Nous sommes ce que nous mangeons

Vingtième dimanche du temps ordinaire, Année B – 19 août 2018

Au chapitre 6 de l’évangile selon saint Jean (vv 41-51), Jésus parle de lui comme «le pain vivant descendu du ciel» et invite ceux qui l’écoutent à manger de ce pain – c’est-à-dire, de croire en lui. Il promet que ceux qui font ainsi auront la vie éternelle. Jésus se compare à la manne descendue du ciel pour soutenir le peuple d’Israël au désert. Cette image forte éveille certainement la mémoire du peuple d’Israël.

Puis dans Jean 6, 51 Jésus dit: «Le pain que je donnerai c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie.» Alors ceux qui l’entendaient se sont demandés: «Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger?» Ont-ils répondu ainsi pour donner une chance à Jésus de s’expliquer? Sûrement, se sont-ils dits, Jésus voulait dire autre chose. Après tout, manger la chair de quelqu’un apparaît dans la Bible comme métaphore pour de grandes hostilités (Ps 27, 2; Za 11, 9). Boire du sang était perçu comme une abomination interdite par la loi de Dieu (Gn 9, 4; Lv 3,17; Dt 12:23).

Néanmoins, Jésus répond à la question en expliquant sa déclaration initiale de manière explicite: «Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui.» Aucun juif qui observe la loi ne songerait à manger de la chair. On peut alors se demander: «Pourquoi Jésus ne pouvait pas continuer d’utiliser des termes agréables tels que ‘demeurer’, ‘habiter’, ‘révéler’… Prônait-il le cannibalisme avec des images et un langage aussi frappants?

Chair et sang

Dans l’évangile de ce dimanche, Jésus utilise un langage fort pour montrer l’union indissoluble et la participation inextricable d’une vie dans l’autre. Jésus utilise un langage sacrificiel. La Torah exige un rituel de sacrifice d’animaux et spécifie comment ils doivent être préparés et comment leur chair doit être utilisée. Certaines chairs doivent être brûlées sur l’autel alors que d’autres doivent être consommées. Jésus fait son sacrifice au nom du monde – et non seulement pour Israël (voir aussi Jean 3,16-17). L’expression hébraïque “chair et sang” réfère à la personne dans sa totalité. Recevoir Jésus qui se donne en totalité signifie recevoir sa chair et son sang. Rencontrer Jésus signifie, en partie, de le rencontrer en chair et en sang.

Pour ceux et celles qui reçoivent Jésus, tout Jésus, sa vie leur colle à la peau et coule dans leurs veines. Il ne peut être retiré de la vie d’un croyant, tout comme le repas de samedi dernier ne peut être extrait de votre corps.

Accueillir Jésus de manière authentique

Dans notre approche toute cérébrale de la religion nous présumons souvent que ce qui compte vraiment est de croire en quelques dogmes ou vérités religieuses importantes. Recevoir Jésus peut ainsi se résumer à un simple assentiment intellectuel. Il y a toutefois des moments où nous pouvons être reconnaissants pour la présence du Christ qui n’est pas que cérébrale et qui doit être accueillie autrement.

Le pain que Jésus a pris pour nourrir les 5000 au sommet de la montagne n’était pas la nourriture véritable car la faim des gens n’y a été soulagée que pour un moment. À l’inverse, la chair et le sang de Jésus sont la vraie nourriture car “celui qui mange de ce pain vivra éternellement” (v. 51) et «a la vie éternelle» (v. 54).

«Moi, je suis le pain vivant qui est descendu du ciel» v. 51a). Ce «pain vivant» fait écho à «l’eau vive» que Jésus a offert à la Samaritaine (4, 10). Dans un tel contexte, manger de ce pain signifie poser le geste de croire ou d’accepter le Christ une fois pour toutes.

Aperçu historique de l’enseignement de Jésus

Il importe de garder en tête deux choses qui se déroulaient à l’époque à laquelle cet évangile a été écrit, des éléments qui ont pu pousser l’auteur de Jean à mettre l’emphase sur l’acte de manger le corps de Jésus et de boire son sang:

Le premier élément est l’influence des hérésies docétistes et gnostiques, qui considéraient toutes deux la chair comme un mal et niaient que le Christ avait un corps physique. Le second élément était la discrimination des Juifs à l’endroit des chrétiens. Les chrétiens qui prenaient part au Repas du Seigneur étaient souvent bannis des synagogues.

L’eucharistie révèle le sens caché du don de la manne. Jésus se présente ainsi comme le véritable et parfait accomplissement de ce qui avait été annoncé symboliquement dans l’Ancienne Alliance. Un autre geste de Moïse porte une valeur prophétique: il fait jaillir de l’eau d’un rocher pour combler la soif du peuple au désert. À la fête des Tentes, Jésus promet d’étancher la soif spirituelle de l’humanité: «Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive, celui qui croit en moi! Comme dit l’Écriture : Des fleuves d’eau vive jailliront de son cœur» (Jn 7, 37-38).

Traditions culinaires

Notre manière de manger reflète en partie ce que nous sommes. C’est un reflet de notre conception de la vie. En observant diverses sociétés et cultures, nous constatons que chacune d’elles a ses mets traditionnels et ses rituels culinaires. «Je suis d’origine italienne. Je mange souvent spaghetti, lasagne, tortellini alla panna et pizza,» ou «je suis américain. Je mange des burgers, des hotdogs avec du Coca et des frites.» «Je suis Québécois. Je mange de la poutine et je bois du sirop d’érable.» Les Français mangent des crêpes, les Belges des gaufres, les Chinois le riz, les Palestiniens et les Israéliens mangent des fallafels, les Eskimos, de la baleine. Bref, notre manière de manger révèle notre manière de nous identifier. Cela reflète aussi et détermine souvent notre manière de voir le monde, nos valeurs et toute notre manière d’être.

La nourriture est bien plus qu’un ramassis de nutriments : elle est un puits d’influences et de connotations. Les denrées et les épices rares sont considérées des délices culinaires. Dans d’autres cultures, divers mets sont adorés: on leur attribue une sainteté particulière alors que d’autres mets sont à éviter à tout prix. Le type de nourriture que nous choisissons peut aussi avoir un impact sur notre tempérament. Piquant, épicé ou autres mets stimulants peuvent nous énerver ou même nous rendre coléreux. Des nourritures froides ou fraîches peuvent nous relaxer ou tempérer nos esprits. La nourriture nous aide à célébrer et peut nous réconforter aux moments de deuil. Elle est un signe d’amour et un moyen d’unir les gens à maintes occasions.

Nos «manières de manger» font partie de notre héritage. L’âme ne se nourrit pas de pain de blé, comme le corps. La nourriture que nous mangeons est en fait une combinaison physique et spirituelle. Le corps est nourri par l’aspect physique, les nutriments, contenus dans ce que nous mangeons; l’âme est nourrie par la force spirituelle qui anime la substance physique de toute matière, y compris la nourriture.

Catholique ou catabolique ?

La phrase «vous êtes ce que vous mangez» n’est apparue dans la littérature anglaise qu’autour des années 20 et 30, lorsque le nutritionniste Victor Lindhar, qui croyait fermement à l’idée que la nourriture contrôle la santé, développa la diète catabolique. En 1942, il publia «Vous êtes ce que vous mangez : comment gagner et garder la santé par la diète.» Depuis ce temps, cette phrase fait partie de la conscience publique.

Pour tous ceux et celles qui recherchent la présence du Christ, l’enseignement de Jésus dans l’évangile de Jean est vraiment une bonne nouvelle : «Nous sommes ce que nous mangeons.» Nous devenons ce que nous recevons dans l’eucharistie. Cette semaine, profitons-en pour examiner notre diète spirituelle et voir ce qui nous donne vraiment la vie et ces aliments sans valeur nutritive, ces «junk foods», qui ne nous mènent pas à la vie éternelle.

(Les lectures de ce dimanche sont : Proverbes 9, 1-6; Éphésiens 5, 15-20 et Jean 6, 51-58)

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(Image : La dernière cène par Bouveret)

Marie, demeure de l’Humanité et de la Divinité

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Réflexion biblique pour la Solennité de l’Assomption de la Très Sainte Vierge Marie

Chaque année c’est le 15 août qui est la Solennité de l’Assomption de la Très Sainte Vierge Marie. Je voudrais partager quelques réflexions sur la signification historique et pastorale de cette fête importante et de sa pertinence dans notre vie. L’Assomption de Marie, Mère du Seigneur, dans les cieux est un signe de consolation pour notre foi. En contemplant, enlevée au ciel, entourée d’anges en jubilation, la vie humaine s’ouvre à la dimension de la joie éternelle. Notre propre mort n’est pas la fin mais plutôt le passage à la vie éternelle.

Lien à l’Immaculée Conception

Pour les chrétiens catholiques, la croyance en l’Assomption de Marie émane de notre croyance et de notre compréhension de l’Immaculée Conception de Marie. Nous croyons que Marie a été épargnée du péché originel par la grâce de Dieu, elle ne vivra sûrement pas les conséquences du péché et de la mort comme nous les connaissons. Nous croyons que c’est grâce à l’obéissance et à la fidélité de la Vierge Marie, qu’à la fin de sa vie terrestre, elle fut élevée assumée corps et âme dans la gloire céleste.

