Saint Jean-Paul II, un docteur pour notre temps ?

(CNS/L’Osservatore Romano) Cette semaine, la Conférence des évêques de Pologne présentait officiellement sa demande au pape François afin de déclarer saint Jean-Paul II docteur de l’Église et co-patron de l’Europe . En effet, pour les évêques polonais : « Le pontificat du Pape polonais était rempli de décisions révolutionnaires et d’événements importants qui ont changé le visage de la papauté et influencé le cours de l’histoire européenne et mondiale »[2], d’où la nécessité de reconnaître son importance en le faisant docteur de l’Église. Mais que signifie cette dénomination : « docteur de l’Église » ?

Des serviteurs de la Vérité

La Foi reçue du Christ, transmise par les apôtres et présentée d’une manière unique dans les Saintes Écritures fut l’objet d’études, de formulations intellectuelles, de traductions et de diverses interprétations au cours des siècles ; non pas à cause de contradictions internes au message du Christ mais plutôt à cause de la profondeur infinie de sa révélation d’une part et, d’autre part, à cause des limites de l’intelligence humaine. C’est pourquoi l’histoire de l’Église manifeste l’évolution graduelle de notre compréhension de ce que Dieu nous dit sur Lui-même et sur le monde. Ayant le charisme d’interprétation de la Révélation, le Magistère de l’Église se nourrit d’abord des décisions des Conciles œcuméniques, des enseignements des Papes et ensuite de la vie de saints spécialement dédiés à la méditation et à l’étude de la théologie. C’est pourquoi certains saints reçoivent parfois le titre de « docteur » c’est-à-dire un « théologien, philosophe ou écrivain ayant enrichi significativement le Magistère tant au niveau philosophique que spirituel ».

Tous les saints ne sont pas docteurs mais tous les docteurs sont saints.  Plusieurs critères précis sont essentiels pour recevoir ce titre exceptionnel. Il faut être un « saint (e) canonisé, avoir élaboré une pensée de la foi en accord avec les principes de base de l’Église tout en découvrant un pan inexploré de l’Écriture se vérifiant comme fondamental par son influence auprès des fidèles et par une renommée internationale ». Saint Jean-Paul II mérite-t-il d’être érigé au côté des saints Augustin, Thomas d’Aquin, Jérôme, Bonaventure, Catherine de Sienne, Thérèse d’Avila et Hildegarde de Bingen et Thérèse de Lisieux pour ne nommer que ceux-là ? Je crois que oui et voici pourquoi.

Des raisons pour une reconnaissance

La première raison est que saint Jean-Paul II a réussi une synthèse très difficile entre la pensée moderne et la pensée classique. Souvent séparées et réputées irréconciliables, la pensée moderne philosophique s’est souvent développée en porte à faux face à la pensée grecque et médiévale. Cherchant à dépasser ce qu’ils considéraient être un carcan intellectuel, certains penseurs contemporains de Carol Wojtyla, se sont enfermés dans un esprit de système qui rendait impossible le dialogue et, donc, une évolution saine de la pensée. Or, en réaction à ce rejet, les philosophes fidèles à la tradition de la philosophie grecque ont également eu tendance à évoluer en vase clos. Saint Jean-Paul II, tout philosophe catholique qu’il était, ne pouvait rejeter un camp ou l’autre. Travaillant toute sa vie à développer une pensée, à la fois fondamentalement moderne (très influencée par le courant de la phénoménologie) et assumant l’héritage de la scolastique, on peut considérer que son œuvre fut une volonté d’aller au-delà des écueils etdes « interprétations fausses ou partielles, qui contredisent d’autres enseignements de la même Écriture. » (EG, no 148).

Une deuxième raison découle de la richesse intellectuelle des enseignements présents sur l’ensemble de ses encycliques. En effet, durant ses 28 ans de pontificat, saint Jean-Paul II a pu véritablement accompagner le Peuple chrétien au travers des crises et courants de pensée parfois hostiles à la Révélation. Par ses enseignements tirés de son érudition sur la tradition intellectuelle de l’Église et de la pensée moderne, il a pu offrir un nouveau socle aux catholiques soucieux de « donner les raisons de l’espérance qui est en eux » (1 P 3,15). Par exemple, le déploiement et l’utilisation des concepts de « personne » et de « dignité » sont sans contredit un puissant héritage qui perdurera pour les siècles à venir.

La troisième raison qui me pousse à croire au bien-fondé de la reconnaissance de Jean-Paul II comme docteur de l’Église est la création de ce que l’on appelle désormais la « Théologie du Corps ». Cela est particulièrement évident pour nous qui vivons en Occident où l’enseignement de l’Église sur la sexualité humaine ne fait pas l’unanimité. Partant de cet état de fait, saint Jean-Paul II a voulu offrir au monde une présentation à la hauteur des exigences des sociétés devenues, pour le meilleur et pour le pire, individualistes. Par exemple, en liant des concepts tels que l’appel universel à l’amour authentiqueavec celui de dignité intégrale de la personne, il a réussi à exposer d’une manière moderne les raisons des exigences de la morale catholique sur la sexualité. Ainsi, par la richesse de ces enseignements exprimés lors des « audiences du mercredi », saint Jean-Paul II a enrichi l’enseignement de l’Église sur la sexualité humaine.

