Carlo Acutis, un exemple à suivre !

Photo © Sel + Lumière Média, 2025.

Ce jeune adolescent a été déclaré saint de l’Église ! Il n’est pas loin de nous, mais c’est un saint de notre temps, dont la simplicité et le génie pour le monde numérique toucheront petits et grands. 

Et comme nous sommes des responsables d’évangélisation, dans nos familles, nos écoles, nos communautés paroissiales, etc. Carlo Acutis, en est un bel exemple à présenter aux jeunes générations. Nous pouvons nous demander, quelle influence aura-t-il ainsi sur nos jeunes d’aujourd’hui ? En accompagnant nos jeunes sur leur chemin de foi, n’hésitons pas à le présenter à eux, à elles, et à leur en parler. Certes, ils, elles vont se reconnaître en lui. Il leur ressemble ! 

Ce saint contemporain, qui vient d’un milieu humble et d’une famille très modeste, est un jeune comme eux, habillé comme eux et qui accomplissait au quotidien des actions et des tâches simples tournées vers Dieu. Ce génie de l’informatique reconnu pour être « un geek de Dieu », n’hésitera pas d’utiliser son talent d’informaticien pour évangéliser les croyant.es et les non pratiquant.es autour de lui. 

Rappelons qu’après sa naissance, Beata, une nourrice ayant une grande foi s’occupa de lui et lui inculqua petit à petit les bonnes valeurs à adopter, la récitation du chapelet et une affinité pour le mystère de la célébration du don de l’Eucharistie au quotidien. De plus, sa mère Antonia Salazano qui n’a été à l’église que trois fois dans sa vie : à sa Première des communions, à la confirmation et à son mariage, témoigna plus tard qu’elle avait été touchée par la foi de son fils et la transformation de sa vie par lui.  

Quand nos jeunes auront découvert la vie du jeune italien et la preuve de sainteté, essayeront-ils ou elles de réciter le chapelet comme lui, à son âge ? Carlo Acutis deviendra-t-il l’ami de nos jeunes ? Leur meilleur ami ?

Découvrez comment l’exemple de Carlo Acutis peut inspirer les parents d’aujourd’hui: Élever son enfant à l’exemple de Carlo Acutisreflète l’actuelle réalité comme parents face à l’éducation de la foi de nos enfants dans ce monde numérique si bruyant et très distrayant. Car « Élever son enfant dans la foi chrétienne est un beau défi au quotidien, mais aussi une véritable épreuve dans un monde où les distractions numériques sont partout. »

Canonisation d’un saint de la jeunesse, un jeune adulte !

Carlo Acutis a été béatifié à Assise le 10 octobre 2020 par le pape François, puis canonisé en tant que « cyber-apôtre » par le pape Léon XIV hier matin à Rome. Il est donc le premier saint de la génération Y ; sa canonisation ouvre la voie à d’autres saints de sa génération et des générations suivantes. C’est un événement exceptionnel pour l’Église universelle ! 

Avec sa simplicité, sa foi inébranlable en Dieu, sa profonde spiritualité, et sa belle humeur ; Carlo Acutis s’imposa naturellement dans le quotidien des fidèles, influença nos vies et nous marquera de cette nouvelle inspirante : Un jeune ado qui deviendra un saint parmi les autres saints vénérés de l’Église. Nous devons alors nous préparer et lui en faire de la place !

Rappelons que Carlo Acutis ce jeune captivant, au visage souriant, radiant et lumineux de sainteté et d’amour du Christ est un symbole de bonté et de fraternité. Pourquoi il est décédé si jeune et si vite, … c’est un mystère : il a eu la leucémie à 15 ans et il est mort en trois jours. Mais le message de sa vie est clair ! Dès son jeune âge, Carlo Acutis a fait de la place à Jésus dans sa vie. Il s’attacha à l’essentiel: L’Eucharistie. Il œuvra de tout son cœur et de pleine volonté à rester près de Dieu, le rencontrer tous les jours dans l’Eucharistie et à être en totale réconciliation avec Lui.

Impressionné par le miracle à Lanciano en l’an 750, Carlo Acutis se demandait si le Seigneur manifestait sa présence dans l’Eucharistie. Doté d’immenses compétences informatiques, il a développé un site web répertoriant « les Miracles eucharistiques » pour le bénéfice de toutes et de tous. De plus, il rencontra Dieu dans le visage des pauvres et des démunis, en faisant du bénévolat auprès des sans-abri. 

Carlo Acutis mène une vie simple, pure et juste loin de ce qu’il peine Dieu ! 

Il a tenu à ce qu’il reste près de Jésus, en tout temps, dans ses diverses activités qu’elles soient spirituelles, communautaires ou sportives. Les moments passés dans l’adoration, la récitation du chapelet, la messe quotidienne, prévalent sur tout. Il ne manqua pas de recevoir la communion chaque fois et tenait à plaire à son Créateur pour rester en état de pureté et de réconciliation. 

Il était impliqué dans sa paroisse et était la référence en informatique. En accompagnant les jeunes, ils, elles seront invité.es à revoir leurs talents, à se questionner sur ce qu’ils, elles aiment. Et mettre en pratique leurs compétences, afin d’aider la communauté à laquelle ils, elles, appartiennent. Une nouvelle opportunité qui s’offre à nos églises d’aujourd’hui. Elles se voient appelées à prier Carlo Acutis afin qu’il intercède pour les familles, les jeunes qui se reconnaissent en lui, les adultes et même les plus âgé.es. 

Le défi est : 

  1. Comment s’y prendre avec nos jeunes d’aujourd’hui ? 
  2. Comment leur transmettre la foi en Dieu qui puisse susciter leur intérêt ? 

Avant tout, prenons en considération les étapes de leur développement physique, psychosocial et affectif et tentons de comprendre leur psychologie en général. Car l’adolescence, est une période de recherche de repères, de redéfinition de soi, et de beaucoup de questionnements… Nous devons travailler à leur transmettre différemment la foi, les aider à la définir en suscitant leurs intérêts que ce soit les activités qu’ils, elles aiment faire, telles que : Scouts, Missions jeunesse des diocèses, autres initiatives ou activités d’église, etc. 

  • Les accompagner aussi dans leur cheminement de foi en Dieu en les accueillant chacun.e avec leur appartenance, race, langue ou pratique religieuse. 
  • Les occuper, car pleins d’énergie et de vie, ils et elles aiment s’impliquer. Et sont dévoué.es, généreux et généreuses. Ils ont besoin d’être encadré.es et encouragé.es à mettre leurs talents au service de Jésus. 
  • Apprenons-leur de mettre leur confiance, leurs préoccupations et leurs angoisses en Lui et de prier en amis. Car Jésus et saint Carlo Acutis sont leurs amis au ciel !

Enfin, s’unir à Jésus au quotidien nous rend heureux et heureuse !

Prier saint Carlo Acutis, le Seigneur Jésus-Christ et notre « Médecin du Ciel », saint Charbel Makhlouf au quotidien, que ce soit pour moi, pour ma famille ou bien pour les personnes qui ont le plus besoin de prières ; cela me rend personnellement très heureuse.

Ainsi, je mets toute ma confiance en eux et en leur intercession ! J’ai toujours gardé dans mon cœur les paroles de la jeune sainte sœur Faustine Kowalska, qui a dit un jour : « Ô Jésus, j’ai confiance en toi ». Et moi, je répète souvent cette phrase plusieurs fois par jour.

Dieu et son Église, nous donnent l’exemple de Carlo Acutis, quand on en a le plus besoin ! 

Rendons grâce au Seigneur pour ce jeune ado qui, dans la simplicité de sa vie toute entière, nous montre le chemin vers le ciel !

Carlo Acutis : Un jeune ado vers la sainteté !

« Nous ne sommes pas seuls : Jésus, le Vivant, est avec nous pour toujours. L’Église et le monde se réjouissent car aujourd’hui nos espérances ne se brisent plus contre le mur de la mort, mais le Seigneur nous a ouvert un pont vers la vie. » Ce message Urbi et Orbi du pape François à Pâques 2023, résonne dans ma tête !

Le temps de Pâques nous guide en plein à « l’Essentiel ». Avec la résurrection du Christ, nous passons des ténèbres à la lumière et nous renouvelons notre vie pour être des personnes de lumière, justes et envoyées pour proclamer la Bonne Nouvelle autour de nous. 

