Le choix de la jeunesse

Nous poursuivons notre parcours de l’Exhortation apostolique post-synodale intitulée Christus Vivit sur la jeunesse et le monde actuel. Comme nous l’avons vu précédemment, la volonté du pape François est de manifester comment les plus profonds désirs et intuitions de la jeunesse se réalisent dans la personne du Christ et dans une vie en communion avec Lui. En effet, on associe spontanément la jeunesse à une soif insatiable de liberté. Par exemple, cette tension intime pousse les jeunes à rechercher une plus grande indépendance par rapport à leur famille immédiate et souvent, malheureusement, par rapport à leur appartenance à l’Église. Or, loin de nous éloigner de ce désir légitime, le pape François manifeste au Chapitre 4, comment la liberté s’exprime dans cette possibilité de choisir le bien pour soi et pour notre entourage.

Le choix de la liberté 

La vie nous place naturellement dans cet univers où le passage du temps laisse une marque indélébile sur notre vie. Or, d’un côté, nous devons accepter cet état de fait mais, de l’autre, nous sommes appelés à garder le contrôle sur notre vie. Comment un jeune peut-il réconcilier ces deux éléments en apparence paradoxaux? D’abord,  le jeune est mis devant l’évidence inexorable que sa vie est « un don que nous pouvons gaspiller inutilement » (no 134). Il fait déjà l’expérience de cette liberté qui lui permet d’être fier de ses bons coups ou de ressentir de la honte lorsqu’il choisit volontaire de faire le mal. Comme le dit saint Paul : « Je ne fais pas le bien que je voudrais, mais je commets le mal que je ne voudrais pas » (Rm,7,19). Cette prise de conscience de notre liberté fondamentale peut donner le vertige. On connait tous le « syndrome de Peter Pan » qui fait que « certains jeunes rejettent parfois cette étape de la vie, parce qu’ils veulent rester enfants » ou bien désirent « un prolongement indéfini de l’adolescence et le renvoi des décisions » (no 140).

Devant cette volonté souvent affirmée contre les responsabilités, sacrifices et efforts que requiert l’accomplissement de soi, les jeunes sont au contraire appelés à assumer pleinement ce qu’ils sont. Dieu a, en effet, fourni à cet « âge des choix » (no 140) l’antidote aux pièges de la « paralysie décisionnelle » (no 140). En effet, poursuit le Pape : « L’inquiétude qui rend insatisfait, jointe à l’étonnement pour la nouveauté qui pointe à l’horizon, ouvre un passage à l’audace qui les met en mouvement pour s’assumer eux-mêmes, devenir responsable d’une mission » (no 138). Les jeunes ont donc en eux-mêmes tout ce dont ils ont besoin pour sortir du culte de la « déesse lamentation ». En effet, exhorte le Pape :

« Jeunes, ne renoncez pas au meilleur de votre jeunesse, ne regardez pas la vie à partir d’un balcon. Ne confondez pas le bonheur avec un divan et ne vivez pas toute votre vie derrière un écran. Ne devenez pas le triste spectacle d’un véhicule abandonné. Ne soyez pas des voitures stationnées. Il vaut mieux que vous laissiez germer les rêves et que vous preniez des décisions. Prenez des risques, même si vous vous trompez. Ne survivez pas avec l’âme anesthésiée, et ne regardez pas le monde en touristes. Faites du bruit ! Repoussez dehors les craintes qui vous paralysent, afin de ne pas être changés en jeunes momifiés. Vivez ! Donnez-vous à ce qu’il y a de mieux dans la vie ! Ouvrez la porte de la cage et sortez voler ! S’il vous plaît, ne prenez pas votre retraite avant l’heure ! » (no 143)

Le choix de la jeunesse 

Une jeunesse épanouie est donc une jeunesse qui se choisit elle-même. Bien que cela semble être une évidence, comment se fait-il que les résultats ne soient pas au rendez-vous ? Comment est-il possible que l’âge de l’énergie et du dynamisme soit trop souvent aussi celui de la morosité et du découragement ? Qu’est-ce qui  permet aux jeunes de distinguer ce qui dans leur vie représente un choix authentique pour Dieu de ce qui ne l’est pas ? Le pape répond par une référence à la réflexion des évêques de Suisse pour qui : « Il est là où nous pensions qu’il nous avait abandonnés, et qu’il n’y avait plus de salut » (no 149). Les jeunes doivent donc s’interroger sur ce qui, dans leur vie personnelle et collective, les rend insatisfaits. Par exemple, beaucoup de jeunes aujourd’hui sont très sensibles à la crise environnementale. Heureusement pas encore atteinte de la léthargie du cynisme, la jeunesse se scandalise qu’un monde aussi poussé technologiquement soit, en même temps, coupable de tant d’injustices et d’incapacités à reconsidérer son mode de vie. Une jeunesse qui se choisit doit donc prendre volontairement cette croix de leur insatisfaction devant un monde qui n’est pas à la hauteur de leurs attentes et chercher comment participer à son amélioration..

Chercher au dehors de soi les causes des maux dont souffre notre monde n’est pas suffisant. Un jeune qui se choisit saura également faire preuve d’introspection et saura considérer ce qui, en lui, participe de l’imperfection du monde. Cette lucidité essentielle sera le lieu d’approfondissement et un vecteur important de maturité. En effet, un critère important de cette jeunesse authentique consiste à se baser sur le fait que « chaque étape de la vie est une grâce qui demeure ; elle renferme une valeur qui ne doit pas passer. Une jeunesse bien vécue reste comme une expérience intérieure, et elle est reprise dans la vie adulte, elle est approfondie et continue à donner du fruit » (no 160). La jeunesse n’est donc pas seulement un lieu de passage appelé à être oublié. Ainsi, le jeune doit chercher à distinguer l’éphémère du permanent et s’engager dans le second au détriment du premier. Une jeunesse qui se choisit consiste donc en une vie appelée à rester jeune. Comme le dit le Pape : « Grandir c’est conserver et nourrir les choses les plus précieuses que la jeunesse te laisse, mais, en même temps, c’est être ouvert à purifier ce qui n’est pas bon et à recevoir de nouveaux dons de Dieu qui t’appelle à développer ce qui a de la valeur » (no 161).

