Une voie à double sens : donner et recevoir

Rembrandt, « Le Bon Samaritain ». Alors que la plupart des tableaux représentent la rencontre sur la route, cette œuvre montre le Samaritain emmenant le blessé à l’auberge. Wikimedia Commons.

Une voie à double sens : donner et recevoir

Une réflexion sur le chapitre 5 de Dilexi te

 

Comme nous l’avons vu ces dernières semaines, Dilexi te nous invite à porter un regard neuf sur la réalité de la pauvreté sous ses diverses formes. C’est une invitation à réfléchir de manière critique à comment nous pouvons transformer nos relations avec les personnes qui souffrent, qui sont marginalisées ou exclues. Dans la réflexion de la semaine dernière, nous avons vu comment des structures sociales et économiques injustes maintiennent certaines personnes et certains groupes en marge de la société. Malheureusement, nous contribuons souvent à ces structures de péché au quotidien, sans y prêter beaucoup d’attention. Le pape Léon appelle chacun d’entre nous à relever le « défi constant » de faire personnellement notre part pour lutter contre les causes de la pauvreté et tendre la main à ceux et celles qui en sont touchés :

« Le chrétien ne peut pas considérer les pauvres seulement comme un problème social : ils sont une “question de famille” ; ils sont “des nôtres”. La relation avec eux ne peut pas être réduite à une activité ou à une fonction de l’Église » (Dilexi te, n° 104).

Le bon Samaritain et au-delà

Faisant écho aux paroles puissantes du pape François dans Fratelli tutti, Léon renvoie à la parabole du bon Samaritain, nous appelant à réfléchir sérieusement à la manière dont nous nous comportons envers les personnes qui sont dans le besoin. Détournons-nous le regard et passons-nous notre chemin comme le prêtre et le Lévite, ou prenons-nous le temps d’offrir notre aide comme le bon Samaritain ? Les questions évocatrices posées par le Saint-Père constituent un défi permanent pour chacun de nous :

« À qui t’identifies-tu [au prêtre, au Lévite, aux brigands ou au bon Samaritain] ? Cette question est crue, directe et capitale. Parmi ces personnes à qui ressembles-tu ? Nous devons reconnaître la tentation, qui nous guette, de nous désintéresser des autres, surtout des plus faibles. Disons-le, nous avons progressé sur plusieurs plans, mais nous sommes analphabètes en ce qui concerne l’accompagnement, l’assistance et le soutien aux plus fragiles et aux plus faibles de nos sociétés développées. Nous sommes habitués à regarder ailleurs, à passer outre, à ignorer les situations jusqu’à ce qu’elles nous touchent directement » (n° 105, citant Fratelli tutti, n° 64).

Cette histoire, nous la connaissons bien : lorsqu’il voit l’homme laissé pour mort au bord de la route, le bon Samaritain est pris de compassion, prend le temps de s’arrêter, s’approche de l’homme, panse ses blessures, le met sur son cheval et l’emmène à l’auberge, demandant à l’aubergiste de prendre soin de lui.

D’une part, la parabole nous montre comment les actions d’une seule personne peuvent changer la vie d’une autre. Sans le bon Samaritain, l’homme qui avait été agressé serait probablement mort là, dans le fossé. D’autre part, la parabole révèle que nous ne sommes pas censés agir seuls pour prendre soin des autres. Les défis et les souffrances sont souvent trop grands pour être gérés par une seule personne. Le bon Samaritain fait participer l’aubergiste à son acte de soin et de compassion. Le Samaritain ne peut pas sauver l’homme tout seul, mais il se rend compte qu’il a besoin que d’autres s’impliquent pour apporter à l’homme toute l’aide dont il a besoin pour guérir. Nous pouvons penser aux nombreuses communautés, groupes et associations où les gens travaillent ensemble pour venir en aide aux personnes qui sont dans le besoin, multipliant ainsi leur impact grâce à leurs efforts collectifs.

 

L’aumône et au-delà : oser donner et recevoir

Dilexi te se termine par un appel lancé à ceux et celles d’entre nous qui proviennent de segments privilégiés de la société et du monde, afin que nous donnions aux personnes qui ne sont pas aussi privilégiés que nous. À première vue, cela concerne avant tout nos biens matériels et nos ressources. Donner de l’argent, de la nourriture et des vêtements est un moyen nécessaire de répondre aux besoins vitaux réels des personnes.

Il n’est pas possible de dire « je tiens à toi » tout en laissant les gens affamés et frissonnant dans le froid. 

En même temps, nous savons que l’argent n’est pas la seule solution. Notre foi nous appelle à donner de notre temps, à prêter une oreille attentive, à offrir notre amitié et à œuvrer ensemble vers une société plus juste et plus fraternelle, pas à pas. Il cite une nouvelle fois le Document d’Aparecida (n° 397) :

« On demande de consacrer du temps aux pauvres, de leur prêter une aimable attention, de les écouter avec intérêt, de les accompagner dans les moments plus difficiles ; de les choisir eux, pour partager des heures, des semaines ou des années de notre vie, en cherchant, à partir d’eux, à transformer leur situation. Nous ne pouvons oublier que Jésus lui-même l’a proposé, dans sa manière d’agir et de parler » (cité au n° 104).

Dans cette optique, l’aumône ne consiste pas seulement à donner de l’argent. C’est une invitation à donner de nous-mêmes et à investir dans des relations authentiques avec les personnes qui souffrent et sont marginalisées. Nos relations personnelles avec eux nous montrent non seulement que nous avons quelque chose à donner, mais nous ouvrent aussi à recevoir tout ce qu’ils ont à offrir. Ceux et celles qui ont peu sur le plan matériel sont riches à bien d’autres égards. Leurs leçons de vie, leur sagesse, leur foi profonde et leur capacité à persévérer sont de profondes sources d’inspiration dont nous pouvons tous tirer des enseignements.

Dieu veut donner quelque chose à nos frères et sœurs dans le besoin par notre intermédiaire, mais il veut aussi que nous recevions d’eux quelque chose d’essentiel ; quelque chose qui a le pouvoir de transformer notre vie de manière durable. Comme dans une famille, chaque membre a quelque chose de beau à offrir aux autres, et le plus important est que nous vivions l’amour et l’attention que nous avons les uns pour les autres.

Comment Dieu t’appelle-t-il à te donner aux autres ? Que t’invite-t-il à recevoir à travers eux ?

Seigneur, tu viens à nous de manière surprenante. Ouvre-nous à te rencontrer chez des personnes et dans des lieux où nous ne nous y attendons pas. Agis en nous et transforme notre monde par la puissance de ton amour, qui nous rassemble en une seule famille. Amen.

Saint Joseph, ce grand saint !

Crédit photo istockphoto.

Saint Joseph, ce grand saint !

Implorons son intercession et imitons ses vertus.

 

Saint Joseph est le père de la Sainte Famille. Un charpentier de Nazareth qui, dans son rôle de chef de famille, faisait toujours confiance à la Providence devant les difficultés rencontrées. Son cœur de père éclairé l’aide à transformer chaque problème en opportunité. Il était courageux et comptait sur Dieu pour lui venir en aide et le sauver. Sans oublier sa créativité qui a pris de l’élan depuis !     

Voici que le pape François, dans sa lettre apostolique : Un cœur de père, Patris Corde à l’occasion du 150e anniversaire de la déclaration de saint Joseph comme Patron de l’Église universelle ; il propose saint Joseph comme modèle de père aujourd’hui. Il décrète alors une année spéciale qui lui est dédiée du 8 décembre 2020 au 8 décembre 2021. 

Fions-nous à notre Père aujourd’hui et toujours. Implorons l’intercession de saint Joseph dans nos vies, comme nous sommes invité.es à imiter ses vertus. Voici les caractéristiques décrivant parfaitement saint Joseph dans la lettre apostolique, comme étant :  

  • Père aimé.
  • Père de la tendresse.
  • Père dans l’obéissance.
  • Père dans l’accueil, « qui accueille la volonté de Dieu et du prochain ».
  • Père au courage créatif, exemple d’amour pour l’Église et les pauvres.
  • Père travailleur, « Patron des travailleurs » …« et qui enseigne la valeur, la dignité et la joie du travail ».Père dans l’ombre, « décentré par amour de Marie et Jésus ».

