanctification » (no1), ce document magistériel se veut plutôt, comme son nom l’indique, une exhortation s’adressant aux fidèles catholiques afin qu’ils redécouvrent cette vocation à la sainteté reçue au baptême. J’aimerais aujourd’hui offrir un bref résumé de ce qui m’apparaît être l’essence même du document.

Des préjugés tenaces

Fidèle au style d’écriture auquel il nous a habitué, le pape François s’attaque à l’un des préjugés tenaces auquel on a peut-être trop souvent adhéré. En effet, loin d’être réservée à une caste de privilégiés, la sainteté à laquelle nous sommes tous appelés, cet : « appel à la sainteté que le Seigneur adresse à chacun d’entre nous, cet appel qu’il t’adresse à toi aussi » (no10) nous est accessible à tous. Il ne s’agit pas, comme on le croit trop souvent, d’une qualité réservée aux « évêque, prêtre, religieuse ou religieux » (no14) mais bien d’une invitation personnelle de Dieu à : « Accepter chaque jour le chemin de l’Évangile même s’il nous crée des problèmes, c’est cela la sainteté ! » (no 94).

Ode aux saints inconnus

Il faut dire que l’Église a quelque peu tardé à offrir des modèles de sainteté qui n’étaient pas des religieux ou des consacrés; ce qui a peut-être contribué à nourrir ce mythe. Toutefois, on peut dire que le pape a œuvré à ce que les choses changent dès le début de son pontificat en rendant le processus de canonisation plus accessible. En effet, s’il est vrai que l’Histoire Sainte se compose de la vie de l’ensemble du Peuple de Dieu en entier « et parmi eux, il peut y avoir notre propre mère, une grand-mère ou d’autres personnes proches (cf. 2 Tm 1, 5) » (no 3), nous devrions apprendre à les reconnaître comme tel. En ce sens, ce document rééquilibre notre perspective sur la vie des saints en mettant l’emphase sur tous ces saints invisibles. En effet, ces « âmes dont aucun livre d’histoire ne fait mention, ont une influence déterminante aux tournants décisifs de l’histoire universelle » (no 8). Continuant son ode aux saints inconnus, le Pape a poursuivi en soulignant particulièrement le rôle de « femmes inconnues ou oubliées qui, chacune à sa manière, ont soutenu et transformé des familles et des communautés par la puissance de leur témoignage. »(no 12).

Un choix bénéfique

Prenant le temps de mettre en garde contre les hérésies pélagiennes et gnostiques non moins présentes tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de l’Église, le pape François présente les deux dimensions que sont, d’un côté, la grâce de l’appel et, de l’autre, ce que le cardinal Lustiger nommait « le choix de Dieu ». En effet, « Laisse la grâce de ton baptême », exhorte le Pape, « porter du fruit dans un cheminement de sainteté. Permets que tout soit ouvert à Dieu et pour cela choisis-le, choisis Dieu sans relâche. » Le pape ajoute que ce choix n’est en définitive que l’option préférentielle pour le bonheur : « n’aie pas peur de la sainteté. Elle ne t’enlèvera pas les forces, ni la vie, ni la joie […]et tu seras fidèle à ton propre être » (no32).

Le Christ, boussole sûre pour une vie captivante

Dans ce monde ultra connecté qui est le nôtre, plusieurs pièges à clic existentiel nous promettent toutes sortes de bonheurs, « ces dispositifs qui nous offrent du divertissement ou des plaisirs éphémères » (no30). Or, en définitive, cette vie à laquelle nous sommes conviés de participer par des contributions financières substantielles est médiocre. Au contraire, l’orientation fondamentale que nous cherchons tous dans nos vies se trouve pleinement accomplie dans le Christ (no20). En nous mettant à sa suite, nous obtenons le don de notre mission : « Toi aussi, tu as besoin de percevoir la totalité de ta vie comme une mission ». C’est en cela que nous devenons capables à notre tour de résister aux tentations de Satan (qui est « plus qu’un mythe [et qui] ne se réfère pas au mal abstrait et […] Il désigne un être personnel qui nous harcèle. » (no 160).  Ainsi nous pourrons offrir notre vie pour l’établissement du Royaume (no 25).

