Un combat pour la paix

Ce nouveau documentaire vous embarque au beau milieu de l’Afrique, à la rencontre d’un homme prêt à mourir pour que la paix revienne dans son pays. Cet homme c’est le cardinal Dieudonné Nzapalainga, et son pays c’est la République Centrafricaine.

Depuis 2013 la Centrafrique est embourbée dans une spirale de violence dont les civils sont les premières victimes. « On les tue, on les brûle, on incendie leurs maisons » témoigne le cardinal, archevêque de Bangui, qui déplore l’impuissance de l’État.

Proche des gens et témoin des exactions, l’homme d’Église refuse d’assister à la décente aux enfers de son peuple. Là où le gouvernement n’ose pas mettre les pieds, lui vient témoigner de sa proximité. Il rencontre les habitants dans des quartiers marqués par la violence, pour prêcher la paix, le pardon et la réconciliation. Pour le cardinal, la culture de la rencontre est nécessaire pour bâtir la paix, car « si chacun reste avec sa peur nous ne pourrons pas briser les barrières, faire le pas et créer des ponts », dit-il en saluant ici et là des habitants du PK5, le quartier musulman de Bangui, tristement connue pour sa violence.

En dehors de la capitale, les ¾ du pays sont occupés par des rebelles. L’autorité de l’État étant inexistante, les groupes armés font la loi sur le territoire ; la population se sent abandonnée. Le cardinal part donc au volant de sa voiture aux 4 coins du pays, pour consoler les populations meurtries. Il le fait car il se sent « le père de tous ».

Cette visite pastorale nous mène dans le diocèse de Mbaiki, aux abords de la forêt équatoriale, où nous rencontrons une femme à bout de nerfs. La colère se lit sur son visage : « nous en avons marre de vivre confiné, de pleurer nos morts. Le centrafricain en a marre d’avoir des difficultés pour se soigner, pour manger, pour se loger. »

Une autre à ses côtés semble être abattue. Mais elle se bat pour entretenir une lueur d’espoir que lui procure sa foi catholique, et sa dévotion à la Vierge Marie : « je me dis que si je lui parle avec tout mon cœur, elle fera quelque chose pour le pays, pour cicatriser les cœurs blessés ».

La violence dans le pays est souvent liée aux représailles dont sont victimes les populations, à cause de leur appartenance ethnique et religieuse. Mais le cardinal refuse de parler d’une guerre de religion. Il exhorte au pardon, sans tolérer l’impunité, pour vaincre le mal par le bien : « il nous apprend à aimer nos ennemis, et à prier pour eux, pour qu’ils changent, eux » témoigne une femme rencontrée lors d’un pèlerinage, qui n’aspire qu’à une seule chose : la paix en Centrafrique.

Ce documentaire sera diffusé lundi 21 octobre à 20h00 sur Sel + Lumière TV

Notre-Dame d’Aparecida

Comme chaque année, nous célébrerons le 12 octobre la fête de Notre-Dame d’Aparecida. Cette Vierge noire, très célèbre en Amérique latine, est la sainte patronne du Brésil. Lors des Journées Mondiales de la Jeunesse, à Rio de Janeiro en juillet 2013, le pape François s’était rendu en pèlerinage au sancturaire d’Aparecida où il avait notamment confié son pontificat au pied de la Vierge.

Aujourd’hui nous profitons de sa fête pour partager un vidéo réalisée sur place, au sanctuaire d’Aparecida, lors de JMJ de 2013, apportant ainsi un éclairage sur cette célèbre Madonne. Voyez ci-dessous le texte de la vidéo.

Le sanctuaire que vous apercevez juste derrière moi est le principal sanctuaire marial du Brésil. Ici se dresse la célèbre basilique Notre-Dame d’Aparecida, en hommage à la sainte patronne du pays. Construite en 1955 elle est inaugurée par le pape Jean-Paul II lors de son voyage au Brésil en 1980. Désormais devenu sanctuaire national il accueille chaque année près de huit millions de pèlerins et peut abriter jusqu’à 45.000 personnes. Après la basilique Saint-Pierre de Rome il représente le deuxième plus grand édifice cultuel catholique au monde.

A l’intérieur de l’édifice se trouve une statue désormais très célèbre de la Vierge Marie. Sa découverte remonte au XVIIIème siècle. En 1717 trois pêcheurs de la ville jettent leur filet dans le fleuve et remontent cette statue, une vierge noire, haute de 40 cm en terre cuite ; elle est aujourd’hui décorée d’une couronne d’or et vêtue d’un manteau bleu offert par la princesse Isabelle en 1888. Après sa découverte la statue demeure une quinzaine d’années dans une maison où se retrouvent les pêcheurs et le voisinage pour prier. Mais la dévotion pour cette statue devient de plus en plus importante et beaucoup de choses sont obtenus pour ceux qui la prient ; si bien que sa renommée se répand dans toutes les régions du Brésil. Un oratoire est alors construit puis une chapelle ; mais devant l’augmentation du nombre de fidèles une église est alors construite en 1834 : c’est aujourd’hui la vieille basilique.

Outre ces bijoux architecturaux, Aparecida est également connu pour avoir reçu en mai 2007 la 5ème Conférence générale des évêques d’Amérique latine et des Caraïbes. Une rencontre dont on parle encore aujourd’hui car elle ouvre dit-on de nombreuses perspectives pour l’Église en Amérique latine. Option pour les pauvres, pastorale sociale, lutte pour la justice et les changements structurels, inspiration de la théologie de la libération, méthodes pastorales consistant à voir, juger et agir… En fait c’est le choix même du sanctuaire d’Aparecida qui a marqué l’ambiance et l’esprit de cette rencontre Un lieu symbolique pour ce pays très catholique.

Notre-Dame d’Aparecida est proclamée reine du Brésil et sainte patronne du pays par le pape Pie XI en 1929. Elle est célébrée chaque année le 12 octobre.

Synode sur l’Amazonie

L’Assemblée spéciale du synode des évêques sur l’Amazonie se tiendra au Vatican du 6 au 27 octobre 2019. Au total, 185 membres participeront aux travaux sur le thème : Nouveaux chemins pour l’Église et pour une écologie intégrale.

L’Assemblée sera composée de 114 évêques de la région Pan-amazonienne, c’est-à-dire de Bolivie, Brésil, Colombie, Equateur, Pérou et Venezuela. Les 13 chefs de dicastères de la Curie romaine seront également présents, ainsi que des experts, des auditeurs, et autres membres nommés par le Pape, originaires essentiellement d’Amérique Latine, mais aussi d’Europe, du Canada et d’Afrique.

