L’univers se joue sur un verre d’eau donné aux petits

Solennité du Christ Roi de l’Univers – dimanche 26 novembre 2017

Ézéchiel 34,11-12.15-17
1 Corinthiens 15,20-26.28
Matthieu 25,31-46

Pendant mes études de doctorat à l’Institut biblique pontifical de Rome à la fin des années 1980, j’ai eu plusieurs fois le privilège d’enseigner l’Écriture sainte aux Missionnaires de la charité, à leur maison de formation dans la banlieue romaine. Assez souvent, alors que je travaillais avec les sœurs, Mère Teresa est venue visiter la communauté de formation. Je n’oublierai jamais la silhouette courbée de cette petite femme d’origine albanaise assise sur le plancher de la chapelle tandis que j’animais pour les sœurs une réflexion biblique. J’étais intimidé d’exposer l’Écriture sainte devant quelqu’un que déjà à l’époque plusieurs tenaient pour une sainte : quelqu’un qui, sans connaître les langues anciennes ou les techniques de l’exégèse, avait de la Parole de Dieu une compréhension bien supérieure à celle que je pourrais jamais avoir. Un soir que j’avais terminé mon exposé et que je ramassais mes papiers pour rentrer au Collège canadien, la Mère vint me parler. À la fin de notre échange, je lui demandai : « Comment arrivez-vous à vivre tout cela jour après jour ? Comment faites-vous avec les foules de gens qui essaient de vous voir dès que vous êtes en public ? » Elle leva la main et l’ouvrit devant mes yeux en écartant les doigts. « Cinq mots, dit-elle, cinq mots : You did it to me, c’est à moi que vous l’avez fait. »

« C’est à moi que vous l’avez fait. »

En ce dernier dimanche de l’année liturgique, connu aussi sous le nom de Solennité du Christ Roi, on nous présente le grand tableau du jugement dernier (Matthieu 25, 31-46), qui ne se trouve que dans l’Évangile de Matthieu. Le jugement dernier accompagnera la parousie (la seconde venue du Christ) et il fait l’objet du dernier enseignement de Jésus avant qu’il ne monte à Jérusalem affronter sa crucifixion et sa mort. Le refrain lancinant de l’Évangile d’aujourd’hui tient précisément dans ces quelques mots : « C’est à moi que vous l’avez fait. »

L’essentiel de l’Évangile d’aujourd’hui ne consiste pas à savoir qui sont les brebis et les boucs. Les brebis à la droite du Fils de l’Homme représentent les personnes qui ont reconnu et accepté le messager et son message. Les boucs à sa gauche n’ont pas su reconnaître ou accepter le messager ou le message.

Le Christ, Seigneur de l’histoire et roi de l’univers, va séparer les brebis des boucs à la fin des temps selon qu’ils auront accepté ou non la Parole de Dieu en accueillant les ambassadeurs envoyés proclamer cette Parole. Cette acceptation ou ce rejet sont en dernière analyse l’acceptation ou le rejet de Dieu qui a envoyé Jésus. Rejeter Jésus, le Fils, c’est rejeter Dieu, le Père. Rejeter le disciple envoyé par Jésus, c’est rejeter Jésus lui-même.

L’inclusion dans le Royaume

Le Fils qui « siège sur son trône de gloire en présence de toutes les nations rassemblées devant lui » (v. 31-32) est celui-là même qui, au sommet de sa puissance cosmique, révèle que l’univers entier se joue sur un verre d’eau donné en son nom aux plus petits. Jésus nous dit que tous les gestes de miséricorde, de pardon, de bonté que nous posons s’adressent en fait à lui. Il s’identifie pleinement aux personnes dans le besoin, marginalisées et dépendantes; à celles qui ont faim, qui ont soif, qui sont étrangères, nues, malades ou en prison. Tout le monde est inclus dans le Royaume de l’humble Jésus. Son règne bouleverse complètement les idées que nous nous faisons d’un royaume terrestre. Le règne et la royauté de Jésus sont le service ultime, le service qui va jusqu’au don de sa vie pour les autres.

Les justes seront renversés de découvrir qu’en s’occupant des besoins de ceux et celles qui souffrent, ils servaient le Seigneur lui-même (25, 37-38). Les maudits (25,41) seront aussi étonnés de comprendre qu’en négligeant ceux et celles qui souffrent ils négligeaient le Seigneur, qui les traitera de la même façon.

Quand Dieu sera tout en tous

Dans la deuxième lecture d’aujourd’hui, tirée de la première épître aux Corinthiens, (1 Co 15, 20-26.28), Paul décrit les relations du Christ avec ses ennemis et avec son Père. La vision de Paul embrasse le cosmos alors qu’il tente de décrire le but de l’histoire universelle. Le texte est théologique et christologique car Dieu est l’agent ultime et l’aboutissement de l’histoire. En fin de compte, nous sommes toutes et tous sauvés par ce Dieu qui est entré dans l’histoire humaine en la personne de Jésus de Nazareth. Le jour où sera établi le règne de Dieu, il n’y aura plus la moindre résistance à son pouvoir salvifique. Dieu sera tout en tous. Voilà ce que veut exprimer l’idée de « soumission » (v. 28): Dieu sera pleinement Dieu et accomplira ses gestes de salut pour nous.

Trois conclusions sur la royauté du Fils de Dieu

À la fin de l’année liturgique, et à la lumière du tableau majestueux du jugement dernier, considérons deux textes du pape Benoît XVI. Le premier est tiré de sa lettre apostolique Porta Fidei, du 11 octobre 2011, pour la promulgation de l’Année de la foi.

La foi sans la charité ne porte pas de fruit et la charité sans la foi serait un sentiment à la merci constante du doute. Foi et charité se réclament réciproquement, si bien que l’une permet à l’autre de réaliser son chemin. En effet de nombreux chrétiens consacrent leur vie avec amour à celui qui est seul, marginal ou exclus comme à celui qui est le premier vers qui aller et le plus important à soutenir, parce que justement en lui se reflète le visage même du Christ. Grâce à la foi nous pouvons reconnaître en tous ceux qui demandent notre amour, le visage du Seigneur ressuscité. « Dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40) : ces paroles du Seigneur sont un avertissement à ne pas oublier et une invitation permanente à redonner cet amour par lequel il prend soin de nous. C’est la foi qui permet de reconnaître le Christ et c’est son amour lui-même qui pousse à le secourir chaque fois qu’il se fait notre prochain sur le chemin de la vie. Soutenus par la foi, regardons avec espérance notre engagement dans le monde, en attente « d’un ciel nouveau et d’une terre nouvelle où résidera la justice » (2 Pi 3, 13; cf. Ap 21, 1).

Le Royaume du Christ ne se construit pas de force

Considérons maintenant la réflexion du Benoît XVI sur la royauté du Christ, texte qu’il a prononcé le 26 octobre 2011 lors d’une célébration de la Parole, la veille de la Journée de réflexion, de dialogue et de prière pour la paix et la justice dans le monde, journée tenue à Assise et placée sous le thème « Pèlerins de la vérité, pèlerins de la paix ».

Dans son homélie pendant la célébration de la Parole, le pape Benoît a cité un passage de Zacharie 9, dans lequel Dieu promet le salut par un roi :

Mais celui qui est annoncé n’est pas un roi qui se présente avec la puissance humaine, la force des armes; ce n’est pas un roi qui domine par le pouvoir politique et militaire ; c’est un roi doux, qui règne par l’humilité et la clémence face à Dieu et aux hommes, un roi différent par rapport aux grands souverains du monde.

L’annonce qu’avait faite le prophète Zacharie […] revient à l’esprit des disciples de Jésus de façon particulière après les événements de la passion, de la mort et de la résurrection, du Mystère pascal, lorsqu’ils revinrent avec les yeux de la foi à l’entrée glorieuse du Maître dans la Ville Sainte. Il monte un âne, qu’il a emprunté (cf. Mt 21, 2-7) […] il n’est pas à cheval, comme les grands. Il n’entre pas dans Jérusalem accompagné d’une puissante armée de chars et de cavaliers. Il est un roi pauvre, le roi de ceux qui sont les pauvres de Dieu […] de ceux qui ont le cœur libre de la soif de pouvoir et de richesse matérielle, de la volonté et de la recherche de domination sur l’autre. Jésus est le roi de ceux qui ont cette liberté intérieure qui rend capables de surmonter l’avidité, l’égoïsme qui règne dans le monde, et qui savent que Dieu seul est leur richesse […] Il est un roi de paix, grâce à la puissance de Dieu, qui est la puissance du bien, la puissance de l’amour. C’est un roi qui fera disparaître les chars et les chevaux de bataille, qui brisera les arcs de guerre; un roi qui réalise la paix sur la Croix, en réunissant la terre et le ciel et en jetant un pont fraternel entre tous les hommes. La Croix est le nouvel arc de paix, signe et instrument de réconciliation […] signe que l’amour est plus fort que toute violence et que toute oppression, plus fort que la mort: le mal se vainc par le bien, par l’amour.

Mais comment pouvons-nous construire ce royaume de paix dont le Christ est roi […] Comme Jésus, les messagers de paix de son royaume doivent se mettre en marche […] Ils doivent partir, mais pas avec la puissance de la guerre ou la force du pouvoir […] Ce n’est pas avec le pouvoir, avec la force, avec la violence que le royaume de paix du Christ s’étend, mais avec le don de soi, avec l’amour porté à l’extrême, même à l’égard de ses ennemis. Jésus ne vainc pas le monde avec la force des armes, mais avec la force de la Croix, qui est la véritable garantie de la victoire.

Viva Cristo Rey !

Enfin, évoquons la vie d’un jeune martyr jésuite mexicain, totalement voué au Christ Roi, le Bienheureux Miguel Agustίn Pro, s.j. (1891-1927). Né le 13 janvier 1891 à Guadalupe Zacatecas, au Mexique, Miguel (« Miguelito ») Pro était le fils d’un ingénieur des mines et d’une mère pieuse et charitable. Tout jeune, Miguel éprouva une prédilection pour la classe ouvrière; il la conservera toute sa vie. À l’âge de 20 ans, il entrait au noviciat des Jésuites et se retrouva bientôt en exil à cause de la révolution mexicaine. Il voyagea aux États-Unis, en Espagne, au Nicaragua et en Belgique, où il fut ordonné prêtre en 1925. Le Père Pro souffrait de problèmes gastriques chroniques et comme, après de nombreuses opérations, sa santé ne s’améliorait pas, ses supérieurs jésuites l’autorisèrent à rentrer au Mexique en 1926, en dépit de la terrible persécution religieuse qui y faisait rage.

Les églises étaient fermées et les prêtres vivaient dans la clandestinité. Le Père Pro passera le reste de sa vie à exercer secrètement le ministère auprès des catholiques mexicains. Il soutenait les gens dans leur foi et il était profondément engagé au service des pauvres de la ville de Mexico. On savait qu’il avait appris à utiliser toutes sortes de déguisements qui lui permettaient de travailler tranquillement parmi les pauvres. Miguel s’habillait en mendiant et faisait sa tournée de nuit pour baptiser les nouveaux nés, bénir des mariages et célébrer la messe. Il se présentait à la prison vêtu en policier pour porter le saint viatique aux catholiques condamnés. Quand il allait dans les beaux quartiers recueillir de l’argent pour les pauvres, il portait un complet élégant, une fleur à la boutonnière. Il menait pratiquement l’existence d’un espion dans une série télévisée à succès ! Mais dans tout ce qu’il faisait, le Père Pro continuait d’obéir à ses supérieurs et il était habité par la joie de servir le Christ son Roi.

