Message vidéo du Pape François à toutes les familles du monde en cette période de pandémie

Nous publions, ci-dessous, le texte complet du message vidéo que le Saint-Père a envoyé, à l’approche du début de la Semaine Sainte, en signe de proximité avec les familles italiennes et dans le monde entier en cette période de pandémie:

Chers amis, bonsoir!

Ce soir, j’ai la chance d’entrer chez vous d’une manière différente que d’habitude. Si vous me le permettez, j’aimerais parler avec vous quelques instants, en cette période de difficultés et de souffrances. Je vous imagine dans vos familles tout en vivant une vie inhabituelle pour éviter la contagion. Je pense à la vivacité des enfants et des jeunes, qui ne peuvent pas sortir, aller à l’école, faire leur vie. Je porte toutes les familles dans mon coeur, surtout celles qui ont un malade ou qui ont malheureusement connu le deuil dû au coronavirus ou à d’autres causes. Ces jours-ci, je pense aux gens seules, et pour lesquelles ce moment est difficile. Je pense surtout aux anciens, qui me sont si chers.

Je ne peux pas oublier les malades du coronavirus, les personnes hospitalisées. Je suis conscient de la générosité de ceux qui s’exposent pour soigner de la pandémie ou pour fournir des services essentiels à la société. Tant de héros, de tous les jours, de toutes les heures ! Je pense aussi à ceux qui ont des difficultés économiques précaire et qui s’inquiètent pour leur travail et leur avenir. Une pensée va également aux détenus dans les prisons, à la douleur desquels s’ajoute la peur de l’épidémie, pour eux-mêmes et leurs proches ; Je pense aux sans-abri, qui n’ont pas de maison pour les protéger.

C’est une période difficile pour tout le monde. Pour beaucoup, très difficile. Le pape le sait et, avec ces termes, il veut dire à tous sa proximité et son affection. Essayons, si nous le pouvons, de tirer le meilleur parti de ce temps : soyons généreux ; aidons ceux qui sont dans le besoin dans notre voisinage ; cherchons, par téléphone ou sur les réseaux sociaux, les personnes les plus seules ; prions le Seigneur pour les personnes éprouvées en Italie et dans le monde. Même si nous sommes isolés, la pensée et l’esprit peuvent aller loin avec la créativité de l’amour. Nous avons besoin aujourd’hui de la créativité de l’amour.

Nous célébrerons la Semaine Sainte de façon très inhabituelle, qui manifeste et résume le message de l’Évangile, celui de l’amour sans limites de Dieu. Et dans le silence de nos villes, l’Évangile de Pâques résonnera. L’apôtre Paul dit : « Il est mort pour tous, afin que les vivants n’aient plus leur vie centrée sur eux-mêmes, mais sur lui, qui est mort et ressuscité pour eux » (2 Co 5, 15). Dans le Jésus ressuscité, la vie a vaincu la mort. Cette foi pascale nourrit notre espoir. Je voudrais le partager avec vous ce soir. C’est l’espoir de temps meilleurs, où nous seront tous meilleurs, enfin libéré du mal et de cette pandémie. C’est un espoir : l’espoir ne déçoit pas ; ce n’est pas une illusion ; c’est un espoir.

Côte à côte, dans l’amour et la patience, nous pouvons ces jours-ci préparer des temps meilleurs. Merci de m’avoir permis d’entrer chez vous. Faites un geste de tendresse pour ceux qui souffrent, pour les enfants et pour les personnes âgées. Dites-leur que le Pape est proche d’eux et prie, pour que le Seigneur nous délivre bientôt du mal. Et vous, priez pour moi. Bon dîner. À bientôt !

Homélie du pape François lors de la bénédiction « Urbi et Orbi » contre le COVID-19

Vous trouverez ci-dessous l’homélie du Pape François telle que prononcée lors du moment de prière extraordinaire précédent la bénédiction « Urbi et Orbi » sur le parvis de la Basilique Saint-Pierre-de-Rome:

« Le soir venu » (Mc 4, 35). Ainsi commence l’Evangile que nous avons écouté. Depuis des semaines, la nuit semble tomber. D’épaisses ténèbres couvrent nos places, nos routes et nos villes ;elles se sont emparées de nos vies en remplissant tout d’un silence assourdissant et d’un vide désolant,qui paralyse tout sur son passage : cela se sent dans l’air, cela se ressent dans les gestes, les regards le disent. Nous nous retrouvons apeurés et perdus. Comme les disciples de l’Evangile, nous avons étépris au dépourvu par une tempête inattendue et furieuse. Nous nous nous rendons compte que nous nous trouvons dans la même barque, tous fragiles et désorientés, mais en même temps tous importants et nécessaires, tous appelés à ramer ensemble, tous ayant besoin de nous réconforter mutuellement.Dans cette barque… nous nous trouvons tous. Comme ces disciples qui parlent d’une seule voix et dans l’angoisse disent : « Nous sommes perdus » (v. 38), nous aussi, nous nous nous apercevons quenous ne pouvons pas aller de l’avant chacun tout seul, mais seulement ensemble.

Il est facile de nous retrouver dans ce récit. Ce qui est difficile, c’est de comprendre lecomportement de Jésus. Alors que les disciples sont naturellement inquiets et désespérés, il est àl’arrière, à l’endroit de la barque qui coulera en premier. Et que fait-il ? Malgré tout le bruit, il dort serein, confiant dans le Père – c’est la seule fois où, dans l’Evangile, nous voyons Jésus dormir –.Puis, quand il est réveillé, après avoir calmé le vent et les eaux, il s’adresse aux disciples sur un tonde reproche : « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? » (v. 40).

Cherchons à comprendre. En quoi consiste le manque de foi de la part des disciples, quis’oppose à la confiance de Jésus ? Ils n’avaient pas cessé de croire en lui. En effet, ils l’invoquent. Mais voyons comment ils l’invoquent : « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? » (v. 38).Cela ne te fait rien : ils pensent que Jésus se désintéresse d’eux, qu’il ne se soucie pas d’eux. Entre nous, dans nos familles, l’une des choses qui fait le plus mal, c’est quand nous nous entendons dire :“Tu ne te soucies pas de moi ?”. C’est une phrase qui blesse et déclenche des tempêtes dans le cœur.Cela aura aussi touché Jésus, car lui, plus que personne, tient à nous. En effet, une fois invoqué, il sauve ses disciples découragés.

La tempête démasque notre vulnérabilité et révèle ces sécurités, fausses et superflues, avec lesquelles nous avons construit nos agendas, nos projets, nos habitudes et priorités. Elle nous démontre comment nous avons laissé endormi et abandonné ce qui alimente, soutient et donne force à notre vie ainsi qu’à notre communauté. La tempête révèle toutes les intentions d’“emballer” et d’oublier ce qui a nourri l’âme de nos peuples, toutes ces tentatives d’anesthésier avec des habitudes apparemment “salvatrices”, incapables de faire appel à nos racines et d’évoquer la mémoire de nos anciens, en nous privant ainsi de l’immunité nécessaire pour affronter l’adversité.

À la faveur de la tempête, est tombé le maquillage des stéréotypes avec lequel nous cachionsnos “ego” toujours préoccupés de leur image ; et reste manifeste, encore une fois, cette appartenance commune (bénie), à laquelle nous ne pouvons pas nous soustraire : le fait d’être frères.

« Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? ». Seigneur, ce soir, ta Parole nous touche et nous concerne tous. Dans notre monde, que tu aimes plus que nous, noussommes allés de l’avant à toute vitesse, en nous sentant forts et capables dans tous les domaines.Avides de gains, nous nous sommes laissé absorber par les choses et étourdir par la hâte. Nous ne nous sommes pas arrêtés face à tes rappels, nous ne nous sommes pas réveillés face à des guerres età des injustices planétaires, nous n’avons pas écouté le cri des pauvres et de notre planète gravementmalade. Nous avons continué notre route, imperturbables, en pensant rester toujours sains dans unmonde malade. Maintenant, alors que nous sommes dans une mer agitée, nous t’implorons :“Réveille-toi Seigneur !”.

« Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? ». Seigneur, tu nous adresses un appel, un appel à la foi qui ne consiste pas tant à croire que tu existes, mais à aller vers toi et à se fier à toi. Durant ce Carême, ton appel urgent résonne : “Convertissez-vous”, « Revenez àmoi de tout votre cœur » (Jl 2, 12). Tu nous invites à saisir ce temps d’épreuve comme un temps de choix. Ce n’est pas le temps de ton jugement, mais celui de notre jugement : le temps de choisir cequi importe et ce qui passe, de séparer ce qui est nécessaire de ce qui ne l’est pas. C’est le temps de réorienter la route de la vie vers toi, Seigneur, et vers les autres. Et nous pouvons voir de nombreuxcompagnons de voyage exemplaires qui, dans cette peur, ont réagi en donnant leur vie. C’est la force agissante de l’Esprit déversée et transformée en courageux et généreux dévouements. C’est la vie de l’Esprit capable de racheter, de valoriser et de montrer comment nos vies sont tissées et soutenues pardes personnes ordinaires, souvent oubliées, qui ne font pas la une des journaux et des revues nin’apparaissent dans les grands défilés du dernier show mais qui, sans aucun doute, sont en traind’écrire aujourd’hui les évènements décisifs de notre histoire : médecins, infirmiers et infirmières,employés de supermarchés, agents d’entretien, fournisseurs de soin à domicile, transporteurs, forcesde l’ordre, volontaires, prêtres, religieuses et tant et tant d’autres qui ont compris que personne ne sesauve tout seul. Face à la souffrance, où se mesure le vrai développement de nos peuples, nous découvrons et nous expérimentons la prière sacerdotale de Jésus : « Que tous soient un » (Jn 17, 21).Que de personnes font preuve chaque jour de patience et insuffle l’espérance, en veillant à ne pascréer la panique mais la coresponsabilité ! Que de pères, de mères, de grands-pères et de grands-mères, que d’enseignants montrent à nos enfants, par des gestes simples et quotidiens, comment affronter et traverser une crise en réadaptant les habitudes, en levant les regards et en stimulant la prière ! Que de personnes prient, offrent et intercèdent pour le bien de tous. La prière et le service discret : ce sont nos armes gagnantes !

« Pourquoi avez-vous peur ? N’avez-vous pas encore la foi ? ». Le début de la foi, c’est de savoir qu’on a besoin de salut. Nous ne sommes pas autosuffisants ; seuls, nous faisons naufrage : nous avons besoin du Seigneur, comme les anciens navigateurs, des étoiles. Invitons Jésus dans les barques de nos vies. Confions-lui nos peurs, pour qu’il puisse les vaincre. Comme les disciples, nousferons l’expérience qu’avec lui à bord, on ne fait pas naufrage. Car voici la force de Dieu : orienter vers le bien tout ce qui nous arrive, même les choses tristes. Il apporte la sérénité dans nos tempêtes, car avec Dieu la vie ne meurt jamais.