Le Saint-Père, le pape François récite tous les jours en effet, « depuis plus de 40 ans », une prière à l’Époux de Marie « tirée d’un livre français de dévotion des années 1800 de la Congrégation des religieuses de Jésus et Marie ». Le Pape explique qu’il s’agit d’une prière « qui exprime dévotion et confiance » à saint Joseph mais qui parle aussi d’un « certain défi », car elle se termine avec ces mots :

« Qu’il ne soit pas dit que je t’ai invoqué en vain, et puisque tu peux tout auprès de Jésus et de Marie, montre-moi que ta bonté est aussi grande que ton pouvoir ».

Quant au pape Léon XIII, il cite : 

« … Et de même qu’autrefois tu as arraché l’Enfant Jésus au péril de la mort, défends aujourd’hui la Sainte Église de Dieu contre les embûches de l’ennemi et contre toute adversité, et couvre-nous de ta constante protection, afin que nous puissions, à ton exemple et par ton assistance, vivre saintement, mourir pieusement, et obtenir l’éternelle félicité dans le Ciel. Amen ». Livret portant sur la lettre apostolique : Un cœur de père, à l’occasion du 150e anniversaire de la déclaration de saint Joseph comme Patron de l’Église universelle,  Médiaspaul 2021 Choix de prières à saint Joseph, p. 33.

J’aimerais ici vous faire part que chaque année, la fête de saint Joseph arrive avec son gros lot de souvenirs et de nostalgie. C’est une fête qui a beaucoup de signification pour moi et pour toute notre famille. Saint Joseph compte beaucoup à mes yeux, à nos yeux. Il est notre modèle de vie comme mon père l’était. Il n’y a pas de surprise !! À mon avis, c’est une bénédiction divine, un cadeau du Ciel.

De plus, j’ai voulu écrire cet article pour dire combien je suis fière de mon père ! J’ai aimé qu’il puisse lire ces lignes et savoir combien nous marchons tous et toutes sur ses pas, et combien nous le prenons comme modèle de vie. Quelle bénédiction et quelle grâce qui nous accompagnaient dans notre vie. Du bel héritage reçu comme chrétien.ne et catholique au moindre geste de bienfaisance effectué avec cœur. 

Mon père à l’exemple de saint Joseph était un père aimé, respecté de tous et de toutes. Il était nommé « l’homme de Dieu et le père des pauvres. » Il voyait la misère de l’autre avec du cœur. C’est en plein ce que signifie d’être miséricordieux. À son époque, il allait tôt faire son tour dans la ville pour cibler les maisons qu’il connaissait bien et qui avaient de la difficulté à subvenir aux besoins de leurs familles. Il leur déposa devant la porte, souvent entrouverte, discrètement toutes sortes de vivres nécessaires et filait, car il n’aimait pas être vu ou connu.        

Une coïncidence vécue : mon père s’appelait « Youssef »  version arabe de « Joseph ». Il est né à la fête de saint Joseph, son patron et son modèle de vie et décède la veille de la Saint-Joseph aussi. Il était dans sa vie l’homme de Dieu sur terre. De par son discernement clair et sa conduite bienveillante, il se comportait fidèlement et discrètement à l’exemple de saint Joseph.  

Nous nous sommes trouvé.es béni.es d’avoir un père si humble, juste et merveilleux à la fois. Un homme honnête, se souciant des plus démunis, soutenant les pauvres, et réflètant par ses actions les enseignements de l’Église. Il prenait comme exemple de vie à suivre, notre bien-aimé saint Joseph. Il s’identifie à lui dans toute chose.

Qu’en est-il du modèle du père aujourd’hui ? Partagez-nous votre avis. Merci de votre fidélité !

Quelles relations plaisent à Dieu ? Appelés autour d’une même table | Comme je vous ai aimés

Prenez et mangez, ceci est mon Corps, La Cène par Cathopic.

Quelles relations plaisent à Dieu ? Appelés autour d’une même table

Une réflexion sur le chapitre 4 de Dilexi te

 

Dans la réflexion de la semaine dernière sur le chapitre 3 de Dilexi te, nous avons examiné le type d’Église que Dieu nous appelle à être. Inspirés par le témoignage des saints, nous avons vu comment l’Église est appelée à se tenir aux côtés des pauvres et des marginalisés, comme Dieu lui-même. Le chapitre 4 commence par un survol de la doctrine sociale de l’Eglise concernant la solidarité avec les pauvres. L’idée principale du chapitre est que les ceux et celles qui vivent dans la pauvreté et la souffrance ne sont pas simplement des bénéficiaires de la charité ou des personnes pour lesquelles nous devrions éprouver de la pitié. Ils sont des membres de la société à part entière, dont les voix, les récits de vie et les qualités appellent notre respect, notre solidarité et notre engagement. 

 

Les structures du péché

La doctrine sociale catholique a depuis longtemps compris que le péché n’est pas seulement une réalité au niveau personnel. Il s’applique également aux structures sociales injustes auxquelles, malheureusement, nous contribuons au quotidien. Ces structures sociales maintiennent certaines populations, tant au niveau national qu’international, dans des cycles de pauvreté, d’exclusion et de marginalisation. En ce sens, l’Évangile nous appelle à la conversion, non seulement en tant qu’individus, mais aussi aux niveaux social, politique et économique. 

En tant qu’êtres humains, nous sommes tous nés avec une dignité égale donnée par Dieu. Malheureusement, nous ne sommes pas tous nés égaux en termes de notre situation sociale. Faisant écho aux paroles du pape François, le pape Léon a identifié l’inégalité comme « la racine des maux de la société », affirmant qu’« on s’aperçoit bien des fois que, de fait, les droits humains ne sont pas les mêmes pour tout le monde » (n° 94). À l’échelle mondiale, on pourrait penser aux structures politiques et économiques qui soutiennent des gouvernements qui fomentent le génocide et les guerres injustes qui affligent les populations civiles. Dans le contexte canadien, on pourrait penser aux inégalités et aux injustices infligées aux peuples autochtones.

Le pape Léon souligne que les structures du péché sont souvent ancrées « dans une mentalité dominante qui considère normal ou rationnel ce qui n’est rien d’autre que de l’égoïsme et de l’indifférence » (n° 93). Il est si facile de tomber dans des mentalités qui nous rendent indifférents et insensibles à la souffrance des autres. Comme le souligne le pape Léon :

« Il devient normal d’ignorer les pauvres et de vivre comme s’ils n’existaient pas. Le choix semble raisonnable d’organiser l’économie en demandant des sacrifices au peuple pour atteindre certains objectifs qui concernent les puissants. Pendant ce temps, seules les ‘miettes’ qui tomberont sont promises aux pauvres » (n° 93).

Dans ce contexte, « nous devons nous engager davantage à résoudre les causes structurelles de la pauvreté » (n° 94). Cette disparité entre les différentes parties de l’humanité ne peut être tolérée comme une simple réalité de la vie. L’injustice et l’inégalité de nos systèmes sociaux et économiques ne semblent normales que pour ceux et celles qui en bénéficient. Elles sont à juste titre intolérables pour les personnes qui subissent leurs conséquences dévastatrices. La difficulté réside dans le fait que ces deux groupes sont souvent isolés l’un de l’autre. Ils vivent dans des mondes séparés, ils ne se connaissent pas et ils ne se côtoient pas. 

La première étape vers une véritable solidarité consiste à apprendre à se reconnaître en tant qu’êtres humains, à connaître le nom et l’histoire des personnes qui vivent dans la pauvreté, et à commencer à travailler ensemble sur un pied d’égalité, en tant que partenaires, pour un avenir plus juste et plus humain pour tous et toutes. Cela peut sembler utopique, mais c’est en fait le chemin vers le royaume de Dieu que nous sommes appelés à parcourir ici et maintenant, sans attendre que les choses s’arrangent ou s’améliorent d’elles-mêmes. À travers l’histoire, Dieu nous invite à être ses collaborateurs sur le chemin de la justice et de la paix, pas à pas.

