Se préparer à la fête en cultivant son désir

Dimanche prochain le 2 décembre 2018, l’Église francophone du Canada vivra deux changements importants. Dans un premier temps, nous entrerons, comme l’ensemble de l’Église universelle, dans le temps de l’Avent. Un deuxième changement nous concerne aussi tout particulièrement. En effet, ce dimanche et ce pour la première fois, nous utiliserons une nouvelle traduction de la prière dominicale, le Notre-Père.

Pour conserver les plaisirs de la vie

Dans la liturgie latine, le temps de l’Avent (qui signifie avènement) met l’accent sur la dimension eschatologique de la foi ou, en d’autres termes, sur l’espérance du but ultime de notre vie et du monde qu’est le retour glorieux du Christ et la récapitulation de toutes choses en Lui. Bien évidemment tout cela est certes mystérieux et semble bien loin de notre expérience quotidienne. C’est pourquoi à chaque année, la liturgie nous invite à prendre le temps de souligner et méditer cette attente constitutive de notre foi.

On dit également de l’Avent qu’il s’agit d’un temps de préparation à Noël, ce temps de l’année où nous célébrons le Mystère de l’Incarnation du Fils de Dieu parmi nous. Cette emphase est particulièrement bien adaptée à notre nature humaine. En effet, nous faisons tous l’expérience d’une tension entre le plaisir et le désir. Plus nous désirons quelque chose, plus notre plaisir sera intense. Au contraire, lorsque nous ne désirons pas vraiment, nous n’avons pas beaucoup de plaisir, a fortiori lorsque nous ne désirons pas du tout ! Notre société de consommation nous a trop souvent convaincus que nous devons  tout avoir tout de suite, sans effort ni… désir. Cela est contradictoire et explique pourquoi les gens qui ont tout ce qu’ils désirent sont souvent blasés et à la recherche de toujours plus d’émotions fortes.

Si nous voulons conserver le plaisir, il nous faut donc apprendre à cultiver le désir. C’est ce que permet le temps liturgique de l’Avent. En nous recentrant sur l’essentiel de la venue du Christ à Noël, nous sommes invités à cultiver notre désir intérieur de pouvoir enfin le contempler dans la crèche. Ainsi, parce que nous aurons, à la fois, appris à attendre et à la fois compris ce qui est véritablement essentiel, toute notre vie se transformera et nous pourrons apprécier dans leur plénitude les plaisirs célestes et terrestres.

Un « Notre-Père » clarifié

Ce dimanche, les fidèles francophones du Canada vivront un autre changement majeur. En effet, pour la première fois, nous devrons réciter différemment la prière du Notre Père. Alors que nous étions habitués à dire : « Ne nous soumets pas à la tentation », nous dirons dorénavant : « Et ne nous laisse pas entrer en tentation ». La raison n’en est pas que la précédente formulation était absolument erronée, l’Église n’aurait pu tolérer que les fidèles invoquent Dieu d’une manière théologiquement fausse. C’est plutôt pour éviter toutes les éventuelles mauvaises interprétations qui pouvaient en émerger.

En effet, la version précédente pouvait faire penser que Dieu désirait directement que nous soyons tentés. Or, puisque Dieu ne peut vouloir directement le péché, il ne pouvait désirer la tentation. Dans le livre de Job, nous voyons clairement que le tentateur n’est pas Dieu mais Satan. Il est donc plus approprié de demander à Dieu de ne pas nous laisser « entrer en tentation » c’est-à-dire de ne pas laisser Satan s’approcher de nous et nous laisser être séduits par les mensonges de cet ange déchu.

En ce sens, il est très opportun que cette nouvelle formulation du Notre-père advienne durant le temps de l’Avent. En effet, comme nous l’avons dit plus haut, cette période de l’année nous invite à l’attente persévérante de l’Avènement du Christ. Cette attente ne doit non pas nous porter vers l’immobilisme du « divan » mais plutôt nous revigorer dans la dimension combattante de la vie spirituelle. Comme le dit le pape François : « La lutte contre les projets habiles de destruction et de déshumanisation menés par le démon est une réalité quotidienne ». L’Avent, ce « petit carême », nous invite à cette purification de notre propre vie intérieure en cultivant ce désir des joies de Noël par des privations et des actes d’amour de toutes sortes. En ce sens, le changement de formulation du Notre-Père est donc plus que bienvenu.

