Le baptême : un appel a une carrière prophétique

Fête du Baptême du Seigneur – dimanche 13 janvier 2019

Isaïe 42,1-4.6-7
Actes 10,34-38
Luc 3,15-16.21-22

Le thème de l’Épiphanie du Christ, de Jésus qui inaugure sa mission divine sur terre, atteint sa plénitude dans la fête du Baptême du Seigneur. Cette fête semble mettre fin à la saison de Noël. En réalité, la fête de la Présentation du Seigneur célébrée le 2 février est la grande conclusion de Noël.

Dans le récit de l’évangile de ce dimanche [Luc 3,15-16.21-22], Jésus commence son ministère en Galilée après le baptême prêché par Jean. En décrivant l’attente du peuple [3,15], Luc contextualise la prédication de Jean de la même manière qu’il avait déjà qualifié la situation d’autres Israélites pieux dans le récit de l’enfance [2,25-26.37-38]. Jean le Baptiste parle de celui qui est plus grand que lui, avec un baptême encore plus puissant.

Contrairement au baptême de Jean avec de l’eau, on dit que Jésus baptisera dans l’Esprit Saint et le feu [v.16]. Du point de vue de la première communauté chrétienne, l’Esprit et le feu doivent avoir été compris à la lumière du symbolisme du feu de l’effusion de l’Esprit à la Pentecôte [Actes 2,1-4], mais dans le cadre de la prédication de Jean, l’Esprit et le feu devraient être liés à leurs propriétés de purifier et de raffiner [Ezéchiel 36,25-27 ; Malachie 3,2-3].

Lorsque Jésus est baptisé, la voix du ciel se fait entendre et l’appelle : « C’est toi mon Fils: moi, aujourd’hui, je t’ai engendré. » Cette affirmation est un moment déterminant pour le prophète de Nazareth. Elle est la déclaration d’amour de Dieu au nouvel Israël, c’est la nomination de Dieu à la responsabilité suprême, c’est la surprise de Dieu qui vient à la rencontre du monde des orgueilleux et des puissants.

Grâce à son baptême par Jean dans les eaux boueuses du Jourdain, Jésus nous ouvre la possibilité d’accepter notre condition humaine et de nous lier à Dieu. Jésus accepte la condition humaine, qui comprend la souffrance et la mort. Il étendit les bras dans le fleuve du Jourdain et sur la croix. Jésus reçut sa mission dans le Jourdain. Il l’acheva sur la croix. Baptisé par Jean dans le Jourdain, Jésus est profondément identifié au peuple qu’il est venu racheter.

Nous aussi, nous sommes appelés à une carrière prophétique

Lorsque nous avons été baptisés en Jésus-Christ, nous avons été baptisés dans sa mort. Notre baptême est une onction publique, prophétique et royale. Nous recevons la vie de l’Église et sommes appelés à nourrir cette vie de foi. La foi, c’est avoir le souci des autres. La foi, c’est une responsabilité publique, non privée.

Le baptême est un appel à une carrière prophétique. Les manières de le vivre peuvent varier d’une personne à l’autre. Elles n’ont pas à être aussi dramatiques que les aventures d’un Isaïe ou d’un Jean-Baptiste, et pourtant elles font partie cette même grande tradition prophétique. Être prophétique exige de s’engager et de se salir les mains.

Grâce à notre baptême, nous pouvons devenir une lumière pour les autres, comme Jésus est une lumière pour nous, et pour le monde. Notre propre baptême nous remplit d’une certaine audace, de confiance et d’enthousiasme, et nous rappelle que l’Évangile doit être proclamé avec gratitude pour toute sa beauté.

Lorsque nous découvrons peu à peu les exigences de cette foi, là où la voie du repentir conduit, lorsque nous pouvons distinguer le bien du mal, lorsque nous recherchons ce que Dieu veut faire dans nos vies et lui demandons de nous aider à l’accomplir, lorsque nous apprenons tout ce que nous pouvons au sujet de Dieu et de son monde, lorsque nous arrivons près de Dieu, alors, à ce moment, la personne pour qui le ciel s’est ouvert se révèle aussi à nous.

Le baptême dans l’Église aujourd’hui

Dans de nombreuses régions du monde aujourd’hui, baptiser les enfants est déjà devenue l’exception. Le nombre d’enfants, de jeunes et d’adultes non baptisés est à la hausse. La baisse de la pratique du baptême est le résultat d’une érosion des liens familiaux et d’un abandon de l’Église. Lors de nombreuses retraites de prêtres, des rassemblements de prêtres et curés, j’ai souvent entendu des discussions où l’on affirmait que lorsque le prêtre ne voit pas de signes visibles de la pratique de la foi, alors l’Église aurait le droit de refuser les sacrements aux personnes, en particulier le baptême. Il s’agit d’une question très complexe.

Ne pourrions-nous pas aussi écouter de nouveau l’injonction missionnaire de l’Évangile de « baptiser, prêcher et enseigner » non pas en attendant que les gens viennent à nous, mais en allant à la rencontre des gens là où ils sont dans le monde chaotique d’aujourd’hui ? Voilà ce qui nous est demandé : une nouvelle ferveur missionnaire et un zèle qui ne nécessitent pas d’événements extraordinaires. C’est dans l’ordinaire, dans la vie quotidienne, que le travail missionnaire se fait. Le baptême est absolument fondamental pour cette ferveur et ce zèle. Les sacrements sont pour la vie des hommes et des femmes tels qu’ils sont, non pas comme nous voudrions qu’ils soient ! Je peux entendre Saint Jean-Paul II s’écriant: « Duc in altum ! » Ce n’est pas dans les eaux tranquilles et peu profondes que vous trouverez ceux et celles qui ont le plus besoin de vous !

Le dilemme d’empêcher ou non l’accès au baptême et à d’autres sacrements à des personnes considérées inaptes à les recevoir a toujours été présent dans l’Église. C’est un dilemme que le cardinal Joseph Ratzinger a vécu personnellement en tant que jeune homme, et qu’il a pu résoudre plus tard dans sa vie. Écoutez ce que Ratzinger, aujourd’hui le pape émérite Benoît XVI, a dit en répondant à une question d’un prêtre de Bressanone dans le nord de l’Italie, lors d’une séance de questions-réponses avec le clergé du diocèse, le 6 août 2008. A cette occasion, le prêtre, Paolo Rizzi, curé et professeur de théologie, a interrogé Benoît XVI à propos des baptêmes, confirmations et premières communions :

Saint-Père, il y a trente-cinq ans, je pensais que nous nous préparions à être un petit troupeau, une communauté minoritaire plus ou moins dans toute l’Europe. Que l’on ne devait donc donner les sacrements qu’à celui qui s’engage véritablement dans la vie chrétienne. Par la suite, grâce aussi au style du pontificat de Jean-Paul II, j’ai reconsidéré les choses. S’il est possible de faire des prévisions pour l’avenir, qu’en pensez-vous ? Quelles attitudes pastorales pouvez-vous nous indiquer ?

Benoît XVI a répondu par ces mots, très à-propos pour nous en cette Fête du Baptême du Seigneur:

Je dois dire que j’ai parcouru une route similaire à la vôtre. Quand j’étais plus jeune, j’étais plutôt sévère. Je disais : les sacrements sont les sacrements de la foi, et donc là où il n’y a pas de foi, où il n’y a pas de pratique de la foi, le sacrement ne peut pas être conféré. Et puis, quand j’étais archevêque de Munich, j’ai toujours dialogué avec mes paroissiens : là aussi, il y avait deux écoles, une sévère et une clémente. Et moi aussi, j’ai compris dans le temps que nous devons plutôt suivre l’exemple du Seigneur, qui était très ouvert même envers les personnes aux marges de l’Israël de l’époque. Il était un Seigneur de la miséricorde, trop ouvert – selon les autorités officielles – avec les pécheurs, en les accueillant ou en se laissant accueillir par eux à leurs tables, en les attirant vers lui dans sa communion […]

Je dirais donc que, dans le contexte de la catéchèse des enfants, le travail avec les parents est toujours très important. Et c’est justement une occasion de rencontrer les parents, en montrant de nouveau la vie de la foi aux adultes également, parce que – me semble-t-il – ils peuvent eux-mêmes réapprendre des enfants la foi et comprendre que cette grande solennité n’a de sens, n’est vraie et authentique, que si elle se fait dans le contexte d’un cheminement avec Jésus, dans le contexte d’une vie de foi. Il faut donc convaincre un peu les parents, à travers leurs enfants, de la nécessité d’un chemin préparatoire, qui se montre dans la participation aux mystères et commence à faire aimer ces mystères.

Je dirais que c’est certainement une réponse assez insuffisante, mais la pédagogie de la foi est toujours un cheminement et nous devons accepter les situations d’aujourd’hui, mais également les ouvrir un peu plus, pour qu’il ne reste pas à la fin qu’un souvenir extérieur de choses, mais que le cœur soit véritablement touché. Au moment où nous sommes convaincus, le cœur est touché, a senti un peu l’amour de Jésus, a éprouvé un peu le désir de se mouvoir et de se diriger sur cette ligne et dans cette direction, à ce moment, me semble-t-il, nous pouvons dire que nous avons fait une vraie catéchèse. Le vrai sens de la catéchèse, en effet, devrait être celui-ci : porter la flamme de l’amour de Jésus, même si elle est faible, aux cœurs des enfants et à travers les enfants aux parents, ouvrant à nouveau ainsi les lieux de la foi à notre époque.

Puisse la fête du Baptême du Seigneur être une invitation à nous rappeler avec gratitude de notre baptême et à renouveler nos promesses baptismales. Revivons le moment où l’eau tombe sur nous. Prions pour que la grâce de notre propre baptême nous aide à être lumière pour les autres et pour le monde, et nous donne la force et le courage de faire une différence dans le monde et dans l’Église.

(Image : Baptême du Christ par Navarrete el Mudo)

Homélie du Pape François en la Solennité de l’Épiphanie du Seigneur

Vous trouverez ci-dessous le texte de l’homélie du pape François telle que prononcée lors de la célébration de la Solennité de l’Épiphanie du Seigneur en la basilique Saint-Pierre de Rome dimanche 6 janvier 2019(Photo CNS/Paul Haring):

Épiphanie : ce mot signifie la manifestation du Seigneur, qui, comme le dit saint Paul dans la deuxième lecture (cf. Ep. 3,6), se révèle à tous les peuples, représentés aujourd’hui par les Mages. Se dévoile ainsi la merveilleuse réalité de Dieu qui est venu pour tous : toutes les nations, langues et peuples sont accueillis par lui et aimés de lui. Le symbole de cela est la lumière qui rejoint et illumine toutes choses.

Maintenant, si notre Dieu se manifeste à tous, il est cependant surprenant de constater de quelle façon il se manifeste. Dans l’Évangile est raconté un va-et-vient autour du palais du roi Hérode, alors même que Jésus est présenté comme roi : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? » (Mt 2,2), demandent les Mages. Ils le trouveront, mais pas là où ils pensaient : non pas dans le palais royal de Jérusalem, mais dans une humble demeure à Bethléem. Le même paradoxe émergeait à Noël, quand l’Évangile parlait du recensement de toute la terre à l’époque de l’empereur Auguste et du gouverneur Quirinius (cf. Lc 2,2). Mais aucun des puissants d’alors n’a réalisé que le Roi de l’histoire était né en leur temps. Et encore, quand Jésus, âgé d’une trentaine d’années, se manifeste publiquement, précédé par Jean le Baptiste, l’Évangile offre une autre présentation solennelle du contexte, en énumérant tous les « grands » d’alors, les pouvoirs séculiers et spirituels : l’empereur Tibère, Ponce Pilate, Hérode, Philippe, Lysanias, les grands prêtres Hanne et Caïphe. Et il conclut : « la Parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean » (Lc 3,2). Donc à aucun des grands, mais à un homme qui s’était retiré dans le désert. Voilà la surprise : Dieu ne s’élève pas au-devant de la scène du monde pour se manifester.

