Liberté et confinement : où sont les chrétiens?

(Image: courtoisie de Pixabay)

Cette‌ ‌semaine‌ ‌a‌ ‌lieu‌ ‌la‌ ‌semaine‌ ‌de‌ ‌prière‌ ‌pour‌ ‌l’unité‌ ‌des‌ ‌chrétiens.‌ ‌Initié‌e ‌en‌ ‌1908,‌ ‌cette‌ ‌semaine‌ ‌de‌ ‌prière‌ ‌a‌ ‌pour‌ ‌but‌ ‌l’oecuménisme,‌ ‌c’est-à-dire‌ ‌la‌ ‌communication‌ ‌et‌ ‌le‌ ‌rapprochement‌ ‌entre‌ ‌toutes‌ ‌les‌ ‌dénominations‌ ‌chrétiennes.‌ ‌Par‌ ‌le‌ ‌passé,‌ ‌des‌ ‌célébrations‌ ‌étaient‌ ‌organisées‌ ‌un‌ ‌peu‌ ‌partout‌ ‌afin‌ ‌d’accueillir‌ ‌les‌ ‌autres‌ ‌communautés.‌ ‌À‌ ‌Montréal‌ ‌en‌ ‌particulier,‌ ‌certaines‌ ‌églises‌ ‌orthodoxes‌ ‌accueillent habituellement‌ ‌des‌ ‌catholiques‌ ‌et‌ ‌protestants‌ ‌dans‌ ‌leurs‌ ‌rites‌ ‌singuliers,‌ ‌et‌ ‌organisent‌ ‌des‌ ‌conférences‌ ‌sur‌ ‌des‌ ‌aspects‌ ‌de‌ ‌la‌ ‌foi‌ ‌orthodoxe.‌ ‌Une‌ ‌célébration‌ ‌oecuménique‌ ‌est ‌également‌ ‌organisée‌ ‌alternativement‌ ‌dans‌ ‌une‌ ‌église‌ ‌catholique,‌ ‌presbytérienne‌ ‌ou‌ ‌orthdoxe.‌ ‌Cette‌ ‌année,‌ ‌la‌ ‌distanciation‌ ‌est‌ ‌de‌ ‌mise.‌ ‌Comment‌ ‌peut-on‌ ‌penser‌ ‌et‌ ‌vivre‌ ‌l’unité‌ ‌chrétienne‌ ‌sans‌ ‌cet‌ ‌élément‌ ‌essentiel‌ ‌qu’est‌ ‌la‌ ‌communion‌ ‌au‌ ‌sens‌ ‌de‌ ‌rassemblement?‌ ‌

Il est incontournable que c’est une année difficile pour l’ensemble des chrétiens. Les besoins spirituels des fidèles sont perçus comme non-essentiels alors même que les centres d’achats et les gyms étaient présentés comme tels il y a quelque temps. Il est donc compréhensible que de nombreux chrétiens se sentent peu écoutés par leurs gouvernements. Une fois que cela est dit, la situation actuelle est incontournable. La pandémie demeure, et les mesures de distanciation restent essentielles pour la traverser. Par ailleurs, nous ne sommes plus habitués à recevoir la réalité de notre époque avec résignation, car la modernité fournit l’illusion du choix en abondance. Nous pouvons choisir notre divertissement, nos vêtements, notre nourriture dans une diversité immensément plus vaste que jamais auparavant. Nous voguons sur des choix matériels et superficiels, et nous ignorons le plus souvent ce qu’est la conscience réellement libre.

