L’Église, les jeunes et la mondialisation avec Charles Mercier

Cette semaine à Parrêsia, Francis Denis s’entretient du livre « L’Église, les jeunes et la mondialisation: Une histoire des JMJ » avec l’historien et professeur à l’Université de Bordeaux Charles Mercier. Sont notamment abordés les thèmes de l’intention fondatrice de saint Jean-Paul II, les dynamiques organisationnels aux niveaux nationales, internationales et ecclésiales ainsi que l’interconnexion des Journée mondiales de la jeunesse avec le phénomène de la mondialisation.Tout cela et bien plus sur Parrêsia, votre balado qui prend le temps de penser.

Prendre sur soi le visage pauvre du Christ

(Image: courtoisie Pixabay) Dimanche dernier 13 juin 2021 était publié le Message du pape François pour la 5e journée mondiale des pauvres qui aura lieu le 14 novembre prochain. Abordant de nombreux thèmes pastoraux et sociaux, le Pape a soulevé les questionnements et défis que nous devrons relever en cette année qui verra certainement surgir les conséquences négatives du confinement. Qu’est-ce que Jésus nous apprend sur la réalité de la pauvreté? Comment adapter notre regard sur celle-ci afin de mieux y faire face? Comment l’Église peut-elle retrouver sa véritable identité en incluant les pauvres à sa mission évangélisatrice ? Voilà quelques questions auxquelles le Pape a essayé de répondre.

L’enseignement de Jésus sur la pauvreté

Ce message est d’abord un commentaire à la parole de Jésus dans l’évangile de Marc selon laquelle « Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous » (Mc 14, 7). Selon le Souverain pontife, cette phrase n’est pas un encouragement à rester indifférents aux pauvres. En d’autres termes, le fait de la permanence de la pauvreté ne nous exonère pas de la responsabilité que nous avons envers les personnes les plus vulnérables. La figure du Christ doit, au contraire, nous faire prendre conscience que « le premier pauvre c’est Lui, le plus pauvre parmi les pauvres parce qu’il les représente tous. » (no1).

Jésus transfigure donc la pauvreté elle-même en l’adoptant pour Lui-même. Aimer Jésus et vouloir le suivre implique donc nécessairement un raisonnable détachement face aux réalités terrestres qui peuvent potentiellement nous éloigner de Lui. De nouveau regard devant la pauvreté nous révèle que « la pauvreté n’est pas le fruit de la fatalité, mais le signe concret de sa présence parmi nous » (no2). Ainsi, comprendre le fait que les pauvres « vous en aurez toujours » n’est pas une mauvaise nouvelle. Au contraire,  elle est une invitation à reconnaître la présence de Dieu qui, elle aussi, sera « toujours » parmi nous.

La pauvreté, un mal permanent transfiguré

Comprendre la pauvreté et sa haute valeur spirituelle ne doit pas nous empêcher d’être sensibles aux malheurs humains qui nous entourent. Tout au contraire. Par la foi, nous comprenons mieux que le combat contre la pauvreté ne peut se suffire d’une vision purement matérielle.

Notre engagement ne consiste pas exclusivement en des actions ou des programmes de promotion et d’assistance ; ce que l’Esprit suscite n’est pas un débordement d’activisme, mais avant tout une attention à l’autre qu’il considère comme un avec lui  (no2).

Être attentif au pauvre présuppose donc une très haute conscience de sa dignité en tant que personne et des différents besoins qui en découlent. Par exemple, donner à manger aux indigents est certes nécessaire mais cela ne doit qu’être un premier pas. Nul ne pourrait se satisfaire d’être spectateur de sa propre vie. Ils doivent être conscients que leur existence a un sens et, qu’eux aussi, peuvent participer activement à l’amélioration de nos sociétés et diminuer le fardeau de la souffrance en ce monde. En ce sens, une pastorale adaptée à la dignité du pauvre cherchera donc à « reconnaître la force salvifique de leur existence, et à les mettre au centre du cheminement de l’Église » (no2).

