Église en Sortie 31 mai 2019

Cette semaine à Église en Sortie, on s’entretient avec le frère Yvon Poitras de la communauté des frères de l’Instruction chrétienne sur son plus récent livre « La Vie toujours la vie ! ». On vous présente un reportage sur la rencontre 2019 de la Commission épiscopale francophone pour les traductions liturgiques (CEFTEL) à Québec. On parle de la vie et de l’œuvre du Père Ludger Brien, S.J avec la responsable de la Société du Christ Seigneur, Diane Poirier.

Homélie du Pape François lors de la Messe à Abu Dhabi

Vous trouverez ci-dessous le texte de l’homélie du Pape François tel que prononcé lors de la Messe au Stade de sport Zayed d’Abu Dhabi (photo CNS photo/Paul Haring) :

Heureux : c’est la parole avec laquelle Jésus commence sa prédication dans l’Evangile de Matthieu. Et c’est le refrain qu’il répète aujourd’hui, presqu’à vouloir fixer dans notre cœur, avant tout, un message de base : si tu es avec Jésus, si, comme les disciples d’alors, tu aimes écouter sa parole, si tu cherches à la vivre chaque jour, tu es heureux. Non tu seras heureux, mais tu es heureux. : voilà la première réalité de la vie chrétienne. Elle ne se présente pas comme une liste de prescriptions extérieures à accomplir ou comme un ensemble complexe de doctrines à connaître. Ce n’est surtout pas cela ; c’est se savoir, en Jésus, enfants aimés du Père. C’est vivre la joie de cette béatitude, c’est entendre la vie comme une histoire d’amour, l’histoire de l’amour fidèle de Dieu qui ne nous abandonne jamais et veut être en communion avec nous toujours. Voici le motif de notre joie, d’une joie que personne au monde et qu’aucune circonstance de la vie ne peuvent nous enlever. C’est une joie qui donne de la paix même dans la souffrance, [une joie] qui déjà nous donne un avant-goût de ce bonheur qui nous attend pour toujours. Chers frères et sœurs, dans la joie de vous rencontrer, c’est la parole que je suis venu vous dire, heureux ! 

Maintenant, si Jésus dit heureux ses disciples, les motifs de chacune des Béatitudes frappent toutefois. En elles nous voyons un renversement de la pensée commune, selon laquelle sont heureux les riches, les puissants, ceux qui ont du succès et sont acclamés par les foules. Pour Jésus, au contraire, heureux sont les pauvres, les doux, ceux qui restent justes même au prix de faire triste figure, les persécutés. Qui a raison, Jésus ou le monde ? Pour comprendre, regardons comment a vécu Jésus : pauvre de choses et riche d’amour, il a guéri tant de vies, mais n’a pas épargné la sienne. Il est venu pour servir, non pour être servi ; il nous a enseigné que ce n’est pas celui qui a qui est grand, mais celui qui donne. Juste et doux, il n’a pas opposé de résistance et s’est laissé condamner injustement. De cette façon, Jésus a porté dans le monde l’amour de Dieu. Seulement ainsi, il a vaincu la mort, le péché, la peur et la mondanité elle-même : avec la seule force de l’amour divin. Demandons aujourd’hui, ici ensemble, la grâce de redécouvrir l’attrait de suivre Jésus, de l’imiter, de ne pas chercher quelqu’un d’autre que Lui et son humble amour. Parce que c’est là que se tient, dans la communion avec Lui et dans l’amour pour les autres, le sens de la vie sur la terre. Croyez-vous à cela ? 

Je suis venu aussi pour vous dire merci pour la manière dont vous vivez l’Evangile que nous avons entendu. On dit qu’entre l’Evangile écrit et l’Evangile vécu il y a la même différence qui existe entre la musique écrite et celle jouée. Vous connaissez ici la mélodie de l’Evangile et vous vivez l’enthousiasme de son rythme. Vous êtes un chœur qui comprend une variété de nations, de langues et de rites ; une diversité que l’Esprit Saint aime et veut toujours plus harmoniser, pour en faire une symphonie. Cette joyeuse polyphonie de la foi est un témoignage que vous donnez à tous et qui construit l’Eglise. J’ai été touché par ce que Monseigneur Hinder a dit une fois c’est-à-dire que non seulement il se sent votre Pasteur, mais que vous, par votre exemple, vous êtes souvent des pasteurs pour lui. 

Vivre en bienheureux et suivre la voie de Jésus ne signifie pas toutefois être toujours dans l’allégresse. Celui qui est affligé, qui subit des injustices, qui se dépense pour être un artisan de paix sait ce que signifie souffrir. Pour vous, ce n’est certes pas facile de vivre loin de la maison et de sentir bien sûr, en plus de l’absence de l’affection des personnes les plus chères, l’incertitude de l’avenir. Mais le Seigneur est fidèle et il n’abandonne pas les siens. Un épisode de la vie de saint Antoine, abbé, le grand initiateur du monachisme dans le désert, peut nous aider. Pour le Seigneur, il avait tout laissé et se trouvait dans le désert. Là pendant un certain temps, il fut aux prises avec une âpre lutte spirituelle qui ne lui laissait pas de répit, assailli par des doutes et l’obscurité, et même par la tentation de céder à la nostalgie et aux regrets pour la vie passée. Le Seigneur le consola ensuite après tant de tourments et saint Antoine lui demanda : « Où étais-tu ? Pourquoi n’es-tu pas apparu avant pour me libérer des souffrances ? » Alors il entendit distinctement la réponse de Jésus : « J’étais là, Antoine » (S. ATHANASE, Vita Antonii, 10). Le Seigneur est proche. Il peut arriver, devant une épreuve ou dans une période difficile, de penser être seul même après tant de temps passé avec le Seigneur. Mais dans ces moments, même s’il n’intervient pas tout de suite, il marche à nos côtés, si nous continuons à aller de l’avant, il ouvrira un chemin nouveau. Parce que le Seigneur est un spécialiste pour faire des choses nouvelles, il sait ouvrir des voies même dans le désert (cf. Is 43, 19). 