Libérés par l’Esprit Saint

La liberté au sens chrétien est synonyme d’une vie intérieure enrichie par sa relation avec Dieu. Une personne complètement absorbée par Son amour suivra les commandements du Seigneur et cherchera à faire le bien, à agir en conséquence. Cette recherche du bien sera guidée par l’Esprit Saint, qui procure la vraie liberté. Où se trouve l’Esprit du Seigneur se trouve la liberté (2 Corinthiens 3:17). C’est dans cette parole que se transforme la notion banale de liberté comme possibilité d’agir. La transformation s’opère dès l’arrivée du Christ, lorsqu’il nous enseigne que l’exigence extérieure de suivre la loi de Dieu doit s’appuyer sur une exigence intérieure motivée par l’amour:

Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement. Et le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes. (Mt 22:37-40)

Le Christ nous invite à aimer Dieu de telle façon que nous n’ayons d’autre désir que de suivre sa volonté. Ainsi, tout en restant cohérentes avec la vision légaliste de l’Ancien Testament, les notions de liberté et de loi prennent un sens nouveau, plus conforme à nos aspirations humaines.

Si vous êtes conduits par l’Esprit, vous n’êtes plus soumis à la loi (Galates 5:18). Certains ont supposé que cela voulait dire que les justes sont au-dessus de la loi, mais au contraire, ils vivent intimement celle-ci, au point que la soumission n’est plus requise. La volonté libre est pleinement engagée. Saint Thomas d’Aquin commente en ce sens la deuxième lettre aux Corinthiens de saint Paul : « On peut donc dire l’âme libre, non parce qu’elle se soumet à la loi divine, mais parce que, par l’effet de l’habitude bonne, elle incline à faire ce que la loi divine ordonne. » Cette perspective à la fois sur la vie intérieure et sur la liberté peut porter fruit dans la situation que vivent les chrétiens actuellement.

Unité et liberté: remèdes à l’individualisme

L’unité des chrétiens dépend de la liberté de chacun et de leur amitié avec Dieu. Il est possible qu’avant la pandémie, nous n’ayons jamais pensé à cela, et que nous concevions la notion de liberté au sens d’une simple capacité de faire ce qui nous plaît. Aujourd’hui, la liberté d’agir est remise en cause au profit d’un but collectif qui est d’éviter un trop grand nombre de malades et de décès liés à la pandémie. Cependant, une recherche de la liberté telle qu’envisagée par le Christ et par saint Paul est à notre portée à chaque instant. Elle implique toutefois une confiance et une espérance en Dieu. Nous ne pouvons choisir  les paramètres de gestion de cette pandémie ; nous sommes impuissants face à ses effets et face aux effets des mesures sanitaires. Pourtant, Dieu nous veut libres, il veut que nos cœurs soient unis pour faire le bien là où il se présente. Par sa grâce, en dépit des mesures sanitaires restrictives, une liberté singulière inspirée par l’Esprit Saint nous est accessible.

Ainsi cette semaine de prière pour l’unité des chrétiens tombe à point. C’est une occasion de nous demander comment percevons-nous l’unité? Par les médias sociaux? Par les rencontres joyeuses mais superficielles? Ou bien encore par une prière soutenue pour le salut du monde? En quoi nos amis chrétiens d’autres dénominations nous ressemblent, et qu’avons-nous en commun face à cette crise toute particulière? Il nous faut avoir confiance en l’amour de Dieu pour eux et pour le monde et s’unir à cet Amour. Nous pouvons tous et chacun être libres grâce à l’Esprit Saint, et c’est plus que jamais une occasion pour nous d’habiter cette liberté dans notre prière et dans notre conscience.

Une année de la famille pour 2021

 

(Photo: courtoisie de Pixabay)

Le 19 mars prochain sera le cinquième anniversaire d’Amoris Laetitia, l’encyclique du pape François sur la famille. Pour l’occasion, le pape confie tous les fidèles à la Sainte Famille, en particulier à saint Joseph dans le cadre d’une année de la « famille Amoris Laetitia ». Cela aura notamment pour conséquence que de nombreux outils pastoraux seront fournis aux paroisses et aux fidèles pour parler du pardon dans la famille et approfondir la préparation à la vie familiale. De nombreuses réflexions sur le contenu d’Amoris Laetitia seront partagées au courant de l’année.