S’adapter pour mieux rejoindre

On a souvent mis l’accent sur la contemplation du Christ dans le pauvre. Il est cependant beaucoup plus rare d’entendre parler de la contemplation du pauvre dans Christ. Cela est certainement dû au fait que la pauvreté (et la souffrance en général) nous rend souvent inconfortables. Comme le dit le pape François : « Nous devrions avouer avec une grande humilité que nous sommes souvent des incompétents devant les pauvres » (no 7). Ce malaise ne doit cependant pas nous arrêter. En effet, la grâce de la contemplation et l’annonce du Seul Dieu crucifié devrait nous donner ce surplus d’audace nécessaire à assumer ce visage pauvreté.

Durant plusieurs siècles, les ordres religieux ont cherché des moyens concrets pour adopter ce visage. Par exemple, on peut penser à la simplicité de leur habillement ou, même, de leur coupe de cheveux (tonsure monastique) qui cherchaient à embrasser volontairement l’apparence de celui qui n’a que faire des conventions sociales. Nous avons donc une riche tradition qui peut toujours nous inspirer. Toutefois, et cela concerne d’abord les laïcs, prendre sur soi le visage pauvre du Christ pourrait s’exprimer, selon les paroles du pape, en adoptant un style de vie cohérent et apte, par une constante vigilance à surmonter « l’état de bien-être relatif auquel on s’est habitué (et qui) rend plus difficile l’acceptation des sacrifices et des privations » (no 9) nécessaires au mouvement « d’évangélisation qui rencontre en premier lieu les pauvres là où ils se trouvent » (no 9).

Un message pour préparer ce qui s’en vient

On le sait, la crise sanitaire que nous avons vécue ne pourrait qu’être le premier acte d’une crise économique globale qui pourrait affecter l’ensemble de nos sociétés. En ce sens, le Message pour la 5e Journée Mondiale des pauvres 2021 est un bon moyen pour se préparer dans la prière et la réflexion aux différents engagements qui pourraient découler d’une sensibilité accrue aux défis qui nous entourent. Ainsi, de par cette « solidarité sociale et la générosité dont beaucoup, grâce à Dieu, sont capables, combinées à des projets clairvoyants de promotion humaine », (no 5) nous pourrons sortir grandis de cette période traumatique de notre histoire.

La Révolution tranquille avec Martin Pâquet et Stéphane Savard

Cette semaine à Parrêsia, Francis Denis s’entretient avec les historiens Martin Pâquet et Stéphane Savard sur leur plus récent livre « Brève histoire de la Révolution tranquille » publié aux Éditions Boréal.  Sont notamment abordés les thème des changements sociologiques des années 1960, des réformes législatives liées à l’étatisation des institutions québécoises, des transformations culturelles et religieuses de cette période ainsi que du rôle de l’Église catholique lors de la Révolution tranquille. Tout cela et bien plus sur Parrêsia, votre balado qui prend le temps de penser.

Rencontre avec le « pèlerin russe » Édouard Shatov

Cette semaine à Parrêsia, Francis Denis s’entretient avec le père assomptionniste Édouard Shatov sur son plus récent livre « Un pèlerin russe au XXIe siècle » publié aux Éditions Médiaspaul.  Sont notamment abordés les thème du communisme, de l’orthodoxie, de la foi, du pape, de l’histoire du Québec et de sa rencontre avec l’ancien archevêque anglican de Canterbury. Tout cela et bien plus sur Parrêsia, votre balado qui prend le temps de penser.

L’archidiocèse de Montréal fidèle à sa promesse

(image: Courtoisie Pixabay) Hier 5 mai 2021 lors d’une conférence de presse, l’archidiocèse de Montréal faisait l’annonce officielle de la mise en place de plusieurs mesures pour faire face aux abus sexuels. Suivant le rapport « Capriolo », publié en novembre dernier et qui offrait une liste exhaustive de recommandations pour mettre à jour les politiques du diocèse quant au traitement des cas d’abus sexuels, l’annonce d’hier représente une étape significative dans la mise en place de ces dernières. L’ensemble de ces mesures sont disponibles sur le site de l’archidiocèse. Nomination de Me Marie Christine Kirouack à titre d’Ombudsman, création d’un Comité consultatif laïc de cinq membres, mise en place de différents protocoles concernant le traitement des plaintes, de divulgation d’informations relativement aux personnes signalées sans oublier une politique de soutien à la personne plaignante, l’Église catholique à Montréal est désormais beaucoup mieux équipée pour faire face aux éventuels abus qui pourraient malheureusement encore avoir lieu ainsi que pour accueillir des victimes de préjudices passés.

