L’Église et l’économie avec Bertrand Malsch B.C.L., LL.B

Cette semaine, dans le cadre de son balado « Parrêsia », Francis Denis discute d’Église et d’économie autour du récent discours du pape François prononcé le 5 février dernier, au « Séminaire sur les Nouvelles formes de fraternité solidaire, d’inclusion, d’intégration et d’innovation ». Ce séminaire était organisé par l’Académie des sciences sociales et tenu au Vatican. Il réunissait des représentants de gouvernements, de banques, d’économistes venus du monde entier et d’organisations internationales.  Le Pape, dans son allocution, a voulu offrir ses perspectives sur l’état actuel de l’économie mondiale. Pour discuter de ce discours important et des différents enjeux qui y sont relevés, je m’entretiens avec Bertrand Malsch, avocat, professeur agrégé de la Smith school of Business de l’Université Queens et Directeur du Centre pour la gouvernance et la reddition de compte de l’Ordre professionnel des comptables de l’Ontario.

Les rêves du Pape pour l’Amazonie

(Photo: CNS/Paul Haring) Mercredi dernier le 12 février 2020, la très attendue exhortation apostolique suivant le Synode d’octobre dernier sur l’Amazonie était publiée. Intitulée « Querida Amazonia », ce texte d’une trentaine de pages manifeste le rêve du premier Pape sud-américain pour cette terre unique de l’Amazonie. Divisée en quatre parties représentant chacune les « rêves » (no 7) du pape pour l’ensemble des peuples qui vivent dans la région, ce document n’en a pas moins une importance et une résonnance universelle.

Les peuples autochtones nous précèdent

La nature de ce texte est d’abord et avant tout une exhortation afin que l’ensemble du peuple de Dieu et « des personnes de bonne volonté » puissent se joindre à lui par la prière et les initiatives pastorales pour le bien des populations vivant dans cette région du monde. Pour ce faire, le Pape rappelle la centralité des populations autochtones de la région dans l’amélioration de leurs propres conditions de vie sociales et environnementales. En effet, bien que la défense de la nature soit des plus urgentes, « un conservatisme « qui se préoccupe du biome mais qui ignore les peuples amazoniens » est inutile » (no8). On pourrait dire que le bien de l’environnement dépend de la santé sociale de ces peuples et que ce n’est qu’en respectant leur dignité à tous les niveaux, que la solution aux problèmes environnementaux se manifestera. En d’autres termes, en cherchant le bien-être des autochtones de l’Amazonie la préservation de l’environnement nous sera donné comme « par surcroît » (Mt 6,33).

En effet, comment ne pas voir que ces populations, du fait même qu’elles aient gardé un rapport plus étroit avec la nature (no 40), sont les plus à même d’agir comme peuple intermédiaire avec l’esprit techniciste propre à notre époque. Véritables ambassadeurs de la nature auprès de l’humanité, les peuples autochtones doivent être aux premières loges des décisions de développement de leur région. Il continue en écrivant ceci : « La sagesse de la manière de vivre des peuples autochtones – malgré toutes ses limites – nous pousse à approfondir cette aspiration » (no 22). Pour cela, le Pape exhorte les peuples autochtones à en être eux-mêmes les « protagonistes » (no 27) tout en cultivant un esprit ouvert au dialogue (no 26).Tous les pays doivent donc chercher des moyens pour développer « une recherche de la justice qui est inséparablement un chant de fraternité et de solidarité, une stimulation pour la culture de la rencontre ».

Pour une culture de l’enracinement

Pour être le plus efficace dans la préservation des intérêts des peuples amazoniens, le Pape les exhorte à être d’authentiques « cultivateurs » de leurs cultures et mémoires ancestrales : « J’invite les jeunes de l’Amazonie, surtout les autochtones, à « prendre en charge les racines, parce que des racines provient la force qui les fait croître, fleurir, fructifier » (no 33). Sans connaissance claire de l’histoire personnelle, familiale et nationale, impossible d’entrer dans un dialogue authentique avec les autres peuples. En ce sens, le pape François se « réjouis(t) de voir que ceux qui ont perdu le contact avec leurs propres racines cherchent à retrouver la mémoire perdue » (no 35). En ce sens, l’Église peut être d’une aide importante dans la préservation des cultures amazoniennes en suscitant la production et le rayonnement d’initiative culturelle.

On voit aujourd’hui combien un thème comme l’environnement peut faire l’objet d’instrumentalisation partisane. Dans ce contexte, les peuples de l’Amazonie peuvent jouer un rôle central pour surpasser ces écueils contre-productifs. Gardant une vision holistique de la nature c’est-à-dire une vision de l’environnement qui inclut l’humanité, les peuples de l’Amazonie voit d’une manière encore plus aigüe que partout ailleurs qu’« abuser de la nature c’est abuser des ancêtres, des frères et sœurs, de la création et du Créateur, en hypothéquant l’avenir »(no 42). Ainsi, les peuples amazoniens de par leur attachement à leur culture et à l’environnement nous montre que la défense de la nature ne pourra se développer que parallèlement à une culture des racines culturelles propres à chaque peuple. Défendre la nature dépend de notre engagement envers la culture. L’Amazonie a donc beaucoup à nous apprendre.

Une Exhortation pour tous

Bien que l’Exhortation apostolique du pape François « Querida Amazonia » soit spécifiquement orientée vers les peuples de l’Amazonie et ceux qui sont directement en lien avec ces derniers, ce texte a beaucoup à nous apprendre pour le tournant missionnaire que nous avons tous à faire. Que ce soit par les relations étroites qu’ils entretiennent avec la nature que par leur souci de préserver leur culture des ravages d’un monde en proie à l’uniformisation, l’Église et la société ont tout à gagner à se mettre à leur école et à prendre véritablement un « visage amazonien »

Top 10 actualité catholique en 2019

(CNS photo/Paul Haring) Le nouvel an approche à grand pas et avec lui le temps des bilans et des résolutions pour l’année à venir. Sans plus attendre, je vous présente les faits saillants de l’actualité 2019 qui, selon moi, résument bien cette fin de décennie que nous avons vécue cette année.

1) Journée Mondiale de la Jeunesse au Panama (janvier 2019)

On peut dire que l’année 2019 a débuté en force avec la célébration des Journées mondiales de la jeunesse au Panama. Correspondant davantage au calendrier de l’Hémisphère sud, le mois de janvier a donc pu ouvrir cette année par une célébration joyeuse de la foi où des centaines de milliers de jeunes ont pu célébrer et approfondir leur relation avec le Christ. Sous le thème de la réponse de Marie à l’annonce de l’Incarnation par l’ange, « Me voici, qu’il me soit fait selon ta parole », cette rencontre mondiale a pu manifester la ferveur d’une jeunesse de plus en plus conscient du rôle central qu’elle doit jouer dans l’Église et conscient d’être appelée développer dans la décennie à venir. Vous pouvez lire l’ensemble des discours du pape François lors de ces JMJ Panama 2019 au lien suivant.