Choisir Dieu pour se choisir

L’Exhortation apostolique du pape François propose une riche réflexion ayant un potentiel énorme tant pour la pastorale jeunesse que pour les jeunes eux-mêmes. Elle manifeste l’immense responsabilité qui repose sur les épaules de toute personne humaine. Avec la Grâce de Dieu, tout jeune est capable de choisir cette liberté destinée à réaliser l’ensemble du potentiel de toute personne sans toutefois renoncer aux profonds idéaux qui l’habitent. Connaissant l’Amour de Dieu pour chaque personne que nous sommes, le pape François exhorte les jeunes à prendre conscience de la valeur de leur propre vie et à se mettre à la tâche en choisissant volontairement ce qui, peu importe l’âge, peut faire dire « cette personne a un cœur jeune ».

La jeunesse et sa beauté véritable

(Image by Oleksy @Ohurtsov from Pixabay) Nous poursuivons notre analyse de la plus récente exhortation apostolique post-synodale intitulée Christus Vivit portant sur le thème de la jeunesse dans l’Église et dans le monde. Après avoir examiné les différentes figures de la jeunesse de l’Ancien et du Nouveau Testament, le document poursuit sa démarche en examinant brièvement la réalité de la jeunesse d’aujourd’hui. Le chapitre 3 s’interroge donc sur les différents défis culturels et sociaux auxquels font face les jeunes tout en soulignant les grandes pistes de solutions dont l’Église et le monde pourraient bénéficier s’ils osaient rendre aux jeunes la place qui leur revient.

Un monde en difficulté

Nous en sommes tous témoins, notre monde est le lieu de plusieurs tensions où s’affrontent des intérêts divergents. Comme dans tout conflit, les premiers à souffrir sont les personnes les plus vulnérables. Les jeunes sont donc toujours au premier rang des victimes des forces qui s’entrechoquent. En effet, « beaucoup de jeunes vivent dans des contextes de guerre et subissent la violence sous une innombrable variété de formes : enlèvements, extorsions, criminalité organisée, traite d’êtres humains, esclavage et exploitation sexuelle, viols de guerre, etc. » (no 72). N’ayant pas les connaissances ou l’expérience nécessaire pour s’immuniser contre les idéologies déshumanisantes qui, de part et d’autre, cherchent à nourrir leurs intérêts au détriment du bien commun, plusieurs jeunes « sont endoctrinés, instrumentalisés et utilisés comme chair à canon ou comme une force de choc pour détruire, intimider ou ridiculiser les autres » (no 73).

Faux respect de la jeunesse

Dans les pays où l’on trouve souvent l’opulence matérielle et économique, de nombreux jeunes sont victimes d’intérêts commerciaux prêts à les infantiliser afin qu’ils soient incapables d’user d’un jugement critique. Ainsi, laissés à eux-mêmes sans l’éducation et la maturité requises pour éviter ce qui rabaisse l’homme jusqu’à nier la dimension spirituelle de son être, de nombreux jeunes se jettent dans les plaisirs à court terme et ruinent leurs vies.

Dans certain cas, la manipulation va encore plus loin. Sous couvert d’épanouissement personnel, on assiste dans la culture populaire à un véritable culte de la jeunesse. Le Pape nous met en garde contre cette tentation de la facilité. En effet, il écrit : « Les corps jeunes sont constamment utilisés dans la publicité pour vendre. Le modèle de beauté est un modèle jeune, mais faisons attention, car cela n’est pas élogieux pour les jeunes. Cela signifie seulement que les adultes veulent voler la jeunesse pour eux-mêmes ; non pas qu’ils respectent, aiment et prennent soin des jeunes » (no79).

La véritable beauté de la jeunesse

Contre ces tentations déshumanisantes, le Pape François nous invite plutôt à la découverte de la jeunesse réelle. Celle qui, se sachant sur le chemin de la maturité, croit en ses capacités à devenir plus que ce qu’elle est déjà. C’est donc l’authenticité qui est la clé de son succès. S’éloignant des visions bêtes et éphémères d’une jeunesse voulue pour autre chose qu’elle-même, les jeunes d’aujourd’hui doivent se mettre au travail. Ils doivent comprendre que l’énergie qu’ils ont dans le cœur est à la hauteur des défis qui se trouvent devant eux. Pour ce faire, ils doivent comprendre qu’ils ne sont pas seuls et que c’est dans la relation avec le Christ qu’ils pourront réaliser pleinement les désirs présents en eux. En effet, exhorte le Pape : « Quand il te demande quelque chose ou quand, simplement, il permet ces défis que la vie te présente, il attend que tu lui accordes une place pour pouvoir t’élever, pour te faire progresser, pour te faire mûrir » (no 117). Chercher plus haut que soi avec Celui qui y est déjà, voilà le chemin de tous les possibles qui s’ouvrent au jeune qui accepte de jeter un regard authentique sur lui-même avec Dieu.

Une Église au service de la jeunesse

Pour réaliser ce programme, les jeunes doivent savoir qu’il existe un lieu où ils pourront, découvrir non seulement la grandeur de leur mission mais également le milieu relationnel pour les soutenir dans cette tâche qui est la leur. Comme l’affirme le Pape : « L’amour de Dieu et notre relation avec le Christ vivant ne nous empêchent pas de rêver, et n’exigent pas de nous que nous rétrécissions nos horizons. Au contraire, cet amour nous pousse en avant, nous stimule, nous élance vers une vie meilleure et plus belle » (no 138). La semaine prochaine, nous poursuivrons notre parcours de ce texte magistral dont l’application est aussi urgente que nécessaire.

Debout devant la croix du brasier de Notre-Dame

(Photo: Courtoisie CNS/Paul Haring) Lundi soir dernier, quelques instants après la célébration des vêpres, un incendie se propageant à vitesse grand V venait ronger le toit de la cathédrale Notre-Dame de Paris. En l’espace de quelques minutes, ce qui était devenu un brasier infernal était le centre d’attention du monde entier. Peu importe notre appartenance nationale ou religieuse, l’ensemble de l’humanité s’est senti concerné par la tragédie au-delà même des frontières occidentales. Chacun de nous a ressenti qu’une partie intime de lui-même était en train de partir en flammes. Ce sentiment de tristesse vécu par des millions de personnes manifeste une conscience plus ou moins explicite, à la fois, de nos dérives actuelles et du lieu de la Rédemption universelle.