L’un des grands pas en avant et, sans contredit, l’un des héritages les plus significatifs de saint Jean-Paul II fut la rédaction du Catéchisme de l’Église catholique[7]. Suivant la célébration du Concile Vatican II, l’Église ne pouvait évidemment plus se contenter du Catéchisme du Concile de Trente. En effet, bien qu’en profonde continuité avec ce dernier, une nouvelle synthèse était nécessaire ; une nouvelle exposition intégrale de la Foi du Peuple de Dieu qui  incluerait les enseignements du Concile qui venait de se terminer. Quelques décennies plus-tard et après beaucoup de travail,  la Constitution apostolique Fidei depositum[8]instituant le Catéchisme de l’Église catholique était publiée dans le  but de « présenter fidèlement et organiquement l’enseignement de l’Écriture sainte, de laTradition vivante dans l’Église et du Magistère authentique, de même que l’héritage spirituel desPères, des saints et des saintes de l’Église, pour permettre de mieux connaître le mystère chrétien et de raviver la foi du peuple de Dieu ». Pour cette synthèse, malheureusement encore trop peu connue, saint Jean-Paul II mérite le titre de docteur de l’Église.

Enfin, une dernière raison justifiant le titre de docteur de l’Église : la publication du Code de Droit Canonique (CDC) en 1983[10]. En effet, l’Église, étant une société d’hommes et de femmes en marche vers le Royaume des cieux, elle se doit de garder l’unité et, donc, d’établir des règles afin que les principes de justice soient respectés. Voyant les profondes évolutions positives de l’Église telles que son expansion sur tous les continents, son contact avec toutes les cultures, langues, traditions, systèmes politiques et juridiques, etc, il était nécessaire d’opérer une modernisation du CDC. Ce travail, à la fois, minutieux et volumineux ne laissait aucune place à l’improvisation. Cette contribution fondamentale qui affecte la vie concrète de tous les catholiques du monde est un héritage intellectuel extrêmement important. Nous le devons aussi à ce grand et saint Pape.

Un docteur pour notre temps

Évidemment, il ne s’agit pas là d’une liste exhaustive des réalisations intellectuelles du saint Pape polonais. Toutefois, tant ses riches encycliques, sa synthèse philosophique, l’innovation de la théologie du corps, la publication du Catéchisme de l’Église catholique et du Code de Droit Canonique représentent, selon moi, des arguments de poids en faveur de la reconnaissance de saint Jean-Paul II comme docteur de l’Église. Que la décision finale aille ou non en ce sens, nous pouvons tous rendre grâce à Dieu pour la vie de cet homme d’exception qui, du haut du ciel, continue d’accompagner l’Église de par sa puissante intercession.

Église en sortie 8 décembre 2017

Cette semaine à Église en sortie, Francis Denis s’entretient avec le philosophe et auteur Charles Taylor sur la modernité, la sécularisation et du rôle de l’Église dans nos sociétés aujourd’hui. Et on vous présente un reportage sur le Salon du livre de Montréal 2017.

Église en sortie 16 juin 2017

Cette semaine à Église en sortie, Francis Denis rencontre le philosophe et animateur radio Jean-Philippe Trottier sur son livre intitulé « La profondeur divine de l’existence » publié aux éditions MédiasPaul. On vous présente un reportage sur la Montée Jeunesse 2017 qui s’est déroulée à l’archidiocèse de Sherbrooke. Dans la troisième partie de l’émission, on s’entretient avec l’abbé Jean-Philippe Auger sur son tout dernier livre « Tous disciples missionnaires » publié chez Novalis.

Église en sortie 8 avril 2017

Cette semaine à Église en sortie, nous vous présentons une entrevue avec Jean Sévillia, journaliste (Le Figaro Magazine, Le Figaro Histoire) et écrivain avec qui Francis Denis s’est entretenu sur plusieurs sujets liés à l’histoire. On vous présente un reportage sur le Colloque : Pour une guérison de la mémoire au Québec organisé par l’Observatoire Justice & Paix.

Former des prêtres pour le XXIe siècle

CNS photo/L’Osservatore Romano

Le 8 décembre dernier, en la Solennité de l’Immaculée Conception, la Congrégation pour le Clergé publiait la nouvelle Ratio fundamentalis institutionis sacerdotalis (Guide fondamental pour la formation des prêtres). Intitulé « Le don de la vocation presbytérale », ce document d’environ 80 pages résulte en partie du transfert de la compétence des séminaires de la Congrégation pour l’éducation catholique à la Congrégation pour le clergé. Dans la lignée des grands textes modernes sur cette question tels que l’Exhortation apostolique Pastores Dabo Vobis ou le Décret conciliaire Optatam Totius, cette nouvelle Ratio fundamentalis vise, comme son nom l’indique, à manifester le caractère de don total de soi de la vocation à la prêtrise. Ainsi, puisque l’homme appelé au sacerdoce ministériel a vocation à se donner totalement, sa formation doit englober chacune des dimensions de sa personne qu’elle soit humaine, spirituelle, intellectuelle ou pastorale.

