L’Évangile de la famille pour une Église en crise

CNS/Paul Haring

Du 22 au 26 août avait lieu la 9e Rencontre des Familles à Dublin en Irlande. Durant trois jours, se sont succédés conférences, panels et prières centrés sur le thème « L’Évangile de la famille : joie pour le monde ». Le clou de cette rencontre internationale fut la visite du pape François en Irlande et où il a pu participer au Festival des Familles et célébrer une Messe à Phoenix Park comme l’avait fait avant lui le saint pape Jean-Paul II en 1979. Même si les circonstances n’étaient pas favorables à la diffusion médiatique de la beauté de la vie familiale aujourd’hui, je crois que cette Rencontre mondiale des familles de Dublin a su tout de même montrer au monde la fierté des catholiques du monde entier envers le Pape et le trésor de la foi qu’ils portent en leur cœur. Cependant, j’aimerais commencer mon analyse de cette 9e édition de la RMF par une réflexion sur le choix d’angle de couverture que nous avons choisi en tant que média catholique.

Un contexte très complexe

L’environnement médiatique entourant cet événement d’envergure a bien entendu été gravement obscurci par les scandales d’abus sexuels survenus aux États-Unis, en Irlande ainsi qu’en de nombreux pays. En effet, les révélations entourant l’ancien cardinal McCarrick, celles du Pensilvania Grand Jury Report et la plaie ouverte que représente l’histoire récente en Irlande prédestinaient cette Rencontre Mondiale des Famille à un flop monumental. Ce ne fut cependant pas le cas puisque quelque 37 000 personnes ont participé au Congrès tandis que la visite du Pape a, elle, permis de franchir une nouvelle étape dans les relations entre le peuple irlandais et l’Église dans un horizon de réconciliation.

Combattre le cléricalisme

De notre côté à Sel et Lumière, nous avons choisi d’offrir une couverture en accord avec l’objectif de la Rencontre Mondiale des familles telle que la voulait son saint fondateur c’est-à-dire de « renforcer les liens entre les familles, et témoigner de l’importance cruciale du mariage et de la famille pour la société entière ». Selon la Constitution dogmatique du Concile Vatican II Lumen Gentium, « Le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel ou hiérarchique, qui ont entre eux une différence essentielle et non seulement de degré, sont cependant ordonnés l’un à l’autre : l’un et l’autre, en effet, chacun selon son mode propre, participent de l’unique sacerdoce du Christ. » (No 10). En ce sens, concentrer le traitement médiatique de l’Église sur les abus sexuels d’une minorité du clergé revient à encourager le cléricalisme puisqu’elle met de côté la vaste majorité du peuple de Dieu. Au contraire, offrir une couverture médiatique centrée sur la beauté de la vie familiale aujourd’hui signifie aussi refuser le prisme réducteur hérité du cléricalisme.

Une couverture au service du Peuple de Dieu

Comme le disait le pape François dans une lettre adressée au Cardinal Marc Ouellet : « Le cléricalisme conduit à une homologation du laïcat ; en le traitant comme un « mandataire », il limite les différentes initiatives et efforts et, si j’ose dire, les audaces nécessaires pour pouvoir apporter la Bonne Nouvelle de l’Évangile dans tous les domaines de l’activité sociale et surtout politique ». En ce sens, bien que ce contexte de crise ait, sans contredit, éclipsé l’annonce de la beauté de la vie familiale aujourd’hui, le père Thomas Rosica, Matteo Cioffi, moi-même et l’ensemble de l’équipe de Sel et Lumière avons travaillé intensément à vous transmettre et manifester la réalité telle qu’elle s’est vécue sur le terrain, au-delà du prisme réducteur de la crise institutionnelle de l’Église. Que ce soit par les dizaines d’entrevues avec des couples et des responsables de l’Église, nos blogues ou la diffusion des différentes étapes du voyage du pape François, nous avons tenté de vous présenter une perspective centrée sur les défis propres et le rôle de la foi dans des familles catholiques aujourd’hui. Dans les prochaines semaines, nous aurons l’occasion de revisiter ensemble les différents gestes et discours du pape François en Irlande. D’ici-là, je vous invite à revoir et consulter l’ensemble de notre couverture de la Rencontre Mondiale des Familles 2018 de Dublin.

