L’encyclique « Fratelli tutti » avec Jean-Marc Barreau PhD.

Cette semaine dans le cadre de son balado « Parrêsia », Francis Denis s’entretient de la plus récente encyclique du Pape François « Fratelli tutti » avec le prêtre, théologien et professeur adjoint à temps plein à l’Université de Montréal Jean-Marc Barreau PhD. Dans ce dialogue 1h23 min, seront notamment abordés les questions de la politique, l’économie, la spiritualité et des principes centraux à la réalisation de sociétés justes et inclusives. Jean-Marc Barreau est notamment l’auteur d’un livre sur le présent pontificat : François et la miséricorde publié chez Médiaspaul 

Le christianisme: religion de la sortie de la religion ? avec Martin Bellerose PhD.

Cette semaine, dans le cadre de son balado « Parrêsia », Francis Denis discute du thème du christianisme comme religion de la sortie avec Martin Bellerose, théologien et directeur de l’Institut de pastorale des Dominicains à Montréal. Dans cet entretien, sont abordés des thèmes tels que les religions primitives, la Révélation chrétienne, la sécularisation la Révolution Tranquille.

Sur la route du diocèse de Nicolet (1ère partie)

Cette semaine à « Sur la route des diocèses », on part à la découverte de l’Église catholique à Nicolet. Fondé le 10 juillet 1885 par le pape Léon XIII, le diocèse de Nicolet s’étend entre la rive sud du fleuve Saint-Laurent et les Appalaches et dessert plusieurs villes importantes dont Nicolet, Dummondville et Victoriaville. Divisé en 27 paroisses disséminées aux quatre coins du diocèse, le Peuple de Dieu dans ce coin de pays reste fidèle à cette histoire de service qui continue de se déployer depuis maintenant 135 ans.

Sixième évêque du lieu, Mgr André Gazaille fut nommé en 2011 par le Pape Benoît XVI et a fait de l’annonce « de l’amour du Christ » le moteur de son action pastorale. Soucieux de se faire proche des préoccupations de l’ensemble du peuple de Dieu qui lui est confié, Mgr Gazaille et toute l’équipe du diocèse de Nicolet sont pleinement engagés dans le tournant missionnaire voulu par le pape François. Que ce soit par la vie de milliers de personnes consacrées à Dieu dans le service de l’éducation et de la santé, par sa proximité des milieux ouvriers et des jeunes en difficulté, par l’accueil des familles et personnes plus vulnérables ou par son souci d’offrir des milieux capables de susciter l’intérêt spirituel des hommes et femmes de notre temps, le Diocèse de Nicolet rayonne de son charisme à rejoindre les périphéries de l’existence.

Dans cet épisode de « Sur la route des diocèses » nous partons donc à la rencontre des différents visages qui forment le peuple de Dieu dans cette région du Centre-du-Québec.

Tous les épisodes de « Sur la route des diocèses » sont également disponibles ICI

La foi dans l’espace public avec Jean Tremblay

Cette semaine, dans le cadre de son balado « Parrêsia », Francis Denis discute de la place de la foi dans l’espace public avec l’ancien maire de Saguenay Jean Tremblay. Bien connu pour avoir mené le combat pour le maintien du droit à un temps de prière au début du conseil de ville jusqu’en Cour Suprême, Jean Tremblay a une expérience de première ligne. Dans cet entretien, sont abordés des thèmes tels que les médias, les enjeux sociaux contemporains, l’histoire du Québec et le récit de son expérience personnelle comme homme politique ayant affiché publiquement sa foi.

« Les idées chrétiennes devenues folles » avec Mathieu Bock-Côté

« The modern world is full of the old Christian virtues gone mad » : « Le monde moderne est rempli de vieilles vertus chrétiennes devenues folles » disait G. K. Chesterton dans son essai « Orthodoxie » publié en 1908. Depuis ce temps, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Parallèlement se sont multipliés les exemples qui semblent donner raison aux vieux polémistes catholiques. Pour en parler Francis Denis s’entretient avec Mathieu Bock-côté, auteur et chroniqueur au Journal de Montréal et au Figaro.