Aperçu historique de la Fête

Au cours de plusieurs siècles de l’époque paléochrétienne, l’Église ne fait pas mention de l’Assomption corporelle de Marie. Irénée, Jérôme, Augustin, Ambroise et les autres patriarches de l’Église n’en mentionnent rien non plus. En 377 apr. J.-C. Épiphane, Père de l’Église, déclarait que personne ne connait la fin de la vie de Marie. [Read more…]

Cette nourriture qui fortifie Élie est aussi la nôtre

Dix-neuvième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 12 août 2018

J’ai toujours aimé lire le cycle du livre des Rois avec Élie. Le chapitre 18 du premier livre dresse un portrait d’Élie en tant que prophète invincible qui s’élève contre les rois et prophètes, mais reste pleinement humain à travers son périple! La première lecture de ce dimanche tirée de 1 Rois 19 nous présente un grand prophète qui est également vulnérable, pris par la peur et le découragement.

Situons d’abord ce récit du premier livre des Rois. Au chapitre 19, nous voyons les retombées de la brillante victoire d’Élie contre Jézabel et les prêtres de Baal au sommet du mont Carmel. Alors qu’il aurait dû être triomphant, Élie reçoit un message lui révélant les intentions meurtrières de Jézabel, et il prend peur (v. 3). Élie est persécuté à cause de sa fidélité et pour demander l’obéissance au Dieu unique: une telle loyauté menaçait des pouvoirs qui avaient leurs propres idées sur les individus ou objets que l’on devait adorer.

L’ardent prophète d’Israël fuit immédiatement vers le Sud dans le désert du Néguev. Son humeur est à la défaite et à la désolation. Après tout ce qu’il avait fait pour le Dieu d’Israël, sa victoire lui semblait bien éphémère. On ne lui avait pas donné la protection divine promise. Il voulait tout simplement mourir: « Maintenant, Seigneur, c’en est trop ! Reprends ma vie: je ne vaux pas mieux que mes pères.» Là, dans le désert aride, Élie s’assied à l’ombre d’un buisson et demande la mort à Dieu. Il manifeste ainsi son découragement face à son peu de succès à encourager les Israélites à être fidèles à Dieu.

Une énergie d’en-haut

Soudain, un messager (un ange) du Seigneur le réveille et lui dit de boire et manger. Alors que Jézabel le méchant envoie un messager de mort à Élie, le Seigneur Dieu lui envoie un messager de vie, qui sert à boire et à manger à Élie, deux éléments essentiels pour survivre dans la nature sauvage.

Élie boit et mange, mais s’endort de nouveau, indiquant ainsi qu’il ne s’est pas complètement remis de sa léthargie ou de sa dépression. Le messager tire de nouveau Élie de son sommeil le pressant de manger et de boire, lui donnant cette fois une raison, «autrement le chemin sera trop long pour toi» (19, 7).

Que pouvons-nous apprendre d’Élie au désert? Nous avons là un homme qui a donné sa vie en toute fidélité au Dieu d’Israël. Il a été «plein de zèle pour le Seigneur.» Son cri désespéré, «je ne vaux pas mieux que mes pères», laisse voir un homme qui a perdu confiance en lui. Il croyait être un serviteur de Dieu exemplaire. Il croyait maintenant que tout cela avait été en vain! 

Nuit sombre de l’âme

En dépit de cela, le Dieu d’Israël n’abandonne pas Élie. Dieu commence à enseigner à Élie lorsque la fameuse débrouillardise de ce dernier s’épuise. Des anges de Dieu doivent le nourrir dans sa faiblesse. Puis, Dieu le mène dans une période de réflexion au désert.

Son passage dans le Néguev dure quarante jours et quarante nuits, temps significatif dans la Bible. Comme les Hébreux qui errèrent dans le désert à la recherche de Dieu, ce prophète plein de zèle et serviteur de Dieu est conduit vers un chemin semblable. Élie parvient éventuellement à la montagne sacrée de l’Horeb, où il passa la nuit dans une sombre caverne. La nuit sombre et la caverne sans lumière reflète bien la « nuit sombre de son âme».

D’après certaines traditions de l’Ancien Testament, le mont Horeb serait le nom du mont Sinaï, la montagne associée à l’apparition de Dieu. Quarante jours et quarante nuit en lien avec le mont Sinaï nous rappelle les deux séjours de Moïse sur cette montagne, pendant quarante jours et quarante nuits (Ex 24, 18; 34, 28).

Le but de ce récit poignant n’est pas de rapporter le périple physique d’Élie au mont Horeb ou mont Sinaï, mais plutôt de nous montrer quelque chose de bien plus important. Dans un acte de pure grâce, Dieu intervient, fournit au prophète de quoi vivre, et suggère un pèlerinage vers une montagne qui demeure toujours liée à la source et à l’essence de la foi des Israélites.

Ce récit d’Élie s’adresse à tous ceux qui sont éreintés, effrayés ou qui ont besoin de se renouveler ou de s’engager de nouveau selon leur appel d’origine. Cette histoire suggère une manière d’aller de l’avant : bois et mange de la nourriture de Dieu, reviens à la foi de tes pères, écoute la voix Seigneur. Il s’agit peut-être de la voie pour trouver un nouvel élan, une nouvelle vision, un nouveau sens. Élie doit apprendre que l’on ne rencontre pas Dieu dans la furie d’événements aussi spectaculaires que bruyants. Dieu ne se laissera pas prendre par les actions zélées et bruyantes du prophète qui se trouve désormais silencieux et défait au sommet de la montagne du Seigneur.

Élie découvre que la rencontre de Dieu se fait lorsque cessent les activités, lorsque se taisent les mots, lorsque le cœur est triste et l’estomac crampé de douleurs. Lorsque l’esprit et le cœur d’Élie sont finalement vidés de toute ambition et autopromotion, Dieu se fait entendre.

Pain de vie

Pour Élie, pour Jésus et pour nous, le pain est essentiel à la vie. Le pain est au centre de la vie. Le pain est la vie. Dans l’évangile de ce dimanche (Jn 6, 41-51), Jésus nous dit qu’il est le pain de vie. En fait, le Christ est la vie: il est le pain vivant. Manger le corps et boire le sang de Jésus signifie davantage que simplement croire en lui. L’image de Jésus comme «pain de vie» est au cœur de ce qu’est le renouveau dans le mystère du Christ.

Lorsque Jésus dit qu’il est le pain de vie, il n’insiste pas tant sur le pain comme tel que sur le «je» qui déclare l’être. Jésus dit que ce dont nous avons envie pour combler notre faim se trouve en lui, le «je» qui identifie sa vie au pain qu’il donne (6, 51). Jésus est plus qu’une simple nourriture pour notre corps. Il est plus que l’amour qui satisfait nos besoins émotifs. Il est la Parole qui comblera notre faim de vérité. Il comblera toutes nos faims humaines.

Pour les baptisés, l’eucharistie est la voie par excellence pour célébrer et entretenir notre lien avec le Seigneur ressuscité. Considérons les gestes hautement symboliques de Jésus alors qu’il nous donne ce pain du ciel. Jésus prit le pain. Il a pris le pain de nos vies et le joint au sien. Jésus bénit le pain. Il nous a ainsi bénis par sa vie. Notre baptême fut le premier moment de cette bénédiction. Chaque autre moment avec Jésus-Christ approfondit cette bénédiction.

Jésus rompit le pain. Comme lui, notre vie est faite de moments difficiles. Nous sommes blessés, brisés, perdus, découragés, désillusionnés, vides, rejetés, sans énergie ni espoir. Nous sommes semblables à Élie sous le buisson, attendant que notre vie s’achève. Pourtant, même dans ces moments pénibles, le Seigneur Jésus est présent.

Jésus donna le pain. Il donna son temps et un peu, beaucoup, de lui-même. Il donna une parole et un pain qui nourrissent. Il donna pleinement en faisant le don de sa vie. Il donna jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à donner, déclarant son œuvre et sa vie accomplies par ces paroles: «Tout est accompli» (Jn 19, 30). Baissant la tête, il rendit l’esprit, ce même esprit qu’il nous donna lorsqu’il apparut ressuscité des morts (cf. 20, 23).

Par sa vie, sa mort et sa résurrection, Jésus nous a donné un exemple profond et nous invite à faire comme lui. «Allez et faites de même» est à la fois un défi et un envoi. Un envoi, une commande, à vivre le mystère d’être pain béni, rompu et donné pour les autres. Lorsque nos vies s’écroulent en morceaux, souvenons-nous de ce Pain qui a été rompu pour nous. Il ne peut être rompu sans qu’on le tienne fermement dans nos deux mains. Fraction du pain ou de nos vies: les deux portent le défi du mystère de la foi.

Prions afin que notre partage du pain et du vin eucharistiques nous transforme toujours plus en ce que nous mangeons et buvons, et que nous devenions ainsi véritable pain vivant, rompu et partagé pour tous et avec tous.

Nous avons besoin de l’exemple de saint Jean-Marie Vianney aujourd’hui!