Redécouvrir Humanae Vitae 50 ans plus tard

CNS/Paul Haring

Mercredi dernier, l’Église célébrait le 50e anniversaire de la publication de l’encyclique Humanae vitae sur le mariage et la régulation des naissances. Ayant suscité depuis de vifs débats tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Église, et ce, en quantité inversement proportionnelle à la longueur du texte lui-même, ce document du Bienheureux pape Paul VI peut être analysé de plusieurs manières. En effet, pour comprendre cette encyclique, trois lectures me semblent particulièrement appropriées: 1) une perspective soulignant les enseignements comme tel; 2) une autre tenant compte du contexte historique de sa parution à aujourd’hui; 3) la double relecture ecclésiale dont Humanae vitae fut l’objet de la part des successeurs du Bienheureux Saint-Père.

Un texte au service de la vision authentique de l’amour

Comme son nom l’indique, l’encyclique Humanae Vitae porte sur « le très grave devoir de transmettre la vie humaine »(no 1). Avec ses deux mille ans d’histoire, ce n’était pas la première fois que l’Église s’exprimait sur la sexualité humaine. Il suffit de lire la Bible pour s’en convaincre. Toutefois, l’accroissement rapide des connaissances scientifiques et l’évolution des techniques dans le domaine de la reproduction exigeaient à l’époque, une nouvelle évaluation à la lumière des principes moraux découlant de la Révélation confiés à l’Église. L’encyclique réitère donc d’abord les principes (no 7-11) de l’enseignement de l’Église sur l’expression de l’Amour que sont : 1. l’intégralité de la personne dans ses dimensions corporelle et spirituelle ; 2. l’aspect entier du don corporel (fidélité, exclusivité jusqu’à la mort) ; 3. l’ouverture à la vie ou « fécondité » (no 9). En tout cela, rien de surprenant puisque le texte est en complète continuité avec l’enseignement traditionnel de l’Église. Qui avait-il donc de si nouveau pour susciter un tel de débat ?

La grande nouveauté d’Humanae vitae est l’expression d’un nouveau principe moral qui, bien qu’implicitement contenu dans ceux énumérés jusqu’alors, permettait aux couples chrétiens d’orienter l’exercice de leur sexualité devant les nouveautés de l’époque en cette matière. Le pape Paul VI, de par son autorité de successeur de Pierre, a donc promulgué l’indissociabilité des fonctions unitives et procréatives de la sexualité humaine ; promulguant que « l’acte conjugal, enmême temps qu’il unit profondément les époux, les rend aptes à la génération de nouvelles vies, selon des lois inscrites dans l’être même de l’homme et de la femme. C’est en sauvegardant ces deux aspects essentiels, union et procréation que l’acte conjugal conserve intégralement le sens de mutuel et véritable amour et son ordination à la très haute vocation de l’homme à la paternité » (no 12). À première vue, ce principe semble difficile à contredire. Pourquoi donc cet enseignement a-t-il suscité une telle controverse ?

Un enseignement simple pour une époque compliquée

Pour bien comprendre la réception mouvementée dont ce texte fut l’objet, il est important de se mettre dans le contexte des années 1960. Sans faire une étude exhaustive des faits historiques, il est possible de dire que la révolution sexuelle qui avait lieu à cette époque avait popularisé une vision de la sexualité comme simple divertissement. Cette dissociation entre engagement et sexualité d’une part, et entre sexualité et reproduction d’autre part, soutenue par ce qui était encore à l’époque une contre-culture, gagnait en influence et considérait toute critique comme un affront à la liberté individuelle à l’auto-détermination. Devant cette nouvelle idéologie hédoniste, les critères moraux promulgués par l’Église pouvaient être perçus comme rétrogrades par un nombre grandissant de personnes. Dans ce contexte, il n’est donc pas étonnant que cette société en profonde mutation cherchât par tous les moyens à ne pas écouter la parole du Pape. Toutefois, cela n’explique pas totalement les raisons d’être d’une telle polémique. Comment donc expliquer la forte contestation à l’intérieur même de l’Église contre Humanae Vitae ?

