La jeunesse et sa beauté véritable

(Image by Oleksy @Ohurtsov from Pixabay) Nous poursuivons notre analyse de la plus récente exhortation apostolique post-synodale intitulée Christus Vivit portant sur le thème de la jeunesse dans l’Église et dans le monde. Après avoir examiné les différentes figures de la jeunesse de l’Ancien et du Nouveau Testament, le document poursuit sa démarche en examinant brièvement la réalité de la jeunesse d’aujourd’hui. Le chapitre 3 s’interroge donc sur les différents défis culturels et sociaux auxquels font face les jeunes tout en soulignant les grandes pistes de solutions dont l’Église et le monde pourraient bénéficier s’ils osaient rendre aux jeunes la place qui leur revient.

Un monde en difficulté

Nous en sommes tous témoins, notre monde est le lieu de plusieurs tensions où s’affrontent des intérêts divergents. Comme dans tout conflit, les premiers à souffrir sont les personnes les plus vulnérables. Les jeunes sont donc toujours au premier rang des victimes des forces qui s’entrechoquent. En effet, « beaucoup de jeunes vivent dans des contextes de guerre et subissent la violence sous une innombrable variété de formes : enlèvements, extorsions, criminalité organisée, traite d’êtres humains, esclavage et exploitation sexuelle, viols de guerre, etc. » (no 72). N’ayant pas les connaissances ou l’expérience nécessaire pour s’immuniser contre les idéologies déshumanisantes qui, de part et d’autre, cherchent à nourrir leurs intérêts au détriment du bien commun, plusieurs jeunes « sont endoctrinés, instrumentalisés et utilisés comme chair à canon ou comme une force de choc pour détruire, intimider ou ridiculiser les autres » (no 73).

Faux respect de la jeunesse

Dans les pays où l’on trouve souvent l’opulence matérielle et économique, de nombreux jeunes sont victimes d’intérêts commerciaux prêts à les infantiliser afin qu’ils soient incapables d’user d’un jugement critique. Ainsi, laissés à eux-mêmes sans l’éducation et la maturité requises pour éviter ce qui rabaisse l’homme jusqu’à nier la dimension spirituelle de son être, de nombreux jeunes se jettent dans les plaisirs à court terme et ruinent leurs vies.

Dans certain cas, la manipulation va encore plus loin. Sous couvert d’épanouissement personnel, on assiste dans la culture populaire à un véritable culte de la jeunesse. Le Pape nous met en garde contre cette tentation de la facilité. En effet, il écrit : « Les corps jeunes sont constamment utilisés dans la publicité pour vendre. Le modèle de beauté est un modèle jeune, mais faisons attention, car cela n’est pas élogieux pour les jeunes. Cela signifie seulement que les adultes veulent voler la jeunesse pour eux-mêmes ; non pas qu’ils respectent, aiment et prennent soin des jeunes » (no79).

La véritable beauté de la jeunesse

Contre ces tentations déshumanisantes, le Pape François nous invite plutôt à la découverte de la jeunesse réelle. Celle qui, se sachant sur le chemin de la maturité, croit en ses capacités à devenir plus que ce qu’elle est déjà. C’est donc l’authenticité qui est la clé de son succès. S’éloignant des visions bêtes et éphémères d’une jeunesse voulue pour autre chose qu’elle-même, les jeunes d’aujourd’hui doivent se mettre au travail. Ils doivent comprendre que l’énergie qu’ils ont dans le cœur est à la hauteur des défis qui se trouvent devant eux. Pour ce faire, ils doivent comprendre qu’ils ne sont pas seuls et que c’est dans la relation avec le Christ qu’ils pourront réaliser pleinement les désirs présents en eux. En effet, exhorte le Pape : « Quand il te demande quelque chose ou quand, simplement, il permet ces défis que la vie te présente, il attend que tu lui accordes une place pour pouvoir t’élever, pour te faire progresser, pour te faire mûrir » (no 117). Chercher plus haut que soi avec Celui qui y est déjà, voilà le chemin de tous les possibles qui s’ouvrent au jeune qui accepte de jeter un regard authentique sur lui-même avec Dieu.

Une Église au service de la jeunesse

Pour réaliser ce programme, les jeunes doivent savoir qu’il existe un lieu où ils pourront, découvrir non seulement la grandeur de leur mission mais également le milieu relationnel pour les soutenir dans cette tâche qui est la leur. Comme l’affirme le Pape : « L’amour de Dieu et notre relation avec le Christ vivant ne nous empêchent pas de rêver, et n’exigent pas de nous que nous rétrécissions nos horizons. Au contraire, cet amour nous pousse en avant, nous stimule, nous élance vers une vie meilleure et plus belle » (no 138). La semaine prochaine, nous poursuivrons notre parcours de ce texte magistral dont l’application est aussi urgente que nécessaire.

Église en Sortie 5 avril 2019

Cette semaine à Église en Sortie, on s’entretient avec Antoine Malenfant, rédacteur en chef au magazine Le Verbe sur le plus récent numéro consacré au thème de la mort. On vous présente un reportage sur la plénière de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec à Trois-Rivières. Dans la troisième partie de l’émission, Francis Denis rencontre la cinéaste Stéphanie Chalut pour parler de son plus récent court métrage intitulé « Tu es poussière ».

« Christus vivit » ou comment persévérer sur le chemin des rêves 

(photo: Pixabay) Cette semaine était publiée la très attendue Exhortation apostolique post-synodale « Christus Vivit » du pape François. Portant sur le thème de la jeunesse, ce texte d’une soixantaine de pages est exceptionnel de par son style direct et son ton très personnel. Divisée en neuf chapitres, cette prise de parole du pape François cherche à manifester non seulement comment l’invitation universelle du Christ à la participation à sa vie divine répond à toutes les aspirations de la jeunesse mais également jusqu’à quel point le renouvellement de l’Église dépend de son dynamisme propre.