Le Seigneur nous interpelle et, au milieu de notre tempête, il nous invite à réveiller puis à activer la solidarité et l’espérance capables de donner stabilité, soutien et sens en ces heures où tout semble faire naufrage. Le Seigneur se réveille pour réveiller et raviver notre foi pascale. Nous avons une ancre : par sa croix, nous avons été sauvés. Nous avons un gouvernail : par sa croix, nous avons été rachetés. Nous avons une espérance : par sa croix, nous avons été rénovés et embrassés afin que rien ni personne ne nous sépare de son amour rédempteur. Dans l’isolement où nous souffrons du manque d’affections et de rencontres, en faisant l’expérience du manque de beaucoup de choses, écoutons une fois encore l’annonce qui nous sauve : il est ressuscité et vit à nos côtés. Le Seigneur nous exhorte de sa croix à retrouver la vie qui nous attend, à regarder vers ceux qui nous sollicitent,à renforcer, reconnaître et stimuler la grâce qui nous habite. N’éteignons pas la flamme qui faiblit (cf.Is 42, 3) qui ne s’altère jamais, et laissons-la rallumer l’espérance.

Embrasser la croix, c’est trouver le courage d’embrasser toutes les contrariétés du temps présent, en abandonnant un moment notre soif de toute puissance et de possession, pour faire place à la créativité que seul l’Esprit est capable de susciter. C’est trouver le courage d’ouvrir des espaces où tous peuvent se sentir appelés, et permettre de nouvelles formes d’hospitalité et de fraternité ainsi quede solidarité. Par sa croix, nous avons été sauvés pour accueillir l’espérance et permettre que ce soitelle qui renforce et soutienne toutes les mesures et toutes les pistes possibles qui puissent aider à nouspréserver et à sauvegarder. Étreindre le Seigneur pour embrasser l’espérance, voilà la force de la foi, qui libère de la peur et donne de l’espérance.

« Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? » Chers frères et sœurs, de ce lieu, qui raconte la foi, solide comme le roc, de Pierre, je voudrais ce soir vous confier tous au Seigneur, par l’intercession de la Vierge, salut de son peuple, étoile de la mer dans la tempête. Que,de cette colonnade qui embrasse Rome et le monde, descende sur vous, comme une étreinte consolante, la bénédiction de Dieu. Seigneur, bénis le monde, donne la santé aux corps et le réconfortaux cœurs. Tu nous demandes de ne pas avoir peur. Mais notre foi est faible et nous sommes craintifs.Mais toi, Seigneur, ne nous laisse pas à la merci de la tempête. Redis encore : « N’ayez pas peur » (Mt 28, 5). Et nous, avec Pierre, “nous nous déchargeons sur toi de tous nos soucis, car tu prends soin de nous” (cf. 1P 5, 7).

[00417-FR.01] [Texte original: Italien]

Les rêves du Pape pour l’Amazonie

(Photo: CNS/Paul Haring) Mercredi dernier le 12 février 2020, la très attendue exhortation apostolique suivant le Synode d’octobre dernier sur l’Amazonie était publiée. Intitulée « Querida Amazonia », ce texte d’une trentaine de pages manifeste le rêve du premier Pape sud-américain pour cette terre unique de l’Amazonie. Divisée en quatre parties représentant chacune les « rêves » (no 7) du pape pour l’ensemble des peuples qui vivent dans la région, ce document n’en a pas moins une importance et une résonnance universelle.

Les peuples autochtones nous précèdent

La nature de ce texte est d’abord et avant tout une exhortation afin que l’ensemble du peuple de Dieu et « des personnes de bonne volonté » puissent se joindre à lui par la prière et les initiatives pastorales pour le bien des populations vivant dans cette région du monde. Pour ce faire, le Pape rappelle la centralité des populations autochtones de la région dans l’amélioration de leurs propres conditions de vie sociales et environnementales. En effet, bien que la défense de la nature soit des plus urgentes, « un conservatisme « qui se préoccupe du biome mais qui ignore les peuples amazoniens » est inutile » (no8). On pourrait dire que le bien de l’environnement dépend de la santé sociale de ces peuples et que ce n’est qu’en respectant leur dignité à tous les niveaux, que la solution aux problèmes environnementaux se manifestera. En d’autres termes, en cherchant le bien-être des autochtones de l’Amazonie la préservation de l’environnement nous sera donné comme « par surcroît » (Mt 6,33).

En effet, comment ne pas voir que ces populations, du fait même qu’elles aient gardé un rapport plus étroit avec la nature (no 40), sont les plus à même d’agir comme peuple intermédiaire avec l’esprit techniciste propre à notre époque. Véritables ambassadeurs de la nature auprès de l’humanité, les peuples autochtones doivent être aux premières loges des décisions de développement de leur région. Il continue en écrivant ceci : « La sagesse de la manière de vivre des peuples autochtones – malgré toutes ses limites – nous pousse à approfondir cette aspiration » (no 22). Pour cela, le Pape exhorte les peuples autochtones à en être eux-mêmes les « protagonistes » (no 27) tout en cultivant un esprit ouvert au dialogue (no 26).Tous les pays doivent donc chercher des moyens pour développer « une recherche de la justice qui est inséparablement un chant de fraternité et de solidarité, une stimulation pour la culture de la rencontre ».

Pour une culture de l’enracinement

Pour être le plus efficace dans la préservation des intérêts des peuples amazoniens, le Pape les exhorte à être d’authentiques « cultivateurs » de leurs cultures et mémoires ancestrales : « J’invite les jeunes de l’Amazonie, surtout les autochtones, à « prendre en charge les racines, parce que des racines provient la force qui les fait croître, fleurir, fructifier » (no 33). Sans connaissance claire de l’histoire personnelle, familiale et nationale, impossible d’entrer dans un dialogue authentique avec les autres peuples. En ce sens, le pape François se « réjouis(t) de voir que ceux qui ont perdu le contact avec leurs propres racines cherchent à retrouver la mémoire perdue » (no 35). En ce sens, l’Église peut être d’une aide importante dans la préservation des cultures amazoniennes en suscitant la production et le rayonnement d’initiative culturelle.

On voit aujourd’hui combien un thème comme l’environnement peut faire l’objet d’instrumentalisation partisane. Dans ce contexte, les peuples de l’Amazonie peuvent jouer un rôle central pour surpasser ces écueils contre-productifs. Gardant une vision holistique de la nature c’est-à-dire une vision de l’environnement qui inclut l’humanité, les peuples de l’Amazonie voit d’une manière encore plus aigüe que partout ailleurs qu’« abuser de la nature c’est abuser des ancêtres, des frères et sœurs, de la création et du Créateur, en hypothéquant l’avenir »(no 42). Ainsi, les peuples amazoniens de par leur attachement à leur culture et à l’environnement nous montre que la défense de la nature ne pourra se développer que parallèlement à une culture des racines culturelles propres à chaque peuple. Défendre la nature dépend de notre engagement envers la culture. L’Amazonie a donc beaucoup à nous apprendre.

Une Exhortation pour tous

Bien que l’Exhortation apostolique du pape François « Querida Amazonia » soit spécifiquement orientée vers les peuples de l’Amazonie et ceux qui sont directement en lien avec ces derniers, ce texte a beaucoup à nous apprendre pour le tournant missionnaire que nous avons tous à faire. Que ce soit par les relations étroites qu’ils entretiennent avec la nature que par leur souci de préserver leur culture des ravages d’un monde en proie à l’uniformisation, l’Église et la société ont tout à gagner à se mettre à leur école et à prendre véritablement un « visage amazonien »

Top 10 actualité catholique en 2019

(CNS photo/Paul Haring) Le nouvel an approche à grand pas et avec lui le temps des bilans et des résolutions pour l’année à venir. Sans plus attendre, je vous présente les faits saillants de l’actualité 2019 qui, selon moi, résument bien cette fin de décennie que nous avons vécue cette année.

1) Journée Mondiale de la Jeunesse au Panama (janvier 2019)

On peut dire que l’année 2019 a débuté en force avec la célébration des Journées mondiales de la jeunesse au Panama. Correspondant davantage au calendrier de l’Hémisphère sud, le mois de janvier a donc pu ouvrir cette année par une célébration joyeuse de la foi où des centaines de milliers de jeunes ont pu célébrer et approfondir leur relation avec le Christ. Sous le thème de la réponse de Marie à l’annonce de l’Incarnation par l’ange, « Me voici, qu’il me soit fait selon ta parole », cette rencontre mondiale a pu manifester la ferveur d’une jeunesse de plus en plus conscient du rôle central qu’elle doit jouer dans l’Église et conscient d’être appelée développer dans la décennie à venir. Vous pouvez lire l’ensemble des discours du pape François lors de ces JMJ Panama 2019 au lien suivant.

2) Rencontre pour la protection des mineurs au Vatican (février 2019)

L’année a commencé sur le ton peu réjouissant d’une prise en compte globale des abus perpétrés contre des mineurs et des personnes vulnérables par des représentants officiels de l’Église. Organisé par la Commission pontificale pour la protection des mineurs, et la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, ce sommet avait convoqué tous les évêques présidents des conférences épiscopales du monde de se présenter afin de faire le point sur la situation actuelle. Bien que les abus contre les mineurs représentent un problème dont les dimensions dépassent largement l’Église catholique, le Pape a clairement voulu manifester qu’il avait pleinement conscience de l’ampleur du scandale et des mesures drastiques qui doivent être prises. Avec la globalisation et la prolifération de la pornographie juvénile et la traite des êtres humains, la lutte pour la protection des mineurs prendra malheureusement de plus en plus de place dans l’actualité de la décennie à venir. Par sa transparence et son leadership, l’Église pourra ainsi se porter efficacement à la défense des enfants dans un monde qui leur est de plus en plus hostile. Un des fruits de cette prise de conscience de l’Église est certainement l’ouverture à l’Université Saint-Paul d’Ottawa d’un premier « Centre pour la protection des mineurs et des personnes vulnérables ».

3) Exhortation apostolique Christus Vivit (mars 2019)

Portant sur le thème de la jeunesse, ce texte d’une soixantaine de pages est exceptionnel de par son style direct et son ton très personnel. Composée de neuf chapitres, cette prise de parole du pape François cherche à manifester non seulement comment l’invitation universelle du Christ à la participation à sa vie divine répond à toutes les aspirations de la jeunesse mais également jusqu’à quel point le renouvellement de l’Église dépend de son dynamisme propre. Christus Vivit est un texte émouvant et plein d’espérance pour le présent et l’avenir de la société. Il s’agit d’une prise de parole personnelle du Pape, en dialogue avec les jeunes du monde entier qu’il a pu rencontrer durant son pontificat. Plusieurs initiatives émergeront dans l’Église de cette invitation du Pape à faire davantage de place aux jeunes dans l’Église.