Réflexion du père Thomas Rosica c.s.b pour la fête de saint Jean-Marie Vianney  – 4 août 2018:

J’ai été toujours très touché par les récits de l’entrée de Jean-Marie Vianney dans le territoire de sa nouvelle paroisse.  Le jour de son arrivée à Ars en 1818, le petit village était tellement noyé dans le brouillard que le nouveau curé a dû demander sa route à un petit paysan.  “Montre-moi le chemin d’Ars et je te montrerai le chemin du Ciel” avait-il répondu au petit berger qui lui montrait la route d’Ars, c’est-à-dire, je vais t’aider à devenir un saint.  “Là où les saints passent, Dieu passe avec eux” précisera le curé plus tard. St-Jean-Marie Vianney a été dans son temps une sentinelle pour la communauté d’Ars.

Arrivé dans ce village français en 1818, Jean-Marie réveille la foi de ses paroissiens par ses prédications mais surtout par sa prière et sa manière de vivre. Il se sent pauvre devant la mission à accomplir, mais il se laisse saisir par la miséricorde de Dieu. Très rapidement, sa réputation de confesseur lui attire de nombreux pèlerins venant chercher auprès de lui le pardon de Dieu et la paix du cœur.  Jusqu’à 17 heures par jour, rivé dans son confessionnal pour réconcilier les hommes avec Dieu et entre eux, le Curé d’Ars est un véritable martyr du confessionnal, comme a souligné le Pape Jean-Paul II lors de sa visite à Ars en 1986. Pris par l’amour de Dieu, émerveillé devant la vocation de l’homme, Jean-Marie Vianney mesurait la folie qu’il y avait à vouloir être séparé de Dieu. Il voulait que chacun fût libre de pouvoir goûter à l’amour de Dieu.

Voyant en chacun de ses frères le Seigneur présent, l’humble curé n’aura de cesse que de les secourir, les aider, apaiser les souffrances ou les blessures, permettre à chacun d’être libre et heureux. Orphelinat, écoles, attentions aux plus pauvres et aux malades, infatigable bâtisseur,… rien ne lui échappe. Il accompagne les familles et cherche à les protéger de tout ce qui peut les détruire (alcool, violence, égoïsme …). Au cœur de son village, il cherche à prendre en compte l’homme dans toutes ses dimensions: humaine, spirituelle, sociale.  C’est une vraie vocation de sentinelle qui a habité le coeur de ce grand prêtre humble et saint!

Dans la lettre de St-Paul aux Corithiens, [1,26-29], nous lisons la biographie du Saint Curé d’Ars: “Dieu a choisi ce que le monde considère comme une folie pour confondre les «sages», et il a choisi ce qui est faible pour couvrir de honte les puissants.  Dieu a porté son choix sur ce qui n’a aucune noblesse et que le monde méprise, sur ce qui est considéré comme insignifiant, pour réduire à néant ce que le monde estime important.”

Jésus nous donne l’exemple d’un amour plein de compassion, c’est-à-dire de participation sincère et effective aux souffrances et aux difficultés des frères. Il ressent de la compassion pour les foules sans berger (cf. Mt 9, 36) : aussi se préoccupe-t-il de les conduire par ses paroles de vie et il se met à leur  » enseigner beaucoup de choses  » (Mc 6, 34). En vertu de cette même compassion, il guérit de nombreux malades (Mt 14, 14), donnant le signe d’une intention de guérison spirituelle ; il multiplie les pains pour les affamés (Mt 15, 32) ; Mc 8, 2), éloquent symbole de l’Eucharistie ; il est ému devant les misères humaines (Mt 20, 34 ; Mc 1, 41) et il veut y remédier ; il participe à la douleur de ceux qui pleurent la perte d’un de leurs proches (Lc 7, 13 ; Jn 11, 33-35) ; il éprouve de la miséricorde même pour les pécheurs (cf. Lc 15, 1-2), en union avec le Père qui est plein de compassion pour son enfant prodigue (cf. Lc 15, 20) et il préfère la miséricorde au sacrifice rituel (cf. Mt 9, 10-13) ; et les cas ne manquent pas où il reproche à ses adversaires de ne pas comprendre sa miséricorde (Mt 12, 7).  Ces mots décrivent d’une façon remarquable la vie et la vocation du Saint Curé d’Ars.

Montrer le chemin du Ciel, travailler à la vigne du Seigneur pour la conversion des cœurs de ses paroissiens et de tous ceux qui lui étaient confiés: ce fut bien là le constant souci de prêtre qui était Jean-Marie Vianney.  Il n’étais pas encore ordonné qu’il confiait déjà à sa mère : « Si j’étais prêtre, je voudrais gagner beaucoup d’âmes à Dieu. »

Je me permets de citer le Pape Benoît XVI lors de sa belle homélie pour la Conclusion de l’Année Sacerdotale à Rome le 11 juin 2009:

“L’Année sacerdotale que nous avons célébrée, 150 ans après la mort du saint Curé d’Ars, modèle du ministère sacerdotal dans notre monde, arrive à son terme. Par le Curé d’Ars, nous nous sommes laissé guider, pour saisir à nouveau la grandeur et la beauté du ministère sacerdotal. Le prêtre n’est pas simplement le détenteur d’une charge, comme celles dont toute société a besoin afin qu’en son sein certaines fonctions puissent être remplies. Il fait en revanche quelque chose qu’aucun être humain ne peut faire de lui-même : il prononce au nom du Christ la parole de l’absolution de nos péchés et il transforme ainsi, à partir de Dieu, la situation de notre existence. Il prononce sur les offrandes du pain et du vin les paroles d’action de grâce du Christ qui sont paroles de transsubstantiation – des paroles qui le rendent présent, Lui, le Ressuscité, son Corps et son Sang, et transforment ainsi les éléments du monde : des paroles qui ouvrent le monde à Dieu et l’unissent à Lui.”

“Le sacerdoce n’est donc pas seulement une « charge », mais un sacrement : Dieu se sert d’un pauvre homme pour être, à travers lui, présent pour les hommes et agir en leur faveur. Cette audace de Dieu qui se confie à des êtres humains et qui, tout en connaissant nos faiblesses, considère les hommes capables d’agir et d’être présents à sa place – cette audace de Dieu est la réalité vraiment grande qui se cache dans le mot “sacerdoce”.

St-Jean-Marie Vianney, prie pour nous, pour l’Eglise, pour les prêtres, les évêques et les cardinaux en nos jours.  Protège le Pape François et guide le dans son ministère important pour l’Eglise et pour le monde.

« Seigneur, donne-nous de ce pain-là, toujours »

Dix-huitième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 5 août 2018

Nous pouvons certainement comprendre la frustration de Dieu envers son peuple dans la première lecture tirée de l’Exode (16, 2-4; 12-15). Le Dieu d’Israël vient de délivrer son peuple de l’esclavage et les conduisait vers la terre promise. Pourtant, après avoir traversé la mer Rouge et célébré sa victoire, la première action que l’on rapporte du peuple au Sinaï en est une de mécontentement, d’abord au sujet de l’eau amère de Mara (Ex 15, 22-27) et encore d’autres plaintes et une envie nostalgique pour les marmites de viande et le pain à satiété au pays d’Égypte, où ils pouvaient manger à leur faim ! Dans ce cadre d’ingratitudes et de lamentations, Dieu fit pleuvoir du pain du haut du ciel (manne) et des cailles pour nourriture. Le passage que nous lisons ce dimanche présente le contraste entre le non-croyant (se plaignant que la manne et les cailles ne sont pas une nourriture suffisante) et le croyant (qui voit le pain et les cailles comme un généreux don pour les affamés).

Une autre sorte de nourriture

Dans l’évangile de ce dimanche (Jean 6, 24-35), qui suit la multiplication des pains, Jésus dit à la foule venue le trouver: « Amen, amen, je vous le dis : vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé du pain et que vous avez été rassasiés. Ne travaillez pas pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui se garde jusque dans la vie éternelle, celle que vous donnera le Fils de l’homme, lui que Dieu, le Père, a marqué de son empreinte.» (Jn 6, 26-27)

Ceux qui l’écoutaient poursuivirent la conversation en lui demandant: « Que faut-il faire pour travailler aux œuvres de Dieu? » Jésus leur répondit: « L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé.» (Jn 6, 28-29) Il s’agit d’une invitation à avoir foi en Jésus, le Fils de l’Homme, celui qui donne la nourriture qui est impérissable. Sans la foi en Celui que le Père a envoyé, il n’est pas possible de reconnaître et d’accueillir ce don qui ne passera jamais.

La multiplication miraculeuse des pains n’avait pas évoqué la réponse de foi attendue de la part de ceux qui avaient été les témoins visuels de cet événement. Ils voulaient un nouveau signe: « Quel signe vas-tu accomplir pour que nous puissions le voir, et te croire? Quelle œuvre vas-tu faire? Au désert, nos pères ont mangé la manne ; comme dit l’Écriture : Il leur a donné à manger le pain venu du ciel. » (Jn 6, 30-31) Les disciples réunis autour de Jésus s’attendaient à un signe, comme la manne qu’avaient mangées leurs pères au désert. Mais Jésus les exhorte à espérer quelque chose de mieux qu’une simple répétition du miracle de la manne, d’espérer un autre type de nourriture. Jésus leur répondit : « Amen, amen, je vous le dis : ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain venu du ciel ; c’est mon Père qui vous donne le vrai pain venu du ciel. Le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde. » (Jn 6, 32-33)

En plus de la faim physique, il y a en chacun de nous une autre faim, une faim encore plus fondamentale, qui ne se contente pas de nourriture ordinaire. Il s’agit de la faim pour la vie, pour l’éternité, nostalgie pour Dieu. Le signe de la manne était l’annonce de la venue du Christ qui viendrait combler notre faim pour l’éternité en devenant Lui-même le « pain vivant » qui « donne la vie au monde ».