La Sainte Famille comme exemple de société

Pour notre plus grand bonheur, et notre plus grande humilité, Dieu a choisi de se faire connaître au sein d’une famille, d’être un bébé dans les bras de sa mère. Il n’y a rien d’anodin dans cette arrivée ; elle nous montre par analogie que chaque famille a une place pour le Seigneur. Car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux (Mt, 18:20). Dieu a choisi le couple comme lieu privilégié pour sa création, et offre ses grâces à tous les mariés et à toutes les familles.

Ainsi, il donne une valeur et une voix à la vie familiale quotidienne. Chaque geste influence la foi et la sainteté de ses membres. Le repas familial est un exemple classique du partage et de la reconnaissance des dons du Seigneur pris en charge par les parents. La relation filiale elle-même peut être empreinte d’un amour divin, et sa destruction amène des conséquences très graves. Un parent qui demeure indifférent devant son enfant, ayant négligé les soins essentiels que Dieu lui a confiés, blesse son enfant durant toute sa vie. Au contraire, un parent qui est un exemple d’humilité, de patience et d’amour charitable touchera le cœur de son enfant pour toujours et l’aidera à rechercher les vertus humaines et divines.

La famille est par ailleurs l’unité élémentaire de la société, sa forme la plus essentielle. Aussi, elle est au cœur de l’éducation au monde et à la foi, et elle porte ses conséquences dans la société à plus grande échelle. Toutes les vertus peuvent être travaillées dans la famille et tous les vices rencontrés. C’est pour cette raison que le pape insiste autant sur l’importance capitale de la famille dans la formation et l’unité de nos sociétés.

Les paroles de la famille

Le pape mentionne trois paroles essentielles au bon fonctionnement de la famille: « S’il te plaît », « Merci » et « Excuse-moi ». Au lieu d’insister sur les notions d’autorité parentale, de liberté ou d’individualité, qui jouent chacune une part importante dans les dynamiques familiales, il présente les paroles dont chacun doit se porter garant. Trois courtes expressions extérieures d’un ensemble de grandes vertus intérieures: la patience et l’écoute, la reconnaissance et l’accueil, l’humilité et le pardon. Chaque personne dans le monde mettant en œuvre ces vertus fait un pas en avant vers la sainteté, vers l’accueil dans le Royaume des Cieux. Et nous avons chaque jour l’occasion de les pratiquer en famille, quelle joie immense! Le pape met ainsi en lumière la nécessaire simplicité dans l’exercice des vertus.

La pandémie et les familles sous pression

Cette pandémie met justement en péril non seulement la société en général, mais aussi chacune de ses petites sociétés. Le rythme de vie change, les enfants ne sont plus stimulés par des activités extérieures, les couples sont ensemble 24/7. La pression a déjà monté beaucoup et très vite dans plusieurs foyers, et nombreux sont les couples qui se sont brisés dans les derniers mois. C’est pour eux en particulier que le pape lance cette année de la « famille Amoris Laetitia », dans le but de renforcer « la pastorale de la préparation au mariage » et de soutenir « les familles blessées ». Il envoie aussi son soutien aux familles du milieu de la santé, qui vivent la fragilité de la famille dans de multiples dimensions, principalement celle de la santé physique et de la perte d’espérance.

La vocation familiale

La mission de la vie familiale est une mission ardue en temps normal, et rendue plus difficile encore en temps de crise. La bienveillance du pape François à l’égard des familles se fait remarquer depuis longtemps, et surtout lors de la publication d’Amoris Laetitia, une encyclique au style limpide et direct qui prend en compte les défis concrets des familles. Cette année dédiée à la famille sera d’ailleurs l’occasion d’intégrer davantage les familles aux structures diocésaines et paroissiales afin qu’un dialogue constant entre elles, les prêtres et les agents pastoraux nourrissent les enseignements sur la famille pour les générations à venir. La sagesse pratique accumulée des familles est une ressource inestimable non seulement pour l’enseignement pastoral, mais aussi pour l’unité de l’Église. Nous sommes sur un chemin difficile, mais la Sainte Famille guide chacun de nos pas, et ce, tout particulièrement cette année.