« Les jeunes ne vont pas bien » – The Offspring

Pendant ma lecture, je me suis replongé dans ces années pas si lointaines où moi-même je vivais cette période intense de la vie. Quelques airs de chansons que j’écoutais à l’époque me sont également revenus à l’esprit. Je me suis même surpris à les réécouter.  L’une de ces chansons : « The Kids Aren’t Alright » de « The Offspring » a particulièrement retenu mon attention. En effet, on y parle de jeunesse brisée, de rêves évanouis et de désespoir face à l’avenir qui affecte la vie de nombreux jeunes. Contrairement aux stéréotypes que l’on entend souvent sur la jeunesse, on y fait même l’éloge de la nostalgie : « Longing for what used to be » (Trad. « rechercher ce qui fut »).

Selon moi, les paroles de cette chanson du groupe punk californien manifestent la justesse des propos du Pape dans ce document. On y retrouve d’abord le constat qu’il est « encore difficile de voir » la crise que vivent les jeunes. En apparence, tout laisse présager que la « culture actuelle présente un modèle de personne très associé à l’image du jeune » (no 79) au point d’en faire un véritable objet de « vénération » (no 182). Or, comme nous le disent The Offspring et le pape François, la réalité des jeunes est parfois beaucoup plus souffrante que leur fierté ne le laisse transparaître. Ce sont des « vies fragiles » qui doivent être respectées et accueillies dans leur complexité. Contrairement aux « adultes […] qui veulent voler la jeunesse pour eux-mêmes ; sans qu’ils respectent, aiment et prennent soin des jeunes » (no 79), l’Église doit leur offrir un soutien à l’opposé de l’attitude de ces parents qui confient leurs enfants à la nouvelle gardienne universelle des écrans tactiles.

Un lieu pour déployer ses rêves

« Christus Vivit » parle beaucoup des rêves de la jeunesse. Le mot apparaît à 51 reprises dans le texte. En effet, la jeunesse est un âge où se formulent et se ressentent fortement les aspirations fondamentales qui guideront toute la vie. Comment nos sociétés et l’Église accueillent-elles ces aspirations à un avenir meilleur plein de possibilités ? Tant de « rêves brisés » n’est-il pas le signe que nous n’arrivons plus à canaliser ces forces vives ? Au contraire, l’épidémie de cynisme est plutôt le signe que nos institutions ne sont plus aptes à générer autre chose que découragement et ressentiment.

Nous devons donc nous demander avec le Pape : « Comment l’Église pourra-t-elle accueillir de la bonne manière les rêves de ces jeunes (no 41)[8] ? L’Église doit aujourd’hui être le lieu d’où peuvent se déployer les rêves de la jeunesse. Et pour cela, les jeunes doivent comprendre que leurs rêves sont également ceux de l’Église. Voilà le double appel du Pape à l’Église d’aujourd’hui : offrir la présence de Celui qui seul donne la force de « persévérer sur le chemin des rêves » (no 142).

Les jeunes: notre présent et avenir

Christus Vivit est un texte émouvant et plein d’espérance pour le présent et l’avenir de la société. Il s’agit d’une prise de parole personnelle du Pape, en dialogue avec les jeunes du monde entier qu’il a pu rencontrer durant son pontificat. Dans les prochaines semaines, nous approfondirons ensemble toute la richesse et la profondeur de ce document magistral, certainement l’un des plus importants du pontificat de François.

« Vivit Christus » une Exhortation mariale ?

(CNS photo/Vatican Media) Lundi dernier, pour souligner la fête de l’Annonciation, le pape François s’est rendu à Lorette afin d’y visiter le Sanctuaire dédié à la Sainte Vierge et y rencontrer pèlerins et fidèles. Après avoir célébré la Messe dans la chapelle créée à l’intérieur de la petite maison située au centre de la basilique et qui, selon la tradition ancestrale, serait la demeure où vécut la sainte famille à Nazareth, le Pape François a signé l’Exhortation apostolique post synodale découlant du Synode sur « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel ». Du parvis, le Pape a prononcé un discours qui nous en dit long sur le contenu de ce texte important et qui sera rendu public mardi le 2 avril prochain.

Intitulé « Christus vivit », ce texte qui vraisemblablement sera profondément marial, manifeste la centralité de la liberté humaine dans l’économie du salut. Alors que le « document final » du synode avait surtout utilisé l’épisode des pèlerins d’Emmaüs pour manifester la présence et l’accompagnement du Christ sur le chemin de la vocation, il m’apparaît très probable que c’est Marie qui sera au centre des réflexions du Saint-Père dans cette nouvelle Exhortation. En effet, pour lui, l’appel vocationnel de Marie à l’Annonciation révèle les trois moments clés qui « ont rythmé le synode : 1) écoute de la Parole-projet de Dieu ; 2) discernement ; 3) décision ».

« Christus vivit » grâce à sa mère

L’épisode de l’Annonciation est très éclairant autant pour les jeunes qui cherchent un sens à leur vie que pour les chrétiens qui se demandent comment servir Dieu le mieux possible. En effet, de par son écoute attentive à la Parole de Dieu ainsi qu’à sa Mystérieuse présence dans la vie quotidienne, Marie est devenue le « modèle de toute vocation et l’inspiratrice de toute pastorale vocationnelle »[3]. C’est par son ouverture au sens surnaturel de la réalité qu’elle a gardé cette vigilance à l’égard des motions de l’Esprit Saint et qu’elle a su prendre le risque de dire « oui » à l’invitation de l’ange.

Cette capacité à dépasser la superficialité des événements et à garder un regard profond sur le réel et sa propre personnalité a pu, au long de sa courte expérience, aiguiser son caractère au point où Dieu a cru bon de lui confier ce qu’Il avait de plus précieux : son Fils Unique. Comment ne pas s’émerveiller devant la maturité de cette jeune femme qui, malgré son jeune âge et son apparente petitesse, a su voir la sagesse divine se déployer à travers son élection. Loin de la remplir d’orgueil, ce choix divin l’a fortifiée dans sa conviction que Dieu manifeste sa grandeur en renversant « les puissants de leurs trônes » et en élevant « les humbles » (Lc 1, 52).