On porta de fausses accusations contre lui dans le cadre de l’attentat perpétré contre un ancien président du Mexique et sa tête fut mise à prix. Livré à la police, il fut condamné à mort sans qu’il y ait eu de procès légal. Le jour où on le conduisit devant le peloton d’exécution, le Père Pro pardonna à ceux qui allaient le tuer, refusa bravement le bandeau qu’on lui offrait et mourut en s’écriant : Viva Cristo Rey, Vive le Christ Roi !

L’image de Sainte Teresa de Calcutta me montrant ses cinq doigts reste gravée dans mon esprit et me revient en particulier chaque fois que j’entends proclamer l’évangile d’aujourd’hui, celui du jugement dernier. « C’est à moi que vous l’avez fait. » L’image du Bienheureux Miguel Pro, qui eut l’audace de s’agenouiller devant ses bourreaux et de leur pardonner avant de proclamer la vraie royauté du Seigneur non violent est, elle aussi, profondément vivante en moi.

Justifié devant la cour céleste

Si nous écoutons attentivement la première lecture, tirée du prophète Ézéchiel 34, 11-12.15-17, en même temps que le puissant Évangile d’aujourd’hui, comment ne pas voir surgir devant nous l’image de Sainte Teresa de Calcutta et du Bienheureux Miguel Pro ainsi que celle de ces hommes et de ces femmes qui, comme eux, au fil de l’histoire, ont pris soin des brebis égarées, allant à leur secours dans le brouillard et les ténèbres, les menant au pâturage et leur procurant le repos ? « C’est à moi que vous l’avez fait. » Aujourd’hui, nous avons la consolation de savoir que les gestes de miséricorde que nous posons pour les petits de Dieu sont déjà reconnus devant le tribunal céleste parce que Dieu voit tout de là-haut et qu’il est, Lui, l’ultime bénéficiaire des pauvres efforts que nous faisons sincèrement pour prendre soin des nécessiteux, des marginalisés et des dépendants, de ceux et celles qui ont faim, qui ont soif, qui sont étrangers, citoyens nus et emprisonnés du royaume de Dieu.

Notre foi est fermement enracinée en Jésus de Nazareth dont on a dit qu’il était roi au moment de l’exécuter. Ce n’était pas un roi qui recherchait le pouvoir, ni un dictateur qui dominait et écrasait ceux et celles qui croisaient sa route. Dans son royaume, ses pauvres sujets étaient chéris et aimés; c’étaient ses amis, les petits, ses frères et sœurs qui avaient part à sa propre vie. Les royaumes de ce monde passeront. Le royaume de Jésus Christ ne passera pas. Avec Sainte Teresa de Calcutta et le Bienheureux Miguel Pro de Mexico, acclamons notre Roi : Viva Cristo Rey ! Vive le Christ Roi maintenant et à jamais.

(Image : Bienheureux Miguel Pro, s.j.)

Fête de la Présentation de la Vierge Marie au Temple de Jérusalem

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Cette fête repose sur une pieuse tradition qui tire son origine de deux évangiles apocryphes dans lesquels il est rapporté que la Sainte Vierge, fut présentée au Temple de Jérusalem à l’âge de trois ans et qu’elle y vécut avec d’autres jeunes filles et les saintes femmes qui les dirigeaient.

C’est l’auteur du Protévangile de Jacques, 2e siècle, qui raconte “Un prêtre la reçut et, l’ayant embrassée, il la bénit et dit : Le Seigneur Dieu a exalté ton nom dans toutes les générations. En toi, aux derniers jours, le Seigneur manifestera la rédemption aux fils d’Israël. Et il la plaça sur le troisième degré de l’autel. Et le Seigneur fit descendre sa grâce sur elle. Et ses pieds se mirent à danser et toute la maison d’Israël l’aima.”

Marie de Nazareth n’avait encore que trois ans, mais son âme était déjà la merveille de la sainteté. Où mieux que loin du monde, dans l’enceinte du Temple, Marie se fût-elle préparée à sa mission ? Ce sacrifice de Marie enfant renferme toutes les conditions du plus parfait sacrifice : il a été prompt, généreux, joyeux, sans retour, sans réserve.

Au jour de sa Présentation, Marie nous apparaît comme le porte-étendard de la virginité chrétienne. Après elle viendront des légions innombrables de vierges consacrées au Seigneur, dans le monde ou à l’ombre des autels ; Marie sera leur éternel modèle, leur patronne dévouée, leur guide sûr dans les voies de la perfection.

Le 21 novembre est la date à laquelle nous célébrons le jour « pro orantibus » marquant la fête liturgique de la Présentation de la Bienheureuse Vierge Marie au Temple. Ce jour est dédié aux personnes consacrées à la vie religieuse contemplative. C’est une bonne opportunité pour remercier le Seigneur du don que représentent toutes ces personnes qui, dans les monastères et les ermitages, consacrent leur vie à Dieu dans la prière et le travail silencieux. Plusieurs communautés contemplatives à travers le monde prient pour la Télévision Sel et Lumière. Pour notre part, nous rappelons avec gratitude ces religieuses qui, comme Sainte Thérèse de Lisieux, ont choisi de demeurer au cœur de l’Église. La dévotion mariale a toujours été importante dans ma propre famille religieuse, la Congrégation des Prêtres de Saint Basile (Pères basiliens). Leur support à la Fondation Catholique Sel et Lumière Média et à la chaîne de télévision qui porte son nom a toujours été constant dans les 14 dernières années. Dans l’histoire des pères basiliens, le père Charles Roume, CSB, rappelle que c’était le 21 novembre 1822, en la fête de la Présentation de Marie, que tous les confrères français on finalement accepté de se réunir pour leur premier chapitre où ils ont élu le père Joseph LaPierre comme premier supérieur général de la Communauté basilienne. Pour cette raison, les basiliens ont choisi le 21 novembre comme jour de fondation.

Voici un lien vers le documentaire sur la fondation en France après la révolution française :

http://saltandlighttv.org/whenithinkofannonay/

Rappelant aujourd’hui la Présentation de la Bienheureuse Vierge Marie au Temple à Jérusalem nous honorons ses enfants qui, par leurs vies cachés, ont apportés la lumière et la chaleur de l’Église en tout lieu. Puisse leur exemple donner à toutes personnes consacrées dans la vie religieuse, spécialement ceux et celles avec qui nous vivons et travaillons, le courage de rechercher la vérité, la force pour rayonner et porter la lumière et la chaleur de l’Église et l’habilité pour devenir des demeures de la Présence consolante et compatissante de Dieu sur la terre.

Prière de saint Alphonse-Marie de Liguori:

O Marie, enfant chérie de Dieu,
que ne puis-je vous offrir et vous consacrer
les premières années de ma vie,
comme vous vous êtes offerte et consacrée au Seigneur dans le Temple !
mais, hélas ! ces premières années sont déjà bien loin de moi !
J’ai employé un temps si précieux à servir le monde
et vous ai oubliée en écoutant la voix de mes passions.
Toutefois il vaut mieux commencer tard à vous servir
que de rester toujours rebelle.
Je viens donc aujourd’hui m’offrir tout entier à votre service,
et consacrer à mon Créateur, par votre entremise bénie,
le peu de jours qu’il me reste encore à passer sur la terre.
Je vous donne mon esprit, pour qu’il s’occupe de vous sans cesse,
et mon cœur, pour vous aimer à jamais.
Accueillez, ô Vierge Sainte, l’offrande d’un pauvre pécheur ;
je vous en conjure par le souvenir des ineffables consolations
que vous avez ressenties en vous offrant à Dieu dans le Temple.
Soutenez ma faiblesse, et par votre intercession puissante
obtenez-moi de Jésus la grâce de lui être fidèle
ainsi qu’à vous, jusqu’à la mort,
afin qu’après vous avoir servie de tout mon cœur pendant la vie,
je participe à la gloire et au bonheur éternel des élus. Amen

Ouvrir les portes de la tendresse: les leçons de Solanus et d’André

Ouvrir les portes de la tendresse:
Les leçons de Solanus et d’André,
deux humbles et saints portiers

Ce samedi, accompagné du père Richard Fragomeni, j’aurai le privilège d’être l’un des commentateurs de la Messe de béatification du frère capucin Solanus Casey au Stade Ford de Détroit. Plus de 70 000 personnes sont attendues à l’occasion de cette célébration historique où sera honoré l’un des prêtres les plus aimés des États-Unis. La première fois que j’ai entendu parler de la vie du frère Solanus c’était dans les années 80 alors que j’habitais à Détroit pour mon noviciat chez les basiliens. Je n’oublierai jamais nos visites au monastère Saint-Bonaventure et au Centre Père Sonalus de Détroit-Est. La paix que l’on ressentait dans la chapelle et au centre m’a toujours frappé. On pourrait décrire cet endroit comme étant une oasis spirituelle au milieu d’un quartier très dur. Je ne peux oublier les longues files de citoyens pauvres de Détroit attendant leur repas quotidien à la « Soupe populaire ».  J’ai commencé à lire sur la vie de ce remarquable frère capucin qui a passé sa vie au service des pauvres. Frère Solanus Casey était un humble portier de monastère, accueillant les gens de tous âge, grandeur, couleur, religion et situation de vie. Solanus était prêt à écouter quiconque et à n’importe quelle heure du jour. J’ai réalisé que sa réputation ou, en d’autres termes, son « odeur de sainteté » était déjà bien répandue. Au fil des années, j’ai rencontré beaucoup de personnes qui ont connu personnellement le frère Solanus. Tous m’ont fait le même portrait d’un humble capucin qui, par son travail de portier, a démontré qu’une personne ordinaire pouvait vivre une vie de foi extraordinaire. Il voyait toutes les personnes comme étant aimées de Dieu et appelées à participer à sa vie divine.

Qui était cet homme ?

Solanus est né le 25 novembre 1870 sur une ferme non loin d’Oak Grove au Wisconsin. Baptisé du nom de Bernard Francis Casey, il fut le sixième enfant d’une famille immigrante irlandaise composée de dix garçons et six filles. Bernard quitta la ferme pour travailler un peu partout au Wisconsin et au Minnesota. Il occupa à cette époque plusieurs postes tels que bûcheron, infirmier, conducteur de tramway et gardien de prison. À l’âge de 21 ans, Bernard fit son entrée au Séminaire Saint-François de Milwaukee pour y faire des études en vue de la prêtrise. Cinq années plus tard, il discerna sa vocation de prêtre dans un ordre religieux. Investi dans l’ordre des capucins de Détroit en 1897, il reçut le nom de Solanus. Durant ses études, il eut beaucoup de difficultés puisque les cours étaient donnés en allemand, langue qu’il ne connaissait pas bien. Le 24 juillet 1904, à l’âge de 33 ans, Solanus Casey fut ordonné prêtre en l’église Saint-François-d’Assise de Milwaukee. Suite à l’évaluation de ses supérieurs et formateurs qui considéraient qu’il n’avait pas suffisamment de bons résultats académiques, Casey fut ordonné sacerdos simplex, un degré de prêtrise qui l’empêchait d’entendre les confessions ou de prêcher des sermons à caractère doctrinal.