La maladie de la superficialité

Le spectacle navrant du brasier d’un des plus beaux cadeaux que la France ait offert à Notre Dame, mère de Dieu, a sans aucun doute agit tel un miroir révélateur des excès de notre culture occidentale actuelle. Jouant depuis 50 ans aux apprentis sans maître, nous avons choisi de vivre dans un monde sans Père, sans cette Présence aimante et exigeante de Dieu. Prenant illégitimement le crédit de nos réalisations passées, nous nous sommes enorgueillis des résultats de notre travail sans tenir compte de cette Grâce qui l’avait accompagnée jusque-là. Disons que, contrairement aux bâtisseurs de cathédrales qui avaient le souci du détail (puisque leurs œuvres étaient directement offertes à Celui qui voit tout), nous avons pris le chemin inverse, celui de la facilité, de la contrefaçon et de l’apparence au détriment de l’effort, de la vérité et de la beauté.

On peut continuer de se bercer de l’illusion « qu’il est venu le temps des cathédrales » et que « le monde est entré dans un nouveau millénaire » mais nous savons très bien au fond de nous-mêmes, que nous sommes sur le mauvais chemin. Cette « culture du déchet » commence à sentir mauvais et l’odeur nauséabonde est de plus en plus perceptible. Que ce soit par la « Dysneylandisation » de nos sites historiques, la contrefaçon culinaire des OGM et du fastfood, les désastres climatiques ou par la laideur de nos maisons de banlieue produites en série, nous voyons que le monde que nous construisons est de plus en plus adapté pour les robots qu’on s’apprête à devenir. En ce sens, le feu de Notre-Dame et la mobilisation qu’il suscite peuvent être perçus comme un moment de lucidité à saisir. Un temps pour retourner à cet essentiel qui nous échappe de plus en plus.

L’essentiel est sacré

Quel est donc cet ailleurs dont les flammes de Notre-Dame semblaient indiquer mystérieusement la présence ? Dans son homélie de la Messe chrismale qui avait dû se déplacer en l’église Saint-Sulpice, Mgr Michel Aupetit, a souligné les similitudes entre la cathédrale et la personne humaine. En effet, outre l’intelligence créatrice derrière les deux chefs d’œuvres, l’archevêque de Paris a manifesté que c’est également « l’onction qu’elles peuvent recevoir pour manifester une transcendance, une présence divine qui leur confère un caractère sacré ». Cet ailleurs, dont nous avons pour beaucoup perdu la trace, est donc le caractère sacré de l’âme humaine et, par conséquent, de ses réalisations. En ce sens, Notre-Dame de Paris est le symbole de ce qui fut la vitalité intérieure du peuple français. Elle est le signe d’une vivacité spirituelle on ne peut plus intense et qui rayonne jusqu’à nos jours.  Or, la mobilisation monstre dont nous sommes témoins depuis le drame montre que nous n’avons pas tout à fait perdu cette sensibilité à l’Invisible. Ces milliers de personnes rassemblées dans les rues pour prier Notre Dame ou les centaines de millions € qui pleuvent pour reconstruire la structure manifestent que nous avons peut-être enfin saisi le message. Nous ne pouvons plus revenir en arrière. La France doit être aujourd’hui le signe universel d’un « Fiat », d’un « oui collectif » à la main tendue de Dieu pour notre époque.

La redécouverte du sens du sacré à travers l’admiration de la majestuosité de Notre-Dame de Paris et la peur qu’engendre le constat de sa vulnérabilité doivent nous conduire à comprendre que ce qui est sacré est également inébranlable. Tel le psalmiste, nous devons de nouveau crier vers Lui : « Mon âme s’attache à toi, ta main droite me soutient. » (Ps 62,9) ! Malgré toutes nos erreurs et péchés, nous devons aussi redécouvrir la sacralité du temple intérieur de chaque personne humaine de la conception à la mort naturelle. Dieu n’attend rien d’autre de nous que notre amour inconditionnel envers Lui et entre nous. Cet appel du ciel qu’est la croix du brasier de Notre-Dame doit nous en convaincre.

Debout devant la croix du brasier de Notre-Dame

Tel le buisson ardent de la Révélation de Dieu à Moïse, le brasier de Notre-Dame est le signe divin indiquant au fer rouge le lieu du sacré. Que l’événement ait eu lieu durant la Semaine Sainte, mémoire de la Semaine où les préfigurations vétérotestamentaires trouvèrent leur accomplissement ne me semble pas non plus anodin.  Ne sommes-nous pas témoins d’une réplique de la crucifixion ? D’une réactualisation de la Croix d’où le Christ « élevé de terre » (Jn 12,32) attire tous les hommes depuis toujours ? En sacrifiant son propre temple, Dieu ne s’est-Il pas Lui-même immolé afin que nous soyons attirés de nouveau vers Lui, Celui « qui fait toute chose nouvelle » (Ap. 21, 5) ? Pour que nous le reconnaissions avec plus de facilité, ne nous a-t-Il pas laissé la présence de sa Stabat Mater qui, à travers la solidité des murs de Notre-Dame de Paris, est restée « debout » jusqu’à la fin. Cette scène dont nous fumes tous témoins, nous pousse donc à aller au-delà du constat de notre propre fragilité par la confiance en cette Présence divine qui ne nous abandonnera jamais.

« Christus vivit » ou comment persévérer sur le chemin des rêves 

(photo: Pixabay) Cette semaine était publiée la très attendue Exhortation apostolique post-synodale « Christus Vivit » du pape François. Portant sur le thème de la jeunesse, ce texte d’une soixantaine de pages est exceptionnel de par son style direct et son ton très personnel. Divisée en neuf chapitres, cette prise de parole du pape François cherche à manifester non seulement comment l’invitation universelle du Christ à la participation à sa vie divine répond à toutes les aspirations de la jeunesse mais également jusqu’à quel point le renouvellement de l’Église dépend de son dynamisme propre.

« Les jeunes ne vont pas bien » – The Offspring

Pendant ma lecture, je me suis replongé dans ces années pas si lointaines où moi-même je vivais cette période intense de la vie. Quelques airs de chansons que j’écoutais à l’époque me sont également revenus à l’esprit. Je me suis même surpris à les réécouter.  L’une de ces chansons : « The Kids Aren’t Alright » de « The Offspring » a particulièrement retenu mon attention. En effet, on y parle de jeunesse brisée, de rêves évanouis et de désespoir face à l’avenir qui affecte la vie de nombreux jeunes. Contrairement aux stéréotypes que l’on entend souvent sur la jeunesse, on y fait même l’éloge de la nostalgie : « Longing for what used to be » (Trad. « rechercher ce qui fut »).