Encore une fois, le contexte aide à comprendre ce qui s’est passé. Alors même que les sociétés occidentales subissaient d’importantes transformations, l’Église elle-même effectuait son « aggiornamento » avec le Concile Vatican II. Fruit de l’Esprit Saint, de la prière, des discussions et des réflexions de l’épiscopat mondial avec au centre le Saint-Père, le Concile avait exprimé sa volonté d’une grande réforme dans l’agir pastoral de l’Église et, ce, à tous les niveaux. Ainsi, pleinement incarnés dans le monde, les chrétiens du Québec, par exemple, ont pu voir dans les changements de Vatican II, une sorte de Nihil Obstat de l’Église face aux nouvelles orientations de la société. Bien que cela soit vrai en partie, il n’en demeure pas moins que l’horizon d’attentes de certains catholiques en occident en matière sexuelle (telles que la libéralisation de l’avortement, de la contraception, de la stérilisation, de la PMA, etc. (no 14)) impliquait une contradiction avec l’Enseignement du Christ et la Tradition de l’Église. Un clash était ainsi à prévoir et c’est ce qui est  arrivé. On a donc accusé le Bienheureux Paul VI de ne pas être fidèle à « l’Esprit du Concile »; d’où la défection ou, du moins, une contestation d’un grand nombre de catholiques en occident sur cette question particulière.  Cependant, notre compréhension ne pourrait s’arrêter sans prendre en compte deux évolutions importantes et qui se sont déroulées au cours de ces 50 années.

Cinquante ans de tumultes fructueux

Cette tension fondamentale, à la fois externe et interne à l’Église, allait devoir demander des autorités compétentes fermeté et tact. Sous ces deux aspects, il me semble que les papes ont été à la hauteur de cet impressionnant défi. Dans un premier temps, ce que plusieurs ont appelé la « crise » post conciliaire liée à l’interprétation de Vatican II fut définitivement une des priorités du saint pape Jean-Paul II et de Benoît XVI, tout spécialement en ce qui concerne l’enseignement sur la sexualité humaine. En effet, il est aujourd’hui admis que la « Théologie du corps » de saint Jean-Paul II fait partie des grands héritages du saint Polonais à l’Église tout entière. Relisant Humanae Vitae pour le bien de cet article, il me semblait que le langage de l’encyclique semble, de par son style très direct, être d’un autre temps ; ce qui pourrait être un obstacle pour la transmission de son contenu, lui, plus que jamais actuel. Ainsi, par son travail intellectuel, Jean-Paul II a réussi à manifester la beauté de l’enseignement du Bienheureux Paul VI tout en gardant les garde-fous indispensables contre « l’exploitation de l’homme par l’homme », ce qui abonde en nos sociétés.

Une deuxième étape, plus récente celle-là, manifeste quant à elle, le côté « prophétique » des enseignements d’Humanae Vitae. En effet, bien que ne dépendant pas d’une approche « conséquentialiste », les mises en garde qui s’y trouvent ne semblent pas avoir perdu de leur pertinence. Qui tenterait de nier aujourd’hui l’augmentation de « l’infidélité conjugale et l’abaissement général de la moralité » ou « l’arme dangereuse que l’on viendrait à mettre ainsi aux mains d’autorités publiques peu soucieuses des exigences morales » (no 17) ou en d’autres termes, de ce « colonialisme idéologique » que l’on voit s’imposer dans de nombreux pays en voie de développement depuis 50 ans ? Enfin, on note bien aujourd’hui les effets extrêmement néfastes sur l’environnement de ce refus de « reconnaître des limites infranchissables au pouvoir de l’homme sur son corps et sur ses fonctions » (no 17). Comme le dit le pape François :

« L’acceptation de son propre corps comme don de Dieu est nécessaire pour accueillir et pour accepter le monde tout entier comme don du Père et maison commune ; tandis qu’une logique de domination sur son propre corps devient une logique, parfois subtile, de domination sur la création. Apprendre à recevoir son propre corps, à en prendre soin et à en respecter les significations, est essentiel pour une vraie écologie humaine. » (no 155).

Redécouvrir Humanae Vitae 50 ans plus tard

À l’heure où nous fêtons les 50 ans de la publication d’Humanae Vitae, je vous invite à relire ce document important qui, tant par son contenu, son histoire ou la validité de ses enseignements, nous porte à contempler le charisme d’enseignement de l’Église qui, grâce à l’Esprit Saint (Can. 747 – § 1), nous offre les instruments pour vivre une vie pleinement libre. Comme le pape Paul VI le disait lui-même : « L’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres, ou s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins ». Loin des modes idéologiques, le témoignage de fermeté dans l’amour du Bienheureux pape Paul VI nous permet de connaître sans œillères, la vérité sur la sexualité humaine.