Chers frères et sœurs, je voudrais vous dire aussi que vivre les Béatitudes ne demande pas de gestes éclatants. Regardons Jésus : il n’a rien laissé d’écrit, il n’a rien construit d’imposant. Et lorsqu’il nous a dit comment vivre il ne nous a pas demandé d’élever de grandes œuvres ou de nous signaler en accomplissant des gestes extraordinaires. Il nous a demandé de réaliser une seule œuvre d’art, possible pour tous : celle de notre vie. Les Béatitudes sont alors un plan de vie : elles ne demandent pas des actions surhumaines, mais d’imiter Jésus dans la vie de tous les jours. Elles invitent à tenir son cœur propre, à pratiquer la douceur et la justice malgré tout, à être miséricordieux avec tous, à vivre l’affliction en étant unis à Dieu. C’est la sainteté du vivre-au-quotidien, qui n’a pas besoin de miracles et de signes extraordinaires. Les Béatitudes ne sont pas pour des superhommes, mais pour qui affronte les défis et les épreuves de chaque jour. Celui qui les vit selon Jésus rend propre le monde. Il est comme un arbre qui, même en terre aride, absorbe chaque jour de l’air pollué et le restitue oxygéné. Je vous souhaite d’être ainsi, bien enracinés en Jésus et prêts à faire du bien à quiconque vous est proche. Que vos communautés soient des oasis de paix. 

Enfin, je voudrais m’arrêter brièvement sur deux Béatitudes. La première : « Heureux les doux » (Mt 5, 5). N’est pas heureux celui qui agresse ou écrase, mais celui qui garde le comportement de Jésus qui nous a sauvé : doux aussi devant ses accusateurs. J’aime citer saint François, quand il donne aux frères des instructions sur la manière de se rendre auprès des Sarrasins et des non chrétiens. Il a écrit : « Ne faire ni procès ni disputes, être soumis à toute créature humaine à cause de Dieu et confesser simplement qu’ils sont chrétiens » (Première Règle, XVI). Ni procès, ni disputes : à cette époque, tandis que beaucoup partaient revêtus de pesantes armures, saint François a rappelé que le chrétien part armé seulement de sa foi humble et de son amour concret. Elle est importante la douceur : si nous vivons dans le monde à la manière de Dieu, nous deviendrons des canaux de sa présence ; autrement, nous ne porterons pas de fruit. 

Le seconde Béatitude : « Heureux les artisans de paix » (v. 9) Le chrétien promeut la paix, à commencer par la communauté dans laquelle il vit. Dans le livre de l’Apocalypse, parmi les communautés à qui Jésus lui-même s’adresse, il y en a une, celle de Philadelphie, qui je crois vous ressemble. C’est une Eglise que le Seigneur, à la différence de toutes autres, ne réprimande en rien. En effet, elle a gardé la parole de Jésus, sans renier son nom, et elle a persévéré, c’est-à-dire qu’elle est allée de l’avant, même dans les difficultés. Et c’est un aspect important : le nom Philadelphie signifie amour entre les frères. L’amour fraternel. Donc, une Eglise qui persévère dans la parole de Jésus et dans l’amour fraternel est appréciée du Seigneur et porte du fruit. Je demande pour vous la grâce de garder la paix, l’unité, de prendre ici soin les uns des autres, avec cette belle fraternité pour laquelle il n’y a pas de chrétiens de première et de seconde classe. 

Que Jésus, qui vous appelle heureux, vous donne la grâce d’aller toujours de l’avant sans vous décourager, en grandissant dans l’amour « entre vous et envers tous » (1 Th 3, 12). 

Messe pour les vocations sacerdotales de l’Archidiocèse de Montréal sur S+L

En EXCLUSIVITÉ sur les ondes de Sel et Lumière, voyez EN DIRECT la télé diffusion de la Messe pour les vocations sacerdotales de l’Archidiocèse de Montréal le vendredi 8 février prochain à 19h30. Cette Messe célébrée à la magnifique chapelle du Grand Séminaire de Montréal sera présidée par S.Exc. Mgr Christian Lépine, archevêque de Montréal. L’animation de cette Messe est confiée aux communautés présentent sur le territoire de l’Archidiocèse de Montréal ainsi qu’aux séminaristes étudiants au Grand Séminaire de Montréal.

Veuillez noter que cette Messe sera également disponible en direct sur la chaîne web de Sel et Lumière dès 19h30. Un rendez-vous à ne pas manquer!

Homélie du Pape François en la Solennité de l’Épiphanie du Seigneur

Vous trouverez ci-dessous le texte de l’homélie du pape François telle que prononcée lors de la célébration de la Solennité de l’Épiphanie du Seigneur en la basilique Saint-Pierre de Rome dimanche 6 janvier 2019(Photo CNS/Paul Haring):

Épiphanie : ce mot signifie la manifestation du Seigneur, qui, comme le dit saint Paul dans la deuxième lecture (cf. Ep. 3,6), se révèle à tous les peuples, représentés aujourd’hui par les Mages. Se dévoile ainsi la merveilleuse réalité de Dieu qui est venu pour tous : toutes les nations, langues et peuples sont accueillis par lui et aimés de lui. Le symbole de cela est la lumière qui rejoint et illumine toutes choses.

Maintenant, si notre Dieu se manifeste à tous, il est cependant surprenant de constater de quelle façon il se manifeste. Dans l’Évangile est raconté un va-et-vient autour du palais du roi Hérode, alors même que Jésus est présenté comme roi : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? » (Mt 2,2), demandent les Mages. Ils le trouveront, mais pas là où ils pensaient : non pas dans le palais royal de Jérusalem, mais dans une humble demeure à Bethléem. Le même paradoxe émergeait à Noël, quand l’Évangile parlait du recensement de toute la terre à l’époque de l’empereur Auguste et du gouverneur Quirinius (cf. Lc 2,2). Mais aucun des puissants d’alors n’a réalisé que le Roi de l’histoire était né en leur temps. Et encore, quand Jésus, âgé d’une trentaine d’années, se manifeste publiquement, précédé par Jean le Baptiste, l’Évangile offre une autre présentation solennelle du contexte, en énumérant tous les « grands » d’alors, les pouvoirs séculiers et spirituels : l’empereur Tibère, Ponce Pilate, Hérode, Philippe, Lysanias, les grands prêtres Hanne et Caïphe. Et il conclut : « la Parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean » (Lc 3,2). Donc à aucun des grands, mais à un homme qui s’était retiré dans le désert. Voilà la surprise : Dieu ne s’élève pas au-devant de la scène du monde pour se manifester.