Selon moi, les paroles de cette chanson du groupe punk californien manifestent la justesse des propos du Pape dans ce document. On y retrouve d’abord le constat qu’il est « encore difficile de voir » la crise que vivent les jeunes. En apparence, tout laisse présager que la « culture actuelle présente un modèle de personne très associé à l’image du jeune » (no 79) au point d’en faire un véritable objet de « vénération » (no 182). Or, comme nous le disent The Offspring et le pape François, la réalité des jeunes est parfois beaucoup plus souffrante que leur fierté ne le laisse transparaître. Ce sont des « vies fragiles » qui doivent être respectées et accueillies dans leur complexité. Contrairement aux « adultes […] qui veulent voler la jeunesse pour eux-mêmes ; sans qu’ils respectent, aiment et prennent soin des jeunes » (no 79), l’Église doit leur offrir un soutien à l’opposé de l’attitude de ces parents qui confient leurs enfants à la nouvelle gardienne universelle des écrans tactiles.

Un lieu pour déployer ses rêves

« Christus Vivit » parle beaucoup des rêves de la jeunesse. Le mot apparaît à 51 reprises dans le texte. En effet, la jeunesse est un âge où se formulent et se ressentent fortement les aspirations fondamentales qui guideront toute la vie. Comment nos sociétés et l’Église accueillent-elles ces aspirations à un avenir meilleur plein de possibilités ? Tant de « rêves brisés » n’est-il pas le signe que nous n’arrivons plus à canaliser ces forces vives ? Au contraire, l’épidémie de cynisme est plutôt le signe que nos institutions ne sont plus aptes à générer autre chose que découragement et ressentiment.

Nous devons donc nous demander avec le Pape : « Comment l’Église pourra-t-elle accueillir de la bonne manière les rêves de ces jeunes (no 41)[8] ? L’Église doit aujourd’hui être le lieu d’où peuvent se déployer les rêves de la jeunesse. Et pour cela, les jeunes doivent comprendre que leurs rêves sont également ceux de l’Église. Voilà le double appel du Pape à l’Église d’aujourd’hui : offrir la présence de Celui qui seul donne la force de « persévérer sur le chemin des rêves » (no 142).

Les jeunes: notre présent et avenir

Christus Vivit est un texte émouvant et plein d’espérance pour le présent et l’avenir de la société. Il s’agit d’une prise de parole personnelle du Pape, en dialogue avec les jeunes du monde entier qu’il a pu rencontrer durant son pontificat. Dans les prochaines semaines, nous approfondirons ensemble toute la richesse et la profondeur de ce document magistral, certainement l’un des plus importants du pontificat de François.

« Vivit Christus » une Exhortation mariale ?

(CNS photo/Vatican Media) Lundi dernier, pour souligner la fête de l’Annonciation, le pape François s’est rendu à Lorette afin d’y visiter le Sanctuaire dédié à la Sainte Vierge et y rencontrer pèlerins et fidèles. Après avoir célébré la Messe dans la chapelle créée à l’intérieur de la petite maison située au centre de la basilique et qui, selon la tradition ancestrale, serait la demeure où vécut la sainte famille à Nazareth, le Pape François a signé l’Exhortation apostolique post synodale découlant du Synode sur « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel ». Du parvis, le Pape a prononcé un discours qui nous en dit long sur le contenu de ce texte important et qui sera rendu public mardi le 2 avril prochain.

Intitulé « Christus vivit », ce texte qui vraisemblablement sera profondément marial, manifeste la centralité de la liberté humaine dans l’économie du salut. Alors que le « document final » du synode avait surtout utilisé l’épisode des pèlerins d’Emmaüs pour manifester la présence et l’accompagnement du Christ sur le chemin de la vocation, il m’apparaît très probable que c’est Marie qui sera au centre des réflexions du Saint-Père dans cette nouvelle Exhortation. En effet, pour lui, l’appel vocationnel de Marie à l’Annonciation révèle les trois moments clés qui « ont rythmé le synode : 1) écoute de la Parole-projet de Dieu ; 2) discernement ; 3) décision ».

« Christus vivit » grâce à sa mère

L’épisode de l’Annonciation est très éclairant autant pour les jeunes qui cherchent un sens à leur vie que pour les chrétiens qui se demandent comment servir Dieu le mieux possible. En effet, de par son écoute attentive à la Parole de Dieu ainsi qu’à sa Mystérieuse présence dans la vie quotidienne, Marie est devenue le « modèle de toute vocation et l’inspiratrice de toute pastorale vocationnelle »[3]. C’est par son ouverture au sens surnaturel de la réalité qu’elle a gardé cette vigilance à l’égard des motions de l’Esprit Saint et qu’elle a su prendre le risque de dire « oui » à l’invitation de l’ange.

Cette capacité à dépasser la superficialité des événements et à garder un regard profond sur le réel et sa propre personnalité a pu, au long de sa courte expérience, aiguiser son caractère au point où Dieu a cru bon de lui confier ce qu’Il avait de plus précieux : son Fils Unique. Comment ne pas s’émerveiller devant la maturité de cette jeune femme qui, malgré son jeune âge et son apparente petitesse, a su voir la sagesse divine se déployer à travers son élection. Loin de la remplir d’orgueil, ce choix divin l’a fortifiée dans sa conviction que Dieu manifeste sa grandeur en renversant « les puissants de leurs trônes » et en élevant « les humbles » (Lc 1, 52).

Un modèle pour « tous les âges » (Lc 1, 50)

Chaque époque porte son lot de défis et il se trouve que la jeunesse a toujours joué un rôle central pour les surmonter. Capable de voir avec une acuité particulière, l’écart entre ce qui est et ce qui devrait être, la jeunesse d’aujourd’hui voit pertinemment les failles d’un système et d’une culture incapable de rejoindre nos idéaux chrétiens de justice et de solidarité. Ces grands enjeux, bien qu’importants à un niveau macroscopique, peuvent être un obstacle à la prise de décision quotidienne. En effet, découragés par l’ampleur des défis écologiques, plusieurs jeunes peuvent désenchanter et tomber dans un cynisme des plus inefficaces et stérilisants pour leur propre potentiel personnel et pour leur monde. Au contraire, en Marie « il y a une attention à saisir toutes les exigences du projet de Dieu sur sa vie, à le connaître dans ses nuances, pour rendre sa collaboration plus responsable et plus complète »[4].