Que ce soit par son insistance sur l’accessibilité de la sainteté, par son rejet d’une mentalité mondaine et anthropocentrique, et par le primat accordé à la Grâce, cette exhortation apostolique est un élément essentiel pour mieux comprendre les différentes modalités que revêt la sainteté dans le monde actuel. Nous aurons évidemment la chance d’examiner avec plus d’acuité ce texte magnifique dans les prochaines semaines.

Émilie Callan à KTO Télévision !

La rédaction de KTO raconte l’aventure de ce pré-synode des jeunes du 18 au 25 mars 2018 à Rome. 300 jeunes du monde entier ont débattu et travaillé à l’élaboration d’un document qui reflète ce qu’ils ont à dire aujourd’hui à l’Eglise catholique. L’émission Hors-les-Murs, présentée par Benjamin Rosier, veut rendre compte au plus près de la façon dont les jeunes se sont appropriés cette démarche nouvelle. Hors les Murs du 06/04/2018.

À 40 min, vous trouverez l’entrevue de Benjamin Rosier avec Sr. Nathalie Becquart et la journaliste de Télévision Sel et Lumière et représentante jeunesse de la Conférence des évêques catholiques du Canada lors du Pré-Synode 2018.

« Gaudete et exultate »: une exhortation pour la jeunesse ?

CNS photo/Vatican Media

Il y a déjà quelques semaines, se concluait, à Rome, le Pré-Synode des jeunes en prévision du Synode ordinaire des évêques qui aura lieu en octobre prochain sur le thème « Des jeunes, de la foi et du discernement vocationnel ». À l’issue de cette rencontre où étaient réunis quelque 300 jeunes provenant des cinq continents, un document se voulant un « résumé de toutes les contributions des participants »a été publié.  La lecture de ce document est très intéressante puisqu’il offre un portrait authentique de la grande richesse de perspectives de la vie des jeunes dans l’Église.  Certaines tensions ou contradictions transparaissent parfois dans le document; ce qui selon moi, doit être perçu, comme un signe de la vitalité et de la diversité de notre belle jeunesse catholique. Nous aurons amplement le temps de réfléchir sur la question. Cependant, un point a particulièrement retenu mon attention. En effet, on retrouve à plusieurs endroits une insistance sur « l’appel universel à la sainteté » (no 2-8) ainsi qu’au besoin de témoins authentiques de la foi.

Cela est bien connu, les jeunes d’aujourd’hui ne se contentent pas de demi-mesures. Paradoxalement, au même moment où l’on est témoin d’une diminution de l’engagement en général, on note un très fort désir d’engagement radical chez un nombre non négligeable de jeunes. Apparaissant huit fois dans le document, le mot « authenticité » résume bien cette qualité dont doivent faire preuve les gens d’Église s’ils veulent rejoindre cette jeunesse en soif d’absolu. En d’autres termes, nous disent les jeunes : « Nous avons besoin de modèles qui soient attractifs, cohérents et authentiques […] des hommes et des femmes qui donnent une image vivante et dynamique de leur foi et de leur relation avec Jésus, des personnes qui encouragent les autres à approcher, rencontrer et tomber amoureux de Jésus (no 5) ».

Répondant, un peu plus tôt que prévu à cette demande, le Pape François publiera lundi prochain une nouvelle exhortation apostolique portant justement sur cette invitation de Concile Vatican II à « l’appel universel à la sainteté » (no 40). Dépassant les attentes du plus impatient des jeunes présents au Pré-Synode, le pape répondra donc à cette recommandation du document final : « Il est nécessaire de mieux comprendre la vocation chrétienne (prêtrise, vie religieuse, ministère laïc, mariage et famille, rôle dans la société, etc.) et l’appel universel à la sainteté » (no 8).

Bien sûr, cette chronologie des événements n’est pas totalement volontaire. Un tel document devait être en préparation depuis déjà un bon moment. Toutefois, on peut y voir un clin d’œil de la Providence, cherchant à rejoindre ces jeunes qui évoluent au rythme effréné des médias sociaux. Il est encore plus surprenant du fait que cette exhortation portera sur plusieurs problématiques explicitement discutées dans le Hall des jeunes. En effet, d’autres réflexions présentes dans le document du Pré-Synode seront abordées par « Gaudete et exultate » comme par exemple :

  • « La sainteté est un objectif atteignable et un chemin de bonheur. » (no 3);
  • « Un témoignage authentique vers la sainteté, ce qui inclut la reconnaissance de ses erreurs et la demande de pardon » (no7);
  • « Le besoin d’une Église qui soit accueillante et miséricordieuse, qui reconnaisse ses racines et de son héritage, qui aime chacun y compris ceux qui ne correspondent pas à ses standards (no 1).