4) Loi sur la laïcité de l’État et liberté religieuse

Plus près de nous, le gouvernement Legault a voulu mettre sur pied ce qu’il considère être une vision cohérente de la laïcité. Parallèlement à la loi sur la laïcité de l’État restreignant le droit des professeurs et de toutes personnes en position d’autorité de porter un signe religieux, ce gouvernement en a également profité pour retirer le crucifix de l’Assemblée Nationale. Toutefois, certains se sont désolés que le débat sur le contenu du projet de loi 21 ait bifurqué pour devenir une question de principe sur l’autonomie de l’autorité du Québec face à Ottawa. Alors qu’à l’heure actuelle des recours s’organisent pour contester la loi devant les tribunaux, on ne peut qu’espérer que la place de la religion en général, et de la foi catholique en particulier, soit davantage reconnue comme une force positive pour la société. Loin de porter préjudice à l’indépendance des institutions, l’implication des catholiques dans la vie sociale et politique continue de jouer rôle irremplaçable dans notre société. Espérons que 2020 sera l’occasion de redécouvrir la richesse sociale de l’implication des catholiques au Québec.

5) Les jeunes et l’environnement

L’un des phénomènes qui a eu le plus d’impact en 2019 fut certainement l’implication de nombreux jeunes pour la cause du climat. Quoique portée par une jeunesse souvent anxieuse face à son futur, ce mouvement des grèves pour le climat s’est principalement incarné dans la figure de Greta Thunberg. Bien qu’utilisant souvent un langage alarmiste qui a déplu à plusieurs, cette jeune suédoise a néanmoins eu un grand impact sur le mouvement environnemental. L’Église, principalement suite à la publication de l’encyclique Laudato sì par le pape François, n’est pas restée sur le banc des spectateurs. Pleinement investi dans la promotion d’une écologie intégrale, elle est aujourd’hui à l’écoute de cette jeunesse qui cherche une vision du monde plus cohérente et respectueuse de la nature que ne le propose l’économisme marchand. Ce dialogue entre foi et culture continuera bien évidemment dans les prochaines années. À vous d’être à l’écoute.

6) Canonisation du cardinal John Henri Newman

Le 13 octobre dernier était canonisé au Vatican le cardinal anglais John Henri Newman. Baptisé et éduqué dans l’anglicanisme, la vie du saint cardinal Newman regorge de péripéties et d’occasions où il a pu manifester la force de sa confiance en Dieu. Converti au catholicisme suite à ses études du développement organique du dogme dans l’histoire de l’Église, il entra chez les oratoriens où il a pu rayonner par l’écriture et certaines polémiques dans un climat pas toujours ouvert au débat d’idées. Saint Cardinal Newman est un modèle de rigueur intellectuelle et de fidélité à la vérité même lorsque cela entraîne des choix déchirants voir irréversible. Son « Apologia pro vita sua » saura certainement alimenter les groupes de lecture dans les prochaines années.

7) Mois missionnaire extraordinaire (Octobre 2019)

Cela fait désormais plusieurs années que nous sommes, comme Église, en chemin de conversion missionnaire. Le pape François a néanmoins tenu à décréter un mois missionnaire extraordinaire qui s’est tenu durant tout le mois d’octobre 2019. En effet, le Pape avait demandé à ce que soit célébré le 100eanniversaire de la lettre apostolique « Maximum Illud »de Benoît XV sur l’activité accomplie par les missionnaires dans le monde par un mois complet dédié à prier afin que soit renouvelée« l’ardeur de l’activité évangélisatrice de l’Église ad gentes ». Au pays, il convient de souligner le grand travail des Œuvres pontificales missionnaires qui ont su susciter et enrichir les activités pastorales dans les diocèses partout au Québec et au Canada francophone. Enfin, par son enracinement dans la théologie du baptême, le thème de « Bapstisés et envoyés »a certainement permis de faire redécouvrir à plusieurs catholiques la grandeur et la beauté de ce sacrement qui appelle à la conversion personnel le et au partage de cette vie divine reçu au moment où nous sommes réellementplongés dans la mort et la résurrection du Christ. En avant la mission !

8) Synode sur l’Amazonie (octobre 2019)

Au mois d’octobre dernier, le Saint-Père convoquait de nombreux évêques du monde entier pour discuter et discerner des enjeux liés à la région amazonienne dans le cadre d’un Synode extraordinaire sur cette partie du globe. Se sont donc réunis évêques, experts et des membres des populations locales afin de voir ce que l’Église peut faire pour améliorer sa pratique pastorale dans la région. Furent donc abordés des thèmes tels que l’inculturation, l’évangélisation ainsi que l’application et l’engagement pour une écologie intégrale. Comme me le disait Mgr Lionel Gendron p.s.s., ancien président de la Conférence des évêques catholiques du Canada et participant au Synode sur l’Amazonie, « Le Canada partage beaucoup de points communs avec la région amazonienne tels que de grands territoires inoccupés, la protection de l’environnement ainsi que la présence importante des peuples autochtones » (24 :41min). Il sera donc intéressant de suivre les évolutions et les documents qui émergeront de ce Synode. À suivre

9) Les voyages apostoliques du pape François

Chaque année, le pape François a un horaire chargé de voyage apostolique qui lui font parcourir le monde à la rencontre des catholiques et des hommes et femmes de bonne volonté. L’année 2019 ne fit pas exception à la règle puisqu’il a eu la chance de se rendre au Panama, aux Émirats arabes unis, au Maroc, en Bulgarie et Macédoine du Nord, en Roumanie, au Mozambique, Madagascar et à l’Île Maurice, en Thaïlande et, finalement, au Japon. Chacune de ces visites est unique mais je prends le temps de souligner sa visite à l’Île Maurice puisque j’ai personnellement eu la chance de d’y mettre les pieds. En effet, lors de cette brève visite, le Pape n’a pas manqué de souligner l’importance de la jeunesse et comment l’intégration sociale de cette dernière doit être une priorité pour toute société : « Nos jeunes, sont notre première mission ! […] Ne nous laissons pas voler le visage jeune de l’Église et de la société ; ne laissons pas les marchands de la mort voler les prémices de cette terre !»Prenons au sérieux l’avenir de la jeunesse en l’impliquant de plus en plus dans l’ensemble des processus sociaux et institutionnels. C’est peut-être bousculant mais, comme le dit le Pape, cela donnera « un nouveau souffle » à la mission de l’Église et de la société dans son ensemble.

10) Une présence ecclésiale en croissance au Québec

Partie intégrante de sa conversion missionnaire, la présence de l’Église sur le continent numérique ne cesse de croître partout dans le monde. Le Québec et le Canada francophone ne fait pas exception à ce constat. Ayant moi-même l’occasion de me rendre sur le terrain à la rencontre des acteurs locaux, je sens un réel engouement et une volonté ferme d’offrir un témoignage de foi crédible dans tous les milieux. Loin des attitudes parfois défaitistes qui ne laissent pas beaucoup de place à l’espérance, les différents diocèses sont pleinement engagés à rendre l’Église présente et pertinente dans un monde en profonde transformation. L’Église étant « Experte en humanité » comme le disait saint Paul VI, les communautés ecclésiales sont on ne peut mieux placées pour offrir, à la fois, des repères stables face aux grands bouleversements mais également le discernement pour s’ouvrir aux changements qui doivent être faits. Par sa présence en ligne, les diocèses seront des acteurs importants dans leur communauté locale. La décennie commence sur le bon pied à ce niveau !

Une année consacrée à la jeunesse

Comme vous avez pu le constater dans cette sélection bien personnelle des événements qui ont marqué l’actualité de l’Église en 2019, la jeunesse a occupé une place centrale. Que ce soit par les JMJ, la publication de Christus vivit, la protection des personnes mineures, etc. l’Église a conscience que les jeunes ne sont pas seulement le futur mais également le présent de l’Église. Prions pour qu’au début de cette décennie qui s’ouvre devant nous, une nouvelle génération de catholiques ait gagné en maturité, en profondeur dans sa relation au Christ et qu’elle ait trouvé une place dans l’Église d’ici et d’ailleurs. Cette place, nous l’apercevons déjà de loin mais je suis persuadé que les jeunes catholiques sauront nous surprendre par leur créativité, leur enthousiasme et leur fidélité à la foi qu’ils ont reçue. Bonne année à tous !

Lettre apostolique sur la signification de la crèche de Noël

(CNS photo/Vatican Media) Voici la lettre apostolique du pape François, « Admirabile signum« , sur la signification et la valeur de la crèche de Noël. Document signé lors de sa visite au sanctuaire de la crèche, à Greccio, le dimanche 1er décembre 2019:

1. Le merveilleux signe de la crèche, si chère au peuple chrétien, suscite toujours stupeur et émerveillement. Représenter l’événement de la naissance de Jésus, équivaut à annoncer le mystère de l’Incarnation du Fils de Dieu avec simplicité et joie. La crèche, en effet, est comme un Évangile vivant, qui découle des pages de la Sainte Écriture. En contemplant la scène de Noël, nous sommes invités à nous mettre spirituellement en chemin, attirés par l’humilité de Celui qui s’est fait homme pour rencontrer chaque homme. Et, nous découvrons qu’Il nous aime jusqu’au point de s’unir à nous, pour que nous aussi nous puissions nous unir à Lui. Par cette lettre je voudrais soutenir la belle tradition de nos familles qui, dans les jours qui précèdent Noël, préparent la crèche. Tout comme la coutume de l’installer sur les lieux de travail, dans les écoles, les hôpitaux, les prisons, sur les places publiques… C’est vraiment un exercice d’imagination créative, qui utilise les matériaux les plus variés pour créer de petits chefs-d’oeuvre de beauté. On l’apprend dès notre enfance : quand papa et maman, ensemble avec les grands-parents, transmettent cette habitude joyeuse qui possède en soi une riche spiritualité populaire. Je souhaite que cette pratique ne se perde pas ; mais au contraire, j’espère que là où elle est tombée en désuétude, elle puisse être redécouverte et revitalisée.

2. L’origine de la crèche se trouve surtout dans certains détails évangéliques de la naissance de Jésus à Bethléem. L’évangéliste Luc dit simplement que Marie « mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune » (2, 7). Jésus est couché dans une mangeoire, appelée en latin praesepium, d’où la crèche. En entrant dans ce monde, le Fils de Dieu est déposé à l’endroit où les animaux vont manger. La paille devient le premier berceau pour Celui qui se révèle comme « le pain descendu du ciel » (Jn 6, 41). C’est une symbolique, que déjà saint Augustin, avec d’autres Pères, avait saisie lorsqu’il écrivait : « Allongé dans une mangeoire, il est devenu notre nourriture » (Serm. 189, 4). En réalité, la crèche contient plusieurs mystères de la vie de Jésus de telle sorte qu’elle nous les rend plus proches de notre vie quotidienne.