En ce sens, la Vierge Marie manifeste que c’est dans le concret de l’acceptation humble et fidèle des tâches quotidiennes de la vie que Dieu entre en contact avec nous. Elle nous montre comment, si nous désirons ardemment changer le monde, il nous incombe d’abord d’être « dignes de confiance dans la moindre chose » afin d’être rendus « dignes de confiance aussi dans une grande » (Lc 16, 10). Cet élément essentiel du discernement est particulièrement à risque en cette ère d’univers médiatique globalisé et c’est pourquoi nous avons besoin de l’aide de Marie.

Discerner en pleine connaissance de cause

Notre époque se présente souvent comme l’ère des possibilités. En effet, dans l’histoire, jamais les personnes n’ont eu autant de choix à leur disposition. Que ce soit dans les choix de carrière, de conjoint, de pays, d’intérêts, de canaux de télévision… jamais l’humanité n’a eu autant d’offres. Cette grande variété n’apporte cependant pas que des aspects positifs. L’analyse des différentes options peut souvent mener à de l’incertitude. Comme on dit « trop c’est comme pas assez » ! Les jeunes sont particulièrement sujets à ce type de paralysie qui les empêche de choisir et de se donner à fond dans ce qu’ils entreprennent. C’est ainsi qu’ils finissent souvent, quoi qu’ayant de grands idéaux, par confondre le bonheur avec « le confort d’un divan« .

En ce sens, « les jeunes qui sont en recherche ou qui s’interrogent sur leur avenir, peuvent trouver en Marie celle qui les aide à discerner le projet de Dieu sur eux et la force pour y adhérer »[5]. Avoir le courage de prendre les décisions essentielles à toute vie accomplie tout en étant conscients et prêts à assumer les sacrifices qu’implique cette dernière, voilà un des défis majeurs des jeunes de notre époque.

Une vie épanouie dans le Christ

Que ce soit par son écoute, son discernement ou sa force de décision, Marie est le modèle par excellence d’une vie humaine pleinement vécue sous le regard bienveillant de Dieu. Par son « Fiat », elle a su dire « oui » à l’aventure divine qui allait la mener aux confins de la terre et de l’histoire pour se rendre jusqu’à nous. En attendant la publication de l’Exhortation « Chistus Vivit » du pape François mardi prochain, confions à Marie nos vies, nos tracas. Confiants de son indéfectible intercession, aidons cette jeunesse à faire, comme le disait le cardinal Lustiger, « le choix de Dieu ».

Le carême face à la crise environnementale

(photo:CNS photo/Navesh Chitrakar, Reuters) Alors que la première semaine du Carême vient de se terminer, il me semblait approprié d’offrir quelques-unes de mes réflexions sur le message du pape François pour le Carême 2019. Intitulé « La création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu » (Rm 8,19), ce texte est une bonne illustration non seulement du rôle central de l’humanité dans l’édifice de la création mais également du caractère libérateur de la pratique du Carême.

La destinée spirituelle du monde créé

Lorsque nous pensons à la vie spirituelle et à la vie sacramentelle, nous avons souvent l’impression que cela ne concerne que nous les êtres humains. Que nous voyions comme un poids l’obligation d’aller à la messe du dimanche ou que nous goûtions les délices de la contemplation, il nous arrive à tous d’oublier que cette Révélation de Dieu concerne l’ensemble du créé. Or, de la bactérie aux anges célestes, l’ensemble des créatures a une relation avec Celui qui les maintient dans l’existence. D’où vient donc cette sensation d’exclusivité ?

Ce malentendu vient d’abord du fait que la seconde personne de la Trinité a décidé de devenir homme. Toutefois, nous devrions toujours garder en tête la vocation primordiale de l’humanité et la singularité de sa nature. En effet, par son intelligence et sa volonté, l’homme est un être spirituel tandis que par sa constitution corporelle, il est matériel. Sa nature-même fait donc de lui le pont (pontifex) entre le monde spirituel et matériel. Il réconcilie donc, en son être même, ce qui serait sans lui deux univers parallèles .

Or, depuis le péché originel, cette mission « d’intermédiaire » de l’humanité a quelque peu souffert. Par orgueil, l’humanité a rejeté cette dimension de médiateur de son être et se berce depuis entre les extrêmes de l’exaltation du corps au détriment de l’esprit ou vice-versa. Cela fait référence aux deux « hérésies » (no35) mentionnées par le pape François que sont le « gnosticisme et le pélagianisme » (Chap 2.). Heureusement :

Quand la charité du Christ transfigure la vie des saints – esprit, âme et corps –, ceux-ci deviennent une louange à Dieu et, par la prière, la contemplation et l’art, ils intègrent aussi toutes les autres créatures, comme le confesse admirablement le « Cantique des créatures » de saint François d’Assise (cf. Enc. Laudato Sì, n. 87).(no1)

Lorsque nous acceptons l’invitation à mettre le Christ au centre de nos vies, nous récupérons cette vocation originelle à faire le lien entre l’univers matériel et immatériel. Ainsi, par notre coopération, nous devons vivre cette mission dans la contemplation de la beauté de la création et du mystère de réconciliation qui se produit en nous. Par contre, comme le Pape : « En ce monde, […] l’harmonie produite par la rédemption, est encore et toujours menacée par la force négative du péché et de la mort » (no 1).

Le Carême : un temps de réconciliation avec la nature

Le temps liturgique du Carême est un moment approprié pour faire de nous les instruments de la paix entre les hommes et l’environnement. Certes, c’est par leurs actions concrètes que les chrétiens sont en mesure de travailler à tous les niveaux en faveur de la cause commune des pauvres et de l’environnement. Comme le dit le Pape : « Il n’y a pas deux crises séparées, l’une environnementale et l’autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale » (no 139) et c’est parce les chrétiens ont la grâce d’être éclairés par leur foi que leurs actions auront une efficacité particulière.

D’abord, l’exercice du Carême et la plus grande disponibilité aux motions de l’Esprit Saint permettent de ne pas tomber dans le découragement. Depuis le début de l’année, on entend beaucoup parler de phénomènes tels que « l’éco-anxiété » et autres pathologies générées en réaction à la crise climatique. Or, plus que le repliement sur soi et la gestion à temps plein de ses émotions, ce sont davantage le courage, l’espoir, l’effort, le travail et les études méticuleuses qui aideront à faire la transition énergétique. La pratique authentique du Carême nous permet d’éviter cet écueil du découragement en nous assurant de la Présence constante du Christ ; de Celui qui est l’Alpha et l’Omega et qui, dans sa Providence, maîtrise l’histoire.

