« Vas-tu regarder d’un œil mauvais parce que moi, je suis bon ? »

Vingt-cinquième dimanche du temps ordinaire, Année A – 24 septembre 2017

Isaïe 55,6-9
Philippiens 1,20c-24.27a
Matthieu 20,1-16a

Quand Jésus enseigne en paraboles, il exprime de profondes vérités au moyen de récits et d’images toutes simples qui parlent à l’intelligence et au cœur. Dans l’Ancien Testament, l’emploi des paraboles correspond à une pédagogie très ancienne, ancrée dans la culture universelle et visant à donner un enseignement éthique qui s’applique à la vie de tous les jours à l’aide d’histoires symboliques qui mettent en scène des personnages et des situations concrètes. La plupart du temps, les premiers auditeurs de ces récits tiraient leurs propres conclusions. Parfois, les évangélistes ont ajouté une explication à l’histoire racontée par Jésus. Souvent, le caractère allusif de la parabole rend la sagesse de Jésus inaccessible aux auditeurs ou aux lecteurs mal disposés qui s’arrêtent à la lettre du texte.

Dans l’évangile d’aujourd’hui, la parabole des ouvriers envoyés à la vigne (Matthieu 20, 1-16a) sert à corriger les notions équivoques de droits acquis et de mérites. L’histoire reflète le contexte socio-économique de la Palestine au temps de Jésus. La parabole nous choque car elle heurte notre sens de la justice. Pour bien saisir la portée et l’impact du récit, il est essentiel de comprendre l’enchaînement des événements dans la parabole. Le maître du domaine engage des ouvriers pour sa vigne vers 6 heures du matin en convenant d’un salaire d’une pièce d’argent, ce qui est bien payé pour une journée de travail. On nous laisse deviner la générosité du maître qui engage des ouvriers à diverses heures de la journée. Se pourrait-il qu’au lieu d’avoir besoin de main-d’œuvre pour la vendange, le maître du domaine soit pris de compassion pour les ouvriers sans travail et pour leur famille ? La question reste ouverte.

Les travailleurs qui ont été engagés les premiers en appellent au bon sens, à l’équité, à la logique et à la raison. Ils ne se plaignent pas nécessairement de ce que les derniers engagés reçoivent un salaire mais ils estiment que si le maître du domaine se montre aussi généreux envers les derniers, il pourrait au moins leur accorder une prime, un bonus, à eux qui ont « enduré le poids du jour et de la chaleur ». Certains interprètes ont tenté d’atténuer ce manque d’équité en expliquant que la qualité du travail accompli par les derniers pendant la dernière heure équivalait peut-être à la journée de travail des premiers. D’autres commentateurs font valoir qu’un contrat est un contrat et que les ouvriers engagés à la première heure n’ont aucune raison de contester le salaire qui leur est versé puisque c’est bien la somme convenue. Le fait est que, d’un point de vue purement humain et en stricte logique, ils ont de quoi se plaindre. Cependant, cette parabole n’est pas une leçon d’éthique sociale ou de relations industrielles ; elle porte sur la radicalité de la générosité et de la compassion de Dieu et sur l’avènement du Royaume.

La pointe de la parabole (correspondant à la leçon formulée aux versets 19,30 et 20,16) s’exprime en Mt 20, 8-9, quand on voit non seulement que ceux qui ont été engagés sont payés dans l’ordre contraire à leur arrivée au travail mais encore qu’ils reçoivent tous exactement le même salaire pour leurs efforts ! La parabole atteint son point culminant au verset 15, avec la question du maître : « N’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mon bien ? Vas-tu regarder avec un œil mauvais parce que moi, je suis bon ? » Le maître de la vigne se réserve le droit de payer ses employés non pas sur la base de leurs mérites mais en fonction de sa propre compassion.

La générosité condamnée comme injuste

Dans la parabole d’aujourd’hui, pourquoi une telle générosité devrait-elle être condamnée comme injuste ? L’idée s’enracine et puise son sens le plus profond dans l’Ancien Testament qui conçoit que le Dieu créateur est bon et généreux envers tous ceux qui se tournent vers lui. C’est bien le Dieu en qui Jésus croit et vit mais, en la personne de Jésus, la compassion divine, la miséricorde divine, la bonté divine surpassent la justice divine. C’est pourquoi tous ceux et celles qui marchent à la suite de Jésus, ses disciples et ses amis, doivent imiter cette compassion extraordinaire, cette folle générosité, et ne jamais la remettre en question, la nier ou la critiquer.

Le Dieu et Père de Notre Seigneur Jésus Christ révèle son identité dans la première lecture d’aujourd’hui, tirée du prophète Isaïe : « Car mes pensées ne sont pas vos pensées et mes chemins ne sont pas vos chemins, déclare le Seigneur. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus des vôtres, et mes pensées, au-dessus de vos pensées. » (Isaïe 55, 8-9)

Nous sommes comme les ouvriers de la onzième heure

Peut-être plusieurs d’entre nous partagent-ils le mécontentement des ouvriers du verset 12. Combien de fois avons-nous vu des employeurs fantasques indemniser beaucoup trop généreusement des employés paresseux ou fauteurs de trouble au lieu de reconnaître les travailleurs fidèles, dévoués et constants. Comment Dieu peut-il se montrer aussi injuste, nous demandons-nous. Comment peut-il négliger ses ouvriers les plus fidèles ? Entre les lignes de la parabole transparaît le problème de la négociation avec Dieu. Dès les origines de la religion, on a supposé que les mortels pouvaient marchander avec les dieux pour en obtenir ce qu’ils voulaient.

Combien de fois n’avons-nous pas vécu cela dans notre appartenance à l’Église ou dans notre service ecclésial ? Certains feront valoir en grommelant que leurs longues années d’un service dévoué et incessant leur donne droit sur-le-champ à un meilleur salaire, à un rang plus élevé, à plus de privilèges et de prestige. C’est précisément à des moments comme ceux-là qu’il nous faut reconnaître humblement que nous sommes comme les ouvriers de la onzième heure. Aucun de nous ne mérite les grâces que Dieu a préparées pour nous. Nos récriminations et nos regards envieux alimentent un grave ressentiment dont il est difficile de se libérer. Toutes nos bonnes œuvres ne nous donnent aucun droit sur Dieu. Comment pourrions-nous exiger, même si nous avons fait tout ce que nous avions à faire, d’être honorés et récompensés par Dieu d’une manière spéciale, comme si nous avions un mérite exceptionnel qui nous rendrait indispensables à son service ? La notion de « droits acquis » n’existe pas dans le Royaume de Dieu.

Le seul remède aux sentiments de cette sorte, c’est de contempler le visage miséricordieux de Jésus et d’y reconnaître dans la chair la folle générosité de Dieu. La logique humaine est limitée mais la miséricorde et la grâce de Dieu ne connaissent ni limites ni frontières. Dieu n’agit pas selon nos normes. C’est dire qu’il nous faut voir Dieu et l’accepter dans notre frère et notre sœur, exactement comme Dieu a voulu qu’ils soient. Quand Dieu choisit une personne et qu’il lui accorde des grâces ou des dons particuliers, il n’en rejette pas une autre pour autant et ne la prive pas de sa grâce. Les grâces et les bénédictions du Seigneur sont illimitées et chacune, chacun reçoit sa part. Le choix que Dieu fait d’une ou de plusieurs personnes ne doit pas devenir un motif d’orgueil pour celles qui sont choisies ou de rejet pour les autres. Ce n’est que lorsque les unes et les autres vivent dans l’humilité et la simplicité, en reconnaissant le Dieu d’amour et de miséricorde à l’œuvre dans leur vie, qu’elles commencent à comprendre le sens véritable de l’amour et de la justice et qu’elles peuvent en arriver finalement à la réconciliation dans une profonde compréhension mutuelle.

Pour votre réflexion

Dans le Nouveau Testament, Jésus nous enseigne à dépasser la jalousie et l’envie. C’est bien le sens de la parabole d’aujourd’hui, où des ouvriers sont envoyés dans le vignoble à différentes heures du jour et finissent par recevoir tous le même salaire. Ceux qui sont arrivés à la première heure rouspètent contre le maître du domaine. « Mais il répondit à l’un d’entre eux : ‘Mon ami, je ne te fais aucun tort… Vas-tu regarder avec un œil mauvais parce que moi, je suis bon ?’ » (Mt 20, 13-15).

Considérez les deux articles suivants du Catéchisme de l’Église catholique (#2552-2553) :

Le dixième commandement défend la cupidité déréglée, née de la passion immodérée des richesses et de leur puissance.

L’envie est la tristesse éprouvée devant le bien d’autrui et le désir immodéré de se l’approprier. Elle est un vice capital.

L’envie est un défaut qui empêche de reconnaître la beauté unique de l’autre et qui refuse de l’honorer. Pour approcher Dieu, qui est pure bonté et pure générosité, il faut briser cette attitude de l’intérieur. L’envie aveugle. Elle nous scelle les yeux. L’envie et l’avarice sont des péchés contre le dixième commandement. Que pouvons-nous faire pour échapper à l’aveuglement et à la dureté du cœur ?

Caritas in Veritate

À la lumière de l’évangile d’aujourd’hui sur la rétribution, je vous offre le paragraphe n° 63 de l’encyclique Caritas in Veritate du pape Benoît XVI sur le développement humain intégral dans la charité et la vérité :

  1. En considérant les problèmes du développement, on ne peut omettre de souligner le lien étroit existant entre pauvreté et chômage. Dans de nombreux cas, la pauvreté est le résultat de la violation de la dignité du travail humain, soit parce que les possibilités de travail sont limitées (chômage ou sous-emploi), soit parce qu’on mésestime « les droits qui en proviennent, spécialement le droit au juste salaire, à la sécurité de la personne du travailleur et de sa famille ». C’est pourquoi, le 1er mai 2000, mon Prédécesseur de vénérée mémoire, Jean-Paul II, lançait un appel à l’occasion du Jubilé des Travailleurs pour « une coalition mondiale en faveur du travail digne », en encourageant la stratégie de l’Organisation Internationale du Travail. De cette manière, il donnait une forte réponse morale à cet objectif auquel aspirent les familles dans tous les pays du monde. Que veut dire le mot « digne » lorsqu’il est appliqué au travail ? Il signifie un travail qui, dans chaque société, soit l’expression de la dignité essentielle de tout homme et de toute femme: un travail choisi librement, qui associe efficacement les travailleurs, hommes et femmes, au développement de leur communauté; un travail qui, de cette manière, permette aux travailleurs d’être respectés sans aucune discrimination; un travail qui donne les moyens de pourvoir aux nécessités de la famille et de scolariser les enfants, sans que ceux-ci ne soient eux-mêmes obligés de travailler; un travail qui permette aux travailleurs de s’organiser librement et de faire entendre leur voix; un travail qui laisse un temps suffisant pour retrouver ses propres racines au niveau personnel, familial et spirituel; un travail qui assure aux travailleurs parvenus à l’âge de la retraite des conditions de vie dignes.

Le pardon a des conséquences en cette vie et dans l’autre

Vingt-quatrième dimanche du temps ordinaire, Année A – 17 septembre 2017

Ben Sirac 27,30-28,7
Romains 14,7-9
Matthieu 18,21-35

L’Évangile d’aujourd’hui (Matthieu 18, 21-35) traite de la nécessité du repentir et du pardon répété pour ceux et celles qui se disent disciples du Christ. Ce texte de l’Évangile peut se diviser en deux grandes parties : la question de Pierre à Jésus : « Seigneur, quand mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? » (v. 21-22). Jésus répond à Pierre que le pardon ne connaît pas de limites (v. 22). Puis Jésus raconte la parabole du débiteur impitoyable pour faire passer le message (v. 23-34).

Il y a des ressemblances entre la parabole de Matthieu et l’histoire que raconte Luc 17,4, mais la parabole et sa conclusion ne se trouvent que dans le récit de Matthieu. En regardant de plus près la parabole de Matthieu sur le roi et son serviteur, nous découvrons qu’elle ne décrit pas nécessairement l’insistance de Jésus sur le pardon répété, qui était l’objet de la question de Pierre et de la réponse de Jésus. Le premier serviteur était devenu vulnérable; il était faible et sans ressources devant le roi, dont il ne pouvait qu’implorer la pitié. Il reprend du pouvoir en exigeant de son compagnon qu’il le rembourse et en le faisant jeter en prison pour défaut de paiement. Il ne renonce pas au pouvoir qu’il a sur d’autres. Et pourtant, le geste de ses compagnons qui le dénoncent ressemble fort à l’attitude du premier serviteur; eux non plus ne savent pas pardonner et ils exigent de le voir puni. En fin de compte, le pardon du Père, qui est déjà accordé, sera retiré au jugement dernier à ceux qui n’auront pas su imiter sa miséricorde et pardonner à leur tour (v. 35). Jésus avertit que son Père céleste traitera ceux qui ne savent pas pardonner de la même façon que le roi traite le serviteur impitoyable.

Des questions qui persistent

Qu’est-ce que ça veut dire, « pardonner » ? Avant tout, le pardon suppose qu’il y a quelque chose à pardonner. Que ce soit quelque chose d’important ou non, le besoin de pardon signifie que quelqu’un a fait quelque chose de mal. Le mot grec qui est employé pour désigner le « pardon » dans la parabole d’aujourd’hui veut dire « chasser, renvoyer » ou « mettre à part ». Le pardon « renvoie » ce qui a séparé les gens. La colère ou les sentiments de vengeance sont « renvoyés ». En pardonnant, on n’est plus sous le contrôle du geste peccamineux, de l’ancien péché qu’on a subi. Nous savons que Jésus exige de ses disciples un pardon sans limites. Mais le pardon et la miséricorde ne sont pas toujours simples.