Ce synode sur l’Amazonie avait été annoncé en octobre 2017 par le pape François, afin « de trouver de nouvelles voies pour l’évangélisation de cette portion du Peuple de Dieu, en particulier les indigènes, souvent oubliés et privés de la perspective d’un avenir serein, notamment à cause de la crise touchant la forêt amazonienne, poumon d’une importance capitale pour notre planète

L’Amazonie est peuplée par 3 millions d’autochtones sur une superficie de 6 millions de km² à travers neuf pays : le Brésil, la Guyane française, le Pérou, la Colombie, le Venezuela, le Surinam, la Bolivie, l’Équateur et le Guyana. Pas moins de 86 langues et 650 dialectes sont parlés sur ce territoire.

Cette région est couverte en grande partie par la forêt amazonienne. C’est la plus grande forêt tropicale du monde, avec une biodiversité unique : 30 000 espèces de plantes, 500 espèces de mammifères.

Alors que cet environnement naturel est menacé, l’Eglise, tout au long de ce synode, tentera d’apporter des réponses appropriées pour la défense de la vie, de la terre, et des cultures de cette région, « poumon de notre planète ».

Le Pape et le journalisme

(CNS photo/Paul Haring)

Le Saint-Père recevait ce lundi des journalistes de l’Union Catholique de la presse italienne, qui fêtait son 60ème anniversaire. Lors de cette audience le Pape a invité les professionnels de l’information « à contribuer à l’édification d’une société plus juste et solidaire ».

Cette énième rencontre, entre le Saint-Père et les journalistes, manifeste l’intérêt du pape François pour la presse et les médias dont il salue le « travail précieux » depuis le début de son pontificat.

Trois jours seulement après son élection, le pape argentin parlait déjà aux journalistes, lors d’une audience qui leur était consacrée. Il rappelait l’importance de leur mission et leur capacité à « offrir les éléments pour une lecture de la réalité », en communiquant la triade essentielle que représentent « la vérité, la bonté et la beauté ».

Et depuis, en effet, le Souverain Pontife insiste régulièrement sur l’importance d’une communication au service de la vérité, car « seule la vérité rend libre ». Il faut pour cela être exigeant avec soi-même et ne pas tomber dans le piège du conformisme. « Il est beaucoup plus facile de ne pas trop se poser de questions, de se contenter des premières informations, de simplifier, de rester dans la superficialité et l’apparence, de se contenter de solutions évidentes qui n’impliquent pas la fatigue d’une enquête capable de montrer la complexité de la vraie vie », estimait François devant un parterre de journalistes au Vatican, en mai 2019.

Le Saint-Père appelle au contraire à l’humilité, « clef de voûte », selon lui, du journalisme. Avec humilité, les médias doivent prendre le temps de vérifier l’information pour éviter de distribuer cette « nourriture avariée qu’est la désinformation ». En référence à ceux qui diffusent des « fake news » le Pape souligne que c’est l’humilité, avec la rigueur, qui permet de servir « le bon pain de la vérité ».

Le professionnel de l’information est également invité à se mettre au service du bien commun, et de la dignité humaine. Au service de toute vie humaine, oubliée, rejetée ou persécutée. Le journaliste doit être «capable de distinguer le bien du mal, les choix humains des choix inhumains». Il doit être conscient « qu’à travers un article, un tweet, à la télévision ou à la radio, on peut faire le bien mais aussi le mal, si l’on n’est pas attentif et scrupuleux ».

En résumé, le journaliste est appelé à «œuvrer en faveur de la cohésion sociale », et à « dire la vérité à tout prix ». Et pour ce faire, il doit éviter ce que le pontife argentin nomme les « péchés du journalisme » : la désinformation, la calomnie, la diffamation, et la coprophilie (le goût des choses sales).

Et François de citer son prédécesseur le saint pape Jean-Paul II : « L’Église est de votre côté. Que vous soyez chrétiens ou non, dans l’Église vous trouverez toujours la juste estime pour votre travail et la reconnaissance de la liberté de la presse ».

Prions, pour ceux qui nous gouvernent !

(CNS photo/Gregory A. Shemitz)

La campagne électorale au Canada est lancée, et voilà que la liturgie nous rappelle à nos responsabilités.

En la solennité des saints Corneille et Cyprien, le 16 septembre, l’épitre tirée de la première lettre de saint Paul à Timothée nous interpelle sur notre responsabilité vis-à-vis de nos dirigeants politiques. Est-ce que nous prions pour ceux qui nous gouvernent ? C’est la question que pose le texte proposé par la liturgie du jour.

« J’encourage, avant tout, à faire des demandes, des prières, des intercessions et des actions de grâce pour tous les hommes, pour les chefs d’État et tous ceux qui exercent l’autorité, afin que nous puissions mener notre vie dans la tranquillité et le calme, en toute piété et dignité. »

Nos gouvernants sont appelés à gouverner, et nous sommes appelés à ne pas les regarder les bras croisés. Nous avons, au minimum, le devoir de prier pour eux, pour que leur action se fasse au service du bien commun, dans le respect de la dignité de chacun.

En réalité, l’Église a toujours valorisé et encouragé la politique, qu’elle considère comme une des formes les plus précieuses de la charité. La constitution pastorale Gaudium et Spes, issue du Concile Vatican II, rappelle que la communauté politique existe pour le bien commun : « elle trouve en lui sa pleine justification et sa signification et c’est de lui qu’elle tire l’origine de son droit propre ».

Prendre au sérieux la politique, soulignait Paul VI, « c’est affirmer le devoir de l’homme, de reconnaître la réalité concrète et la valeur de la liberté de choix qui lui est offerte pour chercher à réaliser ensemble le bien de la cité, de la nation, de l’humanité ».

Pour l’Église, l’action politique est une manière exigeante de vivre l’engagement chrétien au service des autres, et Benoit XVI de préciser que « tout chrétien est appelé à vivre cette charité, selon sa vocation et selon ses possibilités d’influence ».

Pour aller plus loin, saint Jean-Paul II estimait que rien ne pouvait justifier le désintérêt des chrétiens en politique. Ils sont tous appelés, si ce n’est à s’engager, à prier pour leurs dirigeants.

Adieu, cardinal Roger Etchegaray

Mgr Roger Etchegaray a rendu son dernier souffle mercredi dernier, 4 septembre, à l’âge de 96 ans. Il s’est éteint sur sa terre natale du Pays-Basque, à Cambo-les-Bains.

Le prélat du Sud-Ouest de la France est ordonné prêtre à l’âge de 24 ans. Après des années de ministère dans son diocèse d’origine à Bayonne, il est nommé évêque auxiliaire de Paris en 1969 par le pape Paul VI, avant de devenir archevêque de Marseille l’année suivante. En 1975, il est élu président la Conférence des évêques de France où il siègera pendant 6 ans.

