La jeunesse et sa beauté véritable

(Image by Oleksy @Ohurtsov from Pixabay) Nous poursuivons notre analyse de la plus récente exhortation apostolique post-synodale intitulée Christus Vivit portant sur le thème de la jeunesse dans l’Église et dans le monde. Après avoir examiné les différentes figures de la jeunesse de l’Ancien et du Nouveau Testament, le document poursuit sa démarche en examinant brièvement la réalité de la jeunesse d’aujourd’hui. Le chapitre 3 s’interroge donc sur les différents défis culturels et sociaux auxquels font face les jeunes tout en soulignant les grandes pistes de solutions dont l’Église et le monde pourraient bénéficier s’ils osaient rendre aux jeunes la place qui leur revient.

Un monde en difficulté

Nous en sommes tous témoins, notre monde est le lieu de plusieurs tensions où s’affrontent des intérêts divergents. Comme dans tout conflit, les premiers à souffrir sont les personnes les plus vulnérables. Les jeunes sont donc toujours au premier rang des victimes des forces qui s’entrechoquent. En effet, « beaucoup de jeunes vivent dans des contextes de guerre et subissent la violence sous une innombrable variété de formes : enlèvements, extorsions, criminalité organisée, traite d’êtres humains, esclavage et exploitation sexuelle, viols de guerre, etc. » (no 72). N’ayant pas les connaissances ou l’expérience nécessaire pour s’immuniser contre les idéologies déshumanisantes qui, de part et d’autre, cherchent à nourrir leurs intérêts au détriment du bien commun, plusieurs jeunes « sont endoctrinés, instrumentalisés et utilisés comme chair à canon ou comme une force de choc pour détruire, intimider ou ridiculiser les autres » (no 73).

Faux respect de la jeunesse

Dans les pays où l’on trouve souvent l’opulence matérielle et économique, de nombreux jeunes sont victimes d’intérêts commerciaux prêts à les infantiliser afin qu’ils soient incapables d’user d’un jugement critique. Ainsi, laissés à eux-mêmes sans l’éducation et la maturité requises pour éviter ce qui rabaisse l’homme jusqu’à nier la dimension spirituelle de son être, de nombreux jeunes se jettent dans les plaisirs à court terme et ruinent leurs vies.

Dans certain cas, la manipulation va encore plus loin. Sous couvert d’épanouissement personnel, on assiste dans la culture populaire à un véritable culte de la jeunesse. Le Pape nous met en garde contre cette tentation de la facilité. En effet, il écrit : « Les corps jeunes sont constamment utilisés dans la publicité pour vendre. Le modèle de beauté est un modèle jeune, mais faisons attention, car cela n’est pas élogieux pour les jeunes. Cela signifie seulement que les adultes veulent voler la jeunesse pour eux-mêmes ; non pas qu’ils respectent, aiment et prennent soin des jeunes » (no79).

La véritable beauté de la jeunesse

Contre ces tentations déshumanisantes, le Pape François nous invite plutôt à la découverte de la jeunesse réelle. Celle qui, se sachant sur le chemin de la maturité, croit en ses capacités à devenir plus que ce qu’elle est déjà. C’est donc l’authenticité qui est la clé de son succès. S’éloignant des visions bêtes et éphémères d’une jeunesse voulue pour autre chose qu’elle-même, les jeunes d’aujourd’hui doivent se mettre au travail. Ils doivent comprendre que l’énergie qu’ils ont dans le cœur est à la hauteur des défis qui se trouvent devant eux. Pour ce faire, ils doivent comprendre qu’ils ne sont pas seuls et que c’est dans la relation avec le Christ qu’ils pourront réaliser pleinement les désirs présents en eux. En effet, exhorte le Pape : « Quand il te demande quelque chose ou quand, simplement, il permet ces défis que la vie te présente, il attend que tu lui accordes une place pour pouvoir t’élever, pour te faire progresser, pour te faire mûrir » (no 117). Chercher plus haut que soi avec Celui qui y est déjà, voilà le chemin de tous les possibles qui s’ouvrent au jeune qui accepte de jeter un regard authentique sur lui-même avec Dieu.