Débat à New York sur les cinq ans du pape François

Cette semaine avait lieu, à l’université Fordham de New York, une conférence sur les cinq premières années de pontificat du pape François. Organisé par le Fordham Center for Religion and Culture, en partenariat avec la Religion News Foundation et Télévision Sel et Lumière, ce panel de discussion réunissait deux figures importantes du catholicisme américain. Ce qui a attiré l’attention du public autour de ce débat fut certainement les différentes polémiques dans lesquelles les deux commentateurs de la vie ecclésiale se sont engagés l’un contre l’autre sur Tweeter depuis quelques temps déjà.

Appelés à se prononcer sur les cinq ans de pontificat du pape François, Massimo Faggioli Ph.D, professeur à Villanova University ainsi que Ross Douthat, chroniqueur au très célèbre New York Times, ont offert deux points de vue à la fois contrastés et, selon moi, complémentaires. Sans vouloir résumer tous les sujets abordés, il me semble que le centre de ce débat consistait à répondre aux questions suscitées par les « nouveautés » du pontificat du pape François.

La critique d’un catholicisme « dilué »

Ross Douthat, s’affirmant lui-même de « centre-droit », considère que les différents éléments positifs du pape François comme par exemple : « le changement de trame narrative dans le traitement de l’Église dans les médias américains » ne doivent pas cacher les côtés qui, selon lui, sont moins positifs. De fait,  les différentes polémiques entourant l’interprétation d’Amoris Laetitia sur la question de la communion pour les divorcés remariés civilement ne doivent pas être prises à la légère. Pour l’auteur de To Change the Church : Pope Francis and the futur of Catholicism, cette question est l’une des manifestations d’une division profonde au sein de l’Église. « Avec Jean-Paul II, nous avions trouvé un équilibre dans l’interprétation du Concile Vatican II », or, en laissant cette polémique grandir comme l’a fait le pape François, « beaucoup de fidèles ont l’impression que le débat n’est pas aussi clos que le laissait entendre Familiaris Consortio no 84″. D’où, l’apparence, à tout le moins, de contradiction entre les deux pontificats.

« beaucoup de fidèles ont l’impression que le débat n’est pas aussi clos que le laissait entendre Familiaris Consortio no 84″. D’où, l’apparence, à tout le moins, de contradiction entre les deux pontificats.

En ce sens, la mise en doute de l’aspect définitif de la discipline maintenue dans l’exhortation apostolique du saint Pape polonais pourrait, selon lui prendre des dimensions démesurées. Reprenant l’expression du philosophe Zygmunt Bauman selon laquelle notre modernité serait « liquide » c’est-à-dire qu’elle procéderait à une « dilution » des institutions, des vérités, et dans ce cas-ci, du dépôt de la foi lui-même, plusieurs considèrent cette mise en cause de la discipline de Jean-Paul II comme une dilution du message de l’Évangile. Pour, Ross Douthat, le pape François aurait pu utiliser son charisme afin de « mener l’Église au-delà des polémiques intra-ecclésiales des années 1970 entre progressistes et conservateurs et proposer un catholicisme portant une vision holistique comme alternative au matérialisme généralisé ». Malheureusement, selon le chroniqueur du NYT, à certains égards, « il nous a ramené en arrière ». En ouvrant de nouveau ces questions internes à l’Église, il l’a replongée, du moins en Occident, dans cette attitude « auto référentielle » qu’il voulait lui-même éviter.

Entre continuité et discontinuité

En réponse à cette vision d’un « catholicisme dilué », perspective qui serait celle du Pape actuel, Massimo Faggioli Ph.D. propose une interprétation à la lumière du Concile Vatican II. Deux questions se sont posées dans le débat et elles sont fondamentalement liées, à savoir : « le présent pontificat est-il en continuité ou non avec les précédents et la Tradition catholique ? » et « quel genre de relation le catholicisme doit-il entretenir avec le monde extérieur ? ». Notre jugement sur le pape François changera dépendamment de la réponse donnée à chacune de ces questions.

