L’Ascension du Seigneur: la navigation spatiale du cœur

Ascension du Seigneur, Année A – dimanche 28 mai 2017

Actes 1,1-11
Éphésiens 1,17-23
Matthieu 28,16-20

L’Évangile de Matthieu pour la Solennité de l’Ascension du Seigneur (28, 16-20) nous présente la scène majestueuse qui sert de conclusion logique au récit de l’évangéliste. Dans le droit fil du portrait qu’il a tracé de Jésus, Matthieu choisit de terminer son Évangile non pas sur un tableau éblouissant du nouveau pouvoir céleste de Jésus, ni non plus sur le partage du pain ou le contact avec son corps, mais sur une scène d’une profonde simplicité qui met en valeur les paroles de Jésus, le grand maître, le seul maître (23, 8-10). La scène de l’ascension est le but auquel tend l’Évangile et, en même temps, une synthèse provocante de son message fondamental.

Le passage d’aujourd’hui se divise en deux parties : l’apparition du Christ ressuscité aux disciples en Galilée (v.16-18a), tel que promis en 28,7, et les instructions de Jésus qui forment la conclusion de l’Évangile (v. 18b-20). Les disciples se rendent à la montagne comme Jésus le leur avait ordonné, ce qui évoque trois montagnes : la montagne (5, 1-2) où Jésus donne le Sermon sur la montagne (Matthieu 5-7); la haute montagne (17, 1) où il est transfiguré et où l’annonce de sa passion (16, 21) est validée; et le mont des Oliviers (24, 3), lieu de son discours eschatologique (chapitres 24-25).

Les onze de Matthieu

Considérons la situation de ce petit groupe d’apôtres et de disciples envoyés sur la montagne en Galilée. Peut-on imaginer bande plus humaine, plus ordinaire, plus dysfonctionnelle, moins prometteuse ? La fragilité humaine pourrait-elle être plus évidente qu’au sein de ce groupe… au milieu de la tricherie, de la lâcheté, du reniement pour ne nommer que quelques-uns des points faibles de ceux qui vont devenir les « colonnes » de notre Église ! Ce n’est qu’au moment où celui qu’on appelle « Rocher » prend conscience de l’ampleur de son reniement que le ministère de la direction et de l’unité de l’Église lui tombe sur les épaules. Deux d’entre eux, Jacques et Jean, ont fait preuve d’une ambition éhontée. Certains ont posé des questions qui trahissaient leur profonde ignorance du message et de la vie de leur maître. Une fragilité et une faiblesse pathétiques… Et pourtant l’Évangile de Matthieu survole tout cela en nous disant que « les onze disciples » s’en allèrent à la montagne où Jésus leur avait dit de se rendre. Ils ne sont plus douze, le chiffre symbolique qui les situait dans la continuité de la longue histoire du judaïsme, mais onze, rappel de la défection tragique de Judas Iscariote, vouée à un échec lamentable. Mais en dépit d’une humanité criante et d’un échec flagrant, les onze se voient confiés le rêve et la mission du Seigneur ressuscité.

Une mission universelle

Au verset 18, Jésus ressuscité revendique les pleins pouvoirs au ciel et sur la terre. Puisque ce pouvoir universel appartient au Seigneur ressuscité, il confère aux onze une mission universelle. Ils devront faire des disciples de toutes les nations. Même si quelques exégètes pensent que « toutes les nations » ne désignent que tous les Gentils, il est probable que l’expression inclut aussi les juifs. Le baptême est le moyen d’entrer dans la communauté du Ressuscité – l’Église. La fin de l’Évangile de Matthieu contient l’expression la plus claire de la foi trinitaire dans le Nouveau Testament. Ces mots étaient sans doute la formule baptismale qu’employait l’église de Matthieu mais ils décrivent avant tout les effets du baptême, l’union de la personne baptisée au Père, au Fils et à l’Esprit Saint.

Au verset 20, Jésus exhorte à « garder tous les commandements que je vous ai donnés », ce qui renvoie certainement à l’enseignement moral qu’on trouve dans l’évangile de Matthieu, et d’abord au Sermon sur la montagne (5-7). Les commandements de Jésus sont la norme de la conduite chrétienne, et non la loi mosaïque comme telle, même si certains commandements mosaïques ont été investis de l’autorité de Jésus.

Les mots « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (v. 20) retentissent comme en écho. Ils nous renvoient au début du récit de Matthieu, quand Jésus reçoit le nom d’« Emmanuel ». Ce nom contient la réponse aux aspirations les plus profondes de l’humanité qui cherche Dieu à travers les âges. Emmanuel est à la fois une prière et une supplication (en notre nom) et une promesse et une déclaration de la part de Dieu. En prononçant ce nom, nous prions et nous supplions : « Dieu, sois avec nous ! » Et quand Dieu le prononce, le Tout-puissant, l’Éternel, l’omniprésent Créateur du monde nous dit : « Je suis avec vous » en Jésus. À la fin de l’Évangile, le nom retentit en écho lorsque Jésus ressuscité assure ses disciples de sa présence constante : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (v. 20). Dieu a bien tenu sa promesse en Jésus.

C’est l’Eucharistie qui confirme ces mots « je suis avec vous ». Le Christ a dit à ses apôtres : « Allez… et enseignez toutes les nations, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ». Du Christ la voie de l’initiation chrétienne conduit directement à l’Eucharistie : « je suis avec vous », « je suis avec chacune et chacun de vous. » « Je fais partie de votre chair et de votre sang. » « Je partage votre propre expérience ».

Toucher le Seigneur ressuscité

Dans son livre, Jésus de Nazareth. De l’entrée à Jérusalem à la Résurrection (Éditions du Rocher, 2011), Benoît XVI traite du mystère de l’Ascension du Seigneur (p. 322-323) :

L’ancienne façon humaine d’être ensemble et de se rencontrer est dépassée. Maintenant on peut toucher Jésus désormais seulement auprès du Père. On peut le toucher seulement en montant. À partir du Père, dans la communion avec le Père, il nous est accessible et proche de manière nouvelle. Cette nouvelle accessibilité présuppose aussi une nouveauté de notre part : par le baptême, notre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu; dans notre véritable existence nous sommes déjà là-haut, auprès de lui, à la droite du Père (cf. Col 3,1s).

Si nous avançons dans l’essence de notre existence chrétienne, alors nous touchons le Ressuscité : là nous sommes pleinement nous-mêmes. Le fait de toucher le Christ et le fait de monter sont intrinsèquement liés. Et rappelons-nous que, selon Jean, le lieu de « l’élévation » du Christ est sa Croix et que notre « ascension » qui est toujours à nouveau nécessaire, notre montée pour le toucher, doit être un chemin avec le Crucifié. Le Christ auprès du Père n’est pas loin de nous, c’est plutôt nous qui sommes loin de lui; mais le chemin entre lui et nous demeure ouvert. Ce n’est pas un parcours de caractère cosmique et géographique dont il s’agit ici, mais c’est la « navigation spatiale » du cœur qui conduit de la dimension du repliement sur soi à la dimension nouvelle de l’amour divin qui embrasse l’univers.

Le Christ est venu si près de nous

Ce n’est que par sa séparation physique de la scène historique que Jésus peut accomplir, achever son union spirituelle avec le monde entier jusqu’à la fin des temps. Jésus a quitté le monde un jour afin d’être disponible pour tout le monde à travers les âges. Il lui fallait dissoudre les liens qu’il avait noués avec ses amis pour être accessible à tout un chacun. Nous avançons vers les cieux dans la mesure où nous nous approchons de Jésus. Le texte des sermons paroissiaux du Bienheureux John Henry Newman nous inspire en cette grande fête (PPS, vol. 6, no. 10) :

Le départ du Christ vers le Père est à la fois source de tristesse, parce qu’il suppose Son absence, et source de joie, parce qu’il suppose Sa présence. De la doctrine de Sa résurrection et de Son ascension naissent ces paradoxes chrétiens dont parle souvent l’Écriture : dans le deuil nous nous réjouissons; dépossédés, nous possédons toutes choses (2 Corinthiens 6,10).

Voilà d’ailleurs notre condition présente; nous avons perdu le Christ et nous L’avons trouvé; nous ne Le voyons pas mais nous Le discernons. Nous Lui embrassons les pieds mais Il nous dit : « Ne me touche pas ». Comment est-ce possible ? Voici : nous avons perdu Sa perception sensible et consciente; nous ne pouvons Le regarder, L’entendre, converser avec Lui, Le suivre d’un endroit à l’autre; mais nous goûtons Sa vision et Sa possession réelle, spirituelle, immatérielle, intérieure, mentale; possession plus réelle et plus présente que celle qu’avaient les apôtres quand Il était dans la chair, parce qu’elle est spirituelle, parce qu’elle est invisible.

Le Christ, raison de notre joie

Enfin, le pape Benoît XVI nous laisse une image consolante du Seigneur ressuscité qui jamais ne nous quitte. Dans son ouvrage, Jésus de Nazareth. De l’entrée à Jérusalem à la Résurrection (Éditions du Rocher, 2011), le pape émérite écrit (p.321-322) :

Puisque Jésus est auprès du Père, il n’est pas loin, mais il est proche de nous. Maintenant il ne se trouve plus dans un lieu particulier du monde comme avant « l’ascension »; maintenant, dans son pouvoir qui dépasse toute spatialité, il est présent à côté de tous et tous peuvent l’invoquer – à travers toute l’histoire – et en tous lieux.

Après la multiplication des pains, le Seigneur ordonne aux disciples de monter sur la barque et de le précéder sur l’autre rive, vers Bethsaïde, pendant que lui-même renverra la foule. Ensuite il se retire « sur la montagne » pour prier. Les disciples sont donc seuls sur la barque. Il y a un vent contraire, la mer est agitée. Ils sont menacés par la violence des vagues et de la tempête. Le Seigneur semble être loin, en prière sur sa montagne. Mais puisqu’il est auprès du Père, il les voit. Et puisqu’il les voit, il vient à eux en marchant sur la mer, il monte sur la barque avec eux et rend possible la traversée jusqu’à son but.