Mgr Etchegaray est créé cardinal en 1979 par le pape Jean-Paul II dont il restera un des plus proches collaborateurs. Le pape polonais le nomme Président du Conseil Pontifical Justice et Paix – fonction qu’il exercera pendant 19 ans – avant de lui confier la présidence du Conseil Pontifical Cor Unum jusqu’en 1995.

En 2005 le pape Benoit XVI approuve son élection comme vice-doyen du collège des cardinaux, et en 2017 c’est le pape François qui accepte se remise de fonction.

Pendant plus de vingt ans le cardinal Etchagaray a travaillé de très près avec le pape Jean-Paul II. En 2014, à la veille de sa canonisation, il nous recevait, chez lui, à Rome, pour évoquait la figure de ce Pape devenu saint. Un témoignage plein de reconnaissance et d’amitié.

Pape à Madagascar: prière avec les travailleurs du chantier maritime de Mahatazana

(Photo credit: CNS/Paul Haring) Vous trouverez ci-dessous le texte de la prière prononcée par le pape François lors de la rencontre avec les travailleurs du chantier maritime de Mahatazana, Madagascar:

Dieu Notre Père, créateur du Ciel et de la terre,
nous te rendons grâce de nous réunir comme des frères en ce lieu,
en face de ce rocher brisé par le travail de l’homme,
nous te prions pour tous les travailleurs.

Pour ceux qui le font avec leurs mains,
et avec un énorme effort physique.
Soigne leurs corps de l’usure excessive,
Que ne leur manquent pas la tendresse et la capacité de caresser

leurs enfants et de jouer avec eux.
Accorde-leur sans cesse la vigueur de l’âme et la santé du corps
afin qu’ils ne tombent pas accablés par la lourdeur de leur tâche.

Fais que le fruit de leur travail
leur permette d’assurer dignement la subsistance de leurs familles.
Qu’ils trouvent, le soir auprès d’elles, chaleur, réconfort et encouragement,
et qu’ensemble, réunis sous ton regard, ils connaissent les vraies joies.

Que nos familles sachent que la joie de gagner son pain,
est parfaite quand ce pain est partagé;
que nos enfants ne soient pas contraints à travailler,
qu’ils puissent aller à l’école et poursuivre leurs études,
et que leurs professeurs consacrent leur temps à cette tâche,
sans avoir besoin d’autres activités pour leur subsistance quotidienne.

Dieu de justice, touche le cœur des entrepreneurs et des dirigeants.
Qu’ils mettent tout en œuvre pour assurer à ceux qui travaillent un salaire digne,
des conditions respectant leur dignité de personnes humaines.

Prends en pitié et sous ta paternelle miséricorde
tous ceux qui sont sans travail,
et fais que le chômage – cause de tant de misères – disparaisse de nos sociétés.

Que chacun connaisse la joie et la dignité de gagner lui-même son pain,
pour le ramener à la maison et faire vivre les siens.
Crée entre les travailleurs un esprit d’authentique solidarité.
Qu’ils sachent être attentifs les uns aux autres,
s’encourager mutuellement, soutenir ceux qui sont accablés, relever ceux qui sont tombés.

Que leur cœur ne cède pas à la haine, à la rancœur, à l’amertume devant l’injustice,
mais qu’ils gardent vivant l’espérance de connaître
et de travailler pour un monde meilleur.
Qu’ils sachent, ensemble, de manière constructive faire valoir leurs droits,
et que leurs voix et leurs cris soient entendus.

Dieu Notre Père, tu as donné pour protecteur aux travailleurs du monde entier, saint Joseph, père nourricier de Jésus, époux courageux de la Vierge Marie.
Je lui confie tous ceux qui travaillent ici, à Akamasoa,
ainsi que tous les travailleurs de Madagascar,
spécialement ceux qui connaissent une vie précaire et difficile.
Qu’il les garde dans l’amour de ton Fils
et les soutienne dans leur vie et dans leur espérance.
Amen.

[01366-FR.01] [Texte original: Italien]

Pape à Madagascar: Rencontre avec les évêques

(Photo credit: Vatican Media) Vous trouverez ci-dessous l’allocution du pape François lors de la rencontre avec les évêques de Madagascar en la cathédrale de l’Immaculée Conception:

Chers frères dans l’épiscopat,

Merci, Monsieur le Cardinal, pour vos paroles de bienvenue au nom de tous nos frères. Je suis également reconnaissant que par ces mêmes paroles vous ayez voulu montrer comment la mission que nous nous proposons de vivre se déploie au milieu de contradictions : une terre riche et beaucoup de pauvreté ; une culture et une sagesse héritées des ancêtres qui nous font valoriser la vie et la dignité de la personne humaine, mais aussi le constat de l’inégalité et de la corruption. La tâche du pasteurest difficile dans ces circonstances.

‘‘Semeur de paix et d’espérance’’, c’est le thème choisi pour cette visite, qui peut bien être unécho de la mission qui nous est confiée. En effet, nous sommes des semeurs et celui qui sème, le faitdans l’espérance ; il le fait en comptant sur son effort et sur son engagement personnel, mais ensachant qu’il y a de multiples facteurs qui doivent concourir pour que la semence germe, pousse,devienne épi et finalement blé abondant. Le semeur fatigué et préoccupé ne baisse pas les bras,n’abandonne pas, ni encore moins brûle son champ quand quelque chose tourne mal… Il sait attendre,il fait confiance, il assume les déconvenues de sa semence, mais il ne cesse jamais d’aimer ce champ confié à ses soins. Même s’il en a la tentation, il ne fuit pas non plus en le confiant à un autre.

Le semeur connaît sa terre, la ‘‘touche’’, la ‘‘sent’’ et la prépare pour qu’elle puisse donner le meilleur d’elle-même. Nous les évêques, à l’image du Semeur, nous sommes appelés à répandre les semences de la foi et de l’espérance sur cette terre. À cet effet, il faut que nous développions cet ‘‘odorat’’ qui nous permet de mieux la connaître et de découvrir aussi ce qui compromet, entrave ouendommage la semence. C’est pourquoi, « les pasteurs, en accueillant les apports des différentessciences, ont le droit d’émettre des opinions sur tout ce qui concerne la vie des personnes, du moment que la tâche de l’évangélisation implique et exige une promotion intégrale de chaque être humain. Onne peut plus affirmer que la religion doit se limiter à la sphère privée et qu’elle existe seulement pourpréparer les âmes pour le ciel. Nous savons que Dieu désire le bonheur de ses enfants, sur cette terre aussi, bien que ceux-ci soient appelés à la plénitude éternelle, puisqu’il a créé toutes choses ‘‘afin que nous en jouissions’’ (1 Tm 6, 17), pour que tous puissent en jouir. Il en découle que la conversionchrétienne exige de reconsidérer ‘‘spécialement tout ce qui concerne l’ordre social et la réalisation du bien commun’’. En conséquence, personne ne peut exiger de nous que nous reléguions la religiondans la secrète intimité des personnes, sans aucune influence sur la vie sociale et nationale, sans sepréoccuper de la santé des institutions de la société civile, sans s’exprimer sur les événements quiintéressent les citoyens » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, nn. 182-183).