Ce qui est fort surprenant à propos des remarques de Jésus dans ce discours est qu’il ne prétend pas être un autre Moïse, ou un autre messager dans la longue lignée de prophètes. En nous donnant le pain de vie, Jésus n’offre pas une nourriture temporaire, pour nous contenter un moment, il nous donne le pain éternel de sa Parole. Ce pain ne passera pas. Il nourrira et donnera la vie pour toujours. Jésus est ce pain, et en offrant de partager ce pain avec nous, il nous appelle à croire en lui. Jésus nous invite à « venir à lui, » « croire en lui, » « regarder vers lui, » « être attirés par lui, » « l’écouter » et « être enseignés par lui. » Tous ces verbes invite la réponse active de notre foi (cf. Jn 6, 36, 37, 40, 44, 45). Sa parole est nourriture pour notre foi.

Ceux qui ont entendu Jésus lui demande d’accomplir ce qu’il venait de proclamer par le signe de la manne, peut-être sans être conscients de la portée de leur demande: «Seigneur, donne-nous de ce pain-là, toujours.» (Jn 6, 34) Quelle demande éloquente ! Quelle réponse incroyable et généreuse ! «Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura plus jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura plus jamais soif.» (Jn 6, 35)

Nos propres complaintes et idéologies

Il dut être difficile pour ceux qui écoutaient Jésus de passer du signe tangible au mystère indiqué par ce signe, du pain quotidien au pain qui « donne la vie éternelle»! Il n’est pas facile non plus pour nous, gens du 21e siècle, de faire ce passage de signe à mystère dans nos propres vies.

Nos plaintes et murmures au sujet de l’eucharistie et de l’Église deviennent parfois des discours enfiévrés, qui diffèrent peu des plaintes et murmures d’Israël au désert. Les tensions excessives qui montent sur la politique au sein de l’église, les enjeux face au genre et au sexe, les pratiques liturgiques, le langage utilisé : ces questions influencent toutes l’eucharistie aujourd’hui, et peuvent nous mener à sentir que Dieu est absent.

Nos célébrations eucharistiques n’ont pas lieu à Massa ou à Meriba, lieux de murmures ou de querelles dans le désert. Nous sommes souvent pris dans des débats interminables entre dévotion et liturgie ou dans une dispute entre la charité et la justice : lorsque la dévotion est considérée comme ennemi de la liturgie et la charité comme traîtresse de la justice, ou lorsque la liturgie est réduite à la dévotion personnelle et la justice comme ne faisant pas partie constitutive de l’Évangile.

La redécouverte de l’adoration du Saint-Sacrement

Un exemple concret illustre bien ce dernier point à propos de la liturgie et de la dévotion. Plusieurs gens de ma génération ont répondu négativement à la redécouverte de l’adoration eucharistique par la plus jeune génération.

Le pape Benoît XVI a mis à l’avant-scène l’adoration eucharistique dans la vie des catholiques. Plusieurs parmi nous ne parviennent pas à voir que nos cultes publics sont intimement liés à l’adoration, à un point tel qu’ils peuvent considérés en être une forme. La piété et la dévotion peuvent être les tremplins vers une foi mature. Chaque fois que nous nous rassemblons pour célébrer l’eucharistie en tant que communauté chrétienne, nous professons, avec toute l’Église, notre foi au Christ dans l’eucharistie, au Christ pain vivant et pain de vie.

En 2008, lors du 49e Congrès eucharistique international à Québec, l’évêque philippin Louis Antonio Tagle, actuellement archevêque de Manille, donna une catéchèse remarquable qu’il conclut par une explication très profonde et très belle sur le sens de l’authentique adoration de l’eucharistie. Mgr Tagle déclarait :

Dans l’eucharistie, l’Église se joint à Jésus pour adorer le Dieu de la vie. Mais la pratique de l’adoration eucharistique fait ressortir certains traits de notre culte. Nous croyons que la présence du Christ dans l’eucharistie se poursuit au-delà de la liturgie. L’adoration comporte la présence, le repos, la contemplation. Dans l’adoration, nous sommes présents à Jésus dont le sacrifice est toujours présent à nous. Le fait de demeurer en lui nous assimile dans l’oblation qu’il fait de lui-même. En contemplant Jésus, nous recevons le mystère et nous sommes transformés par le mystère que nous adorons. L’adoration eucharistique est semblable au fait de se tenir au pied de la croix de Jésus, c’est comme être témoin du sacrifice qu’il fait de sa vie et c’est comme être renouvelé par lui. (…) Le sacrifice ou le culte spirituel de Jésus sur la croix est son acte suprême d’adoration.

Demandons-nous au cours de la semaine qui vient: « Que signifie la présence eucharistique de Jésus pour nous ? Est-ce que notre participation au repas du Seigneur, de manière hebdomadaire ou quotidienne, nous transforme en un peuple reconnaissant, affectueux et juste ? Considérons ce que Jésus exige de nous qui prenons part au festin eucharistique. De quelles manières l’eucharistie est-elle le symbole de ce que nous vivons et nos vies symbolisent-elles l’eucharistie ? Comment exprimons-nous notre reconnaissance ? L’eucharistie est-elle l’exercice spirituel qui donne une direction à nos vies ?

Que nos célébrations eucharistiques continuent de transformer nos communautés chrétiennes et la société autour de nous en une civilisation de l’amour ! Quelles nourrissent notre faim et notre soif de justice. Que notre désir pour l’eucharistie nous rende encore plus patients et bons les uns envers les autres. Prions afin que nous devenions ce que nous recevons.

(Les lectures de ce dimanche sont Exode 16, 2-4. 12-15 ; Éphésiens 4, 17.20-24 et Jean 6, 24-35)

Ce n’est jamais assez tant qu’on ne l’a pas donné

Dix-septième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 29 juillet 2018

La lecture de l’Ancien Testament de ce dimanche, tirée de 2 Rois 4, 42-44, est un prélude approprié à la multiplication des pains et des poissons d’après Jean (6, 1-21). L’auteur du Livre des Rois nous parle de l’un des serviteurs d’Élisée qui doutait que vingt pains d’orge étaient suffisants pour nourrir cent personnes. Élisée avait confiance en la promesse du Seigneur et demanda à son serviteur d’obéir. Le miracle qui suivit donna raison à la confiance d’Élisée. Le nombre de gens nourris est toutefois modeste par rapport aux 5000 nourris dans l’évangile de Jean !

Le pain est un symbole de la personne et de l’œuvre de Jésus dans le grand enseignement eucharistique de Jean au chapitre 6. Ce thème reviendra dans les lectures des quatre prochaines semaines. L’évangile de ce dimanche est le merveilleux récit de la multiplication des pains et des poissons d’après Jean. Les diverses versions de la multiplication des pains et des poissons, deux dans Marc et Matthieu et un dans Luc et Jean, nous indiquent l’intérêt de l’église primitive pour les rassemblements eucharistiques (voir par ex. Marc 6, 41 ; 8, 6 ; 14, 22). Elles ramènent également au signe du pain dans Exode 16, Deutéronome 8, 3-16 ; les psaumes 78, 24-25 et 105, 40 et le Livre de la Sagesse (16, 20-21). L’événement miraculeux que rapportent les quatre évangélistes laisse entrevoir la vie du Royaume de Dieu comme un banquet présidé par le Messie.

Les points de vue des évangélistes sur ce miracle

Les lecteurs de Marc voient cet incident comme une anticipation de la Dernière Cène (14, 22) et le banquet messianique, deux événement célébrés lors des eucharisties de cette communauté.

L’ajout du nombre de personnes présentes et nourries dans l’évangile de Matthieu est très significatif. Le nombre total a pu osciller entre vingt et trente milles personnes. Le miracle se répète également en 15, 38. Le nombre de gens nourris donne à ce récit un caractère social unique.

Luc établit un lien entre le récit de Jésus qui nourrit la foule et la prédication de ce dernier sur sa passion et ses instructions sur la manière de porter son fardeau quotidien (9, 18-27). Célébrer l’eucharistie en mémoire de Jésus (22, 19), c’est partager non seulement sa mission (9, 1-6), mais aussi son dévouement et sa destinée, symbolisés par la croix. Dans l’évangile de Luc, l’eucharistie nous nourrit et nous renforce pour poursuivre notre route.

Des touches johanniques uniques

Le récit de la multiplication dans Jean est un élément central de l’enseignement de Jésus sur le Pain de Vie (6, 1-15). Le récit de Jésus marchant sur les eaux suit immédiatement cette histoire. Le lac de Tibériade, lieu précisé au début du récit, est aussi le lieu d’apparition du Seigneur ressuscité (21, 1-3).