Carlo Acutis, ce jeune ado dont la canonisation est prévue pour le dimanche 7 septembre, a vécu une vie qui témoigne d’un chemin vers la clarté, une « autoroute » vers le ciel parsemée de foi, de prière et de confiance. Il a tracé toute sa vie ce chemin qui l’amènera à rencontrer le Christ, au quotidien, dans l’Eucharistie ainsi que sur le visage des pauvres.    

Nous découvrons depuis quelques années une panoplie d’articles, de documentaires et de bandes dessinées créés partout dans le monde, ayant un même centre d’intérêt, Carlo Acutis

Carlo Acutis est reconnu pour avoir de grandes facilités et des talents exceptionnels en informatique. Il a occupé son temps dans la prière, l’adoration et le service aux autres. Sa mort mystérieuse et sa courte vie sur terre, nous dévoile un jeune ado qui est venu nous livrer un message lui tenant à cœur et qui a été au centre de sa vie, l’Eucharistie. Cet inestimable cadeau laissé par Jésus-Christ par amour à toute l’humanité. 

Qui est le futur saint Carlo Acutis ?

Dès son jeune âge, Carlo Acutis se trouva fasciné par l’amour de Jésus-Christ. Sa rencontre avec le Seigneur dans le Tabernacle lors de longues heures d’adoration, l’enlève aux bruits de la vie mondaine, des distractions diverses, des sorties et des files d’attente pour un film ou pour un spectacle éphémère et passager. 

Sa foi forte et sa profonde spiritualité le conduisirent à faire profiter les autres autour de lui d’un bel héritage de prière reçu de sa nourrice dans son enfance et, qui est consolidé de sa découverte fascinante du miracle de l’Eucharistie de Lanciano en 750 après J.C., où Jésus s’y laissa voir. Ce qui l’amène à y croire plus et continue ses recherches afin d’en répertorier d’autres pour le bien commun. Étant un grand expert en informatique, il a pu répertorier sur son site 132 miracles reconnus et authentifiés par l’Église. 

Il passe son temps à être le plus près possible du Christ en pensées et en actions ; afin de le rencontrer partout, que ce soit dans l’Eucharistie, son implication dans les activités diverses de la paroisse qu’il fréquente et le bénévolat auprès des pauvres et des sans-abri.

Témoignage

Personnellement, j’ai découvert Carlo Acutis lors de la Messe de béatification le 10 octobre 2020. La célébration diffusée sur les ondes de Sel + Lumière TV, m’a grandement marquée. J’ai commencé à le découvrir de plus en plus sur l’Internet à travers des sites catho. 

Il a reçu la grâce de suivre le chemin qui mène vers le ciel avec clarté, détermination et certitude. Tout simplement : il a choisi la sainteté. 

Son exemple nous fascine, nous épate et nous apprend que rien n’est impossible à celui et à celle qui cherche « l’Essentiel »  et décide de le suivre. Avec un cœur vrai et une entière disponibilité nous sommes tous et toutes invité.es à la conversion, à la confiance et non à la condamnation.

Une similitude de vie avec de grands saints de l’Église : 

Car œuvrer sérieusement pour la sainteté occupait une première place dans leur vie !

La vie de saint Charbel Makhlouf, un moine ermite de l’Ordre Libanais Maronite (OLM), né au ciel, la veille de Noël, le 24 décembre 1898 qui, s’est éteint lors de la célébration du don de l’Eucharistie : il s’effondra devant l’autel en tenant la Coupe du sang du Christ et Son corps, pendant qu’il remettait l’âme à Dieu et tout en gardant des morceaux d’hostile entre ses doigts. Il porta dans son cœur et dans son âme l’amour infini du Christ présent dans l’Eucharistie. Une similitude de vie avec celle de saint Padre Pio.  

Tous les trois saints mettaient en priorité l’amour du Christ, 

pratiquaient l’adoration de l’Eucharistie et les longues heures de prières. 

Un facteur commun les unissait : C’est de rester le plus possible près du Seigneur en pensées et en actions. Que ce soit à travers la célébration de l’Eucharistie lors des messes, l’adoration devant le Tabernacle et la prière du chapelet dans leur vie de tous les jours. L’adoption d’une attitude éclairée et d’un comportement juste pour être toujours le plus près de Dieu.

Nous pensons que ces saints n’ont jamais été tentés par des expériences ou des idées qui les ont éloignés du chemin de Dieu. Détrompons-nous ! Ils invoquaient sans cesse la bonté et la grâce du Seigneur, d’être épargnés et loin de tout ce qui pourrait Lui faire mal, en adoptant un bon discernement et la prière. 

L’exemple de nos trois saints nous montre qu’ils ont trouvé leur salut en cheminant vers le haut, vers Lui : 

  • Saint Charbel répétait souvent que le chemin du ciel est vers le haut et que les hommes, voire les humains, courent vers les bas. Et, il ne comprenait pas pourquoi ? Je vous invite à lire le blogue sur : Saint Charbel, le médecin du ciel qui ne chôme pas !
  • Saint Padre Pio, malgré une vie complexe remplie d’épreuves, choisissait de s’unir au Christ et d’accueillir avec joie les stigmates pour partager avec Lui, ces douleurs.
  • Très jeune, Carlo Acutis, se mettait lui aussi en route vers le ciel qu’il l’appelait « l’autoroute du ciel ». Une de ses citations inspirantes, me touche en particulier et qui est la suivante : « La conversion n’est rien d’autre que de déplacer le regard de bas en haut, un simple mouvement des yeux suffit. » 

Enflammé par une vivante et forte foi depuis sa tendre enfance, Carlo Acutis a grandi avec Beata sa nourrice, à la foi fervente, et qui lui montrait l’importance de prier Dieu, de l’adorer et d’en parler afin que les personnes autour de lui, profitent de ses belles expériences de foi enrichissante. Il décida de s’y mettre à penser à la manière de leur transmettre l’amour du Christ. 

Car comme baptisé.es et envoyé.es, nous sommes à notre tour invité.es à la sainteté en adoptant une vie d’amour du Christ, de compassion et d’évangélisation, et en y faisant plus de place à Jésus à l’exemple de nos saints. Et chacun.e de nous y trouvera sa mission !

*** À lire la partie 2 : Carlo Acutis : L’adolescence d’un jeune, sur la route de la sainteté, nous inspire. Deviendra-t-il un ami au ciel ?

Plonger dans les profondeurs avec Dieu – Dive Deep

Il y a des livres qui nous surprennent et qui nous invitent à prendre une vraie respiration intérieure. Dive Deep: 40 Days with God at Sea, « Dans les profondeurs » en fait partie.

Ce qui est marquant, c’est l’histoire de son auteure, Sœur Orianne Pietra René, f.s.p. Née à Winnipeg, élevée dans la vallée de l’Outaouais, elle a découvert la foi catholique à seulement 12 ans. Malgré une allergie… aux poissons, elle aime passionnément la mer. Elle raconte d’ailleurs un souvenir qu’il l’a marqué : un jour, au large du Pérou, elle a vu des otaries apprendre à leurs petits à nager. Ce mélange d’émerveillement et de simplicité transparaît dans son livre. Aujourd’hui, elle travaille dans le ministère des médias sociaux et Dive Deep est son tout premier ouvrage publié.

Et puis, il y a les illustrations. Elles sont signées Romi Caron, une artiste de la région d’Ottawa-Gatineau. Son parcours est impressionnant : plus de 90 livres illustrés ! Mais ce qui me fascine, c’est plutôt son histoire personnelle. Née en Tchécoslovaquie sous le régime communiste, elle a grandi dans un monde où Dieu « n’existait pas », et que porter une croix pouvait vous coûter vos études ou votre avenir. Romi a dû « plonger très profondément » pour trouver la foi et, depuis, elle en témoigne avec courage et beauté.

Le livre lui-même est une véritable traversée spirituelle : 40 jours avec Dieu en mer. On y trouve des passages bibliques, des petites histoires de vie, des prières toutes simples et des invitations concrètes pour vivre sa foi au quotidien. C’est un peu comme si Sœur Orianne nous embarquait avec elle sur un bateau, pour découvrir Dieu dans le vent, dans les vagues, et même dans les tempêtes.

Et ce voyage continue à l’écran !