Durant les 14 années où il servit à la paroisse Sacré-Cœur de Yonkers dans l’état de New York, Solanus s’est affairé non seulement aux tâches de sacristain et de portier mais il était également directeur de la Sodalité des Jeunes Filles, directeur des servants de Messe et en plus d’être occupé à diverses fonctions pastorales. Fr. Solanus édifiait les paroissiens par sa présence priante à la Messe, par sa grande charité auprès des malades, des enfants, des non catholiques et des pauvres. Les malades avaient tous très hâte à la visite du prêtre et aux consolations qu’il apportait. Son ministère auprès des malades et des pauvres s’est, bien entendu, poursuivi partout où il se rendait. En 1918, il fut envoyé à la paroisse Notre-Dame des douleurs de New York et en 1921, il dut se rendre à la paroisse Notre-Dame des anges d’Harlem.

En 1924 il fut enfin envoyé au Couvent capucin de Saint-Bonaventure de Détroit où il est resté 20 ans. Le frère Solanus s’y est fait connaître et aimer de tous. Son ministère de charité et de réconfort fut spécialement remarqué durant la Grande Dépression de 1929 puisque c’est alors que son souci des pauvres inspira le couvent capucin de Détroit à fonder une « soupe populaire », un service charitable qui continue encore aujourd’hui. Cette œuvre fut établie lors de la Grande Dépression de 1929 (période de dévastation et de pauvreté nationale) lorsque des milliers de pauvres de Détroit cognèrent aux portes du Couvent Saint-Bonaventure pour quêter leur pain quotidien.

« Ils ont faim, trouvez-leur de la soupe et des sandwichs » a-t-il exhorté ses confrères. Durant les mois qui suivirent, la file des pauvres augmenta jusqu’à atteindre 2 000 personnes par jour attendant de recevoir un seul repas. Frère Solanus saluait chaque personne à la porte en accueillant les sans-abris et les affamés aussi dans son cœur. Il nourrissait non seulement leur corps mais également leurs esprits.

La rencontre de deux saints portiers

Durant l’été 1935, deux saints portiers se rencontrèrent à Détroit. Ce fut une rencontre historique avec le frère André Bessette qui avait voyagé de Montréal jusqu’en Ontario, traversant cette province et le pont « Ambassador ». André avait entendu parler d’un autre saint portier de l’Est de Détroit. À cette époque, frère Solanus avait 65 ans et le frère André en avait 90. Les deux religieux avaient déjà travaillé de nombreuses années comme portier, aidant les personnes venues les visiter dans leur monastère respectif ; l’un étant à Montréal sur le Mont-Royal, l’autre au centre-ville de Détroit. Tous les deux ont travaillé de longues journées à accueillir quiconque voulait les rencontrer pour raconter leurs histoires, leurs blessures, leurs échecs, leurs abandons ou leurs pertes et, ce, peu importe l’heure de la journée ou de la nuit. Plus-tard, les pères de Sainte-Croix construisirent une chapelle pour le frère André sur l’un des plus hauts sommets du Mont-Royal. Ils espéraient que les milliers de personnes attirées par André en seraient dissuadées à cause de la côte accidentée. Ils ne le furent pas et des milliers s’y rendirent chaque année.

S’il existe deux personnes qui étaient en droit de se plaindre du traitement qui leur était réservé par les directeurs de leur communauté religieuse respective, ce furent certainement frère Solanus et André, frère de Sainte-Croix. Ironiquement, les deux hommes consacrés mirent leur propre communauté religieuse sur la carte (au moins en Amérique du Nord) puisque grâce à eux, celles-ci reçurent attention, intérêt et vocations. Il n’existe pas d’extraits vidéo ou de photos de cette rencontre historique des deux portiers à Détroit. Comme j’aurais aimé être là pour être témoin et pourquoi pas couvrir l’événement pour la télévision ! La rencontre eut lieu sans tambours ni trompettes si bien que personne ne put vraiment se rendre compte de ce qui se passait alors même qu’ils se faisaient l’accolade et priaient ensemble. Quelques rares témoins oculaires affirmèrent qu’ils parlèrent quelque peu ensemble et qu’ils prièrent et se bénirent réciproquement en latin. Le frère André est retourné à Montréal où il mourut deux ans plus tard en 1937. Il fut proclamé saint par le pape Jean-Paul II en 1982 et canonisé par le pape Benoît XVI en 2010.

Après avoir rencontré le frère André en 1935, Solanus allait continuer à travailler pendant plus de 20 ans. Durant les années 1941 à 1945, frère Solanus conseilla et pria pour de nombreuses familles désireuses de voir revenir leurs enfants sains et saufs de la deuxième guerre mondiale. Dans les dernières années de sa vie, les supérieurs capucins de Solanus désirant lui donner une retraite bien méritée l’envoyèrent au couvent de Saint-Félix de Huntington en Indiana au printemps 1946. C’est là qu’il passa beaucoup de temps en prière et auprès des malades et autres personnes en difficultés jusqu’à ce que ses propres infirmités le ramènent à Détroit pour recevoir des soins médicaux spécialisés.  Au cours de ce qui allait être sa dernière maladie, il affirma : « J’offre mes souffrances afin que tous soient un. Si au moins je pouvais voir la conversion du monde entier !». Sa dernière action concrète fut de s’asseoir et de s’exclamer « Je donne mon âme à Jésus-Christ ». Le frère Solanus mourut le 31 juillet 1957 à l’âge de 86 ans. Il est enterré au couvent de Détroit.

La cause en canonisation du frère Solanus a été ouverte en 1982. En 1995, le pape Jean-Paul II le déclarait vénérable, deuxième étape sur le chemin de la sainteté. Plusieurs guérisons miraculeuses sont associées à l’intercession du frère Solanus et, ce, avant et après sa mort. Des pèlerins du monde entier continuent de faire le pèlerinage jusqu’à sa tombe.

Deux funérailles solennelles pour deux grands portiers

Les frères André et Solanus ont tous deux eu des funérailles qui peuvent être considérées comme épiques. Non seulement eurent-ils chacun droit aux hommages de milliers de personnes qui attribuaient leur guérison à leurs prières mais également des milliers de personnes étaient présentes (près d’un million dans le cas du frère André) parce qu’elles avaient entendu parler d’eux. Non seulement des trains furent ajoutés par les autorités des chemins de fers, mais même aux États-Unis, spécialement sur la côte Est, on ajouta des autobus afin d’accommoder les personnes endeuillées qui voulaient se rendre à Montréal pour les funérailles du frère André.

André et Solanus vinrent en ce monde sans tambours ni trompettes. Malgré leur don de thaumaturge, tous deux continuèrent à vivre simplement durant toute leur vie. Toutefois, à cause de leur humilité, Dieu leur donna les dons que même les plus riches d’entre nous leur envient : le don de guérison. Grâce à cela, ils nous enseignent que l’humilité et l’obéissance, qualités peu considérées par notre temps, sont pour Dieu une très grande joie.

André Besette et Solanus Casey furent des porteurs, des portiers et des guides. Ils ouvrirent des portes aux gens. Solanus fut un homme et un prêtre simple. Même s’il écrivait à l’occasion des poèmes, il n’était ni un homme de lettres ni un grand bachelier. Il a atteint par contre une grande profondeur spirituelle. Comme un prophète, il portait un message pour notre temps. Il vécut avec le souci du peuple de Dieu, souffrant et travaillant à la conversion des pécheurs. Son message fut toujours celui de la foi et de la confiance en Dieu, en Celui qui encourage et console. Ce samedi 18 novembre prochain, dans l’un des plus grands stades de sport de Détroit, l’humble prêtre Solanus Casey sera proclamé « Bienheureux » franchissant ainsi une étape cruciale sur le chemin de la sainteté.

De saints portiers

C’est à propos de personnes humbles comme André Bessette et Solanus Casey que le pape François s’exprimait utilisant ces puissantes paroles dans Évangelii Gaudium (no 47) :

« L’Église est appelée à être toujours la maison ouverte du Père. Un des signes concrets de cette ouverture est d’avoir partout des églises avec les portes ouvertes. De sorte que, si quelqu’un veut suivre une motion de l’Esprit et s’approcher pour chercher Dieu, il ne rencontre pas la froideur d’une porte close. Mais il y a d’autres portes qui ne doivent pas non plus se fermer. Tous peuvent participer de quelque manière à la vie ecclésiale, tous peuvent faire partie de la communauté, et même les portes des sacrements ne devraient pas se fermer pour n’importe quelle raison. Ceci vaut surtout pour ce sacrement qui est “ la porte”, le Baptême. L’Eucharistie, même si elle constitue la plénitude de la vie sacramentelle, n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles.[51] Ces convictions ont aussi des conséquences pastorales que nous sommes appelés à considérer avec prudence et audace. Nous nous comportons fréquemment comme des contrôleurs de la grâce et non comme des facilitateurs. Mais l’Église n’est pas une douane, elle est la maison paternelle où il y a de la place pour chacun avec sa vie difficile. »[1]

À son époque, frère Solanus fut lui aussi un portier de l’Est de Détroit. Aujourd’hui, il est au ciel et joue toujours le rôle de gardien. Il nous a laissé un exemple de la façon d’accueillir l’étranger, le sans-abri, le pauvre, le malade et l’affamé de nos communautés. Certains viendront à nos portes remplis de joie, d’autres auront peur, certains seront en santé et d’autres viendront pour être guéris. La chose importante c’est que nous puissions ouvrir nos portes et construire des ponts avec ceux qui viendront et non pas construire des murs, des barrières ou d’autres obstacles.

J’aimerais tant être présent lorsque Solanus et André se feront l’accolade au ciel samedi prochain! Je ne peux qu’imaginer la tendresse de cette rencontre et la profondeur de cet échange entre ces deux remarquables et saints portiers d’Amérique du Nord alors qu’ils renouvelleront leur amitié et partageront leurs histoires sur la manière dont Dieu les a utilisés pour bénir, nourrir, aimer, pardonner, encourager et guérir des millions de personnes.

Saint André de Montréal et bienheureux Solanus de Détroit : Priez pour nous !

Ce que le Christ nous a donné se multiplie en le donnant

Trente-troisième du Temps ordinaire, Année A – 19 novembre 2017

Proverbes 31,10-13.19-20.30-31
1 Thessaloniciens 5,1-6
Matthieu 25,14-30

L’évangile d’aujourd’hui nous présente la dernière des trois paraboles qui forment le discours eschatologique de Jésus dans l’Évangile de Matthieu. Chacune de ces trois paraboles relate une forme de responsabilité exigée des chrétiens qui se préparent à leur rencontre glorieuse avec le Christ. Le texte bien connu qui met en scène un maître, ses serviteurs et leurs talents (25, 14-30) traite de ce que nous faisons des ressources ou des talents innés qui nous ont été donnés, ces choses auxquelles nous sommes le plus attachés et que nous avons tendance à conserver jalousement. Le message central de la parabole d’aujourd’hui porte sur l’esprit de responsabilité avec lequel accueillir le Royaume de Dieu : responsabilité envers Dieu et envers l’humanité.

Pourquoi Jésus enseignait en paraboles

Il faut se rappeler que les paraboles que proposait Jésus se fondaient sur le mode de vie des gens de son époque. En racontant une parabole, Jésus n’entendait pas bénir ou condamner directement le comportement des protagonistes du récit. Non, il partait de la façon dont ses contemporains menaient leurs affaires et leur vie quotidienne pour faire comprendre et illustrer l’état d’esprit et le comportement qui s’imposent à l’heure de l’avènement du royaume de Dieu.