En écoutant cette liste de personnages illustres, pourrait surgir la tentation de « tourner les projecteurs » sur eux. Nous pourrions penser : c’eût été meilleur si l’étoile de Jésus était apparue à Rome, sur la colline du Palatin, d’où Auguste régnait sur le monde ; tout l’empire serait devenu immédiatement chrétien. Ou, s’il avait illuminé le palais d’Hérode, celui-ci aurait pu faire le bien, plutôt que le mal. Mais la lumière de Dieu ne va pas chez celui qui brille de sa propre lumière. Dieu se propose, il ne s’impose pas ; il éclaire, mais il n’éblouit pas. C’est toujours une grande tentation de confondre la lumière de Dieu et les lumières du monde. Combien de fois nous avons suivi les éclats séduisants du pouvoir et de la scène, convaincus de rendre un bon service à l’Évangile ! Mais nous avons ainsi détourné les lumières du mauvais côté, parce que Dieu n’était pas là. Sa douce lumière resplendit dans l’amour humble. Combien de fois, en tant qu’Église, nous avons essayé de briller de notre propre lumière ! Mais nous ne sommes pas le soleil de l’humanité. Nous sommes la lune, qui, même avec ses ombres, reflète la lumière véritable, le Seigneur. L’Église est le mysterium lunae et le Seigneur est la lumière du monde (cf. Jn 9,5). Lui, non pas nous.

La lumière de Dieu va chez celui qui l’accueille. Isaïe, dans la première lecture (cf. 60,2) nous rappelle que la lumière divine n’empêche pas les ténèbres et les brumes épaisses de recouvrir la terre, mais qu’elle resplendit en celui qui est disposé à la recevoir. C’est pourquoi le prophète lance une invitation qui interpelle chacun de nous : « Debout, resplendis » (60,1). Il faut se mettre debout, c’est-à-dire se lever de sa propre sédentarité et se disposer à marcher. Autrement on reste immobile, comme les scribes consultés par Hérode, qui savaient bien où devait naître le Messie, mais qui n’ont pas bougé. Et puis il est nécessaire de se revêtir de Dieu qui est la lumière, chaque jour, jusqu’à ce que Jésus devienne notre vêtement quotidien. Mais pour mettre l’habit de Dieu, qui est simple comme la lumière, il faut d’abord se défaire des vêtements somptueux. Autrement on fait comme Hérode qui, à la lumière divine, préférait les lumières terrestres du succès et du pouvoir. Les Mages, au contraire, réalisent la prophétie, ils se lèvent pour être revêtus de lumière. Eux seuls voient l’étoile dans le ciel : ni les scribes, ni Hérode, personne à Jérusalem. Pour trouver Jésus, il faut déterminer un itinéraire différent, il faut prendre une voie alternative, la sienne, la voie de l’amour humble. Et il faut s’y maintenir. En effet l’Évangile de ce jour conclut en disant que les Mages, ayant rencontré Jésus, « regagnèrent leur pays par un autre chemin » (Mt 2, 12). Un autre chemin, différent de celui d’Hérode. Une voie alternative au monde, comme celle suivie par ceux qui à Noël sont avec Jésus : Marie et Joseph, les bergers. Eux, comme les Mages, ont laissé leurs maisons et sont devenus pèlerins sur les chemins de Dieu. Parce que seul celui qui abandonne ses attachements mondains pour se mettre en chemin trouve le mystère de Dieu.

C’est aussi valable pour nous. Il ne suffit pas de savoir où Jésus est né, comme les scribes, si nous ne rejoignons pas ce . Quand son devient le nôtre, que son quand devient notre quand, sa personne notre vie, alors les prophéties s’accomplissent en nous. Alors Jésus naît au-dedans de nous et il devient Dieu vivant pour moi. Aujourd’hui, frères et sœurs, nous sommes invités à imiter les Mages. Ils ne discutent pas, mais ils marchent ; ils ne restent pas à regarder, mais ils entrent dans la maison de Jésus ; ils ne se mettent pas au centre, mais ils se prosternent devant lui qui est le centre ; ils ne se fixent pas sur leurs plans, mais ils se disposent à prendre d’autres chemins. Dans leurs actes, il y a un contact étroit avec le Seigneur, une ouverture radicale à lui, une implication totale en lui. Avec lui, ils utilisent le langage de l’amour, la même langue que Jésus, encore enfant, parle déjà. En effet, les Mages vont chez le Seigneur non pas pour recevoir, mais pour donner. Demandons-nous : à Noël avons-nous porté un cadeau à Jésus, pour sa fête, ou avons-nous échangé des cadeaux seulement entre nous ?

Si nous sommes allés chez le Seigneur les mains vides, aujourd’hui nous pouvons y remédier. L’֤Évangile présente, en effet, pour ainsi dire, une petite liste de cadeaux : l’or, l’encens et la myrrhe. L’or, considéré comme l’élément le plus précieux, rappelle qu’à Dieu revient la première place. Il doit être adoré. Mais pour le faire, il est nécessaire de se priver soi-même de la première place et de se reconnaître pauvres, et non pas autosuffisants. Voilà alors l’encens, pour symboliser la relation avec le Seigneur, la prière, qui comme un parfum monte vers Dieu (cf. Ps 141,2). Mais, comme l’encens doit brûler pour parfumer, ainsi faut-il pour la prière « brûler » un peu de temps, le dépenser pour le Seigneur. Et le faire vraiment, pas seulement en paroles. A propos des faits, voici la myrrhe, un onguent qui sera utilisé pour envelopper avec amour le corps de Jésus descendu de la croix (cf. Jn 19,39). Le Seigneur désire que nous prenions soin des corps éprouvés par la souffrance, de sa chair la plus faible, de celui qui est laissé en arrière, de celui qui peut seulement recevoir sans rien donner de matériel en échange. Elle est précieuse aux yeux de Dieu la miséricorde envers celui qui n’a rien à redonner, la gratuité ! Elle est précieuse aux yeux de Dieu la gratuité. En ce temps de Noël qui arrive à sa fin, ne perdons pas l’occasion de faire un beau cadeau à notre Roi, venu pour tous, non pas sur les scènes somptueuses du monde, mais dans la pauvreté lumineuse de Bethléem. Si nous le faisons, sa lumière resplendira sur nous.

Angelus du pape François pour le 1er de l’an 2019

Vous trouverez ci-dessous le texte de l’allocution du pape François précédent la récitation de la prière de l’Angelus telle que prononcée du haut de la fenêtre du palais apostolique le mardi 1er janvier 2019 (photo: Courtoisie Vatican Media):

« Tous ceux qui entendirent s’étonnaient de ce que leur racontaient les bergers » (Lc 2, 18). S’étonner : c’est à cela que nous sommes conviés aujourd’hui, en conclusion de l’Octave de Noël, le regard encore posé sur l’enfant né pour nous, pauvre de tout et riche en amour. Etonnement : c’est l’attitude qu’il convient d’avoir en début d’année, parce que la vie est un don qui nous donne la possibilité de toujours recommencer, même de très bas.

Mais aujourd’hui c’est aussi le jour de s’étonner devant la Mère de Dieu : Dieu est un petit enfant dans les bras d’une femme qui nourrit son Créateur. La statue qui se trouve devant représente la Mère et l’Enfant unis au point de sembler n’être qu’une seule chose. C’est le mystère de ce jour qui suscite un étonnement infini : Dieu s’est lié à l’humanité pour toujours. Dieu et l’homme toujours ensemble : voilà la bonne nouvelle de début d’année. Dieu n’est pas un maître distant qui habite, solitaire, dans les cieux, mais il est l’Amour incarné, né comme nous d’une mère pour être le frère de chacun, pour être proche : le Dieu de la proximité. Il est sur les genoux de sa mère, qui est aussi notre mère, et, de là, il reverse sur l’humanité une tendresse nouvelle. Et nous comprenons mieux l’amour divin – qui est paternel et maternel – comme celui d’une mère qui ne cesse de croire en ses fils et qui ne les abandonne jamais. Le Dieu-avec-nous nous aime indépendamment de nos erreurs, de nos péchés, de la manière dont nous faisons aller le monde. Dieu croit en l’humanité dont se détache, première et inégalable, sa Mère.

Au début de l’année, demandons-lui la grâce de l’étonnement devant le Dieu des surprises. Renouvelons l’étonnement des origines, quand la foi est née en nous. La Mère de Dieu nous aide : la Mère, qui a engendré le Seigneur, nous engendre au Seigneur. Elle est mère, et elle régénère chez ses enfants l’étonnement de la foi, parce que la foi est une rencontre, ce n’est pas une religion. La vie sans étonnement devient grise, routinière ; il en est de même de la foi. Et l’Eglise aussi a besoin de renouveler son étonnement d’être la demeure du Dieu vivant, l’Epouse du Seigneur, la Mère qui engendre des fils. Autrement, elle risque de ressembler à un beau musée du passé. L’“Eglise musée”. La Vierge, au contraire, apporte dans l’Eglise l’atmosphère de la maison, d’une maison habitée par le Dieu de la nouveauté. Accueillons avec étonnement le mystère de la Mère de Dieu, comme les habitants d’Ephèse à l’époque du Concile. Comme eux, acclamons-la : “Sainte Mère de Dieu”. Laissons-nous regarder par elle, laissons-nous embrasser, laissons-nous prendre par la main.

Laissons-nous regarder. Cela, surtout dans les moments de besoin, quand nous nous trouvons empêtrés dans les nœuds les plus compliqués de la vie, regardons à juste titre vers la Vierge vers la Mère. Mais il est beau, surtout, de se laisser regarder par la Vierge. Quand elle nous regarde, elle ne voit pas des pécheurs, mais des fils. On dit que les yeux sont le miroir de l’âme ; les yeux de la pleine de grâce reflètent la beauté de Dieu, ils réfléchissent sur nous le paradis. Jésus a dit que l’œil est « la lampe du corps » (Mt 6, 22) : les yeux de la Vierge savent éclairer toute obscurité, ils rallument partout l’espérance. Son regard, tourné vers nous, nous dit : “Chers enfants courage ; je suis là, votre mère !”.

Ce regard maternel, qui donne confiance, aide à grandir dans la foi. La foi est un lien avec Dieu qui engage la personne tout entière, et qui, pour être gardée, a besoin de la Mère de Dieu. Son regard maternel nous aide à nous voir comme des enfants aimés dans le peuple croyant de Dieu, et à nous aimer entre nous, au-delà des limites et des orientations de chacun. La Vierge nous enracine dans l’Eglise où l’unité compte plus que la diversité, et elle nous exhorte à prendre soin les uns des autres. Le regard de Marie rappelle que la tendresse, qui remédie à la tiédeur, est essentielle pour la foi. Tendresse : l’Eglise de la tendresse. Tendresse, parole qu’aujourd’hui beaucoup veulent effacer du dictionnaire. Quand, dans la foi, il y a de la place pour la Mère de Dieu, on ne perd jamais le centre, le Seigneur, car Marie ne se désigne jamais elle-même, mais Jésus ; et les frères, parce que Marie est mère.

Regard de la Mère, regard des mères. Un monde qui regarde l’avenir sans regard maternel est myope. Peut-être, les profits augmenteront ils, mais il ne saura plus voir, dans les hommes, des enfants. Il y aura des gains, mais ils ne seront pas pour tous. Nous habiterons la même maison, mais non comme des frères. La famille humaine se fonde sur les mères. Un monde dans lequel la tendresse maternelle est reléguée à un pur sentiment pourra être riche de choses, mais pas riche de lendemains. Mère de Dieu, enseigne-nous ton regard sur la vie, et tourne ton regard vers nous, vers nos misères. Tourne vers nous tes yeux miséricordieux.