2) Rencontre pour la protection des mineurs au Vatican (février 2019)

L’année a commencé sur le ton peu réjouissant d’une prise en compte globale des abus perpétrés contre des mineurs et des personnes vulnérables par des représentants officiels de l’Église. Organisé par la Commission pontificale pour la protection des mineurs, et la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, ce sommet avait convoqué tous les évêques présidents des conférences épiscopales du monde de se présenter afin de faire le point sur la situation actuelle. Bien que les abus contre les mineurs représentent un problème dont les dimensions dépassent largement l’Église catholique, le Pape a clairement voulu manifester qu’il avait pleinement conscience de l’ampleur du scandale et des mesures drastiques qui doivent être prises. Avec la globalisation et la prolifération de la pornographie juvénile et la traite des êtres humains, la lutte pour la protection des mineurs prendra malheureusement de plus en plus de place dans l’actualité de la décennie à venir. Par sa transparence et son leadership, l’Église pourra ainsi se porter efficacement à la défense des enfants dans un monde qui leur est de plus en plus hostile. Un des fruits de cette prise de conscience de l’Église est certainement l’ouverture à l’Université Saint-Paul d’Ottawa d’un premier « Centre pour la protection des mineurs et des personnes vulnérables ».

3) Exhortation apostolique Christus Vivit (mars 2019)

Portant sur le thème de la jeunesse, ce texte d’une soixantaine de pages est exceptionnel de par son style direct et son ton très personnel. Composée de neuf chapitres, cette prise de parole du pape François cherche à manifester non seulement comment l’invitation universelle du Christ à la participation à sa vie divine répond à toutes les aspirations de la jeunesse mais également jusqu’à quel point le renouvellement de l’Église dépend de son dynamisme propre. Christus Vivit est un texte émouvant et plein d’espérance pour le présent et l’avenir de la société. Il s’agit d’une prise de parole personnelle du Pape, en dialogue avec les jeunes du monde entier qu’il a pu rencontrer durant son pontificat. Plusieurs initiatives émergeront dans l’Église de cette invitation du Pape à faire davantage de place aux jeunes dans l’Église.

4) Loi sur la laïcité de l’État et liberté religieuse

Plus près de nous, le gouvernement Legault a voulu mettre sur pied ce qu’il considère être une vision cohérente de la laïcité. Parallèlement à la loi sur la laïcité de l’État restreignant le droit des professeurs et de toutes personnes en position d’autorité de porter un signe religieux, ce gouvernement en a également profité pour retirer le crucifix de l’Assemblée Nationale. Toutefois, certains se sont désolés que le débat sur le contenu du projet de loi 21 ait bifurqué pour devenir une question de principe sur l’autonomie de l’autorité du Québec face à Ottawa. Alors qu’à l’heure actuelle des recours s’organisent pour contester la loi devant les tribunaux, on ne peut qu’espérer que la place de la religion en général, et de la foi catholique en particulier, soit davantage reconnue comme une force positive pour la société. Loin de porter préjudice à l’indépendance des institutions, l’implication des catholiques dans la vie sociale et politique continue de jouer rôle irremplaçable dans notre société. Espérons que 2020 sera l’occasion de redécouvrir la richesse sociale de l’implication des catholiques au Québec.

5) Les jeunes et l’environnement

L’un des phénomènes qui a eu le plus d’impact en 2019 fut certainement l’implication de nombreux jeunes pour la cause du climat. Quoique portée par une jeunesse souvent anxieuse face à son futur, ce mouvement des grèves pour le climat s’est principalement incarné dans la figure de Greta Thunberg. Bien qu’utilisant souvent un langage alarmiste qui a déplu à plusieurs, cette jeune suédoise a néanmoins eu un grand impact sur le mouvement environnemental. L’Église, principalement suite à la publication de l’encyclique Laudato sì par le pape François, n’est pas restée sur le banc des spectateurs. Pleinement investi dans la promotion d’une écologie intégrale, elle est aujourd’hui à l’écoute de cette jeunesse qui cherche une vision du monde plus cohérente et respectueuse de la nature que ne le propose l’économisme marchand. Ce dialogue entre foi et culture continuera bien évidemment dans les prochaines années. À vous d’être à l’écoute.

6) Canonisation du cardinal John Henri Newman

Le 13 octobre dernier était canonisé au Vatican le cardinal anglais John Henri Newman. Baptisé et éduqué dans l’anglicanisme, la vie du saint cardinal Newman regorge de péripéties et d’occasions où il a pu manifester la force de sa confiance en Dieu. Converti au catholicisme suite à ses études du développement organique du dogme dans l’histoire de l’Église, il entra chez les oratoriens où il a pu rayonner par l’écriture et certaines polémiques dans un climat pas toujours ouvert au débat d’idées. Saint Cardinal Newman est un modèle de rigueur intellectuelle et de fidélité à la vérité même lorsque cela entraîne des choix déchirants voir irréversible. Son « Apologia pro vita sua » saura certainement alimenter les groupes de lecture dans les prochaines années.

7) Mois missionnaire extraordinaire (Octobre 2019)

Cela fait désormais plusieurs années que nous sommes, comme Église, en chemin de conversion missionnaire. Le pape François a néanmoins tenu à décréter un mois missionnaire extraordinaire qui s’est tenu durant tout le mois d’octobre 2019. En effet, le Pape avait demandé à ce que soit célébré le 100eanniversaire de la lettre apostolique « Maximum Illud »de Benoît XV sur l’activité accomplie par les missionnaires dans le monde par un mois complet dédié à prier afin que soit renouvelée« l’ardeur de l’activité évangélisatrice de l’Église ad gentes ». Au pays, il convient de souligner le grand travail des Œuvres pontificales missionnaires qui ont su susciter et enrichir les activités pastorales dans les diocèses partout au Québec et au Canada francophone. Enfin, par son enracinement dans la théologie du baptême, le thème de « Bapstisés et envoyés »a certainement permis de faire redécouvrir à plusieurs catholiques la grandeur et la beauté de ce sacrement qui appelle à la conversion personnel le et au partage de cette vie divine reçu au moment où nous sommes réellementplongés dans la mort et la résurrection du Christ. En avant la mission !