 

Autour d’une même table

Le pape Léon fait siennes les paroles du Document d’Aparecida de l’épiscopat d’Amérique latine :

« Les différences criantes entre riches et pauvres nous invitent à nous engager davantage pour être des disciples capables de partager la table de la vie, la table de tous les fils et filles du Père, une table ouverte et inclusive, dont personne n’est exclu » (n° 99).

Chaque année, pendant le temps de l’Avent, nous entendons des paroles du prophète Isaïe, qui nous appelle à préparer le chemin du Seigneur : « Que tout ravin soit comblé, toute montagne et toute colline abaissées ! que les escarpements se changent en plaine, et les sommets, en large vallée ! » (Isaïe 40, 3-5) De même, Marie, dans son Magnificat, loue le Seigneur car « il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles » (Luc 1, 52). Sans vouloir paraître trop révolutionnaire, se réunir autour d’une même table en tant qu’égaux nécessite un rééquilibrage des inégalités flagrantes qui marquent nos sociétés, comme nous le rappelle la parole de Dieu.

Dieu ne veut pas qu’une poignée de privilégiés soient extrêmement riches tandis que d’autres souffrent de la faim. Dieu ne souhaite pas non plus que le pouvoir soit concentré entre les mains d’une élite toute-puissante. Au contraire, Dieu révèle son style de leadership lors de la dernière Cène. Jésus s’assoit à table avec ses apôtres. Il se fait l’un d’entre eux, et ils ne font qu’un avec lui. Jésus n’amasse pas de richesses et ne s’assoit pas sur un trône somptueux, obligeant les autres à le servir. C’est plutôt lui, notre Seigneur et notre Maître, qui se lève de table, dépose son vêtement et prend un linge qu’il se noue à la ceinture. Jésus s’abaisse pour laver les pieds de ses disciples, assumant ainsi la tâche d’un esclave.

 

 

Dieu, qui est au-dessus des cieux, se met à notre niveau. Il n’a pas honte de notre vulnérabilité, de nos faiblesses ou de nos défauts. Il ne garde pas une distance de sécurité, mais il s’associe à nous. Il se fait proche, au point de devenir notre prochain. Il se met à table avec nous et nous appelle à nous accueillir les uns les autres comme des égaux, comme ses enfants, comme des frères et sœurs.

Quand on commence à voir la réalité selon la logique de l’Évangile, quel est l’impact sur notre manière d’aborder nos frères et sœurs défavorisés, exclus et marginalisés ? Comment la perspective de Dieu change-t-elle notre manière de comprendre les relations entre les nations puissantes et les populations moins puissantes à travers le monde ? Quel type de relations Dieu nous appelle-t-il à entretenir les uns avec les autres en tant qu’êtres humains, non pas sur la base du succès, du prestige et de la richesse, mais plutôt sur celle de la solidarité, de la compassion et de la fraternité ? Quel est le premier pas que vous pouvez prendre à cet égard cette semaine ?

Dieu notre Père, tu rêves de rassembler tous tes enfants autour de la même table dans ton Royaume. Guide nos pas sur le chemin de la justice et de la paix, et ouvre nos cœurs à l’amour fraternel dans la grande famille humaine. Amen.

 

 

Saint Patrick, un évêque et un missionnaire courageux

Photo prise par Carolina BR sur Cathopic.

Que le Christ soit avec moi, que le Christ soit en moi, que le Christ soit derrière moi, que le Christ soit devant moi, que le Christ soit à mes côtés, que le Christ me guide vers la victoire, que le Christ me réconforte et me restaure, que le Christ soit au-dessus de moi, que le Christ soit dans le calme, que le Christ soit dans le danger, que le Christ soit dans le cœur de tous ceux qui m’aiment, que le Christ soit dans la parole de mes amis et des étrangers.

Extrait de « The Breastplate » La cuirasse de saint Patrick traduite de l’anglais.

 

Les gens associent souvent la Saint-Patrick au fait de porter du vert et de boire de la bière, mais qui était exactement Saint Patrick, et pourquoi le célébrons-nous ? Le saint patron de l’Irlande est né en Grande-Bretagne au IVe siècle après J.-C. dans une famille aisée et aimante. Son père, Calpurnius, était diacre et fonctionnaire local. Bien que sa famille fût romaine et chrétienne, Patrick n’a pas grandi dans la foi chrétienne, ce qui rend son zèle missionnaire et son héritage encore plus inspirants pour nous aujourd’hui.

À l’âge de 16 ans, des pillards irlandais ont envahi son village et l’ont kidnappé, ainsi que des milliers d’autres personnes. Il a été emmené en Irlande et vendu comme esclave. Pendant six ans, il a travaillé comme berger, un métier solitaire et laborieux. Habitué au confort, il devait désormais affronter des climats rigoureux et des terrains difficiles. Durant cette période, il a commencé à prier. Il a pris l’habitude de faire sa prière plusieurs fois par jour, ce qui a accru son amour pour Dieu et approfondi son sentiment de la providence et de la protection divine. Même lorsque la neige tombait, que le froid mordait ou que la pluie tombait, il se levait avant l’aube pour prier. Le Saint-Esprit tournait son cœur vers le Christ.

Une nuit, il entendit une voix dans ses rêves lui disant qu’il allait partir pour son pays natal et que son bateau était prêt. Le lendemain matin, il s’enfuit de chez son maître et trouva un bateau qui le ramena en Grande-Bretagne, de l’autre côté de la mer d’Irlande. De retour chez lui, il commença à étudier les Écritures et la foi catholique. Il eut du mal à se réintégrer dans la société, car il avait prié dans la nature sauvage irlandaise pendant des années et avait manqué six années d’éducation. Il fit alors un autre rêve : les personnes qu’il avait rencontrées en Irlande le suppliaient de revenir. Il crut que, à travers ce rêve, Dieu l’appelait à convertir les païens d’Irlande. Il suivit une formation théologique en France, fut ordonné prêtre et, à 43 ans, fut consacré évêque. En raison de sa connaissance de la culture et de la langue irlandaises, l’Église confirma sa vocation missionnaire et le renvoya en Irlande.

Saint Patrick a utilisé le trèfle, qui a trois feuilles, pour décrire le Père, le Fils et le Saint-Esprit comme faisant partie d’un seul Dieu. Sa vie de missionnaire n’a pas été facile : il a rencontré l’opposition des druides païens et le martyre était toujours une possibilité. Cependant, il croyait fermement en sa vocation et a parcouru le pays en prêchant, baptisant et confirmant avec zèle. Il avait une confiance totale en Dieu et sa mission a porté ses fruits. Des milliers de personnes se sont converties au christianisme, des églises ont été fondées et les vocations religieuses ont fleuri.

Que pouvons-nous apprendre de l’histoire de saint Patrick ? Une leçon est que Dieu peut transformer nos moments les plus sombres en occasions de nous tourner vers lui dans la prière, la foi et la confiance. Ce n’est que lorsque saint Patrick a été dépouillé de sa vie confortable et paisible qu’il a pu développer une vie de prière et se rapprocher de Dieu. Une autre leçon est qu’il n’est jamais trop tard pour changer le monde et vivre l’appel de Dieu à notre égard. Saint Patrick a manqué six années d’éducation formelle et n’a commencé son travail missionnaire qu’après être devenu évêque à l’âge de 43 ans. Plus nous vieillissons, plus nous avons l’impression qu’il est trop tard pour changer de carrière, reprendre des études, faire du bénévolat à l’étranger, se marier ou discerner la prêtrise, etc. L’histoire de saint Patrick nous rappelle que nous pouvons accomplir l’appel de Dieu si nous nous appuyons sur Lui, écoutons Ses petites incitations, faisons confiance à Son attention et discernons Sa sainte volonté par la prière.

 

Quelle Église sommes-nous appelés à être ? « Va et fais de même » | Comme je vous ai aimés

La parabole du bon Samaritain. Crédit photo Istock.