En écoutant cette liste de personnages illustres, pourrait surgir la tentation de « tourner les projecteurs » sur eux. Nous pourrions penser : c’eût été meilleur si l’étoile de Jésus était apparue à Rome, sur la colline du Palatin, d’où Auguste régnait sur le monde ; tout l’empire serait devenu immédiatement chrétien. Ou, s’il avait illuminé le palais d’Hérode, celui-ci aurait pu faire le bien, plutôt que le mal. Mais la lumière de Dieu ne va pas chez celui qui brille de sa propre lumière. Dieu se propose, il ne s’impose pas ; il éclaire, mais il n’éblouit pas. C’est toujours une grande tentation de confondre la lumière de Dieu et les lumières du monde. Combien de fois nous avons suivi les éclats séduisants du pouvoir et de la scène, convaincus de rendre un bon service à l’Évangile ! Mais nous avons ainsi détourné les lumières du mauvais côté, parce que Dieu n’était pas là. Sa douce lumière resplendit dans l’amour humble. Combien de fois, en tant qu’Église, nous avons essayé de briller de notre propre lumière ! Mais nous ne sommes pas le soleil de l’humanité. Nous sommes la lune, qui, même avec ses ombres, reflète la lumière véritable, le Seigneur. L’Église est le mysterium lunae et le Seigneur est la lumière du monde (cf. Jn 9,5). Lui, non pas nous.

La lumière de Dieu va chez celui qui l’accueille. Isaïe, dans la première lecture (cf. 60,2) nous rappelle que la lumière divine n’empêche pas les ténèbres et les brumes épaisses de recouvrir la terre, mais qu’elle resplendit en celui qui est disposé à la recevoir. C’est pourquoi le prophète lance une invitation qui interpelle chacun de nous : « Debout, resplendis » (60,1). Il faut se mettre debout, c’est-à-dire se lever de sa propre sédentarité et se disposer à marcher. Autrement on reste immobile, comme les scribes consultés par Hérode, qui savaient bien où devait naître le Messie, mais qui n’ont pas bougé. Et puis il est nécessaire de se revêtir de Dieu qui est la lumière, chaque jour, jusqu’à ce que Jésus devienne notre vêtement quotidien. Mais pour mettre l’habit de Dieu, qui est simple comme la lumière, il faut d’abord se défaire des vêtements somptueux. Autrement on fait comme Hérode qui, à la lumière divine, préférait les lumières terrestres du succès et du pouvoir. Les Mages, au contraire, réalisent la prophétie, ils se lèvent pour être revêtus de lumière. Eux seuls voient l’étoile dans le ciel : ni les scribes, ni Hérode, personne à Jérusalem. Pour trouver Jésus, il faut déterminer un itinéraire différent, il faut prendre une voie alternative, la sienne, la voie de l’amour humble. Et il faut s’y maintenir. En effet l’Évangile de ce jour conclut en disant que les Mages, ayant rencontré Jésus, « regagnèrent leur pays par un autre chemin » (Mt 2, 12). Un autre chemin, différent de celui d’Hérode. Une voie alternative au monde, comme celle suivie par ceux qui à Noël sont avec Jésus : Marie et Joseph, les bergers. Eux, comme les Mages, ont laissé leurs maisons et sont devenus pèlerins sur les chemins de Dieu. Parce que seul celui qui abandonne ses attachements mondains pour se mettre en chemin trouve le mystère de Dieu.

C’est aussi valable pour nous. Il ne suffit pas de savoir où Jésus est né, comme les scribes, si nous ne rejoignons pas ce . Quand son devient le nôtre, que son quand devient notre quand, sa personne notre vie, alors les prophéties s’accomplissent en nous. Alors Jésus naît au-dedans de nous et il devient Dieu vivant pour moi. Aujourd’hui, frères et sœurs, nous sommes invités à imiter les Mages. Ils ne discutent pas, mais ils marchent ; ils ne restent pas à regarder, mais ils entrent dans la maison de Jésus ; ils ne se mettent pas au centre, mais ils se prosternent devant lui qui est le centre ; ils ne se fixent pas sur leurs plans, mais ils se disposent à prendre d’autres chemins. Dans leurs actes, il y a un contact étroit avec le Seigneur, une ouverture radicale à lui, une implication totale en lui. Avec lui, ils utilisent le langage de l’amour, la même langue que Jésus, encore enfant, parle déjà. En effet, les Mages vont chez le Seigneur non pas pour recevoir, mais pour donner. Demandons-nous : à Noël avons-nous porté un cadeau à Jésus, pour sa fête, ou avons-nous échangé des cadeaux seulement entre nous ?

Si nous sommes allés chez le Seigneur les mains vides, aujourd’hui nous pouvons y remédier. L’֤Évangile présente, en effet, pour ainsi dire, une petite liste de cadeaux : l’or, l’encens et la myrrhe. L’or, considéré comme l’élément le plus précieux, rappelle qu’à Dieu revient la première place. Il doit être adoré. Mais pour le faire, il est nécessaire de se priver soi-même de la première place et de se reconnaître pauvres, et non pas autosuffisants. Voilà alors l’encens, pour symboliser la relation avec le Seigneur, la prière, qui comme un parfum monte vers Dieu (cf. Ps 141,2). Mais, comme l’encens doit brûler pour parfumer, ainsi faut-il pour la prière « brûler » un peu de temps, le dépenser pour le Seigneur. Et le faire vraiment, pas seulement en paroles. A propos des faits, voici la myrrhe, un onguent qui sera utilisé pour envelopper avec amour le corps de Jésus descendu de la croix (cf. Jn 19,39). Le Seigneur désire que nous prenions soin des corps éprouvés par la souffrance, de sa chair la plus faible, de celui qui est laissé en arrière, de celui qui peut seulement recevoir sans rien donner de matériel en échange. Elle est précieuse aux yeux de Dieu la miséricorde envers celui qui n’a rien à redonner, la gratuité ! Elle est précieuse aux yeux de Dieu la gratuité. En ce temps de Noël qui arrive à sa fin, ne perdons pas l’occasion de faire un beau cadeau à notre Roi, venu pour tous, non pas sur les scènes somptueuses du monde, mais dans la pauvreté lumineuse de Bethléem. Si nous le faisons, sa lumière resplendira sur nous.