Un modèle pour « tous les âges » (Lc 1, 50)

Chaque époque porte son lot de défis et il se trouve que la jeunesse a toujours joué un rôle central pour les surmonter. Capable de voir avec une acuité particulière, l’écart entre ce qui est et ce qui devrait être, la jeunesse d’aujourd’hui voit pertinemment les failles d’un système et d’une culture incapable de rejoindre nos idéaux chrétiens de justice et de solidarité. Ces grands enjeux, bien qu’importants à un niveau macroscopique, peuvent être un obstacle à la prise de décision quotidienne. En effet, découragés par l’ampleur des défis écologiques, plusieurs jeunes peuvent désenchanter et tomber dans un cynisme des plus inefficaces et stérilisants pour leur propre potentiel personnel et pour leur monde. Au contraire, en Marie « il y a une attention à saisir toutes les exigences du projet de Dieu sur sa vie, à le connaître dans ses nuances, pour rendre sa collaboration plus responsable et plus complète »[4].

En ce sens, la Vierge Marie manifeste que c’est dans le concret de l’acceptation humble et fidèle des tâches quotidiennes de la vie que Dieu entre en contact avec nous. Elle nous montre comment, si nous désirons ardemment changer le monde, il nous incombe d’abord d’être « dignes de confiance dans la moindre chose » afin d’être rendus « dignes de confiance aussi dans une grande » (Lc 16, 10). Cet élément essentiel du discernement est particulièrement à risque en cette ère d’univers médiatique globalisé et c’est pourquoi nous avons besoin de l’aide de Marie.

Discerner en pleine connaissance de cause

Notre époque se présente souvent comme l’ère des possibilités. En effet, dans l’histoire, jamais les personnes n’ont eu autant de choix à leur disposition. Que ce soit dans les choix de carrière, de conjoint, de pays, d’intérêts, de canaux de télévision… jamais l’humanité n’a eu autant d’offres. Cette grande variété n’apporte cependant pas que des aspects positifs. L’analyse des différentes options peut souvent mener à de l’incertitude. Comme on dit « trop c’est comme pas assez » ! Les jeunes sont particulièrement sujets à ce type de paralysie qui les empêche de choisir et de se donner à fond dans ce qu’ils entreprennent. C’est ainsi qu’ils finissent souvent, quoi qu’ayant de grands idéaux, par confondre le bonheur avec « le confort d’un divan« .

En ce sens, « les jeunes qui sont en recherche ou qui s’interrogent sur leur avenir, peuvent trouver en Marie celle qui les aide à discerner le projet de Dieu sur eux et la force pour y adhérer »[5]. Avoir le courage de prendre les décisions essentielles à toute vie accomplie tout en étant conscients et prêts à assumer les sacrifices qu’implique cette dernière, voilà un des défis majeurs des jeunes de notre époque.

Une vie épanouie dans le Christ

Que ce soit par son écoute, son discernement ou sa force de décision, Marie est le modèle par excellence d’une vie humaine pleinement vécue sous le regard bienveillant de Dieu. Par son « Fiat », elle a su dire « oui » à l’aventure divine qui allait la mener aux confins de la terre et de l’histoire pour se rendre jusqu’à nous. En attendant la publication de l’Exhortation « Chistus Vivit » du pape François mardi prochain, confions à Marie nos vies, nos tracas. Confiants de son indéfectible intercession, aidons cette jeunesse à faire, comme le disait le cardinal Lustiger, « le choix de Dieu ».

Église en Sortie 1er février 2019

Cette semaine à Église en Sortie, on parle du livre « La petite voie avec Thérèse de Lisieux » avec le théologien et auteur Jacques Gauthier. On vous présente un reportage sur les Journées Mondiales de la Jeunesse 2019 au Panama. Dans la troisième partie de l’émission, Katerine Perreault, co- directrice du Centre pour le mariage, la vie et la famille de l’archidiocèse pour parler du rôle des parents dans l’éducation sexuelle de leurs enfants.

Homélie du Pape au Centre de détention jeunesse « Las Garzas de Pacora », Panama

(Photo: Courtoisie Vatican Media) Ce matin, après avoir célébré la Messe en privé à la Nonciature apostolique en compagnie d’un groupe de fidèles et de collaborateurs de l’archidiocèse de Panama, le Pape François s’est rendu par hélicoptère au Centre de détention pour jeunes « Las Garzas de Pacora ». À son arrivée, le Pape fut accueilli par l’archevêque de Panama, son Excl. Mgr José Domingo Ulloa Mendieta o.s.a. ainsi que par la directrice du centre Mme Emma Alba Tejada. À 10h30 heure locale, le service pénitentiel (Liturgie de la Parole) a commencé en compagnie des jeunes détenus. Suivant le témoignage d’un jeune résident a suivi la lecture de l’Évangile et l’homélie du Pape François. Le Pape François a ensuite entendu 12 jeunes en confession et a donné sa bénédiction finale. La directrice du centre a également remercier le Pape et a eu lieu un échange de cadeaux. Le Pape a remercier les 30 jeunes détenus avant d’embarquer dans l’hélicoptère qui allait l’emmener à l’aéroport de Panama pour qu’il puisse retourner à la Nonciature apostolique. Vous trouverez ci-dessous le texte de l’homélie du Pape François au Centre de détention jeunesse « Las Garzas de Pacora »:

« Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux », venons-nous d’entendre au début de l’évangile (Lc 15,2). C’est ce que murmuraient quelques pharisiens et quelques scribesplutôt scandalisés et en colère à cause du comportement de Jésus.

Avec cette expression, ils cherchaient à le disqualifier et à le dévaloriser devant tous, mais la seule chose qu’ils ont obtenue a été de souligner l’une de ses attitudes les plus communes et les plusdistinctives : « cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ».