Le premier ouvrage publié de Sr Orianne Pietra René, f.s.p, garni des illustrations de l’artiste Romi Caron, toutes deux canadiennes, nous montre une traversée spirituelle de 40 jours avec Dieu en mer. Les trois épisodes, inspirés de Dive Deep seront diffusés sur Sel + Lumière Média, révèle la promesse que Dieu marche avec nous, même dans les vagues :

  • L’Arche de Noé : un retour aux origines bibliques où l’eau devient à la fois signe de destruction et de salut. Avec Sœur Orianne, ce récit prend une nouvelle dimension : comment, dans nos propres tempêtes, Dieu nous offre aussi une arche, un lieu sûr pour traverser.
  • Après la mort de Jean-Baptiste : un moment de deuil et de fragilité où Jésus lui-même cherche le silence et la prière au bord de l’eau. Sœur Orianne nous aide à voir comment, dans nos pertes et nos blessures, nous pouvons aussi trouver consolation auprès du Christ.
  • Après la Résurrection – Rappelez-vous : ici, c’est la joie pascale au bord du lac de Galilée. Les disciples retrouvent Jésus sur le rivage, autour d’un simple repas de poisson. C’est une invitation à reconnaître la présence de Dieu dans la simplicité de nos vies quotidiennes et à nous laisser renouveler par sa victoire.

À partir du 1er septembre, Journée mondiale de prière pour la création, vous pourrez découvrir les épisodes chaque lundi matin sur Sel + Lumière Plus, sur la chaîne YouTube de  Sel + Lumière Média et sur nos réseaux sociaux pendant les deux semaines suivantes. Regardez la bande-annonce ici :

Vous pouvez découvrir et acquérir son livre ici : paulinestore.com

« Dans les profondeurs » et ces épisodes sous forme de vidéos, l’ensemble ressemble à un souffle d’air marin : rafraîchissant, vivifiant, et rempli de la promesse que Dieu marche avec nous, même dans les vagues. Je vous invite à les regarder avec vos proches et vos enfants.

 

Où se trouve le bon Samaritain à Gaza ? La situation à la lumière de l’Évangile

Crédit photo : IStock

La parabole du bon Samaritain est racontée par Jésus en réponse à une question posée par un docteur de la Loi : « Qui est mon prochain ? » Jésus termine ce récit émouvant en posant une question à son tour : « Lequel de ces trois, à ton avis – le prêtre, le lévite ou le Samaritain –, a été le prochain de l’homme tombé aux mains des bandits ? » Dévoilant la morale de l’histoire, le docteur de la Loi répond : « Celui qui a fait preuve de miséricorde envers lui ». Jésus répondit : « Va, et toi aussi, fais de même » (Luc 10, 25-37).

Cette parabole est une boussole pour nos relations avec tous nos frères et sœurs dans la grande famille humaine, et en particulier ceux et celles qui souffrent. En voyant l’homme qui a été roué de coups et laissé à moitié mort dans le fossé, le prêtre et le lévite, des membres respectés de la société, tenus en haute estime, passent de l’autre côté de la route, détournant le regard comme s’ils ne l’avaient pas remarqué. Au contraire, le Samaritain, méprisé à l’époque comme un idolâtre, s’arrête, et, pris de compassion pour l’homme, l’emmène à l’auberge pour prendre soin de lui.

Jésus souhaite que cette parabole soit une leçon très forte, non seulement pour le docteur de la Loi qui l’interroge, mais également aujourd’hui, pour nous. 

Dans sa lettre encyclique sur la fraternité humaine et l’amitié sociale, intitulée Fratelli tutti (‘Tous frères et sœurs’), le Pape François a souligné l’importance de la parabole du bon Samaritain dans le monde aujourd’hui :

« Cette parabole est une icône éclairante, capable de mettre en évidence l’option de base que nous devons faire pour reconstruire ce monde qui nous fait mal. Face à tant de douleur, face à tant de blessures, la seule issue, c’est d’être comme le bon Samaritain. Toute autre option conduit soit aux côtés des brigands, soit aux côtés de ceux qui passent outre sans compatir avec la souffrance du blessé gisant sur le chemin. La parabole nous montre par quelles initiatives une communauté peut être reconstruite grâce à des hommes et des femmes qui s’approprient la fragilité des autres, qui ne permettent pas qu’émerge une société d’exclusion mais qui se font proches et relèvent puis réhabilitent celui qui est à terre, pour que le bien soit commun. En même temps, la parabole nous met en garde contre certaines attitudes de ceux qui ne se soucient que d’eux-mêmes et ne prennent pas en charge les exigences incontournables de la réalité humaine » (Fratelli tutti, no. 67).

Laissons ces paroles pénétrer notre esprit et notre cœur alors que nous sommes témoins des guerres, des atrocités et des tragédies qui se déroulent dans le monde entier. Demandons-nous : où est le bon Samaritain à Gaza ? Et en Ukraine, au Yémen, au Soudan, en Éthiopie, au Myanmar, en République démocratique du Congo ? Il y a tant d’endroits qui ont besoin de la miséricorde dont fait preuve le bon Samaritain.

Puis, demandons-nous aussi : où est Jésus, le véritable bon Samaritain ? S’identifiant aux plus petits de ses frères et sœurs, Jésus pleure avec ceux et celles qui pleurent la perte tragique de leurs proches, en particulier de leurs enfants. De même, Jésus souffre de la faim avec ceux et celles qui n’ont rien à manger. Jésus agonise avec ceux et celles dont les maisons et les moyens de subsistance ont été détruits. Jésus cherche la paix et espère qu’elle finira par arriver. 

Jésus nous appelle tous à suivre l’exemple du bon Samaritain, chacun et chacune à sa manière, sans fermer les yeux ni passer à côté, mais en se laissant travailler par la miséricorde et en faisant tout notre possible pour aider les autres. Nous pouvons nous demander : quelle est ma réponse face aux souffrances à Gaza, en Ukraine et dans le monde entier ? Que puis-je faire pour rendre concrète ma compassion et ma solidarité envers les victimes de la guerre, de la violence et de la famine ?

Jésus, Prince de la Paix, montre ton amour et ta tendresse à nos frères et sœurs qui souffrent, et apprends-nous à faire de même. Amen.

Passer le flambeau de l’espérance d’une génération à l’autre

Photo par RDNE Stock

Une réflexion pour la Journée mondiale des grands-parents et des personnes âgées – dimanche 27 juillet 2025

Par Julian Paparella

Au moment de notre mariage il y a cinq ans, l’un des commentaires les plus percutants que nous avons reçus était que le fait de se marier est un acte d’espérance en l’avenir. Cette idée ne m’a plus quitté depuis. Maintenant que nous avons eu notre premier enfant, cela semble encore plus vrai. Au milieu des incertitudes du monde, avoir des enfants est en effet un acte d’espérance dans l’avenir. C’est le signe que la vie vaut encore la peine d’être vécue et que l’avenir est prometteur malgré les défis qu’il comporte. Mettre quelqu’un au monde, c’est croire que, malgré les hauts et les bas, l’avenir lui réserve quelque chose de beau et de bien. 

Les guerres, l’instabilité économique et la crise climatique sont autant de réalités qui peuvent nous faire perdre espoir. Pourtant, les raisons d’espérer restent nombreuses. Les générations précédentes ont certainement eu leur lot de raisons de désespérer. Elles ont néanmoins choisi de persévérer, de mettre un pied après l’autre et de marcher de l’avant avec espérance. C’est grâce à elles que nous sommes ici. Si nous sommes là, c’est parce qu’ils n’ont pas jeté l’éponge sur la vie. Malgré les épreuves qu’ils ont traversées, ils ont continué à accueillir de nouvelles générations dans la grande famille de l’humanité.

L’espérance peut être trouvée en regardant les visages d’autres générations que la nôtre, qu’elles soient plus jeunes ou plus âgées. En regardant les visages de nos enfants, nous voyons la clarté dans leurs yeux, qui n’est pas altérée par les crises auxquelles le monde est confronté. Sur les visages des personnes âgées parmi nous, nous voyons la persistance et la persévérance qui leur ont permis de ne pas abandonner sur le chemin de la vie.   