Quelle Église sommes-nous appelés à être ? « Va et fais de même »

Une réflexion sur le chapitre 3 de Dilexi te

 

La réflexion de la semaine dernière portait sur la manière dont Dieu choisit d’être aux côtés de ceux et celles qui connaissent la pauvreté, l’exclusion, la marginalisation et la souffrance. Voir Dieu sous cet angle peut changer notre compréhension de qui il est et de la manière dont il nous voit. Dieu n’est pas un juge sévère, mais un rédempteur compatissant qui reste particulièrement proche de ses enfants qui sont le plus dans le besoin. Si Dieu est ainsi, qu’est-ce que cela signifie pour l’Église ? Le chapitre 3 de l’exhortation apostolique Dilexi te du pape Léon XIV apporte un éclairage précisément sur cette question. 

 

Une Église pour les pauvres

Si Dieu est pour les pauvres, alors l’Église doit elle aussi être pour les pauvres. C’est dans ce sens que nous pouvons interpréter la célèbre déclaration du pape François : « Comme je voudrais une Église pauvre et pour les pauvres ! » C’est par ces mots, quelques jours après son élection comme pape en 2013, que François a expliqué comment il avait choisi son nom. A la fin du conclave, un cardinal d’Amérique latine assis près de François lui a chuchoté : « N’oublie pas les pauvres ! » Pour garder les pauvres au cœur de son ministère, le pape a choisi de s’appeler en l’honneur de saint François d’Assise. 

Saint François d’Assise venait d’une famille assez aisée. Son père était un riche marchand de soie et sa mère était issue de la noblesse provençale. Il a mené une vie fastueuse tout au long de sa jeunesse, s’habillant somptueusement et dépensant sans compter. L’histoire raconte qu’un jour, il vendait les tissus raffinés de son père sur le marché. Alors que François servait des clients, un mendiant s’approcha de lui pour lui demander de l’argent. François lui dit d’attendre son tour. Lorsque l’homme s’éloigna, François courut après lui et lui donna tout l’argent qu’il avait dans sa bourse. Un événement similaire se produisit plusieurs années plus tard, lorsque François passa à cheval près d’un lépreux au bord de la route. Au début, François eut peur de cet homme, mais il finit par descendre de cheval et s’approcha de lui, lui baisa la main et lui donna son manteau. Alors que François poursuivait son chemin, il se retourna, mais l’homme avait disparu. François comprit à cet instant qu’il n’avait pas simplement rencontré un lépreux, mais le Christ lui-même en chair et en os.

Ce fut un tournant dans la vie de François d’Assise. Il renonça à son statut social et embrassa la pauvreté afin de suivre le Christ de plus près et de se consacrer entièrement au service des autres. François voyait dans les pauvres et les souffrants le visage et la chair de Jésus. Comme le fait remarquer le pape Léon à propos de François d’Assise, « sa pauvreté était relationnelle : elle le conduisait à se faire proche, égal, voire inférieur. Sa sainteté germait de la conviction que l’on ne peut vraiment recevoir le Christ qu’en se donnant généreusement aux frères » (n° 64).

Le modèle de vie de François d’Assise est une source d’inspiration pour toute l’Église. Si l’Église est appelée à être centrée sur le Christ, elle ne peut pas maintenir les pauvres et les souffrants en marge. Ils doivent être au centre de l’attention de l’Église, comme ils le sont pour le Christ.

 

Les saints des pauvres

La vie des saints peut nous inspirer à être une Église qui garde dans son esprit et dans son cœur les personnes qui vivent dans la pauvreté et la souffrance. Nous pouvons penser aux nombreuses communautés religieuses de femmes et d’hommes qui, à travers les âges, ont consacré toute leur existence à soigner les malades, à visiter les détenus, à accueillir les étrangers et à éduquer les enfants défavorisés, mettant en pratique le message de Jésus dans Matthieu 25.

 

Saint Laurent, diacre et martyr

Dès les premières communautés chrétiennes, les pauvres occupaient une place privilégiée dans l’Église. Au cours des premiers siècles du christianisme, alors que les chrétiens étaient martyrisés par l’Empire romain, saint Laurent était diacre dans la ville de Rome. Laurent, diacre au service du pape Sixte II, reçut l’ordre de remettre les trésors de l’Église aux autorités romaines. Le jour venu, Laurent emmena avec lui les pauvres.

Lorsque les autorités protestèrent, Laurent répondit simplement : « Ce sont eux les trésors de l’Église » (n° 38). Plus tard, Laurent subit le martyre, mais la puissance de son témoignage résonne encore aujourd’hui.

 

Saint Jean Chrysostome, prédicateur de l’amour pour les pauvres

Le témoignage de Laurent rappelle les paroles de saint Jean Chrysostome, l’un des pères les plus renommés de l’Église. Jean Chrysostome appelait les fidèles à reconnaître le Christ dans ceux et celles qui sont dans le besoin. Il prêchait :

« Veux-tu honorer le corps du Christ ? Ne le méprise pas lorsqu’il est nu et, pendant qu’ici tu l’honores par des étoffes de soie, ne le méprise pas à l’extérieur en le laissant souffrir le froid et la nudité […]. En effet, [le corps de Jésus-Christ qui est sur l’autel] n’a pas besoin de vêtements, mais d’une âme pure, au lieu que cet autre a besoin de beaucoup de soin. […] Honore-le donc aussi de la manière qu’Il a établie, c’est-à-dire en donnant ses richesses à des pauvres. Dieu n’a pas besoin d’objets en or, mais d’âmes en or » (n° 41).

Les trésors de l’Église ne sont pas les calices en or ou les objets exposés dans les musées du Vatican, mais ceux et celles qui sont les plus précieux aux yeux de Jésus, avec lesquels il s’identifie personnellement. Ils doivent être au cœur même de la vie et de la mission de l’Église. Nous ne pouvons pas vraiment rencontrer le Christ sur l’autel si nous ne sommes pas prêts à le rencontrer dans le sans-abri qui dort dans le froid sur le seuil de l’église.

 

 

Mère Teresa, icône universelle de la charité

Plus récemment, le monde a connu l’exemple prophétique de Mère Teresa. Un jour, un journaliste lui a demandé ce qui la motivait à se dévouer quotidiennement aux personnes mourantes et abandonnées. Sans ciller, elle a tout de suite répondu, reprenant les paroles de Jésus : « C’est à moi que vous l’avez fait ». Comme le dit le pape Léon, Mère Teresa « est devenue une icône universelle de la charité vécue jusqu’à l’extrême en faveur des plus exclus de la société » (n° 77).

Mère Teresa a vécu de manière radicale le message qu’elle prêchait : « Nous voulons annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres : que Dieu les aime, que nous les aimons, qu’ils sont quelqu’un pour nous, que, eux aussi, ont été créés par la même main amoureuse de Dieu pour aimer et pour être aimés. Nos pauvres gens, nos splendides gens, sont des gens tout à fait dignes d’amour. Ils n’ont pas besoin de notre pitié ni de notre compassion. Ils ont besoin de notre amour compréhensif, ils ont besoin de notre respect, ils ont besoin que nous les traitions avec dignité » (n° 77).

Selon le pape Léon, Mère Teresa « ne se considérait pas comme une philanthrope ou une militante, mais comme une épouse du Christ crucifié, qui servait avec un amour total les frères souffrants » (n° 77).

Inspirés par le témoignage des saints, nous pouvons nous demander : comment manifestons-nous l’amour de Dieu aux personnes qui sont dans le besoin ? Nos familles, nos paroisses et nos communautés sont-elles des lieux accueillants pour les pauvres, les malades et les personnes qui souffrent ? Quelle place est-ce qu’on leur accorde dans nos cœurs et dans nos priorités ? Sommes-nous prêts à consacrer du temps et des ressources pour venir à leur rencontre et à leur aide ? Sommes-nous prêts à reconnaître en eux le Christ qui vient à notre rencontre ? 

« La sainteté chrétienne fleurit souvent dans les lieux les plus oubliés et les plus blessés de l’humanité. Les plus pauvres parmi les pauvres – ceux qui manquent non seulement de biens, mais aussi de voix et de reconnaissance de leur dignité – occupent une place spéciale dans le cœur de Dieu. Ils sont les préférés de l’Évangile, les héritiers du Royaume (cf. Lc 6, 20). C’est en eux que le Christ continue de souffrir et de ressusciter. C’est en eux que l’Église retrouve sa vocation à montrer sa réalité la plus authentique » (n° 76).