Je sais qu’il y a beaucoup de raisons de se préoccuper et que, entre autres choses, vous portezdans vos cœurs la responsabilité de veiller sur la dignité de vos frères qui demandent à construire une nation toujours plus solidaire et prospère, dotée d’institutions solides et stables. Un pasteur digne dece nom peut-il rester indifférent aux défis qu’affrontent ses concitoyens de toutes catégories sociales,indépendamment de leur appartenance religieuse ? Un pasteur, à la manière de Jésus, peut-il être indifférent aux vies qui lui ont été confiées ?

La dimension prophétique liée à la mission de l’Église demande, partout et toujours, un discernement qui généralement n’est pas facile. Dans ce sens, la collaboration mûre et indépendante entre l’Église et l’État est un défi permanent, car le danger de connivence n’est jamais loin, surtout sinous en arrivons à perdre le ‘‘mordant évangélique’’. En écoutant toujours ce que l’Esprit ditconstamment aux Églises (cf. Ap. 2, 7), nous pourrons échapper aux écueils, libérer le ferment del’Évangile en vue d’une collaboration fructueuse avec la société civile dans la recherche du biencommun. Le signe distinctif de ce discernement sera que l’annonce de l’Évangile inclut votre soucide toute forme de pauvreté : [non seulement]« assurer à tous la nourriture, ou une ‘‘subsistance décente’’, mais que tous connaissent ‘‘la prospérité dans ses multiples aspects’’. Ceci implique éducation, accès à l’assistance sanitaire, et surtout au travail, parce que dans le travail libre, créatif, participatif et solidaire, l’être humain exprime et accroît la dignité de sa vie. Le salaire juste permetl’accès adéquat aux autres biens qui sont destinés à l’usage commun » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 192).

La défense de la personne humaine constitue une autre dimension de notre charge pastorale. Pour être des pasteurs selon le cœur de Dieu, nous devons être les premiers dans le choix de proclamer l’Évangile aux pauvres : « Aucun doute ni aucune explication, qui affaiblissent ce message si clair,ne doivent subsister. Aujourd’hui et toujours, ‘‘les pauvres sont les destinataires privilégiés del’Évangile’’, et l’évangélisation, adressée gratuitement à eux, est le signe du Royaume que Jésus est venu apporter. Il faut affirmer sans détour qu’il existe un lien inséparable entre notre foi et les pauvres.Ne les laissons jamais seuls » (ibid., n. 48). En d’autres termes, nous avons un devoir particulier deproximité et de protection envers les pauvres, les marginalisés et les petits, envers les enfants et lespersonnes les plus vulnérables, victimes d’exploitation et d’abus.

Cet immense champ n’est pas seulement déblayé et défriché par l’esprit prophétique, mais ilattend aussi la semence jetée en terre avec une patience chrétienne, conscient par ailleurs que nousn’avons ni le contrôle ni la responsabilité de tout le processus. Un pasteur qui sème évite de toutcontrôler, il donne de l’air et de l’espace aux initiatives, il laisse grandir à des périodes différentes et ne cherche pas l’uniformité ; il n’exige pas plus que de raison, ne méprise pas les résultatsapparemment plus maigres. Cette fidélité à l’Évangile fait également de nous des pasteurs proches dupeuple de Dieu, à commencer par nos frères prêtres qui sont nos frères les plus proches et qui doiventbénéficier d’un soin spécial de notre part.

Il y a quelque temps, je faisais part aux évêques italiens de mon souci que nos prêtres puissent trouver auprès de leur évêque la figure du frère aîné et du père qui les encourage et les soutient sur le chemin (cf. Discours à la Conférence épiscopale italienne, 20 mai 2019). C’est cela la paternité spirituelle, qui pousse l’évêque à ne pas laisser orphelins ses prêtres et qu’on peut ‘‘toucher du doigt’’ non seulement dans la capacité d’ouvrir les portes à tous les prêtres, mais aussi dans la capacité d’allerà leur recherche pour les accompagner quand ils traversent un moment de difficulté.

Dans les joies et les difficultés inhérentes au ministère, les prêtres doivent trouver en vous des pères toujours disponibles qui savent comment encourager et soutenir, qui savent apprécier les efforts et accompagner les progrès possibles. Le Concile Vatican II a fait une observation spéciale sur ce point : « Que les évêques entourent les prêtres d’une charité particulière, puisque ceux-ci assument pour une part leurs charges et leurs soucis et qu’ils s’y consacrent chaque jour avec tant de zèle ; ilfaut les traiter comme des fils et des amis, être prêts à les écouter, entretenir avec eux des relationsconfiantes et promouvoir ainsi la pastorale d’ensemble du diocèse tout entier » (Décr. Christus Dominus, n. 16).

Prendre soin de la terre implique aussi l’attente patiente des processus ; et lors de la récolte,l’agriculteur évalue également la qualité des travailleurs. Cela vous impose, en tant que pasteurs, un devoir urgent d’accompagnement et de discernement, surtout en ce qui concerne les vocations à lavie consacrée et au sacerdoce, ce qui est fondamental pour assurer l’authenticité de ces vocations. Lamoisson est abondante et le Seigneur – qui ne peut souhaiter que d’authentiques ouvriers – ne selaisse pas enfermer dans les façons d’appeler, d’inciter au don généreux de sa propre vie. La formationdes candidats au sacerdoce et à la vie consacrée est justement destinée à assurer une maturation et une purification des intentions. À ce sujet, dans l’esprit de l’Exhortation Apostolique Gaudete et Exsultate, je voudrais souligner que l’appel fondamental sans lequel les autres n’ont pas de raison d’être est l’appel à la sainteté et que cette « sainteté est le visage le plus beau de l’Église » (n.9).J’apprécie vos efforts en vue de garantir la formation d’authentiques et saints ouvriers pour l’abondante moisson dans le champ du Seigneur.

Cet effort doit également s’étendre au vaste monde du laïcat ; les laïcs aussi sont envoyés pour la moisson, ils sont appelés à prendre part à la pêche, à risquer leurs filets et leur temps par « leurapostolat multiforme tant dans l’Église que dans le monde » (Conc. Œcum. Vat. II, Decr. Apostolicam actuositatem, n. 9). Avec toute son extension, sa problématique et ses changements, le mondeconstitue le domaine spécifique d’apostolat où ils sont appelés à œuvrer avec générosité et responsabilité, en y portant le ferment de l’Évangile. Voilà pourquoi je voudrais saluer toutes lesinitiatives que vous prenez en tant que pasteurs pour la formation des laïcs et pour ne pas les laisserseuls dans la mission d’être sel de la terre et lumière du monde, en vue de contribuer à latransformation de la société et de l’Église à Madagascar.