À cet égard, les familles sont de véritables berceaux d’espérance. Il est beau de voir sur les réseaux sociaux des vidéos de grands-parents et d’arrière-grands-parents qui rencontrent pour la première fois un nouveau membre de leur famille. Leurs visages s’illuminent devant le nouveau-né. Souvent, ils fondent en larmes. Une telle expérience révèle non seulement la joie d’accueillir une nouvelle vie, mais aussi la promesse que la vie a un avenir. Cela fait chaud au cœur. Comme c’est émouvant de tenir dans ses bras une génération naissante. Les familles constituent la chaîne de vie qui relie une génération à l’autre par des liens d’amour, d’attention et d’affection. Elles sont le lieu où l’on apprend du passé et où l’on regarde vers l’avenir. 

Il est donc important de saisir les occasions de passer du temps ensemble, et de se retrouver toutes générations confondues. Avec le rythme de vie effréné d’aujourd’hui, le risque est que les jeunes générations soient accaparées par tout ce qu’elles ont à faire, tandis que les générations plus âgées sont perdues de vue et d’esprit, abandonnées dans la souffrance de la solitude.

La Journée mondiale des grands-parents et des personnes âgées, instituée par le Pape François en 2021, est un rappel annuel à prendre le temps de tendre la main à nos aînés. L’occasion est célébrée le dimanche le plus proche du 26 juillet, fête des saints Anne et Joachim, les grands-parents de Jésus. Le thème de cette année, dans le cadre de l’année jubilaire consacrée à l’espérance, est « Heureux celui qui n’a pas perdu l’espoir » (Sir 14, 2). 

Les actes d’amour et d’attention exprimés de génération en génération sont une source d’espérance qui donne la vie. En rendant visite aux personnes âgées – que ce soient nos grands-parents, nos parents, amis et voisins âgés – nous allumons un flambeau d’espérance qui apporte de la lumière et de la chaleur. En même temps, ces précieuses rencontres font beaucoup de bien à ceux et celles qui sont relativement jeunes, en nous permettant de prendre du recul par rapport à notre propre rythme de vie et en nous rappelant le sens de ce qui compte vraiment en fin de compte.

En cette Année sainte, le Vatican offre une indulgence jubilaire à ceux et celles qui « rendent visite aux personnes âgées qui sont seules… accomplissant ainsi un pèlerinage auprès du Christ présent en elles ». De fait, le Christ est présent dans les personnes âgées auxquelles nous rendons visite. Comme l’a affirmé le Pape Léon XIV dans son Message pour la Journée mondiale des grands-parents et des personnes âgées de cette année : « Rendre visite à une personne âgée est une manière de rencontrer Jésus qui nous libère de l’indifférence et de la solitude ». C’est une grâce que nous pouvons demander : avoir un cœur qui voit le Christ dans les personnes âgées, souffrantes, seules ou malades.

Chacun et chacune d’entre nous peut répondre à l’invitation de rendre visite à un proche ou à un voisin âgé, surtout s’il est seul. C’est une façon de partager le flambeau de l’espérance qui éclaire le chemin d’une génération à l’autre.

Seigneur Jésus, toi qui es proche de ceux et celles qui sont seuls et affligés, ouvre nos cœurs pour leur tendre la main et nos yeux pour te voir en eux. Amen.

Homélie du pape Léon XIV pour le Jubilé des Familles, des Enfants, des Grands-Parents

Photo Crédit : Vatican Media.

Dans son homélie, dimanche du Jubilé des familles, des enfants, des grands-parents et des personnes âgées, le pape Léon XIV nous invite à redécouvrir la beauté de la famille comme lieu de tendresse, de transmission et de foi. Dans son homélie, il rappelle que chaque génération a un rôle unique à jouer pour bâtir une société plus fraternelle, enracinée dans l’amour de Dieu.

Consultez tous nos articles et la couverture du pape Léon XIV sur notre page :  slmedia.org/fr/pape-leon-xiv

Jubilé Des Familles, Des Enfants, Des Grands-Parents

Et Des Personnes Âgées

HOMÉLIE DU PAPE LÉON XIV

Place Saint-Pierre
VIIe dimanche de Pâques – Dimanche 1er juin 2025

 

Lire le texte intégral de l’homélie du Saint-Père ci-dessous. :

L’Évangile qui vient d’être proclamé nous montre Jésus qui, lors de la dernière Cène, prie pour nous (cf. Jn 17, 20) : le Verbe de Dieu fait homme, désormais proche de la fin de sa vie terrestre, pense à nous, ses frères, se faisant bénédiction, supplication et louange au Père, avec la force de l’Esprit Saint. Et nous aussi, alors que nous entrons, remplis d’émerveillement et de confiance, dans la prière de Jésus, nous sommes impliqués par son amour dans un grand projet qui concerne toute l’humanité.

Le Christ demande en effet que nous soyons tous « un » (v. 21). Il s’agit là du plus grand bien que l’on puisse désirer, car cette union universelle réalise entre les créatures la communion éternelle d’amour dans laquelle s’identifie Dieu lui-même, comme le Père qui donne la vie, le Fils qui la reçoit et l’Esprit qui la partage.

Le Seigneur ne veut pas que nous nous unissions pour former une masse indistincte, comme un bloc anonyme, mais il souhaite que nous soyons un : « Comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi » (v. 21). L’unité pour laquelle Jésus prie est donc une communion fondée sur l’amour même dont Dieu aime, d’où viennent la vie et le salut. En tant que telle, elle est avant tout un don que Jésus vient apporter. C’est en effet, du fond de son cœur d’homme que le Fils de Dieu s’adresse au Père en disant : « moi en eux, et toi en moi. Qu’ils deviennent ainsi parfaitement un, afin que le monde sache que tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé » (v. 23).

Écoutons avec admiration ces paroles : Jésus nous révèle que Dieu nous aime comme Il s’aime Lui-même. Le Père ne nous aime pas moins qu’Il n’aime son Fils unique, c’est-à-dire infiniment. Dieu n’aime pas moins, parce qu’Il aime d’abord, Il aime le premier ! Le Christ Lui-même en témoigne lorsqu’Il dit au Père : « Tu m’as aimé avant la fondation du monde » (v. 24). Et il en est ainsi : dans sa miséricorde, Dieu veut depuis toujours rassembler tous les hommes auprès de lui, et c’est sa vie, donnée pour nous dans le Christ, qui nous rend un, qui nous unit entre nous.

Écouter aujourd’hui cet Évangile, pendant le Jubilé des familles et des enfants, des grands-parents et des personnes âgées, nous comble de joie.

Très chers amis, nous avons reçu la vie avant même de la vouloir. Comme l’enseignait le pape François, « tous les hommes sont des enfants, mais aucun de nous n’a choisi de naître » (Angelus, 1er janvier 2025). Mais ce n’est pas tout. Dès notre naissance, nous avons eu besoin des autres pour vivre, seuls nous n’y serions pas y arriver : c’est quelqu’un d’autre qui nous a sauvés, en prenant soin de nous, de notre corps comme de notre esprit. Nous vivons donc tous grâce à une relation, c’est-à-dire à un lien libre et libérateur d’humanité et de soin mutuel.

Il est vrai que parfois cette humanité est trahie. Par exemple, chaque fois que l’on invoque la liberté non pour donner la vie, mais pour la retirer, non pour secourir, mais pour offenser. Cependant, même face au mal qui s’oppose et tue, Jésus continue de prier le Père pour nous, et sa prière agit comme un baume sur nos blessures, devenant pour tous une annonce de pardon et de réconciliation. Cette prière du Seigneur donne pleinement un sens aux moments lumineux de notre amour les uns pour les autres, en tant que parents, grands-parents, fils et filles. Et c’est cela que nous voulons annoncer au monde : nous sommes ici pour être “un” comme le Seigneur veut que nous soyons “un”, dans nos familles et là où nous vivons, travaillons et étudions : différents, mais un, nombreux, mais un, toujours, en toutes circonstances et à tous les âges de la vie.

Mes très chers amis, si nous nous aimons ainsi, sur le fondement du Christ, qui est « l’alpha et l’oméga », « le commencement et la fin » (cf. Ap 22, 13), nous serons un signe de paix pour tous, dans la société et dans le monde. Et n’oublions pas : c’est dans les familles que se construit l’avenir des peuples.