Mais venons-en à l’origine de la crèche telle que nous la comprenons. Retrouvons-nous en pensée à Greccio, dans la vallée de Rieti, où saint François s’arrêta, revenant probablement de Rome, le 29 novembre 1223, lorsqu’il avait reçu du Pape Honorius III la confirmation de sa Règle. Après son voyage en Terre Sainte, ces grottes lui rappelaient d’une manière particulière le paysage de Bethléem. Et il est possible que le Poverello ait été influencé à Rome, par les mosaïques de la Basilique de Sainte Marie Majeure, représentant la naissance de Jésus, juste à côté de l’endroit où étaient conservés, selon une tradition ancienne, les fragments de la mangeoire. Les Sources franciscaines racontent en détail ce qui s’est passé à Greccio. Quinze jours avant Noël, François appela un homme du lieu, nommé Jean, et le supplia de l’aider à réaliser un voeu : « Je voudrais représenter l’Enfant né à Bethléem, et voir avec les yeux du corps, les souffrances dans lesquelles il s’est trouvé par manque du nécessaire pour un nouveau-né, lorsqu’il était couché dans un berceau sur la paille entre le boeuf et l’âne »[1]. Dès qu’il l’eut écouté, l’ami fidèle alla immédiatement préparer, à l’endroit indiqué, tout le nécessaire selon la volonté du Saint. Le 25 décembre, de nombreux frères de divers endroits vinrent à Greccio accompagnés d’hommes et de femmes provenant des fermes de la région, apportant fleurs et torches pour illuminer cette sainte nuit. Quand François arriva, il trouva la mangeoire avec la paille, le boeuf et l’âne. Les gens qui étaient accourus manifestèrent une joie indicible jamais éprouvée auparavant devant la scène de Noël. Puis le prêtre, sur la mangeoire, célébra solennellement l’Eucharistie, montrant le lien entre l’Incarnation du Fils de Dieu et l’Eucharistie. À cette occasion, à Greccio, il n’y a pas eu de santons : la crèche a été réalisée et vécue par les personnes présentes.

C’est ainsi qu’est née notre tradition : tous autour de la grotte et pleins de joie, sans aucune distance entre l’événement qui se déroule et ceux qui participent au mystère. Le premier biographe de saint François, Thomas de Celano, rappelle que s’ajouta, cette nuit-là, le don d’une vision merveilleuse à la scène touchante et simple : une des personnes présentes vit, couché dans la mangeoire, l’Enfant Jésus lui-même. De cette crèche de Noël 1223, « chacun s’en retourna chez lui plein d’une joie ineffable ».

3. Saint François, par la simplicité de ce signe, a réalisé une grande oeuvre d’évangélisation. Son enseignement a pénétré le coeur des chrétiens et reste jusqu’à nos jours une manière authentique de proposer de nouveau la beauté de notre foi avec simplicité. Par ailleurs, l’endroit même où la première crèche a été réalisée exprime et suscite ces sentiments. Greccio est donc devenu un refuge pour l’âme qui se cache sur le rocher pour se laisser envelopper dans le silence.
Pourquoi la crèche suscite-t-elle tant d’émerveillement et nous émeut-elle ? Tout d’abord parce qu’elle manifeste la tendresse de Dieu. Lui, le Créateur de l’univers, s’abaisse à notre petitesse. Le don de la vie, déjà mystérieux à chaque fois pour nous, fascine encore plus quand nous voyons que Celui qui est né de Marie est la source et le soutien de toute vie. En Jésus, le Père nous a donné un frère qui vient nous chercher quand nous sommes désorientés et que nous perdons notre direction ; un ami fidèle qui est toujours près de nous. Il nous a donné son Fils qui nous pardonne et nous relève du péché.

Faire une crèche dans nos maisons nous aide à revivre l’histoire vécue à Bethléem. Bien sûr, les Évangiles restent toujours la source qui nous permet de connaître et de méditer sur cet Événement, cependant la représentation de ce dernier par la crèche nous aide à imaginer les scènes, stimule notre affection et nous invite à nous sentir impliqués dans l’histoire du salut, contemporains de l’événement qui est vivant et actuel dans les contextes historiques et culturels les plus variés.

D’une manière particulière, depuis ses origines franciscaines, la crèche est une invitation à « sentir » et à « toucher » la pauvreté que le Fils de Dieu a choisie pour lui-même dans son incarnation. Elle est donc, implicitement, un appel à le suivre sur le chemin de l’humilité, de la pauvreté, du dépouillement, qui, de la mangeoire de Bethléem conduit à la croix. C’est un appel à le rencontrer et à le servir avec miséricorde dans les frères et soeurs les plus nécessiteux (cf. Mt 25, 31-46).

4. J’aimerais maintenant passer en revue les différents signes de la crèche pour en saisir le sens qu’ils portent en eux. En premier lieu, représentons-nous le contexte du ciel étoilé dans l’obscurité et dans le silence de la nuit. Ce n’est pas seulement par fidélité au récit évangélique que nous faisons ainsi, mais aussi pour la signification qu’il possède. Pensons seulement aux nombreuses fois où la nuit obscurcit notre vie. Eh bien, même dans ces moments-là, Dieu ne nous laisse pas seuls, mais il se rend présent pour répondre aux questions décisives concernant le sens de notre existence : Qui suis-je ? D’où est-ce que je viens ? Pourquoi suis-je né à cette époque ? Pourquoi est-ce que j’aime ? Pourquoi est-ce que je souffre ? Pourquoi vais-je mourir ? Pour répondre à ces questions, Dieu s’est fait homme. Sa proximité apporte la lumière là où il y a les ténèbres et illumine ceux qui traversent l’obscurité profonde de la souffrance (cf. Lc 1, 79).

Les paysages qui font partie de la crèche méritent, eux aussi, quelques mots, car ils représentent souvent les ruines d’anciennes maisons et de palais qui, dans certains cas, remplacent la grotte de Bethléem et deviennent la demeure de la Sainte Famille. Ces ruines semblent s’inspirer de la Légende dorée du dominicain Jacopo da Varazze (XIIIème siècle), où nous pouvons lire une croyance païenne selon laquelle le temple de la Paix à Rome se serait effondré quand une Vierge aurait donné naissance. Ces ruines sont avant tout le signe visible de l’humanité déchue, de tout ce qui va en ruine, de ce qui est corrompu et triste. Ce scénario montre que Jésus est la nouveauté au milieu de ce vieux monde, et qu’il est venu guérir et reconstruire pour ramener nos vies et le monde à leur splendeur originelle.

5. Quelle émotion devrions-nous ressentir lorsque nous ajoutons dans la crèche des montagnes, des ruisseaux, des moutons et des bergers ! Nous nous souvenons ainsi, comme les prophètes l’avaient annoncé, que toute la création participe à la fête de la venue du Messie. Les anges et l’étoile de Bethléem sont le signe que nous sommes, nous aussi, appelés à nous mettre en route pour atteindre la grotte et adorer le Seigneur.

« Allons jusqu’à Bethléem pour voir ce qui est arrivé, l’événement que le Seigneur nous a fait connaître » (Lc 2, 15) : voilà ce que disent les bergers après l’annonce faite par les anges. C’est un très bel enseignement qui nous est donné dans la simplicité de sa description. Contrairement à tant de personnes occupées à faire mille choses, les bergers deviennent les premiers témoins de l’essentiel, c’est-à-dire du salut qui est donné. Ce sont les plus humbles et les plus pauvres qui savent accueillir l’événement de l’Incarnation. À Dieu qui vient à notre rencontre dans l’Enfant Jésus, les bergers répondent en se mettant en route vers Lui, pour une rencontre d’amour et d’étonnement reconnaissant. C’est précisément cette rencontre entre Dieu et ses enfants, grâce à Jésus, qui donne vie à notre religion, qui constitue sa beauté unique et qui transparaît de manière particulière à la crèche.

6. Dans nos crèches, nous avons l’habitude de mettre de nombreuses santons symboliques. Tout d’abord, ceux des mendiants et des personnes qui ne connaissent pas d’autre abondance que celle du coeur. Eux aussi sont proches de l’Enfant Jésus à part entière, sans que personne ne puisse les expulser ou les éloigner du berceau improvisé, car ces pauvres qui l’entourent ne détonnent pas au décor. Les pauvres, en effet, sont les privilégiés de ce mystère et, souvent, les plus aptes à reconnaître la présence de Dieu parmi nous. Les pauvres et les simples dans la crèche rappellent que Dieu se fait homme pour ceux qui ressentent le plus le besoin de son amour et demandent sa proximité. Jésus, « doux et humble de coeur » (Mt 11, 29), est né pauvre, il a mené une vie simple pour nous apprendre à saisir l’essentiel et à en vivre. De la crèche, émerge clairement le message que nous ne pouvons pas nous laisser tromper par la richesse et par tant de propositions éphémères de bonheur. Le palais d’Hérode est en quelque sorte fermé et sourd à l’annonce de la joie. En naissant dans la crèche, Dieu lui-même commence la seule véritable révolution qui donne espoir et dignité aux non désirés, aux marginalisés : la révolution de l’amour, la révolution de la tendresse. De la crèche, Jésus a proclamé, avec une douce puissance, l’appel à partager avec les plus petits ce chemin vers un monde plus humain et plus fraternel, où personne n’est exclu ni marginalisé. Souvent les enfants – mais aussi les adultes ! – adorent ajouter à la crèche d’autres figurines qui semblent n’avoir aucun rapport avec les récits évangéliques. Cette imagination entend exprimer que, dans ce monde nouveau inauguré par Jésus, il y a de la place pour tout ce qui est humain et pour toute créature. Du berger au forgeron, du boulanger au musicien, de la femme qui porte une cruche d’eau aux enfants qui jouent… : tout cela représente la sainteté au quotidien, la joie d’accomplir les choses de la vie courante d’une manière extraordinaire, lorsque Jésus partage sa vie divine avec nous.

7. Peu à peu, la crèche nous conduit à la grotte, où nous trouvons les santons de Marie et de Joseph. Marie est une mère qui contemple son enfant et le montre à ceux qui viennent le voir. Ce santon nous fait penser au grand mystère qui a impliqué cette jeune fille quand Dieu a frappé à la porte de son coeur immaculé. À l’annonce de l’ange qui lui demandait de devenir la mère de Dieu, Marie répondit avec une obéissance pleine et entière. Ses paroles : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole » (Lc 1, 38), sont pour nous tous le témoignage de la façon de s’abandonner dans la foi à la volonté de Dieu. Avec ce « oui » Marie est devenue la mère du Fils de Dieu, sans perdre mais consacrant, grâce à lui, sa virginité. Nous voyons en elle la Mère de Dieu qui ne garde pas son Fils seulement pour elle-même, mais demande à chacun d’obéir à sa parole et de la mettre en pratique (cf. Jn 2, 5).

À côté de Marie, dans une attitude de protection de l’Enfant et de sa mère, se trouve saint Joseph. Il est généralement représenté avec un bâton à la main, et parfois même tenant une lampe. Saint Joseph joue un rôle très important dans la vie de Jésus et de Marie. Il est le gardien qui ne se lasse jamais de protéger sa famille. Quand Dieu l’avertira de la menace d’Hérode, il n’hésitera pas à voyager pour émigrer en Égypte (cf. Mt 2, 13-15). Et ce n’est qu’une fois le danger passé, qu’il ramènera la famille à Nazareth, où il sera le premier éducateur de Jésus enfant et adolescent. Joseph portait dans son coeur le grand mystère qui enveloppait Jésus et Marie son épouse, et, en homme juste, il s’est toujours confié à la volonté de Dieu et l’a mise en pratique.

