Annoncer la Parole de Dieu avec autorité

Quatrième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 28 janvier 2018

Au début du récit de Marc à propos du Fils de Dieu, nous lisons le récit de vocation des premiers disciples (Marc 1, 16-20) et la confrontation avec le mal (Marc 1, 21-28). Ces appels, influencés par ceux, impérieux, des prophètes (Isaïe 6, 1-13; Jérémie 1, 14-19), sont des modèles d’attitude de disciple. Jésus n’est pas un prophète solitaire, mais un prophète qui appelle des compagnons à « être avec lui ». Il entre dans la vie de quatre personnes engagées dans leurs occupations ordinaires, il leur dit simplement : « Suis-moi », et immédiatement, elles laissent tout pour le suivre.

Le récit de Jésus dans la synagogue de Capharnaüm inaugure les premiers jours de son ministère, fait d’exorcismes et de guérisons. L’histoire reflète la pensée juive contemporaine qui soutenait que la venue du Royaume de Dieu marquerait la défaite du mal, personnifié dans un déploiement de démons et d’esprits impurs. La parole de Jésus est si puissante que les gens abandonnent leurs occupations et le suivent, et même les puissances démoniaques sont impuissantes devant sa parole. Jésus somme les gens de changer leur cœur, de jeter un nouveau regard sur leurs vies et de faire confiance à la bonne nouvelle. Ceci n’est pas seulement une histoire du passé, mais une histoire qui continue de parler puissamment et prophétiquement aux gens d’aujourd’hui.

En ce quatrième dimanche du temps ordinaire, la première lecture (Deutéronome 18, 15-20) et l’évangile (Marc 1, 21-28) soulève tous deux la question de l’autorité de ceux qui annonce la Parole de Dieu. Les prophètes authentiques enseignaient avec autorité parce que Dieu mettait ses propres mots dans leurs bouches. Dans la première lecture, Moïse dit au peuple que Dieu enverra un prophète issu de la lignée des Israélites. Dieu ordonne à tous d’écouter ce prophète, que nous reconnaissons comme étant Jésus.

Jésus stupéfie les gens dans la synagogue de Capharnaüm avec ses enseignements et son autorité. Il enseignait avec autorité parce qu’il est la Parole de Dieu vivante. Nous sommes tous des témoins de cette Parole vivante qu’est Jésus. Nous n’avons en nous-même aucune autorité; nous ne faisons que proclamer sa Parole. Chaque membre de l’Église, en vertu de son baptême et de sa confirmation, porte un rôle prophétique et est écho de la Parole de Dieu lui-même, à la fois par les mots et par l’exemple. Nos bottines doivent suivre nos babines!

Deux des mots les plus mal utilisés et mal compris de nous jours sont « prophète » et « prophétique ». Dans l’esprit populaire, les prophètes tombent dans les stéréotypes surannés, toujours à l’écart et en train de protester contre le système. Ils peuvent être vêtus médiocrement, criant et faisant honte à ceux qui sont polis et aux élites! Pour plusieurs prophètes de ce genre, la colère semble être une émotion « signature ».

Pourtant dans la Bible, prophétiser semble souvent fort différent. Il y a eu bien sûr les prophètes solitaires comme Élisée et Jean le Baptiste, mais plus souvent les prophètes étaient pleinement intégrés aux « systèmes » et aux « structures » de leurs temps. Pensez à Jérémie qui provenait de la maison de prêtres déchus d’Élie; Ézéchiel, Zacharie et Isaïe étaient également prêtres et prophètes à la cour. Les prophètes paraissaient à la cour des rois d’Israël. Dans la touchante histoire du roi David, le prophète Nathan réprimande le roi pour adultère et meurtre, mais il est aussi capable de manœuvrer discrètement dans ses efforts pour mettre Salomon sur le trône!

Les prophètes authentiques étaient des opposants stridents au statut quo. Ils reconnaissaient et ressentaient l’injustice que les rois et les prêtres et les faux prophètes voulaient voir blanchie. Ils partageaient les plaintes des pauvres opprimés, des veuves, des orphelins et des dépossédés, et ils articulaient ces plaintes en des cris de malheur. Ils dénonçaient le système, mais ils dénonçaient un système dont ils faisaient partie intégrante. Ils ressentaient profondément ce qui n’allait pas dans ce système et faisaient tout ce qu’ils pouvaient pour susciter au sein du système un changement.

C’est bien trop facile de dénoncer à distance. Les gestes de répudiation et de condamnation coûtent si peu et y ajouter le terme « prophétique » peut conférer une aura de piété, d’importance et de bon sens à la réputation et aux œuvres d’une personne. Mais ils n’accomplissent pas leur but de provoquer la conversion, la transformation et le renouveau.

Les prophètes dans la Bible ne peuvent pas se permettre simplement des gestes. Ils sont appelés à proclamer la Parole du Seigneur au sein de la cour, causant des ravages ce faisant! Les prophètes authentiques disaient la vérité en face aux personnes au pouvoir, ils parlaient à des hommes et à des femmes puissants qu’ils connaissaient intimement, souvent en raison de leur propre position de force. Fréquemment, ces prophètes étaient à l’emploi de ceux qu’ils défiaient!

Finalement, un mot sur not propre efforts « prophétiques » pour susciter au sein de l’Église du changement. Je serai éternellement reconnaissant à feu le cardinal jésuite Avery Dulles pour m’avoir inculqué ces idées dans mon esprit et dans mon cœur il y a des années. Le père Dulles disait que les réformateurs devraient parler prophétiquement. Cela peut s’avérer véridique en autant que la nature de la fonction de prophétie soit bien comprise. Le père disait que saint Thomas d’Aquin avait fait une distinction essentielle entre prophétiser comme cela se fait dans l’Ancien Testament et prophétiser comme cela se fait dans l’Église. Les anciens prophètes ont été envoyés pour deux raisons : « pour établir la foi et pour rectifier le comportement. À notre époque, » poursuit le père Dulles, « la foi a déjà été fondée, puisque les choses promises dans l’ancien temps ont été accomplies en Christ. Mais prophétiser dans le but de rectifier les comportements, cela ne cesse pas, ni ne cessera jamais. »

De quelle façon annonçons-nous la Parole de Dieu avec autorité aujourd’hui? Comment utilisons-nous notre autorité pour l’avancement du Royaume de Dieu? De quelles façons nos paroles, nos gestes, nos messages et nos vies sont-ils prophétiques aujourd’hui, dans l’Église et dans le monde?

Le grand poisson, la grosse prise, le mandat suprême

Troisième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 21 janvier 2018

Ceux qui ont l’esprit réaliste remettront beaucoup de choses en question dans l’histoire de Jonas (Jonas 3, 1-5.10) : le grand poisson, les dimensions et la taille de la population de cette immense ville et la conversion des Assyriens.

D’un autre côté, ceux qui écoutent attentivement et considèrent cette histoire avec les oreilles et les yeux de la foi prendront tous ces facteurs dans la foulée. L’essentiel n’est pas la taille des monstres marins de Dieu ni les distances à parcourir à l’intérieur des villes ni le nombre élevé de conversions.

Pour les croyants, l’histoire plutôt étonnante de Jonas renferme un message bien plus important. Parce que les gens de Ninive se sont repentis à l’écoute de la prédication de Jonas et « se détournaient de leur conduite mauvaise, Dieu renonça au châtiment dont il les avait menacés » (Jonas 3, 10). Personne, ni aucun lieu ni aucune situation n’est au-delà de la miséricorde de Dieu et de sa portée guérisseuse.

Il n’est donc pas étonnant que la chrétienté ait vu en Jonas un personnage positif préfigurant le Christ et son message d’évangile universel. Par le Christ, Dieu aborde son monde d’une façon nouvelle, décisive afin d’accomplir toutes les attentes et les espoirs de l’Ancien Testament.