Église en Sortie 24 mai 2019

Cette semaine à Église en Sortie, on parle des différentes positions concernant la laïcité au Québec avec les deux coauteurs du livre « Quelle laïcité ? » Yvan Lamonde historien et professeur émérite de littérature québécoise à l’Université McGill ainsi que le père Bruno Demers o.p. théologien et professeur à l’Institut de théologie pastorale des dominicains de Montréal. On vous présente un reportage sur l’Institut de formation théologique et pastorale du diocèse de Saint-Jean-Longueuil.

Discours du pape François avec les autorités civiles et politiques d’Estonie

Vous trouverez ci-dessous le discours du pape François avec les autorités civiles et politiques d’Estonie. Sur la photo, le pape François en compagnie de la présidente Kersti Kaljulaid (photo CNS: Paul Haring):

Distingués Membres du Corps Diplomatique
Excellences, Mesdames et Messieurs,

Je suis très heureux d’être parmi vous, ici à Tallinn, la capitale la plus septentrionale que le Seigneur m’ait donné de visiter. Je vous remercie, Madame la Présidente, pour vos paroles de bienvenue et pour l’opportunité de rencontrer les représentants de ce peuple d’Estonie. Je sais que parmi vous, il y a aussi une délégation des secteurs de la société civile et du monde de la culture, ce qui me permet d’exprimer mon désir de connaître un peu plus votre culture, surtout cette capacité d’endurance qui vous a permis de recommencer face à de nombreuses situations d’adversité.

Depuis des siècles ces terres sont appelées ‘‘Terre de Marie’’, Maajamaa. Un nom qui non seulement appartient à votre histoire, mais aussi fait partie de votre culture. Penser à Marie évoque en moi deux mots : mémoire et fécondité. Elle est la femme de la mémoire, qui garde tout ce qu’elle vit, comme un trésor, dans son cœur (Lc 2, 19) ; et elle est la mère féconde qui donne la vie à son Fils. Voilà pourquoi j’aime penser à l’Estonie ‘‘comme à une terre de mémoire et de fécondité.

Terre de mémoire

Votre peuple a dû supporter, à diverses époques historiques, de durs moments de souffrance et de tribulations : des luttes pour la liberté et pour l’indépendance qui ont toujours été remises en cause ou menacées. Cependant, au cours de cette dernière période d’un peu plus de 25 ans – où vous êtes rentrés à part entière dans la famille des nations – la société estonienne a fait des ‘‘pas de géant’’ et votre pays, même en étant petit, se trouve parmi les premiers, selon les indicateurs de développement, par sa capacité d’innovation, sans compter qu’il révèle un niveau élevé de liberté de presse, de démocratie et de liberté politique. En outre, vous avez renforcé les liens de coopération et d’amitié avec divers pays. En considérant votre passé et votre présent, nous trouvons des motifs de regarder l’avenir avec espérance, face aux nouveaux défis qui se présentent à vous. Être terre de mémoire signifie savoir se souvenir que le niveau auquel vous êtes parvenus aujourd’hui est dû à l’effort, au travail, à l’esprit et à la foi de vos ancêtres. Cultiver la mémoire reconnaissante permet de rapporter tous les résultats dont vous jouissez aujourd’hui à une histoire d’hommes et de femmes qui ont combattu pour rendre possible cette liberté, et qui à son tour vous place devant le défi de leur rendre hommage en ouvrant des voies pour ceux qui arriveront après.

Terre de fécondité

Comme je l’ai souligné au début de mon ministère d’Évêque de Rome, « l’humanité vit en ce moment un tournant historique que nous pouvons voir dans les progrès qui se produisent dans différents domaines. On doit louer les succès qui contribuent au bien-être des personnes » (Exhort. Ap. Evangelii gaudium, n. 52) ; cependant, il faut rappeler avec insistance que le bien-être n’est pas toujours synonyme de vivre bien.

L’une des conséquences que nous pouvons observer dans nos sociétés technocratiques, c’est la perte du sens de la vie, de la joie de vivre et, donc, une extinction lente et silencieuse de la capacité d’émerveillement, qui plonge souvent les gens dans une lassitude existentielle. La conscience d’appartenance et de lutte pour les autres, d’enracinement dans un peuple, dans une culture, dans une famille, peut se perdre peu à peu en privant les plus jeunes – en particulier – de racines à partir desquelles on construit son présent et son avenir, car on les prive de la capacité de rêver, de risquer, de créer. Mettre toute sa ‘‘confiance’’ dans le progrès technologique comme unique voie possible de développement peut causer la perte de la capacité de créer des liens interpersonnels, intergénérationnels et interculturels. Bref, ce tissu vital si important pour se sentir faire partie l’un de l’autre et partie prenante d’un projet commun dans le sens le plus large du terme. Par conséquent, l’une des responsabilités les importantes que nous ayons, nous qui assumons une charge sociale, politique, éducative, religieuse, se trouve précisément dans la manière dont nous devenons des artisans de liens.