L’année dédiée à la famille proclamée par le pape François débutera à la fête de la Saint Joseph, le 19 mars, et se terminera le 26 juin 2022 avec la 10e rencontre mondiale des familles à Rome. 

Messe d’installation de Mgr Thomas Dowd, évêque de Sault-Sainte-Marie

Ne manquez pas sur nos ondes la Messe d’installation de Mgr Thomas Dowd comme nouvel évêque de Sault-Sainte-Marie jeudi le 17 décembre 2020 dès 13h30 en direct de la pro-cathédrale de l’Assomption à North Bay. Joignez-vous à la communauté du diocèse de Sault-Sainte-Marie pour cette célébration unique où dès 13h30 nous aurons la joie de vous offrir une émission spéciale de 30 minutes animée par Francis Denis et entièrement dédiée à cet événement central de la vie de l’Église catholique en Ontario.

Pour en connaître davantage sur le diocèse de Sault-Sainte-Marie consultez le site web du diocèse à l’adresse suivante: http://diocesedesaultstemarie.org

Vous trouverez le feuillet de la célébration au lien suivant: Livret de célébration: Messe d’Installation de Mgr Thomas Dowd

Être catholique en 2020 avec Isabelle Gagnon

Cette semaine à Parrêsia, Francis Denis s’entretient avec la toute nouvelle collaboratrice à Sel + Lumière Média Isabelle Gagnon pour parler de sa foi, ses intérêts et sa vision d’une Église engagée et pertinente pour le 21e siècle. Sont notamment abordés les thèmes de la conversion, de l’intelligence de la foi, de la morale catholique et même de la langue latine ! Tout cela et bien plus sur Parrêsia, votre balado qui prend le temps de penser.

Médecine, guérison et salut avec P. Thomas de Gabory o.p.

Cette semaine dans le cadre de son balado « Parrêsia », Francis Denis discute du livre « Tu étais malade et je t’ai visité : Médecine, guérison et salut avec le médecin, théologien philosophe père dominicain Thomas De Gabory. Dans ce balado, sont notamment abordés les thèmes de la dignité humaine, des soins palliatifs, de la médecine et de la notion de salut chrétien.

Saint-Denys Garneau avec Martin Lagacé ptre

Cette semaine dans le cadre de son balado « Parrêsia », Francis Denis discute de la vie et de l’oeuvre d’Hector de Saint-Denys Garneau avec Martin Lagacé, prêtre et auteur d’un mémoire sur la question de l’art et de l’être chez ce poète québécois. Dans ce balado, sont notamment abordés les thèmes de l’histoire des arts au Québec, de la Révolution Tranquille, de la philosophie, de la peinture, de l’écriture et de la poésie tout en soulignant sa pertinence pour notre monde.

Une réponse catholique au projet de loi C-7

Une réponse catholique au projet de loi C-7″ est une émission spéciale de Sel + Lumière en collaboration avec la Conférence des évêques du Canada -CECC- entièrement dédiée à l’analyse et au dialogue sur les implications néfastes du projet de loi fédéral C-7. Les évêques catholiques du Canada restent fermement opposés au projet de loi C-7, qui étend davantage au Canada l’euthanasie et le suicide assisté, que le gouvernement et les tribunaux ont renommés par euphémisme « aide médicale à mourir » (« AMM »). Tel qu’indiqué dans le mémoire envoyé aux députés siégeant au Comité : « La législation proposée dans le projet de loi C-7 reste profondément déficiente, injuste et moralement pernicieuse. Les évêques du Canada continuent d’appeler les catholiques et toutes les personnes de bonne volonté à faire entendre leur voix pour s’opposer à ce projet de loi. De même, chaque législatrice, chaque législateur canadien doit se rappeler qu’une loi qui permet d’enlever la vie à des personnes innocentes ne pourra jamais être moralement justifiée. Une telle loi portera toujours atteinte à la dignité intrinsèque de la personne humaine. ». Dans le cadre d’une entrevue de 30 minutes, VENDREDI 20 NOVEMBRE 19h30 Francis Denis s’entretient donc de cette question avec Mgr Noël Simard, évêque de Valleyfield et porte-parole de la Conférences des évêques catholiques du Canada pour les questions et enjeux de bioéthique.