Jésus à la ville

Lorsque les disciples dans l’évangile de ce dimanche (Marc 1, 14-20) laisse leurs filets et leurs occupations présentes pour se soumettre au Royaume de Dieu, ils illustrent ce que signifient « se détourner de » et « se tourner vers ». Comment pouvons-nous porter la Bonne Nouvelle de Dieu et de Jésus à nos villes, souvent si vastes, si impersonnelles, si occupées et emplies de bruits?

Ne courons-nous parfois dans la direction opposée, vers le lac dans l’attente d’un quelconque hors-bord ou d’un paquebot qui nous prendrait à son bord et nous emmènerait vers un endroit calme et paisible qui serait bien moins compliqué et moins hostile à notre message? Comment pouvons-nous, nous qui sommes chrétiens, être les âmes de nos villes?

Commençons par célébrer l’eucharistie avec dévotion et amour. Prions sans cesse. Continuons de faire plus de sacrifices cachés, silencieux chaque jour de nos vies avec amour, paix et joie. Prenons notre baptême au sérieux et activons les béatitudes dans le quotidien. Nous ne devons jamais renoncer à vivre la Parole de Dieu et à la prêcher aux autres en paroles et en actions.

Demeurer fidèle

Lorsque je lis l’histoire de Jonas, il me revient à l’esprit une histoire que j’ai entendue à Jérusalem durant les quatre années de mes études universitaires de second cycle en Terre sainte. Un jour, mes voisins musulmans m’ont invité à rencontrer leur imam. Nous nous sommes assis et nous avons siroté du thé dans la Vieille Ville de Jérusalem pendant que le chef religieux de la petite mosquée près de chez moi parlait de la miséricorde d’Allah.

Il a raconté l’histoire d’un musulman – un certain Youssef ben-al-Husayn – qui est mort en 917. Youssef avec reçu de son maître l’ordre de prêcher sans cesse. Cependant, il avait été fort mal compris et ostracisé. Peu à peu, il ne s’est plus trouvé personne pour écouter ses mots et ses messages.

Un jour, Youssef entra dans la mosquée pour prêcher et il ne s’y trouvait pas une seule âme. Il allait quitter la mosquée lorsqu’une vieille femme l’interpella : « Youssef, si les gens sont absents, le Tout-Puissant, lui, est sûrement présent. Même s’il n’y a personne ici, enseigne la parole d’Allah! »

Ainsi Youssef prêcha la Parole pendant cinquante ans, qu’il y ait ou non des personnes présentes pour l’écouter. Il n’a pas abandonné en raison de l’indifférence des gens, de leur cynisme, de leur absence ou de leur malice. Il est simplement demeuré fidèle à sa vocation de prédication de la parole d’Allah.

Youssef ben-al-Husayn et Jonas ont probablement dû ressentir un peu de fatigue causée par le prophétisme. Ils ont continué de prêcher la Parole de Dieu en saison et hors de saison. Nous savons ce qui est advenu grâce à la persistance et à la fidélité de Jonas à cette parole.

Je suis certain que Jésus a dû ressentir la même chose à plusieurs reprises. Quelqu’un écoutait-il réellement son message? À l’approche de la fête de la Conversion de saint Paul, célébrée le 25 janvier, comment ne pas penser au grand Apôtre des païens, à ses procès et à ses tribulations, tous endurés alors qu’il prêchait l’évangile?

Dans les Actes des Apôtres (Actes 18, 8-10), Paul se rendit à Corinthe et « beaucoup de Corinthiens, en écoutant Paul, devenaient croyants et se faisaient baptiser. » Une nuit, le Seigneur dit à Paul dans une vision : « Sois sans crainte, continue à parler, ne reste pas muet. Je suis avec toi, et personne n’essaiera de te maltraiter, car dans cette ville j’ai à moi un peuple nombreux. »

L’Année saint Paul

L’un des grands espoirs de Benoît XVI en proclamant l’Année saint Paul en 2008 était que chaque catholique place sa vie dans le miroir et se demande : « Suis-je aussi déterminé et énergique pour répandre la foi catholique que saint Paul l’a été? »

Notre foi catholique ne peut croître que lorsque nous la partageons avec autrui consciemment et consciencieusement. Avec son regard miséricordieux, le Christ contemplera chacun de nous, de même que notre jugement individuel, et nous questionnera au sujet des efforts que nous aurons faits au cours de notre vie pour inviter les gens à la communion avec Jésus-Christ et avec son Église. Au final, le Seigneur nous demandera : « M’as-tu aimé? À qui as-tu prêché la Bonne Nouvelle? Combien de personnes as-tu amenées avec toi? »

L’ultime mandat

Qu’est-ce que Jésus-Christ nous demande aujourd’hui ? Le repentir, la conversion, se détourner de nos propres idées à propos de la façon dont le Royaume de Dieu devrait fonctionner, se tourner vers la foi aux enseignements du Christ et à son exemple du Royaume de Dieu, qui est parmi nous, ici et maintenant. Notre mandat suprême, c’est de prêcher la Parole de Dieu en saison et hors saison.

Puisse le feu que l’Esprit Saint a déversé dans le cœur de saint Paul de Tarse enflammer nos cœurs et faire de nous des missionnaires dynamiques et efficaces tout au long de nos vies. Puisse-t-il nous donner le force de ne jamais abandonner, spécialement lorsqu’il nous semble que personne n’écoute plus. Car c’est précisément dans ces moments que le Seigneur nous redira : « Sois sans crainte, continue à parler, ne reste pas muet. Je suis avec toi, et personne n’essaiera de te maltraiter, car dans cette ville j’ai à moi un peuple nombreux. »

Être disciple a un prix

Deuxième dimanche du temps ordinaire, Année B – 14 janvier 2018

En réfléchissant au sujet des lectures de ce dimanche, en particulier l’appel de Samuel, d’André et de son frère, je me suis souvenu d’une chose que le pasteur luthérien allemand Dietrich Bonhoeffer a écrit depuis sa prison dans l’Allemagne nazie : « Ce n’est qu’en vivant sans réserve les devoirs, les problèmes, les réussites et les échecs, les expériences et les perplexités de cette vie… qu’on devient un homme et un chrétien. » Bonhoeffer a fait l’expérience de ce qu’il nommait de façon si poignante « le coût d’être disciple ».

Le prophète Samuel et André et Simon-Pierre ont aussi fait l’expérience de ce coût dans leurs propres vies. Considérons d’abord l’histoire de l’appel de Samuel – une histoire dramatique qui illustre la dynamique de l’appel de Dieu et qui nous donne un exemple à imiter dans nos vies. Élie était vieux et presque aveugle. Ses fils, des prêtres du Temple, avaient été infidèles à Dieu. Leur temps tirait à sa fin, alors Dieu a appelé Samuel pour initier une ère nouvelle.

Samuel avait besoin d’aide pour discerner son appel; la sagesse d’Élie et son amitié envers le jeune homme ont été nécessaires à Samuel pour qu’il entende vraiment la voix du Seigneur. Après que Samuel eut reconnu que c’était bel et bien le Seigneur qui l’appelait, il pu devenir le grand prophète qui, plus tard, parviendra à discerner la volonté de Dieu pour le peuple au sujet des enjeux religieux, sociaux et politiques.

Lorsque nous nous approchons du Seigneur pour écouter sa Parole, notre plus profonde prière et le cri de notre cœur devrait être : « Parle Seigneur, ton serviteur écoute. » Cependant, n’est-il pas vrai que le cri se révèle souvent être : « Écoute Seigneur, ton serviteur parle » ?