Le pardon ne veut pas dire que les gens vont se réconcilier sur-le-champ. Mais il amorce du moins le processus de guérison et aide à écarter les sentiments de vengeance. Le fait d’ignorer l’enseignement de Jésus sur le pardon entraîne de sérieuses conséquences en cette vie et dans l’autre. Croyons-nous vraiment que notre destinée et notre salut éternel sont compromis ou entravés par notre incapacité de pardonner alors que nous sommes sur cette terre ? Comment rendre justice et montrer de la miséricorde ? Assurément, ce ne sont pas là pas pour nous des questions faciles et elles font lever en nous des nœuds d’émotions qu’on retrouve d’ailleurs dans la parabole d’aujourd’hui.

Aussi faut-il prêter une grande attention aux paroles du Ben Sirac dans la première lecture (27, 30-28:7): «  Rancune et colère, voilà des choses abominables où le pécheur s’obstine. L’homme qui se venge éprouvera la vengeance du Seigneur; celui-ci tiendra un compte rigoureux de ses péchés. Pardonne à ton prochain le tort qu’il t’a fait; alors, à ta prière, tes péchés seront remis. »

Les leçons d’une crime contre l’humanité

Ce temps de l’année nous donne l’occasion de réfléchir en profondeur sur la façon dont nous réagissons, comme communauté chrétienne, au mal dans le monde : à la façon dont nous pardonnons et faisons preuve de miséricorde. Le 11 septembre 2001, le monde s’est arrêté, et la terreur et l’horreur nous ont plongés comme jamais dans les profondeurs des mystères du mal, de la souffrance humaine et de la mort. Nombreux sont ceux qui se sont alors demandé où était Dieu au milieu de pareille destruction, dans la dévastation du 11 septembre. Mais, avec la grâce de Dieu, nous avons aussi été témoins de la grandeur du sacrifice humain et nous avons vu nos frères et sœurs manifester un amour héroïque.

Les attaques terroristes à Washington, D.C., en Pennsylvanie et à New York ne furent pas seulement des attaques contre les États-Unis. Pour citer Saint Jean-Paul II, « ce furent des crimes contre l’humanité ». Les victimes de ces tragédies venaient de dizaines de pays différents, et les retombées économiques et politiques de ces attentats ont touché le monde entier. Même si les responsables de ces attaques ont pu être motivés par leur opposition à des politiques américaines précises, notamment au Moyen-Orient, leur programme fondamental a paru s’inspirer d’un profond antagonisme à l’encontre de la culture et des institutions occidentales. Or il faut rejeter toute association simpliste entre l’islam et le terrorisme. Le 11 septembre pose un défi à l’Église autant qu’à l’État : nous devons en arriver à une meilleure compréhension de l’islam et établir avec lui des rapports plus profonds.

« L’ennemi » dans une guerre contre le terrorisme est très difficile à cerner; prenons bien soin de faire du premier venu un ennemi potentiel. Il faut éviter de faire en sorte que la guerre au terrorisme devienne la guerre contre l’autre. Une société édifiée sur la peur et la méfiance de l’autre ne sera jamais une société pacifique. Ce n’est que lorsque seront rétablies la légalité, la règle de droit et la coexistence pacifique que nous pourrons goûter la victoire.

Religion et terrorisme

En dépit du message de Jésus et de l’enseignement limpide de l’Église, il se peut que bien des gens soient encore captifs de la colère et de l’indignation face à la violence criminelle, en particulier au sujet des événements du 11 septembre 2001. Une réaction instinctive nous pousse à crier vengeance mais l’exemple de Jésus dans les Évangiles nous invite tous et toutes à développer une attitude différente, une attitude nouvelle face à la violence. L’Église est appelée à abattre les barrières qui divisent les populations, à jeter des ponts de confiance et à promouvoir le pardon et la réconciliation entre des peuples qui sont devenus étrangers les uns aux autres. Comme disciples de Jésus, nous devons être des prophètes de justice et de paix, et nous préoccuper passionnément de la souffrance de l’humanité de notre temps.

Saint Jean-Paul II et le 11 septembre

Lors du premier anniversaire des événements tragiques qui ont coûté tant de vies humaines aux États-Unis, Saint Jean-Paul II a dit ceci à l’audience générale du 11 septembre 2002, place Saint-Pierre :

A un an du 11 septembre 2001, nous répétons qu’aucune situation d’injustice, aucun sentiment de frustration, aucune philosophie ou religion ne peuvent justifier une telle aberration. Chaque personne humaine a droit au respect de sa vie et de sa dignité, qui sont des biens inviolables. Dieu le dit, le droit international le ratifie, la conscience humaine le proclame, la coexistence civile l’exige.

La Croix à « Ground Zero »

Nous étions ici au Canada au milieu des préparations pour la Journée mondiale de la Jeunesse 2002 quand les événements tragiques du 11 septembre et la Guerre du Golfe qui a suivi ont éclaté sur la scène internationale. Je n’oublierai jamais la douleur, l’angoisse et l’incertitude que le 11 septembre a jetées sur la Journée mondiale de la Jeunesse 2002 au Canada. Au milieu d’un pèlerinage soigneusement planifié à travers 72 diocèses canadiens, la croix fit un détour, en février 2002, pour suivre un itinéraire qui ne fait pas partie normalement de la phase préparatoire à la Journée mondiale de la Jeunesse dans le pays hôte. Avec la permission et la bénédiction du pape Jean-Paul II, nous avons porté la Croix de la Journée mondiale de la Jeunesse à Ground Zero, à New York. Notre délégation comprenait des jeunes délégués de plusieurs diocèses du Canada ainsi que des représentants de différents corps de policiers, d’ambulanciers et de pompiers. Nous avons porté la Croix jusqu’à Ground Zero afin de prier pour les victimes de la grande tragédie survenue au World Trade Center et ailleurs aux États-Unis. Cette visite aura été un profond signe d’espérance pour la population américaine et pour le monde entier, qui peinaient à comprendre la violence, la terreur et les forces mortifères que l’humanité a rencontrées le 11 septembre 2001. Notre geste était un défi car en un lieu qui hurlait la destruction, la terreur et la mort nous avons dressé la Croix de bois – instrument de mort transfiguré et devenu pour les chrétiennes et les chrétiens le grand symbole qui donne la vie.

Plus tôt ce matin-là, dans une église de Manhattan près des Nations Unies, Monseigneur Renato Martino, alors observateur permanent du Vatican auprès de l’ONU, avait prononcé une homélie émouvante:

L’Écriture sainte, avait-il dit, nous parle du péché et de notre besoin désespéré de conversion. Ce que vous allez voir aujourd’hui en vous rendant à Ground Zero est la conséquence du péché : un cratère de débris et de cendres, de destruction humaine et de douleur ; un vestige du péché qui manifeste le mal à un point tel que les mots ne sauraient arriver à l’exprimer. Cependant, ce n’est jamais assez de parler seulement des effets du terrorisme, de la destruction qu’il entraîne ou de ceux qui le pratiquent… Nous manquons de respect à la mémoire des personnes qui ont péri dans cette tragédie si nous n’en recherchons pas les causes. Cette recherche fait remonter toute une panoplie de facteurs politiques, économiques, sociaux, religieux et culturels. Le dénominateur commun de ces facteurs est la haine, une haine qui transcende les peuples ou les régions du monde. C’est la haine de l’humanité elle-même, une haine qui tue jusqu’à celui qui hait.

Gillian, jeune femme de l’Ouest canadien qui faisait partie de notre équipe nationale, a résumé notre visite à Ground Zero ainsi :

Ce n’est que maintenant que je commence à saisir ce que nous avons vu. Pour moi, Ground Zero est comme un chantier de construction. J’ai compris, au milieu de toute cette destruction, combien il est important que Ground Zero devienne vraiment un fondement sur lequel ériger l’espérance, la paix et le pardon. La Croix de la Journée mondiale de la Jeunesse est la pierre angulaire de ce nouveau chantier.

Seigneur, apporte ta paix à notre monde violent.

Reprenons aujourd’hui la prière qu’a prononcée le pape Benoît XVI, le 20 avril 2008, lors de la visite historique et émouvante qu’il fit à Ground Zero. En récitant ce texte, demandons au Seigneur de faire nous les instruments et les porteurs de son pardon et de sa réconciliation au monde brisé qui nous entoure.

O Dieu d’amour, de compassion, et de guérison,
regarde vers nous, peuple aux différentes fois et traditions,
qui nous rassemblons aujourd’hui en ce lieu,
théâtre d’une violence et d’une douleur indicibles.
Nous te demandons, dans ta bonté,
D’accorder la lumière et la paix éternelles
à tous ceux qui sont morts ici
– les héroïques secours d’urgence:
nos pompiers, les agents de police,
les travailleurs du Samu, et le personnel de l’Autorité portuaire,
ainsi que les innocents, hommes et femmes,
qui ont été victimes de cette tragédie,
simplement parce que leur travail ou leur service
les a conduits ici le 11 septembre 2001.

Nous te demandons, dans ta miséricorde,
D’apporter la guérison à ceux qui,
à cause de leur présence ici ce jour-là,
souffrent de blessures et de maladies.
Guéris aussi la douleur des familles encore en deuil,
et tous ceux qui ont perdu des personnes chères dans cette tragédie.
Donne-leur la force de continuer à vivre avec courage et espérance.

Nous pensons aussi
à ceux qui sont morts, ont été blessés et ont perdu des proches,
le même jour au Pentagone
et à Shanksville, en Pennsylvanie. Nos cœurs sont unis aux leurs,
tandis que nos prières
embrassent leur douleur et leur souffrance.

Dieu de paix, apporte ta paix
à notre monde violent :
paix dans le cœur de tous les hommes et de toutes les femmes,
et paix aux Nations de la terre.
Conduis à tes voies d’amour
ceux dont le cœur et l’esprit
sont consumés par la haine.

Dieu de compréhension,
submergés par l’ampleur de cette tragédie,
nous cherchons ta lumière et tes conseils
alors que nous sommes face à ces événements terribles.
Accorde à ceux dont la vie a été épargnée
de vivre en sorte que les vies perdues
n’aient pas été perdues en vain.
Réconforte-nous, console-nous,
fortifie-nous dans l’espérance,
et donne-nous la sagesse et le courage
de travailler inlassablement pour un monde
où règnent la paix et l’amour véritables,
dans les Nations et dans le cœur de chacun.

La dimension communautaire du pardon et de la réconciliation

Vingt-troisième dimanche du temps ordinaire, Année A – 10 septembre 2017

Ézéchiel 33,7-9
Romains 13,8-10
Matthieu 18,15-20

L’Évangile d’aujourd’hui (Matthieu 18, 15-20) nous oblige à considérer les éléments qui sont essentiels à la démarche du pardon entre membres de la communauté ecclésiale. Le texte de Matthieu souligne la correction fraternelle des membres qui commettent le péché, l’importance de la prière des disciples (v. 19-20) et le besoin constant de pardon, qui doit s’étendre aux membres repentants de la communauté chrétienne (v. 21-35).

À Césarée de Philippe, nous avons appris que Pierre est le rocher, la fondation sur laquelle le Seigneur bâtit l’édifice de l’Église. Pierre se voit confier les clés du Royaume des cieux, qu’il pourra ouvrir ou fermer aux gens selon qu’il le jugera bon. Pierre pourra lier ou délier, c’est-à-dire qu’il pourra instituer ou interdire ce qu’il jugera nécessaire à la vie de l’Église. Pierre reçoit les clés. Au verset 18 de l’Évangile d’aujourd’hui, nous voyons une répétition presque exacte de l’expression du verset 16,19 et plus d’un estime que cette formule accorde ici à tous les disciples ce qui avait d’abord été remis à Pierre seul.

La dureté des propos au sujet des païens et des publicains (collecteurs d’impôt) dans l’Évangile d’aujourd’hui reflète probablement une certaine période de l’histoire de la communauté de Matthieu, alors qu’elle était sans doute composée de chrétiens juifs. De même que les juifs observants fuyaient la compagnie des païens et des collecteurs d’impôt, la congrégation des disciples du Christ doit se séparer de ceux de ses membres qui seraient des pécheurs arrogants et refuseraient de se repentir même une fois convaincus de péché par toute l’église. De tels individus doivent être rejetés de la fraternité de la communauté.

L’enseignement de l’Église sur la pénitence et la réconciliation

Le Catéchisme de l’Église catholique enseigne que le péché est avant tout une offense à Dieu, une rupture de la communion avec lui. Par ailleurs, il porte atteinte à la communion avec l’Église. C’est pourquoi la conversion comprend à la fois le pardon de Dieu et la réconciliation avec l’Église, qui trouvent leur expression et leur accomplissement liturgique dans le sacrement de la Pénitence et de la Réconciliation. « Dieu seul pardonne les péchés (cf. Mc 2, 7). Parce que Jésus est le Fils de Dieu, il dit de lui-même : ‘Le Fils de l’homme a le pouvoir de remettre les péchés sur la terre’ (Mc 2, 10) et il exerce ce pouvoir divin. » (n° 1441).

Lier et délier

Le Catéchisme de l’Église catholique continue en expliquant ce que signifie l’expression « lier et délier » dans l’Évangile d’aujourd’hui (n° 1444-1446).

Cette dimension ecclésiale de leur tâche s’exprime notamment dans la parole solennelle du Christ à Simon Pierre : « Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux ; tout ce que tu lieras sur la terre sera lié aux cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié aux cieux.’ Cette même charge de lier et de délier qui a été donnée à Pierre a été aussi donnée au collège des apôtres unis à leur chef. »

Les mots lier et délier signifient : celui que vous exclurez de votre communion, celui-là sera exclu de la communion avec Dieu ; celui que vous recevez de nouveau dans votre communion, Dieu l’accueillera aussi dans la sienne. La réconciliation avec l’Église est inséparable de la réconciliation avec Dieu.

Le Christ a institué le sacrement de Pénitence pour tous les membres pécheurs de son Église, avant tout pour ceux qui, après le baptême, sont tombés dans le péché grave et qui ont ainsi perdu la grâce baptismale et blessé la communion ecclésiale.

