Réjouis-toi, fille de Sion !

Troisième dimanche de l’Avent, Année C – 16 décembre 2018

Sophonie 3,14-18a
Philippiens 4,4-7
Luc 3,10-18

L’Avent, loin d’être un temps de pénitence est un temps de réjouissance. Les chrétiens proclament que le Messie va vraiment venir et que le règne de Dieu est à notre portée. Pendant ces semaines nous sommes invités à préparer tranquillement nos cœurs et nos vies à la venue du Fils de Dieu dans notre chair. En ce 3e dimanche de l’Avent connu sous le nom du « Dimanche de la Joie », portons notre attention sur deux thèmes importants qui se trouvent dans les lectures des Écritures: l’expression biblique « fille de Sion » et la signification de « se réjouir ».

Le texte riche de la première lecture du prophète Sophonie (3,14-18a-20) parle de la « fille de Sion », la personnification de la ville de Jérusalem. Prenons le temps de réfléchir sur le sens de ce titre de la ville sainte et voyons comment et pourquoi l’Eglise attribue ce titre à Marie, Mère du Seigneur.

« Fille de Sion » est la personnification de la ville de Jérusalem. « Sion » était le nom de la citadelle Jébuséenne qui devint plus tard la Cité de David. Dans les nombreux textes de l’Ancien Testament qui parle de la « fille de Sion », il n’y a pas de distinction réelle entre une fille de Sion et la ville de Jérusalem elle-même. Dans l’Ancien Testament, le titre « Vierge d’Israël » est le même que celui de « Fille de Sion ». L’image de l’épouse du Seigneur se trouve dans Osée aux chapitres 1-3: elle symbolise l’infidélité du peuple à son Dieu. Jérémie 3,3-4 parle de la prostitution et de l’infidélité de l’épouse. « Virginité » dans l’Ancien Testament renvoie à la fidélité de l’Alliance. Dans la 2e lettre aux Corinthiens 11,2, Paul parle de l’Eglise comme d’une vierge pure. La virginité représente ici la pureté de la foi.

Tout au long de l’Ancien Testament, il est dit que c’est dans Sion-Jérusalem que Dieu rassemblera tout son peuple. Dans Isaïe 35,10 les tribus d’Israël se rassembleront à Sion. Dans Ezéchiel 22,17-22, le prophète décrit la purification de son peuple par Dieu qui passera dans l’enceinte des murs de la ville, au milieu de Jérusalem. Le mot hébreu utilisé pour décrire cette partie interne de la ville est « beqervah » un mot formé de la racine « qerev » signifiant quelque chose de profond, d’intime, situé à l’intérieur de la personne. Cela signifie aussi l’utérus maternel, les entrailles, les intestins, la poitrine, d’une personne, la partie la plus secrète de l’âme, là où résident la sagesse, l’esprit, la malice et la Loi du Seigneur. Par conséquent, la ville de Jérusalem a une fonction maternelle bien définie dans l’histoire du salut.

« Fille de Sion » dans la Tradition Chrétienne 

Le Concile Vatican II a officiellement nommé Marie « fille de Sion » dans la constitution dogmatique sur l’Eglise Lumen Gentium no 52. L’appropriation de ce titre par l’Eglise pour la mère du Seigneur a un riche fondement scripturaire. Marie illustre les prophéties de l’Ancien Testament qui affirment toute la valeur du rôle eschatologique d’une femme en tant que mère à la fois du Messie et du nouveau peuple de Dieu. Le titre « fille de Sion » évoque le grand symbole biblique du Sion Messianique.

Marie illustre les prophéties des Écritures hébraïques qui lui attribuent toute la valeur du rôle eschatologique d’une femme en tant que mère à la fois du Messie et du nouveau peuple de Dieu : dans la culture d’Israël, la personne individuelle et le peuple entier étant profondément liés.

Pour les prophètes, la « fille de Sion » était l’épouse du Seigneur lorsqu’elle a observé l’Alliance. Le rôle de Marie comme « fille de Sion », de même que pour chacun de ses rôles au sein du peuple de Dieu, ne peut jamais être compris indépendamment du Christ et de l’Esprit donné à l’humanité en mourant sur la croix. Lumen Gentium dit que toute théologie et piété mariale appartiennent au mystère du Christ et au mystère de l’Eglise.

Marie « fille de Sion » est l’archétype de l’Eglise en tant que épouse, vierge et mère. Ce n’est pas seulement une virginité biologique, mais une virginité spirituelle qui signifie la fidélité aux Ecritures, l’ouverture envers les autres et la pureté de la foi. Les paroles de Marie aux serviteurs du banquet de noce à Cana (Jn 2,1-12) sont une invitation à tous les peuples à devenir une partie du nouveau peuple de Dieu. Marie est la nouvelle « fille de Sion » parce qu’elle a invité les serviteurs à obéir parfaitement au Seigneur Jésus. À Cana, cette nouvelle « fille de Sion » a parlé au nom de tous. À ces deux moments, à Cana et au Calvaire, (dans l’évangile de Jean) Marie représente non seulement sa maternité et sa relation physique avec son fils, mais aussi son rôle hautement symbolique de « Femme » et « Mère » du peuple de Dieu.

Au Calvaire plus qu’à toute autre place dans le quatrième évangile, Marie est « Mère de Sion » : sa maternité spirituelle commence au pied de la croix.

Comme « Mère de Sion », elle n’accueille et ne représente pas seulement Israël, mais l’Eglise, le Peuple de Dieu de la Nouvelle Alliance. Au pied de la croix, Marie est la Mère du nouveau peuple messianique, de tous ceux qui sont un dans le Christ. Celle qui porta en son sein Jésus, prend place maintenant dans l’assemblée du peuple saint de Dieu. Elle est la nouvelle Jérusalem : dans son propre sein était le Temple, et tous les peuples seront rassemblés dans le Temple qui est son Fils. La Mère de Jésus est en vérité la Mère de tous les enfants de Dieu. Elle est la Mère de l’Eglise. Marie est la première « fille de Sion », menant tout le peuple de Dieu dans sa marche vers le Royaume.

Je ne peux que rappeler les paroles du Cardinal Marc Ouellet, archevêque de Québec, dans son discours d’ouverture au Synode des Evêques sur « La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Eglise » en octobre 2008: « Une femme, Marie, accomplit parfaitement la vocation divine de l’humanité par son Oui à la parole d’Alliance et à sa mission. A travers sa maternité divine et spirituelle, Marie apparaît comme le modèle et la forme permanents pour l’Eglise, en tant que première Eglise. »

Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur ! 

Dans la seconde lecture de ce dimanche, saint Paul nous dit de nous réjouir sans cesse dans le Seigneur (Phil 4,4-7; voir aussi Phil 2,18; 3,1; 4,4). La joie à laquelle nous invite Paul forme le cœur du temps de l’Avent. Nous devons toutefois nous demander : de quoi les chrétiens persécutés devaient-ils se réjouir ? Ils devraient se réjouir de leur relation avec le Seigneur, qui peut même devenir plus forte et plus intime dans les périodes de persécutions. Leur joie n’est pas liée aux circonstances; en vérité, elle est souvent en dépit des circonstances. Elle est plutôt dans le Seigneur. La joie jaillit d’une profonde et confiante relation avec Dieu qui porte le croyant à travers toutes sortes d’épreuves et tribulations. Se réjouir dans le Seigneur est une sorte d’adoration, adoration qui prend la forme de prière. Se réjouir mène constamment à la prière et à la louange répétée. Puisque Paul réfère à l’action de grâce après avoir mentionné la prière, il est probable que le terme « prière » renvoie aux demandes à Dieu sous toutes ces formes, peut-être en intercédant pour soi-même et pour les autres.

Le contraire de se réjouir     

Le contraire de la réjouissance et du bonheur n’est pas la douleur, mais l’engourdissement qui souvent se manifeste à travers le cynisme et l’étroitesse d’esprit et de cœur. Beaucoup d’entre nous connaissons ce sentiment : la mort et l’insatisfaction induites par une culture de consommation qui stimule nos sens et nous bombarde de choix sans signification, pendant que nous restons affamés pour quelque chose de profond. Ensuite il y a la jalousie, l’envie et ce sentiment d’accomplir si peu parce que nous avons été si peu motivés et avons fait de mauvais choix. Et lorsque nous réalisons que les autres ont été capables de faire beaucoup parce qu’ils ont été enracinés en Dieu, nous devenons jaloux et envieux. Ce ne sont pas des phénomènes nouveaux ! Le désir d’échapper à cette mort et cette insatisfaction fut l’un des motifs des pères et mères du Désert. Ils rejetèrent un monde dont la vision était la poursuite du pouvoir, de l’avoir et du plaisir. Ils allèrent au désert pour s’abreuver à la source de vie et de joie et découvrir leur propre vérité à travers la prière constante. Ayant trouvé le vide de ce que leur culture définit comme bonheur, ils cherchèrent une autre voie.

Pour conclure voici les paroles du pape Paul VI dans sa prodigieuse exhortation apostolique sur la joie chrétienne Gaudete in Domino :

[Marie] a saisi, plus que toutes autres créatures, ce que Dieu accomplit de plus merveilleux : Son nom est saint, il montre sa miséricorde, il élève les humbles, il est fidèle à ses promesses. Ce n’est pas que sa vie sorte de l’ordinaire mais elle médite le moindre signe de Dieu, les gardant dans son cœur (Luc 2,19; 51). Ce n’est pas qu’elle fut épargnée par les souffrances mais elle se tient debout, la mère des douleurs, au pied de la croix, associée d’une manière éminente au sacrifice de la résurrection ; et elle est aussi ouverte à la joie sans limite de la résurrection ; elle est élevée, corps et âme, dans la gloire du ciel. La première des rachetés, immaculée dès sa conception, l’incomparable demeure de l’Esprit, le pur support du rédempteur de l’humanité, elle est en même temps la Fille bien-aimée de Dieu et, en Christ, la Mère de tous. Elle est le modèle parfait de l’Eglise à la fois sur terre et dans la gloire.

En cet Avent, que l’exemple de Jean le Baptiste nous donne la force et le courage nécessaires pour transformer nos déserts en jardins et notre vide en expérience chrétienne signifiante. Que l’audace de saint Paul et l’exemple de Marie, la « Vierge Fille de Sion » nous apprennent comment nous réjouir dans le Seigneur dont la venue est proche.

Commander votre copie des réflexions pour la nouvelle année liturgique!

Paroles Faites Chair: Réflexions Bibliques pour l’Année C

Disponible maintenant !

Jean le Baptiste, le paradoxe de l’Avent

Deuxième dimanche de l’Avent, Année C – 9 décembre 2018

Baruch 5,1-9
Philippiens 1,3-6.8-11
Luc 3,1-6

Dans le texte de l’Evangile d’aujourd’hui (Luc 3,1-6), l’évangéliste, celui que Dante Alighieri appelle le scriba manuetidinis Christi (« scribe de la douceur du Christ »), lance l’appel de Jean le Baptiste sous la forme d’un appel prophétique de l’Ancien Testament (Luc 3:2) et prolonge la citation d’Isaïe trouvée dans Marc 1,3 (Isaïe 40,3) par l’ajout d’Isaïe 40,4-5 dans Luc 3,5-6. En faisant cela, Luc présente son thème de l’universalité du salut, qu’il annonçait plus tôt à travers les paroles de Siméon (Luc 2,30-32). Je vous propose que nous examinions ensemble plusieurs détails historiques offerts par Luc dans ce récit de l’appel prophétique.

Tibère César succéda à Auguste comme empereur en l’an 14 et régna jusqu’en 37 ap. J.-C. La quinzième année de son règne serait entre 27 et 29 ap. J.-C. Ponce Pilate fut préfet de la Judée de l’an 26 jusqu’en 36. L’historien juif Flavius Josèphe le décrit comme un préfet cupide et sans scrupule, qui avait peu d’égard pour la population juive locale et ses pratiques religieuses (Luc 13,1). L’Hérode en question est Hérode Antipas, le fils d’Hérode le Grand qui régnait sur la Galilée et Pérée de 4 ap. J.-C. à 39 ap. J.-C.