C’est une image pour le temps de l’Église – qui nous est donc aussi destinée. Le Seigneur est « sur la montagne » du Père. Par conséquent il nous voit. Par conséquent il peut à tout moment monter sur la barque de notre vie. Par conséquent nous pouvons toujours l’invoquer et toujours être sûrs qu’il nous voit et qu’il nous entend. Aujourd’hui aussi la barque de l’Église, avec le vent contraire de l’histoire, navigue à travers l’océan agité du temps. Souvent on a l’impression qu’elle va sombrer. Mais le Seigneur est présent et vient au moment opportun. « Je m’en vais et je viens à vous » – c’est cela la confiance des chrétiens, la raison de notre joie.

Le Défenseur nous donne une raison d’espérer

Sixième dimanche de Pâques, Année A – 21 mai 2017

Actes 8,5-8.14-17
1 Pierre 3,15-18
Jean 14,15-21

Les six premiers chapitres des Actes racontent l’histoire de la fondation et de la construction de l’Église à Jérusalem. Dans la première lecture d’aujourd’hui (Actes 8, 5-8.14-17) et de nouveau en Actes 10, 44-48 comme en Actes 19, 1-6, Luc distingue entre le baptême au nom du Seigneur Jésus et la réception de l’Esprit. Chaque fois, l’Esprit est conféré grâce à l’intervention de l’un des Douze (Pierre et Jean) ou de leur représentant (Paul). C’est très probablement une façon pour Luc de décrire le rôle de l’Église dans l’effusion de l’Esprit. Ailleurs dans les Actes, le baptême et l’Esprit sont associés de manière plus étroite (Actes 1,5; 11,16).

Que pouvons-nous apprendre de cette expérience ? Les écrits de Luc dans les Actes des Apôtres indiquent clairement que le don de l’Esprit n’est pas un privilège individuel. Et que la proclamation des Écritures n’est pas un processus purement cérébral qui serait affaire de théorie et d’intelligence. Il s’agit bien plutôt d’un processus qui exige une connaissance expérientielle de Jésus de Nazareth, le crucifié et le ressuscité. Aucun obstacle apparent – défaut physique, origine ethnique ou distance géographique – ne peut empêcher quelqu’un d’avoir accès à l’appel salvifique de la bonne nouvelle. Dieu travaille à accomplir ses objectifs quant au rayonnement de la mission de l’église (Luc 24,47; Actes 1,8). Le Seigneur Jésus jette les yeux sur des témoins potentiels et fait tout ce qu’il peut pour les former, les habiliter et les lancer sur les routes de la Parole.

Reconnaissez dans vos cœurs la sainteté du Christ, le Seigneur

La deuxième lecture d’aujourd’hui, tirée de la Première Lettre de Pierre (3, 15-18), nous rappelle que la souffrance et la mort du Christ, lui qui est le juste, a sauvé les coupables (1 Pierre 3, 18) ; par sa résurrection il a reçu la vie nouvelle dans l’Esprit et il la communique aux croyants par le bain baptismal qui purifie leur conscience du péché. De même que la famille de Noé fut sauvée par l’eau, ainsi les chrétiens sont-ils sauvés par les eaux du baptême (1 Pierre 3, 19-22). Aussi n’ont-ils pas à partager la crainte des pécheurs ; ils devraient plutôt se réjouir dans la souffrance à cause de leur espérance dans le Christ. Leur innocence confond leurs accusateurs (1 Pierre 3, 13-16 ; cf. Matthieu 10, 28 ; Romains 8, 35-39).

Deux mille ans plus tard, les paroles que Pierre adresse à l’Église primitive continuent de retentir en nous avec force (1 Pierre 15s) :

C’est le Seigneur, le Christ, que vous devez reconnaître dans vos cœurs comme le seul saint. Vous devez toujours être prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l’espérance qui est en vous ; mais faites-le avec douceur et respect. Ayez une conscience droite, pour faire honte à vos adversaires au moment même où ils calomnient la vie droite que vous menez dans le Christ.

Quelle est la raison de notre espérance ? Permettez-moi de rappeler ici ce que disait le pape Benoît XVI dans son homélie pour la Solennité des saints Pierre et Paul, à Rome, le 29 juin 2009 :

Très brièvement, je voudrais encore rappeler l’attention sur deux autres affirmations de la Première Lettre de saint Pierre, qui nous concerne tout particulièrement, à notre époque. Il y a tout d’abord la phrase aujourd’hui nouvellement découverte, sur la base de laquelle les théologiens médiévaux comprirent leur tâche, leur tâche de théologiens: « Sanctifiez dans vos cœurs le Seigneur Jésus Christ, toujours prêts à la défense contre quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous » (Ac 3, 15). La foi chrétienne est espérance. Elle ouvre la voie vers l’avenir. Et elle est une espérance qui est raisonnable ; une espérance dont nous pouvons et nous devons exposer la raison. La foi provient de la Raison éternelle qui est entrée dans notre monde et nous a montré le vrai Dieu. Elle va au-delà de la capacité propre de notre raison, tout comme l’amour voit davantage que la simple intelligence. Mais la foi parle à la raison et dans la confrontation dialectique, elle peut tenir tête à la raison. Elle ne la contredit pas mais elle va de pair avec elle et, dans le même temps, conduit au-delà d’elle – elle introduit dans la Raison plus grande de Dieu.

En tant que pasteurs de notre temps, nous avons le devoir de comprendre nous les premiers la raison de la foi. Le devoir de ne pas la laisser demeurer simplement une tradition, mais de la reconnaître comme une réponse à nos questions. La foi exige notre participation rationnelle, qui s’approfondit et se purifie dans un partage d’amour. Cela fait partie de nos devoirs en tant que pasteurs que de pénétrer la foi avec la pensée pour être en mesure de montrer la raison de notre espérance dans le débat de notre temps.

Le nouveau défenseur parmi nous

Dans l’Évangile de Jean, le deuil est palpable chez les apôtres au moment où Jésus se prépare à les quitter. Pierre lui demande : « Seigneur, où vas-tu ? » (Jean 13, 36) puis « Seigneur, pourquoi ne puis-je pas te suivre maintenant ? » (Jean 13, 37). C’est à ces questions poignantes que Jésus répond : « Si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous » (Jean 14, 15). Et Jésus présente alors le nouveau Défenseur (Paraclet) comme l’Esprit de vérité, méconnu du monde mais présence permanente chez les disciples (Jean 14, 17). Voilà bien le fondement de notre confiance en la direction de l’Esprit.

Le mot grec « paraclet » provient du langage juridique et désigne un avocat, le procureur de la défense. On pourrait aussi traduire le porte-parole, le médiateur, l’intercesseur, celui qui console et réconforte, encore qu’aucune de ces expressions n’exprime tout ce que Jean veut dire. Le Paraclet chez Jean est un maître, un témoin de Jésus, et en même temps le procureur de la poursuite contre le monde; le mot lui sert à désigner celui qui assure la présence continue sur terre du Jésus qui est retourné au Père.

Jésus est le premier défenseur (paraclet) ; voyez 1 Jean 2,1, où Jésus plaide notre cause en intercédant pour nous au ciel. La venue du Paraclet dans la communauté chrétienne signale le début d’une mission mondiale qui poussera les premiers chrétiens à franchir les frontières de leur monde. Si Jésus était le Défenseur pendant qu’il était sur terre, l’Esprit est maintenant un nouveau Défenseur, la présence de Jésus jusqu’à son retour. Ce Défenseur n’est pas un étranger mais plutôt la garantie de la fidélité à Jésus : « le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit » (Jean 14, 26). Et Jésus répète que le Défenseur va témoigner en son nom et mettre les disciples en mesure de témoigner, eux aussi. Pour situer ces passages, il faut se rappeler l’incertitude et la peur des disciples au début du livre des Actes. Avec la venue de l’Esprit, les disciples reçoivent la lumière et l’audace de témoigner avec clarté et avec courage.

Échapper au piège du passé

Le Défenseur ne sera pas seulement l’assurance de la fidélité et la source d’une proclamation audacieuse mais aussi le guide vers un avenir encore obscur : « J’aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous n’avez pas la force de les porter. Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : il redira tout ce qu’il aura entendu ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître » (Jean 16, 12-13). Cette assurance de la présence et de la direction de l’Esprit permet aux disciples d’avancer vers l’avenir, d’affronter de nouveaux défis et de le faire avec créativité. Les disciples authentiques, fidèles à la personne et au message de Jésus, ne se laissent pas prendre au piège du passé. C’est l’Esprit qui rend possible la flexibilité, l’apprivoisement, l’adaptation, c’est lui qui permet à la nouveauté d’émerger, toujours dans un contexte de fidélité.

L’Esprit est notre guide, notre conseiller, la source de notre confiance et de notre sens de l’orientation. C’est l’Esprit qui garde l’espérance vivante dans nos cœurs alors que nous aspirons à la plénitude de la présence et de l’amour de Dieu. L’assurance de la présence et de la direction de l’Esprit nous donne les moyens, à nous, Ses disciples, d’avancer vers l’avenir et de relever de nouveaux défis avec créativité. Le disciple est fidèle à la personne et au message de Jésus sans tomber pas dans le piège du passé. C’est l’Esprit qui rend possible la flexibilité, l’apprivoisement, l’adaptation, c’est lui qui permet à la nouveauté d’émerger dans un contexte de fidélité. Les écrits de Luc dans les Actes des Apôtres montrent clairement que l’Esprit n’est pas un privilège individuel.

La mémoire vivante de l’Église

Ce nouveau Défenseur n’est pas simplement un porteur de procuration, envoyé remplacer le Seigneur en son absence : au contraire, il assure sa présence et celle du Père. Ils vont « venir chez » celui ou celle qui reste fidèle à la parole de Jésus, et ils vont faire chez lui/elle leur demeure. Mais pas chez les autres – ceux qui n’aiment pas le Seigneur et ne gardent pas sa parole. Le Paraclet demeure en quiconque aime Jésus et garde ses commandements ; sa présence échappe donc à la limite du temps (Jean 14, 15-17). Le Paraclet est tout aussi présent chez les disciples modernes de Jésus qu’il l’était dans la première génération chrétienne. Personne ne doit penser que Jésus a abandonné son Église aujourd’hui. Jésus continue de nous envoyer l’Esprit de Dieu, l’Esprit de vérité. L’Évangile nous dit que « celui que le Père enverra nous enseignera tout et nous fera souvenir de tout ce que Jésus nous a dit » (v. 26). Ce souvenir, ce rappel à la mémoire se trouve admirablement exprimé dans la nouvelle formulation qu’emploie le Catéchisme de l’Église catholique pour décrire le travail du Défenseur, « L’Esprit Saint est la mémoire vivante de l’Église » (n° 1099) :

La venue du Paraclet signale le début d’une vision mondiale qui pousse les premiers chrétiens à dépasser leurs frontières géographiques. Comme chrétiennes et chrétiens, la personne de Jésus Christ est notre « point de départ », notre espérance et notre but. Le Christ demande à l’Église de « faire des disciples de toutes les nations » (Matthieu 28, 19). Pour guider le travail de l’Église dans cette mission, le Christ envoie l’Esprit Saint au milieu de nous. Jésus présente le nouveau Défenseur comme « l’Esprit de vérité », méconnu du monde mais présence constante parmi les disciples (Jean 14, 17). Tel est bien le fondement de notre confiance en la direction de l’Esprit. Jésus a été le Défenseur pendant qu’il était sur terre avec les disciples. L’Esprit Saint est un nouveau Défenseur, la présence de Jésus qui guide l’Église jusqu’à son retour. Ce Défenseur n’est pas un étranger, mais bien la garantie de la fidélité à Jésus : « le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom vous enseignera tout et vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit » (Jean 14, 26).