Ensuite, la pratique du Carême nous aide à développer les vertus nécessaires pour combattre le bruit incessant d’une société de consommation centrée sur l’assujettissent de la nature. Que ce soit par la volonté de domination sur son propre corps et ses lois propres ou par l’utilisation à outrance des ressources naturelles, l’humanité est tiraillée par une liste de désirs qui ne cesse de s’accroître. Or, nous savons que cette perpétuelle insatisfaction vient de la soif d’infini présent dans le cœur des hommes. Le Carême et la promotion de son authentique célébration est donc un rempart contre cet autre écueil qui nous pousse à nous détruire nous-même et le monde dans lequel on se trouve.

Le Carême pour « l’urgence » climatique

À l’heure où nous comprenons de plus en plus les désastres qu’un monde sans Dieu peut produire, le Carême ne nous apprend ni à désespérer de l’homme, ni à lui confier l’ensemble de nos espérances. Confiant dans l’action réparatrice de Dieu et de son Œuvre invisible mais non moins efficace, nous pourrons redevenir ces émissaires du monde spirituel dans l’univers matériel et « Ainsi, en accueillant dans le concret de notre vie la victoire du Christ sur le péché et sur la mort, nous attirerons également sur la création sa force transformante. » (no 3).

Le Vatican à l’heure de l’intelligence artificielle

(CNS photo/Fabrizio Bensch, Reuters)

Cette semaine, le pape François recevait en audience privée le PDG de Microsoft, Brad Smith, afin de discuter des différents défis que pose le développement des technologies informatiques et plus spécifiquement de l’intelligence artificielle. Suite à de nombreux pourparlers et partageant une préoccupation commune, le Vatican et la firme américaine ont donc décidé de créer un prix international sur « l’éthique dans l’intelligence artificielle ». Ayant pour but d’encourager le développement d’une « intelligence artificielle » (IA) «au service du bien commun et de réduire la fracture numérique dans le monde », ce nouveau prix manifeste le souci des plus hautes instances de l’Église et l’industrie ainsi que de l’urgence d’élaborer une éthique à même d’accompagner son développement rapide.

Des robots au service de l’homme

L’intelligence artificielle est un problème complexe qui doit, pour être bien compris, faire l’objet de nombreuses nuances. Par exemple, nous chrétiens, nous savons que l’intelligence est une faculté proprement spirituelle[1] et, donc, que c’est seulement par analogie que nous utilisons le terme « intelligence ». Les développeurs actuels de la robotique et de l’informatique entendent plutôt une capacité autonome de faire des liens et de calculer. Ce qui n’est pas, à proprement parler, de l’intelligence. Cette première distinction nous permet d’éloigner les différents scénarios catastrophes à la « Terminator ». Derrière et devant toute machine, il y a un homme ou une femme. L’être humain étant la cause de l’acte exercé par une machine, il en demeura toujours le premier responsable. Ainsi, loin de condamner purement et simplement le développement technologique, l’Église invite plutôt à la formation des consciences des développeurs afin que leurs travaux soient orientés à créer des outils capables de servir le bien de l’humanité.

En ce sens, les outils technologiques apparus au cours des dernières décennies possèdent un potentiel incroyable pour améliorer les conditions de vie de l’humanité dans son ensemble. Par exemple, ces instruments de calcul des probabilités devenant extrêmement perfectionnés, les différents décideurs publics et privés pourront plus facilement prendre des décisions tenant compte de la complexité du monde et, ainsi, éviter le plus possible les effets pervers qui accompagnent toute décision politique ou sociale.

Des risques à éviter

Il est évident que les tentations liées au développement de l’intelligence artificielle sont là et elles sont nombreuses. Comme toute technologie, c’est l’intention et les buts poursuivis par ceux qui les utilisent qui rendent cette technologie bonne ou mauvaise. Lorsqu’on regarde certains courants de nos sociétés, on s’aperçoit rapidement que les risques de dérapages sont bien réels. On peut penser aux différentes pertes d’emplois qui pourraient découler d’une rapide automatisation dans divers secteurs. On voit aussi la tendance sous-jacente dans de nombreux milieux à vouloir utiliser ces technologies pour dépasser ce qu’ils considèrent comme des limites à la liberté humaine. Lorsqu’on écoute certains discours, on voit les conséquences sociales que pourrait produire la mise en application de l’utopie du transhumanisme.

Définir des priorités

Cette première collaboration entre Microsoft et l’Académie pontificale pour la Vie manifeste à quel point plusieurs hauts dirigeants de l’industrie sont conscients de leur responsabilité. Tous sont conscients que des innovations suivant une logique du profit à court terme ne peuvent être économiquement bénéfiques qu’à court terme. Mais à plus ou moins long terme, tous en sont victimes d’une manière ou d’une autre. Par exemple, on sait aujourd’hui que le développement doit se faire en respectant des normes environnementales et que, si ce n’est pas le cas, c’est l’ensemble de la société, y compris les corporations elles-mêmes, qui devront en payer les coût humains et économiques. D’où l’importance d’un développement respectant des principes clairs. En ce sens, on peut concevoir les principes éthiques non pas négativement comme des freins aux « mauvaises idées » mais positivement. Cela est vrai de deux manières.

D’abord, les principes éthiques rendent visibles les différents besoins réels de l’humanité. Par exemple, le principe de la « dignité humaine » pourra orienter les recherches de l’intelligence artificielle afin qu’elle améliore les conditions inhumaines dans lesquelles vivent encore des millions de personnes.

On peut également regarder ces technologies comme permettant une plus grande efficience dans l’utilisation des matières premières non-renouvelables. Par exemple, les ordinateurs ultra-puissants sont en mesure de calculer la trajectoire des transports de marchandises au niveau mondial et ainsi, permettent une organisation des transports plus efficace. En ce sens, on réduit considérablement l’empreinte environnementale liée au transport ainsi que les coûts liés au transport. Tout le monde y gagne !

Un urgent travail intellectuel

Comme l’affirmait le père Frédéric Louzeau dans une entrevue avec Hélène Destombes à Vatican média Cité du Vatican : « L’apport de l’Église à la réflexion se trouve, entre autres, dans le fait qu’elle permet d’éviter tant la diabolisation que la divinisation ». En ce sens, ce nouveau prix et cette collaboration entre Microsoft et l’Académie pontificale pour la Vie sera d’une aide précieuse dans les années à venir afin que, comme le disait le pape saint Paul VI : « Les progrès scientifiques les plus extraordinaires, les prouesses techniques les plus étonnantes, la croissance économique la plus prodigieuse » […] «si elles ne s’accompagnent d’un authentique progrès social et moral, se retournent en définitive contre l’homme »

[1] Saint Thomas d’Aquin, Somme Théologique, 1a, q. 79.