Luc ne situe pas seulement l’appel de Jean le Baptiste en termes de dirigeants civils de cette période, mais il mentionne également le haut sacerdoce d’Annas et de Caïphe, les dirigeants religieux de la Palestine. Anne avait été prêtre entre 6 et 15 ap. J.-C. Après avoir été déposé par les Romains en l’an 15, il fut remplacé par divers membres de sa famille et, éventuellement, par son gendre, Caïphe, qui fut prêtre de 18 à 36.

Dans le contexte de cette histoire, la parole de Dieu fut adressée à Jean dans le désert de Judée. Luc est le seul parmi les écrivains du Nouveau Testament qui associe la prédication de Jean avec un appel de Dieu. L’évangéliste place ainsi Jean avec les prophètes dont les ministères ont commencé avec des appels similaires. Plus tard, Luc sépare le ministère de Jean le Baptiste de celui de Jésus en signalant l’emprisonnement de Jean avant le baptême de Jésus (Luc 3,21-22). Luc utilise ce procédé littéraire pour faire état de sa compréhension de l’histoire du salut. Avec Jean le Baptiste, le temps de la promesse, la période d’Israël, se termine. Avec le baptême de Jésus et la descente de l’Esprit sur lui, l’accomplissement de la promesse, la période de Jésus, commence.

Dans son second volume, les Actes des Apôtres, Luc va présenter la troisième époque de l’histoire du salut, la période de l’église. Dans Luc 7,26 Jean sera décrit comme « plus qu’un prophète », il est aussi le précurseur de Jésus (Luc 7,27), une figure de transition inaugurant la période de l’accomplissement de la prophétie et une promesse.

En décrivant l’attente du peuple (Luc 3,15), Luc caractérise le moment de la prédication de Jean de la même manière qu’il avait déjà qualifié la situation d’autres Israélites pieux dans le récit de l’enfance (Luc 2,25-26; 37-38). Au chapitre 3,7-18, Luc présente la prédication de Jean le Baptiste exhortant les foules à la conversion en vue de la colère à venir (Luc 3,7.9), leur donnant certaines normes pour réformer leur conduite sociale (Luc 3,10-14), et leur annonçant la venue de quelqu’un de plus grand que lui (Luc 3,15-18).

Jean : le paradoxe de l’Avent

Les vrais prophètes d’Israël nous aident dans notre lutte contre toutes les formes de duplicité. Jean le Baptiste est le saint patron par excellence de l’authenticité. Combien de fois nos paroles, nos pensées et nos actions sont-elles incohérentes ! En Jean le Baptiste se trouve le paradoxe de l’Avent: le triomphe de Dieu qui se manifeste précisément dans l’obscurité du monde actuel. Jean le Baptiste a entendu, expérimenté et vécu la parole libératrice de Dieu au désert et a donc été en mesure de le prêcher aux autres de façon efficace parce que sa vie et son message ne faisaient qu’un. Il est certain qu’il ne mâchait pas ses mots. Jean le Baptiste brise le silence du désert avec son cri: « Repentez-vous car le royaume des cieux est proche. » Pas seulement « repentez-vous », changer la façon dont nous vivons, mais se repentir et se préparer à la venue du royaume des cieux qui va bouleverser notre confort et notre petite sécurité en renversant tout ce que nous essayons de garder en place. La joie et le défi de l’Avent c’est qu’en Jésus-Christ, Dieu vient parmi nous, nos douleurs et notre désir de Dieu seront alors apaisés. Mais ce Dieu qui vient est préoccupant.

Il n’y avait rien de politiquement correct dans le message du Baptiste. Il est allé droit au but et a dit ce qui devait être dit. Il a dit aux premières personnes qui venaient à lui de partager. Il a dit aux percepteurs de taxe d’être justes. Il a dit aux soldats de faire la paix.

Le Baptiste a enseigné aux gens de son temps et à ceux de notre temps que le Messie vient nous sauver des puissances de la duplicité, du désespoir, des ténèbres et de la mort, pour nous remettre sur le chemin de la paix et de la réconciliation afin que nous puissions trouver notre chemin du retour vers Dieu. La vie et la mission de Jean le Baptiste nous rappellent à quel point nous avons besoin d’un Sauveur pour nous sauver, afin que nous puissions devenir tout ce que nous sommes appelés à être et faire tout ce que nous avons à faire pour vivre dans la Lumière. Trop souvent nous ne parvenons pas à reconnaître celui parmi nous qui est notre Chemin, notre Vérité et notre Vie. C’est là le cœur de l’Avent: trouver le chemin du retour vers Dieu.

La transformation de nos déserts

L’Avent est un mystère qui ne fait pas que nous informer, il nous transforme. L’Avent reste avec son paradoxe d’attente et d’empressement, de souffrance et de joie, du jugement et de délivrance, du malheur apocalyptique et d’espérance eschatologique. Malheureusement pour notre culture de gratification instantanée, l’espérance exige l’incomplétude. Espérer, dans le véritable sens de l’Avent, c’est vivre avec la certitude du désir inassouvi.

Le Dieu qui était un ingénieur des ponts et chaussées, traçant de nouvelles routes à travers le désert, un jardinier qui transforme des déserts en parterres de fleurs, est désormais l’artiste qui peint un nouveau point de vue de la promesse messianique de l’espérance. Espérer en Dieu ne peut se faire de manière immobile, parce que, comme Isaïe nous le rappelle, nous espérons en un Dieu qui est constamment en train de réaliser du nouveau. Est-ce que notre espérance en Dieu est ferme, même dans la situation de chaos et de confusion de notre vie ? Comment pouvons-nous vivre avec la Parole de Dieu ? Comment pouvons-nous vivre avec le silence de Dieu ?

L’Avent nous enseigne que nos cœurs sont en silence depuis trop longtemps, nous allons découvrir le Dieu qui sculpte encore des autoroutes et transforme les lieux déserts de nos vies en oasis d’émerveillement, de vie, de beauté, même si rien ne sera semblable à ce que nous nous attendions. La nature à l’état sauvage ne peut être transformée qu’avec de l’eau. Tout au long de l’Ancien Testament, Dieu est présenté comme celui qui accorde ou refuse l’eau – une image facilement comprise par les gens pour qui l’eau est une denrée précieuse et contrôlée. Peu d’entre nous en Occident avons une idée de ce qu’est la sécheresse. L’eau courante de nos maisons nous prive d’une image de Dieu: celui sur lequel notre existence même dépend, comme l’électricité nous trompe en pensant que nous contrôlons l’obscurité. Ensemble, ils nous volent des expériences quotidiennes qui pourraient donner vitalité à l’invitation de l’Avent à revisiter notre dépendance à Dieu, notre désir de Dieu et découvrir à travers la nuit d’attente que Dieu vient vraiment.

Le message de l’Avent n’est pas que tout tombe en morceaux ni que Dieu est dans les cieux et donc tout est bien comme dans le meilleur des mondes. Le message de l’Avent est que lorsque toutes les vérités morales sont désarçonnées, quand tout va mal sur terre, nous entendons à nouveau le message réconfortant de Jean-Baptiste: « Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées; les passages tortueux deviendront droits, les routes déformées seront aplanies; et tout homme verra le salut de Dieu. »

Pourtant, même avec la naissance de Jésus, nous apprenons que Jérusalem et Israël attendent toujours leur rachat. Le monde attend toujours sa liberté de la faim, de la guerre, de l’oppression, de la violence, de la persécution et de la souffrance. Nous attendons tous notre rédemption. L’Avent nous invite à examiner nos manières d’attendre, nos manières de désirer Dieu, et nos manières de l’espérer. Quelle est la source de notre espérance de l’Avent ?

La vie de Jean le Baptiste peut se résumer à l’image d’un doigt pointé vers celui qui venait: Jésus-Christ. Si nous voulons assumer le rôle de Jean de préparer le chemin dans le monde d’aujourd’hui, nos vies deviendront aussi les doigts des témoins vivants qui démontrent que Jésus peut être trouvé et qu’il est proche. Jésus est l’accomplissement de nos désirs, notre espérance et notre attente. Jésus seul peut transformer les déserts de nos vies en jardins remplis de beauté et de nourriture pour le monde. Viens Seigneur Jésus ! Nous avons besoin de Toi maintenant plus que jamais !

 

Commander votre copie des réflexions pour la nouvelle année liturgique!

Paroles Faites Chair: Réflexions Bibliques pour l’Année C

Disponible maintenant!

Ceux qui veillent dans l’attente du Christ

Premier dimanche de l’Avent, Année C – 2 décembre 2018

Jérémie 33,14-16
1 Thessaloniciens 3,12-4,2
Luc 21,25-28.34-36

Nous avons parfois l’impression que le monde s’écroule autour de nous. Nos problèmes nous paraissent insurmontables. Lorsque je me trouve dans cet était, je me remémore avec gratitude des paroles des héros de la Révolution de velours qui ont contribué à la chute du communisme, à la fin des années quatre-vingts. Je chéris les paroles d’espérance de l’ancien président tchèque Vaclav Havel durant son emprisonnement.

Ces paroles ont capté l’imaginaire de tant de gens alors qu’ils étaient enfin témoins de la dissolution du régime communiste :

L’Espoir est totalement distinct de l’optimisme. Ce n’est pas la conviction qu’une chose aura une issue favorable, mais la certitude que cette chose a un sens, quoi qu’il advienne. En somme, je pense que l’espoir, dans son sens fort profond, est la seule chose qui puisse nous garder la tête hors de l’eau et nous inciter à accomplir de bonnes œuvres. Puis elle est la seule véritable source de cette dimension étonnante de l’esprit humain et ses efforts surgissent comme s’ils étaient « d’ailleurs ».

Je m’intéresse également aux sections des vertus théologales du Catéchisme de l’Église Catholique particulièrement les paragraphes sur l’espérance. J’ai été particulièrement touché par les pensées énoncées au nº 1818 du Catéchisme :

La vertu d’espérance répond à l’aspiration au bonheur placée par Dieu dans le cœur de tout homme ; elle assume les espoirs qui inspirent les activités des hommes; elle les purifie pour les ordonner au Royaume des cieux; elle protège du découragement; elle soutient en tout délaissement ; elle dilate le cœur dans l’attente de la béatitude éternelle. L’élan de l’espérance préserve de l’égoïsme et conduit au bonheur de la charité.

Les adeptes au quotidien de Jésus

De telles réflexions sont importantes pour nous cette année alors que nous entamons la saison de l’Avent avec grand éclat par l’extrait de Luc sur la fin des temps. Dans l’Évangile d’aujourd’hui (21,25-28; 34-36) nous pouvons voir, entendre et ressentir le discours eschatologique de Marc 13. La véritable destruction de Jérusalem par les Romains en 70 av. J.-C. vers laquelle se retourne Luc et sa communauté (Lc 21,20-24) leur offre un certain confort, car l’annonce de la rédemption finale sera réalisée tout comme la prédiction de Jésus de la destruction de Jérusalem (21,27 -28).

Luc l’évangéliste a apporté des changements importants aux descriptions de la fin des temps de Marc. Luc maintient les premières prédictions de la fin des temps, mais se faisant avec une attention particulière à travers l’Évangile sur l’adhésion quotidienne à Jésus et la réinterprétation du sens attribué à certains signes de la fin des temps dans Marc 13, il se réconcilie avec la situation qui semblait être le retard de la Parousia (deuxième avènement) à la communauté chrétienne des origines. En ce qui concerne la persécution des disciples (21,12-19) et la destruction de Jérusalem (21,20-24), Luc souligne les signes eschatologiques déjà accomplis.