Comme les autres récits de miracles d’après Jean, l’initiative de ce miracle repose clairement sur Jésus. Philippe ne perçoit pas que la question de Jésus est en fait un appel à sa foi. Il fait simplement référence à la somme qu’il faudrait pour nourrir la foule. Jésus  taquine Philippe en l’invitant à avoir de grands rêves et un meilleur espoir plutôt que de les réduire à la réalité. Aux versets 14-15, la foule réagit correctement et reconnaît Jésus comme le grand Prophète messianique. Ces hommes et femmes ne comprennent toutefois pas ce qu’ils sont vraiment en train de dire. La vraie nature de la royauté de Jésus, qui n’est pas celle de libérateur de la nation, sera révélée seulement lors de son procès (18, 33-37 ; 19, 12-15).

Le rôle du jeune garçon est aussi une touche unique au récit de Jean. Ce que la raison humaine n’osait pas espérer est devenu réalité avec Jésus grâce à la générosité d’un jeune garçon.

Jésus, pain vivant venu du ciel

La multiplication des pains est une image durable de l’eucharistie. Jésus voulut prendre cet humble don de quelques pains et poissons pour nourrir une multitude, et davantage (il en resta douze paniers !), La logique humaine nous fait dire souvent : « Nous n’avons rien que cinq pains et deux poissons. » Jésus nous demande de prendre ses maigres provisions et, avec la confiance et la générosité des disciples de tous les âges, de les étirer le plus possible. « Ce ne sera jamais assez jusqu’à ce que l’on commence à le donner. »

Pour le croyant, Jésus est bien plus qu’un faiseur de miracle : il est lui-même nourriture céleste. Le croyant n’aura plus jamais faim ni soif. Comme le pain nourrit la vie, Jésus nourrira tous ceux et celles qui viendront à lui avec foi. Reconnaître Jésus comme le pain de vie est l’ultime expression de l’amour de Dieu dans la mort et la glorification du Christ.

Prolonger le miracle dans le temps

Lorsque je relis les récits miraculeux de la multiplication des pains et des poissons, il me vient à l’esprit les mots de Jean-Paul II dans sa lettre apostolique Dies Domini – sur la sanctification du dimanche, en 1998. Ces paroles émouvantes illustrent ce qui est au cœur du miracle des pains et des poissons et nous met au défi de mettre l’eucharistie en acte dans notre vie quotidienne :

Les appels des Apôtres trouvèrent rapidement un écho dès les premiers siècles et ils firent vibrer de vigoureux accents dans la prédication des Pères de l’Église. Saint Ambroise adressait des paroles brûlantes aux riches qui prétendaient remplir leurs obligations religieuses en fréquentant l’église sans partager leurs biens avec les pauvres et même en les opprimant: « Entends-tu, homme riche, ce que dit le Seigneur Dieu? Et tu viens à l’église non pour donner quelque chose au pauvre, mais pour le lui enlever? ». Saint Jean Chrysostome n’était pas moins exigeant: « Veux-tu honorer le corps du Christ? Ne le méprise pas quand il est nu. Ne lui rends pas honneur ici, dans l’église, avec des étoffes de soie, pour le mépriser ensuite dehors, où il souffre du froid et de la nudité. Celui qui a dit: “Ceci est mon corps”, est celui-là même qui a dit: “Vous m’avez vu avoir faim et vous ne m’avez pas donné à manger”, et “ce que vous avez fait au plus petit de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait” […]. A quoi sert-il que la table du Christ soit remplie de coupes d’or, alors que lui-même meurt de faim? Commence par donner à manger à l’affamé, et avec ce qui restera décore aussi la table ».

Ce sont des paroles qui rappellent bien à la communauté chrétienne le devoir de faire de l’Eucharistie le lieu où la fraternité devient une solidarité concrète, et où les derniers deviennent les premiers dans l’estime et dans l’affection de leurs frères, lorsque le Christ lui-même, par le don généreux fait par les riches aux plus pauvres, peut en quelque sorte continuer dans le temps le miracle de la multiplication des pains. [no.71]

Questions pour réflexion

Que signifie pour nous la présence eucharistique de Jésus ? Est-ce que notre participation aux célébrations hebdomadaires et quotidiennes au repas du Seigneur nous transforme en personnes reconnaissantes, remplies d’amour, assoiffées de justice et de paix ? Comment l’eucharistie symbolise-t-elle la vie que nous vivons et nos vies symbolisent-elles l’eucharistie ? Comment exprimons-nous de la gratitude ? Est-ce que l’eucharistie donne un sens à notre vie ?

Ne nous demandons-nous pas souvent où trouver les moyens pour accomplir ce qui semble bon et nécessaire ? Le miracle dont il est question aujourd’hui révèle les ressources de vie extraordinaires en chacun de nous. Il faut croire aux miracles pour garder nos espoirs. Il faut festoyer au Corps et au Sang du Christ pour trouver notre véritable énergie et notre vie.

(Les lectures de ce dimanche sont 2 Rois 4, 42-44 ; Éphésiens 4, 1-6 ; Jean 6, 1-15.)

(Image : Multiplication du pain par William Kurelek)

Sainte Marie-Madeleine: l’Apôtre des apôtres

On croit souvent que Marie-Madeleine, Marie de Béthanie (sœur de Marthe et de Lazare) ainsi qu’une femme pénitente anonyme qui a oint les pieds de Jésus (Lc 7, 36-48) sont la même personne. Si nous ajoutons à cela la déclaration de l’évangile de Luc selon laquelle Jésus chassa sept démons de Marie-Madeleine, on comprend pourquoi est née l’opinion selon laquelle elle était une prostituée. En réalité, nous ne connaissons rien de ses péchés et de ses faiblesses. Il pourrait s’agir d’une maladie physique inexplicable, d’une maladie mentale ou de quelque chose qui l’empêchait de vivre en plénitude de corps et d’esprit. Marie-Madeleine est mentionnée dans les évangiles comme faisant partie des femmes de Galilée qui suivirent Jésus et les disciples. Elle fut également présente à la crucifixion, à l’ensevelissement, et se rendit à la tombe, le matin de Pâques, pour oindre le corps de Jésus.

Dans son évangile de Pâques aussi intime qu’émouvant, on nous amène à la scène où, à l’aube, Marie-Madeleine pleure sa peine devant la tombe de Jésus. Jean ne nous renseigne pas sur le moment où elle arriva au lieu de l’enterrement (Jn 20, 11- 18). Elle y est, tout simplement. L’accent est plutôt mis sur ses larmes irrépressibles et son deuil. Lorsqu’elle se pencha pour regarder dans le tombeau, elle vit des anges. Ils étaient assis, probablement sur le rebord du lieu de sépulture, aux deux extrémités des vêtements funéraires, là où avait été placé le corps de Jésus.

Dans les Écritures, lorsqu’une personne rencontre un ange, cette personne est fréquemment prise de peur ou de terreur. Jean ne mentionne pas si Marie a éprouvé l’un ou l’autre de ces sentiments. Réalisant sa tristesse et son deuil, les anges ne la surprennent pas avec de bonnes nouvelles, mais lui posent plu- tôt une question qui permet de mettre des mots sur son chagrin et ainsi de trouver la guérison. Les anges lui demandent avec grande compassion : « Femme, pourquoi pleures-tu? » (Jn 20, 13). Cela contraste beaucoup avec l’annonce triomphante de la Résurrection rapportée dans les autres récits évangéliques du tombeau vide (Mt 28, 5-6; Mc 16, 6-7; Lc 24, 5-7). La réponse de Marie (verset 13) montre qu’elle est totalement obnubilée par la disparition du corps de Jésus. Même s’il est mort, il est toujours son Seigneur et elle lui est toujours loyale. Lorsqu’elle dit aux anges qu’elle ne sait pas « où ils l’ont mis », il est possible qu’elle pense que Joseph d’Arimathie ou les amis de Jésus aient pu déplacé son corps vers une tombe permanente. Sa réponse permet aux anges d’annoncer à Marie la Bonne Nouvelle, mais ils sont interrompus par l’apparition soudaine du Seigneur ressuscité!

Marie le voit, mais ne réalise pas qu’il s’agit de Jésus (verset 14). Sa propre tristesse et son deuil l’empêchent de créer un lien entre tous ces détails : les vêtements, la présence des anges, l’absence de corps. L’objet réel de ses préoccupations, Jésus, se tient devant elle, mais, aveuglée, elle est incapable de le reconnaître. De profondes émotions ont cet effet sur nous. Cette incapacité de Marie à le reconnaître, typique des rencontres avec Jésus (Mt 28, 17; Mc 16, 12; Lc 24, 16; 37; Jn 21, 4), semble être causée par la nature du corps ressuscité de Jésus.

Lorsque Jésus l’appelle par son nom, Marie se tourne et lui dit, en hébreu :

« Rabbouni! (c’est-à-dire : Maître.) […] — Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. »

Marie-Madeleine s’en va donc annoncer aux disciples : « J’ai vu le Seigneur! » et elle raconta ce qu’il lui avait dit (Jn 20, 15-18).

Marie fit donc un voyage court en apparence, mais avec de bouleversantes ramifications. Grâce à son message et à sa mission incroyables, elle fut, avec raison, nommée par l’Église primitive Apostola apostolorum (l’Apôtre des apôtres), car c’est elle qui a été la première à voir le Seigneur ressuscité et qui a annoncé la Résurrection aux autres apôtres.