Les victimes font partie de la solution

Lors de son intervention, Mgr Christian Lépine a souligné à quel point le soutien des personnes victimes d’abus sexuels ou psychologiques était au cœur de ses préoccupations en tant qu’archevêque de Montréal. Il faut le dire, l’Église catholique, ne disposait pas encore de structures adaptées pour faire face à ce problème endémique qui n’épargne aucune institution ou organisation. Un rattrapage était nécessaire! D’une attitude réactive, il fallait désormais être proactif.Les annonces de cette semaine remplissent cet objectif. Bien que se basant sur des critères proprement chrétiens et dans un souci de respecter les plus hautes normes en la matière, il est intéressant de noter qu’une victime d’abus fut également impliquée dans le processus d’établissement des recommandations.

D’une attitude réactive, il fallait désormais être proactif.

Suivant la même logique d’implication des victimes dans le processus d’éradication des abus de toutes sortes, une série vidéo de sensibilisation intitulée « Il faut le dire » a aussi été créée à des fins de formation du personnel de l’archidiocèse et rendue disponible sur la chaîne YouTube du Diocèse de Montréal.

Vérité, humilité et prophétisme

Cela montre bien le prophétisme dont doit faire preuve l’Église pour rendre justice aux victimes du passé et mettre fin aux éventuels abus qui pourraient toujours être commis en son sein. Cela s’avère nécessaire non seulement pour rétablir sa crédibilité institutionnelle si importante à la réalisation de sa mission d’annonce de l’Évangile et de présence auprès des personnes vulnérables mais également pour être un exemple devant l’ensembles des institutions de la société. En effet, comme je l’ai déjà mentionné dans un article précédent, aucune organisation, entreprise, etc. n’est à l’abri de ce genre d’abus. L’Église a donc un devoir d’exemplarité. En ce sens, puisqu’il est malheureusement fort à parier, qu’encore aujourd’hui, des organisations toujours être tentées par la dissimulation ou le refus d’une justice transparente et responsable, l’Église se doit d’être en position de leadership.

Une nouvelle étape d’un long chemin

En relativement très peu de temps, 18 des 31 recommandations du rapport « Capriolo » sont désormais adoptées par l’archidiocèse de Montréal. Et ce n’est pas terminé! Il était néanmoins important de fonctionner par étapes afin de mettre à profit l’expérience que la mise en place de ces mesures va générer. S’appuyant sur l’expertise d’hommes et de femmes conscients de l’importance de la tâche qui leur est confiée ainsi que sur ces nouveaux protocoles et processus de soutien, l’archidiocèse de Montréal est désormais beaucoup plus à même de répondre promptement, efficacement aux alertes de victimes. Ainsi, sa mission de charité, de justice et de vérité n’en sera que confirmée.

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Communiquez avec l’Ombudsman en tout temps pour obtenir plus d’informations ou pour porter plainte.
(514) PLAINTE ((514) 752-4683)
plainte@ombudsman-ecm.com

Me Marie Christine Kirouack, Ad.E., Ombudsman 4141, rue Sherbrooke Ouest, bur. 255 Westmount, QC, H3Z 1B8
www.ombudsman-ecm.com

La sainteté canadienne: une histoire à redécouvrir

Cette semaine à Parrêsia, Francis Denis s’entretient avec Marie-Ange Pompignoli et Bernard Peyrous sur leur livre « La sainteté canadienne » publié aux éditions NOVALIS. Tout cela et bien plus sur Parrêsia, votre balado qui prend le temps de penser.