L’essentiel du message du Christianisme ne réside pas dans la connaissance de tous les détails de la fin du monde. En fait, il y a très peu de détails précis sur l’avenir dans les prédications de Jésus sauf le fait que Dieu atteindra son but ultime et il le fera par Jésus. Lorsque mes étudiants me posaient des questions au sujet du deuxième avènement, je leur disais toujours que je m’attendais à une grande surprise comme l’était le premier. Mais cela se trouve entre les mains de Dieu. Il fera advenir son Royaume et c’est bien ce qui importe.

Irréprochable dans la sainteté

Dans la deuxième lecture de la première lettre de Saint-Paul aux Thessaloniciens (3,12-4,2), nous observons Paul, quelque 20 ans après la mort et la résurrection de Jésus, qui tente de renforcer les convictions de ses convertis Thessaloniciens envers leur nouvelle foi. Pour Paul, la Parousia ou le second avènement est essentiel au message chrétien. Sans cette venue, le récit du salut demeurerait incomplet. Paul croyait que la Parousie était imminente, mais elle nécessitait une préparation. Paul a demandé deux choses : (1) une augmentation de l’amour mutuel et universel et (2) l’accomplissement de l’objectif chrétien. Ce but étant la sainteté par l’expression d’un intérêt par amour l’un pour l’autre. Cette sainteté peut-être atteinte par des gestes ordinaires de bonté, de gentillesse, de charité et d’espérance posés au quotidien.

Les œuvres de l’Avent

L’Avent nous secoue et nous tire de notre torpeur. Quels sont les œuvres que chacun de nous devons accomplir cette année ? Nous sommes invités à préparer nos cœurs et nos vies à l’avènement dans sa grandeur sublime dans la chair. Qu’attendons-nous de la vie ? Pour quelles vertus ou quels dons prions-nous cette année ? Quels biens matériels tentons-nous d’obtenir ? Les personnes, les qualités, les choses espérées nous offrent un bon aperçu de notre personne. L’Avent, à l’opposé d’un temps de pénitence ou d’un temps de désespoir, est plutôt un temps pour se réjouir dans l’espérance, dans une attente patiente. Dieu sait que nous sommes un peuple et des individus impatients. Néanmoins, la patience est une sainte vertu pour laquelle nous devons prier durant l’Avent.

Il y a très longtemps St-Cyrille de Jérusalem soutenait que tout au sujet de Jésus était présenté sous deux dimensions.

Il y a en lui deux naissances, l’une par laquelle il naît de Dieu avant tous les siècles, et l’autre par laquelle il naît d’une vierge au centre des siècles. Il y a deux avènements, l’un obscur, par lesquels il descend comme la rosée sur une toison, l’autre éclatant, celui de la fin des temps. Dans le premier il apparaît revêtu de langes, dans une crèche, dans l’autre il apparaît vêtu de splendeur. Dans le premier, il s’est laissé juger, et quand on le condamnait, qu’on le condamnait à mourir sur la croix, il se taisait : et dans le second il viendra pour juger. Ainsi, ne nous arrêtons pas à son premier avènement, mais réjouissons-nous du second. Nous l’avons acclamé à son premier avènement en disant : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. » Et nous devrons l’acclamer de façon similaire à son second avènement pour que nous puissions nous prosterner devant lui en nous exclamant : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. »

En tant que chrétiens, nous proclamons l’avènement du Christ, non seulement le premier avènement, mais également le second qui sera encore plus glorieux. Le premier a eu lieu sous la symbolique d’une patiente souffrance contrairement au second où le Christ sera couronné du royaume de Dieu. L’Avent nous enseigne qu’il y a deux façons d’aborder l’histoire: la première est sociologique et la deuxième est religieuse. La première, chronos, est à la fois damnée et cyclique. La deuxième, kairos, est racheté de Dieu en Jésus-Christ et devient ainsi l’anticipation de la providence et du sacrement.

Permettez-moi de conclure avec quelques réflexions sur l’espérance alors que nous entamons ce temps de l’Avent avec ce patient désir et cette joyeuse attente de Jésus notre Seigneur. Premièrement, ce remarquable extrait tiré des sermons paroissiaux du bienheureux Cardinal John Henry Newman :

Il veille dans l’attente du Christ, celui qui a un cœur sensible, ouvert et accueillant, qui est éveillé, prompt, intuitif, qui se tient aux aguets, ardent à le chercher et à l’honorer. Il veille dans l’attente du Christ celui qui l’attend dans tout ce qui arrive, et qui ne serait ni surpris, ni décontenancé, ni bouleversé s’il était mis tout à coup devant le fait soudain de sa venue […] Et il veille avec le Christ celui qui, en regardant vers l’avenir, ne néglige pas le passé et ne se borne pas à contempler ce que son Sauveur lui a acquis, au point d’oublier ce qu’il a souffert pour lui. Il veille dans le désir de son second avènement et dans les souvenirs affectueux et reconnaissants de sa première venue.

Enfin, je vous fais part de cette émouvante réflexion sur l’espérance du regretté père américain James Keller, fondateur des « Christophers » :

L’espérance recherche la part de bien qui est en chaque individu plutôt que de s’acharner sur le mauvais.
L’espérance dévoile ce qui peut être fait plutôt que de s’attarder à ce qui ne peut l’être.
L’espérance puise sa force d’une profonde confiance en Dieu et la bonté humaine.
L’espérance « allume une bougie » au lieu de « maudire l’obscurité ».
L’espérance considère les problèmes, qu’ils soient grands ou petits, comme de grandes occasions.
L’espérance ne cultive aucune illusion, et ne se soumet pas au cynisme.
L’espérance fixe d’importants objectifs, mais ne se mécontente point face aux multiples difficultés ou déboires.
L’espérance fonce dans les moments où l’abandon semble être la seule issue.
L’espérance supporte les victoires modestes puisque « toute longue épreuve débute par la première étape ».
L’espérance subit les malentendus au service du bien de tous.
L’espérance est bonne perdante, car elle a la certitude divine d’une victoire finale.

21 novembre: Fête de la Présentation de la Vierge Marie dans le Temple de Jérusalem

Cette fête repose sur une pieuse tradition qui tire son origine de deux évangiles apocryphes dans lesquels il est rapporté que la Sainte Vierge, fut présentée au Temple de Jérusalem à l’âge de trois ans et qu’elle y vécut avec d’autres jeunes filles et les saintes femmes qui les dirigeaient.

C’est l’auteur du Protévangile de Jacques, 2e siècle, qui raconte “Un prêtre la reçut et, l’ayant embrassée, il la bénit et dit : Le Seigneur Dieu a exalté ton nom dans toutes les générations. En toi, aux derniers jours, le Seigneur manifestera la rédemption aux fils d’Israël. Et il la plaça sur le troisième degré de l’autel. Et le Seigneur fit descendre sa grâce sur elle. Et ses pieds se mirent à danser et toute la maison d’Israël l’aima.”

Marie de Nazareth n’avait encore que trois ans, mais son âme était déjà la merveille de la sainteté. Où mieux que loin du monde, dans l’enceinte du Temple, Marie se fût-elle préparée à sa mission ? Ce sacrifice de Marie enfant renferme toutes les conditions du plus parfait sacrifice : il a été prompt, généreux, joyeux, sans retour, sans réserve.
Au jour de sa Présentation, Marie nous apparaît comme le porte-étendard de la virginité chrétienne. Après elle viendront des légions innombrables de vierges consacrées au Seigneur, dans le monde ou à l’ombre des autels ; Marie sera leur éternel modèle, leur patronne dévouée, leur guide sûr dans les voies de la perfection.

Le 21 novembre est la date à laquelle nous célébrons le jour « pro orantibus » marquant la fête liturgique de la Présentation de la Bienheureuse Vierge Marie au Temple. Ce jour est dédié aux personnes consacrées à la vie religieuse contemplative. C’est une bonne opportunité pour remercier le Seigneur du don que représentent toutes ces personnes qui, dans les monastères et les ermitages, consacrent leur vie à Dieu dans la prière et le travail silencieux. Plusieurs communautés contemplatives à travers le monde prient pour la Télévision Sel et Lumière.

Pour notre part, nous rappelons avec gratitude ces religieuses qui, comme Sainte Thérèse de Lisieux, ont choisi de demeurer au cœur de l’Église. La dévotion mariale a toujours été importante dans ma propre famille religieuse, la Congrégation des Prêtres de Saint Basile (Pères basiliens). Leur support à la Fondation Catholique Sel et Lumière Média et à la chaîne de télévision qui porte son nom a toujours été constant dans les 15 dernières années. Dans l’histoire des pères basiliens, le père Charles Roume, CSB, rappelle que c’était le 21 novembre 1822, en la fête de la Présentation de Marie, que tous les confrères français on finalement accepté de se réunir pour leur premier chapitre où ils ont élu le père Joseph LaPierre comme premier supérieur général de la Communauté basilienne. Pour cette raison, les basiliens ont choisi le 21 novembre comme jour de fondation.

Voici un lien vers le documentaire sur la fondation en France après la révolution française : http://saltandlighttv.org/whenithinkofannonay/

Rappelant aujourd’hui la Présentation de la Bienheureuse Vierge Marie au Temple à Jérusalem nous honorons ses enfants qui, par leurs vies cachés, ont apportés la lumière et la chaleur de l’Église en tout lieu. Puisse leur exemple donner à toutes personnes consacrées dans la vie religieuse, spécialement ceux et celles avec qui nous vivons et travaillons, le courage de rechercher la vérité, la force pour rayonner et porter la lumière et la chaleur de l’Église et l’habilité pour devenir des demeures de la Présence consolante et compatissante de Dieu sur la terre.

Prière de St-Alphonse-Marie de Ligouri:

O Marie, enfant chérie de Dieu,
que ne puis-je vous offrir et vous consacrer
les premières années de ma vie,
comme vous vous êtes offerte et consacrée au Seigneur dans le Temple !
mais, hélas ! ces premières années sont déjà bien loin de moi !
J’ai employé un temps si précieux à servir le monde
et vous ai oubliée en écoutant la voix de mes passions.
Toutefois il vaut mieux commencer tard à vous servir
que de rester toujours rebelle.
Je viens donc aujourd’hui m’offrir tout entier à votre service,
et consacrer à mon Créateur, par votre entremise bénie,
le peu de jours qu’il me reste encore à passer sur la terre.
Je vous donne mon esprit, pour qu’il s’occupe de vous sans cesse,
et mon cœur, pour vous aimer à jamais.
Accueillez, ô Vierge Sainte, l’offrande d’un pauvre pécheur ;
je vous en conjure par le souvenir des ineffables consolations
que vous avez ressenties en vous offrant à Dieu dans le Temple.
Soutenez ma faiblesse, et par votre intercession puissante
obtenez-moi de Jésus la grâce de lui être fidèle
ainsi qu’à vous, jusqu’à la mort,
afin qu’après vous avoir servie de tout mon cœur pendant la vie,
je participe à la gloire et au bonheur éternel des élus.

Amen

Le roi qui ne s’est pas incliné…

Solennité du Christ-Roi, Année B – dimanche 25 novembre 2018

L’année liturgique se termine aujourd’hui avec la fête du Christ-Roi. Dans la scène poignante du procès de Jésus devant Pilate (Jean18, 33-37), nous voyons un grand contraste entre la puissance et l’impuissance. En se tournant vers les Romains pour s’assurer que  Jésus soit crucifié, les autorités juives accomplissent la prophétie qu’il soit exalté (Jn 3, 14; 12, 32-33). Pilate demande à Jésus: «Es-tu le roi des Juifs?» (v 33) L’accusé prépare sa réponse à une question précédente, qui provoque le fonctionnaire romain: « Dis-tu cela de toi-même, ou bien parce que d’autres te l’ont dit ?» (v 34)

L’arrogance de Pilate n’intimide pas Jésus, qui donne alors sa propre réponse dans les mots bien connus: « Mon royaume n’est pas de ce monde » (v 36). À la fois, Jésus donne la raison: « Mon royaume n’est pas de recourir à la coercition, il n’est pas imposé». Jésus réitère son point de vue: «Mon royaume n’est pas de ce monde. »

Pilate est très astucieux. Pour lui, la réponse de Jésus n’est pas un déni de sa royauté. En effet, Pilate laisse entendre et insiste: « Alors, tu es roi? » (v 37). Jésus accepte sa demande sans hésitation: «Vous dites que je suis roi. Pour cela, je suis venu dans le monde». Pour quoi faire? Pour inaugurer un monde de paix et de fraternité, de justice et le respect des droits d’autrui, de l’amour pour Dieu et pour son prochain. C’est le royaume qui pénètre dans notre histoire humaine, éclairant et menant au-delà de lui-même, un royaume qui n’aura pas de fin. Quand nous prions le Notre Père, nous prions entre autres pour que ce royaume vienne dans sa plénitude.

