Église en Sortie 24 mai 2019

Cette semaine à Église en Sortie, on parle des différentes positions concernant la laïcité au Québec avec les deux coauteurs du livre « Quelle laïcité ? » Yvan Lamonde historien et professeur émérite de littérature québécoise à l’Université McGill ainsi que le père Bruno Demers o.p. théologien et professeur à l’Institut de théologie pastorale des dominicains de Montréal. On vous présente un reportage sur l’Institut de formation théologique et pastorale du diocèse de Saint-Jean-Longueuil.

Une neutralité au service de la liberté de conscience et de religion

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Ce mercredi 27 octobre 2016, l’Assemblée des évêques catholiques du Québec (AECQ) a participé, par l’entremise de ses représentants, aux consultations publiques sur le projet de loi no 62 visant à faire respecter « la neutralité religieuse de l’État et visant notamment à encadrer les demandes d’accommodements religieux dans certains organismes ». C’est ainsi que le cardinal Gérald Cyprien Lacroix, Mgr Christian Lépine ainsi que Mgr Paul Lortie ont présenté leur point de vue sur cette question d’actualité. Dans ce qui peut être qualifié d’« échange cordial » les parlementaires ont pu, à la fois, approfondir leur réflexion sur la nature de la « neutralité religieuse de l’État » telle qu’évoquée dans le projet de loi mais également, espérons le, remettre en question certaines formulations qui laissent présager un parti pris idéologique.

Pour une véritable neutralité

Parmi les points centraux de ce mémoire de huit pages, on note la clarification nécessaire dont le terme « neutralité » devrait faire l’objet si l’intention des législateurs est vraiment de protéger les droits et libertés des citoyens du Québec. En effet, pour les évêques du Québec, la « neutralité religieuse de l’État peut être comprise et interprétée de plusieurs façons » (no 1.2.). De fait, on ne calcule plus les positionnements politiques faisant appel à ce soi-disant principe bien qu’on le fasse souvent de manière totalement contradictoire et pour appuyer des propositions souvent contraires. Cet état de fait manifeste une confusion notoire. Dans un premier cas, on invoque la « neutralité de l’État » pour signifier l’impartialité du Gouvernement devant les préférences religieuses des citoyens. Toutefois, cet énoncé est souvent utilisé pour imposer une vision séculariste de la société qui se rapproche « dans les faits, d’une sorte d’athéisme officiel » (p.2).

Selon les évêques du Québec, pour éviter toute équivoque ou interprétation laïciste que l’on pourrait faire de ce projet de loi, il serait important de le bonifier en faisant explicitement référence aux « libertés de conscience et de religion » (p.4) qui sont la raison d’être de la neutralité religieuse de l’État et non l’inverse.

Vers un pluralisme assumé

Une autre critique formulée contre la mouture actuelle du projet de loi 62 de l’Assemblée nationale du Québec se trouve dans le fait que l’on note une certaine méfiance devant le phénomène religieux. S’appuyant sur le constat de la pluralité culturelle présente sur le territoire du Québec tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Église (no3.3), l’AECQ souligne une réorientation nécessaire de la compréhension de la place de la religion au Québec. En effet, « Il [le pluralisme] faut le traiter comme une richesse, non comme une menace qu’il faut encadrer » (no3.3).

En ce sens, il ne faut pas confondre, nous dit le document, la neutralité religieuse ou, en d’autres termes, la « laïcité » de l’État en l’appliquant à la société en général comme le soutiennent parfois certaines personnes « qui invoquent la neutralité ou la  laïcité » parce qu’elles ne veulent pas voir de signes religieux (no 3.5). Au contraire, la société civile et l’espace public sont des lieux où l’expression de la foi personnelle de chacun peut et doit avoir le droit de se manifester.

Je vous invite à lire et même à écouter le segment de cette présentation du mémoire de l’AECQ lors de cette Commission parlementaire. Que ce soit dans leur volonté de participer au débat démocratique, la précision des suggestions faites aux députés ou encore par leur souci d’aider l’ensemble de la société à se doter d’une loi utilisant un langage clair et sans équivoque, les évêques ont bien démontré le rôle irremplaçable des autorités religieuses dans la protection et la promotion d’une société libre et moderne.

 

Mémoire de l’AECQ lors des consultations publiques sur le projet de loi 62

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Vous trouverez ci-dessous le document complet de la Contribution de l’Assemblée des évêques à la consultation publique organisée par la Commission des Institutions sur le projet de loi 62 Loi favorisant le respect de la neutralité religieuse de l’État et visant notamment à encadrer les demandes d’accommodements religieux dans certains organismes:

Introduction

Nous remercions la Commission des Institutions de nous avoir invités dans le cadre de cette consultation. Nous sommes heureux et honorés de pouvoir apporter notre contribution à la réflexion sur un sujet qui est de grande importance pour le Québec.

Notre délégation est composée de trois membres du comité exécutif de notre Assemblée:

Monsieur le cardinal Gérald Cyprien Lacroix, archevêque de Québec;

Monseigneur Christian Lépine, archevêque de Montréal;

et Monseigneur Paul Lortie, évêque de Mont-Laurier, président de l’Assemblée.

Un mot, d’abord, pour présenter l’Assemblée des évêques catholiques du Québec.

D’après un document d’archives, les évêques du Québec se réunissent en Assemblée depuis 1849. Il y a donc 167 ans.

Aujourd’hui, nous nous réunissons en assemblée plénière deux fois par année, quatre jours en mars et quatre jours en septembre. Entre ces plénières, un comité exécutif de sept évê- ques, élus par l’Assemblée, assure le suivi, avec le concours du secrétariat général. Celui-ci a été créé il y a cinquante ans cette année, en septembre 1966, et est incorporé sous le nom de Secrétariat des évêques catholiques du Québec; cinq personnes y travaillent à temps plein, dont le secrétaire général.

Les membres de l’Assemblée sont les évêques catholiques exerçant leur ministère au Québec, c’est-à-dire non seulement les dix-neuf évêques diocésains de rite latin, mais aussi leurs auxiliaires et les évêques de rites orientaux — maronites, grecs-melkites, syro-catholi- que — ayant leur siège au Québec. Il y a actuellement vingt-huit évêques qui sont membres. On en trouvera la liste en annexe au présent mémoire.

L’Assemblée est ce que son nom indique: une assemblée. Ce n’est pas une instance supplé- mentaire de la hiérarchie de l’Église, ni une autorité qui serait au-dessus des évêques. C’est un lieu d’entraide, de concertation, de fraternité. Le président n’est pas « le président des évêques », mais président d’assemblée. Lorsqu’il intervient, avec l’Exécutif, sur la place pu- blique, il tâche d’exprimer ce qui fait consensus au sein de l’Assemblée.

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Notre intervention portera principalement sur trois sujets, sur lesquels nous ferons des re- commandations qui pourraient, à notre avis, bonifier le projet de loi:

• La signification et la raison d’être de la neutralité religieuse de l’État. • La liberté de conscience et de religion.

• La valeur du pluralisme québécois actuel.

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