Au cours des dernières décennies, nous avons reçu un signe qui nous remplit de joie et qui nous fait réfléchir : je veux parler du fait que des couples mariés ont été proclamés bienheureux et saints, non pas séparément, mais ensemble, en tant que couples mariés. Je pense à Louis et Zélie Martin, les parents de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus ; et j’aime rappeler les bienheureux Luigi et Maria Beltrame Quattrocchi, dont la vie familiale s’est déroulée à Rome au siècle dernier. Et n’oublions pas la famille polonaise Ulma : parents et enfants unis dans l’amour et dans me martyre. Je disais que c’est un signe qui fait réfléchir. Oui : en désignant comme témoins exemplaires des époux, l’Église nous dit que le monde d’aujourd’hui a besoin de l’alliance conjugale pour connaître et accueillir l’amour de Dieu et surmonter, par sa force qui unifie et réconcilie, les forces qui désagrègent les relations et les sociétés.

C’est pourquoi, le cœur plein de reconnaissance et d’espérance, je vous dis, à vous les époux : le mariage n’est pas un idéal, mais la norme du véritable amour entre l’homme et la femme : un amour total, fidèle, fécond (cf. Saint Paul VI, Lettre encyclique Humanae vitae, 9). Tout en vous transformant en une seule chair, cet amour vous rend capables, à l’image de Dieu, de donner la vie.

C’est pourquoi je vous encourage à être, pour vos enfants, des exemples de cohérence, en vous comportant comme vous voulez qu’ils se comportent, en les éduquant à la liberté par l’obéissance, en recherchant toujours en eux le bien et les moyens de le faire grandir. Et vous, enfants, soyez reconnaissants envers vos parents : dire “merci” pour le don de la vie et pour tout ce qui nous est donné chaque jour avec elle, c’est la première manière d’honorer son père et sa mère (cf. Ex 20, 12). Enfin, à vous, chers grands-parents et personnes âgées, je recommande de veiller sur ceux que vous aimez, avec sagesse et compassion, avec l’humilité et la patience que les années enseignent.

Dans la famille, la foi se transmet avec la vie, de génération en génération : elle est partagée comme la nourriture sur la table et les affections du cœur. Cela en fait un lieu privilégié pour rencontrer Jésus, qui nous aime et veut notre bien, toujours.

Et j’aimerais ajouter une dernière chose. La prière du Fils de Dieu, qui nous donne l’espérance tout au long du chemin, nous rappelle aussi qu’un jour nous serons tous unum (cf. saint Augustin, Sermo super Ps. 127) : une seule chose dans l’unique Sauveur, étreints par l’amour éternel de Dieu. Non seulement nous, mais aussi nos pères et nos mères, nos grands-mères et nos grands-pères, nos frères, nos sœurs et nos enfants qui nous ont déjà précédés dans la lumière de sa Pâque éternelle, et que nous sentons présents ici, avec nous, en ce moment de fête.

Texte reproduit avec l’aimable autorisation de la Libreria Editrice Vaticana

Survol sur le document Rerum Novarum

Statue du pape Léon XIII, au-dessus de l’entrée de son tombeau dans la basilique Saint-Jean-de-Latran. Photo © Sel + Lumière Média, 2025.

Le pape Léon XIII est sur le point de redevenir un nom familier, maintenant que son dernier successeur a pris son nom. Une recherche rapide sur Google Trends révèle que le terme de recherche « Léon XIII » a atteint le sommet de sa popularité le 8 mai, jour de l’élection du pape Léon XIV. Dans son discours au collège des cardinaux, quelques jours après son élection, notre nouveau pape a expliqué qu’il avait choisi le nom de Léon « principalement parce que le pape Léon XIII, dans son encyclique historique Rerum Novarum, a abordé la question sociale [la réponse de l’Église aux questions sociales, politiques et économiques] dans le contexte de la première grande révolution industrielle ».

Le pic de consultation de l’encyclique sur Google Trends ? Le 8 mai également. Ce jour-là, la popularité de Rerum Novarum et du pape qui l’a rédigée a dépassé toutes les données relatives à l’un ou l’autre terme depuis 2004, date des premières statistiques disponibles.

Dans mon article précédent, j’ai mentionné quelques papes notables nommés Léon à travers l’histoire, j’ai souligné que les papes choisissent leur nom pour signaler un thème important de leur pontificat et j’ai mis en évidence le fait que Rerum Novarum est la raison principale du choix du nom du pape Léon XIV. Dans cet article, je reviendrai sur l’encyclique révolutionnaire de Léon XIII. 

 

Sur les nouveaux sujets

Léon XIII a rédigé et publié ce document en 1891, inaugurant ainsi la tradition durable de l’enseignement social pontifical. À la lumière des conditions précaires et souvent abjectes des mines, des usines urbaines, des chemins de fer et d’autres innovations industrielles, il a appelé à des conditions de travail justes et saines, à des salaires équitables (n° 43-47) et au droit des travailleurs de s’organiser en syndicats et de défendre leurs besoins (n° 48-57). Pour ce faire, il a ancré son appel dans l’affirmation chrétienne de la dignité humaine et du bien commun, tout en défendant le droit à la propriété privée et l’intégrité de la famille (n° 9, 12-14).

Si nous considérons aujourd’hui comme acquis le droit à des conditions de travail équitables et à la syndicalisation, l’approbation magistérielle de Léon XIII constituait, à la fin du XIXe siècle, une prise de position étonnamment audacieuse en faveur des gens du peuple. De même, nous pourrions ne pas voir d’opposition entre les conditions de travail et les syndicats, d’une part, et la propriété privée et les droits de la famille, d’autre part, aujourd’hui. Cependant, le contexte politique de l’époque de Léon XIII était marqué par une polarisation intense entre les deux, en tant que réponses alternatives aux défis tumultueux de son temps, en particulier le fossé grandissant entre les riches et les pauvres (#1).Rerum Novarum est un blâme sévère contre les extrêmes du capitalisme débridé qui laisse les employeurs et les entreprises déshumaniser leurs travailleurs, et du socialisme autoritaire qui cherche à alléger le sort du travailleur par un contrôle étatique total du travail, de la propriété, de la production et de la vie de famille (#4, 5, etc.).

La réponse de Léon XIII est que le capital (employeurs, propriété) et le travail (travailleurs, syndicats) ont tous deux des droits et des devoirs, puisque tous les membres d’une société ont des droits et des devoirs les uns envers les autres. Tous sont appelés à « vivre ensemble dans la concorde et à aller de l’avant dans la prospérité et avec de bons résultats » (n°58). Il a exprimé l’espérance que « si les préceptes chrétiens prévalent », par opposition aux préceptes capitalistes ou socialistes, alors

Les classes respectives ne seront pas seulement unies par les liens de l’amitié, mais aussi par ceux de l’amour fraternel. Car elles comprendront et sentiront que tous les hommes sont enfants d’un même Père commun, qui est Dieu ; que tous ont pareillement la même fin, qui est Dieu lui-même, qui seul peut rendre les hommes ou les anges absolument et parfaitement heureux ; […] que les bénédictions de la nature et les dons de la grâce appartiennent en commun à toute la race humaine (#25).

En fin de compte, il a appelé à une réglementation gouvernementale accrue de l’industrie afin de protéger les droits et le bien-être des travailleurs, en particulier des pauvres (n° 35-37), tout en préservant le droit à la propriété privée (n° 38).

Les papes suivants ont considéré Rerum Novarum comme l’origine et la base de l’enseignement social catholique. Par exemple, ils ont publié leurs propres encycliques en revenant sur l’œuvre de Léon XIII et en réfléchissant à ses contributions pour leur propre époque : le 40e anniversaire de Rerum Novarum a été célébré par le Quadragesimo Anno de Pie XI en 1931 ; le Mater et Magistra de Saint Jean XXIII a été célébré par l’encyclique de l’Église Catholique. Jean XXIII a célébré le 60e anniversaire de Mater et Magistra en 1961 ; Octogesima Adveniens de Paul VI en 1971 (une « lettre apostolique » et un « appel à l’action ») a marqué le 80e anniversaire ; et Rerum Novarum de Jean-Paul II en 1981 et Centesimus Annus en 1991 ont célébré respectivement le 90e et le 100e anniversaire de Laborem Exercens.

Laborem Exercens se distingue par sa réflexion sur l’exigence que l’emploi, les conditions de travail, les salaires et l’investissement personnel d’un travailleur dans ses tâches soient au service de la dignité humaine universelle, plutôt que des moyens d’élever certains et d’abaisser d’autres. Suivant l’exemple du pape Léon XIII, Jean-Paul II a cherché avec force une troisième voie entre le capitalisme débridé et le socialisme autoritaire à la fin d’une guerre froide qui opposait les deux (voir n° 7, 11). L’exemple le plus tangible qui me vient à l’esprit est son soutien au mouvement syndical Solidarnosc (ou « Solidarité ») dans sa Pologne natale, qui a conduit à la restauration d’un gouvernement démocratique à l’est de l’Europe.