Laissons-nous embrasser. Après le regard, entre ici en jeu le cœur dans lequel, dit l’Evangile de ce jour, « Marie, retenait tous ces événements et les méditait » (Lc 2, 19). Cela veut dire que la Vierge avait tout à cœur, elle embrassait tout, évènements favorables et contraires. Et elle méditait tout, c’est-à-dire portait tout à Dieu. Voilà son secret. De la même manière, elle tient à cœur la vie de chacun de nous : elle désire embrasser toutes nos situations et les présenter à Dieu.

Dans la vie dispersée d’aujourd’hui, où nous risquons de perdre le fil, l’étreinte de la Mère est essentielle. Il y a partout tant d’éparpillement et de solitude : le monde est entièrement connecté, mais il semble être de plus en plus désuni. Nous avons besoin de nous confier à la Mère. Dans l’Ecriture elle embrasse beaucoup de situations concrètes et elle est présente là où il y a besoin : elle se rend chez sa cousine Elisabeth, elle porte secours aux époux de Cana, elle encourage les disciples au Cénacle… Marie est un remède à la solitude et à la désagrégation. Elle est la Mère de la consolation, qui con-sole : elle est avec celui qui est seul. Elle sait que, pour consoler, les paroles ne suffisent pas, il faut la présence ; là elle est présente comme mère. Permettons-lui d’embrasser notre vie. Dans le Salve Regina nous l’appelons “notre vie” : cela paraît exagéré car c’est le Christ qui est notre vie (cf. Jn 14, 6) ; mais Marie est si unie à lui et si proche de nous qu’il n’y a rien de mieux que de mettre notre vie entre ses mains et de la reconnaître comme “notre vie, notre douceur, et notre espérance”.

Et puis, sur le chemin de la vie, laissons-nous prendre par la main. Les mères prennent par la main les enfants et les introduisent avec amour dans la vie. Mais combien d’enfants aujourd’hui, allant à leur propre compte, perdent la direction, se croient forts et s’égarent, de libres ils deviennent esclaves. Combien, oublieux de l’affection maternelle, vivent fâchés avec eux-mêmes et indifférents à tout ! Combien, malheureusement, réagissent à tout et à tous avec venin et méchanceté ! La vie est ainsi. Se montrer méchant semble même être parfois un signe de force. Mais c’est seulement de la faiblesse. Nous avons besoin d’apprendre des mères que l’héroïsme réside dans le fait de se donner ; la force, dans le fait d’avoir de la pitié ; la sagesse, dans la douceur.

Dieu ne s’est pas passé de sa Mère : à plus forte raison en avons-nous besoin. Jésus lui- même nous l’a donnée, non pas à n’importe quel moment, mais de la croix ; il dit au disciple, à tout disciple : « Voici ta mère » (Jn 19, 27). La Vierge n’est pas optionnelle : elle doit être accueillie dans la vie. Elle est la Reine de la paix, qui vainc le mal et conduit sur les voies du bien, qui rétablit l’unité entre ses enfants, qui éduque à la compassion.

Prends-nous par la main, Marie. Agrippés à toi nous passerons les virages les plus difficiles de l’histoire. Par la main, amène-nous à redécouvrir les liens qui nous unissent. Rassemble-nous tous sous ton manteau, dans la tendresse de l’amour vrai, où se reconstitue la famille humaine : “Sous ta protection nous cherchons refuge, Sainte Mère de Dieu”. Disons-le tous ensemble à la Vierge : “Sous ta protection nous cherchons refuge, Sainte Mère de Dieu”.

[00001-FR.02] [Texte original: Italien]

« La seule chose dont vous avez besoin: une étoile et un cœur pur »

Solennité de l’Epiphanie – dimanche 6 janvier 2018

Isaïe 60,1-6
Éphésiens 3,2-3a.5-6
Matthieu 2,1-12

Le terme épiphanie signifie « montrer », « faire connaître » ou « révéler ». La fête de l’Épiphanie tire son origine de l’Église d’Orient. À Jérusalem, près de Bethléem, la fête avait une référence spéciale à la Nativité. Aujourd’hui, dans les églises orthodoxes d’Orient, cette fête porte surtout sur le rayonnement et la révélation de Jésus-Christ comme Messie et seconde personne de la Sainte Trinité, au moment de son baptême. Habituellement appelée Fête de la Théophanie, elle est l’une des grandes fêtes de l’année liturgique. « Théophanie » vient du grec et signifie « Dieu resplendissant. »

L’Épiphanie en Occident

L’Occident a pris cette fête orientale de janvier, conservant toutes ses caractéristiques principales, mais en attachant une importance prépondérante, avec le temps, à la visite des rois mages qui apportent des présents et visitent l’enfant Jésus, et donc « révèlent » Jésus au monde en tant que Seigneur et Roi. La fête est observée comme un temps pour se concentrer sur la mission de l’Église ad gentes en « montrant » que Jésus est le Sauveur de tous les peuples. Le futur rejet de Jésus par Israël et son acceptation par les païens sont mis en lumière dans cette scène du récit de Matthieu.

Les détails particuliers de Matthieu

Le roi Hérode a régné de l’an 37 à 4 avant notre ère. « Mages » étaient une désignation de la caste sacerdotale perse et le mot a été par la suite utilisé pour désigner ceux considérés comme ayant des connaissances dépassant le savoir humain. Les Mages de Matthieu sont des astrologues. Quant à l’étoile dans le récit, elle correspond à une ancienne croyance commune qui veut qu’une nouvelle étoile apparaisse au moment de la naissance du souverain. Matthieu s’appuie aussi sur le récit de Balaam dans l’Ancien Testament, qui avait prophétisé qu’« une étoile se lève, issue de Jacob » [Nombres 24,17], bien que dans ce cas l’étoile ne signifie pas un phénomène astral, mais le roi lui-même.

L’acte d’adoration des Rois mages, qui correspondait à la bénédiction de Siméon selon laquelle l’enfant Jésus serait « une lumière pour éclairer les nations » [Lc 2,32], était l’un des premiers signes que Jésus était venu pour tous les peuples, toutes les nations, toutes les races, et que le travail de Dieu dans le monde ne serait pas limité seulement à un petit nombre.

Chez eux dans leur pays lointain, les Mages avaient tout le confort d’une vie princière, mais quelque chose leur manquait, ils étaient inquiets et insatisfaits. Ils étaient disposés à tout risquer pour trouver ce que leur vision promettait. À la différence des pauvres bergers, les Rois Mages ont dû parcourir une longue route, ont dû affronter l’adversité pour atteindre leur objectif. Les bergers connaissaient aussi l’adversité, et elle les avait préparés à accepter le message des anges. Mais une fois qu’ils eurent surmonté leur peur, ils durent simplement passer à Bethléem, tout près d’où ils se trouvaient, pour voir l’Enfant Jésus. C’était tout sauf une ambiance romantique, du pèlerinage sentimental que l’on voit souvent dans nos crèches !

Les Mages d’Orient, étrangers dans tous les sens du terme, ont été guidés non seulement par leur propre sagesse et leur connaissance des astres, mais ont été aidés par les Écritures hébraïques qui constituent aujourd’hui l’Ancien Testament. La signification de cela est importante – le Christ appelle les gens de toutes les nations, Gentils comme Juifs, à le suivre. Nous pourrions dire que Jérusalem et l’Ancien Testament servent de nouveau point de départ pour ces pèlerins de la gentilité sur leur chemin de foi en Jésus. Le peuple de la grande ville, et même Hérode, ont joué un rôle dans la conduite des Mages vers le Christ !

Une histoire tragique pour adultes

L’évangile de Matthieu nous montre que dès le début de l’histoire de Jésus, celui qui doit gouverner Israël est accueilli par les applaudissements des chefs des prêtres et des scribes du peuple qui étaient conseillers du sinistre Hérode. On pourrait croire qu’ils ne font que répondre à une question théologique. Matthieu veut certainement signifier autre chose. En premier lieu, eux aussi avaient été troublés par la parole des Mages au sujet de la naissance du Messie. Sachant que Hérode était paranoïaque face à toute menace à son trône, les Mages durent comprendre qu’il ne verrait pas d’un bon œil un nouveau-né, « roi des Juifs ».

En divulguant à Hérode le lieu de la naissance du Messie, les conseillers du roi sont devenus, en effet, les collaborateurs de ses mauvaises intentions. En fait ce sont eux, et non Hérode, qui entraînèrent la mort du « roi des Juifs. » Ce sont les « chefs des prêtres et les anciens du peuple » qui complotèrent pour faire arrêter et tuer Jésus [Matthieu 26,3-5.47 ; 27,1-2.12.20]; « les scribes » sont mentionnés dans 26,57 et 27,41. Il était une menace contre Hérode et contre eux: le trône de l’un, l’empire religieux des autres.

La réaction négative d’Hérode et de ses conseillers, les chefs des prêtres et les scribes, transforme le récit de l’enfance en un véritable évangile. Si nous lisons l’histoire attentivement, nous constatons que loin d’être un conte pour enfants, ce récit est une histoire tragique pour adultes. Déjà, à Noël, nous avons un aperçu de la mort sacrificielle inévitable de ce « roi nouveau-né » – le schisme entre une idéologie du monde et une idéologie divine. Le champ de bataille est prêt, les forces sont en place. L’évangile de Matthieu nous montre que dès le début de l’histoire de Jésus, celui qui doit gouverner Israël est accueilli par les applaudissements des uns et la fureur apeurée des autres. Pour ceux qui sont attentifs aux signes des temps et des lieux, la venue de Jésus est une invitation aux risques et à l’engagement dans une démarche de foi.

Trouver le Christ aujourd’hui

Un enfant est né en même temps que règne un tyran meurtrier. Le roi Hérode cherche à convaincre les sages de trahir le but de leur voyage, de mettre fin à leur engagement pour l’avenir et pour une nouvelle vie. Au centre de tout ce récit de contrastes saisissants se trouve un bébé qui est la joie. Hérode a peur de cette « grande joie pour tous les peuples. » Nos sociétés et nos cultures ont de plus en plus peur de la vie humaine – la plus grande joie pour tous les peuples ! Nous devons ainsi nous engager de nouveau pour la vie, sa préservation, son maintien, la bénir et rendre grâce à Dieu pour le don qu’elle est pour nous !

Certains d’entre nous sont destinés à trouver le Christ enfant seulement après un long et pénible voyage, comme celui des Rois mages. Pour y parvenir, notre sagesse du monde et des moyens terrestres et nos façades ecclésiastiques doivent disparaître. Il faut faire des sacrifices pour trouver notre sens le plus profond et notre paix qui est le Christ. La plupart des personnes sages ont besoin de faire un long bout de chemin si elles souhaitent trouver un sens profond et durable à l’existence. Les gens simples peuvent généralement trouver le Seigneur en traversant un champ comme les bergers; ils apportent leur pauvreté, leur humilité et leur simple ouverture. Au contraire la connaissance, la sagesse, la puissance, le prestige et le manque d’humilité conduisent souvent au désespoir. Les gens qui croient posséder la vérité et la clairvoyance définitives sur tout sont souvent conduits vers des avenues sombres, sans issue ou bien restent perdus dans le désert de la solitude, de l’autosuffisance, de l’égoïsme et du désespoir.

En fin de compte, les Mages allèrent par leur propre chemin, et parce qu’ils refusaient de se laisser séduire par le cynisme, parce qu’ils se sont laissés surprendre par cette grande joie, l’étoile pour laquelle ils s’étaient engagés est réapparue. Ceci n’est pas qu’une description de l’époque où Jésus est né, mais elle parle aussi de notre temps. Quand nous avons trouvé le bonheur durable au milieu de la grisaille qui nous entoure, du cynisme, du désespoir et de l’indifférence, la seule chose à faire est de se mettre à genoux et adorer.