Église en Sortie 11 janvier 2019

Cette semaine à Église en Sortie, Francis Denis reçoit Julian Paparella, participant au Synode sur « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel » ainsi que Mgr Lionel Gendron p.s.s., évêque de Saint-Jean-Longueuil et président de la Conférence des évêques catholiques du Canada, et on vous présente la première chronique des actualités de la rue 2019 avec l’abbé Claude Paradis.

La crédibilité passe par l’humilité

CNS photo/Bob Roller (Évêques américains en procession d’entrée au Séminaire Mundelein, Illinois, rassemblée pour une retraite extraordinaire)

À peine sommes-nous entrés en 2019 que le Vatican publie l’agenda du Saint-Père pour la nouvelle année. Comme c’est son habitude, un programme chargé l’amènera aux quatre coins de la planète afin de prêcher la Bonne nouvelle sans relâche. Plusieurs rencontres sur différents thèmes seront également organisées. La réunion qui se tiendra au Vatican du 21 au 24 février prochain et qui rassemblera l’ensemble des présidents des conférences épiscopales du monde entier pour réfléchir sur la crise mondiale des abus sexuels dans l’Église retiendra certainement l’attention. Bien qu’il soit encore difficile de connaître les détails entourant cette assemblée, nous pouvons désormais en discerner l’esprit. En effet, le 1er janvier dernier, le pape François publiait une lettre aux évêques américains destinée à leur manifester sa proximité au moment où ils entamaient la retraite qu’il leur avait lui-même suggéré de faire suite à la crise des abus sexuels l’année dernière. Selon moi, ce message manifeste quelques-uns des points qui seront abordés lors de la rencontre de février.

S’arrêter pour mieux discerner

S’inspirant de l’Évangile, le pape François manifeste d’abord la centralité de la prière et de l’écoute de la Parole de Dieu afin de ne pas « vicier les décisions, options, actions et intentions par les tensions internes » qui, comme chez les apôtres, peuvent aussi exister entre évêques. En effet, de nombreuses mesures sont possibles devant une crise. Toutes ne sont pas forcément applicables à l’Église. Rien de ce qui porte en soi « la saveur de l’Évangile » ne pourra porter les fruits exigés par la situation actuelle.

Ainsi, nous pouvons comprendre que la rencontre de février portera forcément avec elle une démarche spirituelle forte de contrition et d’écoute de l’Esprit Saint par la prière fraternelle.

L’opportunité d’une crise de crédibilité

Il est clair que le Pontificat du pape François est marqué par sa volonté d’imprégner à tous les niveaux de l’Église un esprit missionnaire. Dans bien des cas, ce renouvellement requiert une véritable conversion intérieure et structurelle de l’Église, une « metanoia » (no1). À première vue, rien de pire qu’une crise de crédibilité quand on a un message à faire passer! Toutefois, une crise de crédibilité peut être l’occasion de prendre au sérieux cet appel à la conversion. En effet, cette situation n’offre aucun autre choix que celui d’une l’humilité confiante dans la perspective divine qui n’a souvent que faire de nos stratégies et calculs.

Comme le dit le Pape :

« La crédibilité nait de la confiance, et la confiance nait du service sincère et quotidien, humble et gratuit envers tous […] Un service qui ne se conçoit pas comme une opération de marketing ou comme une simple stratégie pour récupérer la place qui a été perdue ou la reconnaissance sociale mais en tant qu’il appartient à la substance même de l’Évangile (Gaudete et Exsultate, no 97) » (no2) .

On ne doit donc pas s’attendre non plus à de grands coups d’éclat médiatiques suivant une logique trop humaine. Lorsque l’on a plus de crédibilité, le flot des paroles ne sert qu’à accentuer la suspicion. Loin des méthodes et réformes purement organisationnelles, nous devons donc retourner au cœur de l’identité chrétienne et de ce que signifie véritablement être disciple du Christ.

Jésus-Christ crucifié

Lorsqu’on s’y arrête un peu, on voit souvent dans nos démarches ecclésiales une tendance à fuir la croix que Dieu nous présente. Faisant référence « aux tensions et contradictions » chez les disciples, le pape manifeste aux évêques américains que c’est au moment même de « l’heure de Jésus et du don de soi ultime sur la croix » que ces dernières se manifestent clairement et ouvertement. En ce sens, c’est souvent la peur de la souffrance et de la mort qui nous porte à chercher des boucs émissaires au sein même de nos communautés. Quel terreau fertile pour « l’ennemi de la nature humaine » (no 1)!

Au contraire, pour le Pape, le temps est venu de « trouver une nouvelle présence au monde conforme à la croix du Christ » (no2). Le temps des excuses et des stratégies humaines pour éloigner la souffrance est révolu. Comme le disait le père Cantalamessa, prédicateur officiel de la Maison Pontificale et de l’actuelle retraite des évêques américains : « Qui cherche Jésus sans la croix trouvera la croix sans Jésus »[7].

Conclusion 

Alors que le mois de février arrive à grands pas et que les représentants des épiscopats mondiaux se préparent à cette rencontre importante, le pape a déjà manifesté l’esprit dans lequel les délibérations devront avoir lieu. Dans un esprit de prière pénitentielle et tournés vers la réconciliation, les évêques en union avec le successeur de Pierre réfléchiront sur les leçons à tirer du scandale des horribles crimes d’abus sexuels. Loin des stratégies cherchant à minimiser ou à faire abstraction du mal commis, le pape François indique le chemin de la contemplation du Christ crucifié qui, accueilli communautairement, resserre les liens et rend possible le miracle du don total au service des autres. Ainsi, cette vérité que « Dieu peut tirer le plus grand bien du mal même »[8] pourra être manifestée avec plus d’authenticité et d’éclat. La crédibilité perdue sera retrouvée et la mission s’en trouvera renouvelée. Pour en savoir plus sur le sujet, ne manquez pas la semaine prochaine à Église en Sortie, mon entretien de début d’année avec Mgr Lionel Gendron, président de la Conférence des évêques catholiques du Canada.

[8] Dom Dysmas de Lassus et Card. Robert Sarah, La Force du silence : Contre la dictature du bruit, Fayard, p. 329.