Dans cette scène évangélique, Pilate se révèle comme un leader profondément perplexe, alors qu’il est face à la Vérité. Qu’y a-t-il de Pilate à l’intérieur de chacun de nous? Ce qui nous empêche d’être libre? Quelles sont nos peurs? Quelles sont nos étiquettes? Quels costumes, quels masques sommes-nous en train de porter en public et voulons-nous conserver à tout prix? Jusqu’à quel point sommes-nous capables de négliger et piétiner les autres pour sauver les apparences, le maintien d’une façade, d’un emploi ou de la bonne opinion que les gens ont de nous à l’égard de notre respectabilité ou de notre réputation ?

Le Royaume de Jésus

Le quatrième évangile met l’accent sur la royauté du Christ. Le cœur du message de Jésus est le Royaume de Dieu et le Dieu de Jésus-Christ est le Dieu du Royaume, celui qui a un mot et une implication dans l’histoire de l’humanité à partir de laquelle l’image du royaume s’inspire. Dans le royaume de Jésus, il n’y a pas de distance entre ce qui est religieux et temporel, mais plutôt entre la domination et le service. Le royaume de Jésus est différent de celui que Pilate connaît et dont il fait volontairement ou non partie. Le royaume de Pilate, et d’ailleurs celui de l’Empire romain, en a été un de l’arbitraire, des privilèges, de domination et d’occupation. Le royaume de Jésus est fondé sur l’amour, la justice et la paix.

Jésus annonce le Royaume de Dieu, le royaume de sainteté et de grâce, de justice, d’amour et de paix. Ce royaume est le but final de Dieu et le but de tout ce qu’il a fait depuis le début. C’est son dernier acte de libération et de salut. Jésus parle de ce royaume comme une réalité future, mais une réalité qui est déjà mystérieusement présente dans son être, ses actions et ses paroles et dans son destin personnel.

Si la fête du Christ-Roi bouleverse certains d’entre nous, n’est-ce pas à cause de notre propre désillusion face aux rois de la terre et aux dirigeants de ce monde, plutôt qu’en la royauté de Jésus? La royauté et le leadership du Fils de Dieu refusent rang et privilège, et toute tentative d’être maître du monde. En lui il n’y a pas de luxure, de cupidité et d’ambition pour le pouvoir. Lui, le roi innocent qui n’exécute personne, est lui-même exécuté. Son règne renverse complètement notre conception de la royauté terrestre. Sa royauté en est une de service optimal, même au point de donner sa vie pour les autres.

Dans l’évangile de Jean, Jésus va à sa mort comme un roi. La crucifixion est l’intronisation de Jésus, l’expression ultime du service royal. A cause du Christ, le couronnement de la souffrance n’est plus la mort, mais plutôt la vie éternelle. Très peu de gens peuvent se mesurer à la stature royale de Jésus, en demeurant impuissants face à des puissants. Plusieurs d’entre nous résistent avec énergie, même si nous avons recours à des formes très raffinées de pression et de manipulation. Jésus n’a jamais répondu à la violence par la violence.

Les deux couronnes de cette fête

La fête du Christ-Roi a eu une signification particulière pour moi depuis que j’ai vécu au couvent Ecce Homo, des sœurs de Sion au Centre sur la Via Dolorosa, dans la vieille ville de Jérusalem pendant les années de mes études supérieures en Écritures Saintes. L’ensemble du complexe fut construit sur ce que l’on croit être le prétoire de Ponce Pilate, le décor de cette scène évangélique entre Jésus et Pilate. Les lieux saints à Jérusalem, qui commémorent des événements de la vie, la passion et la mort de Jésus ont souvent deux fêtes tout au long de l’année, les fêtes qui se souviennent de l’aspect joyeux et douloureux de la vie de Jésus. Les fêtes « patronales » du Centre Ecce Homo Centre sont la joyeuse fête du Christ-Roi à la fin de l’année liturgique et la fête douloureuse de Jésus couronné d’épines au premier vendredi de carême.

Deux fêtes, deux couronnes, deux images du Seigneur Jésus placées devant la communauté chrétienne pour méditer et imiter. La fête du Christ Roi nous présente l’image du Christ couronné d’abord d’épines, puis d’une couronne de laurier, celle du vainqueur, la couronne de gloire toujours verdoyante. Le jour de notre baptême, la couronne de notre tête a été enduite de l’huile sainte du saint chrême, cette huile royale qui fait de nous un autre Christos, un autre Oint. Nous avons le pouvoir de vivre fidèlement et d’aimer farouchement comme Jésus. La couronne de gloire du Christ est promise à chacun de nous. Quelle couronne se trouve au centre de notre foi et de notre annonce?

Qui, sinon le Sauveur condamné?

Jésus a répondu aux questions du gouverneur romain, en déclarant qu’il était un roi, mais pas de ce monde (cf. Jn 18, 36). Il n’est pas venu pour régner sur les peuples et les territoires, mais pour libérer les gens de l’esclavage du péché et les réconcilier avec Dieu. Il déclare: « Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Tout homme qui appartient à la vérité écoute ma voix. » (Jn 18, 37)

Quelle est cette «vérité» pour que le Christ soit venu dans le monde entier pour y rendre témoignage? L’ensemble de son existence révèle que Dieu est amour: c’est donc la vérité dont il témoigne jusqu’au sacrifice de sa propre vie sur le Calvaire. Jésus a établi le Royaume de Dieu une fois pour toutes sur la croix. Le chemin pour atteindre ce but est long et n’admet pas de raccourci: en effet, chaque personne doit accepter librement la vérité de l’amour de Dieu. Dieu est Amour et Vérité, et ni l’amour ni la vérité ne sont jamais imposés. Ils se tiennent debout et frappent doucement à la porte de nos esprits et de nos cœurs, attendant que nous ouvrions la porte et que nous leur souhaitions la bienvenue. Pourtant, nous avons si souvent peur d’ouvrir la voie à de tels hôtes dans nos vies et nos royaumes terrestres en raison des implications graves associées à de tels cadeaux. Beaucoup d’entre nous résistent à la vérité avec le pouvoir, tandis que d’autres auront recours à des formes très raffinées de pression et de manipulation pour cacher la vérité.

Alors que nous contemplons le Christ crucifié, nous comprenons un peu pourquoi le Christ est resté un roi, même jusqu’à notre époque: il ne s’est jamais incliné. Celui qui était la vérité incarnée ne s’est jamais imposé à d’autres. Il se leva, attendit et frappa à la porte. Il n’a jamais répondu à la violence par la violence.

À la fin du Chemin de Croix au Colisée de Rome le Vendredi saint de l’année jubilaire 2000, le pape Jean-Paul II a prononcé ces paroles émouvantes:

Qui, sinon le Sauveur condamné, peut pleinement comprendre la douleur de ceux et celles qui sont injustement condamnés?

Qui, sinon le Roi bafoué et humilié, peut répondre aux attentes de nombreux hommes et des femmes qui vivent sans espérance et sans dignité?

Qui, sinon le Fils de Dieu crucifié, peut connaître la douleur et la solitude de tant de vies brisées et sans avenir?

Jésus a pris ses blessures au ciel, et il y a un endroit au ciel pour nos blessures, parce que notre roi porte les siennes dans la gloire. En ce dernier dimanche de l’année liturgique, notre Roi crucifié se tient au milieu de nous, les bras tendus par la miséricorde et l’accueil. Puissions-nous avoir le courage de lui demander de se souvenir de nous dans son royaume, la grâce de l’imiter dans nos propres royaumes terrestres, et la sagesse pour lui souhaiter la bienvenue quand il se tient, frappant à la porte de nos vies et de nos cœurs.

Sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte…

Trente-troisième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 18 novembre 2018

L’évangile de ce dimanche est tiré du plus difficile chapitre de l’évangile de Marc (13, 24-32) et est souvent interprété comme une annonce de la fin du monde. Marc 13 est appelé parfois la « petite apocalypse ». Comme Daniel 7-12 et le livre de l’Apocalypse, il est centré sur les persécutions. Nous pouvons voir que, en étudiant ce chapitre dans son ensemble, nous sommes plutôt dans le registre du sens que de la chronologie.

La prédiction de Jésus de la destruction du temple (Mc 13, 2) souleva tant de questions que les quatre disciples l’interrogèrent en privé au sujet de l’heure et des signes qui annonceraient la fin du monde (Mc 13, 3-4). Jésus répond à leurs questions par un discours eschatologique à la veille de sa mort. Il contient des instructions et des encouragements, exhortant les disciples et l’église à la foi, l’obéissance à travers les épreuves auxquelles ils seraient confrontés. (Mc 13, 5-13). Le signe est la présence d’une abomination (Mc 13, 14 et Daniel 9, 27), c’est-à-dire du pouvoir romain qui profane le temple. On presse les gens de fuir de Jérusalem plutôt que de  défendre la ville par l’intermédiaire d’un espoir messianique mal guidé. (Mc 13, 14-23). Une intervention aura lieu seulement après la destruction (Mc 13, 24-27), qui arrivera avant la fin de la première génération de chrétiens (Mc 13, 28-31).

Personne sauf le Père ne connait l’heure précise ou celle de la parousie (Mc 13, 32). Dès lors, il est nécessaire de veiller constamment (Mc 13, 33-37). Luc parle de la parousie pour une date ultérieure, après « Le temps des païens » (Luc 21, 24). Voir aussi les notes sur Matthieu 24,1 – 25,46.

Le Fils de l’Homme

Les paroles de Jésus dans l’évangile d’aujourd’hui portent sur deux réalités : Jésus lui-même va accomplir les textes des Écritures de l’Ancien Testament à la fin des temps et les disciples ne doivent pas se soucier de l’heure précise du retour de Jésus.  Quand nous lisons le verset 26, nous savons que Jésus est cet être céleste qui viendra dans la puissance et la gloire. Comme le Fils de l’Homme de Daniel, le Jésus de Marc reviendra et rassemblera ses élus « des quatre coins du monde, de l’extrémité de la terre à l’extrémité du ciel » (Mc 13,  27). Quand Jésus parlait, il ne brossait pas le tableau d’un futur étincelant pour ses disciples. Il parlait de l’ère dans laquelle les premiers lecteurs de Marc vivaient et en vérité, dans laquelle nous vivons nous-mêmes. Jésus prévoyait les guerres, les tremblements de terre, les famines, et les identifie comme « le début de grands bouleversements » : les événements prophétisés annoncent l’avènement douloureux d’un temps nouveau, qui survient même si les forces des temps anciens luttent pour l’en empêcher.