Dans six ans, nous célébrons le 140e anniversaire du Rerum Novarum. C’est une période extrêmement courte pour une Église qui « pense en siècles », mais incroyablement longue compte tenu du rythme effréné des changements technologiques, industriels, politiques et socio-économiques de notre époque. En choisissant son nom, le pape Léon XIV a déjà indiqué qu’il souhaitait réfléchir aux leçons de Rerum Novarum pour les questions déterminantes de notre époque, et que cette réflexion serait une tâche importante de son pontificat. 

Au cours de ses premières semaines sur la chaire de Saint-Pierre, il s’est déjà montré un pape très réfléchi et engagé, à l’écoute des préoccupations et des espoirs du monde. Nous attendons avec impatience ce leadership réfléchi, engagé et réceptif, alors qu’il développe la tradition durable de l’enseignement social catholique pour les grands défis et le potentiel du 21e siècle.

 

 

Homélie du pape Léon XIV lors de la messe et de l’installation sur la cathèdre romaine

Photo Credit : Vatican Media

Le dimanche 25 mai 2025, le pape Léon XIV a été officiellement installé sur la cathèdre du diocèse de Rome lors d’une messe dans la basilique Saint-Jean-de-Latran. Dans son homélie, il déclare que « la communion se construit d’abord “à genoux”, par la prière et l’engagement constant dans la conversion ».

Consultez tous nos articles et la couverture du pape Léon XIV sur notre page :  slmedia.org/fr/pape-leon-xiv

Messe et installation sur la cathèdre romaine

HOMÉLIE DU PAPE LÉON XIV

Basilique Saint-Jean-de-Latran
25 mai 2025

 

Lire le texte intégral de l’homélie du Saint-Père ci-dessous. :

Je salue cordialement les Cardinaux présents, en particulier le Cardinal Vicaire, les évêques auxiliaires et tous les évêques, les très chers prêtres – curés, vicaires et tous ceux qui, à divers titres, collaborent à la pastorale dans nos communautés – ; ainsi que les diacres, les religieux, les religieuses, les Autorités et vous tous, très chers fidèles.

L’Église de Rome est l’héritière d’une grande histoire, enracinée dans le témoignage de Pierre, de Paul et d’innombrables martyrs, et elle a une mission unique, bien indiquée par ce qui est écrit sur la façade de cette Cathédrale : être Mater omnium Ecclesiarum, Mère de toutes les Églises.

Le Pape François nous a souvent invités à réfléchir sur la dimension maternelle de l’Église (cf. Exhort. ap.Evangelii gaudium, nn. 46-49 ,  139-141Catéchèse, 13 janvier 2016) et sur ses caractéristiques propres : la tendresse, la disponibilité au sacrifice et cette capacité d’écoute qui permet non seulement de venir en aide, mais souvent aussi d’anticiper les besoins et les attentes, avant même qu’ils ne soient exprimés. Ce sont là des traits que nous souhaitons voir grandir partout dans le peuple de Dieu, ici aussi, dans notre grande famille diocésaine : chez les fidèles, chez les pasteurs, chez moi le premier. Les lectures que nous avons écoutées peuvent nous aider à y réfléchir.

Dans les Actes des Apôtres (cf. 15, 1-2.22-29), en particulier, il est raconté comment la communauté des origines a affronté le défi de l’ouverture au monde païen dans l’annonce de l’Évangile. Cela n’a pas été un processus facile : cela a demandé beaucoup de patience et d’écoute mutuelle ; cela s’est produit tout d’abord au sein de la communauté d’Antioche, où les frères, en dialoguant – même en discutant – sont parvenus à définir ensemble la question. Mais ensuite, Paul et Barnabé sont montés à Jérusalem. Ils n’ont pas décidé de leur propre chef : ils ont cherché la communion avec l’Église mère et s’y sont rendus avec humilité.

Pierre et les Apôtres les ont écoutés. Ainsi s’est engagé le dialogue qui a finalement conduit à la bonne décision : reconnaissant et considérant la difficulté des néophytes, il a été convenu de ne pas leur imposer de charges excessives, mais de se limiter à leur demander l’essentiel (cf. Ac 15, 28-29). Ainsi, ce qui pouvait sembler un problème est devenu pour tous une occasion de réfléchir et de grandir.

Le texte biblique, cependant, nous en dit davantage, allant au-delà de la riche et intéressante dynamique humaine de l’événement.

C’est ce que révèlent les paroles que les frères de Jérusalem adressent par lettre à ceux d’Antioche, leur communiquant les décisions prises. Ils écrivent : « L’Esprit Saint et nous-mêmes » (Ac 15, 28). Ils soulignent, en effet, que dans toute cette histoire, l’écoute la plus importante, celle qui a rendu tout le reste possible, a été celle de la voix de Dieu. Ils nous rappellent ainsi que la communion se construit avant tout “à genoux”, dans la prière et dans un engagement continu de conversion. Ce n’est que dans cette tension, en effet, que chacun peut entendre en lui la voix de l’Esprit qui crie : « Abba ! Père ! » (Ga 4, 6) et, par conséquent, écouter et comprendre les autres comme des frères.

L’Évangile nous réaffirme également ce message (cf. Jn 14, 23-29), en nous disant que nous ne sommes pas seuls dans les choix de vie. L’Esprit nous soutient et nous montre le chemin à suivre, en nous “enseignant” et en nous “rappelant” tout ce que Jésus nous a dit (cf. Jn 14, 26).

Tout d’abord, l’Esprit nous enseigne les paroles du Seigneur en les imprimant profondément en nous, selon l’image biblique de la loi écrite non plus sur des tables de pierre, mais dans nos cœurs (cf. Jr 31, 33) ; un don qui nous aide à grandir jusqu’à devenir “lettre du Christ” (cf. 2 Co 3, 3) les uns pour les autres. Et il en est ainsi : nous sommes d’autant plus capables d’annoncer l’Évangile que nous nous laissons conquérir et transformer, en permettant à la puissance de l’Esprit de nous purifier au plus profond de nous-mêmes, de rendre nos paroles simples, nos désirs honnêtes et limpides, nos actions généreuses.

Et c’est là qu’intervient l’autre verbe : “rappeler”, c’est-à-dire ramener l’attention du cœur vers ce que nous avons vécu et appris, afin d’en pénétrer plus profondément le sens et d’en savourer la beauté.

Je pense à cet égard au chemin exigeant que le diocèse de Rome parcourt depuis quelques années, articulé à différents niveaux d’écoute : vers le monde environnant, pour en accueillir les défis, et au sein des communautés, pour en comprendre les besoins et promouvoir des sages et prophétiques initiatives d’évangélisation et de charité. C’est un chemin difficile, encore en cours, qui cherche à embrasser une réalité très riche, mais aussi très complexe. Il est toutefois digne de l’histoire de cette Église qui a si souvent démontré sa capacité à voir “grand”, en s’investissant sans réserve dans des projets courageux et s’impliquant même face à des scénarios nouveaux et exigeants.

En témoigne le travail considérable accompli ces jours-ci par l’ensemble du diocèse en vue du Jubilé, dans l’accueil et l’accompagnement des pèlerins et à travers d’innombrables autres initiatives. Grâce à ces nombreux efforts, la ville apparaît à ceux qui y arrivent, parfois de très loin, comme une grande maison ouverte et accueillante, et surtout comme un foyer de foi.

Pour ma part, j’exprime le désir et l’engagement d’entrer dans ce chantier si vaste en me mettant, autant que possible, à l’écoute de tous, pour apprendre, comprendre et décider ensemble : “chrétien avec vous et pour vous évêque ”, comme le disait saint Augustin (cf. Discours 340, 1). Je vous demande de m’aider à le faire dans un effort commun de prière et de charité, en rappelant les paroles de saint Léon le Grand : « Tout le bien que nous accomplissons dans l’exercice de notre ministère est l’œuvre du Christ ; et non pas la nôtre, car nous ne pouvons rien sans lui, mais nous nous glorifions en lui, de qui vient toute l’efficacité de notre action » (Serm. 5, de natali ipsius, 4).