Si nous sommes vraiment sages, faisons ce que les sages astrologues ont fait. Lorsque nous entendons la voix du vieux roi de la mort, de la peur et du cynisme, ayons le courage de suivre notre propre chemin – dans la joie. L’étoile qui ouvre le chemin nous poussera vers l’avant, par de nouveaux sentiers, pour être en présence de l’Enfant de la Lumière et Prince de la Paix, qui est l’accomplissement des espoirs et des désirs les plus profonds de l’humanité pour la lumière, la justice, l’amour, et la paix.

Le voyage des rois mages se poursuit

Les paroles du grand écrivain catholique français Georges Bernanos [1888-1948] parlent magnifiquement de la signification de cette grande fête de nos jours:

Dès le commencement, mon Église a été ce qu’elle est encore (c’est sans doute le Seigneur qui est supposé parler), ce qu’elle sera jusqu’au dernier jour, le scandale des esprits forts, la déception des esprits faibles, l’épreuve et la consolation des âmes intérieures, qui n’y cherchent que moi.

Oui, frère Martin, qui m’y cherche m’y trouve, mais il faut m’y trouver, et j’y suis mieux caché qu’on le pense, ou que certains de mes prêtres prétendent vous le faire croire – plus difficile encore à découvrir que dans la petite étable de Bethléem, pour ceux qui ne vont pas humblement vers moi, derrière les Mages et les Bergers. Car c’est vrai qu’on m’a construit des palais, avec des galeries et des péristyles sans nombre, magnifiquement éclairés jour et nuit, peuplés de gardes et de sentinelles, mais pour me trouver là, comme sur la vieille route de Judée, ensevelie sous la neige, le plus malin n’a encore qu’à me demander ce qui lui est seulement nécessaire : une étoile et un cœur pur.

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(Image : L’adoration des Rois mages par Corrado Giaquinto)

Marie : modèle et paradigme de la croyance des chrétiens

Solennité de Marie, Mère de Dieu – mardi 1 janvier 2018

Nombres 6,22-27
Galates 4,4-7
Luc 2,16-21

Le Nouvel An chrétien est célébré le 1er janvier, une semaine après la célébration de la naissance de Jésus. Le 1er janvier est qualifié de diverses manières qui révèlent divers aspects de la nature de la fête. Tout d’abord, le Nouvel an chrétien se trouve dans l’octave de Noël [i.e. 8 jours après la naissance de Jésus.] Avant la réforme liturgique du Concile Vatican II [1962-1965], la fête de la Circoncision de Jésus ou de l’attribution du nom de Jésus [Saint Nom de Jésus] a été célébrée à cette date pour commémorer le récit évangélique de la circoncision de Jésus selon les prescriptions rituelles de la loi mosaïque, faisant ainsi officiellement de lui un membre du peuple de l’alliance: « Quand arriva le huitième jour, celui de la circoncision, l’enfant reçut le nom de Jésus, le nom que l’ange lui avait donné avant sa conception. » [Lc 2,21-24]

Suite au renouvellement liturgique du Concile Vatican II, le 1er janvier est aussi connu comme la Solennité de Marie, la Mère du Seigneur, et a également été désigné Journée mondiale de prière pour la paix.

Nous pouvons nous demander souvent si en accumulant tant de significations différentes, les gens ne portent plus attention au Jour de l’An comme une fête religieuse.

N’est-il pas vrai non plus que l’atmosphère de réjouissances attachée à la veille du Jour de l’An ne laisse pratiquement personne avec l’énergie, le désir ou la volonté de considérer le Nouvel An comme une fête religieuse ? Examinons quelques-uns des fondements bibliques pour les différentes significations rattachées au nouvel an chrétien.

Fête de la circoncision et attribution du nom de Jésus

Dans l’Antiquité et dans les Écritures, il est commun de croire que le nom donné à une personne n’est pas seulement un label, une étiquette, mais révèle aussi une partie de la personnalité de celui qui le porte. Le nom porte la volonté et le pouvoir. Jésus de Nazareth est né à Bethléem de parents juifs [Matthieu 1-2; Luc 1-2]. Lors de sa conception, un ange a affirmé que son nom serait « Jésus ». L’hébreu et l’araméen du nom « Yeshua » [Jésus] est une forme tardive de l’hébreu « Yehoshua » ou Josué. C’était un nom très commun dans le Nouveau Testament. La signification du nom est « Le Seigneur est le salut », et on y fait allusion dans Matthieu 1,21 et Luc 2,21.

Dans les Écritures, « Yeshua » fait référence au Sauveur et fut l’un des moyens pour les chrétiens de nommer et d’identifier Jésus. Le grec Christos traduit l’hébreu Mashiah, « oint », par ce nom, les chrétiens affirmaient que Jésus était le Messie. Dans le Nouveau Testament, le nom, la personne et l’œuvre de Dieu sont indissociablement liés à ceux de Jésus-Christ. Les vrais disciples de Jésus doivent prier en son nom [Jean 14,13-14]. Dans Jean 2,23, croire au nom de Jésus signifie croire en lui comme le Christ, le Fils de Dieu [3,18]. Le nom de Jésus est puissant seulement là où il y a la foi et l’obéissance [Marc 9,38-39]. Croire au saint nom de Jésus mène à la confession de ce nom [Hébreux 13,15]. Faire appel à ce nom est le salut.

Solennité de Marie, Mère du Seigneur

La deuxième personne qui est célébrée et honorée à l’occasion du Nouvel An chrétien est la mère de Jésus. Cette jeune femme d’origine juive a pris sur elle la responsabilité entière du mot « oui » à un visiteur mystérieux lors de l’Annonciation. Par sa réponse, elle a brisé les frontières culturelles et religieuses de son temps, manifestant foi et grand courage. Elle a littéralement apporté le ciel sur terre. Marie de Nazareth a vécu ces événements et leur sens, montrant toujours la capacité d’interpréter le fil conducteur de toute sa vie en se rappelant à l’esprit des paroles et des événements.

« Marie » vient de l’hébreu « Miriam » dont l’étymologie est probablement du mot égyptien qui signifie « bien-aimée ». Elle est le disciple par excellence qui nous introduit à la bonté et à l’humanité de Dieu. Le fait qu’elle soit femme n’est pas en soi un signe de salut, mais il est significatif de la façon et de la manière dont le salut arrive. Il n’y a de salut en aucun autre nom que celui de l’homme Jésus, mais à travers cette femme, Marie, nous avons l’assentiment de l’humanité au salut. C’est ainsi que nous pouvons parler d’une réalisation féminine de salut de Dieu.

Aujourd’hui, nous célébrons la Sainte Mère de Dieu, qui est un modèle pour tous les croyants. Je ne peux pas m’empêcher de rappeler les fortes paroles de l’évêque anglican N.T. Wright, de Durham, en Angleterre, lors du Synode sur la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église en 2008. Mgr Wright, l’un des délégués fraternels nommés par le Pape au Synode, a évoqué les quatre grands moments de la vie de Marie, avec quatre mots: Fiat, Magnificat, Conservabat, et Stabat. Grâce à son « fiat », Marie a donné son assentiment à la Parole de Dieu avec son esprit. Grâce à son « magnificat », la vierge de Nazareth révèle sa force et son courage. Marie a médité et gardé la Parole de Dieu dans son cœur: « conservabat. » Sa fidélité à la fin est décrite par le mot « stabat » alors qu’elle se trouvait au pied de la Croix et attendait patiemment dans son âme l’accomplissement de la prophétie de Siméon et l’expérience de la nouvelle, de l’inattendue révélation qui sauve, encore et toujours.

Dieu appelle chacun de nous à travers l’Écriture d’un amour parfait et de grâce, et la réponse de l’esprit docile est « fiat »:« Qu’il me soit fait selon ta parole ». Nous célébrons nous aussi, avec nos forces, la pertinence de la parole à de nouvelles situations personnelles et surtout politiques: « magnificat ». Puis nous laissons monter dans notre cœur ce que nous avons vu et entendu : « conservabat. » Mais l’Écriture nous dit que Marie, elle aussi, a dû apprendre des choses difficiles : elle voulait contrôler son fils, mais ne le pouvait pas. Son âme est percée par l’épée, comme elle est « stabat » au pied de la croix. Nous aussi nous devons attendre patiemment, en laissant la Parole écrite nous dire des choses inattendues, voire désagréables, mais porteuses de salut. Nous avons lu avec humilité, confiant en Dieu et attendant de voir ce que signifie sa volonté. Marie est vraiment un modèle et le paradigme de la croyance des chrétiens.

Journée mondiale de prière pour la paix

Le plus récent « thème » rattaché au Nouvel An chrétien a été la « Journée mondiale de prière pour la paix ». La Journée mondiale de la Paix fut lancée par l’Église sous le pape Paul VI en 1967. Les chrétiens sont invités à entamer une nouvelle année en priant pour la paix. Le thème de la quarante-troisième Journée mondiale de la Paix a été : « Si tu veux construire la paix, protège la création », un jeu de mot délibéré sur les célèbres paroles de Paul VI « Si tu veux la paix, travaille pour la justice. »

Dans son message, le pape Benoît XVI a présenté « une vision cosmique de la paix » une paix qui « vient à propos dans un état d’harmonie entre Dieu, l’humanité et la création. Dans cette perspective, la dégradation de l’environnement est une expression non seulement d’une rupture de l’harmonie entre l’humanité et la création, mais d’une profonde détérioration de l’unité entre l’humanité et Dieu. »

Benoît XVI s’est déjà taillé une réputation en tant que pape « vert » en raison de ses appels répétés pour une meilleure protection de l’environnement. Le langage du Pape dans le message de cette année est d’ailleurs assez énergique.

Comment demeurer indifférents face aux problématiques qui découlent de phénomènes tels que les changements climatiques, la désertification, la dégradation et la perte de productivité de vastes surfaces agricoles, la pollution des fleuves et des nappes phréatiques, l’appauvrissement de la biodiversité, l’augmentation des phénomènes naturels extrêmes, le déboisement des zones équatoriales et tropicales ?

Comment négliger le phénomène grandissant de ce qu’on appelle les « réfugiés de l’environnement »: ces personnes qui, à cause de la dégradation de l’environnement où elles vivent, doivent l’abandonner – souvent en même temps que leurs biens – pour affronter les dangers et les inconnues d’un déplacement forcé ? Comment ne pas réagir face aux conflits réels et potentiels liés à l’accès aux ressources naturelles ? Toutes ces questions ont un profond impact sur l’exercice des droits humains, comme par exemple le droit à la vie, à l’alimentation, à la santé, au développement.

Benoît XVI a mis l’accent sur une vision du cosmos comme un don de Dieu que les êtres humains ont l’obligation de « soigner et de cultiver. » Le Pape a appelé à « une révision profonde et clairvoyante du modèle de développement », fondée non seulement sur les besoins actuels « des êtres vivants, humains et non humains », mais ceux des générations à venir.

En même temps, Benoît XVI a insisté sur le fait que la protection de l’environnement est « le devoir de chaque personne », celui qui exige des changements dans les habitudes et attitudes personnelles. Benoît XVI a appelé à « de nouveaux styles de vie », fondés non pas uniquement sur la logique de la consommation, mais aussi sur la sobriété, la solidarité, ainsi que la prudence :

C’est pour cette raison qu’il est indispensable que l’humanité renouvelle et renforce « l’alliance entre l’être humain et l’environnement, qui doit être le miroir de l’amour créateur de Dieu, de qui nous venons et vers qui nous allons ». Nos crises actuelles […] sont des crises aussi morales, et toutes sont inter reliées. Elles nous obligent à repenser le chemin que nous parcourons ensemble. Aujourd’hui, alors que nous célébrons la Mère du Seigneur qui réconcilie les nombreux sens donnés à la fête d’aujourd’hui, faisons-nous l’écho des paroles du saint Basile le Grand, dont la fête suit immédiatement la célébration d’aujourd’hui [2 janvier] : Adorons avec les mages, rendons gloire avec les bergers, chantons avec les anges : « Il nous est né aujourd’hui un sauveur qui est le Christ Seigneur ; le Seigneur Dieu qui nous est apparu […] »

Non pas sous la forme divine, afin de nous effrayer dans notre faiblesse, mais sous la forme d’un Serviteur, afin qu’Il puisse libérer se qui avait été réduit à la servitude […]

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(Image : La nativité par James Tissot)

L’avenir de l’humanité passe par la famille

Fête de la Sainte Famille – dimanche 30 décembre 2018

Sirach 3,2-6.12-14
Colossiens 3,12-21
Luc 2,41-52

Dans la foulée de la fête de Noël, l’Église célèbre la fête de la Sainte Famille en invitant les fidèles à réfléchir sur le don et le mystère de la vie, et en particulier sur la bénédiction qu’est la famille.