8. Le coeur de la crèche commence à battre quand, à Noël, nous y déposons le santon de l’Enfant Jésus. Dieu se présente ainsi, dans un enfant, pour être accueilli dans nos bras. Dans la faiblesse et la fragilité, se cache son pouvoir qui crée et transforme tout. Cela semble impossible, mais c’est pourtant ainsi : en Jésus, Dieu a été un enfant et c’est dans cette condition qu’il a voulu révéler la grandeur de son amour qui se manifeste dans un sourire et dans l’extension de ses mains tendues vers tous. La naissance d’un enfant suscite joie et émerveillement, car elle nous place devant le grand mystère de la vie. En voyant briller les yeux des jeunes mariés devant leur enfant nouveau-né, nous comprenons les sentiments de Marie et de Joseph qui, regardant l’Enfant Jésus, ont perçu la présence de Dieu dans leur vie. « La vie s’est manifestée » (1Jn 1, 2) : c’est ainsi que l’Apôtre Jean résume le mystère de l’Incarnation. La crèche nous fait voir, nous fait toucher cet événement unique et extraordinaire qui a changé le cours de l’histoire et à partir duquel la numérotation des années, avant et après la naissance du Christ, en est également ordonnée. La manière d’agir de Dieu est presque une question de transmission, car il semble impossible qu’il renonce à sa gloire pour devenir un homme comme nous. Quelle surprise de voir Dieu adopter nos propres comportements : il dort, il tète le lait de sa mère, il pleure et joue comme tous les enfants! Comme toujours, Dieu déconcerte, il est imprévisible et continuellement hors de nos plans. Ainsi la crèche, tout en nous montrant comment Dieu est entré dans le monde, nous pousse à réfléchir sur notre vie insérée dans celle de Dieu ; elle nous invite à devenir ses disciples si nous voulons atteindre le sens ultime de la vie.

9. Lorsque s’approche la fête de l’Épiphanie, nous ajoutons dans la crèche les trois santons des Rois Mages. Observant l’étoile, ces sages et riches seigneurs de l’Orient, s’étaient mis en route vers Bethléem pour connaître Jésus et lui offrir comme présent de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Ces dons ont aussi une signification allégorique : l’or veut honorer la royauté de Jésus ; l’encens sa divinité; la myrrhe sa sainte humanité qui connaîtra la mort et la sépulture.

En regardant la scène de la crèche, nous sommes appelés à réfléchir sur la responsabilité de tout chrétien à être évangélisateur. Chacun de nous devient porteur de la Bonne Nouvelle pour ceux qu’il rencontre, témoignant, par des actions concrètes de miséricorde, de la joie d’avoir rencontré Jésus et son amour.

Les Mages nous enseignent qu’on peut partir de très loin pour rejoindre le Christ. Ce sont des hommes riches, des étrangers sages, assoiffés d’infinis, qui entreprennent un long et dangereux voyage qui les a conduits jusqu’à Bethléem (cf. Mt 2, 1-12). Une grande joie les envahit devant l’Enfant Roi. Ils ne se laissent pas scandaliser par la pauvreté de l’environnement ; ils n’hésitent pas à se mettre à genoux et à l’adorer. Devant lui, ils comprennent que, tout comme Dieu règle avec une souveraine sagesse le mouvement des astres, ainsi guide-t-il le cours de l’histoire, abaissant les puissants et élevant les humbles. Et certainement que, de retour dans leur pays, ils auront partagé cette rencontre surprenante avec le Messie, inaugurant le voyage de l’Évangile parmi les nations.

10. Devant la crèche, notre esprit se rappelle volontiers notre enfance, quand nous attendions avec impatience le moment de pouvoir commencer à la mettre en place. Ces souvenirs nous poussent à prendre de plus en plus conscience du grand don qui nous a été fait par la transmission de la foi ; et en même temps, ils nous font sentir le devoir et la joie de faire participer nos enfants et nos petits-enfants à cette même expérience. La façon d’installer la mangeoire n’est pas importante, elle peut toujours être la même ou être différente chaque année ; ce qui compte c’est que cela soit signifiant pour notre vie. Partout, et sous différentes formes, la crèche parle de l’amour de Dieu, le Dieu qui s’est fait enfant pour nous dire combien il est proche de chaque être humain, quelle que soit sa condition.

Chers frères et soeurs, la crèche fait partie du processus doux et exigeant de la transmission de la foi. Dès l’enfance et ensuite à chaque âge de la vie, elle nous apprend à contempler Jésus, à ressentir l’amour de Dieu pour nous, à vivre et à croire que Dieu est avec nous et que nous sommes avec lui, tous fils et frères grâce à cet Enfant qui est Fils de Dieu et de la Vierge Marie ; et à éprouver en cela le bonheur. À l’école de saint François, ouvrons notre coeur à cette grâce simple et laissons surgir de l’émerveillement une humble prière : notre « merci » à Dieu qui a voulu tout partager avec nous afin de ne jamais nous laisser seuls.

FRANÇOIS

Un dimanche pour redécouvrir la Parole de Dieu

(Photo: Vatican Media) Lundi 30 septembre dernier, lors de la commémoration du 1600anniversaire de la mort de saint Jérôme, le pape François édictait, par le Motu Proprio « Apperuit Illis », le dimanche de la Parole de Dieu. Célébré le troisième dimanche du temps ordinaire, ce Jour du Seigneur sera consacré à offrir aux fidèles du monde entier, les moyens pour croître en « religiosité et assiduité familière avec les Saintes Écritures » .

Un texte à approfondir

On ne le dira jamais assez : le christianisme n’est pas une « religion du livre ». Le christianisme est une Personne, Jésus-Christ, Verbe de Dieu incarné auquel s’ajoutent tous ceux qui acceptent de participer de sa Vie divine. Toutefois, nous ne pouvons pas non plus négliger les différents moyens par lesquels Dieu se révèle aux hommes. Parmi eux, la Sainte Écriture fait figure de pilier puisqu’elle nous livre le témoignage oculaire de l’action créatrice et salvatrice de Dieu dans l’histoire. Sa lecture nous permet donc de comprendre et d’approfondir notre relation avec le Christ.  Comme le dit le Pape : « Si le Seigneur ne nous y introduit pas, il est impossible de comprendre en profondeur l’Écriture Sainte. Pourtant le contraire est tout aussi vrai : sans l’Écriture Sainte, les événements de la mission de Jésus et de son Église dans le monde restent indéchiffrables ». Que ce soit personnellement ou collectivement, nous devons côtoyer les Saintes Écritures pour savoir qui on est et où l’on va.

En effet, la Parole de Dieu nous est adressée personnellement puisque Dieu cherche une relation personnelle avec chacun d’entre nous. C’est un aspect très mystérieux du Texte Saint. Même s’il a été écrit il y a des millénaires, il réussit à nous rejoindre personnellement et éclaire toujours notre vie en gardant constamment notre regard sur l’essentiel : non seulement la grandeur de notre éternelle destinée mais également sur notre capacité à transfigurer le monde. Toutefois, puisque le goût de l’humanité pour le confort et la sécurité est et sera toujours très fort, le risque de réduire la Parole de Dieu à des intérêts privés demeure constant. Voilà pourquoi, parmi la multitude des interprétations possibles, Jésus-Christ a également fait le don d’une institution permettant de « parvenir à une unité authentique et solide » (no3). Par son charisme magistériel, l’Église continue, encore aujourd’hui, de garder l’unité dans la diversité : « l’Esprit Saint qui continue à réaliser sa forme particulière d’inspiration lorsque l’Église enseigne l’Écriture Sainte, lorsque le Magistère l’interprète authentiquement (cf. ibid., 10) et quand chaque croyant en fait sa norme spirituelle » (no 10).

Écriture Sainte et sacrement

Notre habitude à célébrer la Messe nous fait souvent oublier le lien profond qui existe entre la célébration de la Parole de Dieu et de l’Eucharistie. Lorsqu’on y pense, on voit que l’une et l’autre se complètent parfaitement et qu’elles sont comme les deux poumons de notre vie spirituelle. Pour le Pape : « En tant que chrétiens, nous sommes un seul peuple qui marche dans l’histoire, fort de la présence du Seigneur parmi nous qui nous parle et nous nourrit » (no 8). C’est donc, à la fois, en tant que personne et en tant que peuple que nous devenons des disciples de Jésus. C’est parce que nous mettons personnellement en pratique les mandats de l’Écriture que Dieu peut prendre place dans notre vie. Mais c’est également parce que nous célébrons ensemble ces mêmes mystères que nous découvrons la valeur universelle de l’action salvifique de Dieu dans le monde.

Il y a donc un appel réciproque entre Dieu et l’homme qui, à travers l’Écriture et la célébration des sacrements, nous comble de tout ce dont nous avons besoin pour vivre et atteindre notre plein potentiel humain et spirituel. C’est ainsi que, en mettant la lecture de la Bible à notre agenda quotidien, nous pourrons voir le monde avec un regard nouveau. Un regard capable de voir ce que les autres ne voient pas. De s’émerveiller de la beauté de la création et de s’affranchir de ses chaînes qui nous empêchent de devenir celui ou celle que nous sommes appelés à être. Côtoyer Jésus dans la Parole de Dieu et l’Eucharistie est donc la condition sine qua non des aspirations inscrites au plus profond de notre âme.

Sous l’impulsion de ce nouveau dimanche de la Parole de Dieu qui prendra place le troisième dimanche du temps ordinaire, partons à la rencontre de ce Dieu qui « à travers l’Écriture Sainte, frappe à notre porte ; si nous écoutons et ouvrons la porte de notre esprit et celle de notre cœur, alors Il entrera dans notre vie et demeurera avec nous » (no 8).

Pape à Madagascar: prière avec les travailleurs du chantier maritime de Mahatazana

(Photo credit: CNS/Paul Haring) Vous trouverez ci-dessous le texte de la prière prononcée par le pape François lors de la rencontre avec les travailleurs du chantier maritime de Mahatazana, Madagascar:

Dieu Notre Père, créateur du Ciel et de la terre,
nous te rendons grâce de nous réunir comme des frères en ce lieu,
en face de ce rocher brisé par le travail de l’homme,
nous te prions pour tous les travailleurs.

Pour ceux qui le font avec leurs mains,
et avec un énorme effort physique.
Soigne leurs corps de l’usure excessive,
Que ne leur manquent pas la tendresse et la capacité de caresser

leurs enfants et de jouer avec eux.
Accorde-leur sans cesse la vigueur de l’âme et la santé du corps
afin qu’ils ne tombent pas accablés par la lourdeur de leur tâche.

Fais que le fruit de leur travail
leur permette d’assurer dignement la subsistance de leurs familles.
Qu’ils trouvent, le soir auprès d’elles, chaleur, réconfort et encouragement,
et qu’ensemble, réunis sous ton regard, ils connaissent les vraies joies.