Sont également disponibles aux liens suivants: le Projet de loi C-7 présenté à la Chambre des Communes du Canada ainsi que le Mémoire présenté au Comité permanent sur la Justice et les Droits de la personne par la Conférence des évêques catholiques du Canada au sujet du projet de loi C-7 : « Loi modifiant le Code criminel (Aide médicale à mourir) ».

Une spiritualité du don avec Anne Doran

Cette semaine dans le cadre de son balado « Parrêsia », Francis Denis discute du livre « Une spiritualité du don : Pensée innue, philosophie et christianisme en dialogue » (NOVALIS) avec son auteure, la professeure et théologienne Anne Doran. Dans ce balado, sont notamment abordés les thèmes des rapports à soi, à l’autre, au monde, à Dieu à travers la rencontre des regards de la pensée traditionnelle innue, de la phénoménologie ainsi que de la pensée chrétienne occidentale.

La liberté d’expression selon le pape François

(photo: courtoisie Pixabay) Nos sociétés sont traversées par des bouleversements : globalisation politique, révolution des communications, transformation du monde du travail et pandémie mondiale.  Les défis auxquels nous faisons face demandent plus que jamais l’engagement de tous au processus démocratique. Or, la condition sine qua non à toute démocratie est la liberté d’expression. En effet, ce n’est qu’en permettant le débat ouvert, l’affrontement et le choc des idées que nous pourrons trouver des solutions aux problèmes auxquels nous sommes confrontés. L’encyclique « Fratelli tutti » du pape François est plus qu’éclairante à ce sujet.

Trop c’est comme pas assez

L’encyclique « Fratelli tutti » est d’abord très pertinente en ce qui a trait aux différents risques qui menacent aujourd’hui la liberté d’expression nécessaire à tout débat public fructueux. Le Pape manifeste un premier risque lorsqu’il écrit : « L’accumulation écrasante d’informations qui nous inondent n’est pas synonyme de plus de sagesse. La sagesse ne se forge pas avec des recherches anxieuses sur internet, ni avec une somme d’informations dont la véracité n’est pas assurée… » (no 50). Soyons clair : loin d’inciter à ne pas s’informer, le Pape invite plutôt à exercer un jugement critique face à notre propre appétit d’informations à la lumière d’une vision de la fraternité apte à distinguer le pertinent de ce qui ne l’est pas. C’est en gardant toujours à l’esprit, à la fois, le bien commun et ce qui relève de ma responsabilité que nous saurons consommer la juste quantité d’information.

Disqualifier n’est pas dialoguer

Lorsqu’on considère le climat politique de nos démocraties occidentales, il est difficile de ne pas voir que nous sommes face à plusieurs impasses. La crise de la covid-19 n’a pas manqué de révéler plusieurs lacunes dans nos délibérations démocratiques. Parmi celles-ci, on trouve une augmentation de la partisannerie. Loin d’être le lieu de mise en commun des idées au service de l’innovation et de la mise en marche de grands projets en faveur du bien commun, les débats se réduisent trop souvent à « Uniquement des recettes de marketing visant des résultats immédiats qui trouvent dans la destruction de l’autre le moyen le plus efficace. Dans ce jeu mesquin de disqualifications, le débat est détourné pour créer une situation permanente de controverse et d’opposition » (no 15).

Alors que nous aurions besoin de riches discussions puisées aux plus récentes découvertes de nos universités, au patrimoine local et aux apports et découvertes des autres pays, le dialogue social se perd trop souvent dans ce qui revient à la loi du plus fort. Pourtant, force politique n’équivaut que très rarement à sagesse sociale. Ainsi, l’appel du Pape à la fraternité pourrait nous inspirer une attitude d’ouverture au dialogue et, ainsi, renouveler notre démocratie.