Se préparer à la fête en cultivant son désir

Dimanche prochain le 2 décembre 2018, l’Église francophone du Canada vivra deux changements importants. Dans un premier temps, nous entrerons, comme l’ensemble de l’Église universelle, dans le temps de l’Avent. Un deuxième changement nous concerne aussi tout particulièrement. En effet, ce dimanche et ce pour la première fois, nous utiliserons une nouvelle traduction de la prière dominicale, le Notre-Père.

Pour conserver les plaisirs de la vie

Dans la liturgie latine, le temps de l’Avent (qui signifie avènement) met l’accent sur la dimension eschatologique de la foi ou, en d’autres termes, sur l’espérance du but ultime de notre vie et du monde qu’est le retour glorieux du Christ et la récapitulation de toutes choses en Lui. Bien évidemment tout cela est certes mystérieux et semble bien loin de notre expérience quotidienne. C’est pourquoi à chaque année, la liturgie nous invite à prendre le temps de souligner et méditer cette attente constitutive de notre foi.

On dit également de l’Avent qu’il s’agit d’un temps de préparation à Noël, ce temps de l’année où nous célébrons le Mystère de l’Incarnation du Fils de Dieu parmi nous. Cette emphase est particulièrement bien adaptée à notre nature humaine. En effet, nous faisons tous l’expérience d’une tension entre le plaisir et le désir. Plus nous désirons quelque chose, plus notre plaisir sera intense. Au contraire, lorsque nous ne désirons pas vraiment, nous n’avons pas beaucoup de plaisir, a fortiori lorsque nous ne désirons pas du tout ! Notre société de consommation nous a trop souvent convaincus que nous devons  tout avoir tout de suite, sans effort ni… désir. Cela est contradictoire et explique pourquoi les gens qui ont tout ce qu’ils désirent sont souvent blasés et à la recherche de toujours plus d’émotions fortes.

Si nous voulons conserver le plaisir, il nous faut donc apprendre à cultiver le désir. C’est ce que permet le temps liturgique de l’Avent. En nous recentrant sur l’essentiel de la venue du Christ à Noël, nous sommes invités à cultiver notre désir intérieur de pouvoir enfin le contempler dans la crèche. Ainsi, parce que nous aurons, à la fois, appris à attendre et à la fois compris ce qui est véritablement essentiel, toute notre vie se transformera et nous pourrons apprécier dans leur plénitude les plaisirs célestes et terrestres.

Un « Notre-Père » clarifié

Ce dimanche, les fidèles francophones du Canada vivront un autre changement majeur. En effet, pour la première fois, nous devrons réciter différemment la prière du Notre Père. Alors que nous étions habitués à dire : « Ne nous soumets pas à la tentation », nous dirons dorénavant : « Et ne nous laisse pas entrer en tentation ». La raison n’en est pas que la précédente formulation était absolument erronée, l’Église n’aurait pu tolérer que les fidèles invoquent Dieu d’une manière théologiquement fausse. C’est plutôt pour éviter toutes les éventuelles mauvaises interprétations qui pouvaient en émerger.

En effet, la version précédente pouvait faire penser que Dieu désirait directement que nous soyons tentés. Or, puisque Dieu ne peut vouloir directement le péché, il ne pouvait désirer la tentation. Dans le livre de Job, nous voyons clairement que le tentateur n’est pas Dieu mais Satan. Il est donc plus approprié de demander à Dieu de ne pas nous laisser « entrer en tentation » c’est-à-dire de ne pas laisser Satan s’approcher de nous et nous laisser être séduits par les mensonges de cet ange déchu.

En ce sens, il est très opportun que cette nouvelle formulation du Notre-père advienne durant le temps de l’Avent. En effet, comme nous l’avons dit plus haut, cette période de l’année nous invite à l’attente persévérante de l’Avènement du Christ. Cette attente ne doit non pas nous porter vers l’immobilisme du « divan » mais plutôt nous revigorer dans la dimension combattante de la vie spirituelle. Comme le dit le pape François : « La lutte contre les projets habiles de destruction et de déshumanisation menés par le démon est une réalité quotidienne ». L’Avent, ce « petit carême », nous invite à cette purification de notre propre vie intérieure en cultivant ce désir des joies de Noël par des privations et des actes d’amour de toutes sortes. En ce sens, le changement de formulation du Notre-Père est donc plus que bienvenu.

Messe pour les vocations sacerdotales de l’Archidiocèse de Montréal

En EXCLUSIVITÉ sur les ondes de TV Sel + Lumière et en ligne sur le web, suivez EN DIRECT la diffusion de la Messe pour les vocations sacerdotales de l’Archidiocèse de Montréal, le vendredi 26 octobre à 19 h 30 min. Cette Messe célébrée, à la magnifique chapelle du Grand Séminaire de Montréal, sera présidée par S. Exc. Mgr Christian Lépine, archevêque de Montréal. L’animation est confiée aux communautés présentes sur le territoire de l’Archidiocèse ; ainsi qu’aux séminaristes étudiants au Grand Séminaire de Montréal. Veuillez noter que la Messe sera également disponible sur Facebook EN DIRECT de Sel et Lumière dès 19 h 30 min. Un rendez-vous à ne pas manquer !

Vous trouverez le feuillet de célébration en cliquant sur le lien suivant:

Feuillet Messe vocationnelle

Homélie du pape François lors de la Messe sur la Place de la Liberté de Tallinn, Estonie

Vous trouverez ci-dessous le texte de l’homélie du pape François telle que prononcée lors de la Messe célébrée sur la place de la Liberté de Tallinn (Estonie):

En écoutant, dans la première lecture, l’arrivée du peuple hébreu – une fois libéré de l’esclavage en Egypte – au mont Sinaï (cf. Ex 19, 1), il est impossible de ne pas penser à vous en tant que peuple ; il est impossible de ne pas penser à la nation tout entière de l’Estonie, et à tous les pays baltes. Comment ne pas s’en souvenir, dans cette « révolution chantée », ou dans cette chaine de 2 millions de personnes d’ici à Vilnius ? Vous connaissez les luttes pour la liberté, vous pouvez vous identifier à ce peuple. Cela nous fera du bien, par conséquent, d’écouter ce que Dieu dit à Moïse afin de comprendre ce qu’il nous dit en tant que peuple.