Le maître d’œuvre et sa communauté de pierres vivantes

Cinquième dimanche de Pâques, Année A – 14 mai 2017

Actes 6,1-7
1 Pierre 2,4-9
Jean 14,1-12

Le mystère de notre union spirituelle au Christ est au cœur de la liturgie du Cinquième Dimanche de Pâques, cette année. Dans la première lecture, tirée des Actes des Apôtres (6, 1-7), nous voyons que la première communauté apostolique a eu tôt fait de distinguer entre diverses charges et responsabilités.

Les Hellénistes, aux versets 1-7, ne sont pas nécessairement des Juifs de la diaspora mais plus probablement des Juifs palestiniens qui ne parlaient que le grec. Les Hébraïsants sont des Juifs qui parlaient hébreu ou araméen et peut-être aussi le grec. Les deux groupes font partie de la communauté chrétienne juive de Jérusalem. Le conflit entre eux entraîne une restructuration qui a pour but de mieux répondre aux besoins de la communauté.

Le service de la Parole

La fonction essentielle des Douze (v. 2-4) est le « service de la Parole », ce qui comprend l’élaboration du kérygme par la formulation des enseignements de Jésus. Au verset 2, nous lisons : « il n’est pas normal que nous délaissions la parole de Dieu pour le service des repas ». Certains commentateurs de l’Écriture pensent qu’il ne s’agit pas ici de servir à table mais plutôt de tenir les livres où l’on inscrivait les distributions de nourriture aux membres nécessiteux de la communauté. À l’invitation des Apôtres, les disciples choisissent sept hommes : « Étienne, homme rempli de foi et d’Esprit Saint, Philippe, Procore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas. On les présenta aux Apôtres et ceux-ci, après avoir prié, leur imposèrent les mains. » (v. 5-6).

Tout cet épisode a pour but de présenter Étienne comme une figure éminente de la communauté avant que son long discours et son martyre ne soient racontés en Actes 7. Une fois qu’Étienne et les autres ont été choisis, on ne les présente jamais dans l’exercice de la tâche qui leur a été confiée (v. 2-3). Deux d’entre eux, Étienne et Philippe, apparaissent plutôt comme des prédicateurs du message chrétien. Étienne est le plus représentatif du groupe des sept. Notre tradition voit dans cette équipe l’origine du futur ministère des « diacres », mais il faut se rappeler que cette distinction ministérielle ne se trouve pas dans les Actes des Apôtres.

N’oublions pas qu’en plus du service caritatif, Étienne exerçait une fonction d’évangélisation chez les siens – dits « Hellénistes ». Luc insiste sur le fait qu’Étienne, « plein de la grâce et de la puissance de Dieu » (v. 8), présente au nom de Jésus une nouvelle interprétation de Moïse et de la Loi même de Dieu. Étienne relit l’Ancien testament à la lumière de la proclamation de la mort et de la résurrection du Christ.

Une des grandes leçons que nous pouvons tirer du témoignage d’Étienne, c’est que les œuvres caritatives ne doivent jamais être coupées de la proclamation audacieuse, explicite et courageuse de la foi. Il ne fait aucun doute qu’Étienne fut bien l’un des sept à qui on avait confié les œuvres de charité. Mais il n’était pas possible de séparer la foi de la charité. C’est ainsi que, dans la charité, il proclama le Christ crucifié et qu’il le fit jusqu’au martyre. La charité et la proclamation de la foi vont de pair.

Le Christ pierre angulaire

La deuxième lecture d’aujourd’hui est tirée de la Première Épître de Pierre (2, 4-9) et nous présente l’image frappante du Christ pierre angulaire, fondation de l’édifice spirituel qu’est la communauté chrétienne (v. 5). Pour les non-croyants, le Christ est un obstacle, une pierre d’achoppement qui va les faire tomber (v. 8). Le Christ qui est « la pierre vivante » du « Temple spirituel » va nous transformer en « pierres vivantes » (v. 5). Chaque fois que nous nous rassemblons en Église, en tant que communauté croyante, en tant que « pierres vivantes » de l’édifice de Dieu, nous sommes appelés à être le vrai « temple spirituel » dont le Seigneur est la « pierre angulaire » et où sont offertes « les offrandes spirituelles que Dieu pourra accepter » (v. 6).

Une communauté de pierres vivantes

Je me rappelle ma première visite sur le site de Capharnaüm, sur la rive nord-occidentale de la Mer de Galilée, en 1988. J’avais la chance d’être guidé ce jour-là par un de mes maîtres et de mes grands amis, feu le Père Carroll Stuhlmueller, prêtre passionniste qui enseignait à la Catholic Theological Union de Chicago. Le Père Stuhlmueller nous donna d’abord un cours formidable sur les discours du « pain de vie » dans les ruines de la synagogue du troisième siècle, au centre de la ville. Puis il nous conduisit à travers les rues étroites de ce qui était la base principale de Jésus en Galilée en nous faisant remarquer comment les maisons de la ville étaient construites en petites pierres noirâtres. Il semble qu’on n’utilisait pas de mortier pour faire tenir ces pierres. Il expliqua à notre petit groupe que ces pierres étaient appelées « pierres vivantes ». On les frottait les unes sur les autres jusqu’à ce qu’elles s’emboîtent parfaitement. C’est une image que je n’ai jamais oubliée. J’ai toujours trouvé qu’il y a là une illustration tout à fait parlante de ce qu’est l’Église aujourd’hui : une communauté de pierres vivantes où les frictions trop fréquentes servent à tenir ensemble tout l’édifice. Ce n’est que lorsque nous nous frottons les uns aux autres ou que nous sommes contraints de le faire, que nous apprenons ce qu’est la vraie charité, la vraie communauté. Alors seulement nous sommes en mesure de grandir, de changer et de nous emboîter les uns dans les autres pour former une structure solide, résistante et durable à long terme.

Le grand projet de construction de Jésus

Dans la deuxième lecture, Pierre exhorte : « Soyez les pierres vivantes qui servent à construire le Temple spirituel, et vous serez le sacerdoce saint ». Très bien, nous nous offrons nous-mêmes à Dieu comme pierres vivantes, mais qu’est-ce au juste que cet édifice spirituel qu’on est en train de construire ? Voici qui nous amène à l’Évangile d’aujourd’hui (Jean 14,1-12). L’Évangile de Jean nous présente l’autre demeure : en fait, il s’agit d’un grand édifice où on ne manque pas de places. N’est-il pas naturel de supposer que « la maison de mon Père » désigne le ciel, et que les nombreuses places qui s’y trouvent sont celles qui nous attendent quand nous passerons de cette vie dans l’autre ? C’est là une belle interprétation de ce passage, tout à fait valable, et nous devrions la laisser pénétrer notre cœur, en particulier aux heures solitaires et douloureuses qui suivent la perte d’un être cher. Mais il ne faut pas restreindre l’application de ce texte aux seuls moments de deuil.

Jésus ne s’inquiète pas seulement de l’autre vie mais aussi de l’ici et maintenant. Quand Jésus, à la dernière Cène, parle à ses disciples de « nombreuses demeures », il leur parle aussi du moment présent. Les disciples et l’Église primitive avaient besoin de s’entendre dire qu’ils seraient en mesure de remplir leur mission et de s’acquitter de leur ministère même après que Jésus fut remonté auprès du Père. Jésus leur dit : « que votre cœur ne se trouble pas… dans la maison de mon Père il y a plusieurs demeures. » Pas une seule, plusieurs ! Le Seigneur nous précède, il est allé nous préparer plusieurs places, même pour ceux et celles qui sont « en dehors » de la communauté de l’Église. À son heure, Jésus est allé préparer de la place pour tout le monde, en particulier pour ceux et celles à qui personne d’autre ne fait de place. Le grand projet de Jésus, c’est d’édifier une demeure avec quantité de pièces en fonction de la diversité du peuple de Dieu. Et ce vaste bâtiment compte plusieurs demeures faites de pierres vivantes.

L’annonce de son départ

À diverses reprises pendant le temps pascal, Jésus nous annonce son départ : son ascension et son retour au Père. Rappelons ces différentes occasions. D’abord à la dernière Cène : « Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde vers le Père… sachant que le Père lui avait tout remis entre les mains et qu’il était venu de Dieu et qu’il s’en allait vers Dieu… » (Jean 13,1-3). Jésus pensait à sa mort prochaine mais il voyait aussi plus loin et ces paroles font allusion à son départ imminent, à son retour au Père par l’ascension au ciel : « Mais maintenant je m’en vais vers celui qui m’a envoyé » (Jean 16,5); « je vais vers le Père et vous ne me verrez plus » (Jean 16,10). Sur le coup, les disciples ne pouvaient comprendre pleinement ce que Jésus avait en tête, d’autant plus d’ailleurs qu’il leur parlait de façon mystérieuse : « je m’en vais et je reviendrai vers vous »; puis il ajouta: « si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais vers le Père, parce que le Père est plus grand que moi » (Jean 14,28). Après sa résurrection, les disciples verraient dans ces paroles la prophétie de son ascension.