Jésus n’a pas peur de s’approcher de ceux qui, pour une infinité de raisons, portaient sur leursépaules la haine sociale du fait qu’ils étaient publicains – rappelons-nous que les publicainss’enrichissaient en pillant leur propre peuple ; ils provoquaient beaucoup, mais beaucoup de colère –ou de ceux qui portaient le poids de leur culpabilité, des fautes ou des erreurs comme de prétenduspécheurs. Il le fait parce qu’il sait qu’au ciel il y a plus de joie pour un seul pécheur converti que pourquatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion (cf. Lc 15,7).

Tandis qu’ils se contentaient seulement de murmurer ou de s’indigner, entravant et fermant ainsi toute forme de changement, de conversion et d’insertion, Jésus s’approche, se compromet, ilmet en jeu sa réputation et il invite toujours à regarder un horizon capable de renouveler la vie etl’histoire. Deux regards bien différents qui s’opposent. Une regard stérile et improductif – celui de la médisance et du commérage – et l’autre qui invite à la transformation et à la conversion – celui du Seigneur.

Le regard de la médisance et du commérage

Beaucoup ne tolèrent pas et n’aiment pas ce choix de Jésus, bien plus, entre les dents au débutet avec des cris à la fin, ils expriment leur mécontentement en cherchant à discréditer soncomportement et celui de tous ceux qui sont avec lui. Ils n’acceptent pas et ils rejettent ce choix d’être proche et d’offrir de nouvelles opportunités. Avec la vie des gens, il semble plus facile de mettre despancartes et des étiquettes qui figent et stigmatisent non seulement le passé mais aussi le présent etl’avenir des personnes. Etiquettes qui, en définitive, ne font que diviser : ici il y a les bons et là-bas les mauvais ; ici les justes et là-bas les pécheurs.

Cette attitude pollue tout parce qu’elle élève un mur invisible qui laisse croire qu’enmarginalisant, en séparant, ou en isolant, se résoudront magiquement tous les problèmes. Et quandune société ou une communauté se permet cela et que tout ce qu’elle fait, c’est murmurer et chuchoter,elle entre dans un cercle vicieux de divisions, de récriminations et de condamnations ; elle entre dansune attitude sociale de marginalisation, d’exclusion et de confrontation qui lui fait dire, de manièreirresponsable, comme Caïphe : « il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple, et que l’ensemble de la nation ne périsse pas » (Jn 11,50). Et normalement le fil se coupe par la partie la plus ténue : celle des plus fragiles et des sans-défense.

Quelle douleur on peut voir quand une société concentre ses énergies plus à murmurer et às’indigner qu’à lutter et lutter pour créer des opportunités et pour transformer.

Le regard de la conversion

En revanche, tout l’Évangile est marqué par cet autre regard qui n’est rien de plus et rien de moins que celui qui naît du cœur de Dieu. Le Seigneur veut faire la fête quand il voit ses enfants qui reviennent à la maison (cf. Lc 15,11-32). Ainsi Jésus a témoigné de cela, en manifestant jusqu’à l’extrême l’amour miséricordieux du Père. Un amour qui n’a pas le temps de murmurer, mais quicherche à briser le cercle de la critique inutile et indifférente, neutre et impartiale et qui assume la complexité de la vie et de chaque situation ; un amour qui inaugure une dynamique capable d’offrir des chemins et des opportunités d’intégration et de transformation, de guérison et de pardon, deschemins de salut. En mangeant avec les publicains et les pécheurs, Jésus brise la logique qui sépare, qui exclut, qui isole et qui divise faussement entre « bons et mauvais ». Et il ne le fait pas par décret ou avec de bonnes intentions, encore moins par volontarisme ou par sentimentalisme, il le fait en créant des relations capables de favoriser de nouveaux processus ; en misant sur chaque pas possible et en le célébrant.

Il rompt ainsi également avec une autre médisance tout à fait facile à détecter et qui « détruitles rêves » parce qu’elle répète comme un chuchotement continu : tu ne vas pas pouvoir, tu ne vas paspouvoir. C’est le murmure intérieur qui surgit en celui qui, ayant pleuré son péché et conscient de son erreur, ne croit pas qu’il peut changer. C’est quand on croit intérieurement que celui qui est né »publicain » doit mourir « publicain » ; et ce n’est pas vrai.

Chers amis : chacun de nous est beaucoup plus que ses étiquettes. C’est ce que Jésus nousenseigne et nous invite à croire. Son regard nous défie de demander et de chercher de l’aide pouremprunter les chemins du perfectionnement. Il y a des temps où la médisance semble gagner, maisne la croyez pas, ne l’écoutez pas. Cherchez et écoutez les voix qui encouragent à regarder vers l’avenir et non pas celles qui vous tirent vers le bas.

La joie et l’espérance du chrétien – de nous tous et également du Pape – naissent d’avoir fait l’expérience un jour de ce regard de Dieu qui nous dit : tu fais partie de ma famille et je ne peux pas te laisser à l’extérieur, je ne peux pas te perdre en chemin, je suis ici avec toi. Ici ? Oui, ici. C’est d’avoir ressenti comme tu l’as partagé, Luis, que dans ces moments où il semblait que tout était fini, quelque chose t’a dit : Non ! Tout n’est pas fini, parce que tu as un grand objectif qui te permet decomprendre que Dieu le Père était et est avec nous tous et qu’il nous offre des personnes aveclesquelles cheminer et qui nous aident à atteindre de nouveaux objectifs.

Et ainsi Jésus transforme la médisance en fête et il nous dit : « Réjouissez-vous avec moi ! ».

Frères : vous faites partie de la famille, vous avez beaucoup à partager, aidez-nous à savoirquelle est la meilleure manière de trouver et d’accompagner le processus de conversion dont, en tantque famille, nous avons tous besoin.