Le peuple qui arrive au Sinaï est un peuple qui a déjà vu l’amour de son Dieu manifesté par des miracles et des prodiges. C’est un peuple qui décide de conclure un pacte d’amour, parce que Dieu l’a déjà aimé en premier et lui a manifesté cet amour. Il n’est pas obligé. Dieu le veut libre. Quand nous disons que nous sommes chrétiens, quand nous embrassons un style de vie, nous le faisons sans pressions, sans que cela soit un échange dans lequel nous faisons quelque chose si Dieu fait quelque chose. Mais surtout, nous savons que la proposition de Dieu ne nous enlève rien, au contraire elle conduit à la plénitude, elle renforce toutes les aspirations de l’homme. Certains se considèrent libres lorsqu’ils vivent sans Dieu ou séparés de lui. Ils ne se rendent pas compte que, de cette manière, ils voyagent dans cette vie comme des orphelins, sans maison où revenir. « Ils cessent d’être pèlerins et se transforment en errants, qui tournent toujours autour d’eux-mêmes sans arriver nulle part » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 170).

Il nous revient, comme le peuple sorti d’Égypte, d’écouter et de chercher. Certains pensent parfois que la force d’un peuple se mesure aujourd’hui par d’autres paramètres. Il y a celui qui parle plus fort, qui paraît plus sûr de lui lorsqu’il parle – sans défaillances ni hésitations – ; il y a celui qui ajoute aux cris la menace des armes, le déploiement de troupes, les stratégies… Celui-là semble le plus « solide ». Mais cela, ce n’est pas « chercher » la volonté de Dieu ; c’est accumuler pour s’imposer sur la base de l’avoir. Cette attitude cache en soi un refus de l’éthique et, avec elle, un refus de Dieu. Parce que l’éthique nous met en relation avec un Dieu qui attend de nous une réponse libre et engagée avec les autres, et avec notre entourage, une réponse qui se trouve en dehors des catégories du marché (cf. ibid., n. 57). Vous n’avez pas conquis votre liberté pour finir esclaves du consumérisme, de l’individualisme ni de la soif du pouvoir ou de la domination.

Dieu connaît nos besoins, ceux que nous cachons souvent derrière le désir de posséder ; même nos insécurités surmontées grâce au pouvoir. Cette soif, qui demeure dans tout cœur humain, Jésus, dans l’Evangile que nous avons entendu, nous encourage à la vaincre par la rencontre avec lui. C’est lui qui peut nous rassasier, nous combler de la plénitude de la fécondité de son eau, de sa pureté, de sa force irrésistible. La foi, c’est aussi se rendre compte qu’il est vivant et qu’il nous aime ; qu’il ne nous abandonne pas, et qu’il est donc capable d’intervenir mystérieusement dans notre histoire ; il tire le bien du mal par sa puissance et sa créativité infinie (cf. ibid., n. 278).

Dans le désert, le peuple d’Israël succombera à la tentation de chercher d’autres dieux, d’adorer le veau d’or, de se confier à ses propres forces. Mais Dieu l’attire toujours de nouveau, et eux se souviendront de ce qu’ils ont entendu et vu sur la montagne. Comme ce peuple, nous savons, nous aussi, que nous sommes un peuple « élu, sacerdotal et saint » (cf. Ex 19, 6 ; 1P 2, 9), c’est l’Esprit qui nous rappelle toutes ces choses (cf. Jn 14, 26).

Élus ne signifie pas être les seuls, ou sectaires ; nous sommes la petite portion qui doit fermenter toute la masse, qui ne se cache pas, qui ne se sépare pas, qui ne se considère pas meilleure ni plus pure. L’aigle met à l’abri ses aiglons, il les conduit en des lieux escarpés tant qu’ils ne parviennent pas à s’en sortir tout seuls, mais il doit les pousser à sortir de cet endroit tranquille. Il secoue la nichée, conduit ses petits dans le vide pour qu’ils essayent de voler de leurs propres ailes ; et il reste en dessous d’eux pour les protéger, pour qu’ils ne se fassent pas mal. Dieu fait de même avec son peuple élu, il le veut « en sortie », audacieux dans son vol et toujours protégé par lui seul. Nous devons vaincre la peur et abandonner les espaces sécurisés, parce que, aujourd’hui, le plus grand nombre des Estoniens ne se reconnaissent pas croyants.

Sortir comme des prêtres ; nous le sommes par le baptême. Sortir afin de promouvoir la relation avec Dieu, pour la faciliter, pour favoriser une rencontre d’amour avec celui qui crie : « Venez à moi » (Mt 11, 28). Nous avons besoin de grandir dans un regard de proximité pour contempler, nous émouvoir et nous arrêter devant l’autre, chaque fois que c’est nécessaire. C’est cela, l’“art de l’accompagnement” qui se réalise au rythme salutaire de la “proximité”, avec un regard respectueux et plein de compassion qui est en mesure de guérir, de défaire les nœuds et de faire grandir dans la vie chrétienne (cf. Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 169).

Et donner le témoignage d’être un peuple saint. Nous pouvons succomber à la tentation de penser que la sainteté est seulement pour quelques-uns. Cependant, « nous sommes tous appelés à être des saints en vivant avec amour et en offrant un témoignage personnel dans nos occupations quotidiennes, là où chacun se trouve. » (Exhort. ap. Gaudete et exsultate, n. 14). Cependant, de même que l’eau dans le désert n’était pas un bien personnel mais communautaire, de même que la manne ne pouvait pas être accumulée parce qu’elle se gâtait, la sainteté vécue s’étend, coule, féconde tout ce qui lui est proche. Faisons le choix aujourd’hui d’être des saints, en assainissant les confins et les périphéries de notre société, là où notre frère gît et souffre de son exclusion. Ne permettons pas que ce soit celui qui viendra après moi qui fera le pas pour lui porter secours, et que ce ne soit pas non plus une question à résoudre par les institutions ; c’est nous-mêmes qui fixons notre regard sur ce frère et qui lui tendons la main pour le relever parce que l’image de Dieu est en lui, il est un frère racheté par Jésus Christ. C’est cela être chrétien, et la sainteté vécue jour après jour (cf. ibid., n. 98).