Le récit de l’évangile pour cette fête (Luc 2,41-52) rapporte un incident de la jeunesse de Jésus qui est unique dans le Nouveau Testament. Le récit de l’enfance, tout en donnant peu de détails concernant la première partie de la vie de Jésus, mentionne que « les parents de Jésus allaient chaque année à Jérusalem à la fête de la Pâque (2,41), » une indication de leur piété, leur fidélité à la loi et à la tradition d’Israël.

Quand il eut douze ans, ils firent le pèlerinage suivant la coutume. Comme ils s’en retournaient à la fin de la semaine, le jeune Jésus resta à Jérusalem sans que ses parents s’en aperçoivent. C’est au bout de trois jours qu’ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs de la Loi : il les écoutait et leur posait des questions (2,42-43.46)

Les paroles mystérieuses de Jésus à ses parents semblent maîtriser leur joie de le trouver: « Comment se fait-il que vous me cherchiez ? Ne saviez-vous pas que je dois être chez mon Père ? (2,49). Cette phrase peut aussi être traduite: « Je dois être immergé dans le travail de mon Père. » Dans les deux traductions, Jésus réfère à Dieu comme son Père. Sa filiation divine et son obéissance à la volonté de son Père céleste prennent le pas sur ses liens avec sa famille.

En dehors de cet événement, toute la période de l’enfance et de la jeunesse de Jésus est passée sous silence dans l’Evangile. C’est l’époque de sa « vie cachée », résumée par Luc dans deux déclarations simples: Jésus « est descendu avec [Marie et Joseph] et vint à Nazareth, et il leur était soumis (Luc 2,51). » « Quant à Jésus, il grandissait en sagesse, en taille et en grâce, sous le regard de Dieu et des hommes (Luc 2,52). » Avec cet épisode, le récit de l’enfance se termine comme il a commencé, dans le cadre du temple de Jérusalem.

Nous apprenons des Évangiles que Jésus vécut dans sa propre famille, dans la maison de Joseph, qui avait pris la place d’un père à l’égard du fils de Marie en aidant et en protégeant, et peu à peu en le formant au métier de menuisier. Les gens de la ville de Nazareth le considéraient comme « le fils du charpentier » (Matthieu 13,55). Lorsqu’il commença à enseigner, ses concitoyens demandèrent avec surprise: « N’est-ce pas le charpentier, le fils de Marie ? » (Marc 6,3). Outre sa mère, ils ont évoqué également ses « frères » et ses « sœurs », qui vécurent à Nazareth. Ce sont eux qui, comme l’évangéliste Marc le mentionne, cherchèrent à détourner Jésus de son activité d’enseignement (Marc 3,21). Évidemment, ils n’ont rien trouvé en lui qui justifiait le début d’une telle activité. Ils pensaient que Jésus était comme n’importe quel autre israélite, et devrait le rester.

École de Nazareth

Les paroles du pape Paul VI prononcées à Nazareth le 5 janvier 1964 constituent une belle réflexion sur le mystère de Nazareth et de la Sainte Famille. Ses paroles nous inspirent tous à imiter la famille de Dieu dans leurs belles valeurs du silence, de vie familiale et professionnelle.

Nazareth est l’école où l’on commence à comprendre la vie de Jésus: l’école de l’Evangile. Ici on apprend à regarder, à écouter, à méditer et à pénétrer la signification, si profonde et si mystérieuse, de cette très simple, très humble et très belle manifestation du Fils de Dieu. Peut-être apprend-on même insensiblement à imiter. Ici on apprend la méthode qui Nous permettra de comprendre qui est le Christ. Ici on découvre le besoin d’observer le cadre de son séjour parmi nous: les lieux, les temps, les coutumes, le langage, les pratiques religieuses, tout ce dont s’est servi Jésus pour se révéler au monde.

Une leçon de silence d’abord. Que renaisse en nous l’estime du silence, cette admirable et indispensable condition de l’esprit; en nous qui sommes assaillis par tant de clameurs, de tracas et de cris dans notre vie moderne bruyante et hypersensibilisée. O silence de Nazareth, enseigne-nous le recueillement, l’intériorité, la disposition à écouter les bonnes inspirations et les paroles des vrais maîtres; enseigne-nous le besoin et la valeur des préparations, de l’étude, de la méditation, de la vie personnelle et intérieure, de la prière que Dieu seul voit dans le secret.

Une leçon de vie familiale. Que Nazareth nous enseigne ce qu’est la famille, sa communion d’amour, son austère et simple beauté, son caractère sacré et inviolable; apprenons de Nazareth comment la formation qu’on y reçoit est douce et irremplaçable; apprenons quel est son rôle primordial sur le plan social.

Une leçon de travail. Nazareth, ô maison du « fils du charpentier », c’est ici que nous voudrions comprendre et célébrer la loi sévère et rédemptrice du labeur humain; ici rétablir la conscience de la noblesse du travail; ici rappeler que le travail ne peut pas être une fin à lui-même, mais que sa liberté et sa noblesse lui viennent, en plus de sa valeur économique, des valeurs qui le finalisent.

Défis pour aujourd’hui

De nos jours, nous sommes témoins d’un manque inquiétant de milieux éducatifs, non seulement en dehors de l’Église, mais aussi au sein de l’Eglise. La famille chrétienne n’est plus capable à elle seule d’assurer la transmission de la foi à la génération suivante, pas plus que la paroisse, même si elle continue d’être la structure indispensable pour la mission pastorale de l’Église dans un lieu donné.

En tant que communauté chrétienne et en tant que société en général, nous devons faire davantage pour encourager l’union, l’engagement d’un homme et d’une femme qui demeure essentiel à toutes les civilisations, et s’est avéré être le meilleur soutien pour les droits et les besoins des enfants. Nous devons bien réfléchir sur les conséquences sociales de la redéfinition du mariage, en examinant tout ce qui est impliqué si la société ne donne plus une place privilégiée et une valeur fondamentale à l’union pour la vie entre un homme et une femme dans le mariage. Comme la clé de voûte de la société, la famille est l’environnement le plus favorable pour accueillir les enfants. En même temps, la liberté de conscience et de religion doit être assurée, tout en respectant la dignité de toute personne, quelle que soit leur orientation sexuelle.

Deux problèmes distincts se dégagent de ces grands débats de notre époque concernant le mariage et la famille. La fête de la Sainte Famille lance une invitation urgente, en particulier aux fidèles laïcs, de faire respecter la dignité de l’institution et du sacrement du mariage. Appuyez les programmes de préparation au mariage dans vos communautés paroissiales. Exigez que, dans vos paroisses et diocèses, il y ait de solides programmes vocationnels pour les jeunes. Les paroisses, diocèses et mouvements laïcs qui n’ont pas de stratégie pastorale créative ni de programme vocationnel sur le mariage pour les jeunes laissent la porte ouverte à une confusion morale considérable, à de l’incompréhension, de la désinformation, et laissent ainsi un vide à combler.

Du même coup, nous ne pouvons oublier que d’autres liens d’amour et d’interdépendance, d’engagement et de responsabilité mutuelle existent dans la société. Ils peuvent être bons, ils peuvent même être reconnus par la loi. Ils ne sont pas les mêmes que le mariage, ils sont quelque chose d’autre. Aucune extension de la terminologie à des fins juridiques ne va changer la réalité observable que seule l’union d’un homme et d’une femme porte, non seulement le lien d’interdépendance entre les deux adultes, mais la capacité inhérente à mettre au monde des enfants.

En cette fête de la Sainte Famille, nous renouvelons notre engagement en faveur de l’édification de la famille humaine, du renforcement et de la consécration du mariage, de la bénédiction et de l’éducation des enfants, et pour faire de nos foyers, nos familles et nos paroisses des lieux accueillants pour les femmes et les hommes de toute race, langue, orientation et mode de vie. 

Fondement de la société       

« L’avenir de l’humanité passe par la famille », comme Saint Jean-Paul II aimait dire souvent. Les lectures d’aujourd’hui nous rappellent que la famille a un impact vital sur la société. Le fondement de la société est la famille. Et le fondement de la famille est le mariage. La vocation au mariage est inscrite dans la nature même de l’homme et de la femme. Comme la clé de voûte de la société, la famille est l’environnement le plus favorable pour accueillir les enfants. Nous avons besoin de jeunes adultes qui diront leur « oui » avec joie, conviction, foi et espérance. Ils sont notre avenir et notre espoir. Nous ne pouvons pas construire l’avenir de la société et de l’Église sans les personnes mariées. Sans elles, nous n’aurons pas de saintes familles aujourd’hui.

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(Image : The Holy Family with the Holy Trinity by Bartolomé Esteban Murillo)

Emmanuel, notre prière et notre promesse

Nativité du Seigneur – mardi 25 décembre 2018

Isaïe 62,1-5
Actes 13,16-17,22-25
Matthieu 1,1-25
ou 1,18-25

L’évangile pour la messe de la nuit de Noël, tiré du récit de l’enfance chez Matthieu (1,1-5), présente un riche panorama de l’incarnation. Plus que Marc et Luc, Matthieu résume l’origine juive de Jésus : la généalogie le présente comme « Fils de David, fils d’Abraham » (1,1) et ne remonte pas plus loin. Matthieu insiste sur les quatorze générations, probablement parce qu’en hébreu quatorze est la valeur numérique des lettres formant le nom de David.

Des deux généalogies de Jésus dans les récits néotestamentaires de Matthieu et Luc, celle de Matthieu est présentée dans un ordre décroissant, listant les ancêtres de Jésus, fils de Marie, en commençant par Abraham. L’autre généalogie, tirée de Luc (3,23-28) est en ordre croissant, commençant par Jésus et remontant jusqu’à Adam. Alors que la généalogie de Luc relie Jésus avec toute l’humanité, la généalogie de Matthieu met en évidence sa descendance d’Abraham. C’est en tant que fils d’Israël, peuple choisi de Dieu dans l’ancienne alliance auquel il appartient directement, que Jésus de Nazareth est pleinement membre de la famille humaine.

Alors que la généalogie montre la continuité du plan providentiel de Dieu à partir d’Abraham, on y trouve aussi une certaine discontinuité. Les femmes Tamar (1,3), Rahab et Ruth (1,5) et la femme de Urie, Bethsabée, eurent des fils à travers des unions aussi étranges qu’inattendus. Ces « irrégularités » culminent dans la grande « irrégularité » de la naissance du Messie d’une jeune vierge. Matthieu a pris soin d’attirer notre attention sur les particularités de ces femmes bibliques de l’Ancien Testament, peut-être pour nous prévenir que quelque chose d’encore plus étrange allait arriver ou peut-être pour nous permettre de faire le lien, lorsque la nouvelle sera annoncée, entre cette annonce et la manière étrange de faire de Dieu dans le passé. Notre Dieu écrit certainement droit sur des lignes courbes et cette généalogie en est une preuve vivante !