Chers frères, toute cette responsabilité dans le champ de Dieu doit nous mettre au défi d’avoir le cœur et l’esprit ouverts, de conjurer la peur qui enferme et de vaincre la tentation de nous isoler : que le dialogue fraternel entre vous, ainsi que le partage des dons et la collaboration entre les Églisesparticulières de l’Océan Indien soient un chemin d’espérance. La similitude entre les défis pastoraux tels que la protection de l’environnement dans un esprit chrétien ou le problème de l’immigrationexige des réflexions communes et une synergie d’actions à grande échelle pour une approche efficace.

Enfin, à travers vous, je voudrais saluer de manière spéciale les prêtres, les religieux et lesreligieuses qui sont malades ou affectés par l’âge ; je vous demande de leur manifester mon affectionet ma proximité dans la prière, et de prendre soin d’eux avec tendresse en les réconfortant dans leur belle mission d’intercession.

Deux femmes protègent cette Cathédrale : dans la chapelle ici à côté reposent les restes de la bienheureuse Victoire Rasoamanarivo, qui a su faire le bien, défendre et répandre la foi en des temps difficiles ; et l’image de la Vierge Marie qui par ses bras ouverts vers la vallée et les collines, sembletout embrasser. Demandons-leur d’élargir toujours notre cœur, de nous apprendre la compassion provenant du sein maternel que la femme et Dieu ressentent face aux oubliés de la terre et de nousaider à semer la paix et l’espérance.

Et, en signe de mon cordial et fidèle soutien, je vous donne ma bénédiction que j’étends à vosdiocèses.

S’il vous plaît, n’oubliez pas de prier et de faire prier pour moi ! [01361-FR.01] [Texte original: Italien]

Pape à Madagascar: Discours aux autorités politiques et civiles

(CNS photo/Paul Haring) Vous trouverez ci-dessous le texte de l’allocution du pape François lors de la rencontre avec les autorités civiles et politique de la République de Madagascar:

Monsieur le Président,
Monsieur le Premier Ministre,
Mesdames et Messieurs les membres du Gouvernement et du Corps Diplomatique, Distinguées Autorités,
Représentants des diverses confessions religieuses et de la société civile, Mesdames et Messieurs,

Je salue cordialement Monsieur le Président de la République de Madagascar et je le remerciepour son aimable invitation à visiter ce pays, ainsi que pour les paroles de bienvenue qu’il m’aadressées. Monsieur le Président, vous avez parlé avec passion, vous avez parlé avec amour de votre peuple. Je vous remercie pour votre témoignage de patriote. Je salue aussi Monsieur le Premier Ministre, les membres du gouvernement, du Corps diplomatique et les représentants de la Sociétécivile. Et j’adresse un fraternel salut aux Évêques, aux membres de l’Église catholique, auxReprésentants des autres confessions chrétiennes et des différentes Religions. Merci à toutes les personnes et aux institutions qui ont rendu possible ce voyage, et en particulier au Peuple malgache qui nous accueille avec une hospitalité remarquable.

Dans le préambule de la Constitution de votre République, vous avez voulu sceller une des valeurs fondamentales de la culture malgache : le “fihavanana”, qui évoque l’esprit de partage, d’entraide et de solidarité. Cela comprend également l’importance des liens familiaux, de l’amitié, et de la bienveillance entre les hommes et envers la nature. Ainsi se révèlent “l’âme” de votre peuple etces traits particuliers qui le distinguent, le constituent et lui permettent de résister avec courage et abnégation aux multiples contrariétés et aux difficultés auxquelles il est confronté quotidiennement. Si nous devons reconnaître, valoriser et apprécier cette terre bénie pour sa beauté et son inestimablerichesse naturelle, il n’est pas moins important de le faire également pour cette “âme” qui vous donne la force de rester engagés avec l’aina (c’est-à-dire avec la vie) comme l’a bien rappelé le père Antoinede Padoue Rahajarizafy sj.

Depuis que votre Nation a recouvré son indépendance, elle aspire à la stabilité et à la paix, enmettant en œuvre une alternance démocratique positive qui témoigne du respect de lacomplémentarité des styles et des projets. Et ceci montre que « la politique est un moyen fondamental pour promouvoir la citoyenneté et les projets de l’homme » (Message pour la 52ème Journée Mondiale de la Paix, 1er janvier 2019) quand elle est vécue comme un service à la collectivité humaine. Il est donc clair que la fonction et la responsabilité politique constituent un défi permanent pour ceux qui ont la mission de servir et de protéger leurs concitoyens, en particulier les plus fragiles, et de favoriserles conditions d’un développement digne et juste, impliquant tous les acteurs de la société civile. Car,comme le rappelait saint Paul VI, le développement d’une Nation « ne se réduit pas à la simple croissance économique. Pour être authentique, il doit être intégral, c’est-à-dire promouvoir tout homme et tout l’homme » (Encyclique Populorum Progressio, n.14).

Dans cette perspective, je vous encourage à lutter avec force et détermination contre toutes les formes endémiques de corruption et de spéculation qui augmentent la disparité sociale, et à affronterles situations de grande précarité et d’exclusion qui produisent toujours des conditions de pauvretéinhumaine. D’où la nécessité d’instaurer toutes les médiations structurelles qui peuvent assurer unemeilleure répartition des revenus et une promotion intégrale de tous les habitants, en particulier des plus pauvres. Une telle promotion ne peut pas se limiter au seul assistanat, mais demande la reconnaissance de sujets de droit appelés à la pleine participation à la construction de leur avenir (cf.Evangelii gaudium, nn. 204, 205).

Et, par ailleurs, nous avons appris que nous ne pouvons pas parler de développement intégral sans prêter attention et sans prendre soin de notre Maison commune. Il ne s’agit pas seulement detrouver les moyens de préserver les ressources naturelles mais de chercher « des solutions intégrales qui prennent en compte les interactions des systèmes naturels entre eux et avec les systèmes sociaux. [Car] il n’y a pas deux crises séparées, l’une environnementale et l’autre sociale, mais une seule etcomplexe crise socio-environnementale » (Encyclique Laudato Si’, n.139).