Jésus décrit au peuple de ce temps toutes les choses qui éveilleraient la peur des gens d’aujourd’hui: guerres, persécution, catastrophes, scandales et peuples dans la misère. Jésus utilise ces prédictions de détresse comme fondement de l’espoir. Nous sommes invités à fixer notre regard sur lui ! Ces paroles de Jésus dans cet évangile (v 29-31) me réconforte particulièrement: « Lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte. Amen, je vous le dis : cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive. Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas. »

L’épreuve eschatologique

L’épreuve eschatologique se présentera sous diverses formes. La première, il y aura les trahisons. Comme Jésus qui a été trahi et livré aux mains des pécheurs pour être éprouvés, de même les lecteurs de Marc seront trahis ou livrés aux conseils, frappés dans les synagogues et appelés à donner leurs témoignages devant les gouverneurs et les rois. Ils seront trahis et livrés à mort non seulement par leurs ennemis mais aussi par leurs parents et enfants, leur propre chair !

La deuxième forme de l’épreuve, des faux christs et des faux prophètes feront leur apparition, pour détourner les gens du droit chemin. Ces trompeurs promettront la délivrance et feront des signes et des merveilles pour faire abandonner au peuple leur foi en Jésus.

Troisièmement viendront des épreuves ou des tentations même pour ceux qui jouissent d’une paix relative et stable. Jésus parle au sujet de la dernière sorte d’épreuve en concluant la parabole au chapitre 13, au sujet d’un homme qui part en voyage, ayant chargé ses serviteurs et son intendant « de veiller et de rester éveillés ». La parabole suggère que les lecteurs de Marc sont en danger lorsqu’ils manquent à leur devoir de veilleurs. Ils sont menacés par « les soucis du monde, et l’appât  des richesses », Ailleurs, Jésus les avertit que la semence peut être étouffée  avant qu’elle n’arrive à maturité.

L’évangile de Marc nous enseigne que tous ceux qui suivent Jésus seront éprouvés. Ils le seront par des grands fléaux ou par des séducteurs puissants qui feront des prodiges pour les attirer. Ils le seront dans leur quotidien routinier et dans leur chair. Quelle que soit la forme de l’épreuve à laquelle nous devons faire face, Marc nous dit que nous devons rester vigilants et prier, car si nos esprits et nos cœurs sont divisés, nous échouerons et nous ne serons pas prêts à accueillir le maître quand il reviendra.

Nous serons mis à l’épreuve mais nous n’avons pas à avoir peur car Jésus a changé à jamais le contexte de ces épreuves. Parce qu’en endurant l’épreuve Jésus s’est offert lui-même comme parfait sacrifice à Dieu, c’est pourquoi rendre le culte à Jérusalem devient un acte dépassé. A partir de maintenant et pour toujours les offrandes appropriées seront nos prières faites par la communauté rassemblée de croyants, plutôt que les sacrifices faits au temple. L’offrande de Jésus lui-même acceptée par Dieu suffit pour enlever le péché du monde. Jésus a payé la rançon des péchés de ceux qui le suivent. Ils peuvent être confiants d’être sauvés.

La communauté de ceux qui prient

Marc souligne qu’à la suite de la destruction du temple, la communauté des priants sera la “maison de prière pour toutes les nations”, le nouveau temple sera élevé  par Jésus. La prière déterminée  est la marque de cette nouvelle communauté, le temple construit de pierres vivantes. Mais comment Marc et ses lecteurs ont-ils compris cette notion de « prière déterminée, résolue »? Comment chacun s’arrange-t-il pour prier de cette manière et quelles furent les conséquences de cette prière dans la vie quotidienne? Jésus a promis que la prière fidèle sera exaucée, mais sa promesse est qualifiée : ceux qui prient ne doivent pas douter dans leur cœur.

Dans la nuit et l’angoisse de Gethsémani, Jésus demande sérieusement que Dieu le sauve de l’agonie qui est proche, et il est pleinement convaincu que Dieu peut le faire. Mais au même moment, il se soumet à la volonté de Dieu son Père. L’endurance de Jésus, sa détermination, l’abandon délibéré de sa vision en faveur de la vision de Dieu pour lui, le fait triompher dans le jardin au pied du Mont des Oliviers. Pour Marc, cette prière de Gethsémani est le modèle du comment les « disciples éprouvés » doivent prier.

Lorsque nous sommes mis à l’épreuve

Quels sont les événements catastrophiques qui secouent le monde d’aujourd’hui? Comment sommes nous mis à l’épreuve quotidiennement? Les expériences de rejet, de souffrance, de mort ou de perte, de privation et de vide nous conduisent-elles à abandonner le Monde de la vie que nous avons reçu avec joie?  Nos soucis d’argent, de réussite au travail ou à l’école, de santé, d’arrêt d’une dépendance, de sécurité d’emploi, de statut, de reconnaissance, de famille et de relations sont-ils en train d’étouffer la Parole de Dieu qui est plantée dans nos cœurs? Sommes-nous accrochés à nos passions, comme la colère, la souffrance ou le désir  qui nous empêchent de suivre Jésus? Y a-t-il encore de la joie dans notre vie?

La Bonne Nouvelle de l’évangile de Marc c’est que nous n’avons pas à répéter la fidélité de Jésus au temps des épreuves par la force de notre propre volonté. Nous ne devons pas affronter les épreuves sataniques, dépourvus de pouvoir divin. Jésus de Nazareth a changé notre situation à jamais. Marc annonce la Bonne Nouvelle en termes de la puissance des croyants qui prient. La communauté chrétienne a le pouvoir de s’engager dans la prière déterminée qui ne peut pas être empreinte de peur, peine, persécution ou pouvoirs décevants au travail dans le monde. Jésus a expié le péché du monde et terrassé les puissances qui cherchaient à séparer les hommes de Dieu. Par conséquent, tout est possible lorsque nous allons à Dieu par la prière.

Voir à long terme

Lorsque nous affrontons les revers, les pertes et les tragédies de la vie quotidienne, ne perdons jamais de vue la vision à long  terme de l’histoire du salut. En tant que chrétiens, nous sommes invités chaque jour à répondre aux alternances d’espoir et de ténèbres qui souvent étreignent notre époque. L’anxiété collective peut devenir facilement une hystérie massive au milieu de n’importe quelle crise. C’est pourquoi il est si important d’être ancrés fermement dans la Parole de Dieu, de tirer la vie de cette Parole et d’en vivre. C’est ainsi que se réaliseront les paroles du prophète Daniel (12, 1-3) dans notre quotidien : « Les sages brilleront comme la splendeur du firmament, et ceux qui sont des maîtres de justice pour la multitude resplendiront comme les étoiles dans les siècles des siècles ».

Le témoignage courageux des deux veuves

Trente-deuxième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 11 novembre 2018

La lecture de l’Ancien Testament de ce dimanche tirée du Livre des Rois 17,10-16 et l’évangile de Marc 12, 38-44 nous présentent deux veuves remarquables qui nous impressionnent par leur conviction, leur générosité et leur foi. Elles nous obligent à réexaminer notre compréhension du pauvre et de la pauvreté et de regarder nos propres manières d’être généreux avec les autres. J’aimerais vous offrir quelques réflexions à partir des récits de ces deux figures bibliques et ensuite appliquer leur exemple dans nos propres vies, à travers les lunettes de l’encyclique « La Charité dans la Vérité » du pape Benoît XVI.

Élie et la veuve de Sarepta

Lorsque je lis les histoires du cycle d’Élie et Élysée dans les premiers et seconds livres des Rois, je rends grâce pour l’un de mes professeurs de l’Institut biblique pontifical à Rome, le père Stephen Pisano, sj, qui enseignait le meilleur cours que j’ai eu sur l’Ancien Testament : « L’Homme de Dieu dans les livres des Rois ». Dieu sait le nombre de fois que j’ai relu ces notes et apprécié à nouveau les histoires d’Élie et de son disciple Élisée et leurs efforts pour faire connaître et aimer la Parole de Dieu sur la terre d’Israël!

Dans le premier livre des Rois 17, 8-16, Dieu ne cesse de mettre à l’épreuve le prophète Elie. Bien que le passage du lectionnaire d’aujourd’hui commence au verset 10, il importe de revenir au verset 8 pour bien comprendre le sens du texte. Au verset 8, nous lisons : « La Parole du Seigneur lui fut adressée : ‘Lève-toi, va à Sarepta qui appartient à Sidon, tu y habiteras : j’ai ordonné là-bas à une femme, à une veuve, de te ravitailler. » Elie ne se met en marche qu’après avoir reçu l’ordre de Dieu. Il est essentiel d’être en communication avec Dieu en écoutant Sa Parole avant de partir en mission. Ensuite il est dit à Elie d’aller à Sarepta.(v.9), qui fait partie de Sidon. Le verset 9 contient trois commandements: “Lève-toi”, “Va” et “Reste”. Le prophète subira une épreuve sur chacun de ces commandements à travers la foi, la vérité et l’obéissance, la disponibilité et l’engagement. Lorsque il est dit à Elie « Lève-toi » la démarche exigée est non seulement physique, elle est aussi spirituelle. Pour Elie, suivre le Seigneur dans l’obéissance résulte de son propre réveil spirituel.

Le deuxième commandement “ va à Sarepta ” évoque l’idée du voyage, comportant les risques, les épreuves et les dangers. Elie est envoyé à une place spécifique, Sarepta, qui signifie «lieu de fusion et d’épreuve ». De plus, Sarepta était sur la terre de Sidon, qui appartenait à la méchante Jézabel. Elie n’est pas envoyé au Club Med !

Le troisième commandement « Reste » le mit au défi par rapport à son engagement véritable en tant qu’homme de Dieu qui cherche simplement à servir le Seigneur. La nourriture d’Elie lui viendra d’une pauvre veuve, déchue et dépressive, préoccupée à survivre au milieu d’une nation païenne, Sidon, qui représente le camp clairement opposé au Dieu d’Israël.

Elie rencontre sa bienfaitrice, qui ne vit pas dans une grande maison ou elle partage son surplus avec les prophètes itinérants, mais plutôt aux portes de la ville, ramassant quelques branches car elle n’a rien pour cuire ne serait-ce qu’un maigre repas.

Le Dieu qui commande aux corbeaux et qui prend soin d’Elie dans le désert (1 Rois 17, 1-7), fut le même Dieu qui exige de la veuve qu’elle nourrisse le prophète. A Sarepta, la femme pauvre a écouté la demande d’Elie et il est advenu ce qui était promis selon la Parole du Seigneur. Elle a vu la puissance de Dieu : la veuve, son fils et Elie ont tous été soutenus.

Quelles leçons pouvons nous tirer de ce passage ? Grâce à la générosité d’une pauvre femme et de sa bonté, de la foi d’Elie, Dieu a renforcé la foi du prophète, renouvelle son élan missionnaire, en même temps qu’il a réconforté la veuve et son fils. Le Seigneur Dieu pourvoira pour nous, au-delà des apparences de faiblesse, d’échec et de peur. Dieu agira toujours beaucoup plus que nous ne pouvons demander ou imaginer.

Jésus et la veuve du temple

Dans le passage de l’évangile très connu de ce dimanche (Marc 12, 38-44), Jésus rend grâces pour l’offrande de la femme pauvre et affirme que le critère pour mesurer les dons n’est pas selon ce que nous donnons aux œuvres de Dieu ou combien nous mettons dans la corbeille, mais combien nous avons gardé pour nous-mêmes. Ceux qui donnent de leur surplus auront encore en abondance.

Jésus est-il en train d’exalter cette femme parce qu’elle a vidé son compte en banque pour le temple? Idéalise-t-il les pauvres? J’ai déjà rencontré des gens qui rêvaient de tirer d’affaire les pauvres, les affamés et les itinérants. Je ne connais personne qui rêve de vivre sur le Bien Etre Social ou qui aime faire les poubelles et est fier de ne pas pouvoir payer les factures d’électricité et d’eau durant les rudes hivers canadiens.

La femme de ce récit provocateur était pauvre parce qu’elle était veuve. Son sort dépendait complètement des hommes de sa famille. Être veuve signifiait non seulement perdre le statut d’épouse mais plus tragiquement, perdre la personne dont vous dépendiez totalement. Les veuves étaient forcées de vivre de la générosité des hommes de leur famille et de quiconque dans la communauté qui pouvait pourvoir à leurs besoins.