La question que Thomas pose à Jésus, « Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas, comment pourrions-nous savoir le chemin ? » exprime l’inquiétude de tout être humain qui prend conscience de la responsabilité que constitue la vie que Dieu nous donne si généreusement, qui regarde en face la nécessité de donner une orientation et un sens à ce qu’il fait. Quand Jésus se présente comme « la voie », le terme désigne aussi le christianisme (Actes 9,2; 19,9.23; 22,4; 24,14.22). Dans l’Église primitive, on connaissait les chrétiens sous le nom de disciples de la Voie.

Le défi de la transmission de la foi aujourd’hui

À la lumière de la richesse des textes d’aujourd’hui, j’aimerais attirer l’attention sur un autre passage du Document préparatoire au prochain Synode des évêques sur « la nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne », qu’on appelle les Lineamenta. Le Synode se tiendra au Vatican, en octobre 2012. Ce passage porte sur « les fruits de la transmission de la foi » (#17) :

Le but de tout le processus de transmission de la foi est l’édification de l’Église en tant que communauté des témoins de l’Évangile. Le Pape Paul VI affirme: « Communauté de croyants, communauté de l’espérance vécue et communiquée, communauté d’amour fraternel, elle a besoin d’écouter sans cesse ce qu’elle doit croire, ses raisons d’espérer, le commandement nouveau de l’amour. Peuple de Dieu immergé dans le monde, et souvent tenté par les idoles, elle a toujours besoin d’entendre proclamer les grandes œuvres de Dieu qui l’ont convertie au Seigneur, d’être à nouveau convoquée par lui et réunie. Cela veut dire, en un mot, qu’elle a toujours besoin d’être évangélisée, si elle veut garder fraîcheur, élan et force pour annoncer l’Évangile. »

Les fruits que ce processus ininterrompu d’évangélisation engendre dans l’Église comme signe de la force vivifiante de l’Évangile prennent forme dans la confrontation avec les défis de notre temps. Il est nécessaire d’engendrer des familles qui soient un signe véritable et réel d’amour et de partage, capables d’espérance parce qu’ouvertes à la vie ; il faut la force de construire des communautés douées d’un véritable esprit œcuménique et capables d’un dialogue avec les autres religions; on ressent l’urgence du courage de soutenir des initiatives de justice sociale et de solidarité, mettant le pauvre au centre de l’intérêt de l’Église; il faut souhaiter que donner sa propre vie dans un projet de vocation ou de consécration soit source de joie. Une Église qui transmet sa foi, une Église de la « nouvelle évangélisation » est capable dans tous ces domaines de montrer l’Esprit qui la guide, et qui transfigure l’histoire : l’histoire de l’Église, celle des chrétiens, des hommes et de leurs cultures.

Questions pour la réflexion cette semaine

En songeant que la charité et la proclamation de la foi vont de pair, en quoi nos tâches et nos activités caritatives et nos programmes de justice sociale nous donnent-ils l’occasion de proclamer Jésus Christ et son message à ceux et celles que nous secourons ?

En quoi nos communautés chrétiennes sont-elles des « pierres vivantes », des lieux dans l’Église qui offrent aux gens une expérience spirituelle ? Dans quelle mesure nos programmes d’éducation de la foi favorisent-ils non seulement une adhésion à la vérité chrétienne mais aussi la création d’une expérience de rencontre personnelle, de communion, de « vie » du mystère du Christ ?

Les groupes d’écoute et de discussion autour de la Parole de Dieu sont-ils devenus des outils normaux pour la vie chrétienne de notre communauté ? Comment nos communautés expriment-elles la place centrale de l’Eucharistie (célébrée et adorée) et comment, sur cette base, structurent-elles leur vie et leur activité ?

Quels sont les principaux fruits que la transmission de la foi a produits dans nos Églises ? Jusqu’à quel point les communautés chrétiennes sont-elles disposées à reconnaître ces fruits, à les soutenir et à les alimenter ? Quels sont les fruits qui manquent généralement ?

Quels sont les obstacles, les épreuves et les scandales qui entravent cette proclamation ? Comment les communautés ont-elles appris à vivre ces moments difficiles en y puisant des occasions de ressourcement spirituel et missionnaire ?

Jésus ne cesse jamais d’être la porte des brebis …

Quatrième dimanche de Pâques, Année A – 7 mai 2017 

Actes 2,14a.36-41
1 Pierre 2,20b-25
Jean 10,1-10

De toutes les images de Jésus à travers les âges, y en a-t-il une qui exprime davantage sa tendresse et sa compassion que celle du Bon Pasteur ? Bien avant l’époque de Jésus, l’image du berger servait à décrire la tendresse et la providence de Dieu à notre endroit. Le berger et l’hôte sont deux images qui renvoient au désert, là où le protecteur des moutons est aussi celui qui protège le voyageur en lui offrant l’hospitalité et la sûreté contre ses ennemis. Dans la Bible et dans le Moyen Orient ancien, le nom de « berger » était fréquemment employé comme titre politique afin de souligner l’obligation pour le roi de veiller sur ses sujets. Ce titre parlait de sollicitude et de dévouement au service d’autrui.

L’image du berger exprime aussi une grande autorité. Tout le discours sur le Bon Pasteur (Jean 10, 1-21), d’où est tiré le texte de l’Évangile d’aujourd’hui, continue le thème de la critique des Pharisiens, commencé à la fin du chapitre 9. Nourrir le troupeau, cela signifie que le berger doit protéger ses brebis de l’hérésie, être aux aguets pour les défendre contre les maraudeurs. Le bâton du berger est une arme défensive contre les bêtes sauvages alors que sa houlette est un instrument d’appoint qui symbolise les soins donnés et la loyauté.

Les portes dans l’Israël ancien

Avant de sonder le sens et l’importance de la porte des brebis, rappelons que dans l’Israël ancien les portes de Sion symbolisaient l’idée de l’entrée en présence de Dieu. Quand Isaïe parle du jour de la paix universelle, il décrit un temps où « tes portes seront toujours ouvertes, le jour ni la nuit elles ne seront fermées » (Isaïe 60, 11). De même, l’autel des holocaustes était placé, non pas à l’intérieur du tabernacle, mais « devant l’entrée de la Demeure, de la Tente de Réunion » (Exode 40, 6). Le Christ vient accomplir toutes ces attentes : il est la porte à travers laquelle nous avons « accès au Père » (Éphésiens 2, 18). Il est la « voie nouvelle et vivante » (Hébreux 10, 20). Combien de fois nous avons répété les paroles du Psalmiste, en particulier pendant le temps de l’Avent (24, 7-10) :

Portes, levez vos frontons
élevez-vous, portes éternelles :
qu’il entre, le roi de gloire !
Qui est ce roi de gloire ?
C’est le Seigneur, le fort, le vaillant,
le Seigneur, le vaillant des combats.
Portes, levez vos frontons,
levez-les, portes éternelles :
qu’il entre, le roi de gloire !
Qui donc est ce roi de gloire ?
C’est le Seigneur, Dieu de l’univers;
c’est lui, le roi de gloire.

Les portes des brebis dans le Nouveau Testament

Dans l’Évangile d’aujourd’hui (Jean 1, 1-10), Jésus fait référence à deux types de bergerie avant de se présenter lui-même comme la porte des brebis. Dans les deux premiers versets, il décrit la sorte de « bergerie communautaire » qu’entretenait un village et à laquelle les bergers pouvaient ramener leur troupeau à la nuit tombante. L’enceinte était protégée par une porte robuste qu’on ne pouvait ouvrir qu’avec la clé du berger en chef.

Un second type de bergerie apparaît dans les versets qui suivent. Il s’agit d’un enclos pour les nuits où le troupeau demeurait dans les champs (comme la nuit où Jésus est né). Ces bergeries temporaires étaient généralement constituées par un muret de roches, avec une ouverture à une extrémité. Le berger lui-même servait de porte à une bergerie de ce type : pour dormir, il se couchait en travers de l’entrée. Qu’une brebis tente de s’échapper ou qu’un loup essaie d’entrer, ils devaient lui passer sur le corps ! Le berger lui-même était la porte.

La Porte des brebis à Jérusalem

Il est important de se rappeler que Jésus se présente d’abord, non pas comme le Bon Pasteur, mais comme la porte des brebis. Les anciens murs de Jérusalem comportaient une porte, au nord de la ville, par où on faisait entrer les animaux des régions environnantes pour les sacrifices. C’était la Porte des brebis. Une fois à l’intérieur de la ville et dans les parvis du temple, il n’y avait qu’une porte par où passaient les brebis et aucun agneau ne ressortait vivant de l’enceinte du temple. Les bêtes avançaient dans une seule direction et c’est là qu’elles étaient sacrifiées pour les péchés des êtres humains. Pour le public qui, le premier, a entendu l’enseignement de Jésus sur les brebis, cette image accentuait encore le choc que provoquait ses paroles : « Amen, amen, je vous le dis : je suis la porte des brebis… Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé; il pourra aller et venir, et il trouvera un pâturage. » (Jean 10, 7.9) À l’intérieur même du quartier du temple envahi par les brebis en route vers la mort, Jésus affirme qu’il y a une issue : « Moi, je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance; je suis le bon pasteur » (Jean 10, 10-11).

Jésus parle des brebis à l’endroit même où elles sont sur le point d’être mises à mort. Contrairement au berger entouré d’agneaux innocents que nous font voir nos images de brebis et de pasteur sur des collines verdoyantes, la protection de ces brebis demande plus qu’une main douce et un œil vigilant. Ces brebis doivent être protégées des puissances de mort. Jésus enseigne que celui qui n’entre pas dans la bergerie pour s’occuper du troupeau en passant par la porte – Jésus lui-même – est un voleur et un bandit. Personne ne vient au Père que par Lui. Jésus lui-même est la porte par laquelle le berger rejoint les brebis; par conséquent, les seuls bergers authentiques sont ceux qu’il aura autorisés. Aux versets 7-8, l’image est celle d’une porte par laquelle le berger a accès aux brebis; aux versets 9-10, l’image devient celle d’une porte par laquelle les brebis peuvent entrer et sortir. Les Pharisiens, parce qu’ils ne passent pas par Jésus, sont des voleurs. Ceux qui passeront par la porte qu’est Jésus auront la vie.

Le Pasteur modèle

Jésus est l’eau vive, le pain de vie et la porte de la vie. Jésus est le bon pasteur, le pasteur modèle, et de trois façons. Premièrement, il est prêt à donner sa vie pour ses brebis. Les Pharisiens sont des hommes à gages; ils tondent le troupeau mais n’ont aucune loyauté envers lui. Le berger fidèle, comme David autrefois, protège son troupeau.