Une société tombe malade quand elle n’est plus capable de faire la fête pour la conversion deses enfants, une communauté tombe malade quand elle vit de la médisance étouffante, condamnatoire et insensible. Une société est féconde quand elle réussit à engendrer des dynamiques capablesd’inclure et d’intégrer, de prendre en charge et de lutter pour créer des opportunités et des alternatives qui donnent de nouvelles possibilités à ses enfants, quand elle s’emploie à créer un avenir par lacommunauté, l’éducation et le travail. Et si l’on peut éprouver l’impuissance de ne pas savoir comment, on n’abandonne pas et on essaie à nouveau. Tous nous devons nous entraider, en communauté, pour apprendre à trouver ces chemins. C’est une alliance que nous devons nous encourager à réaliser : vous, les jeunes, les responsables de la prison et les autorités du Centre et du Ministère, et vos familles, ainsi que les agents pastoraux. Tous, battez-vous et battez-vous pour chercher et trouver les chemins de l’insertion et de la transformation. Cela le Seigneur le bénit, le soutient et l’accompagne.

Dans un instant, nous continuerons avec la célébration pénitentielle où tous nous pourronsfaire l’expérience du regard du Seigneur, qui ne voit pas une étiquette ni une condamnation, mais quivoit ses enfants. Regard de Dieu qui dément l’exclusion et nous donne la force pour créer ces alliancesnécessaires qui nous aident tous à réfuter les médisances, alliances fraternelles qui permettent que nos vies soient toujours une invitation à la joie du salut.

[00114-FR.01] [Texte original: Espagnol]

JMJ Panama 2019, à quoi s’attendre ?


(CNS photo/Bob Roller)
Du 22 au 27 janvier 2019 auront lieu au Panama les Journées mondiales de la jeunesse. Ayant pour thème, « Voici la servante du Seigneur; que tout m’advienne selon ta parole », (Lc 1, 38), les JMJ 2019 s’inscrivent dans le sillon des synodes et événements analogues qui ont eu pour but, cette année, de faire de la jeunesse un axe privilégié de la mission de l’Église aujourd’hui. Mais à quoi doit-on s’attendre pour cette édition hors du commun ? À quoi doit-on se préparer alors que nous sommes à quelques jours du début de cet événement de foi ?

Un événement à échelle humaine

Se déroulant dans un pays d’Amérique latine et en plein mois de janvier, il est clair que cette édition sera de dimension plus restreinte. En effet, lorsqu’on pense JMJ, on a tous en tête les images des éditions de Madrid, Manille ou Cologne. Ces rencontres avaient réuni des millions de jeunes, d’où une atmosphère de joyeuse frénésie qui a pu marquer tous ceux qui en ont fait l’expérience. Or, voulant davantage respecter l’horaire des scolaires de l’hémisphère sud, le Vatican avait décidé de célébrer cette édition des JMJ au mois de janvier. Ainsi, le Panama semblait le pays idéal pour réaliser cette première expérience d’une JMJ à dimension humaine. Est-ce que cela signifie un changement de vision pour les JMJ ? Aurons-nous dorénavant des événements plus petits avec tous les avantages et désavantages que cela comporte? Le déroulement de cette édition Panama 2019 permettra certainement de comparer les deux approches et de délimiter les orientations à venir.

Un pape latino-américain en Amérique latine

Nous savons la proximité du pape François, originaire d’Argentine, pour tous les enjeux liés à l’Amérique latine. Ayant minutieusement éviter un retour dans son pays natal, certainement par sacrifice personnel et voulant donner l’exemple d’une « Église en sortie », le Pape s’est rendu plusieurs fois sur le continent américain. Grâce à l’énergie de cette jeunesse enthousiaste à le rencontrer ou à sa parenté culturelle et linguistique avec elle, je crois qu’on peut s’attendre à voir aux JMJ un Pape très énergique et d’humeur festive. Enfin, le Pape ne manquera pas à son devoir de prêcher l’Évangile et parler des fruits  qu’il génère dans nos vies. En effet, les défis auxquels fait face l’Amérique latine à l’heure actuelle sont multiples : polarisation, politique accrue, crise économique, migration de masse, déforestation, narcotrafic et corruption ne sont que quelques exemples des tensions internes actuelles. Fidèle à son franc parler, le pape François ne manquera pas d’exhorter les jeunes à prendre leurs responsabilités là où ils se trouvent et à accepter de faire face à l’aventure de la vie dans la joie et l’espérance du Christ pour le monde.

Une visite apostolique suivant le « canon franciscain »

Les voyages apostoliques du pape François, lorsqu’on les compare à ceux de ses prédécesseurs, ont leurs particularités. Par exemple, dans la majorité des cas, le pape François non seulement assiste à plusieurs rencontres avec, les autorités civiles, les évêques, les prêtres, les religieux et religieuses mais également il visite des centres caritatifs, des prisons, etc. L’agenda actuel du Saint-Père au Panama confirme cette habitude.

Ainsi, après son arrivée au Panama en soirée le mercredi 23 janvier prochain, le Pape se rendra le lendemain jeudi après-midi au palais présidentiel pour une cérémonie protocolaire avec le président (9h14-10h30) suivie d’une rencontre avec les autorités civiles, politiques et diplomatiques (10h40-11h10). En fin d’après-midi, le Pape rencontrera les évêques d’Amérique centrale en l’église Saint-François d’Assise (11h15-12h20) avant de se rendre au Parc S. Maria la Antigua pour une célébration d’accueil et d’ouverture des JMJ Panama 2019 (17h30-19h30).

La journée de vendredi le 25 janvier sera une journée sous le signe de la pénitence.  Elle débutera en fin d’après-midi (l’horaire ne fait pas mention de l’avant-midi mais on peut supposer qu’il soit dédié au repos) avec une liturgie, sans doute émouvante, avec les jeunes détenus du pénitencier de Pacora (10h30-11h45). C’est vers 17h30 que le Pape présidera au Chemin de Croix avec les jeunes au Parc Santa Maria la Antigua. L’horaire du pape François se poursuit samedi avec la célébration de la Sainte Messe avec des prêtres, et des personnes consacrées et des leaders de mouvements laïcs (9h00-11h00) en la Basilique-cathédrale Santa-Maria la Antigua. Lors de cette célébration, le Saint-Père consacrera notamment l’autel principal. Sa journée se poursuivra avec la Veillée de prière avec les jeunes au parc Saint Jean-Paul II (18h10-20h00).