Plus que pardonner et oublier

Le pardon ne signifie jamais fermer les yeux sur ce que quelqu’un nous a fait. Les émotions que nous ressentons quand on nous a fait du tort sont authentiques, réelles, troublantes; il faut en prendre acte honnêtement et douloureusement, et composer avec elles. Elles peuvent ouvrir la voie à une cicatrisation de la blessure et nous faire évoluer vers la guérison et le pardon. En cultivant des sentiments de ressentiment, de rancune, de colère, de haine et de rage, on risque d’empêcher l’amorce du processus de guérison. Pardonner, ce n’est pas laisser entendre que ce que les autres nous ont fait était acceptable. Pardonner vraiment, c’est refuser de laisser la blessure nous empêcher de grandir et d’aller de l’avant. Si je refuse d’avancer, en me complaisant dans ma blessure et ma colère, je me laisse paralyser par le mal qui s’est produit.

L’esprit rancunier qui se nourrit de ressentiment endurcit le cœur et le ferme à l’amour. Je suis terriblement diminué quand je n’arrive pas à pardonner aux autres. Pour être sincère en matière de pardon, je dois permettre à Dieu d’éliminer ma dureté de cœur et ma mesquinerie. Le pardon n’est pas l’oubli. C’est bien plutôt une décision consciente, une résolution que je prends dans ma tête, au niveau cérébral, en priant pour qu’elle descende dans mon cœur. Considérons pour aujourd’hui des exemples douloureux de pardon à l’œuvre ? Pardonner à la personne qui a assassiné mon enfant innocent ne veut pas dire que je doive demander sa sortie de prison. Pardonner au mari qui a eu régulièrement un comportement violent ne m’oblige pas à choisir de le rependre après qu’il y a eu violence et infidélité. Le fait de parler raisonnablement à l’épouse qui a quitté son mari et ses enfants pour suivre un autre partenaire n’efface pas la souffrance terrible imposée à toute la famille. Pardonner au prêtre qui a agressé des enfants ne revient pas à demander sa réintégration dans le ministère actif à proximité de mineurs. Parler honnêtement au jeune homme qui a abandonné son amie quand elle a découvert qu’elle était enceinte et qu’elle a refusé l’avortement comme solution de facilité, c’est le début du pardon et de la guérison pour toutes les personnes en cause. Nous avons besoin de lucidité quand il s’agit de juger avec sagesse et avec compassion les situations grandement ambiguës dans lesquelles nous nous retrouvons souvent.

L’expression « pardonner et oublier » qu’on entend souvent n’a rien de biblique ni de particulièrement chrétien. Jésus nous propose une autre façon de pardonner sans oublier la blessure passée. Quand je pardonne au nom de Jésus Christ, avec sa force et sa présence, je peux en aider d’autres qui ont été profondément blessés et amorcer le processus de guérison. De même qu’il n’y a rien qu’un être humain ne puisse faire à un autre, il n’y a rien qu’un être humain ne peut pardonner à un autre, avec l’aide et la grâce de Jésus.

Le pardon des Amish

À la lumière de l’Évangile d’aujourd’hui sur la nécessité du pardon, je voudrais rappeler un incident tragique, survenu il y a quelques années aux États-Unis, et qui a amené le monde entier à réfléchir sur le sens du pardon. Je sais en tout cas à quel point cette histoire m’a secoué dans ma propre conception du pardon.

La fusillade à l’école de West Nickel Mines, petite école primaire d’une seule salle de classe au cœur de la collectivité amish de Nickel Mines, dans le canton de Bart du comté de Lancaster, en Pennsylvanie, eut lieu le 2 octobre 2006. Un tireur solitaire, Charles Roberts IV, prit d’assaut l’école et relâcha 15 jeunes garçons et quatre adultes avant de ligoter 10 petites filles et d’ouvrir le feu sur elles. Après quoi Roberts s’est enlevé la vie.

Le jour de la tuerie, le grand-père d’une des cinq fillettes assassinées recommanda aux membres plus jeunes de sa famille de ne pas haïr le tueur : « Il ne faut pas en vouloir à cet homme ». Un autre père amish fit observer : « Il avait une mère et une épouse et une âme, et il se tient maintenant en présence d’un Dieu juste. »

Une voisine amish s’en fut consoler la famille Roberts quelques heures après la fusillade et leur apporter le pardon. Des membres de la communauté amish sont allés visiter et réconforter la veuve, les parents et les beaux-parents de l’assassin. Une trentaine de membres de la communauté amish ont assisté aux funérailles de Roberts, et Marie Roberts, la veuve du tireur, fut l’une des rares personnes de l’extérieur invitées aux funérailles de l’une des victimes.

Marie Roberts écrivit une lettre ouverte à ses voisins amish; elle les remerciait de leur pardon, de leur magnanimité et de leur miséricorde. « L’amour que vous avez témoigné à notre famille, dit-elle, a contribué à favoriser la guérison dont nous avons si grand besoin. Les dons que vous nous avez faits ont touché notre cœur d’une façon que les mots ne sauraient décrire. Votre compassion a dépassé notre famille, elle dépasse notre collectivité et elle est en train de changer notre monde; nous vous en remercions sincèrement. »

Vers une réconciliation et une espérance authentique

Bien des gens ont critiqué le pardon immédiat et absolu qui a caractérisé la réaction des Amish; on a dit que le pardon n’a pas lieu d’être si l’autre partie n’a pas exprimé de remords et qu’une telle attitude risque de nier l’existence du mal. Ceux qui ont étudié la vie des Amish font valoir que le fait de « laisser tomber la rancune » est une valeur profondément enracinée dans la culture amish. Ils expliquent que la volonté des Amish de renoncer à se venger ne fait pas disparaître la tragédie et n’efface pas le mal mais représente un premier pas vers une vraie réconciliation et vers un avenir porteur d’un espoir réaliste.

L’accent placé sur le pardon et sur la réconciliation dans la réaction de la communauté amish a été largement débattu dans la presse internationale. Le pardon est profondément inscrit dans la trame de la foi amish. Le courage d’un tel geste de pardon a ébranlé le monde au moins autant que la brutalité du meurtre. J’ai souvent pensé que la puissance transformatrice du pardon est peut-être le seul aspect positif, le seul facteur de rédemption, à avoir émergé de l’horrible massacre de Nickel Mines en 2006.

Le pardon des Amish soulève pour nous plusieurs questions épineuses. C’est peut-être une chose de pardonner à un tueur dément; mais qu’en est-il de ceux qui ne sont pas fous, qui assassinent froidement ou qui menacent de le faire à des fins politiques ou par vengeance personnelle ? Quel est le rapport entre le pardon et la justice ? Si tout le monde était aussi prompt à pardonner, les relations humaines s’en trouveraient-elles transformées ou est-ce que nous risquerions de sombrer dans l’anarchie ?

Sentinelles du matin

La première lecture d’aujourd’hui, tirée du livre du prophète Ézéchiel (33, 7-9) utilise l’expression « guetteur pour la maison d’Israël » (v. 2). Le mot « guetteur » ou « sentinelle » désigne quelqu’un qui va annoncer le salut (chapitres 33-48), et le même mot (3, 17-21) renvoyait déjà au ministère d’Ézéchiel, chargé d’annoncer le jugement (chapitres 3-24). L’emploi du mot « guetteur » ou sentinelle évoque certainement pour moi le pape Jean-Paul II, qui l’avait utilisé lors de la Journée mondiale de la Jeunesse 2000 à Rome, et de nouveau en préparation de la Journée mondiale de la Jeunesse 2002 au Canada.

Dans le message où il annonçait la tenue de la Journée mondiale de la Jeunesse 2002, Saint Jean-Paul II écrivait :

Vous êtes la lumière du monde… Pour beaucoup de ceux qui, dès le début, écoutèrent Jésus, comme pour nous aussi, le symbole de la lumière évoque le désir de la vérité et la soif de parvenir à la plénitude de la connaissance, inscrits au plus profond de tout être humain. Quand la lumière diminue ou disparaît totalement, on ne parvient plus à distinguer la réalité autour de soi. Au plus fort de la nuit, on peut se sentir apeuré et insécurisé, et l’on attend alors avec impatience l’arrivée de la lumière de l’aurore. Chers jeunes, il vous appartient d’être les sentinelles du matin (cf. Is 21, 11-12) qui annoncent l’arrivée du soleil qui est le Christ ressuscité.

Dans la deuxième lecture d’aujourd’hui, tirée de la lettre de saint Paul au Romains (13, 8-10), l’Apôtre Paul considère les obligations de la charité. Quand l’amour inspire la prise de décision de ceux et celles qui portent le nom de chrétiens et de chrétiennes, l’intérêt de la loi est préservé (v. 9). L’amour va au devant de l’objectif de la législation publique, qui est de protéger l’intérêt bien compris de tous les citoyens.

À l’occasion des Journées mondiales de la Jeunesse, les jeunes reçoivent le mandat de devenir sentinelles du matin, de porter la lumière du Christ et d’annoncer l’espérance et le salut à un monde trop souvent plongé dans les ténèbres et dans le désespoir. Il n’y a pas de meilleure école de réconciliation, de pardon et de paix que les Journées mondiales de la Jeunesse, qui présentent concrètement aux jeunes les éléments fondamentaux de la vie chrétienne et le sens qu’il y a à devenir de vrais citoyens du Royaume de Dieu.

Suivre Jésus, c’est accepter la souffrance et la croix

Vingt-deuxième dimanche du temps ordinaire, Année A – 3 septembre 2017

Jérémie 20,7-9
Romains 12,1-2
Matthieu 16,21-27

L’Évangile d’aujourd’hui, Matthieu 1, 21-27, nous présente la première annonce de la passion de Jésus. La scène suit le récit rapporté en Marc 8,31-33 et vient corriger une conception de la mission messianique qui ne serait que glorieuse et triomphale. Le récit que donne Matthieu de la première annonce de la passion aborde les souffrances du Fils de l’Homme. Dans le texte grec du Nouveau Testament, la formulation de Matthieu est presque identique au fragment pré-paulinien du kérygme qu’on trouve en 1 Co 15,4 et au texte d’Osée 6,2, dans lequel plusieurs voient la référence vétérotestamentaire à la confession de la résurrection de Jésus le troisième jour.

En ajoutant les mots « à partir de ce moment » (16,21), Matthieu souligne que la révélation faite par Jésus de la souffrance et de la mort qui l’attendent ouvre une nouvelle étape de l’évangile. Tout de suite après la confession de Pierre à Césarée de Philippe, Jésus « commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des chefs des prêtres et des scribes, être tué et, le troisième jour, ressusciter » (16,21). On nous dit qu’en réponse à la déclaration de Jésus, Pierre le prit à part et se mit à lui faire des reproches. « Dieu t’en garde, Seigneur ! Cela ne t’arrivera pas. » « Mais lui, se retournant, dit à Pierre : Passe derrière moi, Satan, tu es un obstacle sur ma route, tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes » (v. 22-23).

Le refus de Pierre

Le refus qu’oppose Pierre à la souffrance et à la mort annoncées (v. 22-23) est interprété comme une tentative satanique pour détourner Jésus de la mission que Dieu lui a confiée, et les paroles adressées au disciple rappellent la réponse de Jésus au diable dans le récit des tentations (Mt 4,10: « Retire-toi, Satan ! »). L’objectif satanique est souligné par les mots que Matthieu ajoute à sa source marcienne : « tu es un obstacle sur ma route ». Le vrai disciple doit être prêt à suivre Jésus et même à donner sa vie pour lui; cela lui sera rendu au jugement dernier (v. 24-28)

Qu’est-ce qui se cache derrière le refus de Pierre d’accepter la souffrance et la mort de Jésus ? Pierre exprime le désarroi et la consternation des autres apôtres à qui Jésus vient d’annoncer sa souffrance et sa mort imminentes. « Non, Seigneur, c’est pas possible ! C’est pas juste ! » Pareille réaction reflète l’incapacité de Pierre et la nôtre à comprendre le mystère de Dieu à l’œuvre en Jésus et dans nos vies. Pierre et les autres sont placés devant la dure réalité des desseins de Dieu, qui sont complètement inacceptables du point de vue de la logique humaine. Subir de grandes souffrances de la part des autorités religieuses, être chargé de la croix, être exécuté – est-ce que tout cela fait partie du contrat, du projet Jésus ? N’y a-t-il pas d’incitatifs ou d’avantages sociaux ? Est-ce qu’il ne vaudrait pas mieux biffer du contrat la croix et la souffrance ? Est-ce vraiment nécessaire ? Quand il raconte des choses pareilles, n’est-il pas en proie à une forme quelconque de dépression ?

De « rocher » à « scandale »

La semaine dernière encore, à Césarée de Philippe, Pierre était qualifié de « rocher ». Il se fait maintenant traiter de « scandalon », de pierre d’achoppement ! Jésus rappelle à Pierre qu’il ne comprend rien de la réalité et du mystère du dessein de Dieu sur lui et sur nous !

Jésus dit à ses disciples que s’ils veulent marcher à sa suite, ils doivent se renier, prendre leur croix et le suivre. Qu’est-ce qu’on veut dire quand on parle de « se renier » ? Renier quelqu’un (v. 24), c’est le désavouer et se renier soi-même, c’est cesser de faire de soi-même le centre de son existence. Songez un peu à Pierre qui en viendra un jour à renier son ami et Seigneur : « Je ne le connais pas ! ». Même chose pour nous. Me renier, c’est ne plus me connaître; je ne tiens plus compte de ma propre vie. Je ne suis plus le centre de mon univers. Mais l’action ne s’arrête pas là : toute la force de cette injonction repose en fait sur l’invitation que lance Jésus : « Suis-moi. » Tout ce qui précède et tout ce qui suit, ce ne sont que les conditions indispensables pour aimer Jésus et rester avec lui, et pour continuer de rester avec lui.

Suivre Jésus

L’enseignement que donne Jésus au petit groupe des Douze peut se résumer comme suit : « quiconque a accepté l’appel personnel à me suivre doit m’accepter comme je suis. » Suivre Jésus, c’est accepter la souffrance et la croix ! Le signe du Messie va devenir celui de ses disciples ! Ils doivent se mettre derrière lui et le suivre dans sa montée vers Jérusalem.