Deuxièmement, il connaît ses brebis. Cette connaissance intime du troupeau, qui suppose l’amour et de longues nuits de veille, est la raison qui le pousse à donner sa vie. Et son amour s’étend au-delà de « ses brebis à lui », les membres de la communauté johannique, pour inclure tous ceux et celles qui croient en lui. Troisièmement, Jésus est la porte des brebis : non pas un piège menant à l’abattoir mais l’entrée dans la sécurité aimante de Dieu – dans la protection du bon pasteur.

Le Christ n’est pas seulement la porte; il est le roi qui entre et le temple auquel conduit la porte ! Autrefois, la « porte du ciel » était le firmament que Dieu entrouvrait pour faire pleuvoir la manne (Psaume 78, 24) mais désormais le Christ est le pain véritable venu du ciel (Nicodème). Jacob a vu « la porte du ciel » (Genèse 28, 17) dans le sanctuaire terrestre de Béthel mais quand le martyr Étienne regarde vers le ciel, il aperçoit « la gloire de Dieu et Jésus » (Actes 7, 55). Le Christ ne fait pas que nous inviter à entrer par Lui dans le Royaume des cieux : il en laisse la clé à ses apôtres en leur promettant que « tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans les cieux » (Matthieu 16, 19).

Souvenir de la visite d’un saint pasteur à Denver

Je ne peux m’empêcher de rappeler un des enseignements de Saint Jean-Paul II à propos de l’Évangile d’aujourd’hui; c’était lors de la Journée mondiale de la Jeunesse 1993 à Denver, dans le Colorado. Pendant la veillée de prière au Cherry Creek State Park, le 14 août 1993, le Saint Père déclara:

En Jésus Christ, le Père exprime toute la vérité au sujet de la création. Nous croyons que dans la vie, la mort et la résurrection de Jésus le Père révèle tout son amour pour l’humanité. C’est pourquoi le Christ s’appelle lui-même « la porte des brebis » (Jean 10,7) Il est la porte et protège les créatures qui lui ont été confiées. Il les conduit vers de bons pâturages : « Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé; il pourra aller et venir, et il trouvera un pâturage » (Jean 10, 9). […]

À l’approche du troisième millénaire, l’Église sait que le Bon Pasteur continue, comme toujours, d’être l’espérance sans faille de l’humanité. Jésus Christ ne cesse jamais d’être « la porte des brebis ». Et en dépit de la longue histoire de péchés commis par l’humanité contre la vie, il ne cesse jamais de répéter avec la même vigueur et le même amour : « Je suis venu pour qu’ils aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance » (Jean 10, 10). […]

Le Christ – le bon Pasteur – est présent parmi nous, au milieu de tous les peuples, de toutes les nations, de toutes les générations et de toutes les races, comme Celui qui « donne sa vie pour ses brebis »… Oui, le Bon Pasteur donne sa vie. Mais seulement pour la reprendre ensuite (Jean 10, 17). Et dans la vie nouvelle de la résurrection, il est devenu – selon les mots de saint Paul – « l’être spirituel porteur de vie » (1 Co 15, 45), capable de donner la vie à tous ceux et celles qui croient en lui.

Vie sacrifiée, vie reprise, vie donnée. En lui, nous avons cette vie qui est la sienne dans l’unité du Père et de l’Esprit Saint. À condition de croire en lui. À condition de faire un avec lui dans l’amour – en nous rappelant que « celui qui aime Dieu doit aussi aimer son frère » (1 Jean 4,21).

Questions pour la réflexion cette semaine

Jésus dit que les brebis reconnaissent la voix de leur berger et qu’elles vont le suivre plutôt qu’un étranger. Est-ce que je suis vraiment à l’écoute de la voix du Bon Pasteur ? Où est-ce que je cherche à l’entendre ? Est-ce que je suis la voie sur laquelle il me guide ?

Jésus dit qu’il est venu pour que nous puissions avoir la vie, et la vie en abondance. Que veut-il dire ? Est-ce que je vis la vie surabondante que Dieu a préparée pour moi ?

Jésus dit qu’il a encore d’autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie mais qu’il doit aussi conduire. Plusieurs exégètes pensent que cette expression désigne les Gentils qui n’attendaient pas le Messie mais qui accueilleraient la Bonne Nouvelle dans la joie. Quelles sont aujourd’hui les brebis qui doivent encore entrer dans la bergerie de Dieu ? Que faisons-nous pour les conduire au Christ ?

 

Réflexion sur le Centenaire des apparitions au Portugal

Qu’est-ce que Fatima signifie ?

Réflexion sur le Centenaire des apparitions au Portugal

 Le 17 mai de cette année, nous célébrerons le centième anniversaire des apparitions de Notre Dame aux trois petits enfants de Fatima, au Portugal, en 1917. Leurs noms étaient : Bienheureux Francisco Marto (1908-1919), Bienheureuse Jacinta Marto (1910-1920) et Sr. Lucia dos Santos (1907-2005). Lucia était la plus vieille des trois mais la plus jeune parmi ses sept frères et sœurs. Après la mort de son cousin Francisco, à l’âge de 14 ans, elle fut envoyée au couvent des Sœurs de Sainte Dorothée de Vilar où elle devint religieuse. En 1946, elle décide d’entrer au Carmel de Coimbra et prit le nom de sœur Maria Lucia du Cœur Immaculé. Après sa mort en 2005 à l’âge de 97 ans, le pape Benoît XVI en 2008 décide de lever la période de 5 ans requise avant d’initier le procès en vue de sa canonisation.

Il y eut six apparitions de Marie aux enfants qui s’étalèrent du 13 mai au 13 octobre 1917. Toutes eurent lieu le treizième jour du mois à l’exception de l’apparition du mois d’août.

 13 mai 1917

Les enfants, alors qu’ils prenaient soin de leurs moutons près de la Cova da Iria à Fatima à quelques kilomètres de leur maison, une belle jeune femme vêtue de blanc leur apparut au-dessus d’un chêne. La dame leur dit qu’elle venait du ciel et qu’elle désirait qu’ils reviennent au même endroit et à la même heure chaque treize  de chaque mois pour les six mois suivants. Elle leur demanda également de prier le chapelet tous les jours.

13 juin 1917

Notre Dame demanda de nouveau aux enfants de prier le chapelet chaque jour et demanda à Lucie d’apprendre à lire et à écrire. Elle révéla également que Jacintha et Francisco mourraient prochainement mais que Lucia vivrait plus longtemps. Elle révéla ensuite que Dieu désirait établir dans le monde une dévotion au Cœur Immaculé puisqu’ainsi son cœur deviendrait le refuge et un chemin pour porter les âmes vers Dieu.

13 juillet 1917

La Dame dévoile un secret en trois parties aux jeunes enfants

19 août 1917

Les enfants manquèrent leur rendez-vous avec la dame ce jour-là. Ils furent retenus par les autorités anticléricales de l’époque. Ils furent emprisonnés puis relâchés le 15 août lors de la fête de l’Assomption. La Femme apparut alors aux enfants le 19 août et leur demanda de continuer de venir à la Cova da Iria à tous les treizièmes jours de chaque mois et de prier le chapelet chaque jour. Elle leur annonça qu’elle ferait un miracle le dernier mois des apparitions en octobre.

13 septembre 1917

La Dame demanda aux enfants de prier le chapelet tous les jours jusqu’à la fin de la guerre. Elle leur révéla que Jésus et Saint Joseph apparaîtraient également en octobre.

13 octobre 1917

L’apparition la plus spectaculaire eut lieu le 13 octobre 1917. Les autorités sur place évaluèrent la foule à quelque 55 000 personnes réunies sous une pluie battante tout près de la Cova da Iria au moment où eut lieu le « miracle du soleil ». À ce nombre doivent être ajoutées 20 000 autres personnes qui se trouvaient dans un rayon d’environ 30 kilomètres et qui furent témoins de ce miracle où le soleil se mit à tourner dans le ciel devenant de plus en plus gros et donnant l’impression qu’il allait littéralement s’écraser sur la terre. Ensuite, les témoins ont remarqué que leurs vêtements étaient complètement secs, bien qu’ils furent restés sous la pluie durant plusieurs heures. On trouva en première page du journal local le titre suivant : « Comment le soleil a dansé à l’heure du midi à Fatima ».

Pendant que l’attention des gens était concentrée sur le miracle solaire, les trois enfants eurent plusieurs apparitions. Saint Joseph se trouvait avec l’enfant Jésus qui semblait bénir le monde. Marie était vêtue de blanc et d’un manteau bleu. Apparaissant d’abord comme Notre Dame des Douleurs et ensuite comme Notre Dame du Mont Carmel, elle révéla son identité en tant que « Notre Dame du Rosaire ». Elle leur demanda de prier le chapelet tous les jours et de construire une chapelle sur la Cova da Iria, site des apparitions.

Les apparitions de Fatima ont eu lieu durant une période critique de l’histoire du Portugal et du monde. Le message de Fatima mettait l’emphase sur les vérités et les dévotions centrales de la foi catholique : la Bienheureuse Trinité, l’Eucharistie, la pénitence, le chapelet et les sacrifices pour la conversion des pécheurs.

En 2002, le saint pape Jean-Paul II ajoutait la fête de « Notre Dame de Fatima » au calendrier liturgique. Le 13 mai 1981 fut la journée où saint Jean-Paul II survécut à la tentative d’assassinat contre lui alors qu’il se trouvait sur la Place Saint-Pierre. La balle provenant du fusil de l’assassin n’avait alors manqué les organes vitaux que de quelques centimètres. Elle se trouve aujourd’hui dans la couronne de Notre Dame du sanctuaire de Fatima. On relie également ces apparitions à la chute du régime communiste soviétique. Après l’attentat contre sa vie, le 13 mai 1981, saint Jean-Paul II autorisa le dévoilement du troisième secret de Fatima au même moment que la cérémonie de béatification de Francisco et de Jacinta Marto, le 13 mai 2000.

On estime aujourd’hui le nombre de pèlerins au sanctuaire de Fatima entre 4 et 5 millions de personne chaque année. Le nombre devrait être encore plus important pour le centenaire qui inclura une visite pastorale du pape François qui s’y rendra pour ce centième anniversaire.

Père Thomas Rosica c.s.b.