Invités à vivre pleinement leur humanité

La vocation à la prêtrise est un appel à configurer son être au « Christ Tête, Pasteur, Serviteur et Époux » (no2). Les séminaristes, comme tout chrétien d’ailleurs, « sont un mystère pour eux-mêmes » (no 28). Ils doivent donc se découvrir eux-mêmes dans leur humanité et leur personnalité propre. Cette connaissance, jointe à une maîtrise de soi qui rend libre et responsable se nomme « maturité » et c’est ce que la formation humaine cherche à donner et par toutes sortes de moyens, de faire croître les « capacités relationnelles avec les hommes et femmes de tous âges et conditions sociales » (no 95). À cette sensibilité aigüe à l’esprit de communauté qui fera de lui un « homme de communion » devra s’ajouter un saint savoir-vivre tant au niveau « physique […] psychologique […] moral […] esthétique et social » qui lui permettra d’acquérir une « autonomie équilibrée » (no 94).

Des hommes profondément unis au Christ

Les prêtres étant configurés d’une manière unique (no10) à la personne du Christ, ils ont une responsabilité accrue de le fréquenter et de garder une chaleureuse proximité avec Lui. Ainsi, les candidats à la prêtrise doivent apprendre à intégrer dans leur vie quotidienne les différents éléments qui leur permettront, tout au long de leur vie, d’être non pas « des fonctionnaires du sacré » (no 84) mais de véritables Alter Christus, ipse Christus (d’autres Christ, le Christ Lui-même).

Se préparant à recevoir la grâce du sacrement de l’Ordre et ainsi le pouvoir d’agir In persona Christi Capitis (no 1548) les séminaristes devront « avoir une foi vivante en l’Eucharistie (no 104) par la célébration quotidienne de la Messe et d’une pratique régulière de l’adoration (no 66-68). La prière silencieuse (no 102), la liturgie des heures (no 105), la fréquentation des Écritures Saintes (no 103) et des Pères de l’Église (no 113), la confession (no 106), la retraite annuelle (no 108) et la dévotion aux saints et saintes de la tradition bimillénaire de l’Église sont les éléments centraux à incorporer dans la vie du futur prêtre.

De savants chercheurs de Dieu

On entend souvent l’expression « chercheur de Dieu » dans le sens d’une recherche de spiritualité floue et confuse, comme si Dieu ne s’était pas exprimé clairement et d’une manière définitive en Jésus-Christ. Loin d’être un agnostique, le prêtre est appelé à adopter le « regard du bon Pasteur » (no120) c’est-à-dire celui du Fils éternel cherchant la subtile Présence de Dieu en tout être et voyant l’œuvre de la Providence en tout évènement aussi mauvais qu’il puisse paraître. Pour ce faire, de longues années d’études sont requises.

Les deux années complètes de philosophie auront pour but d’approfondir les découvertes de la raison humaine sur les différentes réalités humaines. Elles auront également pour but de purifier les différentes formes d’idéologie ou superstitions présentes en toute culture et qui risqueraient de tordre le sens de la Révélation. Enfin, cette étape des études de la philosophie a pour but de façonner des « disciples » (no 61) du Christ, désireux « de rechercher rigoureusement la vérité, de la pénétrer et de la démontrer, tout en étant conscients des limites de la connaissance humaine (no 164).

Quelques années d’étude en théologie auront, quant à elles, pour but de « configurer au Christ par une contemplation profonde de la Personne de Jésus-Christ » (no 68) par l’étude des différentes matières que sont : l’Écriture Sainte, la liturgie, la dogmatique, la théologie fondamentale, morale, pastorale, spirituelle, la Doctrine sociale de l’Église, l’histoire de l’Église sans oublier le Droit canonique.

Des hommes de service

Si on devait choisir parmi les priorités pastorales du pape François, on pourrait certainement affirmer que la purification dans le clergé de tout « cléricalisme ou tentation d’orienter sa vie sur la recherche du consensus populaire » arriverait en pôle position. Ce document ne fait pas exception à cette démarche.

En effet, on note un souci à développer un « forma mentis » (no 118) se mettant à la disposition de tous sans distinction afin de pouvoir aider à cheminer sur la voie de la sainteté. Ayant le souci de façonner des hommes ayant fait de leur propre vie « un lieu d’accueil et d’écoute de Dieu et du prochain » (no 120), la formation pastorale mettra les séminaristes en contact avec toutes sortes de réalités et de situations afin qu’ils développent « la même compassion, générosité, amour pour tous, spécialement pour les plus pauvres ainsi qu’un élan pour la cause du Royaume qui a caractérisé le ministère public du Fils de Dieu » (no 119).

Bien que ce document ne soit pas encore disponible en français, la lecture du « Don de la vocation presbytérale » peut aider tout chrétien à s’approprier plusieurs des éléments qu’il contient. Toute personne, étant appelée à la réalisation du sacerdoce commun reçu au baptême, peut connaître les éléments fondamentaux de la formation des futurs prêtres, à des degrés divers, afin de l’aider dans son propre cheminement.