Ce qui donne tout son sens à la croix, c’est de la porter derrière Jésus, non pas dans un itinéraire de solitude angoissée, d’errance ou de rébellion désespérée, mais bien plutôt dans un cheminement soutenu et alimenté par la présence du Seigneur. Jésus nous demande d’avoir le courage de choisir une vie semblable à la sienne. Ceux et celles qui veulent suivre Jésus ne peuvent éviter la souffrance. Les voies de Dieu ne sont pas les nôtres – aujourd’hui, nous sommes invités à conformer nos voies à celles de Dieu.

Discerner la volonté de Dieu

Puisque le Christ marque la fin de la loi mosaïque comme premier point de repère pour le peuple de Dieu, l’apôtre Paul explique dans sa lettre aux Romains (12, 1-2) comment peuvent fonctionner les chrétiens, à la lumière du don de la justification par la foi, dans leurs relations entre eux et avec l’État. La loi mosaïque contenait des dispositions détaillées sur les sacrifices et d’autres observances cultuelles. L’évangile, par contre, invite les croyants à présenter leur propre vie en sacrifice vivant (12,1). Au lieu d’être contraints par des maximes légales précises, les chrétiens sont libérés : ils doivent faire preuve de bon jugement quand se présentent les multiples décisions de toutes sortes qu’impose la vie quotidienne. Paul invite les chrétiens à « se transformer en renouvelant leur façon de penser pour savoir reconnaître quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait » (v. 2).

Saisir le mystère du Christ

Dans son homélie à la messe de clôture de la Journée mondiale de la Jeunesse, à l’aéroport militaire des Cuatro Vientos près de Madrid, en Espagne, le dimanche 21 août 2011, le pape Benoît XVI a parlé de notre foi en Jésus Christ.

La foi va au-delà des simples données empiriques ou historiques ; elle est la capacité de saisir le mystère de la personne du Christ dans sa profondeur. Mais, la foi n’est pas le fruit de l’effort de l’homme, de sa raison, mais elle est un don de Dieu : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux ». Elle a son origine dans l’initiative de Dieu, qui nous dévoile son intimité et nous invite à participer à sa vie divine même. La foi ne fournit pas seulement des informations sur l’identité du Christ, mais elle suppose une relation personnelle avec Lui, l’adhésion de toute la personne, avec son intelligence, sa volonté et ses sentiments, à la manifestation que Dieu fait de lui-même. Ainsi, la demande de Jésus : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? », pousse en fin de compte les disciples à prendre une décision personnelle par rapport à Lui. La foi et la suite (sequela) du Christ sont étroitement liées. Et, comme elle suppose suivre le Maître, la foi doit se consolider et croître, devenir profonde et mûre, à mesure qu’elle s’intensifie et que se fortifie la relation avec Jésus, l’intimité avec Lui. Même Pierre et les autres apôtres ont eu à avancer sur cette voie, jusqu’à ce que leur rencontre avec le Seigneur ressuscité leur ouvre les yeux sur une foi plénière.

Chers jeunes, aujourd’hui, le Christ vous pose également la même demande qu’il a faite aux apôtres : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Répondez-lui avec générosité et courage comme il convient à un cœur jeune tel que le vôtre. Dites-lui : Jésus, je sais que tu es le Fils de Dieu, que tu as donné ta vie pour moi. Je veux te suivre avec fidélité et me laisser guider par ta parole. Tu me connais et tu m’aimes. J’ai confiance en toi et je remets ma vie entre tes mains. Je veux que tu sois la force qui me soutienne, la joie qui ne me quitte jamais.

La mission fondamentale de l’Église

Continuons de lire les Lineamenta (document préparatoire) du Synode des évêques sur la Nouvelle Évangélisation. Les deux paragraphes que voici sont tirés de la section 10, intitulée « Première évangélisation, sollicitude pastorale, nouvelle évangélisation » ; ils prolongent naturellement notre réflexion sur l’Évangile d’aujourd’hui.

La nouvelle évangélisation est le nom qui est donné à cette nouvelle attention de l’Église à sa mission fondamentale, à son identité et à sa raison d’être. Aussi est-elle une réalité qui ne touche pas seulement des régions bien définies ; elle est le chemin qui permet d’expliquer et de traduire dans la pratique l’héritage apostolique dans notre temps, et pour notre temps. Avec le programme de la nouvelle évangélisation, l’Église veut introduire son thème le plus originel et spécifique dans le monde contemporain et dans la discussion actuelle: l’annonce du Royaume de Dieu, qui a commencé en Jésus-Christ. Aucune situation ecclésiale ne peut se sentir exclue d’un tel programme: les Églises chrétiennes d’ancienne fondation, avec le problème de l’abandon pratique de la foi chez nombre de personnes; et les Églises nouvelles, aux prises avec des itinéraires d’inculturation qui exigent d’être vérifiés en permanence pour parvenir non seulement à introduire l’Évangile – qui purifie et élève ces cultures – mais surtout à les ouvrir à sa nouveauté. De façon plus générale, toutes les communautés chrétiennes, engagées dans la pratique d’une pastorale qui semble toujours plus difficile à gérer et court le risque de devenir une routine peu capable de communiquer les raisons pour lesquelles elle est née.

Nouvelle évangélisation signifie alors mission ; elle demande d’être capable de repartir, de dépasser les frontières, d’élargir les horizons. La nouvelle évangélisation est le contraire de se suffire à soi-même et du repli sur soi, de la mentalité du statu quo et d’une conception pastorale selon laquelle il suffit de faire comme on a toujours fait. Aujourd’hui, le « business as usual » ne suffit plus. Comme certaines Églises locales se sont engagées à l’affirmer, il est temps que l’Église appelle ses communautés chrétiennes à une conversion pastorale au sens missionnaire de leur action et de leurs structures.

Questions pour la réflexion cette semaine

1) Quels sont les principaux obstacles à surmonter et les efforts les plus difficiles à faire pour poser la question de Dieu dans le monde d’aujourd’hui ? Le fait de poser cette question donne-t-il des fruits ?

2) Ai-je déjà « fait des reproches » au Seigneur pour un résultat ou pour une situation auxquels je ne m’attendais pas ? Au bout du compte, qu’ai-je appris de cette expérience ? M’a-t-elle fait grandir ?

3) Est-ce que mes attentes face à l’identité de Jésus et à ce qu’il veut de moi m’amènent à me refermer et à résister à tout ce qui déborde de leurs limites ? Comment est-ce que je me fais une idée du Christ et de sa volonté ? Sur quoi se fonde mon idée : sur les vérités transmises par l’Église catholique ou sur autre chose ?

4) M’arrive-t-il de faire des sacrifices pour ma foi, pour ma famille, pour les autres ? Est-ce que je les fais à contrecœur ou dans une attitude de joie ?

N’oublions pas que Pierre détient les clés

Vingt-et-unième dimanche du temps ordinaire, Année A – 27 août 2017

Isaïe 22,19-23
Romains 11,33-36
Matthieu 16,13-20

Pendant mes études de deuxième et troisième cycles en Israël dans les années 1990, j’ai passé un certain temps avec l’équipe archéologique israélienne qui explorait le site de Césarée de Philippe dans le nord du pays. Césarée de Philippe se trouve à une vingtaine de milles au nord de la mer de Galilée dans le territoire qu’a dirigé le tétrarque Philippe, un fils d’Hérode le Grand, de 4 avant J.C. jusqu’à sa mort en 34 de notre ère. Le potentat reconstruisit la ville de Paneas en lui donnant le nom de Césarée, en l’honneur de l’empereur, auquel il ajouta Philippi (« de Philippe », pour la distinguer du port de mer en Samarie qui portait aussi le nom de Césarée.

L’endroit s’appelle aujourd’hui « Banias », déformation du mot « Paneas », qui renvoie au dieu grec Pan. À l’époque de Jésus, il y avait, dans cette localité située à la frontière entre Israël et la Syrie au pied du majestueux mont Hermont, un culte de la fertilité florissant dans un temple païen dédié à Pan. C’est là, en cet endroit de débordements sexuels et de culte païen au dieu grec Pan, que Jésus demande à ses disciples ce qu’ils pensent de son statut messianique. C’est là que Pierre acclame en Jésus le Messie du seul vrai Dieu. Décor étonnant pour ce récit dramatique de l’Évangile, en Matthieu 16, 13-20 !

Le récit de l’Évangile d’aujourd’hui a des parallèles en Marc 8, 27-29 et en Luc 9, 18-20. La relation de Matthieu attribue la confession à une révélation octroyée au seul Pierre (v. 17) ; elle fait de Pierre le rocher sur lequel Jésus construira son église (v. 18) et le disciple dont l’autorité dans l’église sur terre sera confirmée dans les cieux, c’est-à-dire par Dieu (v. 19). En tenant compte de la richesse du contexte mythologique grec associé à ce site impressionnant du nord de l’État d’Israël, arrêtons-nous à différents mots et à quelques expressions de l’Évangile d’aujourd’hui.

« Tu es le Messie »

En réponse à la question de Jésus (v. 13), « Le Fils de l’Homme, qui est-il d’après ce que disent les hommes ? », les disciples présentent une série de titres ou d’étiquettes que la rumeur appliquait à Jésus. Ces noms révèlent les diverses attentes qu’on entretenait à son sujet. Certains voyaient en lui un Élie, engagé avec fougue dans un affrontement avec les puissants. D’autres reconnaissaient plutôt en lui un Jérémie, non moins véhément mais plus attentif au cheminement intérieur, à la dimension personnelle, privée, de l’existence.

Quand Jésus pose à Pierre la question cruciale, « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? », Pierre lui répond : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant. » Vu le cadre majestueux où se déroule l’Évangile d’aujourd’hui, est-ce que Pierre promulguait la mort de tous les autres dieux, celle de Pan notamment, qu’il pouvait apercevoir autour de lui, en proclamant que Jésus est le Fils du Dieu vivant ? La mort de Pan allait-elle provoquer une crise de pouvoir pour Tibère, et l’empêcher d’hériter du pouvoir d’Auguste ?

Le Fils du Dieu vivant

L’expression « fils de Dieu » doit être entendue dans le contexte de la mythologie grecque, présente à l’endroit où se produit la confession de Pierre. Le dieu grec Pan était associé à une montagne d’Arcadie et à une grotte en Attique. Comme l’Arcadie ne comptait guère de troupeaux de gros bétail, ce dieu pastoral était associé à la chèvre et il était représenté pour moitié sous la forme de cet animal. Pan devint un dieu universel dans la mythologie grecque, particulièrement populaire auprès des bergers, des agriculteurs et des paysans. De façon générale, Pan était amoureux, comme il convient à un dieu qui a d’abord pour mission d’assurer la fécondité des troupeaux ! Il était censé aimer les cavernes, les montagnes et les endroits isolés, et il avait un penchant marqué pour la musique : son instrument était la flûte de Pan ! Pan était un fils de Zeus, il était donc fils de Dieu !

Pierre déclare que « Jésus est le Fils du Dieu vivant ». L’addition de ce titre exalté à la confession marcienne originale (Marc 8, 27-29) élimine toute ambiguïté qui pourrait s’attacher au titre de « Messie ». La déclaration de Pierre ne peut pas ne pas tenir compte du contexte mythologique grec associé à la ville de Césarée de Philippe !

La chair et le sang

Au verset 17, Jésus prend acte de la déclaration de Pierre : « ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux ». « La chair et le sang » est une expression sémitique qui désigne les êtres humains et met l’accent sur leur faiblesse. Le fait que Pierre révèle la véritable identité de Jésus montre que ce savoir ne lui vient pas de moyens humains mais d’une révélation de Dieu. Voilà qui ressemble à la description que donne Paul de la façon dont il a lui-même découvert qui était Jésus en Galates 1, 15-16: « lorsqu’il plut à Dieu… de révéler en moi son Fils… »

Tu es le rocher

Au verset 18, Jésus révèle la nouvelle identité de Pierre : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église » (v. 18). Le mot araméen « kepa », qui veut dire rocher et qui est transcrit « Képhas » en grec, est le nom sous lequel Pierre est désigné dans les épîtres de Paul (1 Co 1, 12; 3, 22; 9, 5; 15, 4; Ga 1, 18; 2, 9.11.14) sauf en Ga 2, 7-8 (« Pierre »). Le même nom est traduit Petros (Pierre) en Jean 1, 42. L’énoncé araméen original de Jésus aurait donné littéralement en français : « Tu es le Rocher (Kepa) et sur ce rocher (kepa) je construirai mon église. »

Quand Jésus déclare que Pierre est le rocher sur lequel l’Église sera bâtie, faisait-il allusion aux rochers massifs qu’il apercevait autour de lui dans cette région, et qui hébergeaient des temples à des dieux païens et à un dirigeant profane ? Est-ce que la mort du Grand Pan et celle du Christ n’allaient pas se produire l’une et l’autre alors que Ponce Pilate serait procureur de Judée, en lien l’une avec l’autre ? Les premiers chrétiens voulaient-ils voir un lien entre ces deux événements, comme Eusèbe le signale dans ses écrits ?

L’emploi du mot « église » chez Matthieu

Matthieu est le seul évangéliste à employer le mot « Église » (en grec ekklesia) ici au verset 17. Le mot apparaît deux fois dans le texte de l’Évangile d’aujourd’hui. Quelles sont les possibilités concernant le terme araméen que Jésus lui-même aurait employé ? L’église de Jésus désigne la communauté qu’il va rassembler et qui, tel un édifice, aura Pierre pour assises et fondations. Cette fonction de Pierre consiste à témoigner que Jésus est le Messie, le Fils du Dieu vivant.