Votre belle île de Madagascar est riche d’une biodiversité végétale et animale, et cette richesseest particulièrement menacée par la déforestation excessive au profit de quelques-uns ; sa dégradationcompromet l’avenir du pays et de notre Maison commune. Comme vous le savez, les forêts qui restent sont menacées par les feux de forêt, le braconnage, la coupe effrénée de bois précieux. La biodiversité végétale et animale est en danger à cause de la contrebande et des exportations illégales. Il est également vrai que, pour les populations concernées, nombre de ces activités qui nuisent àl’environnement sont celles qui assurent provisoirement leur survie. Il est donc important de créerdes emplois et des activités génératrices de revenus qui respectent l’environnement et aident les personnes à sortir de la pauvreté. En d’autres termes, il ne peut pas y avoir de véritable approche écologique ni un travail concret de sauvegarde de l’environnement sans l’intégration d’une justicesociale qui accorde le droit à la destination commune des biens de la terre aux générations actuelles, mais également futures.

Sur cette voie, nous devons tous nous engager, y compris la communauté internationale.Beaucoup de ses représentants sont aujourd’hui présents. Il faut reconnaître que l’aide apportée par ces organisations internationales au développement du pays est grande et qu’elle rend visible l’ouverture de Madagascar au monde environnant. Le risque est que cette ouverture devienne une prétendue “culture universelle” qui méprise, enterre et supprime le patrimoine culturel de chaquepeuple. La mondialisation économique, dont les limites sont toujours plus évidentes, ne devrait pas engendrer une homogénéisation culturelle. Si nous prenons part à un processus où nous respectons les priorités et les modes de vie autochtones et où les attentes des citoyens sont honorées, nous feronsen sorte que l’aide fournie par la communauté internationale ne soit pas la seule garantie dudéveloppement du pays ; ce sera le peuple lui-même qui se prendra en charge progressivement, endevenant l’artisan de son propre destin.

C’est pourquoi nous devons accorder une attention et un respect particuliers à la société civilelocale, au peuple local. En soutenant ses initiatives et ses actions, la voix de ceux qui n’ont pas de voix sera rendue plus audible, tout comme les diverses harmonies, même contradictoires, d’unecommunauté nationale qui cherche son unité. Je vous invite à imaginer ce chemin sur lequel personnen’est laissé de côté, ni ne va seul, ou se perd.

Comme Église, nous voulons imiter l’attitude de dialogue de votre concitoyenne, labienheureuse Victoire Rasoamanarivo, que saint Jean-Paul II a béatifiée au cours de sa visite il y atrente ans. Son témoignage d’amour pour sa terre et ses traditions, le service des plus pauvres comme signe de sa foi en Jésus-Christ nous indiquent le chemin que nous sommes aussi appelés à parcourir.

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, je tiens à réaffirmer la volonté et la disponibilité de l’Église catholique à Madagascar de contribuer, dans un dialogue permanent avec leschrétiens des autres confessions, avec les membres des différentes religions et avec tous les acteursde la société civile, à l’avènement d’une véritable fraternité qui valorise toujours le fihavanana, en favorisant le développement humain intégral, afin que personne ne soit exclu.

Avec cette espérance, je demande à Dieu de bénir Madagascar et ceux qui y vivent, de garder votre belle île pacifique et accueillante, et de la rendre prospère et heureuse ! Merci.

[01359-FR.02] [Texte original: Italien]

Pape au Mozambique: discours aux prêtres et religieux

(CNS photo/Paul Haring)

Voici le discours du pape François prononcé lors de sa rencontre avec les évêques, prêtres et religieux du Mozambique en la cathédrale de l’Immaculée Conception, à Maputo, le 5 septembre 2019.

Bien-aimés frères Cardinaux,
Chers frères évêques,
Chers prêtres,
religieuses, religieux et séminaristes,
Chers catéchistes et animateurs de communautés chrétiennes,
Chers frères et sœurs, bonsoir !

Je remercie pour la salutation de bienvenue de Monseigneur Hilário au nom de vous tous. Avec affection et grande reconnaissance, je vous salue tous. Je sais que vous avez fait un grand effort pour être ici. Ensemble, nous voulons renouveler la réponse à l’appel qui autrefois a fait brûler d’ardeur nos cœurs et que la Sainte Mère Église nous a aidés à discerner et à confirmer par la mission. Merci pour vos témoignages, qui parlent des heures difficiles et des graves défis que vous affrontez, en reconnaissant vos limites et vos faiblesses, mais aussi en admirant la miséricorde de Dieu. J’ai été heureux d’entendre dire, de la bouche d’une catéchiste : ‘‘Nous sommes une Église insérée dans une peuple héroïque’’. Merci ! Un peuple qui a connu la souffrance, mais garde vivante l’espérance. Avec cette saine fierté pour votre peuple, qui invite à renouveler la foi et l’espérance, nous voulons renouveler notre oui aujourd’hui. Comme la Sainte Mère Église est heureuse de vous entendre manifester l’amour du Seigneur et de la mission qu’il vous a confiée ! Comme elle est heureuse de voir votre désir de retourner toujours au « premier amour » (Ap 2, 4) !

Je supplie l’Esprit Saint de vous donner toujours la lucidité d’appeler chaque chose par son nom, le courage de demander pardon et la capacité d’apprendre à écouter ce qu’il veut nous dire. Chers frères et sœurs, que nous le voulions ou non, nous sommes appelés à affronter la réalité telle qu’elle est. Les temps changent et nous devons reconnaître que bien des fois nous ne savons pas comment nous insérer dans les nouveaux temps, dans les nouvelles situations ; nous pouvons rêver des « oignons d’Égypte » (Nb 11, 5), en oubliant que la Terre Promise est en face, pas derrière, et dans cette nostalgie des temps passés, nous nous pétrifions peu à peu, progressivement nous nous ‘‘momifions’’. Ce n’est pas une bonne chose ! Un évêque, un prêtre, une religieuse, un catéchiste momifié, non ce n’est pas bon ! Au lieu de proclamer la Bonne Nouvelle, ce que nous annonçons, c’est quelque chose de blafard qui n’attire ni n’enflamme le cœur de personne. Voilà la tentation ! Nous nous trouvons dans cette cathédrale, dédiée à l’Immaculée Conception, pour partager en tant que famille ce que nous vivons ; en tant que famille née dans ce oui que Marie a dit à l’ange. Elle n’a même pas regardé en arrière un instant. Celui qui fait le récit de ces événements du début du mystère de l’Incarnation, c’est l’évangéliste Luc. Dans sa manière de le faire, nous pouvons peut-être découvrir la réponse aux questions que vous avez posées aujourd’hui -évêques, prêtres, sœurs, catéchistes… Les séminaristes ne l’ont pas fait [ils rient] et trouver aussi le soutien nécessaire pour répondre avec la même générosité et la même sollicitude que Marie.