Jésus vivait dans une société centrée sur les hommes, où les femmes étaient considérées comme des objets de propriété : d’abord de leur père, ensuite de leur mari. Elles n’avaient pas le droit de témoigner et ne pouvaient étudier la Torah. Dans cette atmosphère restrictive, Jésus acceptait les femmes. Il les respectait, les honorait et tenait leur amitié en grande estime. Il voyageait avec elles, les touchant et les guérissant. Il les aimait et leur permettait de l’aimer. Chez lui, il n’existait aucune dis- crimination. Pour Jésus, femmes et hommes étaient également capables de toucher, vivre et annoncer aux autres les réalités hautement spirituelles de la religion.

En 2016, le pape François a annoncé que la mémoire litur- gique de sainte Marie-Madeleine, commémorée le 22 juillet, serait élevée au rang de fête, comme l’est la mémoire liturgique des autres apôtres. La très belle préface dédiée à cette fête montre bien la mission extraordinaire de Marie-Madeleine d’annoncer la Résurrection au monde entier :

Vraiment, il est juste et bon de te rendre gloire,
de t’offrir notre action de grâce toujours et en tout lieu à toi,
Père très saint, Dieu éternel et tout-puissant, par le Christ, notre Seigneur.
C’est lui que Marie-Madeleine accompagnait lorsqu’il annonçait
la Bonne Nouvelle à travers villes et villages.
C’est lui dont elle parfuma les pieds d’un baume
précieux, et qui, par ce geste prophétique,
annonça l’ensevelissement au tombeau.
C’est lui qu’elle suivit fidèlement jusqu’au Calvaire,
qu’elle vit mourir sur une croix et déposer dans un tombeau.
C’est lui, toujours, qu’elle a reconnu, vivant, ressuscité,
dans la lumière du matin de Pâques,
et c’est de lui qu’elle reçut la mission d’annoncer aux disciples
qu’il montait vers toi, son Père et notre Père.
C’est pourquoi, avec les anges et les archanges
avec les puissances d’en-haut et tous les esprits bienheureux,
nous chantons l’hymne de ta gloire et sans fin, nous proclamons :
Sanctus !

Extrait du livre:
«  Reste avec nous: Méditations sur le Christ ressucité »

Thomas Rosica, C.S.B.

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Jésus, le berger compatissant de Dieu

Seizième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 22 juillet 2018

Le thème du berger est au cœur des lectures de ce 16e dimanche du temps ordinaire (B). Le récit évangélique présente Jésus qui a de la compassion pour la foule, car ils étaient ‘comme des brebis sans berger.’ Il nous aide à comprendre son ministère d’enseignement, de réconciliation et de berger.

La littérature de l’Antiquité qualifiait souvent de berger la personne en charge de diriger la communauté.  L’Ancien Testament décrit souvent le Seigneur lui-même comme berger de son peuple. On l’invoque comme ‘mon berger’ (Ps 22, 1), et la communauté le prie en tant  que ‘Berger d’Israël’ (Ps 79, 1).

Dans le Nouveau Testament, l’image du berger manifeste à la fois une grande autorité et une grande responsabilité. Nourrir le troupeau signifie que le berger doit les protéger de l’hérésie, toujours prêt à protéger ses brebis des maraudeurs. Jean nous dit que Jésus lui-même proclamait accomplir l’espoir d’Israël en la venue du Bon Berger: «Je suis le Bon Berger. Le Bon Berger donne sa vie pour ses brebis » (Jn 10, 11).

Lorsque Jésus se retire dans un endroit désert avec ses disciples pour se reposer, il attire un grand nombre de gens à sa suite. Jésus est rempli de pitié envers ce nouveau peuple de l’exode; il satisfait leur faim spirituelle en leur enseignant plusieurs choses, se montrant ainsi le berger fidèle de la nouvelle Israël.

Lorsque les Écritures présentent Jésus saisi de pitié devant la foule parce qu’ils étaient « comme des brebis sans berger » dans Marc 6, 30-34, il faut savoir qu’une telle image n’est pas originale à Jésus dans les évangiles. L’image vient en fait du chapitre 34 d’Ezekiel, où Dieu fait déferler sa colère sur les bergers d’Israël qui se sont engraissés sur le dos des faibles et des vulnérables, au lieu de s’occuper d’eux (Ezekiel 34, 10-12).

Comme des brebis sans berger

La compassion de Jésus se résume à bien plus qu’une visite brève ou un sentiment de regret passager. Il s’agit plutôt d’une angoisse profonde, une anxiété et une peine face à la condition humaine. Jésus décrivait la vie spirituelle de ceux et celles qui vivaient à l’extérieur du salut offert gratuitement par Dieu. Jésus était angoissé pour les âmes de ces gens qui faisaient face à un désert spirituel sans personne pour les nourrir, les former et les mener vers une véritable nourriture spirituelle. Sans berger pour les protéger des faux enseignements, elles étaient en danger. Comme des brebis sans le bon berger, elles étaient seules et vulnérables aux attaques du mauvais qui rôde autour comme un lion affamé, cherchant à dévorer quelqu’un.

« Comme des brebis sans berger, » est une juste description de la vie spirituelle de plusieurs chrétiens du 21e siècle. L’expression décrit plusieurs de nos contemporains qui n’ont aucune direction, sont sans défense et donc très vulnérable aux séductions et aux attaques du mal. Les brebis sans berger ne sont pas qu’un peu perdues. Elles sont plus que vulnérables. Elles font face au danger et à la destruction.

 Se souvenir de la compassion de Jésus

Jésus vit les malades et sa compassion les guérit. Il vit ceux qui étaient possédés et les libéra. Il raconta l’histoire d’un roi à qui son serviteur devait une large somme. Lorsque le serviteur fut incapable de payer, le roi ordonna de le faire esclave avec sa famille. Lorsque le serviteur demanda pardon, le roi « eut de la compassion » pour lui et annula sa dette.

Jésus a parlé d’un homme qui se rendait de Jérusalem vers Jéricho. Le pauvre homme se fit piéger par des voleurs qui l’ont battu, volé et laissé pour mort. Deux fonctionnaires religieux de haut rang passèrent sans le voir, mais un Samaritain arrêta et « eut de la compassion » pour lui. Il couvrit les blessures de l’homme et le porta dans une auberge où il prit soin de lui toute la nuit. Le lendemain, il paya la note et fit une avance de crédit à l’aubergiste en lui disant : « Si mon ami a besoin de plus, je me chargerai de payer. »

Qui peut oublier ce récit provoquant du jeune fils qui prit sa part d’héritage pour la gaspiller dans l’éphémère? Un jour, il vint à ses sens et retourna à la maison de son père, sans vouloir reprendre sa place comme fils, mais souhaitant plutôt être engagé comme serviteur. Son père le vit arriver et « eut de la compassion » pour lui. Avant que le fils puisse prononcer son repentir, le père lui fit mettre l’anneau familial, une robe et des sandales avant de convoquer une grande fête pour célébrer son retour.

La compassion de Jésus guérit et nourrie, remet d’énormes dettes, prend soin des corps blessés et accueille les pécheurs à la maison, leur donnant une place d’honneur. Jésus ne laissera pas sa compassion demeurer en Dieu ou au Ciel. Il nous le demande : « Soyez compatissant comme votre Père est compatissant. »

Jésus fit beaucoup plus que ressentir de la compassion pour ceux qu’il croise dans ce récit de Marc 6. Sa vive émotion le poussa à agir bien au-delà de ce que n’importe quel berger devrait faire pour ses brebis. L’authentique berger, dont la vie s’inspire de celle de Jésus, doit aimer les personnes qui lui sont confiées et imiter Jésus.

Où trouver une telle compassion pour nous-mêmes?

De temps à autres, malgré nos meilleures intentions, nous sommes nous aussi dans le besoin, ceux qui sont comme des brebis sans berger. Parfois nous nous demandons: « Où donc pouvons-nous trouver cette compassion à partager avec les autres? » J’ai appris que c’est seulement dans la solitude devant Dieu, faisant face à nous-mêmes, que nous pouvons découvrir la compassion de Dieu. Peut-être n’est-ce pas un accident qu’au plus fort de son ministère, affublé des besoins et des demandes constantes de la foule, Jésus invite ses disciples à le joindre au désert : «Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu.»

Est-ce que ça ne peut pas être la même chose pour nous, qu’à l’écart du brouhaha des exigences quotidiennes, nous nous retirions pour poser notre cœur devant Dieu? Là, nous découvrirons la pitié et deviendrons porteurs de la compassion du Christ pour notre temps.