Les portes de l’Hadès

La référence aux portes de l’Hadès qui ne l’emporteront pas sur l’Église fait-elle référence de quelque façon à la caverne massive dont on croyait qu’elle donnait accès au « monde d’en bas » et d’où jaillissent les eaux puissantes du Jourdain ? À l’époque de Jésus et des écrivains du Nouveau Testament, la conception de l’Hadès (Shéol) qui prédominait chez les juifs et les chrétiens était celle du séjour des morts plutôt que l’idée d’un lieu de châtiment. Les anciens croyaient que le Jourdain naissait dans une vaste caverne qui se trouve aujourd’hui au centre d’un parc national situé à l’embouchure du Jourdain, à Banias. On croyait aussi que la bouche de cette caverne était l’une des entrées du monde souterrain (Hadès/Shéol). Une fois qu’on y avait pénétré, on ne pouvait plus revenir sur la terre des vivants.

On croyait aussi parfois que ce royaume de l’Hadès ou du Shéol hébergeait – en plus des êtres humains défunts – les agents démoniaques de mort et de destruction. Dans le langage apocalyptique juif, à la fin des temps les puissances du chaos cosmique, contenues depuis la création, vont se déchaîner et provoquer des tribulations inouïes et la destruction de la terre. Ces forces étaient enfermées dans une caverne dans les entrailles de la terre. Certains exégètes ont écrit que l’image des Portes de l’Hadès évoque les maîtres du monde souterrain s’échappant des portes de leur cité, ceinturée d’un mur et étroitement surveillée, pour attaquer le peuple de Dieu sur terre. Cette image devient assurément très concrète quand on la replace dans le cadre géographique de Paneas.

Attention à l’emplacement ! (« Location, location, location »)

Paneas (Banias) et son histoire aussi riche qu’ancienne servent de décor à un nouveau drame : non plus l’adoration d’un dieu païen ou de l’État, mais l’adoration du Fils du Dieu vivant, celui sur lequel est édifiée l’église. Ce n’est sûrement pas par hasard que c’est justement à Césarée de Philippe (Banias) que Jésus est salué par Pierre comme Fils du Dieu vivant. On ne saurait croire que les rochers massifs au pied du mont Hermon n’ont pas influencé le rédacteur de l’Évangile ou celui qui a prononcé ces mots, Jésus lui-même. D’une caverne dont les anciens croyaient qu’elle hébergeait les puissances destructrices de l’univers on affirme tout à coup, non pas qu’elle résistera à ses propres puissances destructrices mais que ces puissances destructrices ne l’emporteront pas sur le pouvoir de l’église. Un ancien dieu dont on disait qu’il possédait les clés du monde souterrain est tout à coup remplacé par un simple mortel, Pierre, dont on affirme qu’il possède les clés du Royaume des cieux.

Les clés du royaume

En effet, dans l’Évangile, nous entendons aussi parler des clés (v. 19) du royaume des cieux. L’image des clés est probablement tirée de la première lecture d’aujourd’hui, en Isaïe 22, 15-25, alors qu’Éliakim, qui succède à Shebna comme maître du palais, reçoit « la clé de la maison de David » qu’il pourra, d’autorité, « ouvrir » et « fermer » (Isaïe 22,22).

En Matthieu 18,18 tous les disciples reçoivent le pouvoir de lier et de délier mais le contexte de ce verset suggère que Pierre est investi d’un pouvoir ou d’une autorité particulière. Le fait que les clés sont celles du royaume des cieux et que l’autorité exercée par Pierre dans l’Église sera confirmée au ciel montre qu’il y a un lien intime – mais pas d’identification – entre l’église et le royaume des cieux. L’Église est le champ de bataille où s’affrontent les forces de l’Hadès et les forces des cieux. Combien de fois, ces dernières années, n’avons-nous pas eu l’impression que les portes de l’Hadès se sont ouvertes pour déchaîner contre l’Église le feu et la fureur de l’enfer ?

Au milieu des tempêtes, cependant, prenons courage et voyons bien que Pierre reçoit les clés qui ouvrent les portes des cieux. Ces portes, elles aussi, vont s’ouvrir et le pouvoir royal de Dieu fera irruption du haut du ciel pour entrer en lice contre les démons. Notre foi nous assure que l’Hadès ne l’emportera pas contre l’église parce que Dieu y sera à l’œuvre avec puissance, qu’il dévoilera son projet pour elle et qu’il lui remettra le pouvoir céleste nécessaire pour réaliser son projet.

Nos passages par Césarée de Philippe

Le combat autour de l’identité de Jésus et de sa mission de Messie se poursuit aujourd’hui. Certains prétendent que les chrétiens et l’Église dans son ensemble devraient s’inspirer d’Élie, affronter publiquement les systèmes, les institutions et les politiques nationales. C’est ainsi qu’Élie voyait son rôle. D’autres disent, comme Jérémie, que le règne du Christ, à travers son Église, c’est la dimension personnelle et privée de l’existence. Et nombreux sont ceux, en effet, qui voudraient réduire la religion et la foi à une affaire strictement personnelle dans le monde d’aujourd’hui.

Jésus dépasse ces deux approches et pousse un peu plus loin : Et vous, qu’est-ce que vous en dites : qui suis-je pour vous ? Dans la réponse de Pierre : « Tu es le Messie », lancée avec son impétuosité habituelle, nous trouvons une notion qui reprend les deux idées précédentes mais en les dépassant. Le Messie est venu dans une société mais aussi dans nos vies individuelles, d’une manière totale, surmontant ainsi la distinction entre le public et le privé. La qualité de notre réponse à cette question est la mesure la plus précise de notre qualité de disciples.

À un moment ou l’autre, tout le monde doit passer par Césarée de Philippe et répondre à la question : « Et toi, qu’est-ce que tu en dis, qui suis-je à tes yeux ? » Où sont dans ma vie les Césarée de Philippe, à quel moment ai-je été mis au défi de dire qui est le Christ pour moi, pour l’Église et pour le monde ?

Comme Pierre, est-ce que j’ai du mal à accepter la façon dont Dieu agit dans le monde, « la puissance vulnérable de l’amour », comme dit le pape Benoît ? Comment l’amour transforme-t-il aujourd’hui des scènes de tragédie et de souffrance ? Comment ai-je vu la puissance de l’amour de Dieu opérer dans les épreuves et les tragédies de ma propre vie ? Dans les orages de la vie, quelle consolation ai-je reçue du fait de mon appartenance à l’Église de Jésus Christ ?

L’étrangère qui arrêta Jésus sur sa lancée

Vingtième dimanche du temps ordinaire, Année A – 20 août 2017 

Isaïe 56,1.6-7
Romains 11,13-15.29-32
Matthieu 15,21-28

Le point tournant que constitue dans l’Évangile le récit de la rencontre de Jésus avec la Syro-phénicienne (Matthieu 15, 21-28) marque une rupture avec la pratique habituelle de Jésus, qui ne s’adressait qu’aux Israélites, et annonce la grande mission aux Gentils. La rencontre provocante entre Jésus et cette femme se situe à l’extérieur de la terre d’Israël, dans la région de Tyr et de Sidon (près de Beyrouth dans le Liban moderne).

Une femme qui s’impose

Examinons bien le récit. Cette étrangère s’approche d’un Juif, lui rend hommage et lui demande une faveur à laquelle elle n’a pas droit. Elle fait irruption dans l’espace de Jésus et le supplie : « Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon. » Elle s’impose à l’attention de Jésus et l’oblige à se soucier de sa demande d’aide pour sa fille.

Jésus refuse de céder aux pressions de ses disciples qui lui demandent de les débarrasser de cette intruse. Il refuse de suivre leur logique. Il réoriente plutôt la discussion pour faire reconnaître à la femme les raisons qui le font hésiter à intervenir. Ses propos sont assez durs : « Je suis un étranger ici; je ne dois pas m’ingérer. » Ça ne lui ressemble pas, ou la met-il à l’épreuve ? Dans le pire des cas, se montre-t-il abusivement rude, insensible et intransigeant ?

« Venez à mon secours », supplie la femme. La réponse de Jésus semble excessivement dure : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits chiens. » Les « chiens », terme qu’on employait pour les étrangers qui envahissent l’espace sacré des autres. C’est une insulte, une métaphore qui voit dans l’autre non plus un être humain mais un animal qui mange des déchets de table. Nous avons tout lieu d’être troublés et même scandalisés par la rudesse invraisemblable de Jésus à l’égard de cette femme dans le besoin.

La rencontre de deux nécessiteux

Jésus et la femme sont tous deux à l’extérieur de leur pays natal. Tous deux recherchent quelque chose, tous deux sont dans le besoin, tous deux sont étrangers à la région et l’un à l’autre. Ils sont différents par la race, la nationalité, le genre, la religion et probablement aussi au plan politique, économique et spirituel. N’est-il pas vrai que nos réactions à ce récit portent le plus souvent sur Jésus : ce qu’il fait et ce qu’il dit (ou ce qu’il ne fait pas, ne dit pas) et pourquoi. Il est déconcertant que Jésus ne lui réponde pas comme il se doit. Les disciples voient un problème dans l’irruption intempestive de la femme; ils ne veulent pas se laisser entraîner dans quelque chose qui ne les concerne pas, ni eux ni Jésus.

Rêver d’une vie ordinaire

Arrêtons-nous un instant aux réactions et aux objectifs de la femme et de Jésus. La Syro-phénicienne est désespérée : sa fille est tourmentée par un démon, une maladie qui isole, qui effraie les gens et qui leur fait croire qu’elles ont péché. Craint-elle que la maladie de sa fille se rattache à quelque chose qu’elle aurait fait ou omis de faire ? Craint-elle une divinité païenne qui agit sur le mode de la vengeance ? Cette femme et sa fille malade ont besoin de mener une vie ordinaire – sans être tourmentées. Combien sa fille et elle ont-elles souffert des paroles agressives et des regards méprisants de leurs voisins et amis ? Jusqu’à quel point la maladie de la jeune fille les a-t-elle exclues de leur société ?

Une compréhension plus profonde de la mission de Jésus

Jésus semble impatient et ennuyé d’avoir été interrompu. Se peut-il que le Messie ait des préjugés, un penchant nationaliste, des problèmes à l’endroit de ceux et celles qui ne sont pas Juifs ? Jésus était-il affecté par le fait d’être né dans une localité donnée, à une époque précise, avec une histoire et des antécédents culturels définis ? Il peut avoir conscience de sa mission – de ce qu’il est – mais pas par rapport à cette femme. En tant qu’être humain comme nous, il se débat avec le sentiment de ce qu’il est : un prophète envoyé aux brebis perdues de la maison d’Israël, qui prend douloureusement conscience que son peuple ne veut pas de lui, qu’on ne l’écoute pas, qu’on commence même à le rejeter et à s’opposer à son message. Son identité de prophète, de prédicateur, de maître et de Messie est clairement en jeu.

Le choc de deux mondes

Ces deux étrangers ont beaucoup en commun : et Jésus et la femme dépendent des autres. Ils ont mal tous les deux; ils cherchent tous les deux du secours, un peu de lumière et le moyen de survivre dans leurs mondes respectifs. Ils cherchent tous les deux à se faire accepter, ils sont en quête d’espoir, d’un avenir et d’un peu de compassion. La femme vibre d’amour maternel pour son enfant et Jésus, le prophète, est porté par l’amour de Dieu pour tous les enfants de Dieu. Cette rencontre unique dans l’Évangile provoque un choc entre le monde de la femme angoissée dont la fille se meurt et le monde de Jésus, le prophète juif rejeté. Porteuse de profondes leçons, cette histoire porte la promesse d’une nouvelle identité non seulement pour Jésus mais aussi pour la communauté de Matthieu et pour l’Église de tous les âges, qui accueille son récit comme Bonne Nouvelle.

Abattre les barrières

La Syro-phénicienne appelle Jésus Seigneur, le qualifie de maître et déclare humblement que, comme les chiens de la maison, elle sera heureuse de manger les miettes de sa mission et de son pouvoir. Elle acceptera de lui ce que son propre peuple refusera. Et Jésus est renversé de voir sa foi (v. 28). Cette femme stoppe Jésus dans son élan divin et l’oblige à repenser toute sa mission. Ensemble, ils abattent la barrière qui existait entre eux. L’héroïne courageuse de l’épisode d’aujourd’hui ne pouvait accepter l’idée que le salut n’était pas pour tout le monde. Elle est autorisée à participer au salut messianique offert à tous ceux et celles qui croient au Seigneur et gardent ses commandements, peu importe leur origine ou leur condition sociale. Elle proclame qu’on ne saurait limiter l’amour de Dieu.

La mission et le message universels de Jésus

En Jésus s’accomplissent les paroles prophétiques d’Isaïe dans la première lecture (Isaïe 56, 1. 6-7):

Les étrangers qui se sont attachés au service du Seigneur pour l’amour de son nom et sont devenus ses serviteurs, tous ceux qui observent le sabbat sans le profaner et s’attachent fermement à mon Alliance, je les conduirai à ma montagne sainte. Je les rendrai heureux dans ma maison de prière, je ferai bon accueil, sur mon autel, à leurs holocaustes et à leurs sacrifices, car ma maison s’appellera « Maison de prière pour tous les peuples ».

Immédiatement après cet épisode évangélique, Jésus passe de l’autre côté du lac. Sa mission s’adresse dorénavant au monde entier – à tous les peuples de la terre et à tous les enfants de Dieu qui sont perdus. À cause de la persistance de la Syro-phénicienne, Jésus apprend l’universalisme, l’amour et le service, et il fait franchir à sa mission les frontières de son peuple, de sa religion, de sa nation. Toute rencontre, toute interprétation de la Parole change notre façon de voir Dieu, d’entrer en rapport avec lui et avec les autres. Qui sait ce qui pourrait nous arriver si nous nous ouvrions à Dieu et si nous laissions sa Parole agir en nous ? Nous pourrions rencontrer des étrangers, des « autres » susceptibles d’interrompre notre vie, de nous stopper dans notre élan, de nous forcer à nous poser des questions plus profondes. Nous pourrions en arriver, comme Jésus, à faire l’éloge d’une foi plus grande encore chez les étrangers et les « gens de l’extérieur ».