La liberté religieuse en 2021

(Photo: courtoisie de Unsplash)

 

Il y a quelques jours seulement, l’Aide à l’Église en détresse (AED) lançait son rapport bisannuel sur la liberté religieuse. L’organisme qui soutient les chrétiens dans le besoin et les victimes de persécution ou d’oppression dans le monde a acquis à travers les années une expertise considérable qui lui permet de documenter la situation entourant ce droit fondamental dans une perspective internationale et de faire le point sur les persécutions subies par les chrétiens sur une base régulière. 

On comprend facilement qu’un organisme de bienfaisance lié par sa mission à l’œuvre de l’Église universelle cherche à soutenir les chrétiens victimisés et à documenter leur expérience pour faire valoir leurs droits. Or, l’intérêt particulier que porte l’AED à la question de la liberté religieuse justifie une réflexion sur le sens de cette dernière dans une perspective chrétienne.

 

La liberté religieuse, pour quoi faire? 

Le philosophe français Pierre Manent a consacré une bonne partie des dernières années à réfléchir à la notion des droits de l’homme et aux enjeux qu’elle soulève lorsque mise en relation avec l’enseignement de l’Église. Issue de la tradition philosophique libérale, qui au moment de son apparition s’est souvent opposée aux autorités ecclésiales, la notion de droits de l’homme n’a pas été immédiatement intégrée dans l’enseignement catholique, bien au contraire.

Pour Manent, l’opposition initiale de l’Église au principe des droits de l’homme s’explique par une conception différente et opposée, entre l’Église et les libéraux, du rapport entre la liberté et la vérité. Dans une perspective libérale, la liberté est le principe dominant, et la vérité lui est subordonnée. Dans une perspective proprement catholique, c’est plutôt le contraire : la liberté n’a pour sens que de permettre à l’homme de parvenir à la vérité. 

 

La condition d’une foi authentique 

Cela n’a pas empêché l’enseignement de l’Église catholique de connaître des développements qui l’ont conduit, avec la Déclaration sur la liberté religieuse issue du Concile Vatican II, à faire sienne l’idée de liberté de religion. Si elle s’y était auparavant opposée dans un contexte de Chrétienté, l’Église a maintenu à travers les âges le principe suivant lequel seul une adhésion pleinement libre aux vérités enseignées par l’Église est véritablement valide. 

Pour Manent, ce développement de la doctrine peut être décrit, dans une perspective de continuité, de la manière suivante : « les hommes sont appelés à parvenir librement à la vérité dont l’Église est le dépositaire et l’instrument » (Cours familier de philosophie politique, p. 166). C’est ainsi que la liberté religieuse est progressivement devenue un principe chéri par l’Église et que les chrétiens se sont engagés dans sa défense, pour eux-mêmes comme pour ceux d’autres religions dont les droits seraient également bafoués. 

 

Trois tendances préoccupantes 

Les travaux de l’AED ont en cette matière de quoi susciter inquiétudes et préoccupations. Pour les représentants de l’organisme, trois tendances inquiétantes pour la liberté religieuse sont à la hausse. Ainsi, la montée en puissance de certaines formes de nationalismes ethno-religieux — qui cherchent à faire coïncider les frontières politiques, le paysage ethnographique et le visage religieux d’une société au péril des consciences, si nécessaire — menace les droits de communautés minoritaires dans plusieurs pays, comme en Inde, par exemple. 

De même, l’AED est préoccupée par le développement d’outils permettant la surveillance et la privation de liberté individuelle à un degré extrêmement élevé, comme le mécanisme de crédit social en place en République populaire de Chine, ainsi que la pression soutenue dans les régimes de ce type — pensons à la Corée du Nord — contre la pratique religieuse. Enfin, la prolifération de formes extrémistes et violentes d’islamisme politique menacerait la liberté de religion de chrétiens et de non-chrétiens dans plusieurs régions du monde, notamment sur le continent africain, où certains États peinent à défendre la liberté religieuse contre des groupes armés non-étatiques. 