La parabole d’aujourd’hui soulève pour nous plusieurs questions. Le récit paraît endosser un mode de vie fortement capitaliste quant à l’utilisation de la richesse personnelle et il semble contredire l’enseignement de Jésus sur l’usage de l’argent ailleurs dans les Évangiles. Un deuxième problème a trait à méthode d’évaluation qu’applique le maître à son retour. Sa conduite à l’égard de ses serviteurs évoque de manière allégorique le jugement dernier.

Est-ce que Jésus, avec cette parabole, entendait illustrer différentes aptitudes humaines face au don divin du royaume ? Les deux premiers serviteurs comprennent le don qui est fait gratuitement par un Dieu infiniment généreux et ils s’efforcent d’imiter dans leur vie quotidienne le comportement de la Source de tous les dons. Ou alors, Dieu correspond-il en fait à l’idée du maître que se fait le malheureux troisième serviteur : un homme dur qui moissonne là où il n’a pas semé et qui ramasse là où il n’a pas répandu le grain (v. 24) ?

La pauvreté de l’esclave trop prudent

J’ai toujours été intrigué par la réaction du troisième serviteur, que je tiens pour le serviteur le plus « prudent » ou le plus « précautionneux ». On a l’impression d’un homme franc et honnête. Ce n’était pas le plus intelligent des trois puisque c’est lui qui a rapporté le moins d’argent mais, s’il n’avait pas été honnête, le maître ne lui aurait certainement pas confié une part de ses biens. Les deux premiers serviteurs étaient des manœuvriers futés; ils savaient tirer leur épingle du jeu et ils ont doublé leurs placements. Le troisième serviteur vivait dans la peur de la cupidité d’un maître attaché à son argent et qui n’avait guère de patience pour la stupidité et les erreurs des personnes à son emploi. Décidé à ne prendre aucun risque, il enterre sa part. La tradition rabbinique enseignait qu’enfouir son argent était la meilleure façon d’en prévenir le vol ou la perte. Je connais bien des gens qui se comportent comme ce troisième serviteur.

Le problème du troisième serviteur, c’est qu’il refuse de prendre des risques ; il ne s’aventurera pas dans l’inconnu. Dominé par l’angoisse et la peur, il projette sur son maître sa propre culpabilité. En fin de compte, il perd tout ce qu’il possédait. S’il avait fait preuve d’un peu plus d’innocence, il aurait peut-être eu droit à plus de compréhension de la part de son maître.

La morale de l’histoire pour nous

Ceux et celles qui se font de Dieu et du rapport de Dieu à l’humanité une image appauvrie, étriquée, négative ou mesquine finiront par traiter leurs frères et sœurs humains de façon étriquée, négative ou mesquine. Ils seront incapables de voir le royaume de Dieu se déployer sous leurs yeux et de leur vivant. N’est-ce pas là la pauvreté et l’aveuglement du troisième serviteur ? Paralysé par la peur, il n’arrive pas à tendre la main aux personnes dans le besoin autour de lui. La peur paralyse chacune et chacun de nous; elle nous empêche de tendre la main aux personnes dans le besoin autour de nous.

La Bonne Nouvelle de Jésus Christ, c’est qu’il faut abandonner la peur et faire preuve d’ingéniosité, de responsabilité et de créativité pour accomplir la volonté de Dieu, afin d’éviter de nous retrouver dans la situation du troisième serviteur : « dehors, les fainéants et les bons à rien ! » La condition pour être disciple du Christ, c’est de perdre sa vie pour la trouver. Si nous mettons notre vie en jeu pour un Christ que nous ne voyons pas, nous risquons peut-être encore plus en nous engageant au sein d’une Église que nous voyons. Si notre foi a l’air de quelque chose qu’il faut protéger, elle n’est probablement pas authentique – et elle n’arrivera sûrement pas à grandir et à mûrir en se contentant essentiellement de « ne prendre aucun risque ».

La scène grandiose de l’évangile de dimanche prochain, celle du jugement dernier, nous présentera le contraire de l’attitude du troisième serviteur. Elle nous enseignera à découvrir la vérité la plus profonde sur ce que nous sommes en dépassant nos peurs et nos limites pour donner à manger à ceux qui ont faim, donner à boire à ceux qui ont soif, accueillir les étrangers, vêtir ceux qui sont nus, visiter les malades et les détenus.

L’élément de surprise dans la parabole d’aujourd’hui

Dès le début de la parabole d’aujourd’hui, on nous dit que le maître donne à chaque serviteur une certaine somme en pur don. Le maître fait preuve de générosité. Le troisième serviteur a étiqueté son maître et n’arrive pas à imaginer qu’il puisse se montrer aussi généreux. Le serviteur semble fonder son action sur une sorte de justice stricte ou littérale pour justifier sa propre mesquinerie. En fin de compte, il perd tout.

En appliquant cette idée à Dieu et à Jésus, une leçon se dégage pour nous. Si nous savons vraiment comprendre et apprécier la grandeur du don que Dieu nous fait en son Fils Jésus, nous faisons une expérience toute spéciale de liberté et de gratitude qui nous dispose à prendre des risques. Faire la volonté de Dieu devient une aventure, une entreprise qui comporte des risques mais qui se fonde sur la générosité gratuite de Dieu, sur sa justice, sa miséricorde et sa confiance illimitée en l’être humain. La parabole d’aujourd’hui met l’accent sur l’action et sur l’initiative; elle ouvre ainsi la voie aux grandes œuvres de miséricorde et de justice qu’évoquera la scène du jugement dernier de l’Évangile de Matthieu.

Un trésor fait pour être dépensé, investi et partagé

Dans son allocution à l’angélus du dimanche 16 novembre 2008, le pape Benoît XVI a fait référence à la parabole d’aujourd’hui et il en a tiré un enseignement précieux pour nous.

Le « talent » était une ancienne monnaie romaine, de grande valeur, et c’est justement à cause de la popularité de cette parabole que celle-ci est devenue synonyme de talents personnels, que chacun est appelé à faire fructifier. En réalité, le texte parle d’un « homme, qui partait en voyage » et qui « appela ses serviteurs et leur confia ses biens » (Mt 25, 14). L’homme de la parabole représente le Christ lui-même, les serviteurs sont les disciples et les talents sont les dons que Jésus leur confie. Par conséquent, ces talents ne représentent pas seulement les qualités naturelles mais aussi les richesses que le Seigneur Jésus nous a laissées en héritage, afin que nous les fassions fructifier: sa Parole, déposée dans le saint Évangile; le Baptême, qui nous renouvelle dans l’Esprit Saint; la prière – le « Notre Père » – que nous élevons à Dieu en tant que fils unis dans le Fils; son pardon, qu’il a commandé de porter à tous; le sacrement de son Corps immolé et de son Sang versé. En un mot: le Royaume de Dieu, qu’Il est Lui-même, présent et vivant au milieu de nous.

C’est le trésor que Jésus a confié à ses amis, au terme de sa brève existence terrestre. La parabole de ce jour insiste sur l’attitude intérieure avec laquelle il faut accueillir et valoriser ce don. L’attitude qu’il ne faut pas avoir est celle de la peur: le serviteur qui a peur de son patron et craint son retour cache la pièce de monnaie sous terre et celle-ci ne produit aucun fruit. Cela arrive par exemple à celui qui a reçu le Baptême, la Communion, la Confirmation, mais ensevelit ensuite ces dons sous une couche de préjugés, sous une fausse image de Dieu qui paralyse la foi et les œuvres. Ceci fait qu’il trahit les attentes du Seigneur. Mais la parabole souligne davantage les bons fruits portés par les disciples qui, heureux du don reçu, ne l’ont pas tenu caché jalousement et par peur, mais l’ont fait fructifier en le partageant. Oui, ce que le Christ nous a donné se multiplie en le donnant !

C’est un trésor fait pour être dépensé, investi, partagé avec tous, comme nous l’enseigne ce grand administrateur des talents de Jésus qu’est l’apôtre Paul. L’enseignement évangélique que nous offre aujourd’hui la liturgie a également eu une influence au niveau historique et social en encourageant parmi les populations chrétiennes une mentalité active et entreprenante.

« Mère et tête de toutes les églises de la terre »

Lateran-cropped

Réflexion du père Thomas Rosica c.s.b. pour la Fête de la dédicace de la Basilique Saint-Jean Latran, 9 Novembre 2017

Ézéchiel 47,1-2.8-9.12
1 Corinthiens 3,9b-11.16-17
Jean 2,13-22

Aujourd’hui nous célébrons la fête de la dédicace de la Basilique Saint Jean Latran à Rome, reconnue comme «  la Mère et la tête de toutes les églises de la terre  » parce qu’elle était originellement la résidence du Pape. On trouve, en effet, sur la façade de la Basilique une inscription riche de sens qui dit Sacrosancta Lateranensis ecclesia omnium urbis et orbis ecclesiarum mater et caput – «  Très Sainte Église du Latran, de toutes les églises de la ville et du monde, tu es la tête et la Mère  ». Elle fut construite par l’empereur Constantin au début du IVième  siècle après Jésus-Christ et sa dédicace fut célébrée le 9 novembre 324 par le pape Sylvestre. L’anniversaire de la dédicace de cette église est observé depuis le 12e siècle. Cette fête est très particulière parce que la première année sainte fut proclamée dans cette église en 1300.

Au tout début, cette magnifique église s’appelait Basilique du Sauveur mais plus tard, elle fut dédiée à Saint Jean Baptiste et Saint Jean l’évangéliste et ainsi, prit le nom de Basilique Saint Jean Latran. Lorsque la papauté se transporta à Avignon durant un siècle, la condition de la Basilique du Latran se détériora au point où lorsque la papauté retourna à Rome, le Pape ne pouvait plus y habiter. Il habita donc dans deux autres endroits avant de s’établir définitivement à la Basilique Saint-Pierre où il vit toujours.

Au cours de l’histoire, Saint Jean Latran a souffert autant de destructions et de reconstructions que la papauté a subi de désastres et de résurgences. Détruite par Alarix en 408 et Genseric en 455, elle fut reconstruite par le pape Léon le Grand (440-461) et des siècles plus tard par le pape Hadrien 1er (772-795). La Basilique fut presque entièrement détruite par un tremblement de terre en 896 et fut, encore une fois, reconstruite, cette fois, par le pape Serge III (904-911). Plus tard, l’église fut endommagée par un incendie en 1308 et en 1360. Lorsque les Papes revinrent de leur séjour à Avignon en France (1304-1377), ils trouvèrent leur basilique et palais dans un tel état qu’ils décidèrent de s’installer au Vatican, tout près de la Basilique Saint-Pierre (construite également par Constantin et qui avait surtout servi comme sanctuaire pour les pèlerins). [Read more…]

L’huile qui fera rayonner notre lampe

Trente-deuxième dimanche du Temps ordinaire, Année A – 12 novembre 2017

Sagesse 6,12-16
1 Thessaloniciens 4,13-18
Matthieu 25,1-13

Les trois paraboles du discours eschatologique de Jésus dans l’Évangile de Matthieu conviennent très bien à la fin de l’année liturgique. Ces trois récits évoquent trois formes différentes de responsabilité qui sont exigées des chrétiennes et des chrétiens qui se préparent à leur rencontre glorieuse avec le Christ. La première de ces trois paraboles parle du majordome à qui le maître a confié sa maison (24, 45-51). Ce passage, nous l’avons vu, vise vraisemblablement les responsables de la communauté, auxquels il lance une sévère mise en garde : il ne s’agit pas pour eux de se relâcher dans leur zèle au service des autres chrétiens simplement parce que le jour du jugement a pu être retardé.