Vous avez manifesté dans votre histoire la fierté d’être Estoniens, vous le chantez en disant : « Je suis Estonien, je resterai Estonien, être Estonien est une belle chose, nous sommes Estoniens ». Comme c’est beau de sentir qu’on fait partie d’un peuple, comme c’est beau d’être indépendants et libres. Allons à la montagne sainte, celle de Moïse, celle de Jésus, et demandons-lui – comme le dit la devise de cette visite – de réveiller nos cœurs, de nous faire le don de l’Esprit pour discerner à chaque moment de l’histoire comment être libres, comment embrasser le bien et se sentir élus, comment permettre à Dieu de faire grandir, ici en Estonie et dans le monde entier, sa nation sainte, son peuple sacerdotal.

À la fin de la Messe

Chers frères et sœurs,

Avant la bénédiction finale, et avant de conclure ce Voyage apostolique en Lituanie, Lettonie et Estonie, je souhaite exprimer ma gratitude à vous tous, en commençant par l’Administrateur apostolique d’Estonie. Merci de votre accueil, expression d’un petit troupeau au grand cœur.

Je renouvelle ma reconnaissance à Madame le Président de la République et aux autres Autorités du Pays. Une pensée particulière à tous les frères chrétiens, particulièrement aux Luthériens, qui, ici en Estonie ou en Lettonie, ont accueilli les rencontres œcuméniques. Que le Seigneur continue de nous garder sur le chemin de la communion. Merci à tous !

Angelus du pape François suivant la Messe au parc Sàntakos de Kaunas, Lituanie

CNS photo/Paul Haring

Vous trouverez ci-dessous le texte de l’allocution du pape François précédent l’angelus du dimanche 23 septembre 2018 et suivant la Messe dominicale au parc Sàntakos de Kaunas, Lituanie:

Chers frères et sœurs,

Le livre de la Sagesse que nous avons entendu en première lecture nous parle du juste persécuté, de celui dont la présence gène les impies. L’impie est décrit comme celui qui opprime le pauvre; il n’a pas de compassion envers la veuve ni de respect pour la personne âgée (cf. 2, 17-20). L’impie a la prétention de penser que sa force est la norme de la justice. Soumettre les plus fragiles, user de la force sous quelque forme que ce soit, imposer une manière de penser, une idéologie, un discours dominant, user de la violence ou de la répression pour faire plier ceux qui, simplement par leur agir quotidien honnête, simple, assidu et solidaire, manifestent qu’un autre monde, une autre société est possible. Il ne suffit pas à l’impie de faire ce que bon lui semble, de se laisser guider par ses caprices; il ne veut pas que les autres, en faisant le bien, mettent en évidence sa manière de faire. Chez l’impie, le mal cherche toujours à détruire le bien.

Il y a 75 ans, cette nation vivait la destruction définitive du Ghetto de Vilnius. L’anéantissement de milliers de juifs, commencé deux ans auparavant, culminait alors. Comme on lit dans le Livre de la Sagesse, le peuple juif est passé à travers les outrages et les tourments. Faisons mémoire de cette époque, et demandons au Seigneur de nous faire le don du discernement afin de découvrir à temps tout nouveau germe de cette attitude pernicieuse, toute atmosphère qui atrophie le cœur des générations qui n’en n’ont pas fait l’expérience et qui pourraient courir derrière ces chants des sirènes.

Jésus dans l’Evangile nous rappelle une tentation sur laquelle nous devrions veiller avec attention: le souci d’être les premiers, de se distinguer par rapport aux autres, souci qui peut se nicher dans tout cœur humain. Combien de fois est-il arrivé qu’un peuple se croie supérieur, avec plus de droits acquis, avec de plus grands privilèges à préserver ou à conquérir. Quel est le remède que propose Jésus quand cette pulsion apparaît dans notre cœur et dans la mentalité d’une société ou d’un pays? Se faire le dernier de tous et le serviteur de tous; être là où personne ne veut aller, où il ne se passe rien, dans la périphérie la plus lointaine; et servir, en créant des espaces de rencontre avec les derniers, avec les exclus. Si le pouvoir se décidait à cela, si nous permettions que l’Evangile du Christ atteigne les profondeurs de notre vie, alors la globalisation de la solidarité serait vraiment une réalité. «Tandis que dans le monde, spécialement dans certains pays, réapparaissent diverses formes de guerre et de conflits, nous, les chrétiens, nous insistons sur la proposition de reconnaître l’autre, de soigner les blessures, de construire des ponts, de resserrer les relations et de nous aider “à porter les fardeaux les uns des autres” (Ga 6,2)» (Exhort. ap. Evangelii gaudium, 67).

Ici, en Lituanie, il y a une colline des croix, où des milliers de personnes, au cours des siècles, ont planté le signe de la croix. Je vous invite, alors que nous prions l’Angelus, à demander à Marie de nous aider à planter la croix de notre service, de notre dévouement là où on a besoin de nous, sur la colline où vivent les derniers, où une délicate attention aux exclus, aux minorités est requise, pour éloigner de nos milieux et de nos cultures la possibilité d’anéantir l’autre, de marginaliser, de continuer à rejeter celui qui gêne et dérange nos facilités.

Jésus met le petit au centre, il le met à même distance de chacun pour que nous nous sentions tous provoqués à donner une réponse. En faisant mémoire du “oui” de Marie, demandons-lui de rendre notre “oui” généreux et fécond comme le sien.