Jésus, ouvre nos oreilles à l’appel radical de l’Évangile. Ouvre nos yeux pour que nous te voyions dans nos frères et sœurs qui sont dans le besoin. Ouvre nos mains pour offrir ce que nous avons, et transforme nos cœurs pour les rendre plus semblables au tien. Amen.

 

En ce Carême, centrez votre vie sur l’essentiel !

Le Carême, jeûne avec du pain, de l’eau et le rosaire par Antonio Gravante sur Cathopic.

C’est quoi le Carême pour vous et quel jeûne suivez-vous ?

 

Récemment, dans son message pour le Carême du vendredi 13 février, le pape Léon XIV invite les fidèles catholiques à écouter la Parole de Dieu et à jeûner. À jeûner non seulement de nourriture mais aussi « par la langue ». Autrement dit, à éviter « les mots et les paroles qui heurtent et blessent le prochain ». De plus, le Carême nous offre un temps liturgique qui incite « à remettre le mystère de Dieu au centre de notre vie », et à ne plus se disperser entre les inquiétudes et les distractions quotidiennes. Le Pape encourage les fidèles à « prêter l’oreille à la voix du Seigneur ». Il recommande l’écoute de la Parole de Dieu dans la Bible, mais aussi l’écoute de la voix « de la souffrance et de l’injustice, afin qu’elle ne reste pas sans réponse ». 

Pour vivre un Carême riche de sens, nous devons alors « Écouter et jeûner ». Nos actions sont les voies à prendre sur notre chemin vers Pâques. Elles forment la boussole de notre vie chrétienne. Nous devons nous éloigner des distractions quotidiennes, calmer tout désir et faire le plus de place à Dieu, en adoptant le recentrement, le jeûne et l’effort de l’ouverture au prochain. Oui, rien ne peut s’effectuer sans effort ! Pensons aux saints du Ciel qui ont déjà vécu sur terre comme nous maintenant ; mais avec leurs efforts continus, ils garantissent une meilleure place aux côtés du Père Céleste. Que nous soyons catholiques ou non, le temps du Carême est vu et considéré comme un temps d’examen de conscience, de recentrement et de renouveau. Nous avons à suivre l’axe ou la Croix qui nous définit comme fils ou fille de Dieu. Ceci, nous pousse à garder en vue notre relation avec notre Créateur et celle avec notre prochain. Pour le Carême, prenons quelque temps pour exercer un retour sur nous-mêmes, afin de faire un examen de conscience et mettre des priorités majeures dans notre vie : Écouter attentivement la voix du Seigneur, la souffrance d’un.e proche où il ou elle se trouve, et veiller à ce que leur vie soit digne et décente ; sans oublier l’essentiel : le jeûne ! Réagissez à cet article en nous partageant comment avez-vous commencé votre Carême et quel jeûne suivez-vous ? 

Mujaddara du Moyen-Orient avec  riz et bulgur (blé). Photo Istock.

Je me rappelle que dans notre famille, nous suivons les recommandations de l’Église sur le Carême, en adoptant l’arrêt de nourriture et de l’eau de minuit jusqu’à midi le jour suivant. Nous devons jeûner les mercredis, les vendredis et la Semaine Sainte. Nous remplaçons la viande par du poisson, des légumineuses, des olives et des légumes en salade…. Trop souvent, il m’a été très difficile de suivre la discipline, de m’éloigner des desserts et surtout du chocolat, sans penser à la pénitence, à la culpabilité de ne pas être pardonnée et la peur de tricher. Et que peut-être le Seigneur va me punir pour ne pas respecter les exigences fixées, etc. Mais, tout le monde autour de moi ne mange pas de viande au moins la 1ère et dernière semaine. Nous marchons dans les rues de la ville et l’odeur de la Moujaddara, le plat typique pour le Carême fait avec des lentilles, beaucoup d’oignons et de l’huile d’olive, et qui embaume l’espace. Ce plat incontournable est simple, économique avec peu d’ingrédients, est aussi un repas sain, riche en fibres et en protéines végétales. En réalité, tout le monde embarque dans ce cheminement vers Pâques sans poser trop de questions.

 

Pourquoi je jeûne ? 

Prenons quelque temps afin de planifier notre jeûne avec un but précis, loin des réseaux sociaux, la folie du monde bruyant et de tout ce qui nous déconcentre du Christ, et pour faire un examen de conscience qui nous aide énormément à comprendre les raisons du jeûne. Le jeûne n’est qu’une discipline de notre corps et de notre esprit. Je ne jeûne pas parce que c’est une « tendance » qui interpelle bien des personnes. Nous jeûnons pour consolider et fortifier notre volonté. Pour nous nettoyer et nous éloigner du péché. Nous devrions être convaincu.es des raisons d’arrêter, par exemple un plaisir éphémère qui draine notre énergie, et nous accrocher à la Parole de la Bible, en mettant le Seigneur au centre de notre vie et l’aide au prochain qui souffre d’avoir peu de chances. Si je décide d’arrêter la nourriture que j’aime ainsi que d’autres privations alimentaires, etc. En quoi, mon jeûne va-t-il être distinct et différent de n’importe quelle autre diète ?

Le jeûne est une période de sacrifice, mais d’amour ; de discipline et un vrai retour vers Dieu. C’est un sacrifice joyeux, une privation, une joie qui grandit. Même les enfants peuvent sacrifier quelque chose, ils peuvent s’en passer de jouer, de manger des sucreries, etc. Ce fait nous a accompagnés pendant de longues années. Il ne fallait pas qu’on touche au dessert, au chocolat et aux sucreries, qu’après notre retour de la messe du Dimanche de Pâques. Je me rappelle que nous préparions une munition d’œufs en chocolat et des galettes de lait (Kaak b halib), une spécialité de ma mère, et que nous gardions en notre possession, parce que nous n’avions pas le droit d’y toucher.

Des fois, nous agissons à l’extrême, en pensant à suivre un Carême sévère. Mais pour une raison ou une autre, il arrive de quoi : nous échouons et nous nous arrêtons. Nous pouvons en tout temps continuer là où on s’est arrêté.e. Chaque effort est nécessaire, et nous guide vers la joie de la Résurrection. La persévérance et la réconciliation avec le Seigneur font de nous des ressuscités, des renouvelés, qui sont passés des ténèbres de nos vies à la lumière de la Résurrection de notre Seigneur.

Pendant le Carême, nous nous concentrons sur la prière, le jeûne et l’aumône afin de raviver la charité et pour nous rapprocher de notre Seigneur crucifié et ressuscité après quarante jours, et pour s’ouvrir plus aux autres. L’Église quant à elle, ne manque pas de nous proposer de nombreuses pratiques et des outils utiles pour notre marche vers Pâques pour nous aider à grandir et rendre cette période plus fructueuse sur le plan spirituel. Pour vivre un Carême riche de sens, je voulais que mon chemin de conversion passe par plus de bénévolat auprès de l’autre moins chanceux et pour que je puisse apporter une lumière dans le monde qui l’entoure.

Quelle est notre image de Dieu ? « C’est à moi que vous l’avez fait » | Comme je vous ai aimés

Photo par sedmak sur iStock.

Quelle est notre image de Dieu ? « C’est à moi que vous l’avez fait »

Une réflexion sur le deuxième chapitre de Dilexi te

 

Dans la continuité de la réflexion de la semaine dernière sur le premier chapitre de Dilexi te, nous allons cette semaine nous pencher sur le chapitre 2. La semaine dernière, nous avons vu les multiples formes de pauvreté abordées par le pape Léon XIV dans ce premier document majeur de son pontificat. Dans la continuité du pape François, le pape Léon appelle toute l’Église à entendre le cri de ceux et celles qui vivent la pauvreté sous diverses formes. Le deuxième chapitre de Dilexi te met en évidence la manière dont Dieu choisit les pauvres et nous appelle à faire de même.