8) Synode sur l’Amazonie (octobre 2019)

Au mois d’octobre dernier, le Saint-Père convoquait de nombreux évêques du monde entier pour discuter et discerner des enjeux liés à la région amazonienne dans le cadre d’un Synode extraordinaire sur cette partie du globe. Se sont donc réunis évêques, experts et des membres des populations locales afin de voir ce que l’Église peut faire pour améliorer sa pratique pastorale dans la région. Furent donc abordés des thèmes tels que l’inculturation, l’évangélisation ainsi que l’application et l’engagement pour une écologie intégrale. Comme me le disait Mgr Lionel Gendron p.s.s., ancien président de la Conférence des évêques catholiques du Canada et participant au Synode sur l’Amazonie, « Le Canada partage beaucoup de points communs avec la région amazonienne tels que de grands territoires inoccupés, la protection de l’environnement ainsi que la présence importante des peuples autochtones » (24 :41min). Il sera donc intéressant de suivre les évolutions et les documents qui émergeront de ce Synode. À suivre

9) Les voyages apostoliques du pape François

Chaque année, le pape François a un horaire chargé de voyage apostolique qui lui font parcourir le monde à la rencontre des catholiques et des hommes et femmes de bonne volonté. L’année 2019 ne fit pas exception à la règle puisqu’il a eu la chance de se rendre au Panama, aux Émirats arabes unis, au Maroc, en Bulgarie et Macédoine du Nord, en Roumanie, au Mozambique, Madagascar et à l’Île Maurice, en Thaïlande et, finalement, au Japon. Chacune de ces visites est unique mais je prends le temps de souligner sa visite à l’Île Maurice puisque j’ai personnellement eu la chance de d’y mettre les pieds. En effet, lors de cette brève visite, le Pape n’a pas manqué de souligner l’importance de la jeunesse et comment l’intégration sociale de cette dernière doit être une priorité pour toute société : « Nos jeunes, sont notre première mission ! […] Ne nous laissons pas voler le visage jeune de l’Église et de la société ; ne laissons pas les marchands de la mort voler les prémices de cette terre !»Prenons au sérieux l’avenir de la jeunesse en l’impliquant de plus en plus dans l’ensemble des processus sociaux et institutionnels. C’est peut-être bousculant mais, comme le dit le Pape, cela donnera « un nouveau souffle » à la mission de l’Église et de la société dans son ensemble.

10) Une présence ecclésiale en croissance au Québec

Partie intégrante de sa conversion missionnaire, la présence de l’Église sur le continent numérique ne cesse de croître partout dans le monde. Le Québec et le Canada francophone ne fait pas exception à ce constat. Ayant moi-même l’occasion de me rendre sur le terrain à la rencontre des acteurs locaux, je sens un réel engouement et une volonté ferme d’offrir un témoignage de foi crédible dans tous les milieux. Loin des attitudes parfois défaitistes qui ne laissent pas beaucoup de place à l’espérance, les différents diocèses sont pleinement engagés à rendre l’Église présente et pertinente dans un monde en profonde transformation. L’Église étant « Experte en humanité » comme le disait saint Paul VI, les communautés ecclésiales sont on ne peut mieux placées pour offrir, à la fois, des repères stables face aux grands bouleversements mais également le discernement pour s’ouvrir aux changements qui doivent être faits. Par sa présence en ligne, les diocèses seront des acteurs importants dans leur communauté locale. La décennie commence sur le bon pied à ce niveau !

Une année consacrée à la jeunesse

Comme vous avez pu le constater dans cette sélection bien personnelle des événements qui ont marqué l’actualité de l’Église en 2019, la jeunesse a occupé une place centrale. Que ce soit par les JMJ, la publication de Christus vivit, la protection des personnes mineures, etc. l’Église a conscience que les jeunes ne sont pas seulement le futur mais également le présent de l’Église. Prions pour qu’au début de cette décennie qui s’ouvre devant nous, une nouvelle génération de catholiques ait gagné en maturité, en profondeur dans sa relation au Christ et qu’elle ait trouvé une place dans l’Église d’ici et d’ailleurs. Cette place, nous l’apercevons déjà de loin mais je suis persuadé que les jeunes catholiques sauront nous surprendre par leur créativité, leur enthousiasme et leur fidélité à la foi qu’ils ont reçue. Bonne année à tous !

Église en Sortie 14 octobre 2019

Cette semaine à Église en Sortie, Francis Denis reçoit le père Yoland Ouellet o.m.i. pour parler du mois missionnaire extraordinaire. On vous présente un reportage sur l’assemblée automnale de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec à Trois- Rivières. Dans la troisième partie de l’émission, on parle des élections fédérales 2019 avec le vice-président de la Conférence des évêques catholiques du Canada et évêque de Saint-Jérôme Mgr Raymond Poisson.

Pape à Madagascar: Discours aux autorités politiques et civiles

(CNS photo/Paul Haring) Vous trouverez ci-dessous le texte de l’allocution du pape François lors de la rencontre avec les autorités civiles et politique de la République de Madagascar:

Monsieur le Président,
Monsieur le Premier Ministre,
Mesdames et Messieurs les membres du Gouvernement et du Corps Diplomatique, Distinguées Autorités,
Représentants des diverses confessions religieuses et de la société civile, Mesdames et Messieurs,

Je salue cordialement Monsieur le Président de la République de Madagascar et je le remerciepour son aimable invitation à visiter ce pays, ainsi que pour les paroles de bienvenue qu’il m’aadressées. Monsieur le Président, vous avez parlé avec passion, vous avez parlé avec amour de votre peuple. Je vous remercie pour votre témoignage de patriote. Je salue aussi Monsieur le Premier Ministre, les membres du gouvernement, du Corps diplomatique et les représentants de la Sociétécivile. Et j’adresse un fraternel salut aux Évêques, aux membres de l’Église catholique, auxReprésentants des autres confessions chrétiennes et des différentes Religions. Merci à toutes les personnes et aux institutions qui ont rendu possible ce voyage, et en particulier au Peuple malgache qui nous accueille avec une hospitalité remarquable.

Dans le préambule de la Constitution de votre République, vous avez voulu sceller une des valeurs fondamentales de la culture malgache : le “fihavanana”, qui évoque l’esprit de partage, d’entraide et de solidarité. Cela comprend également l’importance des liens familiaux, de l’amitié, et de la bienveillance entre les hommes et envers la nature. Ainsi se révèlent “l’âme” de votre peuple etces traits particuliers qui le distinguent, le constituent et lui permettent de résister avec courage et abnégation aux multiples contrariétés et aux difficultés auxquelles il est confronté quotidiennement. Si nous devons reconnaître, valoriser et apprécier cette terre bénie pour sa beauté et son inestimablerichesse naturelle, il n’est pas moins important de le faire également pour cette “âme” qui vous donne la force de rester engagés avec l’aina (c’est-à-dire avec la vie) comme l’a bien rappelé le père Antoinede Padoue Rahajarizafy sj.