Aujourd’hui, nous entendons proclamer la parabole des dix jeunes filles (25, 1-13) et, la semaine prochaine, nous entendrons la troisième parabole de cette section finale : l’histoire bien connue des talents (25, 14-30). À première vue, celle-ci semble évoquer ce que nous faisons de nos aptitudes et de nos talents. Mais nous verrons qu’elle traite de beaucoup plus que d’ingéniosité, de courage ou de mise en valeurs judicieuse de nos dons. Dans chacune de ces histoires riches d’enseignement, c’est une erreur de s’arrêter aux apparences.

Les coutumes matrimoniales dans la Palestine du premier siècle

La parabole « des vierges sages et des vierges folles » (25, 1-13) peut être interprétée à différents niveaux. Certains exégètes n’ont voulu voir dans ce texte – qu’on ne trouve que dans l’évangile de Matthieu – qu’un témoignage historique sur les coutumes matrimoniales au temps de Jésus. Ce n’est sans doute pas un mauvais point de départ mais là n’est pas à l’essentiel d’un texte aussi énigmatique qu’intrigant.

Le point culminant de la cérémonie du mariage, dans la Palestine du premier siècle, voyait le marié, escorté par les membres de sa famille, se présenter à la maison de la mariée : il venait la chercher pour la conduire chez lui où se déroulerait le reste de la célébration. La parabole évangélique s’intéresse au moment où l’époux revient chez lui avec celle qui va devenir son épouse.

Dix jeunes femmes, probablement les sœurs et les cousines de l’époux, attendent son retour. Certains textes parlent de ces jeunes filles comme de « dames d’honneur » mais l’expression n’est probablement pas la plus juste. Il s’agit avant tout de jeunes femmes qui se marieront un jour, de « filles à marier » ! Cinq d’entre elles sont intelligentes alors que les cinq autres sont moins brillantes !

Quand on annonce l’arrivée de l’époux au milieu de la nuit, elles se lèvent toutes pour allumer leur lampe; mais seules celles qui ont eu la prudence de se procurer assez d’huile sont en mesure de sortir à la rencontre de l’époux. Les cinq qui n’ont pas d’huile en demandent aux premières, mais celles-ci refusent de se départir de leur provision car alors personne n’aura assez d’huile pour la fête. Pendant que les vierges folles partent s’acheter de l’huile, l’époux arrive, pénètre dans la salle du festin et on referme la porte derrière lui.

Les jeunes filles avisées s’étaient préparées à jouer leur rôle mais les autres, imprévoyantes et étourdies, n’ont rien planifié et se retrouvent exclues de la fête. Elles n’ont même pas su tirer parti du retard de l’époux !

Les rapports entre Dieu et les êtres humains

Comme toutes les paraboles, la parabole des dix vierges doit être lue à un double niveau. Il y est question d’une noce sans doute mais aussi d’autre chose, à savoir de la façon dont Dieu entre en relation avec les êtres humains. Le sens le plus simple de ce récit, et le plus pertinent sans doute dans le contexte historique de la vie de Jésus, c’est que ceux et celles qui sont en syntonie avec la sagesse de Dieu « ont des oreilles pour entendre » et acceptent son message. Ceux et celles qui le rejettent sont eux-mêmes rejetés. D’où la leçon : « veillez car vous ne savez ni le jour ni l’heure ».

À un autre niveau, la parabole peut renvoyer à l’église et à ses membres. Matthieu aurait-il pu raconter cette histoire évangélique pour régler un différend au sein de sa communauté autour de ce que signifiait le retard du retour du Christ ? Le retard de la parousie (la seconde venue du Christ) est évoqué par l’attente de l’époux. Tout est prêt pour le festin nuptial; il ne manque que l’époux. Si Matthieu a effectivement raconté cette histoire pour régler une dispute de cette nature, la leçon proposée à ceux et celles qui l’ont d’abord entendue porte sur la façon de composer avec le retard du retour du Messie en se préparant à sa seconde venue dans la gloire. La parabole est de toute évidence un avertissement, une exhortation à vivre dans la vigilance et à avoir la prudence de se préparer. Ces attitudes vertueuses naissent de l’attention prêtée aux paroles que Dieu nous a dites.

Être prêts

Les jeunes étourdies ne sont pas prêtes quand arrive finalement le grand moment. Celles qui n’ont pas d’huile, comme les invités qui n’ont pas le vêtement nuptial dans la parabole que nous avons entendue il y a quelques semaines (22,11-14), n’ont pas à leur actif les bonnes œuvres qui devraient correspondre à leur engagement de foi.

Pour Matthieu, la vigilance, c’est d’être prêt en tout temps, de jour comme de nuit, qu’on dorme ou qu’on soit éveillé. La parabole parle ici de gens très ordinaires, et pas seulement des responsables de la communauté ecclésiale. Quiconque aime Jésus doit persévérer dans sa façon de faire jusqu’à ce que Jésus se présente, quelle que soit la durée du retard qu’il met à revenir. Ceux qui tiendront bon jusqu’au bout seront sauvés (24,13).

Être « prêts » dans l’évangile d’aujourd’hui, c’était pour Matthieu pratiquer les bonnes œuvres mais nous savons qu’il y avait aussi d’autres obligations à remplir : éviter la mauvaise conduite (15,19), aimer ses ennemis (5,44), aimer les autres chrétiens (24,12), pardonner à ceux qui nous ont fait du tort (18, 21-35), croire en Jésus (21,21) et lui être loyal (10,32), et aimer Dieu (22,37).

La lampe de notre vie

Cette parabole donne un très bon exemple de la façon dont Matthieu marie la vigilance dans la prière à un esprit de saine coopération avec autrui. Les étourdies n’ont rien fait pour se préparer à la fête des noces, cherchaient à se décharger de leur part du travail ou perdaient leur temps. Tout à coup, quand tout le monde a pris conscience de l’arrivée de l’Époux, les vierges folles ne méritent guère d’avoir part aux festivités.

Plus tôt dans l’évangile de Matthieu, dans le fameux Sermon sur la montagne, Jésus a exhorté ses auditeurs à faire briller leur lampe de manière que les gens voient le bien qu’ils font et en rendent gloire à leur Père céleste (5,16). « L’huile » dans la parabole d’aujourd’hui symbolise les bonnes œuvres et la bonne conduite. Les gens avisés sont vigilants, comme les jeunes filles de la parabole qui n’ont pas seulement apporté leur lampe mais aussi une provision d’huile pour la nuit. Les « sages » sont ceux qui se soucient des besoins quotidiens des personnes de leur propre famille, des membres de leur famille élargie et même des étrangers.

Combien de fois nous sommes-nous retrouvés pourvus d’une lampe mais sans huile pour la faire fonctionner. Sainte Teresa de Calcutta a commenté à sa façon la parabole d’aujourd’hui:

Quelles sont les lampes dans nos vies ?
Ce sont les petites choses de la vie de tous les jours :
la fidélité, la ponctualité, les paroles réconfortantes,
l’attention aux autres,
la façon de faire silence à certains moments,
le regard qu’on jette sur les choses,
notre façon de parler, notre façon d’agir.
Autant de petites goutes d’amour
qui permettent à notre vie de foi de briller d’un vif éclat.

« L’huile » qui fera briller notre lampe d’un vif éclat, ce sont souvent les petites gouttes d’amour, de bonté, de patience, de joie, de générosité, qui permettent à notre vie de foi de briller et de rayonner.

Tirer parti du retard

Si les jeunes filles avaient partagé l’huile entre elles, la conclusion de la parabole aurait peut-être été différente. Mais ce récit ne traite pas de la répartition équitable des biens; il porte sur une réalité plus profonde. Justement parce que le moment de l’arrivée de l’époux reste incertain, il est essentiel de demeurer en état de vigilance pour être prêt à l’accueillir. En d’autres mots, Matthieu essaie de transformer l’origine du problème – le retard de la fin des temps et du retour du Christ – en un avantage à exploiter. Le retard lui-même devrait aviver notre espérance. Le retard lui-même nous appelle et nous incite à plus de fidélité, de vigilance et d’amour. La distance et l’attente nous élargissent le cœur !

Nous apprenons dans l’évangile d’aujourd’hui que notre foi doit s’accompagner de bonnes œuvres qui sous-tendent notre vie spirituelle. Quand les cinq jeunes étourdies sont parties à la rencontre de l’époux, elles n’étaient pas prêtes. Les autres avaient accumulé des œuvres de bien et pouvaient brandir leur lampe allumée. Quand le Seigneur reviendra, elles seront empressées à l’accueillir. Les cinq qui sont à court d’huile représentent ceux et celles qui s’intéressent plus à la fête qu’à la rencontre de l’époux.

Le fournisseur d’huile

En réfléchissant à la parabole d’aujourd’hui, il faut aussi prendre en compte celui qui fournit l’huile. Voici pour vous de quoi méditer cette semaine. Si l’huile représente le bien qui nous est inspiré par l’Esprit, le fournisseur de l’huile est bien celui qui nous inspire et nous fait don de ces bonnes œuvres, l’Esprit Saint. Les cinq jeunes filles avisées semblent avoir rencontré leur fournisseur récemment tandis que les autres donnent plutôt l’impression d’avoir folâtré.

La préparation du cœur et de la conscience pour accueillir le Seigneur est un état ou une qualité d’être qui s’apprend, se cultive et se raffine avec le temps. Elle suppose une relation intime avec le fournisseur d’huile; elle n’est pas transférable, on ne peut simplement la céder à quelqu’un qui n’est pas prêt. Elle fait l’objet d’un travail constant, à longueur de vie, sur la route qui nous conduit au banquet des noces éternelles, qui n’aura pas de fin.

Prions pour demeurer vigilants et pour n’être pas sortis faire des courses (v. 10) lorsque se présentera le grand moment, quand l’époux frappera à la porte pour nous appeler. Puissions-nous rester toujours prêts pour le retour définitif mais aussi attentifs aux personnes qui nous entourent et qui dépendent du bien que nous faisons ici et maintenant. Menons une vie frugale pour être admis au céleste banquet nuptial avec les vierges sages et pour être jugés dignes d’être en présence du Seigneur de la vie éternelle.

(Image : Les vierges sages de James Tissot)

Recherchés: des révolutionnaires de la sainteté: Réflexion pour la Fête de la Toussaint

Recherchés: des révolutionnaires de la sainteté
Réflexion pour la Fête de la Toussaint
Père Thomas Rosica, csb

Y’a-t-il de la place pour Dieu dans notre monde aujourd’hui? Y-a-t-il de la place pour des révolutionnaires de la sainteté dans notre culture? La réponse est un ‘oui’ fort!  Pourquoi les chrétiens et les catholiques de ce pays devraient-ils être réticents de se déclarer chrétien, catholique, ou révolutionnaire de la sainteté? Pourquoi devrions-nous nous comporter comme si notre message pouvait être dangeureux ou comme si nous avions une Parole et une histoire mais ne savions pas comment l’annoncer? Avons-nous peur de l’indifférence, de l’hostilité ou d’être ridiculisés? Si tel est le cas, laissez-moi vous rappeler la réponse de la jeune Bernadette Soubirous au commissaire de police de Lourdes qui lui disait qu’elle ne l’avait pas convaincu des événements qui avaient eu lieu à la grotte près de la rivière. Bernadette lui dit : « La Dame ne m’a pas dit de vous convaincre, mais de vous dire ses paroles. »

L’espérance était toujours au cœur de la proclamation des saints et bienheureux, même au milieu des périodes les plus sombres de l’histoire. Le cœur de notre propre annonce doit aussi être l’espérance. «Spe salvi », dans l’espérance nous sommes sauvés, dit saint Paul aux Romains, et aussi à nous (Rom 8, 24). Lorsque l’Église se trouv dans des périodes creuses, Dieu élève des saints extraordinaires pour ramener l’Église à sa véritable mission, comme si la lumière du Christ était encore plus brillante en ces périodes de noirceur. Nous vivons l’une de ces périodes, et le Seigneur accepte toujours des candidats pour prendre cette forme extrême de sainteté.