Au synode des évêques portant sur le thème « La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église » en 2008, Mgr Luis Antonio Tagle du diocèse de Imus aux Philippines, actuellement archevêque de Manille, a prononcé l’une des interventions les plus signifiantes. Mgr Tagle a parlé de la disposition à l’écoute de la Parole de Dieu qui mène les gens vers la vraie vie. Il a dit : « Écouter est une affaire sérieuse. L’Église doit former des auditeurs de la Parole. Cependant, écouter ne se transmet pas tant par l’enseignement que par un milieu où se vit l’écoute. »

Mgr Tagle a suggéré trois pistes pour développer une disposition à l’écoute :

  1. Écouter dans la foi signifie ouvrir son cœur à la Parole de Dieu, la laissant nous pénétrer et nous transformer, puis la mettre en pratique. C’est l’équivalent de l’obéissance dans la foi. Une formation en écoute est une formation de la foi intégrale.
  2. Les événements de notre monde montre les effets tragiques du manque d’écoute : des conflits dans les familles, un décalage entre les générations et entre les nations, et de la violence. Les gens sont piégés dans un milieu de monologues, d’inattention, de bruit, d’intolérance et de narcissisme. L’Église peut fournir un milieu de dialogue, de respect, de mutualité et de transcendance.
  3. Dieu parle et l’Église, en tant que servante, prête sa voix à la Parole. Cependant, Dieu ne fait pas que parler. Dieu écoute aussi, spécialement les justes, les veuves, les orphelins, les persécutés et les pauvres qui n’ont pas de voix. L’Église doit apprendre à écouter de la même façon que Dieu écoute et elle doit prêter sa voix aux sans voix.

Dans le récit de l’évangile pour le deuxième dimanche du temps ordinaire, c’est Jésus qui prend l’initiative, qui fait le premier pas. Sa question aux disciples est intrigante : « Que cherchez-vous? » (Jean 1, 38). Loin d’être une banale interrogation, ces mots sont un questionnement profondément religieux et théologique. « Pourquoi », demande Jésus, « venez-vous à moi pour des réponses? » Ils lui demandent : « Maître, Rabbi, où demeures-tu? » (verset 38) Le verbe « vivre », « demeurer », « habiter », « résider », « loger » revient quarante fois dans les quatre évangiles. C’est un verbe qui exprime avec concision la théologie de la présence qui séjourne de Jean.

Les disciples ne sont pas uniquement préoccupés du lieu où Jésus pourrait dormir cette nuit-là, mais ils demandent en réalité où a-t-il sa vie. Jésus leur répond : « Venez et vous verrez » (verset 39). Deux mots chargés de sens tout au long de l’évangile de Jean – « venir » à Jésus est utilisé pour décrire la foi en lui (cf. Jean 5,40 ; 6,35.37.45 ; 7,37). Pour Jean, « voir » Jésus avec la perception réelle, c’est croire en lui.

Les disciples commencèrent leur vie de disciple lorsqu’ils allèrent voir le lieu où il restait et qu’ils « restèrent auprès de lui ce jour-là » (Jean 1, 39). Ils ont répondu à son invitation à croire, ils ont découvert ce qu’était sa vie et ils sont restés; ils commencèrent à vivre en lui, et lui, en eux. Après qu’André eut une meilleure connaissance de Jésus, il alla « trouver son frère » Pierre et il « l’amena à Jésus » (versets 41 et 42). Toute cette expérience sera accomplie lorsque les disciples verront sa gloire sur la croix.

Que pouvons-nous apprendre des récits de vocation dans les lectures de ce dimanche-ci? Nous ne sommes jamais appelés pour notre bénéfice personnel, mais pour celui des autres. Israël a été appelé par Dieu pour le bienfait des impies autour de lui. Dieu appelle les chrétiens pour le bienfait du monde dans lequel nous vivons.

Être appelé ne requiert pas de notre part la perfection, mais seulement la fidélité et l’écoute du sacré. Samuel et les prophètes d’Israël, les pêcheurs de Galilée et même les collecteurs d’impôts que Jésus a appelés n’ont certainement pas été appelés en raison de leurs qualifications ni de leurs accomplissements. Paul dit que Jésus a choisi « ce qu’il y a de fou » pour que les sages soient humiliés. C’est un appel dynamique qui implique une réponse entière de notre part. Nous ne serons jamais plus les mêmes parce qu’il nous a appelés, aimés, changés et qu’il nous a fait à son image. Parce qu’il nous a appelés, nous n’avons d’autre choix que d’en appeler d’autres à le suivre.

Comment avez-vous été appelé loin de la routine de votre vie, loin des frustrations de la vie quotidienne et du travail? Quelle nouvelle finalité voyez-vous émerger dans votre vie en raison des façons par lesquelles Dieu vous a appelé? À travers qui avez-vous ressenti l’appel du Seigneur dans votre vie? Avez-vous appelé qui que ce soit à suivre le Seigneur récemment?

Les nations viendront vers la lumière…

Épiphanie du Seigneur – dimanche 7 janvier 2018

Les lectures de la liturgie de l’Epiphanie ont de quoi nous secouer! Considérons la scène de la prophétie d’Isaïe. Les Gentils viennent de lieux lointains, attirés par la splendeur de Jérusalem, apportant des cadeaux et portant tendrement les fils et filles de la Cité Sainte ! Même si la noirceur avait pu envelopper le peuple, la gloire du Seigneur permet à la lumière d’éclater et de briller comme une aube nouvelle.  Quelle manière adaptée pour décrire ce que nous venons tout juste de célébrer à Noël !

Dans l’évangile de Matthieu (2, 1-12), l’histoire de mages nous révèle le combat inévitable que la manifestation de Dieu dans le Christ implique pour le monde. En lisant l’histoire soigneusement, nous réalisons que nous sommes loin d’un conte pour enfants, nous sommes plutôt au cœur d’une tragique histoire d’adultes. Les lignes de combats sont tracées et les forces se préparent. Un enfant est né au même moment qu’un dirigeant aveuglé par le pouvoir sème la mort. Jésus était une menace pour Hérode et pour eux : pour le trône d’un seul, pour les empires religieux des autres.

Dans leurs pays lointains, les mages bénéficiaient d’un niveau de vie princier, mais il leur manquait quelque chose – ils étaient insatisfaits. Ils souhaitaient courir des risques pour trouver ce que leur vision leur avait montré. Contrairement aux bergers, les mages ont dû faire un long voyage ; ils ont dû affronter l’adversité pour atteindre leur but. Les bergers aussi connaissaient l’adversité et cela les avait préparés à entendre le message des anges. Mais une fois leur peur surmontée, ils avaient simplement «traversé Bethléem » pour rencontrer l’enfant Christ.

Les mages eux, avaient eu un voyage difficile pour arriver à Bethléem. C’était tout sauf la scène du pèlerinage sentimental que nous voyons souvent dans nos crèches ! Les mages n’étaient pas seulement des saints visionnaires ou de saugrenus personnages religieux ; ils voulaient parier leur argent, leur temps et leur énergie, et peut-être même leurs vies, pour trouver quelqu’un qui apporterait la vraie paix.

Les mages n’étaient pas complètement perdus  en arrivant à Jérusalem – la ville n’arrêta pas leur pèlerinage. En fait à Jérusalem, ils furent redirigés vers Bethléem. Ces hommes de l’Est, étrangers au vrai sens du mot, furent guidés non seulement par leur propre sagesse et leur connaissance des astres, mais ils furent aidés par les Ecritures hébraïques  qui forment à présent l’Ancien Testament. Le sens de ceci est important. Le Christ appelle tous les peuples de toutes les nations à le suivre. Les Gentils aussi bien que les Juifs. On pourrait dire que Jérusalem et l’Ancien Testament sont en quelque sorte un point de départ pour ces pèlerins sur leur chemin de foi en Jésus Christ. Les gens de cette grande ville, et même Hérode lui-même, furent des instruments pour guider les mages au Christ.

Qu’est-ce que cela signifie pour nos propres pèlerinages vers la vérité aujourd’hui ? Plus que le fait évident que l’Ancien Testament doit avoir une part centrale dans notre marche vers le Christ, ne devrait-il pas signifier aussi que nos propres villes, avec toute leur confusion et leur ambiguïté, peuvent aussi servir comme point de départ pour notre cheminement de foi ?