Que nos familles sachent que la joie de gagner son pain,
est parfaite quand ce pain est partagé;
que nos enfants ne soient pas contraints à travailler,
qu’ils puissent aller à l’école et poursuivre leurs études,
et que leurs professeurs consacrent leur temps à cette tâche,
sans avoir besoin d’autres activités pour leur subsistance quotidienne.

Dieu de justice, touche le cœur des entrepreneurs et des dirigeants.
Qu’ils mettent tout en œuvre pour assurer à ceux qui travaillent un salaire digne,
des conditions respectant leur dignité de personnes humaines.

Prends en pitié et sous ta paternelle miséricorde
tous ceux qui sont sans travail,
et fais que le chômage – cause de tant de misères – disparaisse de nos sociétés.

Que chacun connaisse la joie et la dignité de gagner lui-même son pain,
pour le ramener à la maison et faire vivre les siens.
Crée entre les travailleurs un esprit d’authentique solidarité.
Qu’ils sachent être attentifs les uns aux autres,
s’encourager mutuellement, soutenir ceux qui sont accablés, relever ceux qui sont tombés.

Que leur cœur ne cède pas à la haine, à la rancœur, à l’amertume devant l’injustice,
mais qu’ils gardent vivant l’espérance de connaître
et de travailler pour un monde meilleur.
Qu’ils sachent, ensemble, de manière constructive faire valoir leurs droits,
et que leurs voix et leurs cris soient entendus.

Dieu Notre Père, tu as donné pour protecteur aux travailleurs du monde entier, saint Joseph, père nourricier de Jésus, époux courageux de la Vierge Marie.
Je lui confie tous ceux qui travaillent ici, à Akamasoa,
ainsi que tous les travailleurs de Madagascar,
spécialement ceux qui connaissent une vie précaire et difficile.
Qu’il les garde dans l’amour de ton Fils
et les soutienne dans leur vie et dans leur espérance.
Amen.

[01366-FR.01] [Texte original: Italien]

Pape à Madagascar: homélie de la Messe et Angelus à Soamandrakizay

(photo:Credit CNS/Paul Haring) Vous trouverez ci-dessous le texte de l’homélie du pape François telle que prononcée lors de la Messe au camp diocésain de Soamandrakizay, Madagascar:

L’Évangile nous a dit que de « grandes foules faisaient route avec Jésus » (Lc 14, 25). Comme ces foules qui se massaient sur le parcours de Jésus, vous êtes venus nombreux pour accueillir son message et pour vous mettre à sa suite. Mais vous savez bien que le fait demarcher à la suite de Jésus n’est pas de tout repos. L’évangile de Luc rappelle aujourd’hui eneffet les exigences de cet engagement.

Il est important de noter que ces prescriptions sont données dans le cadre de la montéede Jésus à Jérusalem, entre la parabole du banquet où l’invitation est ouverte à tous(spécialement aux personnes rejetées qui vivent dans les rues et sur les places, aux carrefours) ;et les trois paraboles appelées de la miséricorde, où l’on organise la fête quand ce qui est perduest retrouvé, quand celui qui semblait mort est accueilli, fêté et rendu à la vie dans la possibilitéd’un nouveau départ. Toute renonciation chrétienne n’a de sens qu’à la lumière de la joie et dela fête de la rencontre avec Jésus-Christ.

La première exigence nous invite à regarder nos relations familiales. La vie nouvelle que le Seigneur nous propose semble inconfortable et se transforme en injustice scandaleuse pourceux qui croient que l’accès dans le Royaume des Cieux peut seulement se limiter ou se réduire aux liens du sang, à l’appartenance à un groupe déterminé, à un clan ou à une cultureparticulière. Quand la “parenté” devient la clé décisive et déterminante de tout ce qui est juste et bon, on finit par justifier et jusqu’à “consacrer” certaines pratiques qui aboutissent à la culture du privilège et de l’exclusion (favoritismes, clientélismes et, par conséquent corruption).L’exigence du Maître nous amène à élever notre regard et nous dit : quelqu’un qui n’est pas capable de voir l’autre comme un frère, d’être ému par sa vie et par sa situation, au-delà de son origine familiale, culturelle, sociale « ne peut pas être mon disciple » (Lc 14, 26). Son amour etson dévouement, c’est un don gratuit en faveur de tous et pour tous.

La seconde exigence nous montre combien il est difficile de se mettre à la suite du Seigneur quand on veut identifier le Règne des Cieux avec ses propres intérêts personnels ouavec la fascination d’une idéologie quelconque qui finit par instrumentaliser le nom de Dieu oula religion pour justifier des actes de violence, la ségrégation et même l’homicide, l’exil, le terrorisme et la marginalisation. L’exigence du Maître nous encourage à ne pas manipuler l’Evangile par de sombres réductionnismes, mais à construire l’histoire dans la fraternité et lasolidarité, dans le respect gratuit de la terre et de ses dons contre toute forme d’exploitation ;avec l’audace de vivre le « dialogue comme chemin ; la collaboration commune comme conduite ; la reconnaissance réciproque comme méthode et critère » (Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019) ; en ne cédant pas à la tentation de certaines doctrinesincapables de voir grandir ensemble le bon grain et l’ivraie dans l’attente du maître de lamoisson (cf. Mt 13, 24-30).

Et, enfin : combien il peut être difficile de partager la vie nouvelle que le Seigneur nous offre quand nous sommes continuellement poussés à nous justifier face à nous-mêmes, en croyant que tout provient exclusivement de nos forces et de ce que nous possédons ! Quand lacourse à l’accumulation devient étouffante et accablante – comme nous avons entendu dans la première lecture – aggravant l’égoïsme et l’utilisation de moyens immoraux. L’exigence duMaître est une invitation à retrouver la mémoire reconnaissante et à prendre conscience que,bien plus qu’une victoire personnelle, notre vie et nos capacités sont le fruit d’un don (cf.Exhort. ap. Gaudete et exsultate, n. 55) tissé entre Dieu et beaucoup de mains silencieuses de personnes dont nous ne parviendrons à connaître les noms que dans la manifestation du Règne des Cieux.

Avec ces exigences, le Seigneur veut préparer ses disciples à la fête de l’irruption duRègne de Dieu, en les libérant de cet obstacle dangereux, en définitive, un des pires esclavages : le vivre pour soi-même. C’est la tentation de se replier dans son petit univers qui finit parlaisser peu d’espace pour les autres : les pauvres n’entrent plus, on n’écoute plus la voix de Dieu, on ne jouit plus de la douce joie de son amour, on n’a plus d’enthousiasme à faire le bien… Beaucoup de personnes en se renfermant, peuvent se sentir “apparemment” en sécurité, mais finissent par se transformer en personnes amères, plaintives, sans vie. Ce n’est pas l’option d’une vie digne et pleine, ce n’est pas cela le désir de Dieu pour nous, ce n’est pas la vie dans l’Esprit qui jaillit du cœur du Christ ressuscité (cf. Exhort. ap. Evangelii Gaudium, n. 2).

Sur le chemin vers Jérusalem, le Seigneur, avec ces exigences, nous invite à élever le regard, à ajuster les priorités et surtout à créer des espaces pour que Dieu soit le centre et l’axede notre vie.

Regardons autour de nous : combien d’hommes et de femmes, de jeunes, d’enfantssouffrent et sont totalement privés de tout ! Cela ne fait pas partie du plan de Dieu. Comme elle est urgente, cette invitation de Jésus à mourir à nos enfermements, à nos individualismes orgueilleux pour laisser triompher l’esprit de fraternité – qui naît du côté ouvert de Jésus-Christ, d’où nous naissons comme famille de Dieu – et où chacun peut se sentir aimé, parce que compris, accepté et valorisé dans sa dignité. «Devant la dignité humaine piétinée, souvent on reste les bras croisés ou on ouvre les bras, impuissants face à la force obscure du mal. Mais le chrétien ne peut rester les bras croisés, indifférent, ou les bras ouverts, fataliste, non. Le croyant tend la main, comme fait Jésus avec lui» (Homélie à l’occasion de la Journée Mondiale des Pauvres, 18 novembre 2018).

La Parole de Dieu que nous avons écoutée nous invite à reprendre la route et à oser faire ce saut qualitatif et à adopter cette sagesse du détachement personnel comme base pour la justice et pour la vie de chacun de nous : parce qu’ensemble nous pouvons lutter contre toutesces idolâtries qui focalisent notre attention sur les sécurités trompeuses du pouvoir, de la carrière et de l’argent et sur la recherche des gloires humaines.

Les exigences que Jésus indique cessent d’être lourdes quand nous commençons à goûterla joie de la vie nouvelle que lui-même nous propose : la joie qui naît de savoir qu’Il est lepremier à sortir pour nous chercher à la croisée des chemins, même quand nous sommes perdus comme cette brebis ou ce fils prodigue. Que cet humble réalisme nous pousse à assumer lesgrands défis, et vous donne l’envie de faire de votre beau pays un lieu où l’Evangile se fait vie, et où la vie soit pour la plus grande gloire de Dieu.

Engageons-nous et faisons nôtres les projets du Seigneur. [01363-FR.01] [Texte original: Italien]

Quelques minutes après la célébration de l’Eucharistie, le Saint-Père a présidé la récitation de la prière de l’Angelus. Précédant la traditionnelle prière mariale, le Pape a offert ces quelques réflexions :

Chers frères et sœurs, à la fin de cette célébration, je désire vous adresser, à vous tous, un cordial salut!

Je remercie de tout cœur Mgr Razanakolona pour les paroles qu’il m’a adressées, et avec lui,je remercie les autres frères Évêques présents, les prêtres, les personnes consacrées, les couples avec leurs familles, les catéchistes et vous tous, les fidèles.

Je saisis cette occasion pour exprimer ma vive reconnaissance à Monsieur le Président de la République et à toutes les Autorités civiles du Pays pour leur accueil attentionné, et je l’étends àchacun de tous ceux qui, de différentes façons, ont contribué au succès de ma visite. Que le Seigneur vous récompense et qu’il bénisse tout votre peuple, par l’intercession du bienheureuxRaphaël Louis Rafiringa, dont les reliques sont exposées ici près de l’autel, et de la bienheureuse Victoire Rasoamanarivo.

Et maintenant adressons-nous dans la prière à la Sainte Vierge, en ce jour où nous faisonsmémoire de sa naissance, aurore du salut pour l’humanité. Que Marie Immaculée, que vous aimez et vénérez comme votre Mère et Patronne, accompagne toujours le cheminement de Madagascardans la paix et dans l’espérance.