Bien qu’il apparaît invraisemblable que l’un ait directement influencé l’autre, nous pouvons clairement voir un Pape soucieux d’offrir un message correspondant aux attentes légitimes du Peuple de Dieu dans son ensemble, jeunes compris. Ainsi, la lecture du document de conclusion du Pré-Synode me semble une excellente préparation à l’accueil et à la compréhension de cette « joie et exultation » à laquelle nous sommes tous appelés.

Homélie du pape François lors de la Messe chrismale

CNS photo/Paul Haring

Vous trouverez ci-dessous le texte officiel de l’homélie du pape François telle que prononcée lors de la Messe chrismale 2018 en la basilique Saint-Pierre de Rome:

Chers frères, prêtres du diocèse de Rome et des autres diocèses du monde!
En lisant les textes de la liturgie de ce jour il me venait à l’esprit, avec insistance, le passage du Deutéronome qui dit : «Quelle est en effet la grande nation dont les dieux soient aussi proches que le Seigneur notre Dieu est proche de nous chaque fois que nous l’invoquons» (4, 7). La proximité de Dieu… notre proximité apostolique.

Dans le texte du prophète Isaïe nous contemplons l’envoyé de Dieu autrefois “oint et envoyé”, au milieu de son peuple, proche des pauvres, des malades, des prisonniers…; et l’Esprit qui “est sur lui”, qui le pousse et l’accompagne le long du chemin.

Dans le Psaume 88 nous voyons comment la compagnie de Dieu, qui a guidé par la main le roi David dès son enfance et qui lui a prêté son bras, maintenant que celui-ci est âgé prend le nom de fidélité: la proximité qui se conserve au cours du temps s’appelle fidélité.

L’Apocalypse nous rapproche, au point de nous le rendre visible, de l’Erchomenos, le Seigneur en personne qui, toujours, «vient». L’allusion au fait que le verront «aussi ceux qui l’ont crucifié» nous fait sentir que les plaies du Seigneur ressuscité sont toujours visibles, que le Seigneur vient toujours à notre rencontre si nous voulons “nous faire proches” de la chair de tous ceux qui souffrent, spécialement des enfants.

Dans l’image centrale de l’Evangile de ce jour, nous contemplons le Seigneur à travers les yeux de ses compatriotes qui étaient « fixés sur lui» (Lc 4, 20). Jésus se leva pour lire dans la synagogue de Nazareth. Le rouleau du prophète Isaïe lui fut donné. Il le déroula jusqu’à ce qu’il trouve le passage de l’envoyé de Dieu. Il lut à voix haute: «L’Esprit du Seigneur Dieu est sur moi […] il m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé…» (61, 1). Et il conclut en établissant la proximité si provocatrice de ces paroles: «Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Ecriture que vous venez d’entendre» (Lc 4, 21).

Jésus trouve le passage et lit avec la compétence des scribes. Il aurait pu parfaitement être un scribe ou un docteur de la loi, mais il a voulu être un “évangélisateur”, un prédicateur de rue, le «Messager des Bonnes Nouvelles» pour son peuple, le prédicateur dont les pieds sont beaux, comme le dit Isaïe (cf. 52, 7).

Voilà le grand choix de Dieu : le Seigneur a choisi d’être quelqu’un qui se tient proche de son peuple. Trente ans de vie cachée ! Après seulement, il commencera à prêcher. C’est la pédagogie de l’incarnation, de l’inculturation; pas seulement dans les cultures lointaines, mais aussi dans la paroisse même, dans la nouvelle culture des jeunes…

La proximité est plus que le nom d’une vertu particulière, elle est une attitude qui implique toute la personne, sa manière d’établir des liens, d’être en même temps en soi-même et attentif à l’autre. Quand les gens disent d’un prêtre qu’il “est proche”, cela fait ressortir en général deux choses : la première, qu’ “il est toujours là” (contrairement au fait qu’ “il ne soit jamais là”. On dit souvent : “je sais, mon père, que vous êtes très occupé”). Et l’autre, qu’il sait trouver une parole pour chacun. Les gens disent : “Il parle avec tout le monde ; avec les grands, avec les petits, avec les pauvres, avec ceux qui ne croient pas…” Des prêtres proches, qui sont présents, qui parlent avec tout le monde… Des prêtres de rue.