PDG, Fondation catholique Sel et Lumière média

 

 

La transmission de la foi est toujours un événement communautaire, ecclésial

Troisième dimanche de Pâques, Année A – 30 avril 2017

Actes 2,14.22b-33
1 Pierre 1,17-21
Luc 24,13-35

La première lecture d’aujourd’hui, tirée des Actes des Apôtres (2,14.22-33), nous présente le premier de six discours (suivront Actes 3,12-26; 4,8-12; 5,29-32; 10,34-43; 13,16-41) qui traitent de la résurrection de Jésus et de son sens messianique. Cinq de ces discours sont attribués à Pierre et le dernier à Paul. On peut donner à ces discours des Actes le nom de « kérygme », terme grec qui désigne la proclamation (1 Corinthiens 15,11). L’allocution de Pierre comporte une introduction et deux parties : dans la première (v. 16-21), il explique que les temps messianiques annoncés par Joël sont maintenant advenus; dans la seconde (v. 22-36), il proclame que Jésus de Nazareth, que les juifs ont crucifié, est le Messie promis par Dieu, celui qu’attendaient les justes de l’Ancien Testament; c’est Lui qui est venu réaliser le dessein salvifique de Dieu pour l’humanité.

Pour montrer que Jésus de Nazareth est bien le Messie annoncé par les prophètes, Pierre rappelle à ses auditeurs les miracles du Seigneur (v.22) ainsi que sa mort (v.23), sa résurrection (v.24-32) et son ascension glorieuse (v.33-35). Le discours de Pierre se termine par un bref résumé (v.36). Pierre proclame ainsi le message qui peut transformer la vie de quiconque l’entend. Ce message n’a pas changé et n’a rien perdu aujourd’hui de sa puissance. C’est un message qui continue d’apporter l’espoir aux désespérés, la vie à qui est mort dans le péché et le pardon à ceux et celles qui ploient sous le fardeau de leurs fautes.

Un récit catéchétique et liturgique

Le récit d’Emmaüs, que nous présente l’Évangile d’aujourd’hui, est au cœur du chapitre que Luc consacre à la résurrection. Dans cette histoire des deux disciples sur la route (v.13-35), Luc met l’accent sur l’interprétation de l’Écriture par Jésus ressuscité et sur la reconnaissance du Seigneur au moment de la fraction du pain. Les références aux citations de l’Écriture et l’explication qui en est donnée (24,25-27), la proclamation kérygmatique (v.34) et le geste liturgique (v.30) suggèrent que l’épisode est avant tout catéchétique et liturgique plutôt qu’apologétique.

Quand nous rencontrons les disciples sur la route d’Emmaüs, c’est le soir et la lueur du premier jour de Pâques commence à s’estomper. La résurrection n’est encore qu’une rumeur, un conte. Mais sous le dialogue on devine un profond désir et une faim bienheureuse. Intimement mêlé à leur scepticisme perce un espoir, leur besoin que Dieu soit vivant, vibrant et présent dans leur monde de mort. Mais le bagage de leur doute paralyse la ferveur de leur foi et ils n’arrivent pas à reconnaître Jésus. Sans avoir conscience de ce qu’ils disent vraiment, les deux disciples professent plusieurs des éléments centraux du credo de la foi chrétienne mais ils n’arrivent pas à comprendre la nécessité de la souffrance du Messie, qu’avaient annoncée les Écritures.

L’étranger sur la route d’Emmaüs prend le scepticisme et la curiosité des disciples et les intègre à la trame de l’Écriture. Jésus ses interlocuteurs au défi de réinterpréter les événements des jours précédents à la lumière des Écritures. Mais Cléophas et son ami « ne comprennent pas et sont lents à croire tout ce qu’ont dit les prophètes » (v.25). Le Messie devait souffrir et mourir pour entrer dans sa gloire. Luc est le seul auteur du Nouveau Testament à parler explicitement d’un Messie souffrant (Luc 24,26.46; Actes 3,18; 17,3; 26,23). L’idée d’un Messie souffrant ne se trouve ni dans l’Ancien Testament ni dans aucun texte juif antérieur à la période du Nouveau Testament, quoiqu’on y trouve une allusion en Marc 8,31-33.

Enfin, c’est dans l’intimité de la fraction du pain que leurs yeux s’ouvrent et qu’ils reconnaissent le Ressuscité à leur côté. À Emmaüs, le Christ ressuscité pose les mêmes gestes qu’à la multiplication des pains (9,16) et à la dernière Cène. Au moment de décrire ce moment de la reconnaissance, l’évangéliste a sûrement à l’esprit les nombreux repas de Jésus, et en particulier le dernier (cf. Luc 5,29; 7,36; 14,1.12.15.16; 22,14). Après avoir fait de la sorte l’expérience du Christ ressuscité, les disciples d’Emmaüs croient.

Comprendre la résurrection suppose donc une double démarche : il faut connaître le message des Écritures et, par la fraction et le partage du pain avec la communauté des croyants, faire l’expérience de Celui dont elles parlent, Jésus le Seigneur.

Le motif du voyage

Le motif du voyage dans le récit d’Emmaüs n’est pas simplement fonction de la distance entre Jérusalem et Emmaüs; en fait, il évoque aussi le cheminement douloureux et graduel des paroles qui doivent passer de la tête au cœur, la démarche d’une naissance à la foi, d’un retour à une relation adéquate avec cet étranger qui est nul autre que Jésus le Seigneur. Le Seigneur nous écoute et il est toujours là. La pédagogie du Seigneur à l’égard de ses disciples nous le montre toujours à l’écoute, en particulier aux heures difficiles, quand on a chuté, quand on est en proie au doute, à la déception et à la frustration. Ses paroles touchent le cœur des disciples, qui devient « brûlant »; elles les arrachent aux ténèbres de la tristesse et du désespoir, elles nourrissent en eux le désir de demeurer avec lui : Reste avec nous, Seigneur.

Les disciples atterrés ne commencent à évoluer qu’une fois éclairés par le Christ ressuscité, qui leur explique à l’aide des Saintes Écritures comment Dieu agit dans une monde résistant et au milieu de personnes réticentes et pécheresses comme nous. Cette victoire, en fait, est pleine d’ironie car les forces du rejet et les expériences de souffrance et de péché deviennent autant d’instruments au service de la réalisation du dessein de Dieu sur le monde !

Les mots qui transmettent la vie

Permettez-moi de vous présenter un texte particulièrement frappant sur « le devoir d’évangéliser »; il est tiré du document préparatoire du Synode des évêques « la nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne », qui aurait lieu en 2012. Ce texte offre une perspective unique sur le récit d’Emmaüs (n° 2).

La parole des disciples d’Emmaüs (cf. Luc 24, 13-35) est emblématique de la possibilité qu’échoue l’annonce du Christ, parce qu’incapable de transmettre la vie. Les deux disciples annoncent un mort (cf. Luc 24, 21-24), racontent leur frustration et leur espérance perdue. Ils parlent de la possibilité, pour l’Église de tout temps, d’une annonce qui ne donne pas la vie mais retient dans la mort le Christ annoncé, les annonceurs et les destinataires de l’annonce.

La question sur la transmission de la foi – qui n’est ni individualiste ni solitaire, mais un événement communautaire et ecclésial – ne doit pas orienter les réponses dans le sens de la recherche de stratégies efficaces de communication, ni se centrer de façon analytique, sur les destinataires – les jeunes, par exemple – ; elle doit se décliner comme une question concernant le sujet chargé de cette opération spirituelle. Elle doit devenir une question de l’Église sur elle-même. Ce qui permet de poser le problème de façon non extrinsèque mais correcte, puisqu’elle met en cause toute l’Église dans son essence et dans sa vie. De cette manière, il peut être possible aussi de comprendre le fait que le problème de l’infécondité de l’évangélisation aujourd’hui, de la catéchèse des temps modernes, est un problème ecclésiologique, qui concerne la capacité ou l’incapacité de l’Église de se configurer en une communauté réelle, en une authentique fraternité, en un corps, et non en une machine ou une entreprise.

Questions pour la réflexion cette semaine

1) Comme Église, comme ministres, comme leaders laïcs, avons-nous déjà eu le sentiment que nos paroles sont incapables de transmettre la vie aux autres ? Avons-nous annoncé un mort au lieu du Seigneur vivant ? En quoi nos paroles et le message de l’Église ont-ils retenu dans la mort le Christ annoncé et les destinataires du message ?

2) Qu’est-ce qui nous empêche de devenir une vraie communauté, une vraie fraternité, un corps vivant, au lieu d’une machine ou d’une entreprise ?

3) Quels sont les événements du passé qui ont influencé, gêné ou bloqué notre proclamation et notre façon d’être Église ? Comment certains événements nous ont-ils aidés à raffiner et à repenser notre proclamation ?

4) Qu’est-ce que l’Esprit dit à notre Église à travers ces événements ? Quelles nouvelles formes d’évangélisation l’Esprit nous enseigne-t-il et exige-t-il de nous ?

Nous sommes de nouveau des pèlerins

Il y a plusieurs années, lors de ma première visite à la communauté œcuménique de Taizé, en France, j’ai entendu cette méditation que proposaient feu le Frère Roger Schutz et sa communauté. Je ne l’ai jamais oubliée.

Nous sommes de nouveau des pèlerins sur le chemin d’Emmaüs…
Nous avons la tête courbée au moment de rencontrer l’Étranger
qui s’approche et vient avec nous.
Comme le soir tombe, nous essayons de distinguer son visage
tandis qu’il nous parle, qu’il parle à notre cœur.
En interprétant le Livre de la vie,
il prend nos espoirs brisés et les embrase :
la route se fait plus légère tandis que,
rassemblant les braises, nous apprenons à attiser la flamme.
Si nous l’invitons ce soir, il viendra s’asseoir
et ensemble nous partagerons le repas.
Et alors, tous ceux qui ne croyaient plus
verront, et viendra l’heure de la Reconnaissance.
Il rompra le pain des larmes à la table des pauvres
et chacun recevra la manne à satiété.
Nous retournerons à Jérusalem pour proclamer hautement
ce qu’il nous a murmuré à l’oreille.
Et assurément nous trouverons là des frères et des sœurs
qui nous accueilleront en disant :
« Nous aussi, nous l’avons rencontré ! »
Car nous le savons, la miséricorde de Dieu
est venue visiter la terre des vivants !