Nous avons grand besoin des successeurs de saints Jean de Brébeuf, Noël Chabanel, Antoine Daniel, Charles Garnier, Isaac Jogues, Gabriel Lalemant, René Goupil and Jean de Lalande. Nous recherchons de nouveaux agents qui prendront la vision et le travail de saintes Marguerite d’Youville, Marguerite Bourgeoys, saint André de Montréal, Kateri Tekakwitha, Marie de l’Incarnation, François de Laval, et leur équipe gagnante de bienheureux:  André Grasset, Élisabeth Turgeon, Marie-Rose Durocher, Marie-Léonie Paradis, Louis-Zéphirin Moreau, Frédéric Janssoone, Catherine de Saint-Augustin, Dina Bélanger, Marie-Anne Blondin, Émilie Tavernier Gamelin, Nykyta Budka, Basil Velychkovsky.

Nous devons aujourd’hui rendre grâce au Seigneur pour avoir donné à l’Église au Canada des fondateurs et des modèles aussi impressionants. Ces modèles nous mettent au défi d’entreprendre aujourd’hui une nouvelle évangélisation. Ils nous encouragent par leur dévouement au Christ, et aussi par leur zèle et leur prière tout au long de l’autoroute qui mène vers le ciel. Ces martyrs, saints et bienheureux nous rappellent que nous sommes seulement et toujours en chemin sur cette route. Lorsque nous pensons la sainteté en ces termes, comme une direction, un chemin, et non comme une destination, nous sentons que ce qui nous unit aux saints, nos compagnons de voyage, est beaucoup plus profond que ce qui nous sépare.

Bonne Fête à vous tous aujourd’hui!

La fête de la Toussaint nous offre une belle opportunité de réflechir sur notre héritage des saints et des bienheureux dans notre tradition catholique.  Ces hommes et femmes sont des artistes qui ont jugé et fait la critique du monde avec différentes donnés, informations et différents savoirs. Leurs normes se trouvaient dans les imprimés bleus intitulés les « Béatitudes» et pas dans les bibliotèques d’universités ou dans les centres de hautes recherches, et ils ont tenté chacun, en leur temps propre et de leurs façons uniques, de s’approprier cette extraordinaire vision de l’Evangile et de l’amener au monde. Le grand auteur G.K. Chesterton anglais a dit que «de telles personnes ont mis en lumière ce que le monde et l’Eglise avaient oublié». Parfois de tels individus sont appelés des fous, des insensés, des irréalistes, des rêveurs. Dans notre Eglise, nous les appelons des Saints.

En cette fête de la sainteté, nous célébrons tous ceux qui ont témoigné de leur attachement radical au Christ, tous les saints, ceux qui sont au calendrier, ceux qui n’y sont plus, ceux qui n’y sont pas encore.  Dans l’évangile de cette fête, [Mt 5, 1-12] chacune des béatitudes nous indique une voie de sainteté : la pauvreté de cœur, la douceur, le combat pour la justice, la pureté du cœur, le travail pour que grandisse la paix, la miséricorde. On est loin des miracles et des autres signes spectaculaires que les hagiographies se plaisent à raconter. Ces béatitudes sont plus un projet de vie, une invitation à y puiser une vraie intensité de vie, que la reconnaissance du mérite de ceux « qui y sont arrivés » ! Cette sainteté-là est vraiment pour tous, pour peu que nous y travaillions, bien sûr.

Je suis convaincu que le monde d’aujourd’hui, et particulièrement les jeunes, ont un besoin croissant pour les vies fascinantes des Saints. Durant son Pontificat, le Pape Jean Paul II nous a certainement aidé à redécouvrir ces héros et héroïnes dans nos traditions-en fait, il a béatifié 1338 femmes et hommes, et canonisé 482 personnes.  La proclamation de tant de Bienheureux et de Saints de notre époque a été d’une aide étonnante pour renouveler les espoirs de longues haleines et en stimuler de nouveaux.  Quelle nuée de témoins, quelle école des artistes des Béatitudes pour nous consoler, nous fortifier, nous encourager, nous stimuler, nous émouvoir et nous élever alors que nous essayons de les imiter ici-bas!

Comment la grâce serait-elle vraiment gracieuse, vraiment gratuite si elle venait comme le bon point et les félicitations avec la bonne note ? La grâce n’a trouvé en nous aucun mérite, mais c’est elle qui nous rend capables de mérite. « Ce n’est pas vous qui m’avez choisis… », dit Jésus. Comme le dit saint Augustin, en commentant ce passage de l’Évangile de Jean : « Dieu ne choisit pas ceux qui sont bons, mais il rend bons ceux qu’il a choisis. » Nous ne pourrions être bons et faire quelque bien en ce monde, si nous ne l’avions reçu de l’amour incroyable du Créateur qui nous a donné la liberté, le désir et l’intelligence de reconnaître ses dons.

Laissons-nous saisir par la beauté de ces hommes et femmes, et laissons nous combler du désir de devenir des saints pendant ce mois de novembre qui est dédié aux artistes de l’evangile!  Dieu sait combien nous en avons besoin de tels artistes aujourd’hui!

Quand les leaders chrétiens ne sont pas à la hauteur de l’idéal de Jésus

Trente-et-unième dimanche du Temps ordinaire, Année A – 5 novembre 2017

Malachie 1,14b-2,1.2b.8-10
1 Thessaloniciens 2,7b-9.13
Matthieu 23,1-12

L’évangile d’aujourd’hui (Matthieu 23, 1-12) est tiré d’un chapitre hautement polémique du premier évangile. Encore une fois, nous y trouvons un écho du conflit amer qui oppose le judaïsme pharisaïque à la communauté ecclésiale de Matthieu. Dans notre épisode, Jésus dénonce carrément les scribes et les Pharisiens; or ce passage contient du matériel qui ne se retrouve que chez Matthieu.

Dans la première section du chapitre 23, l’accent est placé sur les maîtres religieux et sur leurs responsabilités à l’égard des gens ordinaires. Jésus critique ses adversaires religieux (dont plusieurs étaient pharisiens). L’allusion aux Pharisiens « qui enseignent dans la chaire de Moïse » (v. 2) n’est peut-être qu’une allusion à l’autorité de l’enseignement mosaïque mais il est aussi possible qu’elle évoque le siège sur lequel le maître s’asseyait pour enseigner. Les recherches ont établi qu’à une période postérieure à celle de l’évangile d’aujourd’hui, il y avait dans les synagogues un siège désigné à cet effet.

Au fil du temps, les paroles de Jésus citées dans l’évangile de Matthieu furent interprétées comme visant avant tout les maîtres pharisiens qui, après la guerre désastreuse contre Rome (66-73 de notre ère), cherchèrent à reconstruire l’identité ethnique juive en élargissant et en consolidant leur influence dans les synagogues de Palestine et dans la diaspora.

Le cœur du conflit

Mais qu’y a-t-il au cœur de ce conflit ? Les missionnaires judéo-chrétiens qui proclamaient un Messie crucifié et ressuscité n’avaient pas d’adversaires et de concurrents plus déterminés que ces enseignants pharisiens; ils ont donc appliqué les propos de Jésus à la nouvelle situation qui était la leur. Mais il y a encore un autre niveau d’interprétation possible : ces paroles peuvent s’appliquer aux maîtres chrétiens qu’on avertit de ne pas se comporter comme ceux que condamne Jésus.

Ce qui préoccupe vraiment Matthieu, c’est le problème des responsables chrétiens qui ne sont pas à la hauteur de l’idéal exigé par Jésus. Il ne faut pas comprendre les versets 6-12 comme une parenthèse dans un chapitre axé sur la condamnation des Pharisiens mais plutôt comme la clé de ce chapitre : le passage qui exprime l’objectif principal du message de Jésus. Il faut lire Matthieu 23 avec des lunettes théologiques au lieu d’y voir une exhortation moralisante ou la condamnation d’une situation passée.

La critique des maîtres pharisiens

Les Pharisiens ont assumé des responsabilités particulières en prenant la direction d’Israël à l’aube de l’ère messianique mais ils n’ont pas su s’acquitter de cette tâche. Examinons attentivement quatre critiques que formule l’évangile d’aujourd’hui au sujet des Pharisiens. La première leur reproche de ne pas mettre en pratique ce qu’ils prêchent (v. 3). C’est là une accusation qui peut s’appliquer aux leaders de toutes les religions. Ils se doivent de mettre en pratique clairement et de manière convaincante la teneur de leur enseignement.

Les personnes à qui on a confié la Bonne Nouvelle de Jésus Christ doivent enseigner tous les commandements que Jésus leur a donnés (28,19) et incarner son enseignement dans leur propre vie. Nous ne sommes pas à l’abri de cette critique car nul d’entre nous n’est tout à fait en mesure d’appliquer parfaitement l’idéal auquel nous aspirons et que nous nous efforçons de proclamer dans notre vécu.

La deuxième leçon, au verset 4, est plus difficile à comprendre, compte tenu surtout de ce que vient de dire le verset 3 : « pratiquez donc et observez tout ce qu’ils peuvent vous dire ». Je pense que Matthieu renvoie ici au fait que les Pharisiens mettaient l’accent sur la cohérence dans l’observance. Il ne suffisait pas d’observer le sabbat en général; il fallait aussi préciser quelles étaient les activités des jours ouvrables qui constituaient un travail et devaient donc être interdites le jour du sabbat.

Même si Jésus observait le sabbat, il insistait sur le fait que son ministère auprès des malades avait préséance sur les prescriptions des légalistes à propos du sabbat. Il proposait à ses disciples et à ses auditeurs un joug plus facile à porter et un fardeau plus léger (11, 28-30). Matthieu adressait peut-être cette critique aux maîtres chrétiens qui exhortaient les disciples de Jésus à observer le sabbat et les autres lois rituelles selon toute la rigueur de l’interprétation pharisienne.

L’hypocrisie

La troisième critique, au verset 5, n’a guère besoin d’interprétation. Elle parle d’elle-même. L’hypocrisie d’une piété qui recherche les louanges des autres plutôt que la gloire de Dieu avait déjà été dénoncée sans ambages dans le Sermon sur la montagne (6, 1-6.16-18). Les phylactères élargis et les franges allongées avaient pour but de faire remarquer ces signes extérieurs de piété.

Les titres honorifiques

Suit une critique sévère des titres honorifiques (v.7-11). Ce n’est qu’après 70 de notre ère que s’est répandu l’usage d’employer le terme « rabbis » pour désigner les membres de la tradition pharisienne qui avaient reçu une formation d’enseignants et qu’on avait mis à part pour exercer cette fonction particulière de leadership au sein de la communauté. Ce rôle est évidemment indispensable mais il ne doit pas servir de prétexte à une gloriole qui compromet l’unité de la communauté. L’interdiction de ces titres aux disciples laisse entendre que cet usage existait dans l’église de Matthieu. Jésus ne fait pas qu’interdire les titres, il condamne aussi l’esprit de supériorité et l’orgueil que révèle le fait de les accepter. Il n’y a qu’une personne qu’il faille reconnaître et honorer de ce titre; les autres sont tous des frères et sœurs qu’unissent des liens d’affection et de respect mutuel.