Top 10 des actualités de l’Église (2e partie)

(photo:CNS/Paul Haring) Nous poursuivons aujourd’hui notre palmarès des événements qui ont fait l’actualité de l’Église en 2018.

  1. Rencontre mondiale des familles à Dublin

La Rencontre mondiale des familles est un événement de l’Église universelle qui avait lieu cette année à Dublin en Irlande. Pour l’occasion des milliers de personnes s’étaient déplacées dans la capitale de la République d’Irlande pour approfondir leurs connaissances sur la vocation au mariage et à la famille dans notre monde d’aujourd’hui. Outre les nombreuses conférences et les célébrations eucharistiques, les familles présentes se sont rassemblées avec d’autres couples pour se ressourcer et se soutenir mutuellement. Après quatre jours de congrès, l’arrivée du pape François à cette Rencontre mondiale des familles allait devenir le centre de l’attention mondiale. Suivant les différentes rencontres protocolaires, le pape François a pu se rendre prier dans différents lieux de culte de l’île comme la Pro-cathédrale et le Sanctuaire marial de Knock. Le Festival des familles fut sans contredit un moment fort de cette fin de semaine chargée qui s’est terminée avec la célébration de la Messe au parc Phoenix. Vous pouvez revoir et revivre cet événement incontournable au lien suivant.

7.Synode des jeunes

Un événement important de cette année 2018 fut certainement la tenue de la XVe Assemblée ordinaire du Synode des évêques sur « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel ». Rassemblés pendant trois semaines au Vatican, des évêques du monde entier ont pu prier, réfléchir et s’exprimer avec le pape sur les différentes réformes nécessaires à la pastorale jeunesse et vocationnelle aujourd’hui. Un élément important à retenir fut certainement la présence de jeunes du monde entier dans la salle ainsi qu’une importante délégation canadienne de jeunes et de travailleurs de la Télévision Sel et Lumière. Est  donc très attendue en 2019 la publication de l’exhortation apostolique post-synodale portant sur la question. Une chose est certaine, les diocèses du Canada et du monde sont désormais fortement sensibilisés à la centralité de la pastorale jeunesse et vocationnelle dont les enjeux sont essentiellement complémentaires. Plusieurs émissions d’Église en Sortie porteront évidemment sur la question en 2019.  Restez à l’écoute de S+L pour tout savoir des développements sur la question.

  1. Union des provinces franciscaines du Canada

Un autre événement incontournable de la vie de l’Église au Canada fut sans contredit l’unification des deux provinces franciscaines de l’Est et de l’Ouest du Canada qui ne forment désormais plus qu’une seule et même entité : la province Saint-Esprit/Holy Spirit du Canada. Le Chapitre général à Saint-Albert en Alberta en présence du Ministre général des Franciscains Michael Perry o.f.m. a donc donné lieu à la suppression des anciennes provinces Saint-Joseph et Christ the King suivie du rituel officiel de création et de la mise en place de cette nouvelle province du Saint Esprit  composée de 86 frères répartis dans dix fraternités. L’établissement de cette nouvelle province canadienne a pour but de restructurer l’ordre au Canada afin de susciter un renouveau missionnaire. Pour l’occasion S+L était sur place et a pu vous faire vivre de l’intérieur cet événement historique. Je suis actuellement à la réalisation d’un documentaire sur cette Union des Franciscains du Canada, nous vous communiquerons sous peu tous les détails sur la diffusion de ce documentaire unique et exclusif.

  1. Le tournant missionnaire dans les diocèses

 Ce 9ième événement n’est sans doute pas un événement comme tel mais un changement fondamental qui est en train de se produire dans les diocèses un peu partout au Québec. Pour ma série « Sur la route des diocèses », j’ai la chance de me rendre aux quatre coins de la province pour rencontrer les différents acteurs ecclésiaux. Cette année, je me suis rendu à Sherbrooke, Amos, Mont-Laurier et Chicoutimi.  Ce que je retiens de mes nombreuses conversations, c’est la véritable prise en charge de la mission par l’ensemble des baptisés. En communion avec leur évêque respectif, les catholiques du Québec ont entendu l’appel du pape François à être une « Église en Sortie » (EG, no 24) et à prendre sur eux la responsabilité d’annoncer, où ils sont, la joie d’une vie vécue pleinement avec le Christ et son Église. J’encourage l’ensemble des diocèses à poursuivre sur cette route à la fois difficile et épanouissante. Nous pourrions être surpris de voir les fruits de cette conversion dans 10 ans!

  1. Béatification des moines de Tibhirine

Le 8 décembre dernier, en la Solennité de l’Immaculée Conception, était célébrée la Messe de béatification des 19 martyrs d’Algérie au Sanctuaire Notre-Dame de Santa Cruz d’Oran en Algérie. Cet événement était attendu depuis bien longtemps et est significatif de plusieurs choses. D’abord, cela est un signe de l’amélioration des relations diplomatiques entre l’Algérie et le Vatican. Cette célébration et sa diffusion internationale via les grandes chaînes de télévisions catholiques comme Sel et Lumière avaient besoin de l’accord des autorités locales, ce qui a été obtenu. Cette voie de dialogue entre les deux États est sans contredit aussi le signe d’une saison favorable aux discussions inter-religieuses entre les autorités de l’Islam et de l’Église. Peut-être l’intercession du Bienheureux Christian de Chergée y est pour quelque chose? Une chose est sûre, cette béatification est un pas en avant, non seulement au niveau religieux et diplomatique, mais également au niveau de la théologie du dialogue mise de l’avant pas les moines de Tibhirine qui, jusqu’au sacrifice ultime, ont profondément aimé le peuple algérien et perfectionner, suivant l’expression du pape François, « l’art d’aimer ses ennemis ».

Conclusion

Comme je l’ai dit en introduction, l’année 2018 fut en dents de scie et, rétrospectivement, il est impossible de porter un jugement positif ou négatif sur l’ensemble des événements qui se sont déroulés. Plusieurs des éléments soulignés dans ce « Top 10 » auront des développements en 2019. Par exemple le voyage du pape François à Abu Dabi et les JMJ de Panama seront certainement des événements à suivre de près. En ce sens, Sel et Lumière continuera à vous apporter le meilleur de la vie de l’Église au Québec, au Canada francophone et dans le monde par l’entremise de toutes nos plateformes médiatiques. Bonne et sainte année 2019 à tous et à très bientôt!