Au centre de ce récit évangélique rempli de contrastes se trouve un bébé, couché, Jésus de Bethléem qui est Joie.  Hérode a peur de cette « Grande joie pour tous les peuples ». Dans l’évangile de Matthieu, nous ne savons pas ce qui est arrivé aux mages lorsqu’ils retournèrent dans leur pays natal, mais nous pouvons être sûrs qu’ils étaient des hommes transformés. Ils découvrirent à Jérusalem et à Bethléem, qu’il n’y a plus un Dieu de ce pays ou d’un autre, ou un oracle proféré en un lieu lointain, mais un Dieu et un Sauveur qui devient chair et sang pour toute l’humanité. Et le Sauveur est joie.

À la fin, les mages sont allés leur chemin et parce qu’ils refusèrent d’être séduits par le cynisme, parce qu’ils s’autorisaient eux-mêmes à être surpris par cette grande joie, l’étoile à laquelle ils étaient liés, réapparut. Ce n’est pas seulement le récit de la naissance de Jésus, mais c’est aussi et toujours un récit pour notre temps. Quand nous avons trouvé notre joie durable au milieu du cynisme, du désespoir et de l’indifférence, la seule chose à faire est de s’agenouiller et d’adorer.

Gaspar, Melchior et Balthasar, bénissez nos cœurs et nos maisons de votre paix et de votre humilité ! Lorsque nous entendons les voix des vieux rois de la mort, de la peur et du cynisme, que nous ayons le courage d’aller notre propre chemin… nous réjouissant parce que, nous aussi, nous avons vu et nous avons fait l’expérience de la gloire de la venue du Seigneur.

Je conclus avec les mots de sainte Thérèse Bénédicte de la Croix (Edith Stein), cette grande mystique Carmélite et amoureuse de la Croix, qui écrivit si merveilleusement au sujet des mystères de Noël : Ceux qui sont agenouillés devant le berceau sont des personnages de lumière : les enfants innocents, les bergers confiants, les rois humbles, Etienne, le disciple enthousiaste, et Jean le disciple de l’amour, tous ceux qui ont suivi l’appel du Seigneur. Ils sont opposés par la nuit de l’obstination incompréhensible et l’aveuglement : les scribes, qui connaissent en vérité quand et où le Sauveur du monde doit naître, mais qui ne tireront pas la conclusion : « Allons à Bethléem ». Le roi Hérode, qui tuerait le Seigneur de la Vie. Les chemins se séparent devant l’Enfant dans la crèche…

Certains choisiront le chemin de la vie, d’autres celui de la mort. Aujourd’hui, alors que nous laissons la crèche de notre Roi nouveau-né et Seigneur, prenons le temps de nous engager de nouveau  pour la vie qui est le cœur et la joie de Noël.

Marie : modèle et paradigme de la croyance des chrétiens

Solennité de Marie, Mère de Dieu – lundi 1 janvier 2018

Le Nouvel An chrétien est célébré le 1er janvier, une semaine après la célébration de la naissance de Jésus. Le 1er janvier est qualifié de diverses manières qui révèlent divers aspects de la nature de la fête. Tout d’abord, le Nouvel an chrétien se trouve dans l’octave de Noël [i.e. 8 jours après la naissance de Jésus.] Avant la réforme liturgique du Concile Vatican II [1962-1965], la fête de la Circoncision de Jésus ou de l’attribution du nom de Jésus [Saint Nom de Jésus] a été célébrée à cette date pour commémorer le récit évangélique de la circoncision de Jésus selon les prescriptions rituelles de la loi mosaïque, faisant ainsi officiellement de lui un membre du peuple de l’alliance: « Quand arriva le huitième jour, celui de la circoncision, l’enfant reçut le nom de Jésus, le nom que l’ange lui avait donné avant sa conception. » [Lc 2, 21-24]

Suite au renouvellement liturgique du Concile Vatican II, le 1er janvier est aussi connu comme la Solennité de Marie, la Mère du Seigneur, et a également été désigné Journée mondiale de prière pour la paix.

Nous pouvons nous demander souvent si en accumulant tant de significations différentes, les gens ne portent plus attention au Jour de l’An comme une fête religieuse.

N’est-il pas vrai non plus que l’atmosphère de réjouissances attachée à la veille du Jour de l’An ne laisse pratiquement personne avec l’énergie, le désir ou la volonté de considérer le Nouvel An comme une fête religieuse? Examinons quelques-uns des fondements bibliques pour les différentes significations rattachées au nouvel an chrétien.

Fête de la circoncision et attribution du nom de Jésus

Dans l’Antiquité et dans les Écritures, il est commun de croire que le nom donné à une personne n’est pas seulement un label, une étiquette, mais révèle aussi une partie de la personnalité de celui qui le porte. Le nom porte la volonté et le pouvoir. Jésus de Nazareth est né à Bethléem de parents juifs [Matthieu 1-2; Luc 1-2]. Lors de sa conception, un ange a affirmé que son nom serait « Jésus ». L’hébreu et l’araméen du nom « Yeshua » [Jésus] est une forme tardive de l’hébreu « Yehoshua » ou Josué. C’était un nom très commun dans le Nouveau Testament. La signification du nom est «Le Seigneur est le salut», et on y fait allusion dans Matthieu 1, 21 et Luc 2,21.

Dans les Écritures, « Yeshua » fait référence au Sauveur et fut l’un des moyens pour les chrétiens de nommer et d’identifier Jésus. Le grec Christos traduit l’hébreu Mashiah, «oint», par ce nom, les chrétiens affirmaient que Jésus était le Messie. Dans le Nouveau Testament, le nom, la personne et l’œuvre de Dieu sont indissociablement liés à ceux de Jésus-Christ. Les vrais disciples de Jésus doivent prier en son nom [Jean 14,13-14]. Dans Jean 2, 23,  croire au nom de Jésus signifie croire en lui comme le Christ, le Fils de Dieu [3,18]. Le nom de Jésus est puissant seulement là où il y a la foi et l’obéissance [Marc 9, 38-39]. Croire au saint nom de Jésus mène à la confession de ce nom [Hébreux 13,15]. Faire appel à ce nom est le salut.

Solennité de Marie, Mère du Seigneur

La deuxième personne qui est célébrée et honorée à l’occasion du Nouvel An chrétien est la mère de Jésus. Cette jeune femme d’origine juive a pris sur elle la responsabilité entière du mot «oui» à un visiteur mystérieux lors de l’Annonciation. Par sa réponse, elle a brisé les frontières culturelles et religieuses de son temps, manifestant foi et grand courage. Elle a littéralement apporté le ciel sur terre. Marie de Nazareth a vécu ces événements et leur sens, montrant toujours la capacité d’interpréter le fil conducteur de toute sa vie en se rappelant à l’esprit des paroles et des événements.

«Marie» vient de l’hébreu « Miriam » dont l’étymologie est probablement du mot égyptien qui signifie «bien-aimée». Elle est le disciple par excellence qui nous introduit à la bonté et à l’humanité de Dieu. Le fait qu’elle soit femme n’est pas en soi un signe de salut, mais il est significatif de la façon et de la manière dont le salut arrive. Il n’y a de salut en aucun autre nom que celui de l’homme Jésus, mais à travers cette femme, Marie, nous avons l’assentiment de l’humanité au salut. C’est ainsi que nous pouvons parler d’une réalisation féminine de salut de Dieu.

Aujourd’hui, nous célébrons la Sainte Mère de Dieu, qui est un modèle pour tous les croyants. Je ne peux pas m’empêcher de rappeler les fortes paroles de l’évêque anglican N.T. Wright, de Durham, en Angleterre, lors du Synode sur la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église en 2008. Mgr Wright, l’un des délégués fraternels nommés par le Pape au Synode, a évoqué les quatre grands moments de la vie de Marie, avec quatre mots: Fiat, Magnificat, Conservabat et Stabat. Grâce à son «fiat», Marie a donné son assentiment à la Parole de Dieu avec son esprit. Grâce à son «Magnificat», la vierge de Nazareth révèle sa force et son courage. Marie a médité et gardé la Parole de Dieu dans son cœur: « conservabat. » Sa fidélité à la fin est décrite par le mot «stabat » alors qu’elle se trouvait au pied de la Croix et attendait patiemment dans son âme l’accomplissement de la prophétie de Siméon et l’expérience de la nouvelle, de l’inattendue révélation qui sauve, encore et toujours.