Une terre féconde demande des environnements dans lesquels il faut enraciner et créer un réseau à même de faire en sorte que les membres des communautés se sentent ‘‘à la maison’’. Il n’y a pas pire aliénation que de faire l’expérience de ne pas avoir de racines, de n’appartenir à personne.

Une terre sera féconde, un peuple portera des fruits et sera en mesure de générer l’avenir uniquement dans la mesure où il donne vie à des relations d’appartenance entre ses membres, dans la mesure où il crée des liens d’intégration entre les générations et les diverses communautés qui le composent ; et également dans la mesure où il rompt les spirales qui embrouillent les sens, en nous éloignant toujours les uns des autres. Dans cet effort, chers amis, je veux vous assurer que vous pouvez toujours compter sur le soutien et sur l’aide de l’Église catholique, une petite communauté parmi vous, mais très désireuse de contribuer à la fécondité de cette terre.

Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs, je vous remercie pour l’accueil et pour l’hospitalité. Que le Seigneur vous bénisse vous et votre bien-aimé peuple estonien. De manière spéciale, qu’il bénisse les personnes âgées et les jeunes afin que, gardant la mémoire et en l’assumant, ils fassent de cette terre un modèle de fécondité.

[01443-FR.01] [Texte original: Italien]

La famille: une priorité pour l’Église

CNS/L’Osservatore Romano

Comme nous l’avons vu la semaine dernière, la vision ecclésiale de la famille comme « ciment de la société » manifeste, non seulement, son rôle irremplaçable pour toute société mais également les coûts humains et sociaux qu’entraîne sa détérioration. Quel rôle l’Église peut-elle jouer pour aider les familles à réaliser pleinement ce qu’elles sont appelées à être ? C’est l’un des thèmes abordés par le pape François lors de son allocution au Stade Croke Park de Dublin pour la Rencontre Mondiale des familles. En effet, pour le Saint-Père, « L’Église est la famille des enfants de Dieu […] parce que Dieu notre Père a fait de nous tous ses enfants dans le Baptême ». Le baptême peut donc être considéré comme une nouvelle naissance et l’élargissement de notre propre cercle familial.

Naissance dans l’Esprit

Pour le pape François, il est important « d’encourager les parents à faire baptiser les enfants dès que possible » puisqu’il « est nécessaire d’inviter chacun à la fête, même le petit enfant ! ». Le thème de la « fête » est récurrent dans la pensée du Saint-Père. Pour lui, il est nécessaire d’inviter la communauté entière à se réjouir des réussites et des joies des membres de l’Église. Cela fait même partie de sa définition d’une « Église en sortie » (no24). Une Église cohérente avec le Mystère qu’elle porte, n’attend donc pas avant d’accueillir ses enfants.

« de même que nous laissons la nature dicter le moment de la naissance naturelle, laissons le cycle de la vie sacramentelle rythmer l’éclosion de la vie surnaturelle. »

Un autre argument convainc le pape François de « baptiser rapidement » les enfants. Il s’explique : « Faisons une comparaison : un enfant sans le Baptême, parce que les parents disent : « Non, quand il sera grand » ; et un enfant avec le Baptême, avec l’Esprit Saint en lui : celui-là est plus fort parce qu’il a en lui la force de Dieu ! ». Privé volontairement un enfant du don que Dieu désire ardemment lui transmettre équivaut à l’empêcher d’atteindre son plein épanouissement. Ainsi, de même que nous laissons la nature dicter le moment de la naissance naturelle, laissons le cycle de la vie sacramentelle rythmer l’éclosion de la vie surnaturelle.