[Angelus Domini…]

Homélie du pape François lors de la Messe à Kaunas, Lituanie

Vous trouverez ci-dessous le texte complet de l’homélie du pape François lors de la Messe au parc Sàntakos de Kaunas, Lituanie (photo CNS/ Paul Haring):

Saint Marc consacre toute une partie de son Evangile à l’enseignement adressé aux disciples. C’est comme si Jésus, à mi-chemin vers Jérusalem, avait voulu que les siens renouvellent leur choix, sachant que se mettre à sa suite comporterait des moments d’épreuve et de souffrance. L’évangéliste raconte cette période de la vie de Jésus en rappelant qu’en trois occasions, il a annoncé sa passion; eux par trois fois ont exprimé leur désarroi et leur résistance, et le Seigneur à chacune des trois occasions a voulu leur laisser un enseignement. Nous venons d’écouter la seconde de ces trois séquences (cf. Mc 9, 30-37).

La vie chrétienne traverse toujours des moments de croix, et parfois ils semblent interminables. Les générations passées ont été marquées par le temps de l’occupation, l’angoisse de ceux qui étaient déportés, l’incertitude pour ceux qui ne revenaient pas, la honte de la délation, de la trahison. Le Livre de la Sagesse nous parle du juste persécuté, de celui qui subit des outrages et des tourments pour le seul fait d’être bon (cf. 2, 10-20). Combien parmi vous pourraient raconter en première personne ou dans l’histoire d’un parent, ce même passage que nous avons lu. Combien parmi vous ont vu aussi vaciller leur foi parce que Dieu n’est pas apparu pour vous défendre; parce que le fait de rester fidèles n’a pas suffi pour qu’il intervienne dans votre histoire. Kaunas connaît cette réalité; la Lituanie entière peut en témoigner avec un frisson au seul fait de nommer la Sibérie, ou les ghettos de Vilnius et de Kaunas, entre autres ; et on peut dire à l’unisson avec l’apôtre Jacques, dans l’extrait de sa Lettre que nous avons entendu: ils convoitent, ils tuent, ils envient, ils combattent et ils font la guerre (cf. 4, 2).

Mais les disciples ne veulent pas que Jésus leur parle de souffrance et de croix; ils ne veulent pas entendre parler des épreuves et des angoisses. Et saint Marc rappelle qu’ils étaient intéressés par d’autres choses, qu’ils revenaient à la maison en discutant sur qui était le plus grand. Frères, le désir de pouvoir et de gloire est la manière la plus commune de se comporter pour ceux qui ne réussissent pas à guérir la mémoire de leur histoire, peut-être justement pour cela, ils n’acceptent même pas de s’investir dans le travail présent. Et alors on discute sur celui qui a davantage brillé, qui a été plus pur dans le passé, qui a le plus le droit d’avoir des privilèges par rapport aux autres. Et ainsi, nous nions notre histoire, «qui est glorieuse en tant qu’elle est histoire de sacrifices, d’espérance, de lutte quotidienne, de vie dépensée dans le service, de constance dans le travail pénible» (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 96). C’est une attitude stérile et vaine, qui renonce à s’impliquer dans la construction du présent en perdant le contact avec la réalité douloureuse de notre peuple fidèle. Nous ne pouvons pas être comme ces “experts” spirituels, qui jugent seulement de l’extérieur et passent tout leur temps à parler de “ce qu’on devrait faire” (cf. ibid).

Jésus, sachant ce qu’ils pensaient, leur propose un antidote à cette lutte de pouvoir et au refus du sacrifice; et, pour solenniser ce qu’il va dire, il s’assied comme un Maître, les appelle, et accomplit un geste: il met un enfant au centre; un jeune adolescent qui d’habitude gagnait un peu d’argent en faisant les commissions que personne ne voulait faire. Qui mettra-t-on au milieu aujourd’hui, ici, en ce dimanche matin ? Qui seront les plus petits, les plus pauvres parmi nous que nous devons accueillir à cent années de notre indépendance? Qui n’a rien à nous donner en échange, pour rendre gratifiants nos efforts et nos renoncements? Ce sont peut-être les minorités ethniques de notre ville, ou ces chômeurs qui sont contraints d’émigrer. Ce sont peut-être des personnes âgées seules, ou des jeunes qui ne trouvent pas un sens à leur vie parce qu’ils ont perdu leurs racines. “Au milieu” signifie à égale distance, de manière que personne ne puisse feindre de ne pas voir, que personne ne puisse soutenir que “c’est la responsabilité des autres”, parce que “je n’ai pas vu” ou que “je suis trop loin”. Sans protagonismes, sans vouloir être applaudi ou les premiers. Là, dans la ville de Vilnius, il est revenu au fleuve Vilnia d’offrir ses eaux et de perdre son nom par rapport à Neris; ici, c’est le même Neris qui perd son nom en offrant ses eaux au Niémen. Il s’agit de cela: être une Eglise “en sortie”, de ne pas avoir peur de sortir et de se dépenser aussi quand il semble que nous nous anéantissons, de nous perdre derrière les plus petits, les oubliés, ceux qui vivent dans les périphéries existentielles. Mais en sachant que cette sortie comportera aussi dans certains cas le fait d’arrêter le pas, de mettre de côté les inquiétudes et les urgences pour savoir regarder dans les yeux, écouter et accompagner celui qui est resté sur le bord du chemin. Parfois, il faudra se comporter comme le père du fils prodigue, qui reste sur la porte attendant son retour, pour lui ouvrir dès qu’il arrive (cf. ibid n. 46); ou bien comme les disciples, qui doivent apprendre que, lorsqu’on accueille un petit, c’est Jésus lui-même qu’on accueille.

C’est pourquoi aujourd’hui nous sommes là, impatients d’accueillir Jésus: dans sa parole, dans l’Eucharistie, dans les petits. L’accueillir afin qu’il réconcilie notre mémoire et nous accompagne dans un présent qui continue à nous passionner par ses défis, par les signes qu’il nous laisse; afin que nous le suivions comme des disciples, parce qu’il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve de résonance dans le cœur des disciples du Christ, et ainsi nous éprouvons comme nôtres les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de ceux qui souffrent (cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 1). Pour cela, et parce que, comme communauté nous nous sentons intimement solidaires de l’humanité – de cette ville et de toute la Lituanie – et de son histoire (cf. ibid.), nous voulons donner notre vie dans le service et dans la joie, et ainsi faire savoir à tous que Jésus Christ est notre unique espérance.