Une Église au service de la jeunesse

Pour réaliser ce programme, les jeunes doivent savoir qu’il existe un lieu où ils pourront, découvrir non seulement la grandeur de leur mission mais également le milieu relationnel pour les soutenir dans cette tâche qui est la leur. Comme l’affirme le Pape : « L’amour de Dieu et notre relation avec le Christ vivant ne nous empêchent pas de rêver, et n’exigent pas de nous que nous rétrécissions nos horizons. Au contraire, cet amour nous pousse en avant, nous stimule, nous élance vers une vie meilleure et plus belle » (no 138). La semaine prochaine, nous poursuivrons notre parcours de ce texte magistral dont l’application est aussi urgente que nécessaire.

Le pape François ou la diplomatie de l’authenticité

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Disons-le d’entrée de jeu, le dernier voyage du pape François à Cuba et aux États-Unis en aura surpris plus d’un; que ce soit par l’énergie dont ce presque octogénaire a fait preuve ou par le nombre de discours prononcés. Cette visite apostolique peut aisément être considérée comme historique et, ce, à plusieurs points niveaux. Ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est le côté diplomatique.

Nous le savons, les relations entre Cuba et les États-Unis était inexistantes, voire hostiles, il n’y a pas si longtemps. En effet, depuis la crise des missiles cubains, les États-Unis ont, sans aucun doute, suivi une politique de main de fer vis-à-vis de cette île des Caraïbes en lui imposant un embargo, figeant ainsi son économie. Certains diront que les Cubains l’ont bien cherché et que leur idéologie communiste est la cause de tous leurs malheurs. La réalité n’est pas si simple et le pape François le sait bien. Comment donc trouver une solution? Comment faire en sorte que les habitants de Cuba puissent retrouver leurs libertés ? En d’autres termes, comment permettre l’ouverture des frontières de Cuba et reprendre les
échanges économiques, culturels, etc. avec la première puissance mondiale qui leur est voisine ?Capture d’écran 2015-09-30 à 15.07.26

Comme il est écrit dans le programme du pontificat du pape François qu’est l’exhortation apostolique Evangelii Gaudium, « la réalité est plus importante que l’idée » (no 231). Pour le pape François, l’objectif premier de la politique et de la diplomatie est le bien être des personnes. Ce souci pour les personnes, spécialement les plus pauvres, est ce qui lui permet d’être le pont entre les nations qui sont hostiles l’une envers l’autre. En effet, qu’est-ce qui a permis au pape François d’accomplir l’exploit diplomatique de rencontrer, à deux jours d’intervalle, Fidel Castro et Barack Obama ? Qu’est-ce qui a permis au Vicaire du Christ de rencontrer le dirigeant d’un pays dont l’idéologie est condamnée par l’Église et, tout de suite après, rencontrer le président et le congrès d’un pays bien souvent au service de l’argent plutôt que de ses citoyens ?

La raison est la suivante : son authenticité. Les gens savent que lorsqu’ils sont en présence du pape François ils sont devant une personne qui regardera d’abord et avant tout leur humanité et non les idées qu’ils défendent. Ils savent que la seule idée que le Pape a « derrière la tête » est de construire la paix. Ce qui crée ce sentiment de confiance c’est qu’ils ont compris que cette homme venu de l’Argentine prêche ce qu’il vit et vit ce qu’il prêche ; qu’il n’est pas le pantin d’une quelconque force obscure mais qu’il est totalement libre dans ses actions et de ses paroles. Dépasser ce mur extrêmement étanche que sont les idéologies est la principale mission de la diplomatie du Saint-Siège qui est l’une des rares qui soient aujourd’hui en mesure de créer ce climat propice aux bonnes relations diplomatiques essentielles à la paix mondiale.

Loin de moi l’idée de mettre de côté les discours si importants et si riches du voyage du pape François à Cuba et aux États-Unis. De fait, l’analyse de ces derniers prendra certainement plusieurs mois, voir des années. Cependant, il m’apparaissait incontournable de souligner cette qualité qui permet au pape François d’être écouté par tous, même par ceux qui, d’un point de vue superficiel, peuvent sembler très loin de l’Église.