Dieu appelle chacun de nous à travers l’Écriture d’un amour parfait et de grâce, et la réponse de l’esprit docile est « fiat »:«Qu’il me soit fait selon ta parole». Nous célébrons nous aussi, avec nos forces, la pertinence de la parole à de nouvelles situations personnelles et surtout politiques: « magnificat ». Puis nous laissons monter dans notre cœur ce que nous avons vu et entendu: «conservabat. » Mais l’Écriture nous dit que Marie, elle aussi, a dû apprendre des choses difficiles: elle voulait contrôler son fils, mais ne le pouvait pas. Son âme est percée par l’épée, comme elle est « stabat » au pied de la croix. Nous aussi nous devons attendre patiemment, en laissant la Parole écrite nous dire des choses inattendues, voire désagréables, mais porteuses de salut. Nous avons lu avec humilité, confiant en Dieu et attendant de voir ce que signifie sa volonté. Marie est vraiment un modèle et le paradigme de la croyance des chrétiens.

Journée mondiale de prière pour la paix

Le plus récent «thème» rattaché au Nouvel An chrétien a été la « Journée mondiale de prière pour la paix». La Journée mondiale de la Paix fut lancée par l’Église sous le pape Paul VI en 1967. Les chrétiens sont invités à entamer une nouvelle année en priant pour la paix.

Aujourd’hui, alors que nous célébrons la Mère du Seigneur qui réconcilie les nombreux sens donnés à la fête d’aujourd’hui, faisons-nous l’écho des paroles du saint Basile le Grand, dont la fête suit immédiatement la célébration d’aujourd’hui [2 janvier] :

Adorons avec les mages, rendons gloire avec les bergers, chantons avec les anges : « Il nous est né aujourd’hui un sauveur qui est le Christ Seigneur ; le Seigneur Dieu qui nous est apparu…

Non pas sous la forme divine, afin de nous effrayer dans notre faiblesse, mais sous la forme d’un Serviteur, afin qu’Il puisse libérer ce qui avait été réduit à la servitude …

Adorons avec les mages, rendons gloire avec les bergers, chantons avec les anges : « Il nous est né aujourd’hui un sauveur qui est le Christ Seigneur ; le Seigneur Dieu qui nous est apparu…

Non pas sous la forme divine, afin de nous effrayer dans notre faiblesse, mais sous la forme d’un Serviteur, afin qu’Il puisse libérer ce qui avait été réduit à la servitude ..

Joseph, authentique modèle de la paternité

Fête de la Sainte Famille – dimanche 31 décembre, 2017

Dans les dernières lueurs de Noël, l’Église célèbre la fête de la Sainte Famille. Cette fin de semaine, nous sommes invités à réfléchir sur le don et le mystère de la vie ainsi que la bénédiction que représente en particulier la vie familiale. Dans l’évangile de Luc, la scène de la Présentation de l’enfant Jésus au temple à Jérusalem nous permet de rencontrer quatre individus qui embrassent la nouvelle vie de Jésus dans leurs bras : le vieux et fidèle Siméon, Anne, la sage prophétesse avancée en âge, et le jeune couple, Marie et Joseph, qui par obéissance fidèle offrent leur enfant au Seigneur. La belle prière de Siméon n’est rien de plus que l’anthologie de la prière de l’ancienne Israël :

Maintenant. O maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix car mes yeux ont vu le salut préparé à la face des peuples, lumière révélée aux nations et gloire de ton peuple Israël.  (Luc 2,29-32)

La scène entière de la Présentation, et les mots soigneusement choisis de la prière de Siméon soulèvent plusieurs questions pour nous : Comment puis-je voir la gloire de Dieu dans ma vie ? Ai-je soif de justice et de paix ? Quelles sont les nouvelles situations et quelles sont les personnes entrées dans ma vie dernièrement ? Comment suis-je lumière et salut pour les autres ?

Un zoom sur Joseph

Aujourd’hui j’aimerais que l’on regarde plus attentivement la figure de Joseph, l’un des personnages de cette scène évangélique des plus touchantes : la Présentation. En nous penchant sur le père nourricier du Seigneur, nous découvrons un aperçu  du contexte de la famille de notre Sauveur.

Joseph est souvent dans l’ombre de la gloire du Christ et de la pureté de Marie. Mais, lui aussi, attend que Dieu lui parle pour lui répondre avec obéissance. Luc et Matthieu notent tous deux que Joseph descend de David, le plus grand roi d’Israël (Matthieu 1,18 et Luc 3, 23-38). L’Écriture nous donne une information essentielle sur Joseph: il était « un homme droit » (Matthieu 1, 18).

Joseph était un homme compatissant et attentionné. Lorsqu’il découvre que Marie était enceinte tout juste après leurs fiançailles, il savait que l’enfant n’était pas le sien mais il n’était pas encore conscient qu’il était le Fils de Dieu. Il projetait de rompre avec Marie selon la loi mais il était soucieux pour sa sécurité. Joseph était aussi un homme de foi, obéissant à ce que Dieu lui demandait sans connaître le dénouement. Quand l’ange lui apparut en songe pour lui dire la vérité au sujet de l’enfant que Marie portait, Joseph,  sans attendre et sans question ou souci de commérage, prit Marie pour femme. Lorsque l’ange revint encore pour l’avertir du danger, il quitta immédiatement ce qu’il avait, sa famille et ses amis, et s’enfuit dans un pays étranger avec sa femme et son bébé. Il attendit en Egypte jusqu’à ce que l’ange lui dise qu’il pouvait rentrer. (Matthieu 2, 13-23).

On nous a dit que Joseph était un charpentier-menuisier, un homme qui travaillait pour soutenir sa famille. Joseph n’était pas un homme riche, car lorsqu’il monta au temple avec Jésus pour la circoncision et la purification de Marie, il offrit en sacrifice 2 tourterelles ou une paire de pigeons, animaux autorisés seulement à ceux qui ne pouvaient payer un agneau.

Joseph nous révèle dans son humanité le rôle unique des pères de proclamer la vérité de Dieu par la parole et le devoir. Sa situation paradoxale de « père nourricier de Jésus » met l’emphase sur la paternité, qui est plus que le simple fait de génération biologique. Un homme est un père lorsqu’il s’investit lui-même dans la formation spirituelle et morale de ses enfants. Joseph est tout particulièrement conscient, comme tout père devrait l’être, qu’il servait en tant que représentant de Dieu le Père.

Joseph a protégé et a pourvu au bien-être de Jésus et de Marie. Il a donné son nom à Jésus, lui apprit comment prier, comment travailler et comment être un homme. Bien qu’aucun texte ou aucune parole ne lui soient attribués, nous pouvons être sûrs que Joseph prononça 2 des mots les plus importants quand il nomma son fils « Jésus » et l’appela « Emmanuel ». Lorsque l’enfant restait au temple on nous dit que Joseph (avec Marie),  le cherchèrent pendant trois jours, tout angoissés.

La vie de Joseph nous rappelle qu’une maison ou une communauté n’est pas construite sur le pouvoir et l’avoir mais sur la bonté; pas sur les richesses mais sur la foi, la fidélité, la pureté et l’amour mutuel.