Quelqu’un qui a bien appris de Jésus à être un prédicateur de rue, c’est Philippe. Les Actes disent qu’il allait de lieu en lieu en annonçant la Bonne Nouvelle de la Parole en prêchant dans toutes les villes et que celles-ci étaient pleines de joie (cf. 8, 4.5-8). Philippe était un de ceux que l’Esprit pouvait « saisir » à tout moment, le faire partir pour évangéliser en allant d’un endroit à un autre, quelqu’un capable aussi de baptiser les personnes de bonne foi, comme le ministre de la reine d’Ethiopie, et de le faire n’importe où, le long de la route (cf. Ac 8, 5 ; 36-40).

La proximité est la clé de l’évangélisateur car elle est une attitude-clé dans l’Evangile (le Seigneur l’utilise pour décrire le Royaume). Nous considérons pour acquis le fait que la proximité est la clé de la miséricorde, parce que la miséricorde, comme une “bonne Samaritaine”, ne serait pas ce qu’elle est si l’on ne s’efforçait pas toujours de réduire les distances. Mais je crois que nous avons besoin de mieux percevoir le fait que la proximité est aussi la clé de la vérité. Peut-on supprimer les distances dans la vérité ? Oui, on le peut. La vérité n’est pas seulement en effet la définition qui permet de nommer les situations et les choses en les tenant à distance avec des concepts et des raisonnements logiques. Elle n’est pas seulement cela. La vérité est aussi fidélité (emeth), celle qui te permet de désigner les personnes par leur nom propre, comme le Seigneur les nomme, avant de les classifier ou de définir “ leur situation”.

Il faut faire attention à ne pas tomber dans la tentation de se faire des idoles de certaines vérités abstraites. Ce sont des idoles commodes, à portée de main, qui donnent un certain prestige et pouvoir, et qui sont difficiles à reconnaître. Car la “vérité-idole” se déguise, elle utilise les paroles évangéliques comme un vêtement mais elle ne permet pas de toucher le cœur. Et, ce qui est pire, elle éloigne les gens simples de la proximité de la Parole et des Sacrements de Jésus, qui guérit.

Sur ce point, adressons-nous à Marie, Mère des prêtres. Nous pouvons l’invoquer comme “Vierge de la Proximité” : « Comme une vraie mère, elle marche avec nous, lutte avec nous, et répand sans cesse la proximité de l’amour de Dieu » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 286), de telle manière que personne ne se sente exclu. Notre Mère est non seulement proche en se mettant au service avec cet « empressement » (ibid., n. 288) qui est une forme de proximité, mais aussi avec sa manière de dire les choses. A Cana, l’à-propos et le ton avec lesquels elle dit aux serviteurs : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le » (Jn 2, 5), feront que ces mots deviendront le modèle maternel de tout langage ecclésial. Mais, pour les dire comme elle, en plus de demander la grâce, il faut savoir se trouver là où les choses importantes se « mijotent », celles qui comptent pour tout cœur, pour toute famille, pour toute culture. C’est seulement avec cette proximité que l’on peut discerner quel est le vin qui manque, et quel est celui de meilleure qualité que le Seigneur veut donner.

Je vous suggère de méditer trois domaines de proximité sacerdotale dans lesquels ces paroles : “Tout ce qu’il vous dira, faites-le” doivent résonner – de mille manières différentes mais avec un même ton maternel – dans le cœur des personnes auxquelles nous parlons : le domaine de l’accompagnement spirituel, celui de la Confession et celui de la prédication.

Nous pouvons méditer la proximité dans le dialogue spirituel en contemplant la rencontre du Seigneur avec la Samaritaine. Le Seigneur lui apprend à reconnaître avant tout comment adorer, en Esprit et en vérité. Puis, avec délicatesse, il l’aide à donner un nom à son péché ; enfin il la gagne de son esprit missionnaire et va avec elle évangéliser dans son village. Modèle de dialogue spirituel que celui du Seigneur qui sait mettre au jour le péché de la Samaritaine sans faire de l’ombre à sa prière d’adoratrice ni mettre d’obstacles à sa vocation missionnaire.