De la blessure de son cœur jaillit la grande vague de la miséricorde

Deuxième dimanche de Pâques, Année A – 23 avril 2017
Dimanche de la Divine Miséricorde

Actes 2,42-47
1 Pierre 1,3-9
Jean 20,19-31

Le nom de « Thomas » désigne encore aujourd’hui celui qui n’accepte de croire que ce qu’il a vu de ses yeux, l’incrédule, le « sceptique ». « Thomas l’incrédule » renvoie évidemment à l’un des Douze, dont le nom figure dans toutes les listes d’apôtres que donnent les évangiles. Thomas est appelé « Didyme », forme grecque d’un terme araméen qui désigne « le jumeau ». Quand Jésus annonça qu’il avait l’intention de retourner en Judée visiter Lazare, Thomas dit aux autres disciples : « Allons-y nous aussi, pour mourir avec lui » (Jean 11,16). C’est encore Thomas qui, pendant le grand discours qui suivit la dernière Cène, souleva une objection : « Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas; comment pourrions-nous savoir le chemin ? » (Jean 14,5)

Le Nouveau Testament ne nous en apprend pas beaucoup plus sur l’apôtre Thomas; néanmoins, à cause du passage tiré aujourd’hui de l’évangile de Jean (Jean 20,19-31), sa personnalité nous est plus familière que celle de plusieurs des Douze. Thomas aura reçu l’enseignement de Jésus et il aura sûrement été bouleversé par sa mort. Le soir de Pâques, quand le Seigneur apparut aux disciples, Thomas n’y était pas. Quand on lui dit que Jésus était vivant et qu’il s’était manifesté, Thomas déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l’endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je n’y croirai pas » (Jean 20,25). Huit jours plus tard, Thomas fit son acte de foi et se mérita une observation de Jésus : « Parce que tu m’as vu, tu crois; heureux ceux qui croiront sans avoir vu ».

Le vrai Thomas

L’apôtre Thomas est l’un des plus grands amis et l’un des plus honnêtes disciples de Jésus, non pas l’éternel sceptique, l’entêté crâneur qu’en a fait souvent la tradition chrétienne. Ce jeune apôtre s’est retrouvé devant la croix, incapable de trouver un sens à l’horreur de l’événement. Tous ses rêves, tous ses espoirs pendaient à cette croix. C’est au sein de la communauté croyante des apôtres et des disciples que Thomas a redécouvert sa foi. Voilà une chose qu’il ne faut jamais oublier, surtout à une époque où tant de gens prétendent qu’on peut arriver à la foi et à la vie spirituelle sans vivre l’expérience de la communauté ecclésiale. Nous ne croyons pas chacune, chacun pour soi, en individus isolés; non, par le baptême, nous devenons membres de la grande famille de l’Église. C’est précisément la foi professée par la communauté que nous appelons l’Église qui vient renforcer notre foi personnelle. Chaque dimanche à la messe, nous professons ensemble notre foi soit selon la formule du credo de Nicée, soit avec les mots du symbole des Apôtres. Ce faisant, nous sommes préservés du danger de croire en un dieu qui ne serait pas celui que le Christ nous a révélé.

La foi n’est pas un acte isolé

N’oublions pas le numéro 166 du Catéchisme de l’Église catholique :

La foi est un acte personnel : la réponse libre de l’homme à l’initiative de Dieu qui se révèle. Mais la foi n’est pas un acte isolé. Nul ne peut croire seul, comme nul ne peut vivre seul. Nul ne s’est donné la foi à lui-même comme nul ne s’est donné la vie à lui-même. Le croyant a reçu la foi d’autrui, il doit la transmettre à autrui. Notre amour pour Jésus et pour les hommes nous pousse à parler à autrui de notre foi. Chaque croyant est ainsi comme un maillon dans la grande chaîne des croyants. Je ne peux croire sans être porté par la foi des autres, et par ma foi, je contribue à porter la foi des autres.

Le dimanche de la divine miséricorde

Le dimanche de la divine miséricorde célèbre l’amour miséricordieux de Dieu, qui resplendit dans le Triduum pascal et dans tout le mystère de Pâques. Cette fête reprend une ancienne tradition liturgique, dont on trouve un écho dans un enseignement attribué à saint Augustin au sujet de l’Octave de Pâques; Augustin parlait de la semaine de Pâques comme des « jours de la miséricorde et du pardon » et du jour même de l’Octave comme du « condensé des jours de la miséricorde ».

L’intérêt du pape Jean-Paul II pour la miséricorde divine remonte à sa jeunesse à Cracovie, dans la Pologne occupée de la Deuxième Guerre mondiale, quand Karol Wojtyla fut témoin de tant de souffrance et de cruauté. Il y a vu les rafles : des centaines, des milliers de personnes ramassées pour être enfermées dans les camps de concentration et asservies aux travaux forcés. Dans sa ville natale de Wadowice, il comptait plusieurs amis juifs qui disparurent dans la Shoah. C’est pendant ces années de terreur que Karol Wojtyla décida d’entrer au séminaire clandestin du cardinal Sapieha, à Cracovie. Oui, il a vécu le besoin de la miséricorde de Dieu et le besoin qu’a l’humanité de pratiquer la miséricorde mutuelle. Au séminaire, il fit la connaissance d’un autre séminariste, Andrzej Deskur (il deviendra un jour cardinal) qui lui exposa le message de la divine miséricorde tel qu’il avait été révélé à une religieuse mystique polonaise, S. Maria Faustyna Kowalska, morte en 1938 à l’âge de 33 ans.

Le pape de la divine miséricorde

Dès le début de son pontificat, en 1980, le pape Jean-Paul II consacra toute une encyclique au thème de la miséricorde divine (Dives in Misericordia – Dieu riche en miséricorde) pour bien montrer que le cœur de la mission de Jésus Christ a été de révéler l’amour miséricordieux du Père. En 1993, quand le pape Jean-Paul II béatifia Sœur Faustyna Kowalska, il déclara dans son homélie : « Sa mission se poursuit et donne un fruit étonnant. Il est vraiment merveilleux de voir comment sa dévotion à Jésus miséricordieux se répand dans le monde contemporain et gagne de plus en plus de cœurs ! »

Quatre ans plus tard, en 1997, le Saint Père se rendit sur la tombe de la Bienheureuse Faustyna à Lagiewniki, en Pologne; son message ne manquait pas de force : « Il n’y a rien dont l’homme ait un plus grand besoin que de la divine miséricorde… De là jaillit le message de miséricorde que le Christ lui-même a choisi de transmettre à notre génération par l’entremise de la Bienheureuse Faustyna. »

En 2000, l’année du Jubilé, le pape Jean-Paul II canonisa S. Faustyna; elle devenait ainsi la première sainte du nouveau millénaire; du même coup, le pape instituait dans l’Église universelle le Dimanche de la divine miséricorde, célébré désormais le deuxième dimanche de Pâques. À l’homélie, il affirma : « Jésus montre ses mains et son côté. C’est-à-dire qu’il montre les blessures de la Passion, en particulier la blessure du cœur, source d’où jaillit la grande vague de miséricorde qui se déverse sur l’humanité. »

Un an plus tard, dans son homélie pour le Dimanche de la divine miséricorde 2001, le pape présentait le message de la miséricorde confié à sainte Faustyna comme « la réponse adéquate et incisive que Dieu a voulu offrir aux hommes de notre temps, marqué par d’immenses tragédies… La Miséricorde divine ! Voilà le don pascal que l’Église reçoit du Christ ressuscité et qu’il offre à l’humanité, à l’aube du troisième millénaire. »

De retour à Lagiewniki, en Pologne, en 2002, lors de la dédicace du nouveau Sanctuaire de la Divine Miséricorde, le Saint Père consacra le monde entier à la miséricorde divine : « Je le fais avec le désir que le message de l’amour miséricordieux de Dieu, proclamé ici à travers sainte Faustyna, atteigne tous les habitants de la terre et remplisse leur cœur d’espérance. »

Dans l’allocution qu’il prononça au Regina Cœli du dimanche 23 avril, le pape Benoît XVI déclara : « Le mystère de l’amour miséricordieux de Dieu est placé au centre du Pontificat de mon vénéré prédécesseur. » Et la Providence a voulu que cette année, le jour même du Dimanche de la divine miséricorde, le pape Benoît XVI proclame bienheureux son prédécesseur le pape Jean-Paul II, grand apôtre et ambassadeur de la miséricorde divine.

La miséricorde est notre sceau

Il faut nous poser la question : qu’y a-t-il de nouveau dans ce message sur la miséricorde divine ? Pourquoi le pape Jean-Paul II a-t-il tant insisté sur cet aspect de l’amour de Dieu à notre époque ? Cette dévotion ne reprend-elle pas le culte du Sacré Cœur de Jésus ? La miséricorde est une vertu chrétienne importante, très différente de la justice et de la rétribution. Tout en reconnaissant la douleur de la blessure et les raisons qui justifient le châtiment, la miséricorde adopte une approche différente pour remédier à la situation. La miséricorde s’efforce de changer radicalement la condition et l’âme de l’agresseur pour qu’il résiste au mal : c’est souvent en lui révélant l’amour et sa propre beauté qu’elle y arrive. Si une punition est appliquée, elle doit l’être pour le salut, et non par souci de vengeance ou de rétribution. C’est là une question très embrouillée aujourd’hui et un message des plus complexes… mais il n’y a pas d’autre façon d’aller de l’avant et de devenir levain dans la pâte du monde d’aujourd’hui, d’être vraiment sel et lumière au sein d’une culture qui a perdu la saveur de l’Évangile et la lumière du Christ.

Là où dominent la haine et la soif de vengeance, là où la guerre n’apporte que mort et souffrance aux innocents, là où la violence détruit un nombre incalculable de vies innocentes, il faut la grâce de la miséricorde pour replacer le cœur et l’esprit humain et pour susciter la guérison et la paix. Partout où font défaut le respect de la vie et de la dignité humaine, l’amour miséricordieux de Dieu est indispensable car c’est à sa lumière que nous percevons la valeur inexprimable de chaque être humain. La miséricorde est nécessaire pour mettre un terme à toutes les injustices dans le monde. Le message de la miséricorde, c’est que Dieu nous aime, qu’il nous aime toutes et tous, si grands que soient nos péchés. La miséricorde de Dieu est plus grande que nos péchés si bien que nous pouvons faire appel à Lui avec confiance, recevoir sa miséricorde et la laisser couler en nous et à travers nous jusqu’aux autres. Au fond, la miséricorde comprend la faiblesse, elle est la capacité de pardonner.