Les défis actuels de la paternité et de la masculinité ne peuvent être compris si on les sort de la culture dans laquelle nous baignons. Le manque de paternité a un effet profondément alarmant sur les enfants. Combien de jeunes gens aujourd’hui ont été affectés par la crise de la paternité ? Combien ont été privés d’un père ou d’un grand-père? Ce n’est pas pour rien que saint Joseph est patron de l’Église universelle et patron principal du Canada. S’il n’y avait jamais une époque qui ait besoin d’un modèle fort du rôle masculin et du rôle de père c’est bien la nôtre. La fête de la Sainte Famille est un jour très signifiant pour supplier saint Joseph de nous envoyer de bons pères qui seront de bons chefs de famille.

Joseph et Marie, plus que quiconque, furent les premiers à contempler la gloire de leur Unique et Seul qui venait du Père, plein de grâce et de vérité. Puisse saint Joseph faire de nous des bons prêtres, religieux et laïcs qui imiteront l’humble travailleur de Nazareth qui écoutait le Seigneur, conservait précieusement un cadeau qui n’était pas le sien, tout en montrant à Jésus comment le Verbe se fait chair et peut vivre parmi nous.

Un enfant nous est né …

Nativité de notre Seigneur – lundi 25 décembre 2017

Chaque année, traditionnellement, durant l’Avent et Noël, j’assiste, ou du moins, j’écoute le Messie de Haendel. La semaine dernière, ma «Nuit du Messie» prit place, non dans une salle de concert ni dans une église mais à la maison. La partie chorale du cycle de la Nativité de l’œuvre de Haendel me bouleverse chaque fois que j’entends la prophétie d’Isaïe,  mise en musique de manière si glorieuse : «Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné et la souveraineté a été mise sur ses épaules et son nom est Merveilleux-Conseiller, Dieu-Fort, Père-à-jamais et Prince-de-la-Paix» (Isaïe 9, 6). Ces paroles merveilleuses du prophète Isaïe composent la première lecture que nous entendons proclamer chaque année à la messe de la nuit de Noël.

Précédant immédiatement le chapitre 9, le témoignage d’Isaïe est construit sur un tableau effrayant d’obscurité et de désespoir qui descend sur les royaumes de Juda et du Nord d’Israël. Cette obscurité et ce désespoir ne furent toutefois pas les paroles finales du prophète. Précisément, sur ce pays une grande lumière a brillé. Le verset d’ouverture du chapitre 9 forme une transition après l’obscurité du chapitre précédent. «  Mais ce n’est plus l’obscurité pour le pays qui était dans l’angoisse. Dans un premier temps, le Seigneur a couvert d’opprobre le pays de Zabulon et le pays de Nephtali, mais ensuite il a couvert de gloire la route de la mer, l’au-delà du Jourdain et le district des nations. Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre une lumière a resplendi. »

La grande lumière qui vient de manière décisive dans cette profonde obscurité arrache le peuple de la confusion et du vide, de la violence et de la tyrannie de l’oppresseur. Sur les habitants du pays de l’ombre noire comme la mort, la lumière a brillé! Les symboles de l’oppression assyrienne, le joug qui pesait sur eux, le bâton de l’oppresseur qui meurtrissait leurs épaules doivent être brisée. Les vêtements de guerre nourriront les flammes. Une ère de paix succédera à la destruction des insignes de guerre.

L’enfant royal dont la naissance est si poétiquement annoncée possédera la sagesse de Salomon, la valeur et la piété de David, la vertu de Moïse et des patriarches. L’enfant dont on parle devrait vraisemblablement être le roi Ezéchias. Les rois contemporains de Juda avaient été très mal conseillés et étaient impuissants à arrêter la guerre.

Par le titre de « Merveilleux-Conseiller », le nouveau roi n’aura aucun besoin de conseillers semblables à ceux qui détournent du droit chemin le roi Achaz. « Père-à-jamais » décrit la qualité de son gouvernement. Les vertus de jugement, de justice et de rectitude que le trône de David soutient sont résumées dans le terme « shalom » (paix) dont la racine hébraïque signifie totalité, harmonie, accomplissement et achèvement.

Le règne de ce nouveau roi permettra au peuple de vivre en harmonie avec Dieu, les autres et la nature. Il n’est donc pas surprenant que l’Eglise se soit appropriée l’exultation d’Isaïe, cette lumière et cette naissance royale, pour notre célébration de la naissance de Jésus.

Au cours des derniers mois, qui n’a pas senti profondément la noirceur et la mélancolie de notre monde ? Considérons les situations tragiques et violentes des terres que nous appelons « saintes ». Les Terres qui ont été foulées une fois par Dieu, les patriarches, les prophètes, et le Messie lui-même sont aujourd’hui des charniers. Songeons à l’incertitude et au désespoir qui sont apparus à cause de l’effondrement des structures économiques.  Ces sentiments de profonde obscurité et de mélancolie proviennent de nos tentatives d’agir comme des êtres isolés ou des îlots, au lieu de communautés de personnes soucieuses les unes des autres et de la souffrance de tant de peuples dans le monde.

Pendant ce temps, les juifs continuent de désirer la venue du Messie et les chrétiens célèbrent sa naissance dans l’histoire de l’humanité. Mais Juifs et Chrétiens sont aussi invités à aller au-delà des symboles et à se poser des questions plus profondes : comment continuons-nous à attendre et à actualiser le salut que le Messie va apporter ? Les textes prophétiques lus durant les fêtes de Hanoukka, de Noël et du temps de l’Avent sont de nouveaux appels à se rendre à la synagogue ou à l’église pour tendre la main à l’autre, pour se réengager à porter la lumière de Dieu aux nations, et pour se reconnaître les uns les autres comme partenaires de la construction du royaume de Dieu.

Tous deux, christianisme et Judaïsme, scellent leur culte dans une commune espérance. « Que ton règne vienne ». Et nous devons prononcer cette prière encore plus fort en ces jours d’ombres et de noirceur pour de nombreuses personnes dans le monde, spécialement pour les peuples d’Afghanistan, de l’Irak et de la Terre Sainte qui sont déchirées par la guerre, la haine, l’oppression, la tristesse et aussi pour ceux et celles qui vivent dans d’autres régions du monde souffrant de la guerre, de la pauvreté et de l’injustice.

Notre désir commun de voir les fruits du royaume du Messie nous invite, Chrétiens et Juifs, à la connaissance de notre communion les uns aux autres et à la reconnaissance de notre monde terriblement brisé.  Comme le pape Jean-Paul II, le pape Benoît XVI et à présent le pape François nous l’ont enseigné à travers leurs paroles et leurs gestes,  rien ni personne ne peut nous arracher plus longtemps de cette profonde communion qui nous unit. Le « tikkun ha’olam », la guérison  du monde, sa réparation, sa restauration et sa rédemption, incluant la rédemption d’Israël, incarnée dans la personne de Jésus, dépend à présent de nous.

Comment résoudre le problème de Maria?

Quatrième dimanche de l’Avent, Année B – 24 décembre 2017

Résoudre le problème de « Maria von Trapp»

La comédie musicale « La mélodie du Bonheur » et moi avons le même âge : nous sommes tous deux de 1959, et cette adaptation au cinéma est le premier film que j’ai vu avec ma famille au milieu des années soixante. Dieu seul sait combien de fois je l’ai vue sur scène, au cinéma et à la télévision ! En 2008, la comédie musicale de Rodgers et Hammerstein, « The Sound of Music », faisait le bonheur du public au Princess of Whales Theatre à Toronto. Cette magnifique production a d’abord été présentée en Angleterre sous la direction d’Andrew Lloyd Weber. La version torontoise de ce grand spectacle a rendu justice à la comédie musicale qui, selon certains, renferme les plus grandes chansons d’amour de tous les temps.

L’une des chansons les plus mémorables de la pièce est « Maria », parfois connue sous le titre « Comment résoudre un problème comme Maria ? » Elle est brillamment chantée par soeur Berthe, soeur Sophia, soeur Margaretta et la mère abbesse à l’abbaye des bénédictines de Nonnberg à Salzbourg en Autriche. Les sœurs sont exaspérées par la jeune Maria qu’elles jugent trop frivole et trop superficielle pour la vie austère d’un monastère.