Jésus accomplit les prophéties de l’Ancien Testament

L’évangile de Matthieu porte sur l’accomplissement des écritures en Jésus. L’ange, le songe, le commandement de ne pas avoir peur, le couple juste faisant ce qui est dit – tout cela est très familier pour quelqu’un qui lit et entend l’histoire avec des lunettes bibliques. Matthieu nous dit que la naissance de Jésus accomplit dans l’histoire humaine au moins trois thèmes bibliques. Il apporte Israël dans la Terre Promise ; « Jésus » est le Grec pour « Josué ». Comme Emmanuel, il donne corps à la présence de Dieu parmi son peuple (Isaïe 7,14 cité en 1,23). Comme nouveau David, il est le Messie né à Bethléem (2,5 accomplissant Michée 5,1-3)

Dans la généalogie, Jésus est le point culminant vers lequel tend l’histoire de la longue alliance d’Israël, particulièrement dans sa dernière phase tragique. Matthieu est en accord avec ses contemporains juifs qui voient l’exil comme le dernier événement marquant avant Jésus; lorsque l’ange dit que Jésus « sauvera son peuple de ses péchés » (1,21), la fin de l’exil est en vue. Jésus, le véritable descendant de David, accomplira l’alliance d’Abraham en annulant l’exil et toutes ses conséquences.

Puisant à la fois dans la tradition biblique et les récits juifs, Matthieu dresse un portrait de Jésus revivant l’expérience d’Israël pendant l’exode et les persécutions de Moise. Son rejet par son propre peuple et sa passion sont annoncées, assombries par la troublante question de « tout Jérusalem » à la question des mages qui cherchaient le « nouveau roi des Juifs » (2,2-3) et par la tentative d’Hérode de le tuer. Les mages qui lui rendent hommage préfigurent les Gentils qui accueilleront la prédication de l’Evangile. Les récits d’enfance proclament que Jésus est le sauveur de son peuple pour leurs péchés. (1,21), Emmanuel – « Dieu avec nous » (1,23), et le Fils de Dieu (2,15).

Matthieu limite la mission de Jésus « aux brebis perdues de la maison d’Israël » (15,24) durant sa vie publique ainsi que celle des douze (10,5-6). Plus que tous les autres évangélistes, il prend grand soin de mentionner les événements dans la vie de Jésus « comme cela avait annoncé par les prophètes pour accomplir les écritures » (2,23). Jésus lui-même le dit clairement qu’il est venu non pas abolir la loi mais l’accomplir (5,17). Cette histoire extraordinaire, guidée dès le début par la main puissante du Dieu de l’alliance, trouve son accomplissement en Jésus, « qui est appelé Christ » (1,16). Le terme « Christ » est l’équivalent en grec du mot hébreu « Messie », qui signifie « oint ». Israël, le peuple choisi de Dieu, a vécu pendant des générations dans l’attente de l’accomplissement de la promesse du Messie, dont la venue fut préparée par l’histoire de l’alliance.

Du point de vue de Joseph

Le récit de Matthieu est raconté du point de vue de Joseph, alors que celui de Luc, plus familier, est vu de Marie. Homme droit, Joseph est présenté comme un observant dévoué de la loi de Moïse (1,19). Son engagement envers Marie fut la première étape du mariage instituant un homme et une femme comme mari et épouse. Par conséquent, une infidélité était considérée comme un adultère. L’engagement était suivi quelques mois plus tard par l’installation de la femme chez son mari, moment où la vie maritale commençait.

La conception virginale de Jésus est l’œuvre de l’Esprit de Dieu. Matthieu considère la conception virginale comme l’accomplissement d’Isaïe 7,14. La décision de Joseph de divorcer Marie est renversée par le commandement divin de la prendre chez lui et d’accepter l’enfant comme le sien. La généalogie naturelle est rompue mais les promesses de David sont accomplies; par l’adoption de Joseph, l’enfant appartient à la famille de David.

Etant donné les circonstances, Joseph souhaitait rompre son union avec quelqu’un qu’il suspectait d’avoir violé la loi. Il est dit que la loi l’obligeait à faire cela, mais les textes cités pour appuyer cette affirmation, par exemple en Dt 22,20-21, ne se rapportent pas clairement à la situation de Joseph. Il ne voulait pas l’exposer à la honte: la peine pour un adultère était la lapidation. (Cf. Deut 22,21-23.)

Dans une autre référence à l’Ancien Testament, le Joseph du Nouveau Testament reçoit un message de Dieu durant un songe, de la part de « l’ange du Seigneur ». Ces songes peuvent rappeler ceux de Joseph, fils de Jacob le patriarche (Gen 37,5-1.19). Un parallèle très proche est le rêve d’Amram, père de Moïse, raconté par Flavius Josèphe dans ses Antiquités Juives.

Joseph a protégé et pris soin de Jésus ainsi que Marie. Il a nommé Jésus, lui a appris à prier, travailler, à être un homme. Alors que nulle parole ou texte ne lui sont attribués, nous pouvons être surs que Joseph prononça deux paroles les plus importantes qui pouvaient être dites quand il nomma son fils « Jésus » et l’appela « Emmanuel ».

Emmanuel: Dieu vraiment avec nous

Le soir de Noël, nous écoutons attentivement les paroles des prophètes, le songe de Joseph et la promesse de Dieu qui prend chair dans le sein de la Vierge. Il devient clair pour nous que l’histoire de la naissance d’un bébé à Bethleem ne fut pas un conte folklorique idyllique. Ce fut l’accomplissement véritable des espoirs et des attentes, des rêves et des désirs du peuple de l’ancien Israël. Dieu n’abandonne pas l’humanité mais il vient dans tout ce qui rend généralement la vie difficile sur terre. Chez Matthieu, la promesse de Dieu de la délivrance de Juda au temps des prophètes est accomplie dans la naissance de Jésus, par lequel Dieu vient au milieu de son peuple.

La réponse aux attentes les plus profondes de l’humanité à travers les temps réside dans le nom « Emmanuel ». Nous trouvons dans ce nom à la fois une prière et une excuse (de notre part) et une promesse et déclaration de la part de Dieu. Quand nous prononçons ce mot, nous prions réellement et supplions « Dieu, sois avec nous ! » Et quand Dieu parle, le puissant, l’éternel, l’omniprésent créateur du monde nous dit : « Je suis avec vous » dans cet enfant.

En l’enfant Jésus, Dieu est avec nous, pas simplement pour nous bénir dans une sorte de brève apparition à un moment difficile de l’histoire. Ni pour utiliser Jésus comme aide, protection et guide. Non le petit Seigneur Jésus endormi dans la crèche de Bethleem est « Dieu avec nous » parce qu’il est Dieu. Le vrai message de Noël nous laisse sans voix et continue de stupéfier notre imagination : la deuxième personne de la Trinité, le seul fils du Père, la parole éternelle, notre créateur veut le vêtir de notre nature et devenir homme, notre frère, l’un de nous. Dieu lui-même repose dans la mangeoire, pleinement humain, pleinement divin. Dans le récit de Noël dans Luc, les bergers retournent à leurs champs en se réjouissant ; dans Matthieu, les sages se prosternent en adoration avec émerveillement parce qu’ils réalisent qui est devant leurs yeux : ils étaient en présence de leur Créateur fait homme, de la Parole faite chair, de Dieu devenu l’un de nous.

Le nom Emmanuel fait aussi allusion à la fin de l’évangile de Matthieu où Jésus ressuscité assure à ses disciples la continuité de sa présence, « … Je suis avec vous pour toujours, jusqu’à la fin des temps » (28,20). Dieu a, en vérité, gardé sa promesse en Jésus. Jésus accomplit véritablement le plan de Dieu en parole et actes, dans le désir et la présence, en chair et en sang.

Une exigence démesurée

Rendons grâces à Dieu le Père de Jésus qui écrit droit sur les lignes courbées de nos propres vies et de l’histoire humaine. Puissent nos cœurs accueillir l’Emmanuel qui prend chair dans nos vies à Noël cette année. Et dans les mots de sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix dans « Le Mystère de Noël » :

Pour imprégner une vie humaine tout entière de la vie divine, il ne suffit pas de s’agenouiller une fois par an devant la crèche et de succomber au charme de la nuit sainte. Pour accomplir cela, nous devons être quotidiennement en contact avec Dieu. […] Exactement de même que notre corps terrestre a besoin chaque jour de pain, de même nous devons nourrir notre vie divine.

« C’est le pain vivant descendu du ciel. »

Si c’est vraiment notre pain quotidien, alors le mystère de Noël, l’incarnation du Verbe, seront quotidiennement rejoués en nous. Et cela, semble-t-il, est le chemin le plus sûr pour rester en constante union avec Dieu […] Je suis bien consciente que beaucoup pensent que c’est une exigence démesurée. Dans la pratique cela signifie que la plupart de ceux qui prennent cette habitude devront réorganiser complètement leur vie intérieure et extérieure. Mais c’est ce que cela signifie. Est-ce réellement trop exigeant de faire une place dans notre vie pour le Sauveur Eucharistique, pour qu’Il puisse transformer notre vie en la Sienne ?

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(Image : L’adoration des bergers par Jacopo Bassano)

Découvrir la possibilité de l’impossible

Quatrième dimanche de l’Avent, Année C – 23 décembre 2018

Michée 5,1-4a
Hébreux 10,5-10
Luc 1,39-45

Le récit de l’enfance de l’évangile de Luc contient certaines des scènes bibliques les plus touchantes et les mieux connues du Nouveau Testament.

Non seulement l’annonce des débuts du Baptiste précède celle de Jésus (1,5-24), mais la naissance de Jean le Baptiste précède la naissance de Jésus (1,26-38). L’annonce à Marie de la naissance de Jésus (Lc 1,39-45) est parallèle à l’annonce à Zacharie de la naissance de Jean. Dans les deux histoires, l’ange Gabriel apparaît à l’un des parents qui est troublé par la vision (Luc 1,11-12,26-29), puis l’ange dit de ne pas avoir peur (Luc 1,13.30). Après l’annonce (Luc 1,14-17.31-33), le parent fait une objection (Luc 1,18.34) et un signe est donné afin de confirmer l’annonce (Luc 1,20.36). Le focus de l’annonce de la naissance de Jésus porte sur son identité de Fils de David (Luc 1,32-33) et Fils de Dieu (Luc 1,32.35).

Dans la scène très intime de la visitation de Marie à Élisabeth (1,39-45), le Précurseur et le Seigneur sont cachés l’un de l’autre, ils ne peuvent se voir. Pourtant, avant même que les deux femmes s’embrassent, Jean tressaillit d’allégresse dans le ventre de sa mère, ayant reconnu la présence du Seigneur et du Messie dans le sein de Marie. Les deux naissances sont saluées par deux beaux cantiques: le Benedictus chanté par Zacharie, père de Jean-Baptiste à la naissance de son fils (1,68-79) et le Nunc Dimittis proclamé par Siméon, l’homme « juste et pieux » dans le temple de Jérusalem, alors qu’il prend l’enfant Jésus dans ses bras (2,22-35).

Les deux femmes enceintes de l’évangile de ce dernier dimanche de l’Avent, Marie et Élisabeth, reconnurent des signes de Dieu chez l’une et l’autre. Pour expliquer à Marie sa conception virginale, l’ange Gabriel lui offrit l’exemple d’Élisabeth: « Sache que ta cousine Élisabeth va concevoir un fils dans sa vieillesse, elle qui était considérée comme stérile est maintenant à son sixième mois, car rien n’est impossible à Dieu » (Luc 1,36). Par le mouvement de l’enfant dans son ventre à l’arrivée de Marie, Elisabeth saisit aussi que quelque chose d’extraordinaire se passait. « Qui suis-je pour que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » Chacune des femmes expérimente en elle la possibilité de l’impossible.