Pape à Madagascar: Veillée de prière avec les jeunes

Vous trouverez ci-dessous le texte de l’allocution du pape François lors de la Veillée de prière avec les jeunes au au camp diocésain de Soamandrakizay, Madagascar:

Je vous remercie, Monseigneur, pour vos paroles de bienvenue. Merci, chers jeunes qui êtes venus de tous les coins de cette belle île, malgré les efforts et les difficultés que cela représente pour un grand nombre d’entre vous. Cependant, vous êtes là ! Cela me donne beaucoup de joie de pouvoir vivre avec vous cette veillée à laquelle le Seigneur Jésus nous invite. Merci pour les chants et les danses traditionnels que vous avez exécutés avec un tel enthousiasme – ils n’avaient pas tort ceux qui m’ont dit que vous aviez une joie et un enthousiasme extraordinaires.

Merci Rova Sitraka et Vavy Elyssa d’avoir partagé avec chacun de nous votre chemin de recherche entre aspirations et défis. Qu’il est beau de rencontrer deux jeunes avec une foi vivante, en mouvement ! Jésus nous laisse le cœur toujours en recherche, nous met en chemin et en mouvement. Le disciple de Jésus, s’il veut grandir dans son amitié ne doit pas rester immobile, à se plaindre ni à se regarder soi-même. Il doit bouger, il doit agir, s’engager, sûr que le Seigneur le soutien et l’accompagne.

C’est pourquoi j’aime voir chaque jeune comme un chercheur. Vous vous souvenez de la première question que Jésus adresse aux disciples sur les rives du Jourdain? « Que cherchez-vous ? » (Jn 1,38). Le Seigneur sait que nous sommes à la recherche de ce « bonheur pour lequel nous avons été créés » et que « le monde ne pourra pas nous enlever » (Exhort. ap. Gaudete et exsultate, nn. 1 ; 177). Chacun le manifeste de différentes façons, mais au fond vous êtes toujours à la recherche de ce bonheur que personne ne pourra nous enlever.

Comme tu nous l’as dit, Rova. Dans ton cœur, tu avais depuis longtemps un désir de rendre visite aux prisonniers. Tu as commencé à aider un prêtre dans sa mission et, peu à peu, tu t’es de plus en plus engagée jusqu’à ce que cela devienne ta mission personnelle. Tu as découvert que ta vie était missionnaire. Cette quête de foi contribue à rendre meilleur, plus évangélique, le monde dans lequel nous vivons. Et ce que tu as fait pour les autres t’a transformée, a changé ta façon de voir et de juger les personnes. Cela t’a rendu plus juste et plus humaine. Tu as compris et découvert comment le Seigneur s’est engagé avec toi en te donnant un bonheur que le monde ne pourra pas t’enlever (cf. ibid., n. 177).

Dans ta mission, tu as appris à renoncer aux adjectifs et à appeler les personnes par leur nom, comme le Seigneur le fait avec nous. Il ne nous appelle pas par notre péché, par nos erreurs, nos fautes, nos limites, mais il le fait par notre nom; chacun de nous est précieux à ses yeux. Le diable, cependant, connaissant aussi nos noms, préfère nous appeler et nous rappeler continuellement par nos péchés et nos erreurs ; et de cette façon, il nous fait sentir que, quoique nous fassions, rien ne peut changer, que tout restera identique. Le Seigneur n’agit pas ainsi. Le Seigneur nous rappelle toujours combien nous sommes précieux à ses yeux, en nous confiant une mission.

Tu as appris à connaître non seulement les qualités, mais aussi les histoires qui se cachent derrière chaque visage. Tu as mis de côté la critique rapide et facile, qui paralyse toujours, pour apprendre quelque chose que beaucoup de gens peuvent prendre des années à découvrir. Tu t’es rendu compte qu’en de nombreuses personnes qui sont en prison, il n’y avait pas de mal, mais de mauvais choix. Ils se sont trompés de chemin et le savent, mais maintenant ils ont envie de repartir.

Cela nous rappelle l’un des plus beaux dons que l’amitié avec Jésus peut nous offrir. « Il est en toi, il est avec toi et jamais ne t’abandonne. Tu as beau t’éloigner, le Ressuscité est là, t’appelant et t’attendant pour recommencer » (Exhort. ap. post-synodale. Christus vivit, n. 2) et pour te confier une mission. C’est le cadeau qu’il nous invite tous à découvrir et à célébrer aujourd’hui.

Nous savons tous, même par expérience personnelle, que l’on peut ‘’s’égarer’’ et courir derrière des illusions qui sont prometteuses et qui nous enchantent avec une joie apparente, rapide, facile et instantanée, mais qui en fin de compte, laissent le cœur, le regard et l’âme à mi-chemin. Ces illusions qui, quand nous sommes jeunes, nous séduisent par des promesses qui nous anesthésient, nous enlèvent la vitalité, la joie, nous rendent dépendants et nous enferment dans un cercle apparemment sans issue et plein d’amertume.

Une amertume, je ne sais pas si c’est vrai…mais il y a un risque pour vous de penser : « c’est comme ça…rien ne peut changer et personne n’y peut rien ». Surtout quand on ne dispose pas du minimum nécessaire pour se battre au jour le jour; lorsque les opportunités effectives d’étudier ne sont pas suffisantes; ou pour ceux qui réalisent que leur avenir est bouché à cause du manque de travail, de la précarité, des injustices sociales… et qui alors sont tentés d’abandonner.

Le Seigneur est le premier à dire : non, ce n’est pas le chemin. Il est vivant et il te veut vivant aussi, partageant tous tes dons et charismes, tes recherches et tes compétences (cf. ibid., n. 1). Le Seigneur nous appelle par nos noms et nous dit : suis-moi ! Non pas pour nous faire courir derrière des illusions, mais pour transformer chacun de nous en disciples-missionnaires ici et maintenant. Il est le premier à réfuter toutes les voix qui cherchent à vous endormir, à vous domestiquer, à vous anesthésier ou à vous réduire au silence afin que vous ne cherchiez pas de nouveaux horizons. Avec Jésus, il y a toujours de nouveaux horizons. Il veut tous nous transformer et faire de notre vie une mission. Mais il nous demande de ne pas avoir peur de nous salir les mains.

A travers vous, l’avenir entre à Madagascar et dans l’Eglise. Le Seigneur est le premier à vous faire confiance et il vous invite vous aussi à avoir confiance en vous-même, en vos compétences et en vos capacités, qui sont nombreuses. Il vous invite à vous encourager, unis à Lui pour écrire la plus belle page de votre vie, à surmonter l’apathie et à offrir, comme Rova, une réponse chrétienne aux nombreux problèmes que vous devez affronter. C’est le Seigneur qui vous invite à être les bâtisseurs de l’avenir (cf. ibid., n. 174). En y contribuant comme vous seuls pouvez le faire avec la joie et la fraîcheur de votre foi. Je te demande et je t’invite à te demander toi-même : peut-il compter sur toi ?

Mais le Seigneur ne veut pas d’aventuriers solitaires. Il nous donne une mission, oui, mais il ne nous envoie pas seuls, en première ligne.

Comme l’a bien dit Vavy Elyssa, il est impossible d’être disciple missionnaire tout seul : nous avons besoin des autres pour vivre et partager l’amour et la confiance que le Seigneur nous fait. La rencontre personnelle avec Jésus est irremplaçable, non pas de façon solitaire mais en communauté. Certainement, chacun de nous peut faire de grandes choses, oui ; mais ensemble, nous pouvons rêver et nous engager pour des choses inimaginables. Vavy l‘a exprimé clairement. Nous sommes invités à découvrir le visage de Jésus dans le visage des autres : en célébrant la foi de façon familiale, en créant des liens de fraternité, en participant à la vie d’un groupe ou d’un mouvement et en nous encourageant à tracer un chemin commun vécu dans la solidarité. Ainsi nous pouvons apprendre à découvrir et à discerner les chemins que le Seigneur nous invite à parcourir, les horizons qu’il prépare pour vous. Ne jamais s’isoler ou vouloir faire tout seuls ! C’est l’une des pires tentations que nous puissions avoir.

En communauté, nous pouvons apprendre à reconnaître les petits miracles quotidiens, comme les témoignages de la beauté qu’il y a à suivre et à aimer Jésus. Et cela souvent, de manière indirecte, comme dans le cas de tes parents Vavy qui, bien qu’appartenant à deux tribus différentes, chacune avec ses usages et ses coutumes, grâce à leur amour réciproque, ont pu surmonter toutes les épreuves et les différences, et vous indiquer un beau chemin par lequel passer. Un chemin qui est confirmé chaque fois qu’ils vous donnent les fruits de la terre pour les offrir sur l’autel. Comme on a besoin de ces témoignages ! Ou comme ta tante, les catéchistes et les prêtres qui les ont accompagnés et soutenus dans le processus de la foi. Tout cela a aidé à engendrer et à encourager votre « oui ». Nous sommes tous importants et nécessaires et personne ne peut dire: Je n’ai pas besoin de toi ou tu ne fais pas partie de ce projet d’amour auquel le Père a rêvé en nous créant.

Nous sommes une grande famille, et nous pouvons découvrir, chers jeunes, que nous avons une Mère : la protectrice de Madagascar, la Vierge Marie. J’ai toujours été marqué par la force du  »oui » de Marie jeune. La force de ce  »qu’il en soit ainsi » qu’elle dit à l’ange. C’était autre chose qu’un  »oui » en disant : eh bien, essayons de voir ce qui va se passer. Marie ne connaissait pas l’expression :  »Voyons ce qui va se passer  » : Elle a dit  »oui », sans détour. C’est le  »oui » de ceux qui veulent s’engager et qui veulent prendre des risques, qui veulent tout parier, sans autre sécurité que la certitude de savoir qu’ils sont porteurs d’une promesse. Cette fille aujourd’hui est la Mère qui veille sur ses enfants qui marchent dans la vie souvent fatigués, dans le besoin, mais qui désirent que la lumière de l’espérance ne s’éteigne pas. C’est ce que nous voulons pour Madagascar, pour chacun d’entre vous et pour vos amis : que la lumière de l’espérance ne s’éteigne pas. Notre Mère regarde ce peuple de jeunes qu’elle aime, qui la cherche aussi en faisant silence dans le cœur bien qu’il y ait beaucoup de bruit, de conversations et de distractions en cours de route ; et il la supplie pour que l’espérance ne s’éteigne pas (cf. Exhort. ap. post-synodale Christus vivit, nn. 44-48).

A elle, je veux confier la vie de tous et de chacun d’entre vous, de vos familles et de vos amis, afin que vous ne manquiez jamais de la lumière de l’espérance et que Madagascar puisse être toujours davantage la terre que le Seigneur a rêvé. Qu’elle vous accompagne et vous protège toujours.

Et s’il vous plaît n’oubliez pas de prier pour moi. [01362-FR.01] [Texte original: Italien]

Pape à Madagascar: Rencontre avec les évêques

(Photo credit: Vatican Media) Vous trouverez ci-dessous l’allocution du pape François lors de la rencontre avec les évêques de Madagascar en la cathédrale de l’Immaculée Conception:

Chers frères dans l’épiscopat,

Merci, Monsieur le Cardinal, pour vos paroles de bienvenue au nom de tous nos frères. Je suis également reconnaissant que par ces mêmes paroles vous ayez voulu montrer comment la mission que nous nous proposons de vivre se déploie au milieu de contradictions : une terre riche et beaucoup de pauvreté ; une culture et une sagesse héritées des ancêtres qui nous font valoriser la vie et la dignité de la personne humaine, mais aussi le constat de l’inégalité et de la corruption. La tâche du pasteurest difficile dans ces circonstances.