La journée de dimanche débutera avec la célébration de la Messe des Journées Mondiales de la Jeunesse Panama 2019 au Parc Saint Jean-Paul II (7h30-10h00) suivie de la visite à la maison caritative « Le Bon samaritain » où il présidera à la récitation de la prière de l’Angelus (10h45-11h45). Le pape se rendra ensuite au stade Rommel Fernandez pour une rencontre avec les bénévoles impliqués dans la préparation et la réalisation des JMJ Panama 2019. C’est vers 18h00 que le pape François se rendra à l’aéroport international de Tocumen pour une cérémonie de départ en compagnie des autorités civiles et politiques.

Une couverture exclusive au Canada

Depuis notre fondation en 2002 suivant les JMJ de Toronto, Sel et Lumière est la référence au Canada pour connaître et suivre l’ensemble des voyages apostoliques. Cette édition des JMJ 2019 au Panama ne fait pas exception! Consultez notre horaire détaillé des diffusions de l’ensemble des célébrations et rencontres et ne manquez pas notre émission spéciale « Centrale JMJ » du lundi au vendredi 19h30 où j’aurai la joie de vous présenter un résumé complet des faits saillants de la journée ainsi que des témoignages de jeunes pèlerins et évêques canadiens grâce notre équipe présente sur place. Un merci tout spécial à notre station sœur KTO Télévision en France pour leur traduction simultanée et leur fantastique travail sur le terrain. Bonnes Journées mondiales de la jeunesse à tous jeunes et moins jeunes !

Église en Sortie 11 janvier 2019

Cette semaine à Église en Sortie, Francis Denis reçoit Julian Paparella, participant au Synode sur « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel » ainsi que Mgr Lionel Gendron p.s.s., évêque de Saint-Jean-Longueuil et président de la Conférence des évêques catholiques du Canada, et on vous présente la première chronique des actualités de la rue 2019 avec l’abbé Claude Paradis.

Top 10 des actualités de l’Église (2e partie)

(photo:CNS/Paul Haring) Nous poursuivons aujourd’hui notre palmarès des événements qui ont fait l’actualité de l’Église en 2018.

  1. Rencontre mondiale des familles à Dublin

La Rencontre mondiale des familles est un événement de l’Église universelle qui avait lieu cette année à Dublin en Irlande. Pour l’occasion des milliers de personnes s’étaient déplacées dans la capitale de la République d’Irlande pour approfondir leurs connaissances sur la vocation au mariage et à la famille dans notre monde d’aujourd’hui. Outre les nombreuses conférences et les célébrations eucharistiques, les familles présentes se sont rassemblées avec d’autres couples pour se ressourcer et se soutenir mutuellement. Après quatre jours de congrès, l’arrivée du pape François à cette Rencontre mondiale des familles allait devenir le centre de l’attention mondiale. Suivant les différentes rencontres protocolaires, le pape François a pu se rendre prier dans différents lieux de culte de l’île comme la Pro-cathédrale et le Sanctuaire marial de Knock. Le Festival des familles fut sans contredit un moment fort de cette fin de semaine chargée qui s’est terminée avec la célébration de la Messe au parc Phoenix. Vous pouvez revoir et revivre cet événement incontournable au lien suivant.

7.Synode des jeunes

Un événement important de cette année 2018 fut certainement la tenue de la XVe Assemblée ordinaire du Synode des évêques sur « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel ». Rassemblés pendant trois semaines au Vatican, des évêques du monde entier ont pu prier, réfléchir et s’exprimer avec le pape sur les différentes réformes nécessaires à la pastorale jeunesse et vocationnelle aujourd’hui. Un élément important à retenir fut certainement la présence de jeunes du monde entier dans la salle ainsi qu’une importante délégation canadienne de jeunes et de travailleurs de la Télévision Sel et Lumière. Est  donc très attendue en 2019 la publication de l’exhortation apostolique post-synodale portant sur la question. Une chose est certaine, les diocèses du Canada et du monde sont désormais fortement sensibilisés à la centralité de la pastorale jeunesse et vocationnelle dont les enjeux sont essentiellement complémentaires. Plusieurs émissions d’Église en Sortie porteront évidemment sur la question en 2019.  Restez à l’écoute de S+L pour tout savoir des développements sur la question.

  1. Union des provinces franciscaines du Canada

Un autre événement incontournable de la vie de l’Église au Canada fut sans contredit l’unification des deux provinces franciscaines de l’Est et de l’Ouest du Canada qui ne forment désormais plus qu’une seule et même entité : la province Saint-Esprit/Holy Spirit du Canada. Le Chapitre général à Saint-Albert en Alberta en présence du Ministre général des Franciscains Michael Perry o.f.m. a donc donné lieu à la suppression des anciennes provinces Saint-Joseph et Christ the King suivie du rituel officiel de création et de la mise en place de cette nouvelle province du Saint Esprit  composée de 86 frères répartis dans dix fraternités. L’établissement de cette nouvelle province canadienne a pour but de restructurer l’ordre au Canada afin de susciter un renouveau missionnaire. Pour l’occasion S+L était sur place et a pu vous faire vivre de l’intérieur cet événement historique. Je suis actuellement à la réalisation d’un documentaire sur cette Union des Franciscains du Canada, nous vous communiquerons sous peu tous les détails sur la diffusion de ce documentaire unique et exclusif.