Depuis que votre Nation a recouvré son indépendance, elle aspire à la stabilité et à la paix, enmettant en œuvre une alternance démocratique positive qui témoigne du respect de lacomplémentarité des styles et des projets. Et ceci montre que « la politique est un moyen fondamental pour promouvoir la citoyenneté et les projets de l’homme » (Message pour la 52ème Journée Mondiale de la Paix, 1er janvier 2019) quand elle est vécue comme un service à la collectivité humaine. Il est donc clair que la fonction et la responsabilité politique constituent un défi permanent pour ceux qui ont la mission de servir et de protéger leurs concitoyens, en particulier les plus fragiles, et de favoriserles conditions d’un développement digne et juste, impliquant tous les acteurs de la société civile. Car,comme le rappelait saint Paul VI, le développement d’une Nation « ne se réduit pas à la simple croissance économique. Pour être authentique, il doit être intégral, c’est-à-dire promouvoir tout homme et tout l’homme » (Encyclique Populorum Progressio, n.14).

Dans cette perspective, je vous encourage à lutter avec force et détermination contre toutes les formes endémiques de corruption et de spéculation qui augmentent la disparité sociale, et à affronterles situations de grande précarité et d’exclusion qui produisent toujours des conditions de pauvretéinhumaine. D’où la nécessité d’instaurer toutes les médiations structurelles qui peuvent assurer unemeilleure répartition des revenus et une promotion intégrale de tous les habitants, en particulier des plus pauvres. Une telle promotion ne peut pas se limiter au seul assistanat, mais demande la reconnaissance de sujets de droit appelés à la pleine participation à la construction de leur avenir (cf.Evangelii gaudium, nn. 204, 205).

Et, par ailleurs, nous avons appris que nous ne pouvons pas parler de développement intégral sans prêter attention et sans prendre soin de notre Maison commune. Il ne s’agit pas seulement detrouver les moyens de préserver les ressources naturelles mais de chercher « des solutions intégrales qui prennent en compte les interactions des systèmes naturels entre eux et avec les systèmes sociaux. [Car] il n’y a pas deux crises séparées, l’une environnementale et l’autre sociale, mais une seule etcomplexe crise socio-environnementale » (Encyclique Laudato Si’, n.139).

Votre belle île de Madagascar est riche d’une biodiversité végétale et animale, et cette richesseest particulièrement menacée par la déforestation excessive au profit de quelques-uns ; sa dégradationcompromet l’avenir du pays et de notre Maison commune. Comme vous le savez, les forêts qui restent sont menacées par les feux de forêt, le braconnage, la coupe effrénée de bois précieux. La biodiversité végétale et animale est en danger à cause de la contrebande et des exportations illégales. Il est également vrai que, pour les populations concernées, nombre de ces activités qui nuisent àl’environnement sont celles qui assurent provisoirement leur survie. Il est donc important de créerdes emplois et des activités génératrices de revenus qui respectent l’environnement et aident les personnes à sortir de la pauvreté. En d’autres termes, il ne peut pas y avoir de véritable approche écologique ni un travail concret de sauvegarde de l’environnement sans l’intégration d’une justicesociale qui accorde le droit à la destination commune des biens de la terre aux générations actuelles, mais également futures.

Sur cette voie, nous devons tous nous engager, y compris la communauté internationale.Beaucoup de ses représentants sont aujourd’hui présents. Il faut reconnaître que l’aide apportée par ces organisations internationales au développement du pays est grande et qu’elle rend visible l’ouverture de Madagascar au monde environnant. Le risque est que cette ouverture devienne une prétendue “culture universelle” qui méprise, enterre et supprime le patrimoine culturel de chaquepeuple. La mondialisation économique, dont les limites sont toujours plus évidentes, ne devrait pas engendrer une homogénéisation culturelle. Si nous prenons part à un processus où nous respectons les priorités et les modes de vie autochtones et où les attentes des citoyens sont honorées, nous feronsen sorte que l’aide fournie par la communauté internationale ne soit pas la seule garantie dudéveloppement du pays ; ce sera le peuple lui-même qui se prendra en charge progressivement, endevenant l’artisan de son propre destin.

C’est pourquoi nous devons accorder une attention et un respect particuliers à la société civilelocale, au peuple local. En soutenant ses initiatives et ses actions, la voix de ceux qui n’ont pas de voix sera rendue plus audible, tout comme les diverses harmonies, même contradictoires, d’unecommunauté nationale qui cherche son unité. Je vous invite à imaginer ce chemin sur lequel personnen’est laissé de côté, ni ne va seul, ou se perd.

Comme Église, nous voulons imiter l’attitude de dialogue de votre concitoyenne, labienheureuse Victoire Rasoamanarivo, que saint Jean-Paul II a béatifiée au cours de sa visite il y atrente ans. Son témoignage d’amour pour sa terre et ses traditions, le service des plus pauvres comme signe de sa foi en Jésus-Christ nous indiquent le chemin que nous sommes aussi appelés à parcourir.

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, je tiens à réaffirmer la volonté et la disponibilité de l’Église catholique à Madagascar de contribuer, dans un dialogue permanent avec leschrétiens des autres confessions, avec les membres des différentes religions et avec tous les acteursde la société civile, à l’avènement d’une véritable fraternité qui valorise toujours le fihavanana, en favorisant le développement humain intégral, afin que personne ne soit exclu.

Avec cette espérance, je demande à Dieu de bénir Madagascar et ceux qui y vivent, de garder votre belle île pacifique et accueillante, et de la rendre prospère et heureuse ! Merci.

[01359-FR.02] [Texte original: Italien]

« Hebdomada Papae » : j’en perds mon latin !

(Credit photo: Vatican Média) Le 8 juin dernier, une nouvelle émission radiophonique entrait en ondes sur Radio Vatican. Intitulé « Hebdomada Papae: notitiae vaticanae latine redditae », ce radiojournal a la particularité d’être diffusé dans la langue de Cicéron : le latin. Offrant des nouvelles hebdomadaires sur les événements significatifs de l’agenda du Pape, cette « nouveauté » semble paradoxalement anachronique. En effet, quelle utilité une telle émission peut-elle avoir en 2019 ? À qui peut bien s’adresser une telle programmation ? Loin de l’uniformisation actuelle de l’univers Podcast qui tend à généraliser l’usage de l’anglais, il me semble que cette initiative met de l’avant l’attachement de l’Église pour la diversité des cultures et pour sa propre tradition.