Saint Luc présente en parallèle les événements concernant saint Jean Baptiste et Jésus Christ ; il veut que, dans le contraste, nous découvrions ce qui disparaît progressivement dans la manière d’être de Dieu et de notre relation avec lui dans l’Ancien Testament, puis que nous découvrions la nouvelle façon que nous apporte le Fils de Dieu fait homme. Une façon, dans l’Ancien Testament, qui disparaît, et une autre, nouvelle, que Jésus apporte. Il est évident que, dans les deux Annonciations – celle de Jean Baptiste et celle de Jésus – il y a un ange. Cependant, dans l’une, l’apparition a lieu en Judée, dans la ville la plus importante – Jérusalem – et ne se déroule pas n’importe où, mais dans le temple et, là, dans le Saint des Saints ; elle s’adresse à un homme et… un prêtre. Tandis que l’annonce de l’Incarnation est faite en Galilée, la région la plus éloignée et la plus conflictuelle, dans un petit village – Nazareth – dans une maison et non dans la synagogue ou dans un endroit religieux ; elle est faite à une laïque et… une femme – pas à un prêtre, pas à un homme. Le contraste est grand. Qu’est-ce qui a changé ? Tout ! Tout a changé. Et dans ce changement, se trouve notre plus profonde identité. Vous demandiez ce qu’il faut faire face à la crise d’identité sacerdotale, comment la combattre.

À ce sujet, ce que je vais dire concernant les prêtres, c’est quelque chose que tous (évêques, catéchiste, consacrés) nous sommes appelés à cultiver et à développer. Je parlerai pour tous. Face à la crise d’identité sacerdotale, il nous faut peut-être sortir des lieux importants et solennels ; il nous faut retourner aux endroits où nous avons été appelés, où il était évident que l’initiative et le pouvoir étaient de Dieu. Personne parmi nous n’a été appelé pour un poste important, personne. Parfois, sans le vouloir, sans faute morale, nous avons coutume de confondre notre activité quotidienne de prêtres, de religieux, de consacrés, de laïcs, de catéchistes, avec certains rites, avec des réunions et des rencontres, où la place que nous occupons dans la réunion, à la table ou bien dans la salle, est d’ordre hiérarchique ; nous ressemblons plus à Zacharie qu’à Marie. « Je crois que nous n’exagérons pas si nous disons que le prêtre est une personne très petite : l’incommensurable grandeur du don qui nous est fait par le ministère nous relègue parmi les plus petits des hommes. Le prêtre est le plus pauvre des hommes- oui, le prêtre est le plus pauvre des hommes – si Jésus ne l’enrichit pas de sa pauvreté, il est le serviteur le plus inutile si Jésus ne l’appelle pas ami, le plus insensé des hommes si Jésus ne l’instruit pas patiemment comme Pierre, le plus désarmé des chrétiens si le Bon Pasteur ne le fortifie pas au milieu de son troupeau. -La faiblesse du prêtre, du consacré, du catéchiste-. Personne n’est plus petit qu’un prêtre laissé à ses seules forces ; donc notre prière de protection contre tout piège du Malin est la prière de notre Mère : je suis prêtre parce qu’il a regardé avec bonté ma petitesse (cf. Lc 1, 48) » (Homélie de la Messe Chrismale, 17 avril 2014).

Chers frères et sœurs, retourner à Nazareth, retourner en Galilée peut être le chemin pour affronter la crise d’identité. Jésus nous appelle, après sa résurrection, à retourner en Galilée, pour le rencontrer. Retourner à Nazareth, au premier appel, retourner en Galilée, pour résoudre la crise d’identité, pour nous renouveler comme pasteurs-disciples-missionnaires. Vousmêmes, vous parliez d’une certaine exagération dans le souci de gérer les ressources pour le bienêtre personnel, par des ‘‘voies tortueuses’’ qui bien des fois finissent par donner la priorité aux activités dont la rémunération est garantie et entravent la consécration de la vie à la pastorale quotidienne. La figure de cette jeune fille simple chez elle, en contraste avec toute la structure du temple et de Jérusalem, peut être un miroir où nous voyons nos complications, nos préoccupations qui obscurcissent et entravent la générosité de notre oui. Les doutes et le besoin d’explications de Zacharie détonnent avec le oui de Marie qui demande seulement à savoir comment va se réaliser tout ce qui lui est annoncé. Zacharie ne peut pas surmonter le souci de tout contrôler, il ne peut pas se départir de la logique d’être et de se sentir responsable et auteur de ce qui va se passer. Marie ne doute pas, elle ne se regarde pas elle-même : elle se donne, elle fait confiance. Il est exténuant de vivre la relation avec Dieu comme Zacharie, comme un docteur de la loi : toujours en accomplissant [la loi], toujours en jugeant que le salaire est proportionnel à l’effort fourni, que c’est mon mérite si Dieu me bénit, que l’Église a le devoir de reconnaître mes vertus et mes efforts…C’est exténuant ! Il est exténuant de vivre la relation avec Dieu comme le fait Zacharie. Nous ne pouvons pas poursuivre ce qui génère des bénéfices personnels ; nos fatigues doivent être plus liées à notre capacité de compassion. Ai-je la capacité de compassion ? Ce sont des tâches dans lesquelles le cœur est ‘‘mû’’ et ému.

Chers frères et sœurs, l’Église demande la capacité de compassion. Capacité de compassion. « Nous nous réjouissons avec les fiancés qui se marient – la vie pastorale – nous rions avec l’enfant qu’ils font baptiser ; nous accompagnons les jeunes qui se préparent au mariage et à la famille ; nous nous affligeons avec celui qui reçoit l’onction sur un lit d’hôpital ; nous pleurons avec ceux qui enterrent une personne chère… » (Homélie de la Messe Chrismale, 2 avril 2015). Nous passons des heures et des jours à accompagner cette mère qui a le sida, cet enfant orphelin, cette grand-mère qui a à sa charge de nombreux petits-enfants ou ce jeune venu en ville qui est désespéré parce qu’il ne trouve pas de travail… « Tant d’émotions… Si nous avons le cœur ouvert, cette émotion et tant d’affection fatiguent le cœur du pasteur. Pour nous, prêtres, les histoires de nos gens ne sont pas un bulletin d’information : nous connaissons nos gens, nous pouvons deviner ce qui se passe dans leur cœur ; et le nôtre, en souffrant avec eux, s’effiloche, se défait en mille morceaux, il est bouleversé et semble même mangé par les gens : prenez et mangez. C’est la parole que le prêtre de Jésus chuchote constamment quand il prend soin de son peuple fidèle : prenez et mangez, prenez et buvez… Et ainsi notre vie sacerdotale se donne dans le service, dans la proximité du peuple de Dieu… qui toujours, toujours fatigue » (Ibid.). Chers frères et sœurs, la proximité fatigue, fatigue toujours. La proximité avec le saint peuple de Dieu. La proximité fatigue.