Paul et son ministère

Dans la deuxième lecture, tirée de la lettre de saint Paul aux Romains (11, 13-15. 29-32) l’incroyance des Juifs pave la voie à la prédication de l’Évangile aux Gentils et au fait qu’ils puissent l’accepter plus facilement à l’extérieur de la culture juive. Par sa mission aux Gentils, Paul espère aussi exciter la jalousie de ses compatriotes juifs. Il s’empresse donc de diffuser l’Évangile à travers tout le monde méditerranéen. Selon le dessein de Dieu, l’incroyance d’Israël sert à procurer aux Gentils la lumière de la foi. Entre-temps, Israël reste cher à Dieu, il est toujours l’objet d’une prédilection particulière dont le mystère sera révélé un jour. Israël, avec les Gentils qui ont été livrés à toutes sortes de vices (Romains 1), a été enfermé … dans la désobéissance. La conclusion de Romains 11,32 reprend l’idée de Romains 5,20 : « là où le péché a abondé, la grâce a surabondé ».

Être chrétien, c’est être missionnaire

Dans les Lineamenta (document préparatoire) pour le Synode des évêques sur la Nouvelle Évangélisation, un passage fait clairement écho au récit provocant de l’Évangile d’aujourd’hui. À la section 10. « Première évangélisation, sollicitude pastorale, nouvelle évangélisation », nous lisons :

Le devoir missionnaire par lequel se termine l’Évangile (cf. Mc 16, 15 et suiv.; Mt 28, 19 et suiv.; Lc 24, 48 et suiv.) est bien loin d’être terminé ; il est entré dans une nouvelle étape. Le Pape Jean-Paul II déjà rappelait que « les frontières de la charge pastorale des fidèles, de la nouvelle évangélisation et de l’activité missionnaire spécifique ne sont pas nettement définissables et on ne saurait créer entre elles des barrières ou une compartimentation rigide. […] Les Églises de vieille tradition chrétienne, par exemple, aux prises avec la lourde tâche de la nouvelle évangélisation, comprennent mieux qu’elles ne peuvent être missionnaires à l’égard des non-chrétiens d’autres pays ou d’autres continents si elles ne se préoccupent pas sérieusement des non-chrétiens de leurs pays: l’esprit missionnaire ad intra est un signe très sûr et un stimulant pour l’esprit missionnaire ad extra, et réciproquement ». L’identité chrétienne et l’Église sont missionnaires, ou alors elles n’existent pas. Celui qui aime sa foi se souciera aussi d’en témoigner, de l’apporter à autrui et de permettre à d’autres d’y participer. Le manque de zèle missionnaire est un manque de zèle pour la foi. Au contraire, celle-ci devient plus forte lorsqu’elle se transmet. Le texte du Pape semble vouloir traduire le concept de nouvelle évangélisation en une question critique et assez directe: sommes-nous intéressés à transmettre la foi et à lui gagner de nombreux non-chrétiens ? La mission nous tient-elle vraiment à cœur ?

Questions pour la réflexion, cette semaine

1) Comment l’Église remplit-elle le rôle missionnaire qui lui revient, de participer à la vie quotidienne des gens, « au cœur des foyers des ses fils et de ses filles » ?

2) Comment la Nouvelle Évangélisation a-t-elle pu revitaliser et ranimer la première évangélisation ou les programmes pastoraux en place ? En quoi a-t-elle contribué à surmonter la fatigue et l’usure du quotidien dans nos Églises locales ?

Marie, demeure de l’Humanité et de la Divinité

N1126_00.039

Réflexion biblique pour la Solennité de l’Assomption de la Très Sainte Vierge Marie

Chaque année c’est le 15 août qui est la Solennité de l’Assomption de la Très Sainte Vierge Marie. Je voudrais partager quelques réflexions sur la signification historique et pastorale de cette fête importante et de sa pertinence dans notre vie. L’Assomption de Marie, Mère du Seigneur, dans les cieux est un signe de consolation pour notre foi. En contemplant, enlevée au ciel, entourée d’anges en jubilation, la vie humaine s’ouvre à la dimension de la joie éternelle. Notre propre mort n’est pas la fin mais plutôt le passage à la vie éternelle.

Lien à l’Immaculée Conception

Pour les chrétiens catholiques, la croyance en l’Assomption de Marie émane de notre croyance et de notre compréhension de l’Immaculée Conception de Marie. Nous croyons que Marie a été épargnée du péché originel par la grâce de Dieu, elle ne vivra sûrement pas les conséquences du péché et de la mort comme nous les connaissons. Nous croyons que c’est grâce à l’obéissance et à la fidélité de la Vierge Marie, qu’à la fin de sa vie terrestre, elle fut élevée assumée corps et âme dans la gloire céleste.

Aperçu historique de la Fête

Au cours de plusieurs siècles de l’époque paléochrétienne, l’Église ne fait pas mention de l’Assomption corporelle de Marie. Irénée, Jérôme, Augustin, Ambroise et les autres patriarches de l’Église n’en mentionnent rien non plus. En 377 apr. J.-C. Épiphane, Père de l’Église, déclarait que personne ne connait la fin de la vie de Marie. [Read more…]

Dépression du prophète, douleur de l’apôtre, crainte du disciple

Dix-neuvième dimanche du temps ordinaire, Année A – 13 août 2017

1 Rois 19,9a.11-13a
Romains 9,1-5
Matthieu 14,22-33

Le chapitre 19 du premier livre des Rois nous situe au lendemain de la brillante victoire d’Élie sur Jézabel et les prêtres de Baal au sommet du mont Carmel. Au moment où Élie devrait triompher, il reçoit un message qui lui dévoile les projets meurtriers de Jézabel, et il prend peur (v. 3). Le super-prophète, le serviteur de Dieu exemplaire entre en crise – tous ses efforts, croit-il, ont été vains. Au chapitre 18, Élie accumulait les succès; au chapitre 19, il sombre dans le désespoir. Au sommet de la victoire au chapitre 18, il est au plus profond de la vallée de la défaite au chapitre 19. Exalté au chapitre 18, il est complètement dégonflé au chapitre 19.

Les sommets

Dans la première lecture (1 Rois 19, 9a.11-13a), Élie doit apprendre qu’on ne rencontre pas Dieu dans le bruit et la fureur des coups d’éclat spectaculaires. Dieu ne se laissera pas convoquer par l’activisme bouillant du prophète, qui se tient maintenant, taciturne et déprimé, au sommet de la montagne du Seigneur. Même si différents phénomènes, tels le vent, la tempête, les séismes, le feu (Exode 19,18-19) peuvent effectivement annoncer la présence divine, ils ne sont pas la présence elle-même qui, tel le murmure d’une brise légère, est imperceptible et révèle seule en profondeur le vrai visage et la présence de Dieu. L’expression hébraïque pour « le murmure d’une brise légère » dit littéralement « la voix de faibles chuchotements, le son d’un doux silence ». La redoutable Jézabel a beau tonner, elle ne contrôle pas les événements. Même si Dieu reste silencieux, il n’est pas absent. Le Dieu d’Élie et notre Dieu est le Dieu des signes et des prodiges mais il est aussi le Dieu des murmures et de la douceur. Ce n’est que lorsque la raison et le cœur d’Élie se sont finalement dépouillés de toute ambition et de toute vanité que Dieu peut finalement se faire entendre.

Élie lutte contre la dépression

Le mont Horeb est désormais associé à la source et à l’essentiel de la foi israélite. Élie arrive à la montagne sacrée; il passe la nuit dans une caverne et dans l’obscurité. La caverne et la noirceur évoquent « la nuit obscure de l’âme ». L’histoire d’Élie dans la caverne du mont Horeb est l’exemple classique d’une attaque d’épuisement et de dépression. Ce genre de crise finit par frapper tout le monde, même les élus de Dieu, ses prophètes et ses leaders étincelants, ses apôtres et ses disciples !

La dépression d’Élie n’était pas la conséquence d’une seule et unique circonstance. À la racine d’une dépression, il y a presque toujours une forme de peur. Le prophète flamboyant de la cause d’Israël est terrifié par les menaces de la terrible reine Jézabel et il prend la fuite. Combien de fois nous est-il arrivé, comme à Élie, d’appréhender l’échec, de fuir la solitude, de ne pouvoir réaliser un travail qu’on nous avait confié, de nous retrouver à bout de persévérance, de patience et d’espoir ?

Le deuxième facteur de la dépression d’Élie, c’est l’échec. Son estime de soi a pris un coup. Élie se situe dans une longue lignée de prophètes qui se sont attaqués au peu de foi et à l’apostasie d’Israël, et il n’a pas mieux réussi que ses devanciers. Combien de fois avons-nous eu l’impression que nos efforts avaient été vains ? Que nous n’étions pas arrivés à changer les choses, exactement comme ceux et celles qui nous ont précédés ? Combien de fois en sommes-nous venus à croire que nous avions envenimé la situation au lieu de résoudre le problème ? Combien de fois avons-nous tout simplement échoué : ça n’a pas marché. La relation a viré à l’aigre. Le mariage est rompu. La dépendance m’a fait perdre tous ceux et tout ce que j’avais.

Le troisième facteur, c’est la fatigue, l’épuisement physique et psychologique. Élie était physiquement à bout de forces et affectivement vidé. C’est le grand danger des expériences exaltantes, des « sommets ». C’est le risque que courent ceux et celles qui se perdent dans leur travail ou leur mission, aveuglés par leur propre zèle : ils deviennent des croisés et des sauveurs voués à l’épuisement plutôt que d’humbles disciples et de simples ministres, pauvres serviteurs qui ne font que leur devoir. Élie ne prenait pas le temps de se reposer et de se détendre, de s’arrêter pour voir ce que Dieu accomplissait autour de lui.

Le quatrième facteur, pourrait-on-dire, n’est que futilité. Élie se sent seul, à bout et il n’attend plus rien de l’avenir. Il souffre de paranoïa, soupçonne tout le monde de comploter contre lui. Il broie du noir, n’entrevoit aucune issue à cette impasse existentielle. Combien d’entre nous sont effrayés, esseulés, épuisés, à bout de ressources et d’espoir ? Combien d’entre nous ont cédé au désespoir, au cynisme, à la mesquinerie et à l’étroitesse du cœur ? Combien d’entre nous ont perdu la foi en un Dieu capable de réveiller les entrailles stériles et de vider les tombeaux ?

La thérapie d’Élie

Pour qu’Élie retrouve ses forces et revienne à la vie, il lui fallait partir. Il avait besoin d’une cure de rajeunissement physique, affectif et spirituel. Trop occupé à subvenir aux besoins des nations, il avait négligé les besoins et les soucis d’Élie le Tishbite. Élie ventilait ses frustrations, assis dans la caverne au sommet de la montagne. Tandis qu’il s’apitoyait sur son propre sort, Dieu lui demanda de but en blanc : « Qu’est-ce que tu fais là, Élie ? » Dieu savait très bien ce qu’Élie était en train de faire. En fait, c’est Dieu qui l’avait aidé à se rendre là ! Patiemment et sans passer de jugement, Dieu écouta Élie déverser sa colère et son amertume et s’apitoyer sur lui-même.

Remarquez ce que Dieu ne dit pas à ce pitoyable prophète : « Élie, mes prophètes ne parlent pas comme ça ! » Dieu ne le fait pas se sentir coupable d’éprouver ce qu’il ressent. Au contraire, Dieu l’accepte et l’écoute.

Ce qui est arrivé à Élie nous arrive à nous aussi, en particulier quand nous accordons plus d’attention aux événements négatifs qu’à tout ce qui se fait de bien autour de nous. Cela nous arrive quand nous sommes trop exigeants pour nous-mêmes, que nous nous prenons beaucoup trop au sérieux en ne prenant pas Dieu assez au sérieux ! Dieu intervient dans la santé d’Élie et lui rappelle que son point de vue sur la vie, son interprétation des événements et sa conception de Dieu sont tout croches.

Élie avait besoin de savoir que Dieu était là et qu’il y en avait d’autres que lui qui n’avaient pas plié devant Baal. Élie se croyait seul à être resté fidèle au Seigneur. Dieu ne laisse Élie séjourner que peu de temps dans la sombre caverne de l’apitoiement sur soi. Il y avait un nouveau roi d’Israël et un nouveau prophète à consacrer. Le temps des plaintes et des récriminations était passé; Élie devait se remettre au travail. Quelle leçon tirer de cet épisode au sommet de la montagne ? Peut-être que la meilleure façon de cesser de nous apitoyer sur nous-mêmes, c’est de commencer à éprouver de la compassion pour les autres.

Douleur et angoisse

La deuxième lecture d’aujourd’hui (Romains 9,1-5) nous présente Paul, qui est prêt à se sacrifier pour sauver son peuple, le peuple juif, et à un point qui défie l’imagination. Il est disposé à être maudit, séparé du Christ, si cela peut sauver les siens. Il est prêt à échanger son salut pour la damnation de ses frères si cela peut les le sauver. Paul éprouve pour son peuple les sentiments les plus profonds d’amour et de sollicitude. Et il se pose la question incontournable : comment le projet divin peut-il être enrayé par l’incroyance d’Israël ?

Paul parle en termes très forts de la tristesse et de la douleur que lui cause l’incroyance de son peuple. Le scepticisme d’Israël et son rejet de Jésus comme sauveur étonnaient et déconcertaient les chrétiens. Cela leur posait un grave problème puisque Dieu avait justement préparé Israël à accueillir l’avènement du Messie. Paul est prêt à encourir la malédiction pour que le peuple élu en vienne à connaître le Christ (9,3; Lv 27,28-29). Son amour pour son peuple découle de ce que Dieu continue de le choisir et des bienfaits spirituels que Dieu répand sur lui et à travers lui sur toute l’humanité (9,4-5). L’idée de Paul est on ne peut plus claire : le Seigneur, qui est au-dessus de tout, a voulu se servir d’Israël, à qui ont été concédés tous les privilèges, afin de pouvoir rejoindre le monde entier par l’entremise du Messie.