Mener les gens en dehors du désert

L’une des réflexions les plus profondes sur le thème du berger compatissant se trouve dans l’homélie de Benoît XVI lors de son installation comme successeur de Pierre le 24 avril 2005 :

La sainte inquiétude du Christ doit animer tout pasteur : il n’est pas indifférent pour lui que tant de personnes vivent dans le désert. Et il y a de nombreuses formes de désert. Il y a le désert de la pauvreté, le désert de la faim et de la soif ; il y a le désert de l’abandon, de la solitude, de l’amour détruit. Il y a le désert de l’obscurité de Dieu, du vide des âmes sans aucune conscience de leur dignité ni du chemin de l’homme. Les déserts extérieurs se multiplient dans notre monde, parce que les déserts intérieurs sont devenus très grands. C’est pourquoi, les trésors de la terre ne sont plus au service de l’édification du jardin de Dieu, dans lequel tous peuvent vivre, mais sont asservis par les puissances de l’exploitation et de la destruction. L’Église dans son ensemble, et les Pasteurs en son sein, doivent, comme le Christ, se mettre en route, pour conduire les hommes hors du désert, vers le lieu de la vie, vers l’amitié avec le Fils de Dieu, vers Celui qui nous donne la vie, la vie en plénitude.

Au cours de la semaine qui vient, que notre prière soit faite d’écoute, de compassion et de courage. Demandons au Seigneur de nous rendre conscients des déserts grandissants de nos contemporains et peut-être de nos propres déserts aujourd’hui. Demandons-lui de nous donner sa compassion pour ceux et celles qui sont vraiment des brebis sans berger. Et prions pour le courage de mener nos amis hors de leurs déserts et vers des chemins de vie et d’amitié avec le Christ, le Bon Berger.

Jésus nous envoie pour enseigner et guérir

Quinzième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 15 juillet 2018

Lorsque les évangiles nous rapportent l’appel lancé par Jésus à ces jeunes disciples et apôtres, cet appel est toujours fait avec compassion. Jésus veille sur ceux qu’il appelle, il les aime, les met au défi et les incite à être quelque chose qu’ils n’auraient jamais pu imaginer!

L’évangile de ce dimanche (Marc 6, 7-13) porte sur la formation de ceux qui éventuellement propageront l’Évangile aux quatre coins du monde. Marc perçoit l’enseignement et le travail des apôtres comme un prolongement de l’enseignement et de l’œuvre de Jésus. Dans le récit de Marc, cet appel des Douze est vu dans l’invitation de Jésus à devenir pêcheur d’hommes (Mc 1, 16-20), puis des Douze choisis pour être avec Jésus et recevoir l’autorité pour prêcher et expier les démons (3, 13-19). On leur donne maintenant la mission spécifique d’exercer cette autorité en paroles et en actes comme représentants de Jésus.

Dans ce récit de l’appel, Jésus n’interdit pas la visite de territoire païen ou l’entrée de ville de Samarie. Ces différences indiquent une certaine adaptation aux conditions à l’intérieur et à l’extérieur de la Palestine et suggère, d’après le récit de Marc, une activité tardive dans l’Église. Du reste, Jésus exigeait de ses apôtres une dépendance totale à Dieu pour la nourriture et l’abri (Cf. Mc 6, 35-44; 8, 1-9). Logeant dans une même demeure en tant qu’invité (6,10), au lieu d’aller dans un lieu plus confortable évitait toute impression de chercher des avantages pour soi et déshonorer son hôte. Pourquoi Jésus dit-il à ses apôtres de ‘voyager léger’ avec peu ou pas de provision? Il veut que ses disciples dépendent de lui et non d’eux-mêmes. Il promet d’œuvrer à travers et en chaque personne appelée à sa gloire. Secouer la poussière de ses pieds servait de témoignage contre ceux qui rejetait l’appel au repentir.

Aide ou obstacle?

L’ignorance des disciples est l’un des thèmes récurant de l’évangile de Marc. En lisant l’évangile au complet, nous constatons que les disciples sont à la fois un obstacle et une aide pour Jésus. Ils ne comprennent pas ces paroles ni ne l’appuie dans sa mission. À maintes reprises, Jésus les blâme pour leur incapacité à comprendre et pour leur dureté de cœur. Mais lorsque les disciples comprennent mal Jésus et le laisse tomber, ils font plus qu’exercer sa patience. Ils servent de cobayes. Ceux qui ‘songent aux choses du monde’ plutôt qu’aux choses de Dieu ne peuvent comprendre que le chemin étroit qui se trouve devant Jésus doit nécessairement se terminer à la croix. Ainsi ils agissent d’une manière qui risque de détourner Jésus de sa voie.

Nous nous demandons souvent: «Pourquoi Marc a-t-il présenté les disciples sous un mauvais jour? » Les lecteurs de Marc de l’époque eux, auraient porté leur attention non pas sur le stratagème littéraire de l’auteur mais sur les événements dépeints dans le récit. Ils se seraient demandés quelque chose comme: «Comment comprendre que des disciples, que nous savons de grands leaders, soient si faibles et agissent de façon aussi honteuse?» La réponse à cette question aurait été évidente: Dieu avait ouvert les yeux des disciples et les avait transformés. D’hommes qui ne comprenaient pas et qui passaient Jésus au test, ils étaient devenus des serviteurs dignes et mêmes des leaders qui ne craignaient rien! Il y a donc de l’espoir pour nous ! Les chrétiens se sont souvenus des récits de ces appels, conscients de leurs propres faiblesses et de leurs propres échecs, mais aussi confiants en la présence du Seigneur qui triomphe de la peur.

Au nom de Jésus

Quel genre d’autorité et de pouvoir le Seigneur souhaite-t-Il que nous exercions à sa place? Jésus a donné à ses apôtres le pouvoir et l’autorité de parler en son Nom. Il leur prescrit de faire le travail qu’il faisait : chasser les esprits mauvais, guérir les malades et proclamer la Parole de Dieu qu’ils avaient reçue de Jésus. En parlant de pouvoir et d’autorité, Jésus faisait quelque chose de tout à fait nouveau. Il mariait pouvoir et autorité avec amour et humilité. Le ‘monde’ et la ‘chair’ cherchent le pouvoir pour des gains égoïstes. Jésus nous enseigne à nous en servir pour le bien de notre prochain. Suivre Jésus est un risque, comme n’importe quel chemin de vie. Chacun de nous est appelé à enseigner comme Jésus et à guérir avec compassion et audace comme il l’a fait.

Loi, Prophètes et Écritures

À la lumière de la première lecture tirée du livre du prophète Amos (7, 12-15), j’aimerais aussi offrir quelques réflexions sur le lien entre Jésus et la Loi, les Prophètes et les Écrits de l’Ancien Testament. D’une part, Jésus connaît parfaitement la Loi et l’observe avec dévotion. D’autre part cependant, Il se montre parfaitement libre face à elle. Il souhaite donner une interprétation authentique de la Loi. Il va jusqu’à se déclarer le nouveau faiseur de loi, avec une autorité comparable à celle de Dieu. Il est Lui-même l’accomplissement de la Loi (cf. Romains, 10, 4).

Jésus montre également qu’Il est la continuation authentique des prophètes, tant par son message que par sa vie. Comme eux, Il proclame la foi dans le ‘Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob’ (Mt 2, 32). Il défend les droits de Dieu et des pauvres (cf. Mt 11, 20-24). D’un autre côté, Jésus n’hésite pas à se déclarer plus grands qu’eux. Il leur est supérieur, non seulement dans la ligne prophétique, mais Il est le premier, comme origine et source de toute inspiration prophétique.

Il est plus grand que Jonas et Salomon (cf. Mt 12, 41-43; Lc 11, 31-32). Il est plus grand que Moïse et Il est le premier de tous les prophètes avant Jean (Jn 1, 15), Moïse (Jn 6, 46) et Abraham (Jn 8, 56-58). Il est important de noter que Sa primauté n’est pas uniquement temporelle, mais existentielle. Son ‘avant’ est infini, parce qu’il est éternel:   «Abraham votre père a tressailli d’allégresse dans l’espoir de voir mon Jour. Il l’a vu, et il a été dans la joie. […] Amen, amen, je vous le dis : avant qu’Abraham ait existé, moi, JE SUIS. (Jn 8, 56-58)»

Jésus se présente aussi comme l’accomplissement des écrits de la sagesse de l’Ancien Testament. Jésus accomplie la Loi et les Prophètes en incarnant cette conscience de lui-même: il incorpore la voie et en fait la réforme par son témoignage. Il donne à travers Sa vie et même Sa mort. Il y a un changement radical de valeurs, comme si une nouvelle création allait émerger d’une création en plein bouleversement.

Par Sa mort, Jésus explique la contradiction apparente des valeurs dans les écrits de la sagesse, et ouvre le chemin qui semblait être une impasse pour le genre humain. Pour ceux et celles qui suivent Jésus, et espérons que ce soit chacun de nous, nous devons marcher dans Ses pas, endurer l’incompréhension, la souffrance et même la mort afin d’être vraiment ses disciples. Plus l’on sonde la profondeur de ces mêmes Écritures qu’Il a accomplies par sa vie, plus nous deviendrons semblables à Lui.

Un appel étendu

Prenez un peu de temps cette semaine pour réfléchir à la manière dont le Seigneur vous appelle à être un disciple. Comment avez-vous senti l’appel personnel du Christ? Comment fait-il une différence dans votre vie? Qu’exige de vous cet appel? Quelles expériences ou personnes vous ont permis d’approfondir cette foi? Est-il possible d’être disciple de Jésus et de faire malgré tout l’expérience de la faiblesse ou de l’échec? Comment pouvez-vous, comme disciple de Jésus, prendre part à sa mission d’enseignement et de guérison aujourd’hui? Vers qui êtes-vous envoyés?