‘‘Semeur de paix et d’espérance’’, c’est le thème choisi pour cette visite, qui peut bien être unécho de la mission qui nous est confiée. En effet, nous sommes des semeurs et celui qui sème, le faitdans l’espérance ; il le fait en comptant sur son effort et sur son engagement personnel, mais ensachant qu’il y a de multiples facteurs qui doivent concourir pour que la semence germe, pousse,devienne épi et finalement blé abondant. Le semeur fatigué et préoccupé ne baisse pas les bras,n’abandonne pas, ni encore moins brûle son champ quand quelque chose tourne mal… Il sait attendre,il fait confiance, il assume les déconvenues de sa semence, mais il ne cesse jamais d’aimer ce champ confié à ses soins. Même s’il en a la tentation, il ne fuit pas non plus en le confiant à un autre.

Le semeur connaît sa terre, la ‘‘touche’’, la ‘‘sent’’ et la prépare pour qu’elle puisse donner le meilleur d’elle-même. Nous les évêques, à l’image du Semeur, nous sommes appelés à répandre les semences de la foi et de l’espérance sur cette terre. À cet effet, il faut que nous développions cet ‘‘odorat’’ qui nous permet de mieux la connaître et de découvrir aussi ce qui compromet, entrave ouendommage la semence. C’est pourquoi, « les pasteurs, en accueillant les apports des différentessciences, ont le droit d’émettre des opinions sur tout ce qui concerne la vie des personnes, du moment que la tâche de l’évangélisation implique et exige une promotion intégrale de chaque être humain. Onne peut plus affirmer que la religion doit se limiter à la sphère privée et qu’elle existe seulement pourpréparer les âmes pour le ciel. Nous savons que Dieu désire le bonheur de ses enfants, sur cette terre aussi, bien que ceux-ci soient appelés à la plénitude éternelle, puisqu’il a créé toutes choses ‘‘afin que nous en jouissions’’ (1 Tm 6, 17), pour que tous puissent en jouir. Il en découle que la conversionchrétienne exige de reconsidérer ‘‘spécialement tout ce qui concerne l’ordre social et la réalisation du bien commun’’. En conséquence, personne ne peut exiger de nous que nous reléguions la religiondans la secrète intimité des personnes, sans aucune influence sur la vie sociale et nationale, sans sepréoccuper de la santé des institutions de la société civile, sans s’exprimer sur les événements quiintéressent les citoyens » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, nn. 182-183).

Je sais qu’il y a beaucoup de raisons de se préoccuper et que, entre autres choses, vous portezdans vos cœurs la responsabilité de veiller sur la dignité de vos frères qui demandent à construire une nation toujours plus solidaire et prospère, dotée d’institutions solides et stables. Un pasteur digne dece nom peut-il rester indifférent aux défis qu’affrontent ses concitoyens de toutes catégories sociales,indépendamment de leur appartenance religieuse ? Un pasteur, à la manière de Jésus, peut-il être indifférent aux vies qui lui ont été confiées ?

La dimension prophétique liée à la mission de l’Église demande, partout et toujours, un discernement qui généralement n’est pas facile. Dans ce sens, la collaboration mûre et indépendante entre l’Église et l’État est un défi permanent, car le danger de connivence n’est jamais loin, surtout sinous en arrivons à perdre le ‘‘mordant évangélique’’. En écoutant toujours ce que l’Esprit ditconstamment aux Églises (cf. Ap. 2, 7), nous pourrons échapper aux écueils, libérer le ferment del’Évangile en vue d’une collaboration fructueuse avec la société civile dans la recherche du biencommun. Le signe distinctif de ce discernement sera que l’annonce de l’Évangile inclut votre soucide toute forme de pauvreté : [non seulement]« assurer à tous la nourriture, ou une ‘‘subsistance décente’’, mais que tous connaissent ‘‘la prospérité dans ses multiples aspects’’. Ceci implique éducation, accès à l’assistance sanitaire, et surtout au travail, parce que dans le travail libre, créatif, participatif et solidaire, l’être humain exprime et accroît la dignité de sa vie. Le salaire juste permetl’accès adéquat aux autres biens qui sont destinés à l’usage commun » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 192).

La défense de la personne humaine constitue une autre dimension de notre charge pastorale. Pour être des pasteurs selon le cœur de Dieu, nous devons être les premiers dans le choix de proclamer l’Évangile aux pauvres : « Aucun doute ni aucune explication, qui affaiblissent ce message si clair,ne doivent subsister. Aujourd’hui et toujours, ‘‘les pauvres sont les destinataires privilégiés del’Évangile’’, et l’évangélisation, adressée gratuitement à eux, est le signe du Royaume que Jésus est venu apporter. Il faut affirmer sans détour qu’il existe un lien inséparable entre notre foi et les pauvres.Ne les laissons jamais seuls » (ibid., n. 48). En d’autres termes, nous avons un devoir particulier deproximité et de protection envers les pauvres, les marginalisés et les petits, envers les enfants et lespersonnes les plus vulnérables, victimes d’exploitation et d’abus.

Cet immense champ n’est pas seulement déblayé et défriché par l’esprit prophétique, mais ilattend aussi la semence jetée en terre avec une patience chrétienne, conscient par ailleurs que nousn’avons ni le contrôle ni la responsabilité de tout le processus. Un pasteur qui sème évite de toutcontrôler, il donne de l’air et de l’espace aux initiatives, il laisse grandir à des périodes différentes et ne cherche pas l’uniformité ; il n’exige pas plus que de raison, ne méprise pas les résultatsapparemment plus maigres. Cette fidélité à l’Évangile fait également de nous des pasteurs proches dupeuple de Dieu, à commencer par nos frères prêtres qui sont nos frères les plus proches et qui doiventbénéficier d’un soin spécial de notre part.

Il y a quelque temps, je faisais part aux évêques italiens de mon souci que nos prêtres puissent trouver auprès de leur évêque la figure du frère aîné et du père qui les encourage et les soutient sur le chemin (cf. Discours à la Conférence épiscopale italienne, 20 mai 2019). C’est cela la paternité spirituelle, qui pousse l’évêque à ne pas laisser orphelins ses prêtres et qu’on peut ‘‘toucher du doigt’’ non seulement dans la capacité d’ouvrir les portes à tous les prêtres, mais aussi dans la capacité d’allerà leur recherche pour les accompagner quand ils traversent un moment de difficulté.

Dans les joies et les difficultés inhérentes au ministère, les prêtres doivent trouver en vous des pères toujours disponibles qui savent comment encourager et soutenir, qui savent apprécier les efforts et accompagner les progrès possibles. Le Concile Vatican II a fait une observation spéciale sur ce point : « Que les évêques entourent les prêtres d’une charité particulière, puisque ceux-ci assument pour une part leurs charges et leurs soucis et qu’ils s’y consacrent chaque jour avec tant de zèle ; ilfaut les traiter comme des fils et des amis, être prêts à les écouter, entretenir avec eux des relationsconfiantes et promouvoir ainsi la pastorale d’ensemble du diocèse tout entier » (Décr. Christus Dominus, n. 16).

Prendre soin de la terre implique aussi l’attente patiente des processus ; et lors de la récolte,l’agriculteur évalue également la qualité des travailleurs. Cela vous impose, en tant que pasteurs, un devoir urgent d’accompagnement et de discernement, surtout en ce qui concerne les vocations à lavie consacrée et au sacerdoce, ce qui est fondamental pour assurer l’authenticité de ces vocations. Lamoisson est abondante et le Seigneur – qui ne peut souhaiter que d’authentiques ouvriers – ne selaisse pas enfermer dans les façons d’appeler, d’inciter au don généreux de sa propre vie. La formationdes candidats au sacerdoce et à la vie consacrée est justement destinée à assurer une maturation et une purification des intentions. À ce sujet, dans l’esprit de l’Exhortation Apostolique Gaudete et Exsultate, je voudrais souligner que l’appel fondamental sans lequel les autres n’ont pas de raison d’être est l’appel à la sainteté et que cette « sainteté est le visage le plus beau de l’Église » (n.9).J’apprécie vos efforts en vue de garantir la formation d’authentiques et saints ouvriers pour l’abondante moisson dans le champ du Seigneur.

Cet effort doit également s’étendre au vaste monde du laïcat ; les laïcs aussi sont envoyés pour la moisson, ils sont appelés à prendre part à la pêche, à risquer leurs filets et leur temps par « leurapostolat multiforme tant dans l’Église que dans le monde » (Conc. Œcum. Vat. II, Decr. Apostolicam actuositatem, n. 9). Avec toute son extension, sa problématique et ses changements, le mondeconstitue le domaine spécifique d’apostolat où ils sont appelés à œuvrer avec générosité et responsabilité, en y portant le ferment de l’Évangile. Voilà pourquoi je voudrais saluer toutes lesinitiatives que vous prenez en tant que pasteurs pour la formation des laïcs et pour ne pas les laisserseuls dans la mission d’être sel de la terre et lumière du monde, en vue de contribuer à latransformation de la société et de l’Église à Madagascar.

Chers frères, toute cette responsabilité dans le champ de Dieu doit nous mettre au défi d’avoir le cœur et l’esprit ouverts, de conjurer la peur qui enferme et de vaincre la tentation de nous isoler : que le dialogue fraternel entre vous, ainsi que le partage des dons et la collaboration entre les Églisesparticulières de l’Océan Indien soient un chemin d’espérance. La similitude entre les défis pastoraux tels que la protection de l’environnement dans un esprit chrétien ou le problème de l’immigrationexige des réflexions communes et une synergie d’actions à grande échelle pour une approche efficace.

Enfin, à travers vous, je voudrais saluer de manière spéciale les prêtres, les religieux et lesreligieuses qui sont malades ou affectés par l’âge ; je vous demande de leur manifester mon affectionet ma proximité dans la prière, et de prendre soin d’eux avec tendresse en les réconfortant dans leur belle mission d’intercession.

Deux femmes protègent cette Cathédrale : dans la chapelle ici à côté reposent les restes de la bienheureuse Victoire Rasoamanarivo, qui a su faire le bien, défendre et répandre la foi en des temps difficiles ; et l’image de la Vierge Marie qui par ses bras ouverts vers la vallée et les collines, sembletout embrasser. Demandons-leur d’élargir toujours notre cœur, de nous apprendre la compassion provenant du sein maternel que la femme et Dieu ressentent face aux oubliés de la terre et de nousaider à semer la paix et l’espérance.

Et, en signe de mon cordial et fidèle soutien, je vous donne ma bénédiction que j’étends à vosdiocèses.

S’il vous plaît, n’oubliez pas de prier et de faire prier pour moi ! [01361-FR.01] [Texte original: Italien]