Les deux pièces de cette femme étaient toute sa fortune. Lorsque quelqu’un a si peu, une pièce ou deux ne vont pas changer sa situation sociale. Avec ou sans les pièces, la veuve était toujours dépendante. Elle n’avait aucun statut dans la vie. Elle était totalement dépendante de la grâce de Dieu, toutefois, elle était aussi riche de la miséricorde de Dieu.

Jésus ne condamne jamais le riche mais il dit simplement qu’il lui sera difficile d’entrer dans le royaume. La question n’est pas de savoir combien d’argent il y a dans les comptes en banque mais plutôt à quoi cet argent est-il destiné? Cet argent va-t-il être utilisé pour aider les autres, pour rendre le monde meilleur? Sera-t-il donné pour nourrir, vêtir et prendre soin des sans-abris et des pauvres sans statut? Sera-t-il utilisé pour bâtir une culture de vie? Le sens de nos vies est-il d’avoir de l’argent ou de dépendre de Dieu qui nous fait vraiment riches? Nous comportons-nous comme des propriétaires ou vivons-nous comme des serviteurs?

La veuve a donné ses seuls signes d’indépendance dans la corbeille, mais elle a maintenu son entière dépendance en Dieu et en son voisin. Son exemple de foi est enracine dans l’amour de Dieu : son amour pour Dieu et l’amour de Dieu pour elle. Elle fut une servante et non une propriétaire de ses maigres possessions. Cette pauvre veuve nous apprend cette dépendance, qui loin de nous opprimer et de nous déprimer, peut réellement nous conduire a une vie vécue dans une joie et une profonde gratitude.

Quatre brève section de l’encyclique ‘Caritas in Veritate’ de Benoît XVI méritent une réflexion attentive de notre part au cours de la semaine qui vient.

1. Jésus Christ purifie et libère de nos pauvretés humaines la recherche de l’amour et de la vérité et il nous révèle en plénitude l’initiative d’amour ainsi que le projet de la vie vraie que Dieu a préparée pour nous. Dans le Christ, l’amour dans la vérité devient le Visage de sa Personne. C’est notre vocation d’aimer nos frères dans la vérité de son dessein. Lui-même, en effet, est la Vérité (cf. Jn 14, 6).

23. Sortir du retard économique, fait en soi positif, ne résout pas la problématique complexe de la promotion de l’homme, ni pour les pays bénéficiaires de ces avancées, ni pour les pays déjà économiquement développés, ni non plus pour ceux qui restent pauvres; ceux-ci peuvent également souffrir, en dehors des anciennes formes d’exploitation, des conséquences néfastes provenant d’une croissance marquée par des dévoiements et des déséquilibres.

42. Pendant longtemps, on a pensé que les peuples pauvres devaient demeurer fixés à un stade préétabli de développement et devaient se contenter de la philanthropie des peuples développés. Dans Populorum progression Paul VIa pris position contre cette mentalité. Aujourd’hui les ressources matérielles utilisables pour faire sortir ces peuples de la misère sont théoriquement plus importantes qu’autrefois, mais ce sont les peuples des pays développés eux-mêmes qui ont fini par en profiter, eux qui ont pu mieux exploiter le processus de libéralisation des mouvements de capitaux et du travail. La diffusion du bien-être à l’échelle mondiale ne doit donc pas être freinée par des projets égoïstes, protectionnistes ou dictés par des intérêts particuliers.

75. Tandis que les pauvres du monde frappent aux portes de l’opulence, le monde riche risque de ne plus entendre les coups frappés à sa porte, sa conscience étant désormais incapable de reconnaître l’humain. Dieu révèle l’homme à l’homme; la raison et la foi collaborent pour lui montrer le bien, à condition qu’il veuille bien le voir; la loi naturelle, dans laquelle resplendit la Raison créatrice, montre la grandeur de l’homme, mais aussi sa misère, quand il méconnaît l’appel de la vérité morale.

Amour de Dieu et tendresse pour le prochain

Trente-et-unième dimanche du Temps Ordinaire, Année B – 4 novembre 2018

La première lecture d’aujourd’hui, tirée du livre du Deutéronome (6,2-6) et le passage de l’Évangile de Marc (12,28-34) contiennent la prière fondamentale du Shema, la profession de foi hébraïque : « Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est l’Unique » (Deutéronome 6,4). De la même façon que nous professons notre foi par le credo dans la liturgie chrétienne, le peuple juif confesse sa foi par le Shema dans les services de la synagogue. Le Shema est un résumé de la vraie religion : « Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est l’Unique. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. »

Au cœur de la profession de foi hébraïque, il y a cette vérité : il n’y a qu’un seul Dieu, le créateur du ciel et de la terre, et qui est donc le Dieu universel. Tous les autres dieux ne sont pas Dieu et l’univers dans lequel nous vivons trouve son origine en Dieu et a été créé par lui. Cette idée de la création se trouve ailleurs mais ce n’est qu’ici qu’il devient parfaitement clair que ce n’est pas un dieu parmi d’autres mais le seul vrai Dieu lui-même qui est à l’origine de tout ce qui existe. Le monde entier vient à l’existence par la puissance de sa Parole créatrice.

Le sacerdoce de Jésus Christ

Dans la deuxième lecture, Hébreux 7,23-28, nous entendons parler des prêtres de l’Ancienne Alliance qui, en dépit de leur grand nombre, ont été empêchés par la mort de rester en fonction. Nous entendons aussi parler du sacerdoce de Jésus Christ qui, parce qu’il vit pour toujours, exerce une prêtrise qui ne passera pas. Jésus, le nouveau grand prêtre, garantit la permanence de la Nouvelle Alliance. Par conséquent, il est toujours capable de sauver ceux qui s’avancent vers Dieu grâce à lui puisqu’il vit pour toujours afin d’intercéder pour eux. Jésus n’était pas prêtre selon la tradition juive. Il n’appartenait pas à la lignée d’Aaron mais à celle de Juda; la voie du sacerdoce ne lui était donc pas légalement accessible. La personne et l’activité de Jésus de Nazareth ne se situent pas dans le prolongement des anciens prêtres mais bien plutôt dans celui des prophètes de l’ancien Israël.

Comme l’a souligné le pape Benoît dans l’homélie qu’il a prononcé à Rome, le 3 juin 2010, lors de la solennité du Corps et du Sang du Christ, « Jésus prit ses distances d’une conception rituelle de la religion, critiquant l’ordre qui accordait de la valeur aux préceptes humains liés à la pureté rituelle plutôt qu’à l’observance des commandements de Dieu, c’est-à-dire à l’amour pour Dieu et pour son prochain qui, comme le dit le Seigneur, “vaut mieux que toutes les offrandes et tous les sacrifices”… Même sa mort, que nous chrétiens appelons à juste titre “sacrifice”, n’avait rien des sacrifices antiques, elle était même tout le contraire : l’exécution d’une condamnation à mort, par crucifixion, la plus infamante, qui eut lieu à l’extérieur des murs de Jérusalem. » Le sacerdoce du Christ comporte la souffrance. À défaut de ce principe et de cette perspective fondamentale, tous nos efforts pour construire l’Église de Jésus Christ resteront vains.

Un enseignement crucial

Jésus était une menace pour les scribes et ceux-ci sont souvent représentés comme lui étant hostiles. Mais dans le récit de l’Évangile d’aujourd’hui, en Marc 12,28-34, nous assistons à une conversation plutôt sympathique en regard des controverses habituelles entre Jésus et les scribes.

Pour saisir pleinement le sens de ce passage de l’Évangile, il est important de comprendre le rôle que joue le scribe dans le judaïsme. Le scribe n’est membre d’aucune secte juive ni d’aucun parti politique comme les pharisiens, les sadducéens, les esséniens ou les zélotes, même si plusieurs scribes étaient effectivement des pharisiens qui suivaient une interprétation stricte de la Loi. Les scribes étaient les savants et les intellectuels du judaïsme. Leur savoir était la connaissance de la Loi qu’ils tenaient pour la somme de la sagesse et la seule vraie science. Le scribe occupait au sein de la communauté juive une position de leadership respectée.

Dans le texte d’aujourd’hui, le scribe semble impressionné par les réponses que Jésus vient de donner (versets 27-28) à la question sur le sort de la femme aux sept maris, à l’heure de la résurrection. Le scribe approche Jésus et veut en savoir plus.

La question clé, « Quel est le premier de tous les commandements? », offre à Jésus l’occasion de donner un enseignement important. Les maîtres de la Torah (scribes et rabbins) avaient toujours discuté de l’importance relative des commandements de l’Ancien Testament. En réponse, Jésus cite le Deutéronome 6,4-5 (la première lecture d’aujourd’hui), et indique les premiers versets du Shema, que les juifs récitent tous les jours. Même si on a posé à Jésus une question sur le premier commandement, il en cite deux dans sa réponse. Le second, c’est : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », tiré de Lévitique 19,18, qui ne faisait pas partie, lui non plus, des 613 commandements. Ce qui est remarquable, c’est que le scribe exprime son accord avec Jésus en lui faisant écho sans la moindre trace d’hostilité ou d’ironie.

En parlant du cœur, de l’âme, de l’intelligence et de la force (verset 30), la Bible n’entend pas nommer les différents éléments qui composent la personne mais souligne que c’est toute la personne qui doit aimer Dieu avec tout ce qu’elle a et ce qu’elle est. Les textes du Deutéronome ne mentionnent que le cœur, l’âme et la force tandis que l’Évangile d’aujourd’hui parle du cœur, de l’âme, de l’intelligence et de la force (comme le fait Matthieu 22,37). Jésus identifiait probablement l’intelligence (la connaissance) à la force.

L’Évangile d’aujourd’hui rappelle spontanément le récit de l’homme qui a de grands biens et qui est proche du Royaume des cieux. L’interprétation correcte du scribe et l’humilité de son ouverture sont uniques (Marc 10,13-16). La différence entre l’homme riche et le scribe, c’est que Jésus n’ajoute pas ici pour le second, comme il le fait pour le premier, qu’il y a encore une chose (Marc 10,21); parce que le scribe a compris, il n’y a rien qui l’empêche d’entrer dans le Royaume.

Moïse enseigne dans le Shema (cf. Deutéronome 6,5; Lévitique 19,34) – et Jésus le répète dans l’Évangile (cf. Marc 12,19-31) – que tous les commandements se ramènent à l’amour de Dieu et à la tendresse pour le prochain. Chaque fois que les juifs récitent le « Shema, Israël » et que les chrétiens rappellent le premier et le second grand commandement, eux et nous, par la grâce de Dieu, nous rapprochons. Chaque fois que nous faisons le signe de la croix, nous traçons le Shema sur notre corps car nous nous touchons la tête (l’âme), le cœur et les épaules (la force) en les vouant au service de Dieu.

La Lectio Divina : écouter la Parole de Dieu

Les lectures d’aujourd’hui nous invitent à une forme particulière d’écoute de la Parole de Dieu. Cette écoute exige un silence prolongé pour que l’Esprit Saint puisse révéler l’intention et le sens de la Parole de Dieu, et s’unir à notre propre esprit (cf. Romains 8,26-27). À ce propos, j’aimerais faire quelques observations au sujet de l’art vénérable de la Lectio Divina. Verbum Domini, l’exhortation apostolique née du synode sur la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église, propose la Lectio Divina comme méthode pour approcher, comprendre, prier et aimer la Parole de Dieu.

Verbum Domini déclare en effet :

« Le Synode a insisté à plusieurs reprises sur l’exigence d’une approche priante du texte sacré comme élément fondamental de la vie spirituelle de tout croyant, dans les divers ministères et états de vie, en se référant notamment à la Lectio divina. La Parole de Dieu est, en effet, à la base de toute spiritualité chrétienne authentique. » (no 86)

Dans Verbum Domini, le pape Benoît décrit en détail la méthode de la Lectio Divina (no 87) :

« Je voudrais rappeler brièvement ici ses étapes fondamentales : elle s’ouvre par la lecture (lectio) du texte qui provoque une question portant sur la connaissance authentique de son contenu : que dit en soi le texte biblique? Sans cette étape, le texte risquerait de devenir seulement un prétexte pour ne jamais sortir de nos pensées.