Le titre de « père »

Le verset 9 de l’évangile d’aujourd’hui utilise la voix active du verbe : « Ne donnez à personne sur terre le nom de père ». Il n’est pas question ici de la fonction du père biologique mais de l’autorité religieuse. On donnait à certains leaders rabbiniques le titre de « ab », « père ». Il n’y a rien de mal à appeler des membres du clergé « Révérend », « Père », « Excellence », « Éminence », etc. Ces titres, loin de couper les fidèles des personnes qui exercent l’autorité ou le leadership, sont là pour cultiver des rapports profonds et authentiques à l’intérieur de la communauté de l’Église. Quant à ceux qui reçoivent des titres honorifiques comme ceux-là, leur responsabilité de travailler avec diligence à devenir d’humbles serviteurs et à abattre les barrières qui existent entre nous ne peut que s’en trouver accrue !

Le plus grand sera le serviteur

La quatrième critique a trait à la véritable grandeur dans la communauté des disciples qui font église. Aux versets 11-12, Matthieu souligne les qualités de la personne la plus éminente dans la communauté, celle qui s’est faite le serviteur de tous et de toutes. Cet idéal de l’église comme communauté d’égaux allait être repris par saint Paul dans ses déplacements entre les communautés chrétiennes de l’Église primitive. Dans les lettres pastorales qu’il écrira à diverses communautés, Paul de Tarse fera référence aux fonctions de leadership sans mettre en évidence les personnes appelées à les exercer. Paul supplie ses auditeurs de renoncer aux ambitions égoïstes et de traiter les autres comme leurs supérieurs (Ph 2,3; Rm 12, 3.16).

Partager l’Évangile et faire don de soi-même

En réfléchissant à la deuxième lecture d’aujourd’hui, tirée de la première épître aux Thessaloniciens (2, 7b-9. 13), je ne puis m’empêcher d’évoquer avec affection et gratitude la figure de Saint Jean XXIII. Les paroles touchantes de Paul décrivent la vie et le ministère d’Angelo Roncalli qui allait devenir Jean XXIII: « Avec vous nous avons été pleins de douceur, comme une mère qui entoure de soins ses nourrissons. Ayant pour vous une telle affection, nous voudrions vous donner non seulement l’Évangile de Dieu mais tout ce que nous sommes, car vous nous êtes devenus très chers. »

À la lumière de la lettre de Paul aux Thessaloniciens et de l’évangile d’aujourd’hui, qui traite du leadership religieux authentique, je vous invite à relire un extrait du discours de Saint Jean XXIII lors de l’ouverture du Deuxième Concile du Vatican; cette allocution fut prononcée à la basilique Saint-Pierre de Rome, le 11 octobre 1962.

Un magistère surtout pastoral

Il arrive souvent que dans l’exercice quotidien de Notre ministère apostolique Nos oreilles soient offensées en apprenant ce que disent certains qui, bien qu’enflammés de zèle religieux, manquent de justesse de jugement et de pondération dans leur façon de voir les choses. Dans la situation actuelle de la société, ils ne voient que ruines et calamités; ils ont coutume de dire que notre époque a profondément empiré par rapport aux siècles passés; ils se conduisent comme si l’histoire, qui est maîtresse de vie, n’avait rien à leur apprendre et comme si du temps des Conciles d’autrefois tout était parfait en ce qui concerne la doctrine chrétienne, les mœurs et la juste liberté de l’Eglise.

Il Nous semble nécessaire de dire Notre complet désaccord avec ces prophètes de malheur, qui annoncent toujours des catastrophes, comme si le monde était près de sa fin. […]

Ces choses étant dites, il est possible de voir avec suffisamment de clarté la tâche qui attend le Concile sur le plan doctrinal. Le XXIe Concile œcuménique – qui bénéficiera de l’aide efficace et très appréciable d’experts en matière de science sacrée, de pastorale et de questions administratives – veut transmettre dans son intégrité, sans l’affaiblir ni l’altérer, la doctrine catholique qui, malgré les difficultés et les oppositions, est devenue comme le patrimoine commun de l’humanité. Certes, ce patrimoine ne plaît pas à tous, mais il est offert à tous les hommes de bonne volonté comme un riche trésor qui est à leur disposition.

Cependant, ce précieux trésor nous ne devons pas seulement le garder comme si nous n’étions préoccupés que du passé, mais nous devons nous mettre joyeusement, sans crainte, au travail qu’exige notre époque, en poursuivant la route sur laquelle l’Église marche depuis près de vingt siècles. Nous n’avons pas non plus comme premier but de discuter de certains chapitres fondamentaux de la doctrine de l’Église, et donc de répéter plus abondamment ce que les Pères et les théologiens anciens et modernes ont déjà dit. Cette doctrine, Nous le pensons, vous ne l’ignorez pas et elle est gravée dans vos esprits. […]

Autre est le dépôt lui-même de la foi, c’est-à-dire les vérités contenues dans notre vénérable doctrine, et autre est la forme sous laquelle ces vérités sont énoncées, en leur conservant toutefois le même sens et la même portée. Il faudra attacher beaucoup d’importance à cette forme et travailler patiemment, s’il le faut, à son élaboration; et on devra recourir à une façon de présenter qui correspond mieux à un enseignement de caractère surtout pastoral.

(Image : Jésus et les pharisiens par James Tissot)

Un choix éthique ne fait pas un chrétien

Trentième dimanche du Temps ordinaire, Année A – 29 octobre 2017

Exode 22,20-26
1 Thessaloniciens 1,5c-10
Matthieu 22,34-40

La première lecture d’aujourd’hui tirée de l’Exode (22, 20-26) et le récit de l’évangile de Matthieu sur le grand commandement (22, 34-40) questionnent notre façon d’aimer Dieu et le prochain. Le texte de l’Exode porte sur des dispositions précises de la Loi en faveur des veuves, des orphelins et des pauvres. Le Seigneur rappelle à son peuple qu’il a lui-même eu le statut d’immigré dans un pays étranger. Nous nous devons de faire preuve de justice et de compassion à l’endroit de l’étranger, de la veuve, du pauvre et de l’orphelin. Sinon, c’est le Seigneur lui-même qui punira les transgresseurs et défendra les sans-défense.

Le Seigneur n’est pas tendre pour nos attitudes et nos comportements mesquins, en particulier à l’égard des pauvres, des étrangers, des défavorisés, de ceux et celles qui sont différents de nous. L’authenticité de notre foi, de notre amour de Dieu et de notre relation au Christ se mesure à la façon dont nous traitons les autres. Ces deux textes nous incitent à implorer le repentir et à demander pardon pour les attitudes négatives que nous avons eues envers les autres dans le passé et pour la façon dont les traitons aujourd’hui.

Jésus est mis à l’épreuve

L’évangile du jour (Matthieu 22, 34-40) contient la grande prière du « Shema », la profession de foi hébraïque : « Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est le seul Seigneur » (Deutéronome 6,4). De même que, dans le culte chrétien, nous proclamons le credo pour professer notre foi, le peuple juif professe sa foi par le Shema lors des services à la synagogue. Le Shema est un abrégé de la vraie religion : « Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est le seul Seigneur; et tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toutes tes forces. »

Le texte de Matthieu 22, 34-40 a un parallèle chez Marc (12, 28-34), qui relate un échange entre Jésus et un scribe : celui-ci est impressionné par la façon dont Jésus s’est tiré d’affaire dans la controverse qui précède, il félicite Jésus pour la réponse qu’il lui donne et Jésus, à son tour, affirme que son interlocuteur « n’est pas loin du royaume de Dieu ». Matthieu a développé la scène.

Le savoir des Pharisiens, c’était la connaissance de la Loi qu’ils tenaient pour la somme de la sagesse et pour la seule vraie science. Dans la communauté juive, le scribe occupait une position respectée et exerçait un vrai leadership. À première vue, la question que pose le savant à Jésus semble tout à fait légitime.

Les maîtres de la Torah (scribes et rabbis) discutaient depuis toujours de l’importance relative des commandements de l’Ancien Testament. Les scribes étaient les savants et les intellectuels du judaïsme. Les Pharisiens distinguaient 613 commandements dans la Torah (les cinq premiers livres de la Bible). De ces 613 commandements, 248 étaient positifs [« Tu honoreras… »] et 365 négatifs [« Tu ne feras pas… »]. Fondamentale, la question « dans la Loi, quel est le plus grand commandement ? » offre à Jésus, tout en le « mettant à l’épreuve », l’occasion de formuler un enseignement important.

Dans sa réponse, Jésus cite le Deutéronome 6, 4-5 et les versets du Shema, que les Juifs récitent chaque jour. Même si on demande à Jésus de désigner un seul commandement, il en donne deux. Jésus dépasse la question qui lui a été soumise en unissant au plus grand et premier commandement un second précepte, celui de l’amour du prochain (Lévitique 19,18). Ce double commandement est la source d’où découlent toute la loi et les prophètes. Jésus ne rejette pas les autres commandements. Il ajoute même expressément : « Tout ce qu’il y a dans l’Écriture – dans la Loi et les Prophètes – dépend de ces deux commandements. » Ce qui est remarquable, c’est que le « savant » se dit d’accord avec Jésus et lui fait écho sans qu’on distingue dans ses propos la moindre trace d’hostilité ou d’ironie.

L’amour de Dieu et du prochain n’est pas une idée originale de Jésus

Le rapprochement de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain comme accomplissement de la Loi n’est pas une idée originale de Jésus. On la retrouve très tôt dans les Écritures hébraïques. Il y a cependant quelque chose d’unique dans la déclaration de Jésus : c’est qu’il déclare semblables ces deux préceptes. Jésus enseigne qu’on ne peut avoir l’un sans l’autre. Notre amour de Dieu motive notre amour du prochain; notre amour du prochain démontre et renforce notre amour de Dieu. L’amour du prochain n’est pas seulement un amour exigé par l’amour de Dieu, une conséquence pratique qui en découlerait; il est aussi en un sens une condition préalable à l’amour de Dieu. Il n’y a pas de véritable amour de Dieu qui ne soit déjà amour du prochain; l’amour de Dieu n’accède à sa pleine identité qu’en s’accomplissant comme amour du prochain.

L’enseignement de Moïse et celui de Jésus

Moïse enseigne dans le Shema (cf. Dt 6,5; Lv 19,34) – et Jésus répète dans l’évangile d’aujourd’hui – que tous les commandements se ramènent à l’amour de Dieu et à la tendresse aimante pour le prochain. Chaque fois que les Juifs récitent le « Shema, Israël » et chaque fois que les chrétiens évoquent le premier et le second commandement, la grâce de Dieu nous rapproche. Chaque fois que nous faisons le signe de la croix, c’est le Shema que nous traçons sur notre corps puisque nous nous touchons la tête, le cœur et les épaules pour les consacrer au service de Dieu.

Dieu est amour

À la lumière des lectures d’aujourd’hui, arrêtons-nous cette semaine à considérer deux textes. Le premier est le paragraphe 42 de la Constitution dogmatique sur l’Église du Deuxième Concile du Vatican, Lumen Gentium.