(Les lectures pour le 15 dimanche du temps ordinaire B : Amos 7, 12-15 ; Éphésiens 1, 3-14 ; Marc 6, 7-13)

N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie ?

Quatorzième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 8 juillet 2018

Nous connaissons bien l’Évangile d’aujourd’hui, même trop bien! Il en relevait de traditions que Jésus aille à la synagogue chaque semaine durant le Sabbat et une fois son tour, il devait lire les écritures sacrées au cours de la célébration du Sabbat. Les habitants de sa ville natale écoutaient encore plus attentivement ses enseignements, car ils étaient tous au courant des miracles accomplis dans les autres villes. De quels signes le gars du village pourrait-il s’occuper sur son propre territoire ?

Dans l’Évangile de ce dimanche, Jésus a surpris son propre peuple, car il semble rebuter la croyance qu’aucun prophète de Dieu ne puisse être honoré parmi son peuple. Les habitants de Nazareth se sont offusqués et ont refusé d’écouter ce qu’il avait à dire. Ils méprisaient son message, car il était de la classe ouvrière, un charpentier, un simple laïc de même qu’ils le méprisaient en raison de sa famille. Jésus  ne pouvait pas accomplir des actes dignes de sa puissance en leur présence, car ils étaient fermés et ne croyaient pas en lui. Si des personnes se regroupent dans les buts de haine et du refus de comprendre, ils seront incapables de percevoir d’autres points de vue et ils refuseront d’aimer  et d’accepter les autres. Est-ce un scénario connu ? Combien de fois nous sommes-nous retrouvés dans une situation similaire ?

N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie ?

Nous pensons souvent que Luc est le seul évangéliste qui a répertorié les visites de Jésus à Nazareth « où il avait grandi » et ce récit structuré de la synagogue de Nazareth (Lc 4,16). Marc et Matthieu font également allusion à cet épisode, sans toutefois mentionner la ville, mais tout simplement « son pays» ou « sa ville natale » (Mc 6,1; Mt 13,54). Cependant, les versions de Luc comportent plusieurs éléments différents de celles de Marc et de Matthieu. Dans les Évangiles de Marc et de Matthieu, certains prennent en considération le passé modeste de Jésus qui était « le charpentier »  (Mc 6,3), « le fils du charpentier » (Mt 13,55) afin de remettre en question l’importance de sa mission. À l’opposé, Luc ne fait aucune mention des origines modestes de Jésus.

Dans l’Évangile de Marc,  on ne fait pas le récit de la visite de Jésus dans sa ville natale au début de son ministère, mais à la suite d’une longue période durant laquelle il prêche l’Évangile et procure des guérisons et même après, les discussions au sujet des paraboles (Mc 4, 1-34) et la résurrection de la fille de Jaïre (Mc 5, 21-43). Dans Matthieu, Jésus a également déjà prononcé son discours sur la mission aux « douze apôtres » (10, 2-42).

Quel est la signification des questions portant sur Jésus dans l’Évangile selon Marc (6, 1-6) faisant partie de l’Évangile de ce dimanche ?  « “N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? Ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous ?” Et ils étaient profondément choqués à cause de lui. »

« Pour qui te prends-tu ? » ils semblaient lui demander. Jésus reconnait que les questions à son sujet correspondent à une profonde attitude possessive : n’est-il pas le charpentier, le fils de Marie et ainsi, comme nous ? Tu es à nous et c’est pourquoi tu dois faire tout ce que tu peux pour nous. Tu nous appartiens !

« Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa famille et sa propre maison. » Malgré l’attitude possessive dont manifeste son peuple, Jésus ne cède pas aux influences. Les habitants de la ville natale de Jésus étaient affligés d’une forme particulière d’aveuglement, c’est-à-dire la même qui nous touche parfois. Jésus refuse de donner ses dons aux services de son propre peuple offrant ainsi les avantages à des étrangers.

La vision universelle et le grand cœur de Jésus

L’Évangile d’aujourd’hui nous montre à quel point il est difficile de parvenir à une vision universelle. Lorsque nous croisons une personne comme Jésus pourvu d’un cœur généreux, d’une grande vision et d’un esprit rayonnante, notre réaction est souvent par la jalousie, l’égoïsme et la méchanceté. N’ayant jamais accepté leur propre sainteté, le peuple de Jésus était incapable de reconnaître la sainteté de Jésus. Ils étaient incapable d’honorer leur lien avec Dieu, car ils ne s’étaient jamais pencher sur leur propre sens d’appartenance au Seigneur. Ils étaient également incapables de voir le Messie parmi les leur, car sa ressemblance à eux était trop grande. Jusqu’à ce que l’on puisse se percevoir comme étant les bien-aimés de Dieu, les miracles se feront rares. Alors, les prophètes et les messagers qui s’élèveront devant nous devront  lutter pour se faire entendre et se faire accepter comme étant véritablement la personne qu’ils prétendent.

Dans l’Évangile d’aujourd’hui, Marc nous raconte que Jésus était surpris de leur incroyance. À l’écoute de Jésus, son peuple était tout d’abord frappé d’admiration à son égard et de fierté suite à son message. Son message libérateur était fantastique. Ils ont reconnu ce jeune prophète comme un des leurs  et ils dirent : « N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie… ? »

Les personnes qui nous font le plus de reproches sont souvent des proches, par exemple : un membre de notre famille, un parent ou un voisin que l’on côtoie régulièrement. Le peuple de Nazareth ne voulait pas renoncer à cette attitude possessive de Jésus. Ainsi, une entrave de cet amour possessif entraîne une réaction violente. Ce type de mesure provoque un effet dramatique de jalousie et de passion. Dans la version de Marc, ils étaient offusqués par Jésus d’autant plus que  « dans la synagogue, tous devinrent furieux (Lc 4,28) et ils tentèrent de mettre fin à sa vie » (4,29) dans le récit de Luc. Le refus d’ouvrir son cœur peut occasionner de telles situations extrêmes.

Jésus était profondément critiqué, car il exprimait une grande ouverture du cœur tout particulièrement envers les personnes en marge et en périphérie de la société. Cette ouverture était la cause d’une opposition grandissante qui a entraîné sa mort sur la croix. Dans les Actes des Apôtres, nous constatons qu’à plusieurs reprises le succès de saint Paul lorsqu’il prêche aux païens a suscité la jalousie chez les juifs. Ces derniers s’opposaient à l’apôtre et ont provoqué des persécutions contre lui (Actes 13,45; 17,5; 22,21-22). Parmi la communauté chrétienne, nous pouvons également évoquer un exemple à Corinthe lorsque des attitudes possessives semblables ont causé le mal. Des croyants s’étaient attachés à un apôtre par jalousie, ce qui a occasionné des conflits et des divisions dans la communauté. Paul a du intervenir de force (1 Cor 1,10-3,23)

L’Évangile d’aujourd’hui nous prévient d’exercer une méfiance face à certaines attitudes qui sont incompatibles avec l’exemple de Jésus : la tendance humaine d’être possessif, égoïste et de restreindre son cœur et son esprit. Nous ne pouvons certainement pas oublier que Jésus est le Sauveur du monde (Jn 4,42) et non pas du village, de la ville ou de la nation!

Afin d’imiter et de se rapprocher de Jésus qui est d’une unicité et d’une beauté totale, nous avons besoin de cette qualité de magnanimité dans nos cœurs et nos esprits. L’envie est à la fois le contraire et l’ennemi de la magnanimité. L’envie est un défaut du caractère humain qui est incapable de reconnaître  la beauté et l’unicité de l’autre et lui refuse tout honneur. L’envie devient aveugle, car ses yeux sont « cloués ». Elle est en aveugle face à sa propre beauté et celle des autres. L’envie entraîne forcément certaines formes de violence de même que l’anéantissement de soi et des autres. Afin d’imiter et de se rapprocher de Jésus qui est d’une unicité et d’une beauté totale, on doit premièrement reconnaître cette attitude de jalousie pour ensuite la chasser.

La magnanimité permet aux autres cette liberté afin que l’autre personne puisse se rendre à la hauteur  afin d’être à l’image de la beauté de Dieu. La magnanimité suscite en chacun un désir de témoigner en l’autre la plus grande satisfaction possible ainsi que le bonheur qui lui revient à juste titre! La magnanimité est capable de voir au-delà d’elle-même, elle peut accorder à l’autre ce qui correspond à un manque profond en nous-mêmes et elle nous permet peut-être même de nous réjouir de la bonté, de la grandeur et de la beauté de l’autre.

Prions ensemble pour que Jésus ne soit pas surpris de notre incroyance, mais plutôt qu’il se réjouisse de nos petits actes quotidiens de fidélité et nos services pour nos frères et sœurs.  Que le Seigneur nous accorde un cœur  magnanime afin que nous puissions voir au delà de nous-mêmes et que nous puissions reconnaître la bonté, la grandeur et la beauté des autres au lieu d’être jaloux de leurs dons. Seule la puissance de Dieu peut nous sauver du vide et de la pauvreté d’esprit, de la confusion, de l’erreur, de la peur de mourir et du désespoir. L’Évangile du salut est une « grande nouvelle » pour nous aujourd’hui.