« S’ensuit la méditation (meditatio) qui pose la question suivante : que nous dit le texte biblique? Ici, chacun personnellement, mais aussi en tant que réalité communautaire, doit se laisser toucher et remettre en question, car il ne s’agit pas de considérer des paroles prononcées dans le passé mais dans le présent.

« L’on arrive ainsi à la prière (oratio) qui suppose cette autre question : que disons-nous au Seigneur en réponse à sa Parole? La prière comme requête, intercession, action de grâce et louange, est la première manière par laquelle la Parole nous transforme.

« Enfin, la Lectio divina se termine par la contemplation (contemplatio), au cours de laquelle nous adoptons, comme don de Dieu, le même regard que lui pour juger la réalité, et nous nous demandons : quelle conversion de l’esprit, du cœur et de la vie le Seigneur nous demande-t-il? Saint Paul, dans la Lettre aux Romains affirme : “Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour savoir reconnaître quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est par- fait” (12,2).

« La contemplation, en effet, tend à créer en nous une vision sapientielle de la réalité, conforme à Dieu, et à former en nous “la pensée du Christ” (1 Corinthiens 2,16). La Parole de Dieu se présente ici comme un critère de discernement : “elle est vivante, (…) énergique et plus coupante qu’une épée à deux tranchants; elle pénètre au plus profond de l’âme, jusqu’aux jointures et jusqu’aux moelles; elle juge des intentions et des pensées du cœur (Hébreux 4,12). Il est bon, ensuite, de rappeler que la Lectio divina ne s’achève pas dans sa dynamique tant qu’elle ne débouche pas dans l’action (actio), qui porte l’existence croyante à se faire don pour les autres dans la charité. »

Par la simplicité de l’adhésion à tout le texte biblique et par le respect qu’elle lui témoigne, la Lectio divina est un exercice d’obéissance totale et inconditionnelle à Dieu qui parle aux êtres humains qui écoutent attentivement la Parole.

Maître, nous voulons voir !

Trentième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 28 octobre 2018

Dans l’Évangile de Marc, les récits de guérison de l’aveugle à Bethsaïde (8,22-26) et de Bartimée en route vers Jéricho (10,46-52) étaient incontestablement des récits très connus dans l’Église primitive. Ces miracles m’ont toujours fasciné, car j’ai grandi avec un père qui était optométriste. Combien de fois avons-nous discuté de déficiences de la vue, du stigmatisme, des cataractes et de la vision parfaite? Mon père était membre d’un organisme de charité qui venait en aide aux aveugles et je me souviens très bien de ce bénévolat, avec mon père et ses collègues également médecins, lors de fêtes de Noël organisées pour les aveugles.

En route vers Jéricho

L’auteur de l’Évangile selon St-Marc nous fait part de la rencontre de Jésus et de Bartimée, un mendiant aveugle (Mc 10,46-52) dans l’Évangile du 30e dimanche du temps ordinaire (Année B). Jésus avait effectué un long périple éprouvant à travers la vallée du désert à partir du Nord, en Galilée.  Il était alors en route pour Jérusalem, une montée peineuse d’une oasis du désert jusqu’aux collines de la Judée.

Comme Jésus arrivait à Jéricho, Bartimée perçut l’agitation de la foule, sentant qu’une occasion unique était à portée de main. Il devait assurément la saisir. Du bord de la route, il se mit à crier, « Jésus, fils de David, aie pitié de moi ! » Certains dans l’entourage de Jésus avaient honte de ce mendiant sale et insolent qui dérangeait le maître. Tant et si bien qu’ils tentèrent de le faire taire.

Pourquoi avaient-ils honte? Pourtant, Bartimée tentait simplement de prendre part à la culture environnante et de cette façon, faire valoir qu’il avait également le droit de voir Jésus. Si les gens de la foule avaient entendu les rumeurs à propos des pouvoirs de guérison de Jésus, n’auraient-ils pas exprimé un peu plus de compassion envers ce pauvre mendiant, et ne l’auraient-ils pas présenté à Jésus ?

Ni Bartimée ni Jésus ne seraient rejetés. Dès qu’il a entendu les cris du mendiant, Jésus écarta les réticences des disciples et appela l’aveugle.  Bartimée jeta son manteau et courut vers cette voix chaleureuse qui répondit immédiatement : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? »

« Rabouni, que je voie. » Et Bartimée se mit à voir non seulement avec ses yeux, mais surtout, avec son coeur. Bien que Bartimée fût aveugle à bien des égards, il voyait clairement qui était Jésus.  L’objectif de la foi qui nous rend disciples est de « voir clairement qui est Jésus » En fin de compte, Bartimée se mit à voir et suivit Jésus sur la route. Étant donné que le verset suivant de l’Évangile de Marc raconte l’arrivée à Jérusalem, nous pouvons déduire avec certitude que Bartimée a suivi Jésus sur le chemin vers la croix.

La métaphore de l’aveugle

La compassion envers les parias a été une caractéristique importante du ministère de Jésus et dans l’Évangile, les récits de guérison ne consistent jamais en une simple transformation d’incapacités physiques. Dans les récits de ceux qui étaient « aveugles, mais se mettent à voir », il faut noter que le lien entre la vision et la foi est tellement fort que les miracles accomplis par Jésus se rapportent plus à la croissance spirituelle qu’à la disparition de la cécité.

Les disciples de Jésus ont des problèmes de vision.  Combien de fois fait-on usage de la métaphore d’aveuglement afin de décrire notre incapacité à saisir le sens des souffrances endurées ? Cet aveuglement est parfois décrit comme étant une incapacité de voir les arbres dans la forêt, mais ne serait-ce pas qu’une analyse simplifiée. L’aveuglement familial est encore plus inquiétant, car il suppose qu’il n’y aucune leçon à apprendre. L’aveuglement est souvent enraciné dans l’arrogance. Chaque jour, nous devons ajuster notre vue.

De nos jours, quels aspects de l’Église, de la société et de notre culture auraient sérieusement besoin de guérison, de restauration et de reformation ? Quels sont nos angles morts ? Quels sont les problèmes de myopie et d’hypermétropie les plus graves ? Combien de fois préférons-nous le monologue au dialogue tout en refusant de croire que nous pourrions apprendre de ceux qui sont d’avis contraire ou qui s’opposent à nous ? Autrement dit, nous refusons parfois de prendre part à la culture environnante en optant pour un mode de vie étroit, agressif et colérique? Et puis, combien de fois affirmons-nous qu’il n’existe aucune autre façon d’aborder le problème que la nôtre ?

Combien de fois nous comportons-nous comme ceux qui ont tenté d’empêcher Bartimée de voir et de rencontrer le Seigneur ? Face aux critiques des moqueurs et des cyniques parmi nous, osons-nous accompagner nos amis, nos collègues et nos êtres chers vers la présence même du Seigneur ? Pourquoi ne pas le faire lorsque nous connaissons le résultat d’une existence sans la présence du Christ ?

Prières pour la guérison, le rétablissement et la vision

Permettez-moi d’établir le lien entre l’Évangile d’aujourd’hui et une initiative très importante dans notre société, c’est-à-dire les activités pro-vie. Ils ont besoin de purification, de restauration, d’un renouvellement spirituel et d’une vision rectifiée. Je réalise de plus en plus lors d’entretiens avec des gens bien intentionnés qui se disent pro-vie que le renouvellement de la mission initiale, la recentralisation du dynamisme et des efforts sont essentiels dans le but d’inclure le plus possible de personnes aux efforts de préservation et de maintien de la dignité humaine. Si nous affirmons être pro-vie, nous devons inclure toute la culture environnante, au lieu de tout simplement la condamner.

Nous devons mettre en évidence notre programme pro-vie et nos activités. L’avortement est la pire blessure infligée non seulement aux individus et à leurs familles, source de refuge pour la vie, mais également à  la société et sa culture. D’autant plus que les personnes qui devraient protéger et défendre la société en sont partiellement responsables. Il est important de rappeler la vision pro-vie et les paroles prononcées par le Pape Benoît XVI lors de cérémonie d’ouverture de la Journée mondiale de la jeunesse à Sydney, le 17 juillet 2008 :

C’est ainsi que nous sommes amenés à réfléchir sur la place qu’occupent dans nos sociétés les indigents, les personnes âgées, les immigrés, les sans-voix. Comment se fait-il que la violence domestique tourmente tant de mères et d’enfants ? Comment se fait-il que l’espace humain, le plus beau et le plus sacré qu’est le sein maternel, soit devenu un lieu de violence indicible ?

Une vision et des efforts qui ne ciblent que les atrocités contre l’enfant à naître risquent d’entraîner l’aveuglement. Dans cette optique, il est indispensable de porter attention aux grands défis qui accablent actuellement l’humanité. Plus précisément les questions complexes telles que le suicide assisté ou l’euthanasie qui, de nos jours, ne sont plus des sujets théoriques ou abstraits. La problématique concerne le grand public et fait l’objet de débats non seulement dans les congrès et les parlements, mais également dans les discussions de salon et dans les salles de classe. L’euthanasie est une compassion erronée et malavisée.

L’Église catholique romaine nous offre un enseignement sur les droits, le caractère sacré et la dignité de l’être humain, c’est-à-dire une vision parfaite à viser au quotidien si l’on se prétend pro-vie. L’opposition à l’avortement ne justifie pas l’indifférence envers ceux qui souffrent de pauvreté, de violence et d’injustice. Il faut ainsi s’efforcer de voir la situation dans son ensemble et ainsi d’éviter la vision étroite.

Se dire pro-vie signifie s’opposer à tous ceux qui portent atteinte à la vie tels que tous types de meurtre, de génocide, d’avortement, d’euthanasie ou d’autodestruction délibérée. Nous sommes catégoriquement contre tout affront à la dignité humaine tel que la mutilation, les tourments infligés sur le corps ou l’esprit, les tentations contre la volonté même, et tout ce qui agresse la dignité humaine tel que les conditions de vie inhumaines, l’emprisonnement pour des raisons arbitraires, la déportation, l’esclavage, la prostitution, le trafic de femmes et d’enfants ainsi que les conditions de travail honteuses auxquelles sont soumises des personnes traitées comme des outils de profit personnel plutôt que comme des personnes libres et responsables. Toutes ces choses et d’autres détruisent la vie humaine et empoisonnent la société.

Les valeurs pro-vie nous n’autorisent pas à dire ou à faire n’importe quoi, à se comporter de façon méchante ou encore, à détruire ceux qui ne partagent pas notre point de vue. Il ne faut jamais oublier les principes de politesse, de charité évangélique, d’éthique ou de justice. Nous devons ainsi éviter la malvoyance et la myopie de ceux qui, au départ, ont de bonnes intentions, mais qui sont aveuglés par leur propre zèle et qui sont incapables de mettre tout en perspective.  Le Cardinal Sean O`Malley, opm. cap., archevêque de Boston, a récemment écrit : « Notre capacité de transformer les cœurs et d’aider les autres à saisir l’importance de la dignité de la vie de chacun, des premiers instants de sa conception jusqu’aux derniers moments de sa mort naturelle, est directement liée à notre capacité d’accroître l’amour et l’unité dans l’Église, car les divisions et les disputes ne font qu’entraver la proclamation de la vérité.