« Dieu est charité et celui qui demeure dans la charité demeure en Dieu et Dieu en lui » (cf. 1 Jn 4, 16). Sa charité, Dieu l’a répandue dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné (cf. Rm 5, 5). La charité qui nous fait aimer Dieu par-dessus tout et le prochain à cause de lui est par conséquent le don premier et le plus nécessaire. Mais pour que la charité, comme un bon grain, croisse dans l’âme et fructifie, chaque fidèle doit s’ouvrir volontiers à la Parole de Dieu et, avec l’aide de sa grâce, mettre en œuvre sa volonté, participer fréquemment aux sacrements, surtout à l’Eucharistie, et aux actions sacrées, s’appliquer avec persévérance à la prière, à l’abnégation de soi-même, au service actif de ses frères et à l’exercice de toutes les vertus. La charité en effet, étant le lien de la perfection et la plénitude de la loi (cf. Col 3, 14 ; Rm 13, 10), oriente tous les moyens de sanctification, leur donne leur âme et les conduit à leur fin. C’est donc la charité envers Dieu et envers le prochain qui marque le véritable disciple du Christ.

Le deuxième texte est tiré des premiers paragraphes de l’encyclique publiée par le pape Benoît XVI en 2005, Deus Caritas Est (Dieu est amour) et résume admirablement le message des lectures de ce dimanche.

À l’origine du fait d’être chrétien, il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive. Dans son Évangile, Jean avait exprimé cet événement par ces mots : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui […] obtiendra la vie éternelle » (3, 16). En reconnaissant le caractère central de l’amour, la foi chrétienne a accueilli ce qui était le noyau de la foi d’Israël et, en même temps, elle a donné à ce noyau une profondeur et une ampleur nouvelles. En effet, l’Israélite croyant prie chaque jour avec les mots du Livre du Deutéronome, dans lesquels il sait qu’est contenu le centre de son existence : « Écoute, Israël: le Seigneur notre Dieu est l’Unique. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force » (6, 4-5). Jésus a réuni, en en faisant un unique précepte, le commandement de l’amour de Dieu et le commandement de l’amour du prochain, contenus dans le Livre du Lévitique : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (19, 18 ; cf. Mc 12, 29-31). Comme Dieu nous a aimés le premier (cf. 1 Jn 4, 10), l’amour n’est plus seulement un commandement, mais il est la réponse au don de l’amour par lequel Dieu vient à notre rencontre.

Sainte Teresa de Calcutta

J’ai eu dernièrement de longues discussions avec un groupe de bons catholiques qui se voulaient « prophétiques » par leur façon de porter les questions de justice sociale dans l’Église. Ils mettaient de l’avant de grands modèles de vraie justice sociale selon la tradition catholique, comme Monseigneur Oscar Romero et Dorothy Day, mais se montraient très sévères à l’endroit de Sainte Teresa de Calcutta parce que, disaient-ils, elle ne s’était jamais opposée aux « maux systémiques » de notre temps. À leur avis, Mère Teresa n’aurait jamais incarné la critique prophétique authentique et elle n’aurait été qu’un exemple rassurant pour une Église dominée par des hommes !

Ce qui m’a toujours impressionné chez Mère Teresa et ses sœurs, c’est que ce qu’elles disent de l’amour de Dieu et du prochain ou du « partage de la pauvreté » défie la logique de tant de nos institutions et de nos agences qui défendent des programmes politiques pour les pauvres au lieu de vivre une profonde communion personnelle avec des personnes pauvres. Les agents et les instruments d’une communion de ce type passent pour insignifiants et sont mis de côté.

Ce que recherche l’Église chez les saintes et les saints, ce n’est pas que les bonnes œuvres – il y a pour cela les prix Nobel de la paix et autres récompenses de ce monde; l’Église cherche plutôt une preuve solide que le candidat ou la candidate à la canonisation a été transformé intérieurement et extérieurement par la grâce de Dieu, au point d’incarner un profond amour de Dieu et du prochain.

Voilà plusieurs années, quand j’ai rencontré Mère Teresa de Calcutta pour la première fois après avoir donné un cours à un groupe de ses jeunes sœurs, à leur maison de formation en banlieue de Rome, elle m’a glissé fermement dans la main une de ses fameuses « cartes d’affaires ». Une carte de visite comme je n’en avais jamais vu. On y lisait ceci : « Le fruit du silence est la PRIÈRE. Le fruit de la prière est la FOI. Le fruit de la foi est l’AMOUR. Le fruit de l’amour est le SERVICE. Le fruit du service est la PAIX. Dieu vous bénisse. Mère Teresa. »

Cette carte, je l’ai toujours sur moi. On n’y trouve pas d’adresse, de numéro de téléphone, de courriel ou de télécopieur. Nous n’avons pas besoin de ses coordonnées puisqu’elle est disponible pour chacune et chacun de nous dans la communion des saints. Que Sainte Teresa de Calcutta nous enseigne à aimer Dieu et le prochain dans l’unité et dans l’harmonie.

Forum de la jeunesse canadienne sur « Les jeunes, la foi et le discernement »

Forum de la jeunesse canadienne sur « Les jeunes, la foi et le discernement ».
À la télévision canadienne Sel et Lumière, le 22 octobre 2017
Avec la participation du pape François et du cardinal Kevin Farrell

Le dimanche soir 22 octobre 2017, sera diffusé le forum national jeunesse sur le thème « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel » sur la chaîne de télévision catholique Sel et Lumière. Enregistrée dans le studio Père Micheal McGivney du centre de diffusion de Sel et Lumière à Toronto le 10 octobre 2017, cette émission de 90 minutes est co-animée par le cardinal Kevin Farrell, préfet du dicastère pour les laïcs, la vie et la famille, le P. Thomas Rosica c.s.b., PDG et fondateur de Télévision Sel et Lumière ; ainsi qu’ Emilie Callan et Julian Paparella, jeunes leaders de Sel et Lumière.

 

 Le pape François a pu participer à cette émission par l’entremise d’une vidéo spéciale envoyée pour l’occasion. Ce message est adressé aux jeunes Canadiens « d’un océan à l’autre » et leur rappelle qu’ils sont les protagonistes de ce dialogue unique en préparation du Synode des évêques de 2018 qui se tiendra au Vatican en octobre 2018.

Ce forum de la jeunesse canadienne, le premier de notre histoire, réunit plusieurs groupes de jeunes dans différentes villes du Canada telles que Vancouver, Colombie-Britannique; Calgary, Alberta; Windsor, Ontario; Toronto, Ontario, Montréal et Québec au Québec. Chaque groupe de jeunes est composé de représentants du secondaire, du cégep, de l’université ainsi que de différentes professions ou états de vie, certains étant candidats à la vie religieuse et au ministère ordonné. Plusieurs sont impliqués dans la pastorale jeunesse ou dans les aumôneries étudiantes partout au pays. Certains n’ont que peu de lien avec l’Église. Le Forum s’est tenu dans les deux langues officielles du Canada, le français et l’anglais. Dans les semaines précédant le forum, les jeunes ont pu travailler et réfléchir en compagnie de leurs agents de pastorale jeunesse et d’aumôniers afin d’approfondir la Lettre aux jeunes du pape François (janvier 2017) dans laquelle il annonçait la tenue d’un synode des évêques sur « les jeunes, la foi et le discernement vocationnel ». Plusieurs de ces jeunes ont étudié le Document préparatoire au synode pour mieux participer à ce forum.

Dans sa Lettre aux jeunes publiée plus tôt cette année ainsi que dans une allocution entraînante dédiée aux jeunes à Rome le dimanche des Rameaux 2017, le Saint-Père a clairement exprimé qu’il désire ardemment entendre la voix de tous les jeunes adultes, incluant les catholiques, les athées et agnostiques et tous ceux qui sont loin de l’Église.

« Toute jeune personne a quelque chose à dire aux autres, a quelque chose à dire aux adultes, aux prêtres, aux religieux, aux évêques et au Pape ».

Dans son message très énergique adressé aux jeunes Canadiens durant le forum, le pape François a louangé « les merveilles de la technologie qui, si elles sont utilisées positivement, nous donnent l’occasion de rencontrer et d’échanger d’une façon impensable encore récemment.

Le Saint-Père encourage les jeunes du Canada à être des « artisans de relations basées sur la confiance, le partage et l’ouverture et cela, jusqu’aux confins du monde. N’érigez pas des murs de division, n’érigez pas des mûrs de division! Construisez plutôt des ponts comme vous le faites en ce moment par cet échange extraordinaire qui vous réunit d’un océan à l’autre. Vous vivez un moment d’intense préparation pour le prochain synode –le synode des évêques qui vous concerne d’une manière particulière, car il veut impliquer toute la communauté chrétienne. »

Tout au long des 90 minutes de cette émission, les jeunes de chaque partie du Canada ont offert des réflexions, posé des questions et partagé leurs espoirs pour le Synode 2018 sous la responsabilité du Cardinal Farrell et du pape François. Dans chacune des villes, un jeune producteur de la Télévision Sel et Lumière a facilité les échanges et permis un réel dialogue avec l’audience et le cardinal Farrell à Toronto. La délégation de Québec a pu profiter de la présence du Cardinal Gérald Cyprien Lacroix, archevêque de Québec et Primat de l’Église au Canada.

« C’est votre moment, c’est votre temps » a affirmé le cardinal Kevin Farrell aux participants du forum canadien. « L’Église entière vous dit, le Pape vous dit : Ne laissez pas le monde vous contrôler, vous êtes aux commandes du monde ».

Lorsqu’il s’agit d’évangéliser, le cardinal Farrell a dit aux jeunes qu’ils devraient considérer aller eux-mêmes à la rencontre de leurs pairs, d’être présents sur les médias sociaux et de les considérer comme un lieu où ils sont beaucoup plus efficaces que leurs « aînés » dans l’Église.

« Si saint Paul était encore avec nous aujourd’hui, où serait-il ? Il serait un expert des 140 caractères de twitter! Et c’est là que vous devez être » a-t-il affirmé.

Le Saint-Père veut que vous changiez le monde » a-t-il poursuivi. « Faites une différence. Ne laissez pas le monde vous contrôler, ne le laissez pas vous tirer vers le bas. Mais dites-nous comment nous pouvons vous aider à l’améliorer et le rendre meilleur ».

Le cardinal Farrell a également rappelé à la jeunesse de partout au Canada que le Synode des évêques de 2018 est une extension des deux synodes de 2014 et 2015. Durant ces rencontres, les évêques du monde entier ont réfléchi sur les défis auxquels font face les familles modernes. Ces discussions ont mené à la publication de l’Exhortation apostolique « Amoris Laetitia », un document qui presse les prêtres et les ministres à réfléchir sur les moyens de mieux aider les familles.

Diffusée ce dimanche soir 22 octobre 2017 à 19h30 et 23h30 HE/ 16h30 et 20h30 HP sur les ondes de la Télévision canadienne Sel et Lumière, cette émission sera également en livestream sur notre site internet. L’émission sera également diffusée dans sa version française à 21h00 et 1h00.

Le message du Saint-Père au Canada sera également disponible dimanche soir dès 19h30 HE. Pour plus d’information, visitez la page web dédiée à la couverture complète de ce forum jeunesse 2017 au http://seletlumieretv.org/jfdforum2017/.

Forum Canada 2017: Jeunes, foi et discernement
Avec la participation du Cardinal Kevin Farrell,
le pape François et la jeunesse canadienne.
Dimanche 22 octobre 2017
21h00 et 1h00 HE (français)
19h30 et 23h30 HE (anglais)
http://seletlumieretv.org/jfdforum2017/

anglais: https://saltandlighttv.org/ypfdforum2017/

Père Thomas Rosica, c.s.b.
PDG, Fondation catholique Sel et Lumière média
16 Octobre, 2017