La lecture de Romains 9 soulève pour nous de graves questions. Vous rappelez-vous la dernière fois que vous avez plaidé avec une brebis perdue pour qu’elle accepte le Christ ? En quoi le risque d’être rejeté affecte-t-il la conviction avec laquelle vous présentez l’Évangile ? Quand vous partagez l’Évangile, êtes-vous vraiment convaincu qu’il a le pouvoir de sauver ceux et celles qui sont perdus ? De son pouvoir de changer les habitudes des pécheurs ? Du besoin qu’en a la société actuelle ? Quels sacrifices êtes-vous disposés à faire pour voir les membres perdus de votre famille, vos amis ou les membres de votre communauté croyante revenir au Christ ou, peut-être, aller à lui pour la première fois ?

« Confiance ! c’est moi; n’ayez pas peur ! »

Dans l’Évangile d’aujourd’hui (Matthieu 14, 22-23) qui se passe sur le lac, les disciples luttent contre une mer en furie et sont sauvés par Jésus. La puissance de Jésus s’exprime par le fait qu’il marche sur les eaux tumultueuses (Matthieu 14,25; Psaume 77,20; Job 9,8). Jésus met Pierre au défi de marcher, lui aussi, sur les eaux ! À cause de la crainte de Pierre, et de son peu de foi, il commence à enfoncer. Quand Jésus tend la main pour rescaper Pierre, il rappelle à ses disciples et à l’Église de toutes les générations sa sollicitude constante pour nous. Il nous enseigne qu’aucune tempête ne renversera la barque dans laquelle nous naviguons, et que les eaux des ténèbres ne nous engloutirons jamais.

À certaines heures de l’histoire de l’Église contemporaine, tout semble annoncer le naufrage, la peur, la noyade et la mort. Mais soyons honnêtes et prenons conscience que l’Église poursuit sa route, qu’elle continue de sauver des âmes et de voguer vers son port d’attache. Dans ce royaume béni, par delà les mers de cette vie, tout ce qui menace l’Église de Dieu en ce monde aura disparu à tout jamais. À ces heures-là, il faut écouter le Seigneur, comme Pierre, et jeter de nouveau les filets au large – car c’est notre foi qui est mise à l’épreuve – non pour savoir si nous la professons ou non mais pour vérifier si nous sommes prêts à la mettre en œuvre.

Il apaise les tempêtes de la vie

Ne l’oublions jamais, nous sommes embarqués avec Jésus. Il est à bord avec nous, dans la nuit et dans les tempêtes. Le Seigneur n’abandonne pas ceux qui recherchent sa miséricorde et son pardon. Il marche sur les eaux. Il apaise la tempête. Il guide le navire à bon port et rapporte la grosse prise, la grande fête, à laquelle nous sommes toutes et tous invités – la fête quotidienne de son corps et de son sang, notre nourriture d’éternité. Il y a de quoi fêter !

Une expérience magnifique et effrayante au sommet de la montagne

2

Fête de la Transfiguration du Seigneur – 6 août 2017

Daniel 7,9-10.13-14
2 Pierre 1,16-19
Matthieu 17,1-9

La signification théologique de la Transfiguration se trouve au centre de notre compréhension de la mission de Jésus de Nazareth. Ce n’était pas seulement Jésus lui-même qui était « transfiguré » sur le Mont Thabor mais aussi Pierre, Jacques et Jean qui étaient transfigurés avec lui. Leurs yeux furent ouverts ; leur vision élargit, ce qui leur permet de voir sans empêchement la lumière presque aveuglante de l’amour de Jésus qui coule de chaque fibre de son être. Chaque jour de la vie de Jésus quelque chose de son éclat remarquable, de sa passion éblouissante et de sa gloire extraordinaire fût révélée aux gens de tous les âges, stades et états de vie. Les bergers et les Rois Mages l’ont vu à Bethléem ; les anciens à Jérusalem l’ont vu au Temple ; les hôtes aux noces de Cana en furent témoin ; la femme adultère l’a vécu ; le garçon possédé par les démons l’a senti ; l’aveugle-né l’a vu ; et le bon larron l’a entendu au Calvaire.

Pour les trois apôtres, c’est une expérience qui dépasse les mots : terrifiant bien sûr, mais tellement merveilleux qu’ils ont voulu construire trois tentes – une pour Jésus, une pour Moïse et une autre pour Élie. Revenant sur l’expérience des années après, Pierre écrivait dans sa deuxième lettre (1,16-19) :

En effet, ce n’est pas en nous mettant à la traîne de fables sophistiquées que nous vous avons fait connaître la venue puissante de notre Seigneur Jésus-Christ, mais pour l’avoir vu de nos yeux dans tout son éclat. Car il reçut de Dieu le Père honneur et gloire, quand la voix venue de la splendeur magnifique de Dieu lui dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, celui qu’il m’a plu de choisir. » Et cette voix, nous-mêmes nous l’avons entendue venant du ciel quand nous étions avec lui sur la montagne sainte. De plus, nous avons la parole des prophètes qui est la solidité même, sur laquelle vous avez raison de fixer votre regard comme sur une lampe brillant dans un lieu obscur, jusqu’à ce que luise le jour et que l’étoile du matin se lève dans vos cœurs.

Les trois apôtres qui verraient Jésus à plat ventre dans son agonie à Gethsémani ont reçu cet aperçu de sa vraie identité, afin de les fortifier pour la suite, et aussi afin de les aider à comprendre ce qui sera révélé par sa passion. Aujourd’hui, on pourrait dire que Thabor et Calvaire sont profondément liés. Le Mont Thabor est un avant-goût du Calvaire et nous donne une vision plus profonde de la réalité de la crucifixion de Jésus.

Les détails de la Transfiguration chez Matthieu

Regardons les accents de Matthieu dans le récit majestueux de l’Évangile d’aujourd’hui. Le récit de Matthieu (17,1-9) confirme que Jésus est le Fils de Dieu (17,5) et indique l’accomplissement de la prédiction que Jésus viendra dans la gloire de son Père à la fin du temps (16,27). Il y a ceux qui expliquent la Transfiguration en tant qu’apparition du Christ Ressuscité projetée dans le ministère de Jésus, mais ce n’est pas probable puisque le récit manque de plusieurs éléments habituels lors des apparitions après la résurrection. Le récit de Matthieu sur le Mont Thabor renvoie aux motifs de l’Ancien Testament et aussi à la littérature juive non-canonique de l’apocalypse qui exprime la présence du céleste et du divin, comme la lumière éblouissante, les vêtements blancs, et le nuage ombrageant. On identifie la haute montagne avec le Mont Thabor ou le Mont Hermon, mais il est probable que l’auteur Matthieu ou sa source marcane (Matthieu 9,2) n’a pas eu l’intention de spécifier un lieu précis. Sa signification est théologique plutôt que géographique, possiblement en référence à la révélation à Moïse sur le Mont Sinaï (Exode 24,12-18) et à Élie au même endroit (1 Rois 19,8-18 ; Horeb = Sinaï).

Le visage de Jésus

Matthieu décrit le visage de Jésus qui brilla comme le soleil, ce qui évoque Daniel 10,6. Les vêtements de Jésus – « blancs comme la lumière » –, rappellent Daniel 7,9 où le vêtement de Dieu est « blanc comme la neige ». (Les vêtements blancs des autres êtres célestes sont aussi mentionnés dans l’Apocalypse 4,4 ; 7,9 ; 19,14.) Dans Matthieu 17,4, il y a trois tentes – les cabines où les Israélites ont habité lors de la Fête des Tentes (cf. Jean 7,2). Les tentes ont rappelé l’hébergement de leurs ancêtres dans les cabines lors de leur chemin de l’Égypte à la Terre Promise (Lévitique 23,39-42). Quand Matthieu parle du nuage qui ombrage les apôtres sur la montagne (17,5), cela rappelle la nuée qui a couvert la tente de rassemblement dans l’Ancien Testament, signe de la présence du Seigneur au milieu de son peuple (Exode 40,34-35). La nuée ombrageait également le Temple à Jérusalem au temps de sa dédicace (1 Rois 8,10).

La voix du ciel

La voix de Dieu entendu au sommet de la montagne répète la proclamation baptismale du Père au sujet de Jésus (3,17), avec l’ajout du commandement « Écoutez-le ! ». Ce dernier est une référence au Deutéronome 18,15 où les Israélites reçoivent le commandement d’écouter le prophète comme Moïse que Dieu suscitera pour eux. Ce commandement d’écouter Jésus est général, mais dans ce contexte il s’applique en particulier aux prédictions précédentes de la passion et de la résurrection de Jésus (16,21) et aussi de son deuxième avènement (16,27.28). La chose la plus importante à propos de cette déclaration de la voix céleste s’agit du fait qu’ici comme dans l’Ancien Testament en général, on accorde la priorité à la « parole » plutôt qu’à la « vision ». Matthieu seul utilise le mot « vision » (17,9) pour décrire la Transfiguration. Voir Jésus transfiguré au-dessus du Mont Thabor porte a une signification et de la valeur seulement si cela incite les apôtres et les disciples à écouter et à obéir à l’enseignement divin de Jésus.

Témoigner à la gloire et à l’agonie

Pierre, Jacques et Jean sont présents avec Jésus au moment de sa gloire sur le Mont Thabor. Tous les trois seront encore avec Jésus sur le Mont des Oliviers lorsque leur Maître se bat avec son destin. Ceux qui témoignent de sa gloire céleste doivent aussi témoigner à son agonie terrestre. Si les disciples de Jésus veulent partager sa gloire dans l’avenir, ils doivent être prêts à participer à son agonie. L’événement et la mémoire de la Transfiguration serviront comme un réservoir de grâce, de consolation et de paix pour les apôtres et les disciples de Jésus lorsqu’ils témoignent au-dessus du Mont Calvaire du visage brillant plein de sang et de crachat, des vêtements éblouissants déchirés en loques par les soldats qui ont jetés les dés. Le visage de Jésus n’était pas radieux sur la Croix. Peut-être on peut se demander : Pourquoi Dieu a caché toute sa gloire sur le Mont Thabor, où personne ne pourrait la voir ? Pourquoi est-ce que Dieu ne l’a pas gardée pour la Croix ? Cependant la vie chrétienne nous invite à vivre les deux montagnes – Calvaire et Thabor –, afin de voir la gloire de Dieu. Aujourd’hui nous voyons la Transfiguration comme la célébration de la présence du Christ qui prend charge de tout notre être et qui transfigure même ce qui nous dérange sur nous-mêmes. Dieu pénètre ces régions endurcies, incrédules et même inquiétantes en nous, que nous ne savons pas comment gérer nous-mêmes. Dieu pénètre ces régions avec la vie de l’Esprit et agit sur ces régions en rayonnant sur eux son propre visage, sa consolation et sa paix.

Mont Thabor aujourd’hui 

Lors de mes années d’études en Terre Sainte, mes visites fréquentes au Mont Thabor m’ont toujours laissé dans un grand sens d’émerveillement, de mystère, de peur et de révérence auprès de Jésus. Chaque fois que j’ai visité le Mont Thabor et la belle église qui représente les trois tentes pour Jésus, Moïse et Élie, j’étais aussi vivement conscient de la mémoire du Bienheureux Paul VI qui avait une place très particulière pour le mystère de la Transfiguration dans sa propre prière et son pontificat. Il est monté sur le Mont Thabor comme pèlerin en 1964 lors de sa visite historique en Terre Sainte. Le 6 août 1978, en la Fête de la Transfiguration, le pape Paul VI est mort à Castel Gandolfo. Il a fermé ses yeux sur cette « scène temporelle et terrestre, prodigieuse et dramatique » lors de la fête même qui a tant marqué sa vie ainsi que son ministère Petrinien. Lors de ses funérailles sur la Place Saint-Pierre le 12 août 1978, le doyen du Collège des Cardinaux de l’époque, le Cardinal Carlo Confalonieri, a décrit le pape Paul VI avec les paroles suivantes :

La grandeur de son âme s’est manifestée dans sa vive intelligence et dans son cœur plein de la bonté qui s’est ouvert aux besoins spirituels de ses fils et de ses filles… Il est devenu un vrai prince de la paix. Il a établi avec une sollicitude urgente un dialogue continu avec tout le peuple. Il a donné son attention avec toute affection et toute espérance aux faibles et aux gens sans défense, les pauvres et ceux qui ont besoin d’aide. Il a conversé avec tout le monde afin de les fortifier dans la foi…

L’histoire nous enseigne maintenant que la patience et la sagesse du pape Paul VI, surtout dans la suite et lors du concile Vatican II, furent des dons importants au Peuple de Dieu et au monde. Le pape Paul VI n’a pas vu le dialogue simplement en tant qu’un instrument mais comme une méthode. Il était proche des gens, surtout de ceux qui étaient loin ou qui l’opposaient en théorie ou en pratique. Il aimait aussi la Terre Sainte, et désirait que le plus grand nombre de gens ait l’expérience qui était la sienne, d’être pèlerin sur la terre de Jésus en 1964.

Lors de sa messe de béatification au Vatican le 19 octobre 2014, durant le Synode des Évêques sur la Famille, le pape François a parlé de son prédécesseur avec ces paroles émouvantes :

À l’égard de ce grand Pape, de ce courageux chrétien, de cet apôtre infatigable, nous ne pouvons dire aujourd’hui devant Dieu qu’une parole aussi simple que sincère et importante : merci ! Merci à notre cher et bien-aimé Pape Paul VI ! Merci pour ton témoignage humble et prophétique d’amour du Christ et de son Église !

Dans son journal personnel, le grand timonier du Concile, au lendemain de la clôture des Assises conciliaires, a noté : « Peut-être n’est-ce pas tant en raison d’une aptitude quelconque ou afin que je gouverne et que je sauve l’Église de ses difficultés actuelles, que le Seigneur m’a appelé et me garde à ce service, mais pour que je souffre pour l’Église, et qu’il soit clair que c’est Lui, et non un autre, qui la guide et qui la sauve » (P. Macchi, Paul VI à travers son enseignement, de Guibert 2005, p. 105)Dans cette humilité resplendit la grandeur du Bienheureux Paul VI qui, alors que se profilait une société sécularisée et hostile, a su conduire avec une sagesse clairvoyante – et parfois dans la solitude – le gouvernail de la barque de Pierre sans jamais perdre la joie ni la confiance dans le Seigneur.