La vision pro-vie est l’une des plus profondes expressions de notre baptême, car il s’agit de s’affirmer en tant que fils et filles de la lumière revêtus d’humilité et de charité, pleins de convictions, qui ne font qu’affirmer la vérité tout en la soutenant avec fermeté, conviction et détermination sans jamais perdre la joie ou l’espoir. Les activités pro-vie ne sont pas réservées à un parti politique en particulier. C’est une obligation pour tous que ce soit ceux de droite, de gauche ou les modérés. Si nous sommes pro-vie, nous devons tendre la main vers la société qui nous entoure plutôt que lui faire affront. Nous devons voir les autres comme l’a fait Jésus et nous devons aimer pour la vie, même ceux qui s’opposent à nous.

Comme nous avons pris connaissance des choses qui nous rendent aveugles au Seigneur et nous paralysent à tel point que l’on ne peut pas agir efficacement. Supplions sans cesse le Seigneur de nous guérir! Seigneur, fais que je puisse voir ! Puis lorsque notre vision sera rétablie, levons-nous afin de le suivre en route vers le royaume.

Prière pour la vision
Origène (185-253)

Que le Seigneur touche nos yeux
Comme il l’a fait pour les aveugles.
Pour que nous puissions ainsi rendre visibles
les choses qui sont invisibles.
Qu’il  puisse ouvrir nos yeux pour contempler non pas les réalités actuelles,
mais les bénédictions à venir.
Qu’il puisse ouvrir les yeux de nos cœurs pour fixer l’Esprit en Dieu
Par Jésus-Christ notre Seigneur,
à qui appartiennent la puissance et la gloire jusqu’à l’éternité. Amen.

L’œuvre sacerdotale de Jésus et notre propre sacerdoce

Vingt-neuvième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 21 octobre 2018

Les lectures du 29e dimanche du temps ordinaire nous invitent, par la prière, de songer à la prêtrise et au ministère sacerdotal. La première lecture est un passage d’Isaïe portant sur la souffrance mystérieuse du serviteur qui se consacre aux inégalités du peuple (Isaïe 53, 2-11). La deuxième lecture nous fait part du Christ, grand prêtre, soumis, comme nous, à l’épreuve à bien des égards, mais sans commettre le pêché. Ce passage de l’Évangile illustre que le Fils de Dieu a donné sa vie en rançon pour plusieurs (Marc 10, 35-45). Ces trois passages mettent au jour un aspect au cœur du fondement du ministère sacerdotal que l’on célèbre également ensemble comme Peuple de Dieu réunit par le mystère de l’eucharistie.

Je vous offre mes réflexions inspirées des deux lectures de ce dimanche et de celles de dimanche prochain (Lettre aux hébreux 4, 14-16 et 5, 1-5).

Le mystérieux serviteur Isaïe

Premièrement, permettez-moi de vous transmettre une simple réflexion sur la lecture d’aujourd’hui du prophète Isaïe (53, 10-11). Le personnage mystérieux d’Isaïe, « serviteur souffrant » est non seulement un signe de l’amour de Dieu, mais il représente également tout être humain tel qu’il est devant Dieu. Dieu seul peut être conscient de la vraie grandeur du serviteur. Il fut perçu comme un pêcheur en raison de sa souffrance et ainsi, comme une personne à dédaigner. En souffrant pour les péchés des autres, le serviteur subsista à la volonté divine et c’est pourquoi il sera récompensé par Dieu.

Jésus, notre grand prêtre par excellence

Dans la Lettre aux Hébreux 4, 14-16, l’auteur qualifie Jésus de grand prêtre par excellence (v 14). Jésus fut soumis à l’épreuve sous tous ses aspects sans pourtant succomber au péché (v 15); ce qui indique la familiarité de Jésus à la tradition de la tentation non seulement au tout début (tel qu’en 1, 13), mais tout au long de sa vie publique (Luc 22, 28). Les similitudes de la Lettre aux Hébreux 4, 16 jusqu’à 10, 19-22 indique que l’auteur tient compte de notre accessibilité confiante en Dieu rendu possible par les œuvres sacerdotales de Jésus. Les Écritures d’Israël sont insufflées dans la vie entière de Jésus de même qu’il a vécu selon la Parole de Dieu.

Notre « grand prêtre par excellence » est Jésus, l’enfant de Bethléem qui devint l’ «Ecce Homo» de Jérusalem, il ne se distance pas de nous et de notre condition humaine. Mais il est plutôt celui qui s’identifie à nous puisqu’il a vécu nos faiblesses et nos épreuves, même nos tentations (Lettre aux Hébreux 4, 14-15). Nous devons ainsi nous poser certaines questions : Suis-je de caractère sacerdotal tel que le fut Jésus? Est-ce que je m’offre aux autres? Est-ce que la société est devenue moins violente, moins malveillante, plus miséricordieuse, patiente, attentionnée et juste, à cause de ma personne?

En 1975, dans son Exhortation Apostolique, très mémorable et toujours actuelle, intitulée Evangelii Nuntiandi (sur l’évangélisation dans le monde moderne), le Pape Paul VI souligna justement : « L’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres ou s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins. » Afin d’éviter l’inefficacité de notre ministère et la solitude, nous devons constamment nous poser les questions suivantes :

Suis-je intériorisé par la Parole de Dieu? Est-ce que la Parole est réellement la source qui me soutient, plus que le pain et les choses de ce monde? Est-ce que je connais cette parole? Est-ce que je l’aime? Est-ce que ma conduite reflète la Parole? Est-ce que je suis lié à la Parole à un tel point que ses effets animent ma vie, mûrissent mes réflexions puis deviennent source de motivation et d’inspiration qui incite les autres à agir?

Les prêtres de l’Ancien Testament et les prêtres du Nouveau Testament

L’Ancien Testament n’aurait jamais exigé que le grand prêtre se comporte à la manière de ses frères et ses sœurs. À l’opposé, les auteurs ont plutôt voulu les différencier. Aucun texte n’a requis une conduite irréprochable de la part des prêtres. Dans l’Ancien Testament, la compassion envers le pécheur semble incompatible avec la prêtrise.

Contrairement aux prêtres lévitiques, la mort de Jésus fut essentielle pour sa prêtrise. Il est prêtre de la compassion. Nous sommes attirés vers son autorité en raison de sa compassion. En fin de compte, Jésus existe pour nous. Il existe pour nous servir. Comme nous, il fut soumis à l’épreuve à bien des égards. C’est pourquoi il connait toutes nos faiblesses; il connait notre condition humaine de façon intérieure comme extérieure; il est un homme conforté par ses expériences à partir desquelles il soutira une profonde habileté de compassion.

Le contraire de la vie sacerdotale est la consommation, c’est-à-dire l’existence que mène la personne qui achète, amasse et accumule les choses. Le prêtre est celui qui offre ses dépenses et le don de lui-même aux autres. Faut-il s’étonner que les vocations à la prêtrise fassent face à des défis colossaux dans cette culture de la richesse, de l’abondance, de la surconsommation et de tous les excès?

Pouvez-vous boire à la coupe?

Dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus pose une question complexe : « Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire, recevoir le baptême dans lequel je vais être plongé ? » (Marc 10, 38-40). Dans l’Ancien Testament, on évoque cette métaphore de la coupe pour faire référence à l’acceptation du destin attribué par Dieu. Dans le cas de Jésus, ce parallèle désigne également le jugement divin sur le péché que Jésus l’innocent doit expier de la part des coupables (Marc 14, 24; Isaïe 53, 5). Son baptême deviendra sa crucifixion et sa mort pour le salut de l’humanité. La demande de Jacques et de Jean pour leur part de la gloire (Marc 10, 35-37) doit nécessairement inclure une part des souffrances de Jésus et des adversités dont il a souffert pour l’Évangile (Marc 10, 39). L’autorité d’assigner les places d’honneur dans le royaume est réservée à Dieu (Marc 10, 40).

Peu importe l’autorité qu’exercent les disciples, ils doivent la convertir aux services des autres, comme l’a fait Jésus (Marc 10, 45), plutôt que pour des fins personnelles (Marc 10,42-44). Le service de Jésus se traduit par sa passion et sa mort pour les péchés commis par l’humain. (Marc 10,45)

L’extrait de l’Évangile d’aujourd’hui apporte en conclusion une des expressions les plus importantes qui souligne également la mission messianique de Jésus : « car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. » Jésus n’est pas venu dans ce monde pour son gain personnel, pour des privilèges ou pour le prestige. Il est plutôt venu pour servir, ce qui impliquait le don de sa vie en rançon.

L’Ancien Testament n’explique pas la raison pour laquelle Dieu pouvait «se sacrifier » pour son peuple. Seules sa passion, sa souffrance et sa mort pour son Fils unique mettent en évidence ce sacrifice de Dieu. Le don de notre chair et de notre sang nous a rendus capables d’accéder au salut. Le péché et le mal dans le monde qui nous entoure doivent être portés sur nos épaules et par notre chair. De cette manière, nous partageons cette douleur dans notre propre chair et notre corps pour qu’elle fasse partie de notre être tel que Jésus l’a fait. St-Paul le décrit dans sa deuxième lettre aux Corinthiens : «Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché des hommes, afin que, grâce à lui, nous soyons identifiés à la justice de Dieu.» (2 Cor 5, 21)

Le sacerdoce de nos jours

En tant que bergers sacerdotaux, on nous a offert une part d’un devoir à la fois ardu et grandiose surtout durant ces temps difficiles et éprouvants. Nous sommes ordonnés dans le but de réunir le peuple de Dieu, de proclamer audacieusement la Parole du Seigneur, de baptiser, de célébrer en rompant le Pain, et de constamment rendre grâce au Seigneur pour ces innombrables dons. Nous sommes également appelés à venir en aide à ceux qui sont dans le besoin et à inciter la générosité envers les pauvres. Notre ministère exige que l’on montre l’exemple sans réserve.

Nous sommes tout de même des serviteurs indignes qui effectuons pourtant le travail du Christ. Qui parmi nous peut réellement être digne d’un tel appel ? En tant qu’être humain, nous, les prêtres, pouvons nous tromper, mais nos gestes sacerdotaux accomplis à l’autel ou au confessionnal ne sont pas invalides ou inefficaces en raison de nos faiblesses ou nos péchés. Le peuple de Dieu et le nôtre ne seront pas dépourvus de la grâce divine en raison de notre propre indignité. Après tout, c’est le Christ qui baptise, célèbre, réconcilie et pardonne; le prêtre n’est que l’outil.

Face à notre exemple du berger serviteur qui souffre, les gens seront frappés par l’appel de Jésus à prendre soin des autres et à laver les pieds de l’humanité. Nous serons seulement de bons prêtres, si notre cœur est brisé encore et encore, au réjouissant service du peuple de Dieu, nous serons des prêtres utiles et de bons bergers pour le peuple du Seigneur.

Un cœur brisé et blessé est le fondement du véritable ministère et du rôle du berger dans l’Église actuelle. Plus précisément, il s’agit d’un cœur ouvert à l’amour qui enlace le monde plutôt qu’un cœur brisé dans un état de désespoir. Un cœur brisé qui mène à la joie ultime, car nous l’avons offert à Dieu et nous avons fait place au monde entier dans notre propre cœur.

Jésus est le prêtre parfait puisqu’il existe en lui un feu intérieur et soutenu qui jaillit pour ses frères et ses sœurs. Il est celui qui donna sa vie pour les autres. Le serviteur souffrant du Seigneur vit en union, en communion et en sympathie pour toute la famille humaine. Tout comme le fils de Dieu n’est pas venu pour se faire servir, mais pour servir et pour donner sa vie en rançon pour nous.

Au-delà des paroles éloquentes de ses homélies et de ses textes, nous devons connaitre le Christ et l’aimer. Cette amitié à lui sera contagieuse aux yeux de nos contemporains et d’autres pourront ainsi reconnaître la noblesse, la beauté et la grandeur par nos visages, nos sourires, nos mains, nos pieds, nos cœurs et nos faiblesses. Nous ne pouvons pas oublier que, malgré nous, les gens tomberont amoureux du Seigneur, mais espérons que ce soit également à cause de nous.