L’apôtre de la divine miséricorde

Dans son ministère sacerdotal et épiscopal, et en particulier pendant tout son pontificat, le pape Jean-Paul II a prêché la miséricorde de Dieu, il a écrit sur elle et, surtout, il l’a vécue. Il a pardonné à l’homme qui avait été choisi pour l’assassiner, place Saint-Pierre. Le pape qui avait été témoin du scandale des divisions entre chrétiens et des atrocités commises contre le peuple juif fit tout ce qu’il put pour guérir les blessures causées par les conflits du passé entre les catholiques et les autres églises chrétiennes et, en particulier, avec le peuple juif.

Aujourd’hui, en ce jour où l’Église proclame bienheureux ce grand apôtre de la miséricorde et de la paix, c’est avec beaucoup d’affection et une profonde gratitude que je me rappelle les paroles émouvantes qu’il prononça à la fin de la messe de la Journée mondiale de la Jeunesse 2002, au parc Downsview de Toronto. Ces paroles nous rappellent l’importance et la nécessité de la miséricorde dans l’Église d’aujourd’hui :

Aux heures difficiles de la vie de l’Église, la poursuite de la sainteté devient d’autant plus urgente. Et la sainteté n’est pas affaire d’âge ; la sainteté est affaire de vie dans l’Esprit Saint… Ne laissez pas mourir l’espérance ! Misez votre vie sur elle… Car nous ne sommes pas la somme de nos faiblesses et de nos échecs; nous sommes la somme de l’amour du Père pour nous et de la capacité que nous avons de devenir l’image de son Fils.

Prions aujourd’hui dans la joie et la gratitude :

Seigneur, toi qui es riche en miséricorde
et qui as voulu que Saint Jean-Paul II
préside comme pape à ton Église universelle,
accorde-nous, nous t’en prions, qu’instruits par son enseignement,
nous puissions ouvrir nos cœurs à la grâce salvifique du Christ,
seul rédempteur de l’humanité,
qui vit et règne avec toi dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu pour les siècles des siècles.

Les Sept dernières paroles du Christ: 7e réflexion de carême

Septième parole
« Père, entre tes mains je remets mon esprit. »
Luc 23, 44-46

  1. Cette dernière parole est tirée du Psaume 31. Pourquoi Luc met-il les paroles de ce psaume sur les lèvres de Jésus et non pas le psaume 22 tel que nous le retrouvons dans le récit de Mathieu et de Marc ?
  2. Qu’est-ce que ces dernières paroles nous disent sur le désir de Jésus pour nous et sur notre relation à Dieu ?
  3. De quelle manière « cultiver une attitude intérieure d’abandon total et inconditionnel envers Dieu ? »
  4. Nous sommes tous pécheurs. Qu’est-ce que Dieu veut pour nous en tant que pécheurs ?
  5. Avant son élection comme pape Jean-Paul 1er, le cardinal Albino Luciani écrit une lettre à Jésus dans laquelle il exprimait son insuf sance de mots et d’expressions que nous ressentons tous alors que nous nous adressons à Jésus. Cette Semaine Sainte, pouvez-vous prendre le temps d’écrire votre propre lettre à Jésus ?
  6. Lors des Journées mondiales de la Jeunesse 2016, le pape François s’exprimait ainsi :
    « Le Chemin de la croix est celui du bonheur de suivre le Christ jusqu’au bout, dans des circonstances souvent dramatiques de la vie quotidienne ; […] C’est un chemin d’espoir, un chemin pour le futur ». Alors que nous acceptons d’entrer dans cette démarche que nous propose le Chemin de Croix de ce Vendredi Saint, comment apporterons-nous ce chemin d’espoir dans notre famille, notre milieu de travail et dans notre cœur ?

Les Sept dernières paroles du Christ: 6e réflexion de carême

Sixième parole
« Tout est accompli. »
Jean 19, 29-30

  1. Quel est le sens plénier du mot « accompli » dans le contexte du récit de la Passion de Jean ?
  2. Pour l’évangéliste Jean, pourquoi le Vendredi Saint est-il une première Pentecôte ?
  3. Lorsque nous xons notre regard sur Jésus cruci é, que voyons-nous ?
  4. Est-ce qu’une personne dans notre vie fut un point d’ancrage pour nous ?
  5. « La mort ne peut empêcher les personnes importantes dans nos vies de devenir des points d’ancrage pour nous ». Est-ce qu’une personne aimée défunte fut un point d’ancrage pour moi ?
  6. Le Vendredi Saint, pourquoi prions-nous pour nos frères et sœurs d’autres confessions religieuses ?

Comme des fioles d’albâtre de nard…

Veillée Pascale – samedi 15 avril 2017

Genèse 1,1-2,2 ; Genèse 22,1-18
Exode 14,15-15,1
Isaïe 54,5-15 ; Isaïe 55,1-11
Baruch 3,9-15.32-4,2
Ézéchiel 36,16-17a.18-28
Romains 6,3-11
Matthieu 28,1-10

L’histoire tragique du Vendredi Saint ne se termine pas avec la mort de Jésus. Il y a une suite. Dieu élève Jésus des morts et écrit de ce fait un autre chapitre dans l’histoire du salut. Il y aura un lendemain parce que le tombeau n’est pas la fin. L’annonce, qui a changé la tristesse de ces femmes pieuses en joie, résonne avec une éloquence invariable dans toute l’Église au cours de la célébration de la Vigile Pascale.

Un tombeau à Jérusalem

Au milieu de l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, on trouve le tombeau de Jésus, un sanctuaire au Christ ressuscité. Il n’est pas là. Il est parmi nous. Ayant vécu à Jérusalem pendant presque quatre ans, je vous assure que tout autour de ce tombeau, on peut voir les restes terriblement humains de plus de deux milles ans de discorde, de chaos et de corruption qui continuent jusqu’à ce jour. Néanmoins, il s’agit du sanctuaire et du lieu saint les plus importants pour les chrétiens. La résurrection de Jésus est le signe que Dieu va finalement gagner. Au Calvaire, et ailleurs dans l’Église, la corruption semble effrénée. En cette nuit où le Seigneur a brisé les chaînes de la mort, nous savons en bout de ligne que Dieu est victorieux. Je sais cela dans ma chair et dans mes os, dans mon cœur, parce qu’à soixante-dix pieds du Calvaire il y a un tombeau qui est maintenant vide. Dieu vaincra le péché et la mort. Dieu établira une société juste. Comme chrétiens, nous avons un message encore plus profond : non pas que Dieu va gagner, mais que nous, dans le Christ, allons gagner…

Les leçons des femmes de Pâques

Nous avons toujours des leçons profondes à apprendre des femmes qui ont couru au tombeau au premier matin de Pâques. Elles représentaient les femmes innombrables, inconnues et pourtant dévouées qui faisaient partie des foules auxquelles Jésus s’est adressé et dans les maisons qu’il a visitées. Elles étaient les femmes courageuses qui se sont précipitées dehors pour toucher la frange de son manteau. Elles ont crié après lui ; elles sont entrées dans les maisons qu’il visitait sans y être elles-mêmes invitées, elles ont versé le nard le plus cher et le plus parfumé sur ses pieds à la consternation des critiques. Certaines l’ont rencontré aux puits à midi. Elles l’ont attendu, et l’ont accompagné de Galilée à Samarie à Jérusalem.

Elles connaissaient la promesse qui leur avait été faite, elles l’ont accueilli, elles savaient, de part la manière dont il les traitait, l’impact de leur témoignage sur lui, et elles ne craignaient pas de lui montrer leur amour. En fin de compte, elles se sont tenues près de son corps mourant, alors que les hommes se cachaient par crainte des autorités. Ce sont des femmes qui ont moulu des épices pour l’ensevelir et elles avaient calculé comment rouler la pierre de son tombeau. Elles se sont occupées de ses affaires de son vivant et après sa mort. Elles ont été récompensées de leur fidélité en étant les premières destinataires de la bonne nouvelle de la résurrection.

Femmes au tombeau et femmes de l’Église

Toutes les fois que je lis cet évangile de Pâques, je ne peux que penser aux innombrables religieuses qui ont considérablement influencé ma vie, depuis mon enfance, et encouragé à être un chrétien et un prêtre. Je me rappelle avec gratitude les Religieuses du Sacré-Cœur et les Sœurs de Saint-Joseph de Rochester, mes premières enseignantes. Je me souviens avec émotion des Sœurs de la Sainte-Famille de Spoleto et les Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie avec qui j’ai eu le privilège du travailler au cours de mes premières années de ministère pastoral au Canada. Les Sœurs de Sion, les Soeurs Salvatorienes d’El-Quebeibeh d’Emmaüs et de Nazareth et les Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition m’ont montré comment aimer et imiter le Seigneur dans sa propre patrie pendant mes études supérieures.
Plus tard les Sœurs de Saint-Joseph de Toronto et de Hamilton et les Sœurs de la Miséricorde d’Irlande ont partagé avec moi des années très fructueuses du ministère au Centre Newman de Toronto et plus particulièrement pendant la Journée mondiale de la jeunesse 2002. La diminution des effectifs de plusieurs de ces congrégations religieuses au sein de l’Église est cause de tristesse, mais également de gratitude profonde. Je regrette que plusieurs générations de jeunes n’aient jamais la joie de connaître des femmes religieuses comme je les connaissais : enseignantes, agentes de pastorale, collègues et amies.

Bien que leurs « charismes » demeurent vivants à travers des institutions gérées dans bien des cas par des laïcs, rien ne pourra jamais remplacer leur présence dans la vie de l’Église et dans nos propres histoires personnelles. Leurs vies étaient des fioles d’albâtre de nard versées en service actif, dans des œuvres courageuses et prophétiques, et en présence attentive jusqu’à la fin. Leur action au nom de Jésus était remplie d’espérance, positive, courageuse, et sans ambiguïté. Leur foi active en lui et leur manière décisive de le suivre sont, en conclusion, la beauté et l’éloquence invariables de la vocation de l’Église. Quand je pense à cette première Pâques, dans un mystérieux jardin à l’extérieur des murs de Jérusalem, je ne peux que me rappeler des femmes fidèles dans ma vie qui ont porté le message de la résurrection aux extrémités de la terre.

« Ce jour que fit le Seigneur est un jour de joie ! Alléluia ! »