[01433-FR.02] [Texte original: Italien]

15 ans, 15 bougies…15 raisons d’aimer Sel et Lumière !

Grande est notre joie de célébrer cette année le 15eanniversaire de la Fondation catholique Sel et Lumière média. Cela paraît incroyable tant le temps semble s’écouler suivant une rapidité sans commune mesure ! Mais c’est vrai, le 1erjuillet prochain cela fera 15 ans que, dans le contexte des JMJ de Toronto, S+L a diffusé ses premières émissions au Service de l’Évangile et de notre Église canadienne. Vous le savez, les anniversaires sont une occasion pour des rétrospectives, bilans projections et perspectives. Nous aurons évidemment l’occasion d’aborder de telles questions au courant de l’année. Il m’apparaissait toutefois plus opportun de vous offrir un témoignage sur les raisons qui me motivent personnellement à travailler pour S+L. Quinze ans, 15 bougies… paraphrasant saint Pierre nous demandant de « donner les raisons de l’espérance qui est en vous » (1 Pierre 3,5), voici donc les 15 raisons pour lesquelles j’aime Télévision S+L. J’espère qu’il en est de même pour vous.

1- Pour nourrir ma vie de prière 

La vie spirituelle n’est pas une chose que l’on possède mais plutôt une personne qui nous habite et qui vient en nous établir sa demeure. Bien humblement et pour notre plus grand bien, Jésus-Christ perpétue sa Présence en notre monde en nous établissant collaborateur de son Œuvre de Salut opérée une fois pour toute sur la Croix. Nous devons donc apprendre à laisser croître en nous cet espace intérieur qui Lui permettra de nous élever jusqu’à la Gloire de Son Père. En ce sens, Télévision S+L s’est engagée depuis ses tout débuts à nourrir cette vie de prière par les réflexions bibliques du père Thomas Rosica c.s.b., des émissions de discussion théologique et de regard catholique sur notre monde, sans oublier la Messe quotidienne à l’Oratoire Saint-Joseph de Montréal. Télédiffusion rendant accessible ce Mystère de l’Eucharistie, « source et sommet de toute la vie chrétienne » ( Lumen gentium, n. 11.) à tous avec une pensée toute spéciale pour ces chrétiens incapables de s’y rendre pour des raisons de santé ou d’éloignement. Voilà pourquoi j’aime Sel et Lumière.

2-   Missionnaire sur le continent numérique

Cette union au Christ, rendu présent pour nous dans les sacrements (LG 3), implique directement de notre part un engagement et une disponibilité à faire rayonner ce don qui nous a été offert gratuitement. Cette dimension missionnaire de la vocation chrétienne est au cœur de la mission de S+L depuis ses commencements. Faisant siens les appels répétés de tous les papes contemporains à « évangéliser le continent digital », tous les artisans de notre télévision catholique se sont efforcés depuis 15 ans de rendre accessible le Message de l’Évangile sur une grande variété de plateformes telles que la Web Radio, Roku, Facebook, Twitter, Instagram, etc. Voilà pourquoi j’aime Sel et Lumière.

3-   Pour approfondir ma foi

Puisqu’aimer mieux implique connaître mieux, notre cheminement de foi dépend de notre appétit à nous mettre à l’écoute de la Révélation divine présente dans les Saintes Écritures, la Tradition et l’Enseignement des Papes. Encycliques, Homélies, Exhortations apostoliques, discours, etc. la parole de l’Église a souvent besoin d’être située, expliquée, approfondie et manifestée dans la « splendeur de la Vérité »[4]qui nous rend libre et sensible aux motions de l’Esprit à nous tourner vers notre destinée universelle et éternelle. En ce sens, S+L a toujours été au service de cette mission d’enseignement de l’Église et c’est pourquoi je la considère essentielle à la vie ecclésiale du Québec et du Canada francophone. Voilà pourquoi j’aime Sel et Lumière.

4-   Espace de dialogue avec la culture

Pour que la foi catholique puisse produire tous les fruits qu’elle est appelée à produire dans les cœurs et les esprits de nos contemporains, il est absolument essentiel d’entrer en dialogue avec notre culture. L’Église n’étant évidemment pas destinée à évoluer en vase clos, elle se doit d’offrir une parole d’espérance en un monde qui en est souvent dépourvu. Ainsi, dans ce qui ressemble parfois plus à un vacarme qu’à un « concert » de propositions de sens, l’Église doit manifester de différentes manières la pertinence de la vie spirituelle chrétienne aujourd’hui. Or, comme le dit le pape François : « Il est bien que chaque catéchèse prête une attention spéciale à la “voie de la beauté” (via pulchritudinis).Annoncer le Christ signifie montrer que croire en lui et le suivre n’est pas seulement quelque chose de vrai et de juste, mais aussi quelque chose de beau … » (EG 167)[5]. Télévision Sel et Lumière, par ces nombreuses émissions consacrées aux beaux arts sous toutes ces formes, a toujours cherché à répandre la Bonne nouvelle suivant cette logique de la beauté dans son engagement pour le dialogue entre foi et culture. C’est pourquoi j’aime Sel et Lumière.

5-   Contre la globalisation de la tristesse et de l’isolement

Dans son homélie de consistoire pour la création des nouveaux 14 cardinaux le 28 juin dernier, le pape François affirmait « Quand nous oublions la mission, quand nous perdons de vue le visage concret des frères, notre vie se renferme dans la recherche de nos propres intérêts et de nos propres sécurités. Et ainsi, commencent à grandir le ressentiment, la tristesse et le dégoût ». Nos sociétés ultra connectées, et qui se vantent souvent d’être les plus communicatrices de toute l’histoire, sont parfois contredites par une réalité manifestant plutôt l’ennui et la solitude. Comment est-ce possible ? La raison est fort simple. Les moyens de communication n’apportent pas forcément avec eux l’amélioration des relations. Il est donc important d’apporter de la qualité, de la profondeur et, surtout, des émissions mettant en avant-scène « le visage concret des frères » dans ce monde des médias modernes. Voilà pourquoi j’aime Sel et Lumière.

Nous poursuivrons la semaine prochaine avec 5 raisons de plus d’aimer et de soutenir Télévision Sel et Lumière!