Prêtre, sœur, catéchiste…, il est beau de se trouver fatigué de la proximité. Renouveler l’appel, bien des fois, c’est vérifier si nos fatigues et nos préoccupations ont à voir avec une certaine ‘‘mondanité spirituelle’’ dictée « par l’attrait de mille propositions de consommation dont nous ne pouvons pas nous défaire en nous secouant pour marcher, libres, sur les sentiers qui nous conduisent à l’amour de nos frères, au troupeau du Seigneur, aux brebis qui attendent la voix de leurs pasteurs » (Homélie de la Messe Chrismale, 24 mars 2016) ; Renouveler l’appel, notre appel, c’est choisir, dire oui et nous fatiguer dans ce qui est fécond aux yeux de Dieu, qui rend présent, incarne son Fils Jésus. Puissions-nous trouver, dans cette fatigue salutaire, la source de notre identité et de notre bonheur ! La proximité fatigue, et cette fatigue est sainteté.

Que nos jeunes découvrent en nous que nous nous laissons ‘‘prendre et manger’’, et que ce soit cela même qui les amène à s’interroger sur le fait de suivre Jésus et qu’émerveillés par la joie d’un don de soi quotidien, non pas imposé, mais mûri et choisi dans le silence et dans la prière, ils désirent dire oui. Toi qui t’interroges encore ou qui es déjà sur le chemin d’une consécration définitive, rends-toi compte que « l’anxiété et la rapidité de nombreuses stimulations qui nous bombardent, font qu’il ne reste plus de place pour ce silence intérieur où l’on perçoit le regard de Jésus et où l’on écoute son appel. Pendant ce temps, t’arriveront de nombreuses propositions maquillées, qui semblent belles et intenses, même si, avec le temps, elles te laisseront vide, fatigué et seul. Ne laisse pas cela t’arriver, parce que le tourbillon de ce monde te pousse à une course insensée, sans orientation, sans objectifs clairs, et qu’ainsi beaucoup de tes efforts seront vains. Cherche plutôt ces espaces de calme et de silence qui te permettront de réfléchir, de prier, de mieux regarder le monde qui t’entoure, et alors, oui, avec Jésus tu pourras reconnaître quelle est ta vocation sur cette terre » (Christus vivit, n. 277).

Ce jeu de contrastes, que nous présente l’évangéliste Luc l’incarnation à Nazareth et l’annonciation à Zacharie dans le temple – culmine dans la rencontre de deux femmes : Elisabeth et Marie. La Vierge visite sa cousine âgée et tout est fête, danse et louange. C’est une partie d’Israël qui a compris le changement profond et vertigineux du projet de Dieu : c’est pourquoi elle accepte d’être visitée, c’est pourquoi l’enfant exulte dans son sein. Pendant un moment, dans une société patriarcale, le monde des hommes recule, muet comme Zacharie. De même, aujourd’hui nous a parlé une catéchiste, une sœur, une femme mozambicaine qui nous a rappelé que rien ne vous fera perdre l’enthousiasme d’évangéliser, d’accomplir votre engagement baptismal. Votre vocation, c’est d’évangéliser ; la vocation de l’Église, c’est d’évangéliser ; l’identité de l’Église, c’est d’évangéliser. Pas de faire du prosélytisme. Le prosélytisme n’est pas l’évangélisation. Le prosélytisme n’est pas chrétien. Notre vocation, c’est d’évangéliser. L’identité de l’Église, c’est d’évangéliser. Et notre sœur que voici représente tous ceux qui vont à la rencontre de leurs frères : aussi bien ceux qui rendent visite comme Marie, que ceux qui, se laissant visiter, acceptent volontiers que l’autre les transforme en partageant leur culture, leur façon de vivre la foi et de l’exprimer.

L’inquiétude que tu as exprimée nous montre que l’inculturation sera toujours un défi, comme un ‘‘voyage’’ entre ces deux femmes qui seront l’une et l’autre transformées par la rencontre et le service. « Les Églises particulières doivent développer activement des formes, au moins initiales, d’inculturation. Ce à quoi on doit tendre, en définitive, c’est que la prédication de l’Évangile, exprimée par des catégories propres à la culture où il est annoncé, provoque une nouvelle synthèse avec cette culture. Bien que ces processus soient toujours lents, parfois la crainte nous paralyse trop.» (Evangelii gaudium, n. 129). La peur nous paralyse. La ‘‘distance’’ entre Nazareth et Jérusalem est raccourcie, rendue inexistante par ce oui de Marie. En effet, les distances, les régionalismes et la partisanerie, la construction constante de murs, sapent la dynamique de l’incarnation, qui a brisé le mur qui nous séparait (cf. Ep 2, 14). Vous, du moins les plus anciens, qui avez été témoins de divisions et de rancœurs qui se sont soldées par des guerres, vous devez toujours être disposés à vous ‘‘rendre visite’’, afin de raccourcir les distances.

L’Église au Mozambique est invitée à devenir l’Église de la Visitation ; elle ne peut pas faire partie du problème des rivalités, des mépris et des divisions entre les uns et les autres, mais plutôt la porte vers une solution, un espace où le respect, l’échange et le dialogue sont possibles. La question posée sur la façon de se comporter avant le mariage interreligieux nous interpelle concernant notre tendance persistante au fractionnement, pour séparer au lieu d’unir. Il en va de même pour les relations entre les nationalités, les races, le nord et le sud, les communautés, les prêtres et les évêques. C’est un défi, car jusqu’à ce que se développe « une culture de la rencontre dans une harmonie multiforme », il faudra « un processus constant dans lequel chaque nouvelle génération se trouve engagée. C’est un travail lent et ardu qui exige de se laisser intégrer, et d’apprendre à le faire ». C’est la condition nécessaire pour la « construction d’un peuple en paix, juste et fraternel » pour « le développement de la cohabitation sociale et la construction d’un peuple où les différences s’harmonisent dans un projet commun » (Ibid., nn. 220.221). Comme Marie s’est rendue chez Élisabeth, de même, nous aussi appartenant à l’Église nous devons sonder le chemin face à de nouvelles problématiques, en cherchant à ne pas demeurer paralysés dans une logique qui oppose, divise, condamne. Mettez-vous en route et cherchez une réponse à ces défis, en demandant l’assistance sûre de l’Esprit Saint. C’est lui le Maître capable de montrer les nouveaux chemins à parcourir.

Ravivons, donc, l’appel de notre vocation ; faisons-le dans ce magnifique temple dédié à Marie et que notre oui engagé proclame les merveilles du Seigneur et réjouisse l’esprit de notre peuple en Dieu notre Sauveur (cf. Lc 1, 46-47). Et qu’il remplisse d’espérance, de paix et de réconciliation votre pays, notre Mozambique bien-aimé.

Je vous demande, s’il vous plaît, de prier et de faire prier pour moi. Que le Seigneur vous bénisse et que la très Sainte Vierge veille sur vous ! Merci!