 

De l’indignation à l’espérance

Les travaux des experts de l’AED montrent que presque deux tiers des pays dans le monde, la liberté religieuse est attaquée dans une forme ou une autre. À la persécution à laquelle nous pensons le plus souvent s’ajoute ainsi des discriminations moins graves. Or, les représentants de l’AED ont également parlé d’un phénomène, prévalant en Occident : une forme d’enfermement de la religion dans la seule sphère privée qui, dans ses formes les plus pernicieuses, a été appelée par le Pape François une « persécution polie ». De même, on souligne une méconnaissance des réalités religieuses et un traitement parfois injuste des croyants dans le contexte de la pandémie mondiale de COVID-19  jusqu’ici, au Canada. 

En dépit de ces réalités peu réjouissantes, les chrétiens demeurent habités par la responsabilité d’être des témoins de l’espérance chrétienne. Un lien de solidarité mutuelle peut et doit unir ceux qui ont la chance de vivre dans des sociétés pacifiées par le droit, dans lesquelles les menaces contre la liberté de conscience et de religion sont aussi rares que subtiles, avec ceux qui subissent les pires formes de persécution. Ce lien dépasse les situations particulières de chaque individu et nous unit dans l’amitié avec le Seigneur par l’amour de notre prochain, un amour qui exige parfois une forme d’héroïsme spirituel. 

Utopie, tragédie et liberté

(Image: courtoisie de Wikimedia)

 

La recherche de perfection, l’idéal d’une société pleinement réconciliée avec elle-même et avec Dieu, traverse les époques et semble traduire une dimension profonde de la nature humaine. Au regard des imperfections, des misères de la vie sociale comme la guerre, la maladie et la faim, nombreux sont ceux qui, parmi nous, ressentent une indignation qui alimente un désir de changement, de transformation de la société, pour effacer de son visage les blessures de l’injustice et les cicatrices des conflits.

 

La tentation utopique

Le genre littéraire de l’utopie, vocable forgé par le saint martyr et écrivain Thomas More et qui signifie « nulle part », ou « en aucun lieu », est en un sens l’expression littéraire ou artistique de cette inclination humaine à rechercher dans l’ordre séculier, c’est-à-dire politique et social notamment, la réalisation d’une perfection introuvable, celle d’une société libérée des inégalités, des violences et des peines inévitables de l’expérience humaine.  

À l’utopie, on oppose le genre dystopique, qui représente souvent une société contrainte, ou les individus sont privés de liberté et soumis à quelque forme d’abus intolérable. Si l’utopie représente la société humaine parfaite, la dystopie représente au contraire la pire des sociétés. Le genre dystopique est omniprésent dans la culture occidentale moderne; on peut penser aux œuvres de Georges Orwell et d’Aldous Huxley. La dystopie incarne un univers puissant et son influence se traduit bien au-delà de la littérature, jusque dans le cinéma et les mentalités. Il prend un sens politique particulièrement prégnant durant la Guerre froide, qui oppose le libéralisme occidental au communisme soviétique, lui qui prétendait justement réaliser une société parfaite, libérée de contraintes séculaires. 

Le binôme utopie-dystopie n’est pas qu’un genre littéraire ou artistique. Il est la traduction d’une tension profondément enracinée dans le cœur de l’homme. Considérant l’utopie, ou la société politique parfaite, l’homme attend en un sens la réalisation sur Terre d’une unité entre l’homme et la société, entre l’homme et la nature, entre l’homme et Dieu, qui n’a de sens pour un chrétien que dans une perspective eschatologique. L’utopie, au sens politique du terme, est la tentation de chercher à réaliser sur Terre les promesses du Ciel. L’utopie politique est ainsi à distinguer de l’espérance chrétienne. 

 

Ignorer la tragédie de l’homme

La faiblesse de l’utopie politique, c’est d’ignorer le caractère fondamentalement tragique de l’expérience humaine, les réalités de la maladie, de la souffrance et de la mort qui marquent notre condition et auxquelles le Christ seul répond de manière pleinement satisfaisante par son action salvifique. Le christianisme est en ce sens la religion qui réconcilie le désir de perfection qui se trouve dans le cœur de l’homme avec la condition parfois pénible de son existence par la promesse certaine d’un retour vers le Père et de la participation à la société divine, que nul projet politique, légal, administratif ne peut réaliser ou même singer adéquatement. 