Lorsque les Autrichiens d’un certain âge parlent de « Maria » à Salzbourg, ils pensent à la « Gottesmutter », la Mère du Seigneur ! Les étrangers, en particulier les nord-américains, qui débarquent à Salzbourg, parlent en général d’une autre Marie : Maria Augusta Kutschera, qui deviendra Maria Augusta von Trapp, enseignante à l’école abbatiale après la 1ère Guerre mondiale et sur la vie de laquelle est basé le film « La mélodie du bonheur ».

Cette Maria a conféré à l’abbaye une renommée internationale, à la grande consternation de certaines religieuses ! Je me suis rendu plusieurs fois à l’abbaye de Nonnberg quand j’étudiais l’allemand en Bavière et j’ai parlé avec quelques sœurs, parmi les plus anciennes, de l’impact de la « Mélodie du bonheur » sur leur vie. La prieure m’a dit qu’il n’y avait aucune plaque commémorative de Maria von Trapp et de ses escapades, ni au couvent, ni dans tout Salzbourg ! Une religieuse âgée m’a lancé, avec un sourire,  « Das ist nur Hollywood ! » (Tout ça n’est qu’Hollywood !).

Maria von Trapp a suivi le capitaine et sa petite famille de choristes à travers les Alpes autrichiennes. Ensemble, ils ont fui un régime néo-païen intrinsèquement mauvais qui voulait nier l’existence de Dieu et de son peuple élu. Certains diront que la famille von Trapp vécut heureuse dans le Vermont, aux Etats-Unis, et que sa réputation musicale est maintenue grâce au film et à une comédie musicale qui enchantent les spectateurs. Les collines continuent à vivre de leur musique.

Résoudre le problème de « Maria von Nazareth »

Le récit évangélique de l’Annonciation présente une autre Marie, la grande héroïne des récits de Noël, Marie de Nazareth, celle qui a accepté d’être le lien entre Dieu et l’humanité. Elle est le disciple par excellence qui fait découvrir la bonté et l’humanité de Dieu. Elle a reçu et accueilli la Parole de Dieu dans sa plénitude, sans savoir comment l’histoire allait se terminer. Elle ne comprenait pas toujours cette Parole tout au long de la vie de Jésus, mais elle avait confiance et revenait toujours à la réponse initiale qu’elle avait donnée à l’ange. Elle conservait toutes ses choses et les méditait dans son cœur, littéralement (Lc 2, 19). C’est au Calvaire qu’elle saisit l’ampleur de la responsabilité de son « oui ». Nous avons aussi appris, à travers les quelques passages de l’Écriture à son sujet, qu’elle était une femme de compassion, à la foi profonde, et qu’elle était attentive aux besoins des autres.

Le « problème » de Marie de Nazareth a débuté lorsqu’elle accueillit un étrange visiteur céleste du nom de Gabriel. La jeune femme de Nazareth était extrêmement perturbée d’apprendre qu’elle porterait un fils qui serait Sauveur et Fils du Très-Haut.

« Comment cela sera-t-il, Marie demanda-t-elle à l’ange, puisque je ne connais pas d’homme ? »

L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi l’être saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu ».

Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole. » L’ange la quitta et aussitôt, la mélodie commença : Magnificat anima mea Dominum, ce qui allait devenir le refrain d’une mélodie qui allait remplir le monde de bonheur d’âge en âge.

Marie a reçu un message qui l’a projetée sur une trajectoire qui va bien au-delà du petit village de Nazareth et cette petite bande de terre appelée Israël et Palestine au Moyen-Orient. Le « oui » de Marie allait avoir un impact sur le monde entier, et changer le cours de l’histoire.

Marie de Nazareth a accepté son « problème » et l’a résolu à travers son obéissance, sa fidélité, sa confiance, son espoir et sa joie silencieuse. Au moment de cette annonce à Nazareth, elle ne pouvait pas deviner la fin brutale qu’allait connaître l’enfant qu’elle portait. Ce n’est que sur une colline au Calvaire, bien des années plus tard, qu’elle ferait l’expérience de la pleine responsabilité de son « oui » qui changea l’histoire de l’humanité.

S’il n’y a pas de plaque pour commémorer la rencontre du destin avec Maria von Trapp à l’abbaye de Nonnberg, il existe une petite plaque pour commémorer la rencontre qui a changé la vie de Marie de Nazareth dans son village natal. Au cœur de ce qui est aujourd’hui la ville de Nazareth en Galilée se dresse l’énorme basilique de l’Annonciation, construite à l’endroit même où aurait habité Marie. Une petite plaque est fixée sur l’autel de la salle qui ressemble à une grotte pour commémorer le lieu où Marie reçut un message de l’ange Gabriel lui disant qu’elle allait concevoir et enfanter un fils et qu’elle lui donnerait le nom de Jésus (Lc 1, 31). L’inscription latine dit : Verbum caro hic factum est (Ici, le Verbe s’est fait chair).

Je me souviens encore de ce que j’ai ressenti lorsque je me suis agenouillé devant cet autel pour la première fois en 1988. Cette inscription dans la grotte de l’Annonciation est profonde, grandiose, et peut renouveler la face de la terre. La parole : Verbum caro hic factum est ne se trouve pas sur une plaque votive dans les caves de l’église de la Nativité à Bethléem, ni sur les ruines du Temple ou dans un bureau touristique du gouvernement, à Jérusalem. Elle est posée sur un autel au plus profond de l’imposante structure de l’église de l’Annonciation. C’est là que « le Verbe s’est fait chair… » C’est là que l’histoire a changé, parce que Marie a dit oui.

Ces mots peuvent-ils s’appliquer à nos propres vies, à nos familles, communautés et églises : « Ici le Verbe s’est fait chair » ? Savons-nous comment écouter la Parole de Dieu, la méditer et en vivre chaque jour ? Mettons-nous cette parole en pratique dans nos vies quotidiennes ? Sommes-nous remplis de foi, d’espérance et d’amour, témoignant par notre vie et nos paroles ? Que de mots forts pour parler des chrétiens : leurs paroles deviennent chair !

Aussi beaux et entraînants que soient les airs de Marie de Salzbourg, la musique d’une autre Marie, celle de Nazareth dépassera toujours tout ce que j’ai entendu.

Se réjouir et attendre avec Jean le Baptiste

Troisième dimanche de l’Avent, Année B – 17 décembre 2017

L’Avent est la saison des prophètes. Les lectures des semaines précédant Noël nous aident à préciser notre vision et approfondir notre attente du Messie. La figure de Jean le Baptiste apparaît de nouveau dans l’histoire du salut en ce troisième dimanche de l’Avent. La mission d’ensemble de Jean fut une préparation à la venue du messie. Le temps venu, Jean conduisit ses propres disciples à Jésus et leur indiqua le Messie, la véritable lumière et l’agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde. Jean lui-même n’était  pas la lumière. Il vint pour témoigner de la lumière. Il la laissa simplement briller sur lui.

Jean se considère moins qu’un esclave pour Jésus : « Mais au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas : c’est lui qui vient derrière moi, et je ne suis même pas digne de défaire la courroie de sa sandale. » (Jn 1, 26-27). Quand les propres disciples de Jean l’approchèrent et furent troublés par la signification du baptême de Jésus dans le Jourdain, il leur répondit avec assurance : « Un homme ne peut rien s’attribuer, sauf ce qu’il a reçu du Ciel. » Jean dit qu’il était seulement l’ami de l’époux, celui qui doit diminuer alors que le maître grandit. Le baptiste a défini son humanité en fonction de ses limites.