Des interlocuteurs bien enracinés

Un autre risque menaçant le dialogue public est l’uniformisation constante des cultures, laissant de moins en moins de place à la diversité des histoires, des langues, des cultures, etc. On a souvent parlé de l’impérialisme culturel américain. Or aujourd’hui, et cela a aussi des effets positifs, la globalisation a multiplié les pays qui s’affrontent sur ce terrain. Dans ce contexte, les plus petits peuples et cultures qui ne disposent pas de grands moyens sont grandement menacés. Or, comme le dit le Pape :

« Tout comme il n’est pas de dialogue avec l’autre sans une identité personnelle, de même il n’y a d’ouverture entre les peuples qu’à partir de l’amour de sa terre, de son peuple, de ses traits culturels. Je ne rencontre pas l’autre si je ne possède pas un substrat dans lequel je suis ancré et enraciné (no 143).

Développer une meilleure connaissance et cultiver l’amour que nous avons pour notre propre identité est donc une priorité démocratique dont l’urgence ne devrait pas être sous-estimée.

Un Pape bien informé

Dans cette encyclique, le pape François fait preuve d’une très grande lucidité devant les enjeux qui nous concernent. À travers son diagnostic des logiques malsaines et néfastes qui éloignent nos démocraties de leurs fondements, nous sommes tous invités à redécouvrir les attitudes essentielles pour faire face aux défis qui sont les nôtres. Ainsi, par l’amitié sociale, nous pourrons continuer sur ce « chemin de fraternité, local et universel, [qui]ne peut être parcouru que par des esprits libres et prêts pour de vraies rencontres (no 50).

Les abus sexuels dans l’Église avec Jean-Guy Nadeau

Cette semaine dans le cadre de son balado « Parrêsia », Francis Denis discute de la crise des abus sexuels dans l’Église avec le théologien Jean-Guy Nadeau, auteur du livre « Une profonde blessure: Les abus sexuels dans l’Église catholique » (Éd.Médiaspaul). Dans ce balado, sont notamment abordés les thèmes des conséquences humaines et spirituelles des abus, les différents chemins de guérison, les différentes causes personnelles et structurelles ainsi que des pistes de solutions pour y mettre un terme.

Jean- Guy Nadeau est professeur honoraire de la Faculté de théologie de l’université de Montréal. Un des premiers experts dans le domaine des abus sexuels du clergé. En 2017, il a collaboré au Centre for Child Protection de l’Université Grégorienne de Rome. Il a été président de la Société internationale de théologie pratique. Parmi ces nombreux engagements, il fut marguillier, membre de divers comités en paroisse et membre du comité de rédaction de la revue de pastorale Prêtres et Pasteurs durant plus de 30 ans, revue qui a publié les premiers textes au Québec sur les abus sexuels dans l’Église, Co-fondateur, président et membre du C.A. durant presque 20 ans du Projet d’intervention auprès des mineurEs prostituéEs (PIaMP), un des tout premiers organismes de travail de rue à Montréal et toujours actif en 2020. Co-fondateur de la revue Théologiques et membre de son comité de rédaction durant plus de 10 ans. Directeur des programmes d’Études pastorales à la Faculté de théologie de l’Université de Montréal, Président de la Société internationale de théologie pratique, Vice-président de l’International Academy of Practical Theology, Co-fondateur et directeur durant 10 ans de la collection Cahiers d’études pastorales (éditions
Fides).

Parmi ses nombreuses publications, notons ces trois ouvrages majeurs:

Une profonde blessure. Les abus sexuels dans l’Église catholique, Médiaspaul, 2020, 402 p.

-Avec Carole Golding et Claude Rochon, Autrement que victimes. Dieu, enfer et résistance
chez les victimes d’abus sexuels, Novalis, 2012, 336 p.

-La prostitution, une affaire de sens. Études de pratiques sociales et pastorales, Fides, 1987,
480 p.