Un patrimoine vivant

L’intention avouée d’Andrea Tornielli, directeur éditorial de Vatican News, est de « faire revivre la langue officielle de l’Église catholique ». En effet, lorsque l’on parle de la langue latine, c’est souvent avec réticence. « C’est une langue morte ! » ou encore « Ça ne sert à rien !» ne sont que deux exemples de la myriade de préjugés tenaces qui continuent d’être véhiculés contre elle par la culture actuelle. Or,comme le dit le pape François :

Nous voyons aujourd’hui une tendance à homogénéiser les jeunes, à dissoudre les différences propres à leur lieu d’origine, à les transformer en êtres manipulables, fabriqués en série. Il se produit ainsi une destruction culturelle qui est aussi grave que la disparition des espèces animales et végétales. (CV no186)

Cette préservation d’une connaissance de base de la langue latine est donc constitutive d’une véritable « écologie intégrale » (LS no 145). Cela est vrai pour de nombreuses raisons. D’abord, l’universalité de l’Église requiert qu’elle ait une langue propre. N’étant ni française, ni anglaise, ni italienne, ni chinoise mais bien « catholicos », l’Église ne pourrait faire de l’une d’ elles sa langue officielle sans être perçue comme privilégiant une culture au détriment des autres. Pour les églises particulières, la langue vernaculaire est de mise dans la plupart des cas. Toutefois, pour les églises de tradition et de rite latin, le Concile Vatican II demande « À ce que les fidèles puissent dire ou chanter ensemble, en langue latine, aussi les parties de l’ordinaire de la messe qui leur reviennent » (SC no 54). De fait, et cela va de soi, la grande majorité du patrimoine ecclésial ayant été écrit en latin, il est indispensable d’avoir une certaine connaissance des « éléments latins ».

Une langue construite sur du roc

Une autre raison majeure en faveur d’une redécouverte du latin découle des racines culturelles et linguistiques latines de la langue française. En effet, le français est une langue latine et de fait, s’enracine dans la logique syntaxique, grammaticale et étymologique de cette langue millénaire. Avoir une base de latin permet donc de saisir la profondeur et la polysémie des termes, mots et concepts que nous utilisons tous les jours. À l’heure où l’on constate une perte de la richesse , une fragilisation de la présence francophone au Québec  ou du déclin de la qualité du français à tous les niveaux , il me semble qu’un certain retour au latin ne serait pas superflu. En effet, il m’apparaît contradictoire de prétendre chérir la langue française tout en négligeant une connaissance et une appréciation de base de ses racines. Notre langue française ne fut pas bâtie sur du « sable » mais sur le « roc » (Mt 7, 25-27) du latin. Affaiblir l’un allait forcément entraîner l’affaiblissement de l’autre.   Comment pouvoir sensibiliser et propager l’amour d’une langue sans en connaître les racines ? Et comment les francophones du Canada pourraient-ils redécouvrir ce patrimoine si l’Église Elle-même le négligeait ?

Ainsi, puisque trop souvent « les limites culturelles des diverses époques ont conditionné cette conscience de leur propre héritage éthique et spirituel, […]c’est précisément le retour à leurs sources qui permet aux religions de mieux répondre aux nécessités actuelles » (LS no 200) . Le patrimoine littéraire, religieux et linguistique du latin mérite d’être connu et utilisé. C’est ce que cette nouvelle émission radiophonique concrétise. Placet !

Discours du pape François aux autorités civiles et politiques de Bulgarie

(Photo CNS/Paul Haring) Vous trouverez ci-dessous le texte officiel du discours du pape François lors de la rencontre avec le président Rumen Radev et les autorités politiques et civiles de Bulgarie:

Monsieur le Président,
Monsieur le Premier Ministre
Distingués membres du Corps Diplomatique Distinguées Autorités,
Représentants des diverses confessions religieuses, Chers frères et sœurs,

Je suis heureux de me trouver en Bulgarie, lieu de rencontre entre de multiples cultures et civilisations, pont entre l’Europe de l’Est et celle du Sud, porte ouverte sur le Proche-Orient, une terre où s’enracinent d’antiques racines chrétiennes, qui nourrissent la vocation à favoriser la rencontre aussi bien dans la région que dans la communauté internationale. Ici, la diversité dans le respect des spécificités propres est vue comme une opportunité, une richesse et non comme un motif d’opposition.

Je salue cordialement les Autorités de la République et je les remercie pour l’invitation qui m’a été adressée pour visiter la Bulgarie. Je remercie Monsieur le Président pour les courtoises paroles qu’il m’a adressées en m’accueillant sur cette place historique qui porte le nom de l’homme d’Etat Atanas Burov, qui a subi les rigueurs d’un régime opposé à la liberté de pensée.

J’envoie avec déférence mon salut à Sa Sainteté le Patriarche Neofit – que je rencontrerai d’ici peu –, aux Métropolites et aux Évêques du Saint Synode, ainsi qu’à tous les fidèles de l’Eglise orthodoxe bulgare. J’adresse une salutation affectueuse aux évêques, aux prêtres, aux religieux, aux religieuses et à tous les membres de l’Église catholique, que je viens confirmer dans la foi et encourager dans leur cheminement quotidien de vie et de témoignage chrétien.

J’adresse une cordiale salutation aux chrétiens des autres Communautés ecclésiales, aux membres de la Communauté juive et aux fidèles de l’Islam et je réaffirme avec vous « la forte conviction que les vrais enseignements des religions invitent à demeurer ancrés dans les valeurs de la paix ; à soutenir les valeurs de la connaissance réciproque, de la fraternité humaine et de la coexistence commune » (Document sur la fraternité humaine, Abou Dhabi, 4 février 2019). Nous profitons de l’hospitalité que le peuple bulgare nous offre afin que chaque religion, appelée à promouvoir l’harmonie et la concorde, contribue à la croissance d’une culture et d’un environnement harmonieux imprégné du plein respect de la personne humaine et de sa dignité, en instaurant des connexions vitales entre civilisations, sensibilités et traditions diverses et en rejetant toute violence et toute coercition. On fera ainsi échec à ceux qui cherchent par tous les moyens à la manipuler et à l’instrumentaliser.

Ma visite d’aujourd’hui entend idéalement faire suite à celle effectuée par saint Jean-Paul II en mai 2002 et se déroule dans l’heureux souvenir de la présence à Sofia, pour environ une décennie, de Mgr Angelo Giuseppe Roncalli, alors Délégué Apostolique. Il a toujours porté dans le cœur des sentiments de gratitude et de profonde estime pour votre Nation, au point d’affirmer que, partout où il irait, sa maison vous serait toujours ouverte, sans qu’il soit nécessaire de se présenter comme catholique ou orthodoxe, mais seulement comme frère de Bulgarie (cf. Homélie du 25 décembre 1934). Saint Jean XXIII a travaillé sans relâche pour promouvoir la collaboration fraternelle entre tous les chrétiens et par le Concile Vatican II, qu’il a convoqué et présidé dans sa première phase, il a donné une grande impulsion et de l’élan au développement des relations œcuméniques.

C’est dans le sillage de ces événements providentiels que, à partir de 1968 – donc depuis cinquante ans – une délégation officielle bulgare, composée des plus hautes Autorités civiles et ecclésiastiques, effectue chaque année une visite au Vatican à l’occasion de la fête des saints Cyrille et Méthode. Ils ont évangélisé les peuples slaves et ont été à l’origine du développement de leur langue ainsi que de leur culture et surtout de fruits abondants et durables de témoignage chrétien et de sainteté.