Dans l’une des scènes les plus poignantes de l’Évangile de Luc, Jean le Baptiste est emprisonné par Hérode pour avoir blâmé publiquement ce dernier au sujet de son mariage adultère et incestueux avec Hérodiade (Mt 4, 12 ; Mc 1, 14 ; Lc 3, 19). Seul, découragé et proche de la fin de sa vie, Jean le Baptiste, reconnu comme le « plus grand de tous les prophètes » a dû poser la question : « Es-tu vraiment le Messie ? »  Jean attendait probablement un ardent réformateur social pour instaurer le Royaume, certainement pas quelqu’un qui s’associerait avec les pauvres, les paralysés, les aveugles, les exclus et les pécheurs. Néanmoins, le Christ vient de la manière la plus inattendue et souvent à travers les personnes auxquelles on pense le moins.

Jésus invite Jean à regarder autour de lui pour voir le travail déjà accompli au milieu des gens. Les aveugles avaient recouvré la vue et les paralysés marchaient à nouveau. Maladies et troubles avaient été guéris et les sourds entendaient. La bonne nouvelle était désormais prêchée aux pauvres. Ceci était la plus grande de toutes les merveilles ! Et c’est une extraordinaire consolation pour nous. Il n’y a rien d’étonnant à ce que nous nous posions souvent la même question – « La vie chrétienne en vaut-elle vraiment la peine ? »  « Jésus est-il vraiment la réponse à tous les maux et les tristesses du monde et de nos propres vies ? »

Les foules s’approchèrent de Jean et lui demandèrent : « Que devrions-nous faire ? »  Le Baptiste ne conseille à personne de quitter le monde, aussi ambiguë que cette affirmation puisse être. Il dit plutôt que ceux avec deux vêtements partagent avec ceux qui n’en n’ont pas. De la même façon, ceux qui ont en abondance de la nourriture doivent partager avec ceux qui ont faim. Les collecteurs de taxes se faisaient dire de n’exiger rien de plus que ce qui était fixé. Les soldats ne pouvaient voler personne en usant de violence ou de fausses accusations. Ils devaient se contenter de leur solde. Qu’est-ce que les gens pouvaient faire pour se préparer à l’imminente venue du Messie ? Etre généreux, justes, honnêtes, reconnaissants et compatissants (Lc 3, 10-14).

La vie et la mission de Jean le Baptiste nous rappellent à quel point nous avons besoin d’un sauveur pour nous sauver, pour que nous soyons tous ce que nous sommes appelés à être et que nous fassions tout ce que nous pouvons pour vivre dans la Lumière. Sommes-nous courageux et prophétiques dans notre témoignage chrétien à la Lumière qui est déjà venue dans notre monde ? Il nous arrive si souvent de ne pas reconnaître Celui parmi nous qui est la véritable lumière.

Que Jean le Baptiste nous donne force et courage pour porter la lumière aux autres, ainsi que la générosité et la capacité de nous réjouir lors de cette attente. « Réjouissez-vous. Priez sans cesse », écrit Paul dans sa lettre aux Thessaloniciens. Nous pouvons renverser l’ordre de ces deux phrases : « Priez sans cesse, afin que nous puissions toujours nous réjouir. » Par la prière, nous comprenons que Dieu prend toutes nos inquiétudes et nos espérances dans son amour infini et sa sagesse. Il nous remet debout et nous donne la vie et la lumière en plénitude.

(Image : Saint Jean Baptiste par Anton Raphael Mengs)

Jean Baptiste : le prophète de l’Avent

Deuxième dimanche de l’Avent, Année B – 10 décembre 2017

L’une des grandes vedettes des récits de l’Avent et du temps de Noël, Jean le Baptiste, fait aujourd’hui son apparition sur la scène biblique. Considérons ensemble quelques détails de la vie de Jean et voyons à quel point il est un bon modèle pour nous. Jean Baptiste ne mâchait pas ses mots. Il allait droit au but et disait ce qu’il fallait dire. Il nous parlerait certainement avec des paroles aussi crues : avec des mots qui viseraient directement les points faibles de nos vies. Jean Baptiste prêchait le repentir avec crédibilité parce qu’il avait d’abord aimé les paroles de Dieu qu’il avait entendu au désert.

Il a écouté, expérimenté et vécu la parole libératrice de Dieu au désert. C’est parce que sa vie et son message ne faisait qu’un qu’il annonçait cette parole aux autres avec une telle efficacité. La duplicité est l’une des choses les plus décourageantes auxquelles il nous faut faire face. Combien de fois nos paroles, nos pensées et nos gestes ne sont pas cohérents. Le véritable prophète d’Israël nous aide dans notre lutte contre toute forme de duplicité.

À travers l’histoire biblique, des leaders et des visionnaires vont au désert pour voir plus clair, pour écouter intensément la voix de Dieu et découvrir d’autre voies, d’autres chemins.  Le mot hébreu pour désert midvar, est dérivé d’une racine sémitique qui signifie « mener le troupeau au pâturage ». Eremos, le mot grec utilisé pour traduire midvar, dénote un endroit désolé et peu peuplé et, au sens plus strict, un désert.

Le terme désert a deux significations différentes mais inter reliées, en référant à quelque chose de sauvage et de perdu. C’est probablement ce caractère inconnu (perdu) et incontrôlable (sauvage) qui lui a valu le terme de désert. Il y a aussi une autre manière de comprendre le sens du mot désert.

Un regard attentif à la racine du mot midvar révèle le mot davar qui signifie parole ou message. La notion hébraïque de désert est donc un lieu saint où la parole de Dieu peut être entendu, expérimenté et vécu librement. Nous allons au désert pour entendre la parole de Dieu, détaché et complètement libre.

L’Esprit de Dieu a permis aux prophètes de vivre en Dieu. Ils étaient ainsi capables de partager les attitudes, les valeurs, les sentiments et les émotions de Dieu. Un tel don leur permettait de voir les événements de leur époque comme Dieu les voyait et de se sentir de la même manière face à ceux-ci. Ils partageaient la colère de Dieu, sa compassion, sa peine, sa déception, son dégoût, sa sensibilité pour les gens et son sérieux. Ils prenaient part à ces choses non pas de manière abstraite, mais en ressentant les sentiments de Dieu à propos des événements concrets de leur temps.

Jean Baptiste est LE prophète de l’avent. On le représente souvent avec le doigt qui pointe vers celui qui vient : Jésus-Christ. Si, à la suite de Jean, nous préparons le chemin du Seigneur dans le monde d’aujourd’hui, nos vies deviendrons aussi ces doigts de témoins vivants qu’il est possible de trouver Jésus, car il est proche. Jean a offert aux personnes de son époque une expérience de pardon et de salut en sachant très bien qu’il n’était pas le messie, celui qui pouvait sauver. Permettons-nous à d’autres de faire l’expérience de Dieu, du pardon et du salut ?

Jean le Baptiste  est venu nous enseigner qu’il existe un autre chemin que les ténèbres et la tristesse du monde et que la condition humaine : ce chemin est Jésus lui-même. Le Messie vient nous sauver des forces des ténèbres et de la mort, et nous ramène sur le chemin de la paix et de la réconciliation afin que nous retrouvions notre voie vers Dieu.

Le théologien jésuite Karl Rahner, aujourd’hui décédé, a écrit un jour :

Nous devons écouter la voix de celui qui nous appelle dans le désert, même s’il avoue : je ne suis pas le Messie. Vous ne pouvez pas choisir de ne pas écouter cette voix ‘parce qu’elle est seulement la voix d’un homme.’ Et, de même, vous ne pouvez pas laisser de côté le message de l’Église parce que l’Église ‘n’est pas digne de détacher les lacets de son Seigneur qui la précède.’ Après tout, nous sommes toujours dans l’avent.

Nous n’avons peut-être pas le luxe de voyager dans le désert de Judée, ni le privilège de faire une retraite de l’avent dans le désert du Sinaï. Toutefois, nous pouvons certainement découper un petit désert au milieu de nos activités et du brouhaha de la semaine. Allons vers ce lieu sacré et laissons la Parole de Dieu nous parler, nous guérir, nous réorienter, et nous mener au cœur du Christ, dont nous attendons la venue en cet avent.