Ainsi, la tragédie de l’expérience humaine n’est pas pleinement comprise dans les diverses formes de misères spécifiquement matérielles qui la représentent de manière tangible mais n’en disent pas toute la vérité. La vraie tragédie de l’homme découle d’un mauvais usage de ses attributs les plus hauts, c’est-à-dire son aptitude à connaître et à exercer la liberté, parfois aux pires fins qui soient. C’est la tension entre la splendeur de la création avec l’homme à son sommet, fait à l’image et à la ressemblance de Dieu, et la capacité de l’homme à faire le mal qui a fait se questionner des penseurs à travers les âges sur le dessein de Dieu pour les hommes. 

 

Dans l’utopie, quelle liberté? 

On dit parfois que les idéologies politiques propres à la modernité, comme le communisme, le fascisme et le libéralisme, sont en un sens profond des hérésies chrétiennes, des dérivations sécularisées et perverties de la religion chrétienne authentique. L’exemple du communisme, dont le souvenir est aujourd’hui lointain pour plusieurs, est frappant en cela que, pour ses défenseurs, il visait la réalisation d’une société purifiée de ses imperfections, alors qu’il fut représenté par ses détracteurs comme un régime liberticide, s’attaquant de manière radicale à la nature politique et à la vocation spirituelle de l’homme. 

C’est ainsi que l’utopie et la dystopie se confondent. À la recherche d’une perfection que l’on ne peut attendre que de Dieu, d’une réunion entre la liberté de l’homme et la vérité de sa nature qui n’est possible que dans l’unité avec le Seigneur, les hommes ont voulu édifier à travers les âges des sociétés parfaites, libérées de la tragédie de l’expérience humaine. Or, rompre avant l’heure avec cette tragédie authentique et bien réelle, c’est priver l’homme de la liberté qu’il lui faut pour donner un assentiment méritoire à la vérité et se conformer au projet de Dieu pour lui dans l’amour, non dans la servilité. 

Le désir de perfection, la recherche d’unité et de communion, est profondément enraciné dans le cœur de l’homme, et en ce sens est excellent tant qu’il est dirigé vers sa véritable fin. L’utopie politique est cette déviation qui, incapable de soutenir le caractère tragique de notre condition et de porter son espérance en Christ, nous conduit à la privation de liberté dans la poursuite d’un idéal vain. L’utopie se transforme ainsi inévitablement en dystopie. Nous ne sommes pas appelés à faire descendre ici bas une « parodie de la Cité de Dieu » (Gilson, Les métamorphoses de la cité de Dieu, 1952), mais bien plutôt, en notre temps, à quitter la Cité de l’Homme pour être élevés par la Grâce aux réalités célestes.  

L’Église en procès avec Jean Sévilla

Cette semaine à Parrêsia, Francis Denis s’entretient du livre « L’Église en procès: la réponse des historiens » avec le journaliste et chroniqueur histoire au Figaro Magazine Jean Sévilla. Sont notamment abordés les thèmes de l’histoire des idées, de l’Inquisition, de la modernité ,de la rigueur scientifique dans l’exercice de l’histoire ainsi que de l’importance de cette discipline pour la vie de l’Église aujourd’hui.Tout cela et bien plus sur Parrêsia, votre balado qui prend le temps de penser.

 

L’éthique en contexte pluraliste selon Joseph Ratzinger avec Stéphane Bürgi

Cette semaine à Parrêsia, Francis Denis s’entretient de la loi naturelle dans la pensée du pape émérite Benoît XVI (Joseph Ratzinger) avec Stéphane Bürgi, spécialiste du religieux contemporain et Chargé de cours à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke. Sont notamment abordés les thèmes de l’histoire des idées, des enjeux éthiques, du Bien commun, de la laïcité, de la crise climatique et du rôle de l’Église en 2021. Tout cela et bien plus sur Parrêsia, votre balado qui prend le temps de penser.

 

Pour aller plus loin, la thèse de Doctorat de Stéphane Bürgi intitulée « La religion au service de la conscience éthique en contexte pluraliste: La proposition « ratzingérienne » » est disponible au lien suivant

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