Que soient bénis les saints Cyrille et Méthode, copatrons de l’Europe, qui par leurs prières, leur génie et leur labeur apostolique unanime sont pour nous un exemple et restent, à distance de plus d’un millénaire, des inspirateurs d’un dialogue fécond, d’harmonie, de rencontre fraternelle entre les Églises, les États et les peuples ! Puisse leur lumineux exemple susciter de nombreux imitateurs également de nos jours et faire surgir de nouveaux parcours de paix et de concorde !

Maintenant, dans cette situation historique, à trente ans de la fin du régime totalitaire qui entravait sa liberté et ses initiatives, la Bulgarie est confrontée aux conséquences de l’émigration, survenue au cours des dernières décennies, de plus de deux millions de ses citoyens à la recherche de nouvelles opportunités de travail. En même temps, la Bulgarie – comme tant d’autres pays du Vieux Continent – doit affronter ce qui peut être considéré comme un nouvel hiver : l’hiver démographique, qui s’est abattu comme un rideau de gel sur toute l’Europe, conséquence d’une diminution de la confiance face à l’avenir. La baisse de la natalité, associée donc à l’intense flux migratoire, a entraîné le dépeuplement et l’abandon de nombreux villages et villes. En outre, la Bulgarie se trouve confrontée au phénomène de ceux qui cherchent à traverser ses frontières, pour fuir des guerres et des conflits ou la misère, et tentent de rejoindre à tout prix les régions plus riches du continent européen, afin de trouver de nouvelles opportunités de vie ou simplement un refuge sûr.

Monsieur le Président, je connais l’engagement des gouvernants de ce pays, depuis des années, pour créer les conditions, afin que les jeunes surtout ne soient pas contraints à émigrer. Je voudrais vous encourager à continuer dans cette voie, à accomplir tous les efforts pour créer des conditions favorables, afin que les jeunes puissent investir leurs fraîches énergies et programmer leur avenir personnel et familial, en trouvant dans leur patrie les conditions d’une vie digne. Et vous qui connaissez le drame de l’émigration, je me permets de vous suggérer de ne pas fermer les yeux, le cœur et la main – comme en témoigne votre tradition – à celui qui frappe à vos portes.

Votre pays s’est toujours caractérisé comme un pont entre l’Est et l’Ouest, capable de favoriser la rencontre entre des cultures, des ethnies, des civilisations et des religions différentes, qui depuis des siècles ont coexisté ici en paix. Le développement, y compris économique et civil, de la Bulgarie passe nécessairement par la reconnaissance et la valorisation de cette caractéristique spécifique. Puisse cette terre, délimitée par le grand fleuve Danube et par les rives de la Mer noire, rendue fertile par l’humble travail de nombreuses générations et ouverte aux échanges culturels et commerciaux, intégrée dans l’Union Européenne et ayant de solides liens avec la Russie et la Turquie, offrir à ses enfants un avenir d’espérance.

Que Dieu bénisse la Bulgarie, la garde pacifique et accueillante et la rende prospère et heureuse !

[00740-FR.01] [Texte original: Italien]

Prière du pape François en conclusion du Chemin de Croix à Rome

Vous trouverez ci-dessous la traduction intégrale de la prière lue par le Pape François en conclusion du Chemin de Croix à Rome (Photo: CNS/Paul Haring):

«Seigneur Jésus, aide-nous à voir dans Ta Croix toutes les croix du monde :

la croix des personnes affamées de pain et d’amour ;
la croix des personnes seules et abandonnés, même par leurs propres enfants et parents ;
la croix des personnes assoiffées de justice et de paix ;
la croix des personnes qui n’ont pas le réconfort de la foi ;
la croix des personnes âgées qui se courbent sous le poids des années et de la solitude ;
la croix des migrants qui trouvent les portes fermées
à cause de la peur et des cœurs blindés par les calculs politiques ;
la croix des petits, blessés dans leur innocence et dans leur pureté ;
la croix de l’humanité qui erre dans l’obscurité de l’incertitude
et de la culture du momentané,
la croix des familles divisée par la trahison,
par les séductions du malin ou par la légèreté homicide et par l’égoïsme ;
la croix des consacrés qui cherchent infatigablement
à porter Ta lumière dans le monde et qui se sentent rejetés, tournés en dérision et humiliés ;
la croix des consacrés qui, chemin faisant, ont oublié leur premier amour ;
la croix de tes enfants qui, en croyant en Toi et cherchant à vivre selon Ta parole,
se trouvent marginalisés et écartés même par leurs proches et par leurs contemporains ;
la croix de nos faiblesses, de nos hypocrisies, de nos trahisons,
de nos péchés et nos nombreuses promesses non-tenues ;
la croix de Ton Église qui, fidèle à Ton Évangile,
a du mal à apporter Ton amour même parmi les baptisés eux-mêmes ;
la croix de l’Église, Ton épouse,
qui se sent assaillie continuellement de l’intérieur et de l’extérieur ;
la croix de notre maison commune qui dépérit sérieusement
sous nos yeux égoïstes et asséchés par l’avidité et par le pouvoir.

Seigneur Jésus, ravive en nous l’espérance de la résurrection et de Ta victoire définitive contre tout mal et toute mort. Amen !»

Discours du pape François avec les migrants de Rabat au Maroc


Vous trouverez ci-dessous le texte du discours du pape François tel que prononcé lors de la rencontre avec les migrants au Centre Caritas diocésain de Rabat au Maroc:

Chers amis,
Je suis heureux d’avoir cette possibilité de vous rencontrer au cours de ma visite au Royaume du Maroc. Il s’agit pour moi d’une nouvelle occasion de vous exprimer à tous ma proximité, et avec vous affronter une grande et grave blessure qui continue à déchirer le début de ce XXIème siècle. Blessure qui crie vers le ciel. Et c’est pourquoi nous ne voulons pas que l’indifférence et le silence soient notre parole (cf. Is 3, 7). Encore plus quand on relève qu’il y a de nombreux millions de réfugiés et d’autres migrants forcés qui demandent la protection internationale, sans compter les victimes de la traite et des nouvelles formes d’esclavage aux mains d’organisations criminelles. Personne ne peut être indifférent devant cette souffrance.

Je remercie Mgr Santiago pour ses mots d’accueil et pour l’engagement de l’Eglise au service des migrants. Merci aussi à Jackson pour son témoignage ; merci à vous tous, migrants et membres des associations qui sont à leur service, venus ici cet après-midi pour nous trouver ensemble, pour renforcer les liens entre nous et continuer à nous engager pour garantir des conditions de vie digne pour tous. Et merci aux enfants ! Eux sont l’espérance. Pour eux, nous devons lutter, pour eux. Ils ont droit, droit à la vie, droit à la dignité. Luttons pour eux. Tous nous sommes appelés à répondre aux nombreux défis posés par les migrations contemporaines, avec générosité, rapidité, sagesse et clairvoyance, chacun selon ses propres possibilités (cf. Message pour la Journée mondiale du Migrant et du Réfugié, 2018).