 

Un Dieu qui choisit les pauvres

Il existe dans la Bible de nombreux exemples illustrant comment Dieu choisit les pauvres. Dieu montre sa plus grande sollicitude envers les populations les plus vulnérables à l’époque des prophètes : les veuves et les orphelins. D’un point de vue chrétien, les personnes qui vivent dans la pauvreté, l’injustice et la marginalisation sont véritablement la prunelle des yeux de Dieu. Selon les mots du pape Léon : « Les pauvres ont une place de choix dans le cœur de Dieu […]. Tout le chemin de notre rédemption est marqué par les pauvres » (DT, n° 17).

Alors, que signifie le fait que Dieu choisisse les pauvres ? Le fait que Dieu « choisisse les pauvres » ne signifie pas qu’il décide qui sera pauvre ou non, ou qui souffrira ou non. Cela signifie plutôt que Dieu se met du côté de ceux et celles qui se trouvent dans des situations de pauvreté, de souffrance, d’injustice et d’exclusion. Il se fait tout proche d’eux, il entend leurs cris et il est particulièrement solidaire avec eux.

Cela peut entrer en conflit avec notre propre image de Dieu si nous l’imaginons comme un juge sévère plutôt que comme un sauveur miséricordieux. Comme le pape François l’a souvent rappelé, le style de Dieu est la proximité, la tendresse et la compassion. Les voies de Dieu peuvent sembler en contraste flagrant avec la mentalité de notre monde. Il semblerait normal de préférer être plus fort, plus riche ou plus prospère. C’est certainement le message que nous transmettent nos sociétés occidentales contemporaines. 

Mais la logique de Dieu n’est pas celle de la bourse de Wall Street. Dieu n’a pas une plus grande estime pour les personnes qui amassent le plus d’argent ou le plus de pouvoir. Au contraire, Dieu aime la petitesse. Dieu exalte l’humilité. Nous pouvons penser à la grande prière de Marie, le Magnificat, dans laquelle elle loue Dieu pour avoir « dispersé les superbes, renversé les puissants de leurs trônes, élevé les humbles, comblé de biens les affamés et renvoyé les riches les mains vides » (Lc 1, 46-55). Ces paroles peuvent sembler sévères ou révolutionnaires, mais elles nous donnent un aperçu de la réalité du point de vue de Dieu. 

Dieu n’est pas impressionné par les démonstrations grandioses de puissance et de force. Aux yeux de Dieu, le véritable pouvoir est l’amour. Et la véritable force est le service. Cette logique allait contre-courant à l’époque de Jésus, et cela continue d’être le cas aujourd’hui. La question qui se pose à nous est la suivante : comment pouvons-nous faire en sorte que nos relations avec les personnes qui ont moins que nous soient caractérisées par l’amour et le service ?  

 

 

Le Christ s’identifie personnellement aux « plus petits de nos frères et sœurs »

En Jésus, Dieu vient à nous dans la pauvreté. Il n’est pas un Messie riche et puissant qui vient conquérir l’humanité par sa seule puissance. Jésus a des origines humbles, enfant d’une famille contrainte de fuir son pays natal, qui vit parmi les classes ouvrières de l’époque. Jésus n’a jamais été un homme riche. Il ne possédait ni terres ni biens matériels. Au contraire, Jésus passait son temps avec les exclus et fréquentait quotidiennement ceux et celles qui vivaient en marge de la société. 

Mais ce n’est pas tout. Au cœur de l’Évangile se trouve la vérité profonde que Jésus s’identifie ici et maintenant, personnellement, aux « plus petits de nos frères et sœurs » (Mt 25, 40). En effet, aux yeux du Christ, ils ne sont pas en réalité « les plus petits ». Au contraire, les personnes qui sont considérés comme « les plus petits » aux yeux du monde sont les plus grands dans l’esprit et le cœur de Jésus. 

Comment pouvons-nous laisser la mentalité de Jésus influencer et transformer la nôtre ? Comment pouvons-nous être ouverts à la rencontre avec lui chez nos frères et sœurs qui sont en marge de la société, les personnes qui luttent pour trouver un logement, les parents qui ont besoin d’aide pour nourrir leur famille ? Jésus nous attend chez les frères et sœurs que nous négligeons, évitons ou ignorons.

Seigneur, tu prends soin des personnes qui sont dans le besoin et tu relèves ceux et celles qui sont abattus. Convertis nos cœurs et renouvelle nos esprits afin que nous te voyions dans ces frères et sœurs que tu tiens tout près de ton cœur. Amen.

Qui est mon prochain ? Entendre le cri | Comme je vous ai aimés

Sculpture représentant un pauvre mendiant devant une église. Photo prise par Yandry Fernández Perdomo sur Cathopic.

 

Qui est mon prochain ? Entendre le cri

Une réflexion sur le premier chapitre de Dilexi te

 

Dilexi te est le premier document majeur du pape Léon XIV. Cette exhortation, qui a pour thème l’amour envers les pauvres, sert de pont entre les deux derniers pontificats. Commencée par le pape François, puis reprise par le pape Léon, elle a été promulguée le 4 octobre 2025, jour de la fête de saint François d’Assise, célèbre pour son esprit de pauvreté. Léon XIV a choisi son nom en souvenir du pape Léon XIII, qui est surtout connu pour sa doctrine sociale au tournant du XXe siècle. À la suite des révolutions industrielles, Léon XIII a défendu les droits des ouvriers et des personnes défavorisées par les progrès technologiques fulgurants de l’époque. Après plus d’un siècle, ce nouveau document de Léon XIV nous donne une synthèse de l’enseignement de l’Église sur le soin des personnes en situation de pauvreté, d’injustice et d’exclusion au XXIe siècle. Il s’agit avant tout d’un appel à voir les personnes dans le besoin comme Dieu les voit, à les aimer de son cœur, à passer du temps avec elles et à avancer ensemble.

Ce sujet nous met en contact avec le cœur même de l’Évangile, que nous sommes appelés à vivre chaque jour. Cela est particulièrement vrai pendant le temps du Carême. Ainsi, alors que nous cheminons vers Pâques, réfléchissons ensemble, chaque semaine, à un chapitre de Dilexi te.

 

Parler des « pauvres »

Parler des « pauvres » est un terme chargé et risqué. D’une part, la tradition chrétienne désigne les « pauvres » comme un groupe particulièrement précieux aux yeux de Dieu, comme des personnes que le Christ nous appelle à aimer et à servir quotidiennement en priorité. Le psalmiste nous dit : « Un pauvre crie, le Seigneur entend » (Ps 33). Dans l’Ancien Testament, Dieu voit la misère de son peuple opprimé par l’esclavage, il entend leur cri et vient à leur secours (Ex 3, 7-10). Dans les Évangiles, Jésus ne se contente pas de venir en aide aux pauvres, il va jusqu’à s’identifier personnellement à eux : « Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40). D’un autre côté, désigner une personne ou un groupe de personnes comme « les pauvres » serait dévalorisant et irrespectueux. Le risque est d’ignorer leurs capacités et de les réduire à ce qui leur manque plutôt que de reconnaître leurs vraies identité et dignité en tant qu’être humain.

Il ne s’agit surtout pas d’éviter de parler de la pauvreté, ce qui ne ferait que masquer et minimiser la dure réalité que tant de personnes vivent dans notre pays et dans le monde entier. Il s’agit plutôt de trouver la juste manière de parler de la pauvreté de façon sensible, empathique et socialement consciente. En fin de compte, il ne s’agit pas seulement de parler d’eux ou de faire quelque chose pour eux, mais plutôt de les écouter et d’agir ensemble avec eux.