  1. Le tournant missionnaire dans les diocèses

 Ce 9ième événement n’est sans doute pas un événement comme tel mais un changement fondamental qui est en train de se produire dans les diocèses un peu partout au Québec. Pour ma série « Sur la route des diocèses », j’ai la chance de me rendre aux quatre coins de la province pour rencontrer les différents acteurs ecclésiaux. Cette année, je me suis rendu à Sherbrooke, Amos, Mont-Laurier et Chicoutimi.  Ce que je retiens de mes nombreuses conversations, c’est la véritable prise en charge de la mission par l’ensemble des baptisés. En communion avec leur évêque respectif, les catholiques du Québec ont entendu l’appel du pape François à être une « Église en Sortie » (EG, no 24) et à prendre sur eux la responsabilité d’annoncer, où ils sont, la joie d’une vie vécue pleinement avec le Christ et son Église. J’encourage l’ensemble des diocèses à poursuivre sur cette route à la fois difficile et épanouissante. Nous pourrions être surpris de voir les fruits de cette conversion dans 10 ans!

  1. Béatification des moines de Tibhirine

Le 8 décembre dernier, en la Solennité de l’Immaculée Conception, était célébrée la Messe de béatification des 19 martyrs d’Algérie au Sanctuaire Notre-Dame de Santa Cruz d’Oran en Algérie. Cet événement était attendu depuis bien longtemps et est significatif de plusieurs choses. D’abord, cela est un signe de l’amélioration des relations diplomatiques entre l’Algérie et le Vatican. Cette célébration et sa diffusion internationale via les grandes chaînes de télévisions catholiques comme Sel et Lumière avaient besoin de l’accord des autorités locales, ce qui a été obtenu. Cette voie de dialogue entre les deux États est sans contredit aussi le signe d’une saison favorable aux discussions inter-religieuses entre les autorités de l’Islam et de l’Église. Peut-être l’intercession du Bienheureux Christian de Chergée y est pour quelque chose? Une chose est sûre, cette béatification est un pas en avant, non seulement au niveau religieux et diplomatique, mais également au niveau de la théologie du dialogue mise de l’avant pas les moines de Tibhirine qui, jusqu’au sacrifice ultime, ont profondément aimé le peuple algérien et perfectionner, suivant l’expression du pape François, « l’art d’aimer ses ennemis ».

Conclusion

Comme je l’ai dit en introduction, l’année 2018 fut en dents de scie et, rétrospectivement, il est impossible de porter un jugement positif ou négatif sur l’ensemble des événements qui se sont déroulés. Plusieurs des éléments soulignés dans ce « Top 10 » auront des développements en 2019. Par exemple le voyage du pape François à Abu Dabi et les JMJ de Panama seront certainement des événements à suivre de près. En ce sens, Sel et Lumière continuera à vous apporter le meilleur de la vie de l’Église au Québec, au Canada francophone et dans le monde par l’entremise de toutes nos plateformes médiatiques. Bonne et sainte année 2019 à tous et à très bientôt!

Homélie du pape François lors de la Messe de clôture du Synode sur les jeunes


Photo: CNS/Paul Haring

Vous trouverez ci-dessous le texte officiel de l’homélie du pape François telle que prononcée lors de la Messe de conclusion de la 15e Assemblée générale du Synode des évêques sur « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel »:

L’épisode que nous avons écouté est le dernier que l’évangéliste Marc raconte au sujet du ministère itinérant de Jésus, qui peu après entrera à Jérusalem pour mourir et ressusciter. Bartimée est ainsi le dernier à suivre Jésus le long du chemin : de mendiant au bord de la route à Jéricho, il devient un disciple qui marche avec les autres vers Jérusalem. Nous aussi, nous avons cheminé ensemble, nous avons « fait synode » et maintenant cet Évangile scelle trois étapes fondamentales pour le chemin de la foi.

Tout d’abord, regardons Bartimée: son nom signifie « fils de Timée ». Et le texte le précise : « le fils de Timée, Bartimée » (Mc 10, 46). Mais, alors que l’Évangile le réaffirme, émerge un paradoxe : le père est absent. Bartimée se trouve seul le long de la route, hors de sa maison et sans père : il n’est pas aimé, mais abandonné. Il est aveugle et il n’a personne pour l’écouter. Jésus entend son cri. Et quand il le rencontre, il le laisse parler. Il n’était pas difficile de deviner ce que Bartimée demanderait : il est évident qu’un aveugle veut avoir ou retrouver la vue. Mais Jésus n’est pas expéditif, il prend le temps de l’écoute. Voilà la première étape pour faciliter le cheminement de foi : écouter. C’est l’apostolat de l’oreille : écouter, avant de parler.

A l’inverse, beaucoup de ceux qui étaient avec Jésus réprimandaient Bartimée pour le faire taire (Cf. v. 48). Pour ces disciples, l’indigent était un dérangement sur le chemin, un imprévu dans le programme. Ils préféraient leur temps à celui du Maître, leurs paroles à l’écoute des autres : ils suivaient Jésus, mais ils avaient en tête leurs projets. C’est un risque dont il faut toujours se garder. Pour Jésus, au contraire, le cri de celui qui appelle à l’aide n’est pas un dérangement qui entrave le chemin, mais une question vitale. Comme il est important pour nous d’écouter la vie ! Les enfants du Père céleste écoutent leurs frères : non pas les bavardages inutiles mais les besoins du prochain. Écouter avec amour, avec patience, comme Dieu le fait avec nous, avec nos prières souvent répétitives. Dieu ne se fatigue jamais, il se réjouit toujours quand nous le cherchons. Demandons, nous aussi, la grâce d’un cœur docile à l’écoute. Je voudrais dire aux jeunes, au nom de nous tous, les adultes : excusez-nous si, souvent, nous ne vous avons pas écoutés ; si, au lieu de vous ouvrir notre cœur, nous vous avons rempli les oreilles. Comme Église de Jésus, nous désirons nous mettre à votre écoute avec amour, sûrs de deux choses : que votre vie est précieuse pour Dieu, parce que Dieu est jeune et qu’il aime les jeunes ; et que votre vie est aussi précieuse pour nous, mieux encore nécessaire pour aller de l’avant.