Il y a quelques mois s’est déroulée, ici au Maroc, la Conférence Intergouvernementale de Marrakech qui a entériné l’adoption du Pacte mondial pour une migration sûre, ordonnée et régulière. « Le Pacte sur les migrations constitue un important pas en avant pour la communauté internationale qui, dans le cadre des Nations Unies, affronte pour la première fois au niveau multilatéral le thème dans un document d’importance » (Discours aux membres du Corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège, 7 janvier 2019).

Ce Pacte permet de reconnaître et de prendre conscience qu’il « ne s’agit pas seulement de migrants » (cf. le Thème de la Journée mondiale du Migrant et du Réfugié 2019 sur les migrations constitue un important pas en avant pour la communauté internationale qui, dans le cadre des Nations Unies, affronte pour la première fois au niveau multilatéral le thème dans un document d’importance » (Discours aux membres du Corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège, 7 janvier 2019.), comme si leurs vies étaient une réalité étrangère ou marginale, qui n’aurait rien à voir avec le reste de la société. Comme si leur qualité de personne avec des droits restait « en suspens » à cause de leur situation actuelle ; « effectivement un migrant n’est pas plus humain ou moins humain en fonction de sa situation d’un côté ou de l’autre d’une frontière »[1].

Ce qui est en jeu, c’est le visage que nous voulons nous donner comme société et la valeur de toute vie. Des pas en avant nombreux et positifs ont été faits dans différents domaines, spécialement dans les sociétés développées, mais nous ne pouvons pas oublier que le progrès de nos peuples ne peut pas se mesurer seulement par le développement technologique ou économique. Il dépend surtout de la capacité de se laisser remuer et toucher par celui qui frappe à la porte et qui avec son regard discrédite et prive d’autorité toutes les fausses idoles qui hypothèquent la vie et la réduisent en esclavage; idoles qui promettent un bonheur illusoire et éphémère, construit aux marges de la réalité et de la souffrance des autres. Comme devient déserte et inhospitalière une ville quand elle perd la capacité de la compassion ! une société sans cœur… une mère stérile. Vous n’êtes pas des marginaux, vous êtes au centre du cœur de l’Eglise.

J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité.

« En considérant la situation actuelle, accueillir signifie avant tout offrir aux migrants et aux réfugiés de plus grandes possibilités d’entrée sûre et légale dans les pays de destination » (Message Journée mondiale du Migrant 2018). L’élargissement des canaux migratoires réguliers est de fait un des objectifs principaux du Pacte mondial. Cet engagement commun est nécessaire pour ne pas accorder de nouveaux espaces aux ‘marchands de chair humaine’ qui spéculent sur les rêves et sur les besoins des migrants. Tant que cet engagement ne sera pas pleinement réalisé, on devra affronter la pressante réalité des flux irréguliers avec justice, solidarité et miséricorde. Les formes d’expulsion collective, qui ne permettent pas une gestion correcte des cas particuliers, ne doivent pas être acceptées. Par contre les parcours de régularisation extraordinaires, surtout dans le cas de familles et de mineurs, doivent être encouragés et simplifiés.

Protéger veut dire assurer la défense « des droits et de la dignité des migrants ainsi que des réfugiés, indépendamment de leur statut migratoire » (ibid.). En regardant la réalité de cette région, la protection doit être assurée avant tout le long des routes migratoires, qui sont souvent, hélas, des théâtres de violence, d’exploitation et d’abus en tous genres. Ici aussi il apparaît nécessaire de porter une attention particulière aux migrants en situation de grande vulnérabilité, aux nombreux mineurs non accompagnés et aux femmes. Il est essentiel de pouvoir garantir à tous une assistance médicale, psychologique et sociale adéquate pour redonner dignité à qui l’a perdue au cours du chemin, comme s’y consacrent avec dévouement les opérateurs de cette structure. Et parmi vous, il y en a qui peuvent témoigner combien sont importants ces services de protection, pour donner une nouvelle espérance aux migrants, aussi longtemps qu’ils séjournent dans les pays qui les ont accueillis.

Promouvoir, signifie assurer à tous, migrants et autochtones, la possibilité de trouver un milieu sûr où se réaliser intégralement. Cette promotion commence avec la reconnaissance que personne n’est un déchet humain, mais que chacun est porteur d’une richesse personnelle, culturelle et professionnelle qui peut apporter beaucoup de valeur là où il se trouve. Les sociétés d’accueil en seront enrichies si elles savent valoriser au mieux la contribution des migrants, en prévenant tout type de discrimination et tout sentiment xénophobe. L’apprentissage de la langue locale, comme véhicule essentiel de communication interculturelle, sera vivement encouragé, de même que toute forme positive de responsabilisation des migrants envers la société qui les accueille, apprenant à y respecter les personnes et les liens sociaux, les lois et la culture, pour offrir ainsi une contribution renforcée au développement humain intégral de tous.

Mais n’oublions pas que la promotion humaine des migrants et de leurs familles commence aussi par les communautés d’origine, là où doit être aussi garanti, avec le droit d’émigrer, celui de ne pas être contraints à émigrer, c’est-à-dire le droit de trouver dans sa patrie des conditions qui permettent une vie digne. J’apprécie et j’encourage les efforts des programmes de coopération internationale et de développement transnational dégagés d’intérêts partisans, où les migrants sont impliqués comme les principaux protagonistes (cf. Discours aux participants au forum international sur « migration et paix », 21 février 2017).

Intégrer veut dire s’engager dans un processus qui valorise à la fois le patrimoine culturel de la communauté qui accueille et celui des migrants, construisant ainsi une société interculturelle et ouverte. Nous savons qu’il n’est pas du tout facile d’entrer dans une culture qui nous est étrangère – aussi bien pour qui arrive que pour qui accueille –, de nous mettre à la place de personnes très différentes de nous, de comprendre leurs pensées et leurs expériences. Ainsi, souvent, nous renonçons à la rencontre avec l’autre et nous élevons des barrières pour nous défendre (cf. Homélie pour la Journée mondiale du migrant et du réfugié, 14 janvier 2018). Intégrer demande donc de ne pas se laisser conditionner par les peurs et par l’ignorance.

Ici il y a un chemin à faire ensemble, comme de vrais compagnons de voyage, un voyage qui nous engage tous, migrants et autochtones, dans l’édification de villes accueillantes, plurielles et attentives aux processus interculturels, des villes capables de valoriser la richesse des différences dans la rencontre de l’autre. Et dans ce cas aussi, beaucoup parmi vous peuvent témoigner personnellement combien un tel engagement est essentiel.