En Amérique, selon le professeur Faggioli, nous assistons à la confrontation entre « un néo-traditionalisme du côté conservateur et un post-traditionalisme du côté libéral », ce qui vicie le débat fondamentalement puisque l’on cherche à opposer des visions qui pourraient être complémentaires si nous avions une vision équilibrée de ce qu’est la « Tradition ». L’une et l’autre de ces tendances tendent à propager un type de catholicisme qui n’est pas soutenable intellectuellement.

Ainsi, comprenant que la discontinuité elle-même est très « traditionnelle », les catholiques pourraient plus aisément faire les distinctions nécessaires pour percevoir la continuité inhérente au pontificat du pape François avec tous ses prédécesseurs.

En ce sens, il ne fait aucun doute que le pape François n’est ni d’une tendance, ni de l’autre. Pour comprendre fidèlement la portée et l’orientation de son pontificat, la solution serait plutôt d’avoir une vision cohérente de la tradition qui sache conjuguer les éléments de continuité et de discontinuité propres à l’évolution d’une institution comme l’Église à travers l’histoire. Ainsi, comprenant que la discontinuité elle-même est très « traditionnelle », les catholiques pourraient plus aisément faire les distinctions nécessaires pour percevoir la continuité inhérente au pontificat du pape François avec tous ses prédécesseurs.

Une culture de la rencontre

Devons-nous considérer le catholicisme comme un lieu de préservation d’une foi, d’une culture et d’une communauté devant un monde en pleine décadence morale, intellectuelle et religieuse ? L’Église est-elle au contraire appelée à rester au milieu du monde dans une relation de dialogue et d’échanges avec lui ? Contrairement à ce que l’on pense souvent, il est, selon moi, possible de répondre aux deux questions par l’affirmative. C’est ce que je retiens des échanges.

Après une heure et demie de débat intense, ni la bonne humeur, ni la pertinence de l’argumentation n’ont cédé la place à une quelconque mesquinerie. Nous avons assisté à un riche débat d’idées dans lequel prévalait une authentique recherche de la vérité. Chacun des deux débatteurs étaient satisfaits et heureux d’avoir pu partager sa vision des cinq années de pontificat du pape François et d’avoir pu présenter au monde ce que signifie concrètement construire « une culture de la rencontre ». Espérons que d’autres initiatives comme celle-ci seront mises de l’avant afin de briser les solitudes idéologiques.

Filmé par Télévision Sel et Lumière, vous pouvez visionner ce débat au lien suivant.

Rencontre avec un témoin de Vatican II

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Comme nous le savons, cette année sera l’occasion de fêter le cinquantième anniversaire de la clôture du Concile Vatican II. Pour l’occasion et afin d’en apprendre un peu plus sur cet événement exceptionnel, je me suis rendu à Ottawa afin d’y rencontrer un de ses rares témoins. Mgr Jacques Landriault, aujourd’hui âgé de 93 ans, n’a rien perdu de sa ferveur et de la joie à proclamer haut et fort l’Évangile du Christ. Mgr Landriault était à peine ordonné évêque auxiliaire du diocèse d’Alexandria-Cornwall lorsqu’il fut appelé à représenter les évêques canadiens au Concile Vatican II. Énorme tâche qu’il avoue n’avoir pu accepter que grâce à la même Force de l’Esprit qui lui avait permis de dire « oui » à son ordination comme « successeur d’apôtre » comme il le dit.

Mgr Landriault a donc pu participer activement aux 2e, 3e et 4e sessions du Concile. Durant ces trois années romaines, il s’est dédié totalement à connaître et à s’imprégner le plus possible de l’atmosphère de renouveau qui soufflait sur l’Église. En ce sens, ce père conciliaire n’hésite pas à utiliser l’image d’un « printemps » de l’Église, d’une période où, d’un commun accord, on désirait ardemment s’abreuver à cette source intarissable qu’est l’Évangile. Ce souci d’authenticité, c’est ce qui a animé Mgr Landriault durant toute sa vie de pasteur. Pour lui, le Concile fut véritablement :

« Une intervention visible (et même sentie !) de l’Esprit Saint pour donner à l’Église un élan nouveau […], l’air frais dont l’Église avait tellement besoin, le souffle de l’Esprit, pour nous donner une vie nouvelle. »