Le bienheureux Paul VI fermait ses yeux lors de la Transfiguration glorieuse de Jésus ; il vit maintenant dans la lumière de sa résurrection. Le pape Paul VI nous a permis d’expérimenter sur terre la joie et la gloire qui attendent chacun dans le Nouveau Jérusalem. La Transfiguration du Christ est dans le passé. Dieu, dont la lumière atteint la terre lors de cette fête, est présent. Que nos prières en ce jour soit que le monde voit la lumière, la lumière de guérison et de réconciliation. Que nous nous efforcions à être comptés parmi ceux qui écoutent la parole du Christ et qui sont transfigurés par la parole que nous entendons.

Nos moments de transfiguration

Dans le passé, chaque peintre d’icône commençait sa carrière en reproduisant une image de la Transfiguration. On pourrait dire que le destin de chaque chrétien est écrit entre deux montagnes : entre le Mont Thabor et le Calvaire. Le récit merveilleux de la Transfiguration nous offre des moments resplendissants de lumière et aussi des moments de tristesse et de ténèbre. La merveille de l’éternité et la réalité de nos vies quotidiennes révèlent les tensions de nos vies. Cette histoire de Jésus, des prophètes et de ses amis au-dessus du Mont Thabor révèle également la tentation de vouloir rester immobile et la difficulté de persévérer. Combien de fois nous sommes bloqués dans nos histoires. Cette histoire mystérieuse nous donne l’occasion de regarder nos propres expériences au-dessus des montagnes de nos vies. Si tant de personnes ont pu reconnaître la gloire de Jésus dans un regard ou un touché, pourquoi est-ce que cela était tellement difficile pour Pierre, Jacques et Jean ? Peut-être parce qu’ils étaient tellement proches de Jésus ; peut-être car ils étaient avec lui dans le quotidien ; peut-être car ils ont pris sa gloire comme acquise. Et nous ? Reconnaissons-nous cette même gloire divine en nous, visible dans les autres, tellement évidente dans la création, imprégnée dans les expériences les plus ordinaires de la justice, de la vérité, de la guérison, du pardon, de la réconciliation et de la compassion ? Ou prenons-nous aussi tout cela comme acquis ?

Comment est-ce que ces expériences illuminent les ombres et les ténèbres de nos vies ? Comment seraient nos vies sans ces expériences du sommet de la montagne ? Combien de fois est-ce que nous nous tournons vers ces expériences rares mais importantes pour la force, le courage et la clarté ? Quand nous sommes dans les vallées souvent nous ne pouvons pas voir la gloire du Christ. Nous pouvons la voir seulement lorsque nous sommes sur une montagne comme le Mont Thabor, Mont de la Transfiguration. Nous pouvons seulement la voir quand nous montons la montagne ensemble avec les autres. Comment avons-nous partagé ces moments de grâce et de lumière avec les autres ?

La prière du roi, l’espoir du royaume

Dix-septième dimanche du temps ordinaire, Année A – 30 juillet 2017

1 Rois 3,5.7-12
Romains 8,28-30
Matthieu 13,44-52

Salomon recherche la sagesse

It est important de connaître le contexte historique de la première lecture d’aujourd’hui, tirée du Premier Livre des Rois (3,5.7-12). Salomon vient d’être intronisé troisième roi d’Israël. C’est à lui, le fils préféré de Bethsabée, que le pouvoir est échu. On nous le présente non pas sous les traits légendaires du grand roi bon et juste mais plutôt comme un homme déjà compromis dans sa vie publique comme dans ses relations personnelles. Loin d’être l’enfant innocent qui s’agenouille devant Dieu, il serait plutôt le fils dévoyé qui se prosterne devant le Seigneur, conscient de ce qui peut le détourner de la voie de la sagesse et du discernement. La prière de Salomon pour demander la sagesse révèle un jeune homme qui manque encore d’assurance au moment de monter sur le trône.

Le commencement de la sagesse, c’est de reconnaître qu’on a besoin de sagesse. Qu’est-ce que Salomon demande à Dieu ? Il lui demande d’abord « un cœur attentif » (v. 9), la faculté « d’écouter intelligemment », souvent associée à l’attention et à l’obéissance. Le mot peut signifier discerner, prêter l’oreille, écouter, obéir, percevoir ou comprendre. Il demande aussi de savoir « discerner », « distinguer mentalement, comprendre ou agir avec sagesse ». Le Seigneur reprend le mot dans sa réponse au verset 12, et il en ajoute encore un autre : « je te donne (littéralement) un cœur intelligent, habile ou astucieux ». Salomon espère recevoir la sagesse en écoutant attentivement le Seigneur et en lui obéissant.

La sagesse demandée par Salomon concernait la fonction qu’il était appelé à remplir. Sa prière a plu au Seigneur, qui lui a accordé non seulement ce qu’il demandait mais aussi ce qu’il n’avait pas demandé : la richesse, l’honneur et la gloire. Et l’histoire montrera qu’Israël fut « frappé d’étonnement et d’admiration devant la sagesse de Salomon parce qu’on percevait chez lui la sagesse de Dieu ». Dans le Nouveau Testament, quand Jésus enseigne, il évoque la sagesse de Salomon mais pour ajouter « et il y a ici bien plus que Salomon » (Matthieu 12,42). Jésus parle de ce qu’il est lui-même, le Christ, le Fils de Dieu.

Quand nous demandons la sagesse

Ce moment unique dans la vie de l’un des grands rois d’Israël soulève pour nous plus d’une question. Quand nous demandons la sagesse, il nous faut d’abord croire que Dieu nous donnera la sagesse que nous recherchons : il faut lui faire confiance et penser qu’il fera les choses à sa façon, ce qui signifie généralement que nous allons entrer en partenariat avec lui. Dans notre vie, quels sont les domaines où nous avons surtout besoin de sagesse ? Sommes-nous disposés à l’obéissance, sommes-nous prêts à regarder vers Dieu pour que notre sagesse soit bien orientée ? Sommes-nous disposés à entrer en partenariat avec Dieu pour acquérir la sagesse ? Avons-nous assez de foi pour croire que Dieu répondra à nos besoins ?

Façonnés à l’image du Fils

La deuxième lecture, tirée de la lettre de Paul aux Romains (8,28-30) présente la vocation chrétienne du point de vue de Dieu: les chrétiens sont destinés à être l’image de son Fils, l’aîné d’une multitude de frères (v. 29). L’action rédemptrice de Dieu pour les croyants est en cours depuis l’origine du monde. Ceux et celles que Dieu choisit, il les connaissait déjà (v. 29), il les avait élus. Si l’homme et la femme ont été créés à l’image de Dieu (Genèse 1,26-27), c’est par le baptême dans le Christ, l’image de Dieu (2 Co 4,4; Col 1,15) que nous sommes renouvelés à l’image du Créateur (Col 3,10). Ceux qui sont appelés (v. 30) sont prédestinés ou prédéterminés. Ces expressions ne veulent pas dire que Dieu agit de manière arbitraire. Paul les emploie pour faire ressortir le dessein salvifique de Dieu et l’attention qu’il accorde au salut du chrétien.

Comment reconnaîtrons-nous le royaume ?

Jésus a employé différentes images pour parler du royaume des cieux. Dans le Nouveau Testament, il est question d’un berger qui a perdu une brebis, d’une femme qui a perdu une pièce de monnaie, d’un père qui a perdu un fils. Dans ces histoires et dans beaucoup d’autres, Jésus enseigne que le Royaume vient à nous quand nous trouvons ce que nous avons perdu. Jésus a inauguré son ministère en proclamant l’Évangile : « Le royaume des cieux est proche. » Mais ses disciples, de temps à autre, revenaient avec la question : « Quand le royaume va-t-il arriver ? Et comment le reconnaîtrons-nous ? » La réponse de Jésus évoquait habituellement la difficulté de voir le royaume quand on est aveuglé par des images terrestres. Jésus disait que le Royaume était proche, « imminent » et qu’il arriverait à l’improviste. Il révélait le Royaume de deux façons : ses miracles manifestaient la présence d’une puissance plus forte que le mal; ses paraboles contenaient des messages sur ce que le Royaume pourrait et devrait être.

Les paraboles sur le royaume

Le contexte historique des paraboles est très important pour comprendre ces récits merveilleux. La situation politique de la Palestine était instable au temps de Jésus et il n’était pas rare qu’on enfouisse ses économies dans le sol pour les mettre à l’abri (v. 44). Les deux premières des trois paraboles qui concluent le discours de Matthieu (13,44-52) partent de la même idée. La personne qui trouve un trésor enfoui et le marchand qui trouve une perle de grand prix vendent tout ce qu’ils possèdent pour pouvoir acquérir ce qu’ils ont découvert; de même, qui comprend la valeur suprême du royaume abandonne ce qu’il lui faut céder pour l’obtenir. La joie qui accompagne cette démarche est mentionnée explicitement dans la première parabole mais on peut supposer qu’elle éclaire aussi la deuxième. La troisième parabole, celle du filet, ressemble à l’explication de la parabole de l’ivraie, qui met l’accent sur le fait que les méchants seront finalement exclus du royaume.

Comme Matthieu a tendance à identifier les disciples aux Douze (v. 52), on ne peut supposer que ce qui est dit du scribe chrétien s’applique à tous ceux qui acceptent le message de Jésus. Le scribe devenu disciple du Royaume des cieux connaît à la fois l’enseignement de Jésus (le neuf) et la loi et les prophètes (l’ancien), et il présente dans son propre enseignement et le neuf et l’ancien, interprété et accompli par le neuf.

Les conceptions du Royaume

Le Royaume de Dieu n’est pas – comme certains le prétendent aujourd’hui – une réalité générique qui engloberait toutes les expériences et les traditions religieuses ; c’est avant tout un nom et un visage : Jésus de Nazareth, l’image du Dieu invisible. On ne peut pas marginaliser la révélation chrétienne et sa transmission dans l’Église en proposant une perspective non chrétienne où on emploierait abusivement les termes « Royaume » ou « Règne de Dieu » pour remplacer Jésus Christ et son Église ?

Dans les Lineamenta (document préparatoire) du Synode des évêques sur la Nouvelle Évangélisation, qui aurait lieu en octobre 2012, deux passages et leurs allusions au Royaume m’ont frappé, à la lumière de l’Évangile d’aujourd’hui. Au paragraphe #24 sur « La Nouvelle Évangélisation, vision pour l’Église d’aujourd’hui et de demain », nous lisons ceci :

Nous nous sommes confrontés à des scénarios décrivant des changements historiques, qui suscitent souvent en nous la peur et l’appréhension. Dans une telle situation, ce dont nous ressentons le besoin, c’est d’une vision, qui nous permette de regarder le futur avec les yeux de l’espérance, sans larmes de désespoir. En tant qu’Église, nous avons cette vision. C’est le Royaume qui vient, qui nous a été annoncé par Jésus-Christ et décrit dans Ses paraboles. C’est le Royaume qui a déjà vu le jour avec Sa prédication, et surtout avec Sa mort et Sa résurrection pour nous. Toutefois, nous avons souvent l’impression de ne pas pouvoir concrétiser cette vision, à la « faire nôtre », de ne pas réussir à faire d’elle une parole vivante pour nous et pour nos contemporains, de ne pas l’assumer en tant que fondement de nos actions pastorales et de notre vie ecclésiale.

Puis, au #25, « La joie d’évangéliser », nous lisons :

La nouvelle évangélisation, c’est partager avec le monde ses angoisses de salut, et donner raison de notre foi en communiquant le « Logos de l’espérance » (cf. 1 P 3, 15). Les hommes ont besoin de l’espérance pour pouvoir vivre leur présent. Le contenu de cette espérance est « le Dieu qui possède un visage humain et qui nous a aimés jusqu’au bout ». C’est pour cela que l’Église est missionnaire par sa nature. Nous ne pouvons pas garder pour nous les paroles de vie éternelle qui nous sont données lorsque nous rencontrons Jésus-Christ. Elles sont destinées à tous les hommes, à chaque homme. Chaque personne de notre temps – qu’elle le sache ou non – a besoin de cette annonce.

Il se trouve que l’absence de cette conscience engendre le désert et le découragement. L’un des obstacles à la nouvelle évangélisation est justement le manque de joie et d’espérance que de telles situations créent et diffusent parmi les hommes de notre époque. Souvent, ce manque de joie et d’espérance est si fort qu’il attaque le tissu même de nos communautés chrétiennes. Dans ces contextes, la nouvelle évangélisation se propose non pas comme un devoir, un poids supplémentaire à porter, mais comme un remède pouvant redonner joie et vie à des réalités prisonnières de nos peurs.

C’est pourquoi nous devons affronter la nouvelle évangélisation avec enthousiasme. Apprenons la joie douce et réconfortante d’évangéliser, aussi lorsque l’annonce semble ne semer que des larmes (cf. Ps 126, 6). « Que ce soit pour nous – comme pour Jean-Baptiste, pour Pierre et Paul, pour les autres Apôtres, pour une multitude d’admirables évangélisateurs tout au long de l’histoire de l’Église – un élan intérieur que personne ni rien ne saurait éteindre. Que ce soit la grande joie de nos vies données. Et que le monde de notre temps qui cherche, tantôt dans l’angoisse, tantôt dans l’espérance, puisse recevoir la Bonne Nouvelle, non d’évangélisateurs tristes et découragés, impatients ou anxieux, mais de ministres de l’Évangile dont la vie rayonne de ferveur, qui ont les premiers reçus en eux la joie du Christ, et qui acceptent de jouer leur vie pour que le Royaume soit annoncé et l’Église implantée au cœur du monde. »