Chers amis migrants, l’Eglise reconnaît les souffrances qui jalonnent votre chemin et elle en souffre avec vous. En vous rejoignant dans vos situations si diverses, elle tient à rappeler que Dieu veut faire de nous tous des vivants. Elle désire se tenir à vos côtés pour construire avec vous ce qui est le meilleur pour votre vie. Car tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’! Toute personne a droit à un avenir.

Je voudrais encore exprimer mes remerciements à toutes les personnes qui se sont mises au service des migrants et des réfugiés dans le monde entier, et aujourd’hui particulièrement à vous, opérateurs de la Caritas, qui avez l’honneur de manifester l’amour miséricordieux de Dieu à tant de nos frères et sœurs au nom de toute l’Eglise, ainsi qu’à toutes les associations partenaires. Vous savez bien et vous faites l’expérience que pour le chrétien « il ne s’agit pas seulement de migrants », mais c’est le Christ lui-même qui frappe à nos portes.

Que le Seigneur, qui durant son existence terrestre a vécu dans sa propre chair la souffrance de l’exil, bénisse chacun de vous, vous donne la force nécessaire pour ne pas vous décourager et pour être les uns pour les autres « un port sûr » d’accueil.

Merci. ____________________

[1] Discours de S.M. le Roi du Maroc à la Conférence Intergouvernementale sur les migrations, Marrakech, 10 décembre 2018.

[00534-FR.02] [Texte original: Italien]

Le carême face à la crise environnementale

(photo:CNS photo/Navesh Chitrakar, Reuters) Alors que la première semaine du Carême vient de se terminer, il me semblait approprié d’offrir quelques-unes de mes réflexions sur le message du pape François pour le Carême 2019. Intitulé « La création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu » (Rm 8,19), ce texte est une bonne illustration non seulement du rôle central de l’humanité dans l’édifice de la création mais également du caractère libérateur de la pratique du Carême.

La destinée spirituelle du monde créé

Lorsque nous pensons à la vie spirituelle et à la vie sacramentelle, nous avons souvent l’impression que cela ne concerne que nous les êtres humains. Que nous voyions comme un poids l’obligation d’aller à la messe du dimanche ou que nous goûtions les délices de la contemplation, il nous arrive à tous d’oublier que cette Révélation de Dieu concerne l’ensemble du créé. Or, de la bactérie aux anges célestes, l’ensemble des créatures a une relation avec Celui qui les maintient dans l’existence. D’où vient donc cette sensation d’exclusivité ?

Ce malentendu vient d’abord du fait que la seconde personne de la Trinité a décidé de devenir homme. Toutefois, nous devrions toujours garder en tête la vocation primordiale de l’humanité et la singularité de sa nature. En effet, par son intelligence et sa volonté, l’homme est un être spirituel tandis que par sa constitution corporelle, il est matériel. Sa nature-même fait donc de lui le pont (pontifex) entre le monde spirituel et matériel. Il réconcilie donc, en son être même, ce qui serait sans lui deux univers parallèles .

Or, depuis le péché originel, cette mission « d’intermédiaire » de l’humanité a quelque peu souffert. Par orgueil, l’humanité a rejeté cette dimension de médiateur de son être et se berce depuis entre les extrêmes de l’exaltation du corps au détriment de l’esprit ou vice-versa. Cela fait référence aux deux « hérésies » (no35) mentionnées par le pape François que sont le « gnosticisme et le pélagianisme » (Chap 2.). Heureusement :

Quand la charité du Christ transfigure la vie des saints – esprit, âme et corps –, ceux-ci deviennent une louange à Dieu et, par la prière, la contemplation et l’art, ils intègrent aussi toutes les autres créatures, comme le confesse admirablement le « Cantique des créatures » de saint François d’Assise (cf. Enc. Laudato Sì, n. 87).(no1)

Lorsque nous acceptons l’invitation à mettre le Christ au centre de nos vies, nous récupérons cette vocation originelle à faire le lien entre l’univers matériel et immatériel. Ainsi, par notre coopération, nous devons vivre cette mission dans la contemplation de la beauté de la création et du mystère de réconciliation qui se produit en nous. Par contre, comme le Pape : « En ce monde, […] l’harmonie produite par la rédemption, est encore et toujours menacée par la force négative du péché et de la mort » (no 1).

Le Carême : un temps de réconciliation avec la nature

Le temps liturgique du Carême est un moment approprié pour faire de nous les instruments de la paix entre les hommes et l’environnement. Certes, c’est par leurs actions concrètes que les chrétiens sont en mesure de travailler à tous les niveaux en faveur de la cause commune des pauvres et de l’environnement. Comme le dit le Pape : « Il n’y a pas deux crises séparées, l’une environnementale et l’autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale » (no 139) et c’est parce les chrétiens ont la grâce d’être éclairés par leur foi que leurs actions auront une efficacité particulière.

D’abord, l’exercice du Carême et la plus grande disponibilité aux motions de l’Esprit Saint permettent de ne pas tomber dans le découragement. Depuis le début de l’année, on entend beaucoup parler de phénomènes tels que « l’éco-anxiété » et autres pathologies générées en réaction à la crise climatique. Or, plus que le repliement sur soi et la gestion à temps plein de ses émotions, ce sont davantage le courage, l’espoir, l’effort, le travail et les études méticuleuses qui aideront à faire la transition énergétique. La pratique authentique du Carême nous permet d’éviter cet écueil du découragement en nous assurant de la Présence constante du Christ ; de Celui qui est l’Alpha et l’Omega et qui, dans sa Providence, maîtrise l’histoire.

Ensuite, la pratique du Carême nous aide à développer les vertus nécessaires pour combattre le bruit incessant d’une société de consommation centrée sur l’assujettissent de la nature. Que ce soit par la volonté de domination sur son propre corps et ses lois propres ou par l’utilisation à outrance des ressources naturelles, l’humanité est tiraillée par une liste de désirs qui ne cesse de s’accroître. Or, nous savons que cette perpétuelle insatisfaction vient de la soif d’infini présent dans le cœur des hommes. Le Carême et la promotion de son authentique célébration est donc un rempart contre cet autre écueil qui nous pousse à nous détruire nous-même et le monde dans lequel on se trouve.

Le Carême pour « l’urgence » climatique

À l’heure où nous comprenons de plus en plus les désastres qu’un monde sans Dieu peut produire, le Carême ne nous apprend ni à désespérer de l’homme, ni à lui confier l’ensemble de nos espérances. Confiant dans l’action réparatrice de Dieu et de son Œuvre invisible mais non moins efficace, nous pourrons redevenir ces émissaires du monde spirituel dans l’univers matériel et « Ainsi, en accueillant dans le concret de notre vie la victoire du Christ sur le péché et sur la mort, nous attirerons également sur la création sa force transformante. » (no 3).