La visitation de Marie à Elisabeth s’est avérée être une visitation divine, l’arche de Dieu qui n’apporte pas la terreur mais la bénédiction qu’il a faite de la maison d’Obed-Edom de Gath (1 Samuel 6,9-11). Contrairement à Sarah, qui avait ri à l’idée qu’elle pourrait concevoir et mettre au monde un enfant d’Abraham dans sa vieillesse (Genèse 18,12) et, contrairement à Zacharie, son mari, qui avait été frappée de stupeur pour mettre en doute la puissance de Dieu dans cette affaire (Luc 1:8-20), Élisabeth rend grâce à Dieu et demeure confiante en sa providence: « Voilà ce que le Seigneur a fait pour moi, lorsqu’il a daigné mettre fin à ce qui faisait ma honte aux yeux des hommes » (Luc 1,25). Marie, pour sa part, mérite d’être acclamée par Élisabeth comme « celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »

Bien que Marie soit louée pour être la mère du Seigneur et à cause de sa foi, elle réagit comme le serviteur d’un psaume de louange, le Magnificat. Le « Magnificat » célèbre les merveilles de la grâce de Dieu dans la vie non seulement de ces deux femmes de l’Avent, mais de tous ceux pour qui « le Puissant a fait des merveilles » (Luc 1:49).

Il y a deux aspects de la scène de la Visitation à considérer. Le premier est que tout intérêt personnel de Marie ou d’Élisabeth est mis de côté. Toutes deux avaient de bonnes raisons d’être très préoccupées par leur grossesse et tout ce qu’apporte une nouvelle vie. Les deux femmes avaient le droit de se concentrer sur elles-mêmes pendant un certain temps alors qu’elles apportaient des ajustements radicaux à leur vie quotidienne. Marie tend la main vers sa cousine pour l’aider et être aidée par elle. Ces deux grandes femmes bibliques se sont consolées entre elles, ont partagé leurs histoires, au moment où elles firent l’expérience d’une vie nouvelle en elles : Élisabeth après ses longues années de stérilité avec cette grossesse subite, et Marie, après sa rencontre avec le messager céleste, créant une situation maritale et une grossesse toutes deux « irrégulières ».

Le deuxième point à considérer est la réponse et la rapidité de Marie. Luc nous raconte qu’elle s’est engagée « en hâte » pour un long et périlleux voyage de Nazareth à un village situé dans les montagnes de Judée. Elle savait bien ce qu’elle voulait et rien ni personne ne pouvait l’arrêter.
Dans son commentaire de l’Evangile de Luc, saint Ambroise de Milan décrit cette précipitation avec une expression latine complexe, nescit tarda molimina Spiritus Sancti gratia qui pourrait signifier: « la grâce de l’Esprit Saint ne connaît pas les efforts que l’on reporte sans cesse » ou
« les efforts reportés sont étrangers à la grâce de l’Esprit Saint ». Le choix libre de Marie d’aller de l’avant reflète une décision prise au plus profond de son cœur, suivie d’une action immédiate.

Combien de choses dans notre vie avons-nous rêvé de faire, aurions-nous dû faire, et n’avons jamais faites – des lettres à écrire, des rêves qui auraient dû être réalisés, la gratitude qui n’a pas été exprimée, l’affection qui n’a jamais été montrée, des mots qui auraient dû être prononcés ? Les reports et les retards nous pèsent, nous fatiguent et nous découragent. Ils nous rongent. Combien est vraie la parole de saint Ambroise lorsqu’il décrit l’empressement de Marie: l’Esprit s’empara complètement de la Vierge fille de Nazareth, et l’obligea à agir.

L’histoire de la Visitation nous enseigne une leçon importante: quand le Christ se développe à l’intérieur de nous, nous sommes conduits vers des personnes, des lieux et des situations dont nous n’avons jamais rêvé. Nous allons porter des paroles de consolation et d’espérance qui ne sont pas les nôtres. Dans l’acte même de consoler les autres, nous serons consolés. Nous serons en paix, recueillis, car nous savons qu’aussi insignifiants que puissent nous paraître notre vie et nos problèmes, le Christ se sert d’eux pour prendre forme en nous.

Les femmes de l’évangile d’aujourd’hui nous montrent qu’il est possible d’aller au-delà de nos propres petits intérêts personnels et de s’engager dans un ministère et un service authentiques dans l’Eglise. Un ministère et un service ne font pas simplement que des choses pour les autres. Les ministres et les serviteurs chrétiens authentiques se permettent de servir et d’être servis, enseignés, soignés, consolés et aimés. De tels moments nous libèrent et nous permettent de chanter le Magnificat sur notre chemin, et célébrer les merveilles que Dieu fait pour nous et pour son peuple.

Considérez ces paroles de la Sainte Mère Teresa de Calcutta (1910-1997):

Dans le mystère de l’Annonciation et de la Visitation, Marie est le modèle même de la vie que nous devrions mener. Tout d’abord, elle a accueilli Jésus dans son existence, puis, elle a partagé ce qu’elle avait reçu. Chaque fois que nous recevons la sainte communion, Jésus le Verbe se fait chair dans notre vie – don de Dieu qui est à la fois beau, doux, unique. Ainsi fut la première eucharistie: Marie offrant son Fils en elle, en qui il avait fait le premier autel. Marie, la seule qui pouvait affirmer avec une confiance absolue, « ceci est mon corps », à partir de ce moment, a d’abord offert son propre corps, sa force, tout son être, pour former le Corps du Christ.

Permettez-moi de conclure avec ces pensées que m’a confiées une religieuse italienne âgée il y a plusieurs années alors que je prêchais dans une petite ville d’Ombrie, en Italie, juste avant Noël. Le poème est intitulé « Bellezza » qui signifie « beauté » et parle du choix de Dieu de Marie pour une mission spéciale.

Ne souriez pas, frères et sœurs,
Et ne haussez pas les épaules:
Notre Dieu est fascinant et ce qu’Il fait dépasse toujours l’impossible
Dieu s’est penché sur une femme et l’aima,
Et celui qui aime, même avant de regarder le visage
cherche la beauté qui se trouve dans le cœur.
Dieu regarda une femme qui était de la race
des plus petits, des sans nom,
Ceux qui vivent loin des palais –
Ceux qui travaillent dans les cuisines,
Ceux qui viennent du nombre des humbles et des oubliés,
Ceux qui n’ouvrent jamais la bouche et qui sont habitués à la pauvreté.
Dieu la regarda et la trouva belle
et cette femme a été donnée à lui comme si elle était sa bien-aimée
pour la vie et la mort.
À partir de maintenant toutes les générations la diront bienheureuse.
Dieu regarda une femme. Son nom était Marie.
En tant que femme qui se donne, elle crut,
et pendant la nuit, dans une grotte, elle cria de douleur,
et de son ventre Dieu lui-même est né,
apportant avec lui le salut et la paix, comme des trésors pour l’éternité.
Comme une femme qui se livre et ne regrette jamais,
elle a cru malgré toute l’obscurité qui l’enveloppait,
malgré tous les doutes qui l’envahissaient.
Désormais son nom sera chanté, parce que Dieu la prit
et elle s’est donnée à lui, elle, Marie, l’une des nôtres.
Et Dieu la couronna d’étoiles et la vêtit du soleil,
et sous ses pieds, Dieu a placé la lune.

Son nom est Marie, et si vous regardez son Seigneur, c’est parce que sur notre terre remplie de femmes et d’hommes, vous avez trouvé une telle beauté.

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Paroles Faites Chair: Réflexions Bibliques pour l’Année C

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(Image : la Fuite en Egypte par Eugène-Alexis Girardet)

Réjouis-toi, fille de Sion !

Troisième dimanche de l’Avent, Année C – 16 décembre 2018

Sophonie 3,14-18a
Philippiens 4,4-7
Luc 3,10-18

L’Avent, loin d’être un temps de pénitence est un temps de réjouissance. Les chrétiens proclament que le Messie va vraiment venir et que le règne de Dieu est à notre portée. Pendant ces semaines nous sommes invités à préparer tranquillement nos cœurs et nos vies à la venue du Fils de Dieu dans notre chair. En ce 3e dimanche de l’Avent connu sous le nom du « Dimanche de la Joie », portons notre attention sur deux thèmes importants qui se trouvent dans les lectures des Écritures: l’expression biblique « fille de Sion » et la signification de « se réjouir ».

Le texte riche de la première lecture du prophète Sophonie (3,14-18a-20) parle de la « fille de Sion », la personnification de la ville de Jérusalem. Prenons le temps de réfléchir sur le sens de ce titre de la ville sainte et voyons comment et pourquoi l’Eglise attribue ce titre à Marie, Mère du Seigneur.

« Fille de Sion » est la personnification de la ville de Jérusalem. « Sion » était le nom de la citadelle Jébuséenne qui devint plus tard la Cité de David. Dans les nombreux textes de l’Ancien Testament qui parle de la « fille de Sion », il n’y a pas de distinction réelle entre une fille de Sion et la ville de Jérusalem elle-même. Dans l’Ancien Testament, le titre « Vierge d’Israël » est le même que celui de « Fille de Sion ». L’image de l’épouse du Seigneur se trouve dans Osée aux chapitres 1-3: elle symbolise l’infidélité du peuple à son Dieu. Jérémie 3,3-4 parle de la prostitution et de l’infidélité de l’épouse. « Virginité » dans l’Ancien Testament renvoie à la fidélité de l’Alliance. Dans la 2e lettre aux Corinthiens 11,2, Paul parle de l’Eglise comme d’une vierge pure. La virginité représente ici la pureté de la foi.

Tout au long de l’Ancien Testament, il est dit que c’est dans Sion-Jérusalem que Dieu rassemblera tout son peuple. Dans Isaïe 35,10 les tribus d’Israël se rassembleront à Sion. Dans Ezéchiel 22,17-22, le prophète décrit la purification de son peuple par Dieu qui passera dans l’enceinte des murs de la ville, au milieu de Jérusalem. Le mot hébreu utilisé pour décrire cette partie interne de la ville est « beqervah » un mot formé de la racine « qerev » signifiant quelque chose de profond, d’intime, situé à l’intérieur de la personne. Cela signifie aussi l’utérus maternel, les entrailles, les intestins, la poitrine, d’une personne, la partie la plus secrète de l’âme, là où résident la sagesse, l’esprit, la malice et la Loi du Seigneur. Par conséquent, la ville de Jérusalem a une fonction maternelle bien définie dans l’histoire du salut.

« Fille de Sion » dans la Tradition Chrétienne 

Le Concile Vatican II a officiellement nommé Marie « fille de Sion » dans la constitution dogmatique sur l’Eglise Lumen Gentium no 52. L’appropriation de ce titre par l’Eglise pour la mère du Seigneur a un riche fondement scripturaire. Marie illustre les prophéties de l’Ancien Testament qui affirment toute la valeur du rôle eschatologique d’une femme en tant que mère à la fois du Messie et du nouveau peuple de Dieu. Le titre « fille de Sion » évoque le grand symbole biblique du Sion Messianique.

Marie illustre les prophéties des Écritures hébraïques qui lui attribuent toute la valeur du rôle eschatologique d’une femme en tant que mère à la fois du Messie et du nouveau peuple de Dieu : dans la culture d’Israël, la personne individuelle et le peuple entier étant profondément liés.

Pour les prophètes, la « fille de Sion » était l’épouse du Seigneur lorsqu’elle a observé l’Alliance. Le rôle de Marie comme « fille de Sion », de même que pour chacun de ses rôles au sein du peuple de Dieu, ne peut jamais être compris indépendamment du Christ et de l’Esprit donné à l’humanité en mourant sur la croix. Lumen Gentium dit que toute théologie et piété mariale appartiennent au mystère du Christ et au mystère de l’Eglise.