Comme un enfant au pied de la crèche

Comme un enfant au pied de la crèche

Nous voilà en marche vers Noël. Profitons de ce temps de l’Avent pour nous mettre en route et partager la Joie de Noël. Comme un enfant au pied de la crèche, confions au Seigneur nos prières intimes, les demandes les plus essentielles comme les tracas de la vie quotidienne. WOODEN CRECHE SEEN ON DISPLAY IN GIFT SHOP AT NEW YORK CATHEDRAL

Quel merveilleux endroit que la crèche pour prier ! Prier en famille, prier en cœur à cœur avec Jésus. Soyons humbles devant la crèche de notre Seigneur Tout Puissant. Si puissant qu’Il est venu au monde pour sauver le Monde, qu’Il a pris le visage d’un nouveau-né.

J’aime particulièrement l’image de la crèche, depuis toujours, enfant et aujourd’hui mère de famille. Admirer les santons, ces simples de cœur, prendre la route vers l’étable pour fêter un enfant. Qu’a en tête ce petit personnage ? Pourquoi prend-il son bâton de pèlerin pour aller adorer un nouveau-né ? C’est cela Noël, se mettre en route, purifier son cœur jusqu’à la naissance de Jésus. Et faire rentrer la Joie de Noël dans nos maisons. « Il vous est né aujourd’hui un Sauveur qui est le Christ Seigneur… Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’Il aime », nous dit l’Evangile de Saint Luc (2, 11-14).

Cette année, je vous invite à faire votre crèche dans un esprit tout particulier de joie, d’humilité, d’émerveillement… comme un enfant.

Prière des enfants devant la crèche

« Petit Jésus de Bethléem,

je vous adore et je vous aime.

Petit Enfant, petit Agneau,

prenez mon cœur pour votre berceau. »

Attente de soldes ou attente en solde

Black Friday aux Etats-Unis hier: vendredi noir. Noir de monde dans les magasins. Les Américains sont invités à consommer, consommer et consommer encore. Et désormais, plus besoin d’attendre à vendredi pour profiter des soldes. Certaines chaînes ont tout simplement décidé de zapper l’Action de grâce : au diable la dinde et le temps en famille, allons faire la queue dehors tout de suite ou passons la soirée à faire nos achats en ligne.

De l’Action de grâce américaine nous passons au temps de l’Avent. Enfants, mon frère et moi avions chacun notre calendrier pour compter les jours avant Noël. On ouvrait notre petite porte le soir, seulement si on avait été sage. Et pas de chocolat pour nous, non ! Un dessin, une image, un signe qui nous montrait que la fête approchait, que quelque chose de grand se préparait. Et chaque dimanche avant souper, l’un de nous allumait les chandelles de la couronne de l’Avent. Ainsi défilait le temps avant Noël et nous forçait à être patient, à savoir attendre et à nous préparer du mieux possible pour accueillir cadeaux, parents et amis certes, mais pour accueillir et comprendre la Raison de notre attente.

logo-apple« Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière » lira-t-on dans Isaïe à la veille de Noël. Surprise : cette lumière n’était pas un logo corporatif en forme de pomme. Pourtant, on nous fait croire que nous avons besoin du dernier bidule pour communiquer, sinon sentir qu’on est quelqu’un, passer son temps et créer son univers virtuel.

Dimanche dernier, l’archevêque de New York, Timothy Dolan, racontait avoir vu une foule de gens en file sur la 5e Avenue à Manhattan. Deux pâtés de maison de gens qui attendaient pour entrer… chez Abercrombie & Finch (boutique mode). « Wow, se disait-il, il n’y pas de file de gens pour entrer dans la cathédrale St. Patrick, et le trésor qui s’y trouve a une valeur éternelle. Que puis-je faire pour aider nos gens à reconnaître cette grande tradition ? »

L’Avent est une occasion pour s’arrêter, éteindre la télé, laisser le iphone et le ipad pour s’intéresser à ceux et celles qui sont autour de nous. Ce sont, il va sans dire, ceux qui ont moins que nous, mais cela ne peut-il pas être aussi la personne que nous côtoyons à tous les jours, un collègue, un ami que nous prenons pour acquis, un conjoint que nous avons négligé, peut-être, des enfants…

Cet Avent, je prends le temps de redécouvrir l’autre qui est près de moi et qui se trouvait dans mon angle mort. À travers cet autre, je prends conscience que Dieu a préparé sa venue, qu’il s’est fait nôtre pour nous montrer ce qu’est l’amour. Cliché me direz-vous. Peut-être. Vrai. Certainement.

Bon temps de l’Avent.