À ces paroles je voudrais joindre, en concluant, celles du Bienheureux Jean-Paul Ier, qui le 23 septembre 1978, avec le visage radieux et serein qui lui avait déjà valu l’appellation de “Pape du sourire”, saluait ainsi sa nouvelle famille diocésaine : « Devenant Patriarche à Venise, Saint Pie X s’était exclamé à St-Marc : “Qu’en serait-il de moi, Vénitiens, si je ne vous aimais pas ?”. Aux Romains, je dirai quelque chose de semblable ; je puis vous assurer que je vous aime, que je désire seulement entrer à votre service et mettre à votre disposition, toutes mes pauvres forces, le peu que j’ai et le peu que je suis » (Homélie à l’occasion de la Prise de Possession de la Cathedra Romana, 23 septembre 1978).

Je vous exprime également toute mon affection, avec le désir de partager avec vous, sur notre chemin commun, les joies et les peines, les difficultés et les espoirs. Je vous offre moi aussi “le peu que j’ai et que je suis”, et je le confie à l’intercession des saints Pierre et Paul et de tant d’autres frères et sœurs dont la sainteté a illuminé l’histoire de cette Église et les rues de cette ville. Que la Vierge Marie nous accompagne et intercède pour nous.

Texte reproduit avec l’aimable autorisation de la Libreria Editrice Vaticana

Quel est le sens d’un nom ? Les plus grands papes de l’histoire qui s’appellent Léo

Saint Léon le Grand. Herrera Mozo. Wikimedia Commons

Le pape Léon XIV ! La réalité pleine d’espérance d’un nouveau Souverain Pontife commence à s’installer. Plus je le vois, plus je l’entends parler (même dans sa langue maternelle, l’anglais !),  et plus je lis son nom, plus cette nouvelle ère de la vie de l’Église me semble familière.

Qu’est-ce qu’un nom ? Lorsqu’un nouveau pape choisit un nom qui a déjà été utilisé, c’est généralement pour mettre en avant certains de ses prédécesseurs ou d’autres personnages historiques, afin de rappeler l’importance de leur héritage dans le présent.

Par exemple, en 2005, Benoît XVI a choisi son nom pour honorer à la fois saint Benoît de Nursie, le père du monachisme occidental. Le pape Benoît XV, qui s’est opposé à la popularité en appelant à la paix pendant la Première Guerre mondiale. Dans un nouveau siècle marqué par un sécularisme plus dominant en Occident et un choc croissant des civilisations mondialisées, Le pape Benoît XVI s’est attaché à la formation d’une Église européenne plus petite et plus fidèle qui proclame librement la paix du Christ.

Lorsque le pape François a choisi son nom, il a indiqué que son pontificat sera marqué par un appel à une relation renouvelée avec notre maison commune et toutes les créatures qui y vivent, ainsi qu’à une fraternité renouvelée entre les nations, les peuples et les personnes. Il a nommé ses deux encycliques sociales phares, Laudato Si’ et Fratelli Tutti, d’après des prières poétiques du grand mystique d’Assise.

En ce qui concerne le pape Léon XIV, il a explicitement mentionné le dernier prédécesseur à porter ce nom, Léon XIII (1878-1903). Voici quelques exemples antérieurs qui méritent d’être soulignés avant :

Léon III (795-816) est peut-être le plus connu pour ses relations diplomatiques avec le Souverain franc Charlemagne. Ce dialogue s’est avéré mutuellement bénéfique, en particulier lorsque Léon a couronné Charlemagne comme premier empereur romain d’Occident en trois siècles, le jour de Noël, en l’an 800 de notre ère. Il a été canonisé par le pape Clément XI en 1673.

Léon IX (1049-1054) fut un Pape réformateur qui renouvela l’exigence du célibat des clercs et éradiqua la simonie (vente de services ecclésiastiques), et d’autres formes de corruption. Cependant, son pontificat a été marqué par un affaiblissement des relations avec l’Église d’Orient, ce qui a conduit au Grand Schisme d’Occident au cours de la dernière année de son règne. Il a été canonisé 28 ans plus tard, en 1082 par le pape Grégoire VII.

Le Pape le plus important de cette « liste de Léons » est sans aucun doute saint Léon 1er (440-461), père latin et docteur de l’Église. Il fut le premier Pape à recevoir officiellement le titre de « Grand », suivi par saint Grégoire et saint Nicolas. La contribution la plus durable de saint Léon le Grand a été la doctrine de Jésus le Fils de Dieu : il a écrit de manière convaincante sur l’union dans la distinction des natures divine et humaine du Christ. Cette doctrine, appelée plus tard « union hypostatique », a été affirmée lors du concile de Chalcédoine en 451 et continue d’être la norme de la foi catholique jusqu’à aujourd’hui. La reconnaissance de sa sainteté est antérieure au processus officiel de canonisation, mais il est nommé docteur de l’unité de l’Église par le pape Benoît XIV en 1754.

Le pontificat extraordinairement long de 25 ans du pape Léon XIII a immédiatement suivi le pontificat encore plus long de 32 ans du bienheureux Pie IX. Au cours de son règne, il a promulgué des règles pour une musique plus simple et plus traditionnelle dans la liturgie, a entamé des relations plus constructives avec la nouvelle République italienne et a même composé la célèbre prière de Saint-Michel ! Il est peut-être mieux connu comme le père de l’enseignement social catholique moderne, qui commence officiellement avec son encyclique Rerum Novarum de 1891. Le 15 mai dernier était le 134e anniversaire de sa promulgation !

Cela nous amène au choix du nom du pape Léon XIV : Dans son discours au Collège des cardinaux lors de son élection, notre nouveau Pape a expliqué qu’il l’avait choisi

Principalement parce que le Pape Léon XIII, avec l’encyclique historique Rerum novarum, a abordé la question sociale dans le contexte de la première grande révolution industrielle ; et aujourd’hui l’Église offre à tous son héritage de doctrine sociale pour répondre à une autre révolution industrielle et aux développements de l’intelligence artificielle, qui posent de nouveaux défis pour la défense de la dignité humaine, de la justice et du travail.

Je reviendrai sur Rerum Novarum dans un autre article de blog. Surveillez notre blogue, et visitez https://slmedia.org/fr/pape, pour notre dernière couverture de cette quatorzième papauté léonine.

Discours du pape Léon XIV aux membres du corps diplomatique

Le pape Léon XIV salue un membre du corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège. Photo avec l’aimable autorisation de Vatican Media.

Le mercredi 16 mai 2025, le pape Léon XIV s’est adressé aux membres du corps diplomatique accrédités auprès du Saint-Siège. Son discours réaffirme l’engagement du Saint-Siège à poursuivre la paix, la justice et la vérité dans son activité diplomatique, en disant que « dans [cette] activité diplomatique, le Saint-Siège est inspiré par une pastorale qui le conduit non pas à rechercher des privilèges, mais à renforcer sa mission évangélique au service de l’humanité ».

Consultez tous nos articles et la couverture du pape Léon XIV sur notre page :  slmedia.org/fr/pape-leon-xiv

 

DISCOURS DU PAPE LÉON XIV
AUX MEMBRES DU CORPS DIPLOMATIQUE ACCRÉDITÉ PRÈS LE SAINT-SIÈGE

Salle Clémentine
Vendredi 16 mai 2025

 

Lire le texte intégral du discours du Saint-Père aux membres du corps diplomatique ci-dessous. :

Éminence,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Que la paix soit avec vous !

Je remercie S.E. M. George Poulides, Ambassadeur de la République de Chypre et Doyen du Corps diplomatique, pour les paroles cordiales qu’il m’a adressées en votre nom à tous, et pour le travail inlassable qu’il poursuit avec la vigueur, la passion et l’amabilité qui le caractérisent. Ces qualités lui ont valu l’estime de tous mes prédécesseurs qu’il a rencontrés au cours de ces années de mission auprès du Saint-Siège, et en particulier du regretté Pape François.

Je voudrais également vous exprimer ma gratitude pour les nombreux messages de vœux qui ont suivi mon élection, ainsi que pour les messages de condoléances au décès du Pape François provenant aussi de pays avec lesquels le Saint-Siège n’entretient pas de relations diplomatiques. Il s’agit là d’une marque d’estime significative qui encourage à approfondir les relations mutuelles.