Nous pouvons méditer la proximité dans la Confession en contemplant le passage de la femme adultère. On voit là clairement comment la proximité est décisive, car les vérités de Jésus s’approchent toujours et se disent (on peut dire, toujours) seul à seul. Regarder l’autre dans les yeux – comme le Seigneur quand il se met debout après avoir été à genoux près de la femme adultère qu’ils voulaient lapider et quand il lui dit : « Moi non plus je ne te condamne pas » (Jn 8, 11) – ce n’est pas aller contre la loi. Et l’on peut ajouter : « désormais ne pèche plus » (ibid.) non pas avec un ton qui appartient au domaine juridique de la vérité-définition – le ton de celui qui doit décider quelles sont les conditions de la Miséricorde divine – mais avec une expression que l’on emploie dans le domaine de la vérité-fidélité, qui permet au pécheur de regarder en avant et non en arrière.

Le ton juste de ce « ne pèche plus » est celui du confesseur qui le dit en étant prêt à le répéter soixante-dix fois sept fois. Enfin, le domaine de la prédication. Méditons là-dessus en pensant à ceux qui sont loin, et faisons-le en écoutant la première prédication de Pierre, qui se situe dans le contexte de l’événement de la Pentecôte. Pierre annonce que la parole est «pour tous ceux qui sont loin» (Ac 2, 39) et prêche de telle sorte que le kérygme “transperce leurs cœurs” et les conduit à demander « Que devons-nous faire?» (Ac 2, 37). Une question, comme nous le disions, que nous devons poser et à laquelle nous devons toujours répondre sur un ton marial, ecclésial. L’homélie est la pierre de touche « pour évaluer la proximité et la capacité de rencontre d’un pasteur avec son peuple» (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 135). Dans l’homélie on voit combien nous avons été proches de Dieu dans la prière, et combien nous sommes proches de nos gens dans leur vie quotidienne.

La bonne nouvelle se réalise quand ces deux proximités se nourrissent et s’entretiennent mutuellement. Si tu te sens loin de Dieu, approche-toi de son peuple qui te guérira des idéologies qui ont refroidi ta ferveur. Les petits t’apprendront à regarder Jésus de manière différente. A leurs yeux, la personne de Jésus est attachante, son bon exemple donne de l’autorité morale, ses enseignements sont utiles pour la vie. Si tu te sens loin des gens, rapproche-toi du Seigneur, de sa Parole : dans l’Evangile, Jésus t’apprendra sa manière de regarder les gens, quelle valeur a, à ses yeux, chacun de ceux pour qui il a versé son sang sur la croix. Dans la proximité avec Dieu, la Parole se fera chair en toi et tu deviendras un prêtre proche de toute chair. Dans la proximité avec le peuple de Dieu, sa chair douloureuse deviendra parole dans ton cœur et tu auras de quoi parler avec Dieu, tu deviendras un prêtre intercesseur.

Le prêtre qui est proche, qui marche au milieu de ses gens avec la proximité et la tendresse du bon pasteur (et, dans sa pastorale, parfois devant, parfois au milieu et parfois derrière), les gens non seulement l’apprécient beaucoup, mais plus encore : ils sentent pour lui quelque chose de spécial, quelque chose qui se sent seulement en présence de Jésus. Par conséquent, cette reconnaissance de notre proximité n’est pas seulement une chose en plus. En elle se joue le fait que Jésus sera rendu présent dans la vie de l’humanité, ou bien qu’il restera au plan des idées, enfermé en lettres d’imprimerie, incarné tout au plus dans quelque bonne habitude qui peu à peu deviendra routine.

Demandons à Marie, “Vierge de la Proximité”, de se faire proche de nous et d’unifier notre ton au moment où nous disons à notre peuple de “faire tout ce que Jésus dit”, afin que dans la diversité de nos opinions soit rendue présente sa proximité maternelle qui, par son “oui” nous a pour toujours rapprochés de Jésus.

[00507-FR.01] [Texte original: Italien]