La force d’une relation indestructible

Qu’elle est donc cette nouvelle force reçue au baptême et quels en sont les effets sur la vie concrète du baptisé ? Pour le pape François, « si quelque chose doit saintement nous préoccuper et inquiéter notre conscience, c’est que tant de nos frères vivent sans la force, la lumière et la consolation de l’amitié de Jésus-Christ, sans une communauté de foi qui les accueille, sans un horizon de sens et de vie. » (No 49). Nous pourrions facilement écrire plusieurs traités tant la densité du contenu de cette expression est riche. Je ne m’attarderai qu’à en souligner deux grands traits.

D’abord, puisque le baptême fait de nous des enfants de Dieu, frères et sœurs de Jésus, il imprime en nous un caractère nouveau et indélébile. De la même manière que la famille dans laquelle nous naissons a un impact sur notre vie, la relation vitale avec Dieu créée par l’action du baptême sur notre âme influence l’ensemble de notre existence. Cette amitié a la caractéristique d’être indestructible et indéfectible, à condition que nous ne coupions pas les ponts. Ainsi, comme nous pouvons être certains de l’appui et de la consolation de notre famille, nous pouvons être assurés de la Présence constante de Dieu dans notre vie.

« Créée pour l’Infini, comment des êtres finis, aussi nobles soient-ils, peuvent-ils nous satisfaire ? »

Cette nouvelle relation ne fait pas que nous soutenir lorsque nous tombons, elle nous éclaire et ouvre un horizon indépassable pour notre vie. De fait, nous faisons constamment l’expérience de notre insatisfaction permanente des réalités de ce monde. Nourriture, divertissement, connaissances, succès, technologies, etc., ces réalités ne peuvent satisfaire ce qui apparaît comme un manque insatiable. Ce désir présent en toute personne provient de notre nature créée à l’image et à la ressemblance de Dieu. Créée pour l’Infini, comment des êtres finis, aussi nobles soient-ils, peuvent-ils nous satisfaire ? Ne leur demandons donc pas l’impossible et adressons-nous plutôt au seul Être capable de nous assouvir c’est-à-dire Dieu. C’est ce que le baptême nous offre quelques semaines après notre naissance.

Le baptême : expérience inépuisable

Nos sociétés sont de plus en plus fragmentées et les personnes de moins en moins capables de s’engager dans des relations durables. Or le remède adapté à la situation nous est confié. En nous laissant transformer par la grâce divine présente dans le baptême et les invitations à l’engagement charitable, nos communautés ont tout ce qu’il faut pour offrir à nos contemporains, la famille dont ils ont toujours rêvé. Cherchons donc à nous réjouir de ce cadeau comme une vraie famille et invitons toute personne à recevoir ce don gratuit. Notre société entière ne manquera pas de profiter de cet apport non négligeable.

La famille: une priorité pour la société

Nous sommes en pleine campagne électorale et, comme tous les quatre ans, nous sommes invités à réfléchir sur les différents enjeux culturels et sociaux et les propositions qu’offrent les partis politiques pour y répondre. Par exemple, lors du débat télévisé de jeudi dernier, on a pu constater à quel point l’État québécois est sollicité. Or, derrière la panoplie de requêtes d’une population de plus en plus laissée à elle-même, une tangente semble se dessinée. Pénurie de main-d’œuvre, besoins criants dans les centres hospitaliers et CHSLD, accroissement d’enfants en difficultés, manque de places en garderie, la pression sur l’appareil étatique ne semble pas vouloir cesser de s’accroître.

Bien que l’État ait évidemment quelque légitimité d’intervention en ces domaines, il semble que la fragilisation des familles y soit pour quelque chose et que les partis politiques auraient tout avantage à mettre en place des politiques familiales adaptées à la réalité d’aujourd’hui. En ce sens, les différents discours du pape François lors de la Rencontre Mondiale des familles de Dublin 2018 peuvent nous éclairer.

La famille, ciment de la société

Après la foi, notre famille est ce que nous avons de plus précieux. L’ayant devant les yeux tous les jours, on peut avoir tendance à la prendre pour acquise et à la négliger. Lorsque cette mauvaise habitude atteint les pouvoirs publics, de graves conséquences sont à prévoir. Comme le dit le pape François dans son discours aux autorités politiques irlandaises : « La famille est le ciment de la société ; son bien ne peut pas être tenu pour acquismais doit être promu et protégé par tous les moyens appropriés ». Qu’arrive-t-il lorsque le ciment est fragilisé ou même dilué lors de la construction d’un édifice ? Nul besoin d’entrer dans les détails mais l’image parle d’elle-même. Une société forte dépend de familles fortes, stables, solides et « tissées serrées ». Notre société a un besoin criant de familles capables d’entraide et de partage, de soutien lorsque les difficultés de la vie surgissent et qui, lorsque tout va bien, s’engagent auprès de leur communauté pour aider ceux pour qui la chance a mal tournée.