 

 

Les multiples formes de pauvreté

Dilexi te souligne qu’il existe de nombreuses formes de pauvreté. Il y a bien sûr la pauvreté matérielle et économique, mais aussi l’exclusion sociale, la pauvreté morale et spirituelle, la fragilité et la vulnérabilité – qu’elles soient physiques, mentales ou émotionnelles, de manière temporaire ou permanente. Il y a aussi la pauvreté politique qui consiste à « n’avoir aucun droit, aucun espace, aucune liberté » (n° 9). Dans un certain sens, chaque vie comporte une certaine expérience de la pauvreté : la prise de conscience que nous manquons tous de quelque chose. Aucun d’entre nous n’est autosuffisant. Nous avons tous des moments de besoin, nous avons tous des blessures et des faiblesses. Cependant, nous réalisons également que certains d’entre nous se trouvent dans une situation bien plus grave que d’autres. Malheureusement, ceux et celles qui ont le plus besoin d’aide sont souvent en marge de la société. Souvent, nous pouvons également les maintenir en marge de notre vie de manière volontaire. À la lumière de notre foi, que pouvons-nous faire pour ouvrir nos yeux, tendre l’oreille et la main ?

 

Entendre le cri

Dilexi te affirme que la situation des personnes dans le besoin constitue un « un cri qui, dans l’histoire de l’humanité, interpelle constamment notre vie, nos sociétés, nos systèmes politiques et économiques et, enfin et surtout, l’Église » (n° 9). Entendre ce cri, c’est suivre l’exemple de Dieu lui-même, qui entend le cri de ceux et celles qui dans le besoin et nous appelle tous et toutes à leur tendre la main. Dieu prête l’oreille à leur cri, et son cœur est toujours ouvert, sensible à ce qu’ils vivent. Pourtant, nos oreilles sont souvent fermées, et nos cœurs peuvent rester indifférents aux épreuves de nos frères et sœurs. Qu’est-ce qui nous empêche d’entendre leur cri ? Qu’est-ce qui empêche nos cœurs de s’ouvrir ?

Léon XIV souligne divers états d’esprit et préjugés qui peuvent nous empêcher de nous soucier de ceux et celles qui sont dans le besoin. Compte tenu de l’énorme développement économique des dernières décennies, nous pouvons être amenés à penser que la pauvreté est une simple question du passé, ou même que ceux et celles qui la vivent aujourd’hui ont dû faire quelque chose pour se retrouver dans une telle situation. Pourtant, comme l’affirme le pape : « Les pauvres ne sont pas là par hasard ou par un destin aveugle et amer » (n° 14). Au contraire, durant les dernières décennies « la richesse a augmenté », mais les inégalités aussi (n° 13), de sorte que la couche supérieure de la société s’enrichit sans cesse, tandis que d’énormes parties de la population doivent faire face à des conditions de vie ardues. On peut penser ici à la réalité croissante des « travailleurs pauvres », ceux et celles qui travaillent « du matin au soir […] même s’ils savent que leurs efforts ne serviront qu’à les faire survivre et jamais à améliorer véritablement leur vie ». Cette situation n’est qu’exacerbée par les progrès technologiques effrénés à l’ère de l’intelligence artificielle, qui augmentent encore le risque de laisser sur le bord de la route une grande partie de la population. Léon met en garde contre le préjugé cruel selon lequel ceux et celles qui vivent dans la pauvreté « n’auraient pas acquis de “mérites”, selon cette fausse vision de la méritocratie où seuls ceux qui ont réussi dans la vie semblent avoir des mérites » (n° 14).

Enfin, Léon souligne que nous, chrétiens, pouvons également nourrir des préjugés à l’égard des pauvres : 

« Même les chrétiens, en de nombreuses occasions, se laissent contaminer par des attitudes marquées par des idéologies mondaines ou par des orientations politiques et économiques qui conduisent à des généralisations injustes et à des conclusions trompeuses. Le fait que l’exercice de la charité soit méprisé ou ridiculisé, comme s’il s’agissait d’une obsession de quelques-uns et non du cœur brûlant de la mission ecclésiale me fait penser qu’il faut toujours relire l’Évangile pour ne pas risquer de le remplacer par la mentalité mondaine » (n° 15).

La question qui se pose à chacun d’entre nous est la suivante : comment le Christ m’appelle-t-il à travers la voix des pauvres et des souffrants ? Comment puis-je changer progressivement ma façon de penser, en abandonnant la logique de l’injustice et de l’inégalité pour adopter celle de l’Évangile ?

Jésus, toi qui entends toujours le cri de ceux et celles qui sont dans le besoin, ouvre nos oreilles pour que nous entendions ta voix qui nous parle à travers eux. Ouvre nos cœurs et nos mains pour que nous te servions à travers eux. Amen.

Un pot de bonté : une pratique simple du Carême pour se préparer à Pâques

Crédit photo par Sonja Rachbauer sur iStock.

Le Carême nous invite à un temps de réflexion, de conversion, de prière et de réengagement. Pendant quarante jours, les chrétiens se préparent à Pâques par le jeûne, l’aumône et un approfondissement de leur relation avec Dieu. Souvent, nous commençons le Carême avec de bonnes intentions : renoncer au sucre, passer plus de temps en prière, participer davantage aux célébrations liturgiques. Ces engagements sont précieux. Mais parfois, ce sont les gestes les plus simples qui transforment réellement notre cœur.

Citons ici, la pratique toute simple du pot de bonté.

L’idée est très facile à mettre en place. Prenez un bocal ou n’importe quel pot que vous avez. Remplissez-le de petits papiers sur lesquels vous écrivez des gestes simples de bonté. Chaque jour du Carême, vous en choisissez un et vous posez, directement, le geste tiré pour quelqu’un. Sans l’annoncer. Sans le publier. Sans chercher à être remarqué.e. Juste un acte d’amour offert en silence.

Ce qui ressemble à un simple bricolage peut devenir une véritable discipline spirituelle !

 

La bonté est au cœur du Carême, pourquoi dit-on ? 

Le Carême ne consiste pas seulement à se priver ; il s’agit surtout de devenir meilleur. Lorsque Jésus nous appelle à la conversion, Il nous invite à une transformation intérieure. Le prophète Ézéchiel parle d’un cœur de pierre remplacé par un cœur de chair (Ézéchiel 36, 26). La bonté adoucit notre cœur. Elle nous apprend à voir les autres. Elle déplace notre regard de nous-mêmes vers ceux et celles qui nous entourent.

Le jeûne nous enseigne la maîtrise de soi. La prière nous rapproche de Dieu. La bonté, quant à elle, rend l’amour concret.

Le bocal ou le pot de bonté permet de vivre l’aumône au quotidien. Il nous rappelle que la générosité ne se limite pas à l’argent. Elle peut être relationnelle, émotionnelle, pratique. Un mot encourageant, un geste attentionné, un moment d’écoute. 

Le Carême nous prépare à la Résurrection. La bonté sème déjà des graines de résurrection dans notre quotidien.

 

La beauté des gestes cachés

Un élément essentiel de cette activité est le silence. L’acte de bonté est posé discrètement. Cela rejoint l’enseignement de Jésus :

« Quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite. » (Matthieu 6, 3)

Nous vivons dans une culture où les bonnes actions sont souvent mises en lumière. Or, le Carême nous invite à la discrétion. La bonté cachée purifie notre intention. Elle nous aide à agir par amour et non pour la reconnaissance.

Quand personne ne sait ce que vous avez fait, le geste devient une prière. Il devient un dialogue silencieux entre vous et Dieu. Ainsi, le pot de bonté devient un exercice d’humilité.

 

Comment créer un pot de bonté ?

La préparation de cette activité peut déjà être un beau moment en famille ou en communauté. On peut décorer le bocal ou le pot, écrire les papiers ensemble, réfléchir aux gestes possibles.

Voici les étapes à suivre :

  1. Choisir un pot, un bocal ou même une boîte.
  2. Découper de petits papiers.
  3. Réfléchir à des gestes simples et réalisables.
  4. Écrire un geste par papier.
  5. Les plier et les déposer dans le bocal.
  6. Chaque jour, en tirer un et le mettre en pratique discrètement.

La simplicité est la clé. Les gestes doivent être concrets et accessibles.