Dans notre dialogue, je voudrais que le sentiment d’appartenance à une famille prenne toujours le pas. En effet, la communauté diplomatique représente toute la famille des peuples, partageant les joies et les peines de la vie ainsi que les valeurs humaines et spirituelles qui l’animent. La diplomatie pontificale est, en effet, une expression de la catholicité même de l’Église et, dans son action diplomatique, le Saint-Siège est animé par une urgence pastorale qui le pousse non pas à rechercher des privilèges, mais à intensifier sa mission évangélique au service de l’humanité. Il combat toute indifférence et rappelle sans cesse les consciences, comme l’a fait inlassablement mon vénérable prédécesseur, toujours attentif au cri des pauvres, des nécessiteux et des marginalisés, mais aussi aux défis qui marquent notre temps, depuis la sauvegarde de la création jusqu’à l’intelligence artificielle.

En plus d’être le signe concret de l’attention que vos pays accordent au Siège Apostolique, votre présence aujourd’hui est pour moi un don qui permet de renouveler l’aspiration de l’Église – et la mienne personnelle – à rejoindre et à étreindre tous les peuples et toutes les personnes de cette terre, désireux et en quête de vérité, de justice et de paix ! D’une certaine manière, mon expérience de vie, qui s’est déroulée entre l’Amérique du Nord, l’Amérique du Sud et l’Europe, est représentative de cette aspiration à dépasser les frontières pour rencontrer des personnes et des cultures différentes.

Grâce au travail constant et patient de la Secrétairerie d’État, j’entends consolider la connaissance et le dialogue avec vous et vos pays, dont j’ai déjà eu la grâce d’en visiter un bon nombre au cours de ma vie, en particulier lorsque j’étais prieur général des Augustins. Je suis convaincu que la Divine Providence m’accordera d’autres occasions de rencontres avec les réalités dont vous êtes issus, me permettant ainsi de saisir les opportunités qui se présenteront pour confirmer la foi de tant de frères et sœurs dispersés à travers le monde, et pour construire de nouveaux ponts avec toutes les personnes de bonne volonté.

Dans notre dialogue, je voudrais que nous gardions à l’esprit trois mots clés qui constituent les piliers de l’action missionnaire de l’Église et du travail diplomatique du Saint-Siège.

Le premier mot est paix. Trop souvent, nous considérons ce mot comme “négatif”, c’est-à-dire comme la simple absence de guerre et de conflit, car l’opposition fait partie de la nature humaine et nous accompagne toujours, nous poussant trop souvent à vivre dans un “état de conflit” permanent : à la maison, au travail, dans la société. La paix semble alors n’être qu’une simple trêve, une pause entre deux conflits, car, malgré tous nos efforts, les tensions sont toujours présentes, un peu comme des braises qui couvent sous la cendre, prêtes à se rallumer à tout moment.

Dans la perspective chrétienne – comme dans d’autres expériences religieuses – la paix est avant tout un don le premier don du Christ : « Je vous donne ma paix » (Jn 14, 27). Elle est cependant un don actif, engageant, qui concerne et implique chacun de nous, indépendamment de notre origine culturelle et de notre appartenance religieuse, et qui exige avant tout un travail sur soi-même. La paix se construit dans le cœur et à partir du cœur, en déracinant l’orgueil et les revendications, et en mesurant son langage, car on peut blesser et tuer aussi par des mots, pas seulement par des armes.

Dans cette optique, je considère que la contribution que les religions et le dialogue interreligieux peuvent apporter pour favoriser des contextes de paix est fondamentale. Cela exige naturellement le plein respect de la liberté religieuse dans chaque pays, car l’expérience religieuse est une dimension fondamentale de la personne humaine, sans laquelle il est difficile, voire impossible, d’accomplir cette purification du cœur nécessaire pour construire des relations de paix.

À partir de ce travail, auquel nous sommes tous appelés, il est possible d’éradiquer les prémices de tout conflit et de toute volonté destructrice de conquête. Cela exige également une sincère volonté de dialogue, animée par le désir de se rencontrer plutôt que de s’affronter. Dans cette perspective, il est nécessaire de redonner un souffle à la diplomatie multilatérale et aux institutions internationales qui ont été voulues et conçues avant tout pour remédier aux conflits pouvant surgir au sein de la Communauté internationale. Bien sûr, il faut encore la volonté de cesser de produire des instruments de destruction et de mort, car, comme le rappelait le  pape François dans son dernier Message Urbi et Orbi, « aucune paix n’est possible sans véritable désarmement [et] le besoin de chaque peuple de pourvoir à sa propre défense ne peut se transformer en une course générale au réarmement » [1].

Le deuxième mot est justice. Poursuivre la paix exige de pratiquer la justice. Comme je l’ai déjà évoqué, j’ai choisi mon nom en pensant avant tout à Léon XIII, le Pape de la première grande encyclique sociale, Rerum novarum. Dans le changement d’époque que nous vivons, le Saint-Siège ne peut s’empêcher de faire entendre sa voix face aux nombreux déséquilibres et injustices qui conduisent, entre autres, à des conditions de travail indignes et à des sociétés de plus en plus fragmentées et conflictuelles. Il faut également s’efforcer de remédier aux inégalités mondiales, qui voient l’opulence et la misère creuser des fossés profonds entre les continents, entre les pays et même au sein d’une même société.

Il incombe à ceux qui ont des responsabilités gouvernementales de s’efforcer à construire des sociétés civiles harmonieuses et pacifiées. Cela peut être accompli avant tout en misant sur la famille fondée sur l’union stable entre un homme et une femme, « une société très petite sans doute, mais réelle et antérieure à toute société civile » [2]. En outre, personne ne peut se dispenser de promouvoir des contextes où la dignité de chaque personne soit protégée, en particulier celle des plus fragiles et des plus vulnérables, du nouveau-né à la personne âgée, du malade au chômeur, que celui-ci soit citoyen ou immigrant.

Mon histoire est celle d’un citoyen, descendant d’immigrés, lui-même émigré. Au cours de la vie, chacun d’entre nous peut se retrouver en bonne santé ou malade, avec ou sans emploi, dans sa patrie ou en terre étrangère : cependant sa dignité reste toujours la même, celle d’une créature voulue et aimée de Dieu.

Le troisième mot est vérité. On ne peut construire des relations véritablement pacifiques, même au sein de la Communauté internationale, sans vérité. Là où les mots revêtent des connotations ambiguës et ambivalentes ou le monde virtuel, avec sa perception altérée de la réalité, prend le dessus sans contrôle, il est difficile de construire des rapports authentiques, puisque les prémisses objectives et réelles de la communication font défaut.

Pour sa part, l’Église ne peut jamais se soustraire à son devoir de dire la vérité sur l’homme et sur le monde, en recourant si nécessaire à un langage franc qui peut au début susciter une certaine incompréhension. Mais la vérité n’est jamais séparée de la charité qui, à la racine, a toujours le souci de la vie et du bien de tout homme et de toute femme. D’ailleurs, dans la perspective chrétienne, la vérité n’est pas l’affirmation de principes abstraits et désincarnés, mais la rencontre avec la personne même du Christ qui vit dans la communauté des croyants. Ainsi, la vérité ne nous éloigne pas, mais au contraire elle nous permet d’affronter avec plus de vigueur les défis de notre temps comme les migrations, l’utilisation éthique de l’intelligence artificielle et la sauvegarde de notre Terre bien-aimée. Ce sont des défis qui exigent l’engagement et la collaboration de tous, car personne ne peut penser les relever seul.

Chers Ambassadeurs,

mon ministère commence au cœur d’une année jubilaire, dédiée d’une façon particulière à l’espérance. C’est un temps de conversion et de renouveau, mais surtout l’occasion de laisser derrière nous les conflits et d’emprunter un nouveau chemin, animés par l’espérance de pouvoir construire, en travaillant ensemble, chacun selon ses sensibilités et ses responsabilités, un monde dans lequel chacun pourra réaliser son humanité dans la vérité, dans la justice et dans la paix. Je souhaite que cela puisse se réaliser dans tous les contextes, à commencer par les plus éprouvés, comme celui de l’Ukraine et de la Terre Sainte.

Je vous remercie pour tout le travail que vous accomplissez afin de construire des ponts entre vos pays et le Saint-Siège, et de tout cœur je vous bénis, ainsi que vos familles et vos peuples. Merci !

[Bénédiction]

Et merci pour tout le travail que vous accomplissez !

Texte reproduit avec l’aimable autorisation de la Libreria Editrice Vaticana

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