La famille, école du vivre ensemble

De plus, en cette ère de changements rapides et de rencontres entre les peuples et les cultures, on ne peut négliger l’importance d’une vie familiale de qualité où on apprend « à vivre ensemble de manière harmonieuse, à contrôler nos instincts égoïstes, à concilier les différences et surtout à discerner et à rechercher ces valeurs qui donnent un sens authentique et une plénitude à la vie ». En cette époque de communication et de relations multiculturelles, la société a plus que jamais besoin de retrouver « dans tous les milieux de la vie politique et sociale, le sens d’être une vraie famille de peuples ! ». Comment considérer l’autre comme un frère lorsqu’on a nous-mêmes souffert dans nos relations familiales ? La famille doit redevenir la priorité des priorités sociales et politiques. Comme le dit le Pape : « Ne se pourrait-il pas au contraire que la croissance d’une « culture du déchet » matérialiste, nous ait rendus de fait plus indifférents aux pauvres et aux membres plus vulnérables de la famille humaine, y compris les enfants non nés, privés du droit même à la vie ? » Dans ce contexte, quelle part l’Église peut-elle jouée ? Nous examinerons cette questions la semaine prochaine.

Homélie du pape François lors de la Messe au Parc O’Higgins de Santiago, Chili

Vous trouverez ci-dessous le texte officiel de l’homélie du pape François lors de la Messe célébrée au Parc O’Higgins de Santiago au Chili:

«Voyant les foules» (Mt 5, 1). En ces premières paroles de l’Évangile, nous trouvons dans quelle attitude Jésus veut venir à notre rencontre, cette même attitude par laquelle Dieu a toujours surpris son peuple (cf. Ex 3, 7). La première attitude de Jésus est de voir, c’est de regarder le visage des siens. Ces visages suscitent l’amour viscéral de Dieu. Ce ne sont pas des idées ou des concepts qui font agir Jésus… ce sont les visages, ce sont les personnes; c’est la vie qui crie vers la Vie que le Père veut nous transmettre.

En voyant les foules, Jésus regarde le visage des personnes qui le suivaient et le plus beau, c’est de constater qu’en retour ils trouvent dans le regard de Jésus l’écho de leurs quêtes et aspirations. De cette rencontre naît la liste des béatitudes qui sont l’horizon vers lequel nous sommes invités et les défis à affronter. Les béatitudes ne naissent pas d’une attitude passive face à la réalité, ni ne peuvent non plus trouver leur origine dans un spectateur devenant un triste auteur de statistiques de ce qui se passe. Elles ne proviennent pas de prophètes de malheur qui se contentent de semer de la désillusion. Ni non plus de mirages qui nous promettent le bonheur avec un ‘‘clic’’, le temps d’ouvrir et de fermer les yeux. Par contre, les béatitudes naissent du cœur compatissant de Jésus qui rencontre le cœur d’hommes et de femmes qui veulent et désirent une vie bénie; d’hommes et de femmes qui savent ce qu’est la souffrance ; qui connaissent le désarroi et la douleur qu’on éprouve quand ‘‘tout s’affaisse sous vos pieds’’ ou que ‘‘les rêves sont noyés’’ et que le travail de toute une vie s’écroule ; mais qui sont davantage tenaces et davantage combatifs pour aller de l’avant; qui sont davantage capables de reconstruire et de recommencer.

Que le cœur chilien est capable de reconstruire et de recommencer! que vous êtes capables de vous lever après de nombreuses chutes! C’est à ce cœur que Jésus fait appel ; c’est à ce cœur que sont destinées les béatitudes.

Les béatitudes ne naissent pas d’attitudes critiques ni de ‘‘bavardages à bon marché’’ de ceux qui croient tout savoir mais ne veulent s’engager ni à rien ni avec personne, et finissent ainsi par bloquer toute possibilité de créer des processus de transformation et de reconstruction dans nos communautés, dans nos vies. Les béatitudes naissent du cœur miséricordieux qui ne se lasse pas d’espérer. Et il fait l’expérience que l’espérance «est le jour nouveau, l’extirpation d’une immobilité, la remise en cause d’une prostration négative » (PABLO NERUDA, El habitante y su esperanza, p. 5).