Marie « fille de Sion » est l’archétype de l’Eglise en tant que épouse, vierge et mère. Ce n’est pas seulement une virginité biologique, mais une virginité spirituelle qui signifie la fidélité aux Ecritures, l’ouverture envers les autres et la pureté de la foi. Les paroles de Marie aux serviteurs du banquet de noce à Cana (Jn 2,1-12) sont une invitation à tous les peuples à devenir une partie du nouveau peuple de Dieu. Marie est la nouvelle « fille de Sion » parce qu’elle a invité les serviteurs à obéir parfaitement au Seigneur Jésus. À Cana, cette nouvelle « fille de Sion » a parlé au nom de tous. À ces deux moments, à Cana et au Calvaire, (dans l’évangile de Jean) Marie représente non seulement sa maternité et sa relation physique avec son fils, mais aussi son rôle hautement symbolique de « Femme » et « Mère » du peuple de Dieu.

Au Calvaire plus qu’à toute autre place dans le quatrième évangile, Marie est « Mère de Sion » : sa maternité spirituelle commence au pied de la croix.

Comme « Mère de Sion », elle n’accueille et ne représente pas seulement Israël, mais l’Eglise, le Peuple de Dieu de la Nouvelle Alliance. Au pied de la croix, Marie est la Mère du nouveau peuple messianique, de tous ceux qui sont un dans le Christ. Celle qui porta en son sein Jésus, prend place maintenant dans l’assemblée du peuple saint de Dieu. Elle est la nouvelle Jérusalem : dans son propre sein était le Temple, et tous les peuples seront rassemblés dans le Temple qui est son Fils. La Mère de Jésus est en vérité la Mère de tous les enfants de Dieu. Elle est la Mère de l’Eglise. Marie est la première « fille de Sion », menant tout le peuple de Dieu dans sa marche vers le Royaume.

Je ne peux que rappeler les paroles du Cardinal Marc Ouellet, archevêque de Québec, dans son discours d’ouverture au Synode des Evêques sur « La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Eglise » en octobre 2008: « Une femme, Marie, accomplit parfaitement la vocation divine de l’humanité par son Oui à la parole d’Alliance et à sa mission. A travers sa maternité divine et spirituelle, Marie apparaît comme le modèle et la forme permanents pour l’Eglise, en tant que première Eglise. »

Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur ! 

Dans la seconde lecture de ce dimanche, saint Paul nous dit de nous réjouir sans cesse dans le Seigneur (Phil 4,4-7; voir aussi Phil 2,18; 3,1; 4,4). La joie à laquelle nous invite Paul forme le cœur du temps de l’Avent. Nous devons toutefois nous demander : de quoi les chrétiens persécutés devaient-ils se réjouir ? Ils devraient se réjouir de leur relation avec le Seigneur, qui peut même devenir plus forte et plus intime dans les périodes de persécutions. Leur joie n’est pas liée aux circonstances; en vérité, elle est souvent en dépit des circonstances. Elle est plutôt dans le Seigneur. La joie jaillit d’une profonde et confiante relation avec Dieu qui porte le croyant à travers toutes sortes d’épreuves et tribulations. Se réjouir dans le Seigneur est une sorte d’adoration, adoration qui prend la forme de prière. Se réjouir mène constamment à la prière et à la louange répétée. Puisque Paul réfère à l’action de grâce après avoir mentionné la prière, il est probable que le terme « prière » renvoie aux demandes à Dieu sous toutes ces formes, peut-être en intercédant pour soi-même et pour les autres.

Le contraire de se réjouir     

Le contraire de la réjouissance et du bonheur n’est pas la douleur, mais l’engourdissement qui souvent se manifeste à travers le cynisme et l’étroitesse d’esprit et de cœur. Beaucoup d’entre nous connaissons ce sentiment : la mort et l’insatisfaction induites par une culture de consommation qui stimule nos sens et nous bombarde de choix sans signification, pendant que nous restons affamés pour quelque chose de profond. Ensuite il y a la jalousie, l’envie et ce sentiment d’accomplir si peu parce que nous avons été si peu motivés et avons fait de mauvais choix. Et lorsque nous réalisons que les autres ont été capables de faire beaucoup parce qu’ils ont été enracinés en Dieu, nous devenons jaloux et envieux. Ce ne sont pas des phénomènes nouveaux ! Le désir d’échapper à cette mort et cette insatisfaction fut l’un des motifs des pères et mères du Désert. Ils rejetèrent un monde dont la vision était la poursuite du pouvoir, de l’avoir et du plaisir. Ils allèrent au désert pour s’abreuver à la source de vie et de joie et découvrir leur propre vérité à travers la prière constante. Ayant trouvé le vide de ce que leur culture définit comme bonheur, ils cherchèrent une autre voie.

Pour conclure voici les paroles du pape Paul VI dans sa prodigieuse exhortation apostolique sur la joie chrétienne Gaudete in Domino :

[Marie] a saisi, plus que toutes autres créatures, ce que Dieu accomplit de plus merveilleux : Son nom est saint, il montre sa miséricorde, il élève les humbles, il est fidèle à ses promesses. Ce n’est pas que sa vie sorte de l’ordinaire mais elle médite le moindre signe de Dieu, les gardant dans son cœur (Luc 2,19; 51). Ce n’est pas qu’elle fut épargnée par les souffrances mais elle se tient debout, la mère des douleurs, au pied de la croix, associée d’une manière éminente au sacrifice de la résurrection ; et elle est aussi ouverte à la joie sans limite de la résurrection ; elle est élevée, corps et âme, dans la gloire du ciel. La première des rachetés, immaculée dès sa conception, l’incomparable demeure de l’Esprit, le pur support du rédempteur de l’humanité, elle est en même temps la Fille bien-aimée de Dieu et, en Christ, la Mère de tous. Elle est le modèle parfait de l’Eglise à la fois sur terre et dans la gloire.

En cet Avent, que l’exemple de Jean le Baptiste nous donne la force et le courage nécessaires pour transformer nos déserts en jardins et notre vide en expérience chrétienne signifiante. Que l’audace de saint Paul et l’exemple de Marie, la « Vierge Fille de Sion » nous apprennent comment nous réjouir dans le Seigneur dont la venue est proche.

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Les nations viendront vers la lumière…

Épiphanie du Seigneur – dimanche 7 janvier 2018

Les lectures de la liturgie de l’Epiphanie ont de quoi nous secouer! Considérons la scène de la prophétie d’Isaïe. Les Gentils viennent de lieux lointains, attirés par la splendeur de Jérusalem, apportant des cadeaux et portant tendrement les fils et filles de la Cité Sainte ! Même si la noirceur avait pu envelopper le peuple, la gloire du Seigneur permet à la lumière d’éclater et de briller comme une aube nouvelle.  Quelle manière adaptée pour décrire ce que nous venons tout juste de célébrer à Noël !

Dans l’évangile de Matthieu (2, 1-12), l’histoire de mages nous révèle le combat inévitable que la manifestation de Dieu dans le Christ implique pour le monde. En lisant l’histoire soigneusement, nous réalisons que nous sommes loin d’un conte pour enfants, nous sommes plutôt au cœur d’une tragique histoire d’adultes. Les lignes de combats sont tracées et les forces se préparent. Un enfant est né au même moment qu’un dirigeant aveuglé par le pouvoir sème la mort. Jésus était une menace pour Hérode et pour eux : pour le trône d’un seul, pour les empires religieux des autres.

Dans leurs pays lointains, les mages bénéficiaient d’un niveau de vie princier, mais il leur manquait quelque chose – ils étaient insatisfaits. Ils souhaitaient courir des risques pour trouver ce que leur vision leur avait montré. Contrairement aux bergers, les mages ont dû faire un long voyage ; ils ont dû affronter l’adversité pour atteindre leur but. Les bergers aussi connaissaient l’adversité et cela les avait préparés à entendre le message des anges. Mais une fois leur peur surmontée, ils avaient simplement «traversé Bethléem » pour rencontrer l’enfant Christ.

Les mages eux, avaient eu un voyage difficile pour arriver à Bethléem. C’était tout sauf la scène du pèlerinage sentimental que nous voyons souvent dans nos crèches ! Les mages n’étaient pas seulement des saints visionnaires ou de saugrenus personnages religieux ; ils voulaient parier leur argent, leur temps et leur énergie, et peut-être même leurs vies, pour trouver quelqu’un qui apporterait la vraie paix.

Les mages n’étaient pas complètement perdus  en arrivant à Jérusalem – la ville n’arrêta pas leur pèlerinage. En fait à Jérusalem, ils furent redirigés vers Bethléem. Ces hommes de l’Est, étrangers au vrai sens du mot, furent guidés non seulement par leur propre sagesse et leur connaissance des astres, mais ils furent aidés par les Ecritures hébraïques  qui forment à présent l’Ancien Testament. Le sens de ceci est important. Le Christ appelle tous les peuples de toutes les nations à le suivre. Les Gentils aussi bien que les Juifs. On pourrait dire que Jérusalem et l’Ancien Testament sont en quelque sorte un point de départ pour ces pèlerins sur leur chemin de foi en Jésus Christ. Les gens de cette grande ville, et même Hérode lui-même, furent des instruments pour guider les mages au Christ.

Qu’est-ce que cela signifie pour nos propres pèlerinages vers la vérité aujourd’hui ? Plus que le fait évident que l’Ancien Testament doit avoir une part centrale dans notre marche vers le Christ, ne devrait-il pas signifier aussi que nos propres villes, avec toute leur confusion et leur ambiguïté, peuvent aussi servir comme point de départ pour notre cheminement de foi ?

Au centre de ce récit évangélique rempli de contrastes se trouve un bébé, couché, Jésus de Bethléem qui est Joie.  Hérode a peur de cette « Grande joie pour tous les peuples ». Dans l’évangile de Matthieu, nous ne savons pas ce qui est arrivé aux mages lorsqu’ils retournèrent dans leur pays natal, mais nous pouvons être sûrs qu’ils étaient des hommes transformés. Ils découvrirent à Jérusalem et à Bethléem, qu’il n’y a plus un Dieu de ce pays ou d’un autre, ou un oracle proféré en un lieu lointain, mais un Dieu et un Sauveur qui devient chair et sang pour toute l’humanité. Et le Sauveur est joie.

À la fin, les mages sont allés leur chemin et parce qu’ils refusèrent d’être séduits par le cynisme, parce qu’ils s’autorisaient eux-mêmes à être surpris par cette grande joie, l’étoile à laquelle ils étaient liés, réapparut. Ce n’est pas seulement le récit de la naissance de Jésus, mais c’est aussi et toujours un récit pour notre temps. Quand nous avons trouvé notre joie durable au milieu du cynisme, du désespoir et de l’indifférence, la seule chose à faire est de s’agenouiller et d’adorer.

Gaspar, Melchior et Balthasar, bénissez nos cœurs et nos maisons de votre paix et de votre humilité ! Lorsque nous entendons les voix des vieux rois de la mort, de la peur et du cynisme, que nous ayons le courage d’aller notre propre chemin… nous réjouissant parce que, nous aussi, nous avons vu et nous avons fait l’expérience de la gloire de la venue du Seigneur.

Je conclus avec les mots de sainte Thérèse Bénédicte de la Croix (Edith Stein), cette grande mystique Carmélite et amoureuse de la Croix, qui écrivit si merveilleusement au sujet des mystères de Noël : Ceux qui sont agenouillés devant le berceau sont des personnages de lumière : les enfants innocents, les bergers confiants, les rois humbles, Etienne, le disciple enthousiaste, et Jean le disciple de l’amour, tous ceux qui ont suivi l’appel du Seigneur. Ils sont opposés par la nuit de l’obstination incompréhensible et l’aveuglement : les scribes, qui connaissent en vérité quand et où le Sauveur du monde doit naître, mais qui ne tireront pas la conclusion : « Allons à Bethléem ». Le roi Hérode, qui tuerait le Seigneur de la Vie. Les chemins se séparent devant l’Enfant dans la crèche…

Certains choisiront le chemin de la vie, d’autres celui de la mort. Aujourd’hui, alors que nous laissons la crèche de notre Roi nouveau-né et Seigneur, prenons le temps de nous engager de nouveau  pour la vie qui est le cœur et la joie de Noël.