Après l’écoute, une deuxième étape pour accompagner le chemin de la foi : se faire proches. Regardons Jésus, qui ne délègue pas quelqu’un parmi la « foule nombreuse » qui le suivait, mais qui rencontre Bartimée personnellement. Il lui dit : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » (v. 51). Que veux-tu ? Jésus s’identifie à Bartimée, il ne fait pas abstraction de ses attentes ; que je fasse : faire, pas seulement parler ; pour toi : non pas selon des idées préétablies pour n’importe qui, mais pour toi, dans ta situation. Voilà comment fait Dieu, en s’impliquant en personne, avec un amour de prédilection pour chacun. Dans sa manière de faire passe déjà son message : la foi germe ainsi dans la vie.

La foi passe par la vie. Quand la foi se concentre uniquement sur les formulations doctrinales, elle risque de parler seulement à la tête, sans toucher le cœur. Et quand elle se concentre seulement sur le faire, elle risque de devenir un moralisme et de se réduire au social. La foi au contraire, c’est la vie : c’est vivre l’amour de Dieu qui a changé notre existence. Nous ne pouvons pas être des doctrinaires ou des activistes ; nous sommes appelés à poursuivre l’œuvre de Dieu à la manière de Dieu, dans la proximité : liés à Lui, en communion entre nous, proches de nos frères. Proximité : voilà le secret pour transmettre le noyau de la foi, et non pas quelque aspect secondaire.

Se faire proches et porter la nouveauté de Dieu dans la vie du frère, c’est l’antidote à la tentation des recettes toutes prêtes. Demandons-nous si nous sommes des chrétiens capables de devenir proches, de sortir de nos cercles pour étreindre ceux qui « ne sont pas des nôtres » et que Dieu cherche ardemment. Il y a toujours cette tentation qui revient tant de fois dans l’Écriture : se laver les mains. C’est ce que fait la foule dans l’Évangile d’aujourd’hui, ce qu’a fait Caïn avec Abel, ce que fera Pilate avec Jésus : se laver les mains. Nous, à l’inverse, nous voulons imiter Jésus, et comme lui nous salir les mains. Lui, le chemin (cf. Jn 14, 6), pour Bartimée il s’est arrêté sur la route ; Lui, la lumière du monde (cf. Jn 9, 5), il s’est penché vers un aveugle. Reconnaissons que le Seigneur s’est sali les mains pour chacun de nous, et en regardant la croix ; et repartons de là, nous rappelant que Dieu s’est fait mon prochain dans le péché et dans la mort. Il s’est fait mon prochain : tout commence à partir de là. Et quand par amour pour lui, nous aussi, nous nous faisons proches, nous devenons porteurs d’une vie nouvelle : non pas des maîtres de tous, ni des experts du sacré, mais des témoins de l’amour qui sauve.

Témoigner est la troisième étape. Regardons les disciples qui appellent Bartimée : ils ne vont pas à lui, qui mendiait, avec une petite pièce pour l’apaiser ou pour dispenser des conseils. Ils vont à lui au nom de Jésus. En effet, ils lui adressent trois paroles seulement, toutes de Jésus : « Courage ! Lève-toi. Il t’appelle » (v. 49). Seul Jésus dans le reste de l’Évangile dit courage!, parce que lui seul ressuscite le cœur. Seul Jésus dans l’Évangile dit lève-toi, pour guérir l’esprit et le corps. Seul Jésus appelle, en changeant la vie de celui qui le suit, en remettant sur pied celui qui est à terre, en portant la lumière de Dieu dans les ténèbres de la vie. Tant d’enfants, tant de jeunes, comme Bartimée, cherchent une lumière dans la vie. Ils cherchent un amour vrai. Et comme Bartimée, malgré la nombreuse foule, appelle seulement Jésus, de même eux aussi cherchent la vie, mais souvent ils ne trouvent que de fausses promesses et peu de personnes qui s’intéressent vraiment à eux.

Il n’est pas chrétien d’attendre que les frères en recherche frappent à notre porte ; nous devrions aller vers eux, non pas en nous portant nous-mêmes, mais en portant Jésus. Il nous envoie, comme ces disciples, pour encourager et relever en son nom. Il nous envoie dire à chacun : « Dieu te demande de te laisser aimer par Lui ». Que de fois, au lieu de ce message libérateur de salut, nous n’avons porté que nous-mêmes, nos « recettes », nos « étiquettes » dans l’Église ! Que de fois, plutôt que de faire nôtres les paroles du Seigneur, nous avons fait passer nos idées pour ses paroles ! Que de fois les personnes sentent plus le poids de nos institutions que la présence amicale de Jésus ! Alors nous passons pour une ONG, pour une organisation semi-publique, et non pas pour la communauté des sauvés qui vivent la joie du Seigneur.

Écouter, se faire proches, témoigner. Le chemin de foi dans l’Évangile se termine d’une manière belle et surprenante, avec Jésus qui dit : « Va, ta foi t’a sauvé » (v. 52). Et pourtant, Bartimée n’a pas fait de profession de foi, il n’a accompli aucune œuvre ; il a seulement demandé pitié. Sentir qu’on a besoin du salut, c’est le commencement de la foi. C’est la voie directe pour rencontrer Jésus. La foi qui a sauvé Bartimée n’était pas dans ses idées claires sur Dieu, mais dans le fait de le chercher, dans la volonté de le rencontrer. La foi est une question de rencontre, non pas de théorie. Dans la rencontre Jésus passe, dans la rencontre palpite le cœur de l’Église. Alors, non pas nos sermons, mais le témoignage de notre vie sera efficace.

Et à vous tous qui avez participé à ce « cheminement commun », je dis merci pour votre témoignage. Nous avons travaillé en communion et avec franchise, avec le désir de servir Dieu et son peuple. Que le Seigneur bénisse nos pas, afin que nous puissions écouter les jeunes, nous faire proches d’eux et leur témoigner la joie de notre vie : Jésus.

[01710-FR.01] [Texte original: Italien]