 

Exemples de gestes de bonté

Voici quelques idées pour remplir votre bocal :

  • Écrire un mot d’encouragement à une personne qui en a besoin.
  • Prier pour une personne avec qui la relation est difficile.
  • Accomplir une tâche ménagère sans qu’on le demande.
  • Envoyer un message pour soutenir un ami en souffrance.
  • Laisser quelqu’un passer devant soi dans un transport ou dans un environnement en commun.
  • Donner des vêtements.
  • Appeler un membre de la famille.
  • Offrir un petit cadeau tout en restant anonyme.
  • Remercier un enseignant, un.e collègue ou un.e bénévole.
  • Préparer un repas pour une personne que vous connaissez.
  • Écouter sans interruption ou distraction.
  • Pardonner sincèrement.
  • Se priver une journée complète des réseaux sociaux.
  • Lire dans la bible.
  • Parler positivement de quelqu’un en son absence.
  • Sourire intentionnellement aux personnes croisées dans la journée.

Bref, vous pouvez faire des papiers pour tout le Carême. Et les gestes à utiliser peuvent être infinis et ne demandent pas de grands moyens. Ils demandent plutôt un cœur disponible.

 

 

Ce que la bonté change en nous

Au fil des jours, quelque chose change. Vous commencez davantage à en être conscient.e. Qui semble fatigué.e ? Qui aurait besoin d’encouragement ? Qui est souvent oublié.e ?

La bonté transforme aussi celui qui donne. Elle apporte paix intérieure, joie et sens. Mais plus encore, elle nous rend plus semblables au Christ.

Jésus a multiplié les gestes simples : toucher les malades, consoler les affligé.es, nourrir les foules, accueillir les exclus.es. Le bocal de bonté nous entraîne à imiter ces gestes dans notre réalité quotidienne. Peu à peu, la bonté devient naturelle.

 

En famille pendant le Carême

Pour les familles, cette activité peut être particulièrement riche. Les enfants apprennent en pratiquant. Les parents peuvent accompagner les plus jeunes dans la réalisation des gestes. Les plus grands peuvent tirer eux-mêmes leur papier.

Lors du souper, par exemple, on peut partager non seulement le geste précis, mais ce que l’on a ressenti en servant. Cela développe l’empathie, la gratitude et l’unité familiale.

 

La bonté et la Croix

Le Carême nous conduit vers la Croix, le plus grand acte d’amour de l’histoire. Chaque petit geste de bonté reflète cet amour donné à l’autre.

Certaines journées, le geste sera facile. D’autres fois, il demandera un effort : pardonner, servir quand on est fatigué.e, et faire preuve de patience.

La bonté n’est pas toujours confortable. Mais elle est profondément chrétienne. Elle nous unit au Christ dans le don de soi.

 

Du Carême à un style de vie

Et si le bocal ne disparaissait pas à Pâques ?

Quarante jours de bonté peuvent transformer durablement nos habitudes. Peut-être qu’à la fin du Carême, vous n’aurez plus besoin de tirer un papier. Vous aurez appris à voir les occasions d’aimer spontanément. C’est cela, la véritable conversion.

La Résurrection proclame que l’amour est plus fort que tout. Chaque geste de bonté en est un témoignage.

 

Un petit bocal, un grand impact

Dans un monde souvent marqué par la division et la rapidité, la bonté est un signe puissant. Elle désarme les tensions. Elle construit des ponts. Elle reflète le cœur de Dieu.

Un simple bocal posé sur un comptoir peut sembler insignifiant. Pourtant, jour après jour, il peut transformer l’atmosphère d’une maison, d’une classe, d’une paroisse ou d’un milieu de travail.

Le Carême ne demande pas des gestes extraordinaires. Il demande des gestes fidèles.

Un papier tiré. Un acte posé. Un cœur changé.

Parfois, les pratiques les plus simples portent les grâces les plus profondes. 

Suivre le chemin du bon Samaritain : Une réflexion 60 ans après le concile Vatican II

À la manière du pape Jean XXIII, Vatican II a appelé l’Église à « ouvrir ses fenêtres » au dialogue avec le monde. Photo Pexels par Ksu&Eli Studio.

La fin de l’année 2025 a marqué le 60e anniversaire de la clôture du concile Vatican II, célébrée le 8 décembre 1965. Ensuite, au début de l’année 2026, le pape Léon XIV a déclaré qu’il démarrait un cycle de catéchèses sur le concile lors de ses audiences générales chaque mercredi. 

En ce moment crucial de la vie de l’Église et du monde, il est utile de rafraîchir notre mémoire collective sur l’importance et le sens du concile, dont les documents constituent une constellation d’étoiles qui continuent à briller pour guider notre chemin au XXIe siècle.   

Le concile a été lancé par le pape Jean XXIII, qui a appelé à un renouveau (en italien, aggiornamento) non pas des contenus de la foi, mais de la manière dont l’Église présente et communique la foi. Fort de ses décennies d’expérience en tant que diplomate du Vatican dans divers pays, puis archevêque de Venise, Jean XXIII rêvait d’une Église plus pastorale, mieux équipée pour mettre les gens en contact avec la réalité de l’Évangile dans le monde d’aujourd’hui. 

Après la mort de Jean XXIII, un an après le début du concile, c’est au pape Paul VI, nouvellement élu, que revint la décision de le poursuivre ou non. Paul VI guida le concile jusqu’à son achèvement trois ans plus tard. Par la suite, Paul VI résuma ainsi l’objectif du concile Vatican II : « rendre l’Église du XXe siècle encore plus apte à annoncer l’Évangile à l’humanité du XXe siècle » (Evangelii nuntiandi, no 2).

Au milieu du XXe siècle, Paul VI soulignait le besoin d’approfondir le dialogue entre l’Église et le monde moderne. Il comprenait qu’il ne suffisait pas de réitérer les énoncés de la doctrine ; l’Église devait s’engager dans un dialogue mutuel avec le monde moderne, avec ses diverses cultures et religions, ses joies et ses espoirs, ses angoisses et ses défis. 

Au cours des quatre sessions du concile, de 1962 à 1965, seize documents clés ont été publiés sur des sujets cruciaux pour la vie et la mission de l’Église, notamment ses relations avec le monde moderne, avec les autres confessions chrétiennes et avec les autres religions. Le double génie du concile a été : a) de présenter la foi d’une manière plus accessible, plus fructueuse et plus significative pour les gens d’aujourd’hui ; et b) de tendre les bras de l’Église pour ouvrir un dialogue avec les différentes religions, les diverses cultures et l’ensemble de la société. 

Le dernier jour du concile, le pape Paul VI a prononcé un discours qui a donné une orientation décisive à la mise en œuvre du concile. Paul VI a déclaré que le concile avait choisi d’entrer en dialogue non seulement avec les catholiques, mais avec tous et toutes. Le concile n’est pas entré en guerre avec la modernité ; il n’a pas condamné la société contemporaine, mais a cherché plutôt à développer un esprit d’amitié et de compréhension avec les hommes et les femmes de notre époque. Conscient des forces et des faiblesses du monde, le concile a choisi de mettre l’accent sur la bonté de l’humanité au-delà de son péché. En ce sens, Paul VI a caractérisé l’esprit du concile comme étant celui du bon Samaritain : rencontrer l’humanité au creux de ses blessures, avancer ensemble avec compassion et miséricorde, et s’aimer les uns les autres comme un signe de l’amour de Dieu pour tous. 

Il y a soixante ans, le pape Paul VI et le concile Vatican II ont invité l’Église et le monde à aimer nos prochains comme la manière par excellence d’aimer Dieu. Cet appel surgit du cœur de l’Évangile, que nous sommes appelés à vivre et à mettre en pratique à chaque génération. En cette période d’incertitude, de peur, de conflit et de polarisation, il est essentiel de redécouvrir Dieu dans la manière dont nous nous aimons les uns les autres. C’est ce que Paul VI a déclaré à la fin du concile : « voilà ce que nous espérons pour l’humanité tout entière qu’ici nous avons appris à aimer davantage et à mieux servir » (Discours de clôture du concile Vatican II). Aujourd’hui, ce message est plus pressant et plus prophétique que jamais. 

Seigneur, au cœur de notre monde aujourd’hui, allume dans nos cœurs le feu de ton Évangile, comme une lumière qui nous réchauffe et qui nous éclaire sur le chemin vers ton Royaume. Amen.

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