En disant heureux le pauvre, celui qui pleure, la personne affligée, le malade, celui qui a pardonné…, Jésus vient extirper l’immobilité paralysante de celui qui croit que les choses ne peuvent pas changer, de celui qui a cessé de croire au pouvoir régénérateur de Dieu le Père et en ses frères, spécialement en ses frères les plus fragiles, en ses frères rejetés. Jésus, en proclamant les béatitudes, vient remettre en cause cette prostration négative appelée résignation qui nous fait croire que nous pouvons vivre mieux si nous esquivons les problèmes ou nous enfermons dans nos conforts, si nous nous endormons dans un conformisme tranquillisant (Cf. Exhort. Ap. Evangelii gaudium, n. 2). Cette résignation qui nous conduit à nous isoler de tout le monde, à nous diviser, à nous séparer ; à devenir aveugles face à la vie et à la souffrance des autres.

Les béatitudes sont ce jour nouveau pour tous ceux qui continuent de miser sur l’avenir, qui continuent de rêver, qui continuent de se laisser toucher et pousser par l’Esprit de Dieu.

Qu’il nous fait du bien de penser que Jésus, depuis le Cerra Renca ou Puntilla vient nous dire : heureux…! Oui, heureux vous et vous; heureux vous qui vous laissez contaminer par l’Esprit de Dieu et qui luttez et travaillez pour ce jour nouveau, pour ce Chili nouveau, car le royaume des cieux vous appartiendra. «Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu» (Mt 5, 9).

Face à la résignation qui, comme une méchante rumeur, compromet les relations vitales et nous divise, Jésus nous dit: heureux ceux qui œuvrent pour la réconciliation. Heureux ceux qui sont capables de se salir les mains et de travailler pour que d’autres vivent en paix. Heureux ceux qui s’efforcent pour ne pas semer de la division. Ainsi, la béatitude fait de nous des artisans de paix; elle nous invite à nous engager pour que l’esprit de réconciliation gagne de l’espace parmi nous. Veux-tu l’épanouissement? Veux-tu le bonheur? Heureux ceux qui œuvrent pour que les autres puissent avoir une vie épanouie. Veux-tu la paix? Travaille pour la paix.

Je ne peux m’empêcher d’évoquer ce grand pasteur de Santiago, quand lors d’un Te Deum il disait: «Si tu veux la paix, travaille pour la justice… Et si quelqu’un nous demande ‘‘qu’est-ce que la justice?’’ ou si au contraire elle consiste simplement à ‘‘ne pas voler’’, nous lui dirons qu’il existe une autre justice: celle qui exige que chaque homme soit traité comme homme» (Card. Raúl SILVA HENRÍQUEZ, Homélie lors du Te Deum Œcuménique, 18 septembre 1977).

Semer la paix par la proximité, dans le voisinage! En sortant de sa maison et en regardant les visages, en allant à la rencontre de celui qui est dans une mauvaise passe, qui n’a pas été traité comme une personne, comme un digne enfant de ce pays. C’est pour nous l’unique façon de tisser un avenir de paix, de recoudre une réalité qui peut s’effilocher. L’artisan de paix sait qu’il faut souvent vaincre de grandes ou de petites mesquineries et des ambitions, qui trouvent leur origine dans la prétention de grandir et de ‘‘se faire un nom’’, de gagner du prestige au détriment des autres. L’artisan de paix sait qu’il ne suffit pas de dire: je ne fais de mal à personne, puisque comme disait saint Albert Hurtado: «C’est très bien de ne pas faire de mal, mais il est très difficile de faire du bien» (Meditación radial, avril 1944).

Construire la paix est un processus qui nous place en face d’un défi et stimule notre créativité à créer des relations permettant de voir dans mon voisin non pas un étranger, un inconnu, mais un enfant de ce pays.

Confions-nous à la Vierge Immaculée qui depuis le Cerra San Cristobal protège et accompagne cette ville. Qu’elle nous aide à vivre et à désirer l’esprit des béatitudes; pour que partout dans cette ville on entende comme un susurrement : «Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu» (Mt 5, 9).

[00053-FR.01] [Texte original: Espagnol]