Ce qui reste gravé dans sa mémoire est sans aucun doute la rencontre des évêques en assemblée générale. Au tout début, les 2 800 évêques ne se connaissaient pas entre eux. À la fin du Concile, de nombreuses amitiés étaient nées non pas seulement au sein de l’épiscopat d’un même pays mais aussi entre évêques de différentes nationalités. Selon lui, le Concile a ainsi réussi à faire tomber les murs qui existaient entre les évêques de nations différentes et ainsi ouvrir des perspectives nouvelles. En ce sens, on peut dire que leunnamed Concile a précédé de quelques décennies la globalisation actuelle!

À la question sur le moment qui l’a le plus marqué durant ces années, Mgr Landriault détourne mes yeux de Rome pour me ramener au Canada. Pour lui, le Concile s’est vécu d’abord et avant tout dans ses propres diocèses : à Hearst d’abord et à Timmins ensuite où il fut évêque pendant 19 ans. Pour lui, le Concile devait être vécu par l’ensemble des baptisés. C’est ainsi qu’il a envoyé aux études 15 prêtres pour qu’ils approfondissent les 16 documents conciliaires. Il souhaitait que les membres du peuple de Dieu qui lui avait été confiés soient nourris directement de Vatican II et non, comme il le dit ouvertement, de certaines idées qu’on véhiculait aisément dans les médias de l’époque. Il s’est donc dévoué à donner des outils de formation très poussés, en mesure de donner la nourriture intellectuelle et spirituelle nécessaire pour répondre correctement à l’appel universel à la sainteté. [Read more…]

Benoît XVI parle « de la joie du Concile »

Ce jeudi, dans le cadre de sa rencontre avec les curés de Rome et le clergé résidant dans le diocèse, Benoît XVI a longuement évoqué le Concile Vatican II, confiant en particulier des souvenirs personnels d’expert. Voici de larges extraits de son intervention improvisée:

Nous jeunes experts, « nous nous sommes rendus avec joie au Concile, et même avec enthousiasme car cela ouvrait une perspective incroyable. Nous espérions que tout serait rénové, une nouvelle Pentecôte, une nouvelle ère de l’Eglise ». Malgré ses apparences de santé, « on sentait que l’Eglise n’avançait pas, qu’elle se repliait, qu’elle semblait plus une chose du passé qu’un instrument d’avenir. On espérait donc que le rapport au monde se renouvelle, qu’il change, que l’Eglise soit à nouveau une force pour le monde contemporain et celui à venir. Depuis le débit de l’époque moderne le rapport au monde de l’Eglise était ambigu, à commencer par l’affaire Galilée. On espérait…trouver un nouveau lien entre l’Eglise et le mieux des forces de la société, en vue d’offrir à l’humanité un progrès authentique ». On commença par faire connaissance les uns des autres, ce qui n’était pas acquis d’avance. « Ce fut déjà une expérience de l’universalité de l’Eglise et de ses réalités, d’une Eglise qui ne reçoit pas seulement des instructions d’en haut, mais avance de toute manière sous la conduite du Successeur de Pierre ». Les questions avancées par les pères conciliaires étaient la liturgie, la Parole, la Révélation et l’oecuménisme. « Rétrospectivement, j’estime qu’il était très positif de commencer par la liturgie, avec le primat de Dieu et de l’adoration ». Le Concile a parlé de Dieu, et ce sujet fut son premier soucis: « Ouvrir…le peuple des fidèles à l’adoration de Dieu dans la célébration communautaire de l’Eucharistie ». S’est alors posé la question de l’intelligibilité de la liturgie: « Plutôt que de rester close dans une langue oubliée et non parlée, elle devait activement vécue. Malheureusement ce point a été victime de malentendus ». Mais il y avait un second point relatif à l’Eglise: « On voulait dire et comprendre que l’Eglise n’est pas seulement une organisation, quelque chose de structurel, juridique, institutionnel, mais d’abord un organisme, une réalité vitale, qui entre dans mon âme, de sorte que moi-même, justement avec mon âme de croyant je suis un élément constructif de l’Eglise en tant que telle… L’Eglise n’est pas une structure; nous chrétiens, ensemble, sommes tous le Corps vivant de l’Eglise. Et, naturellement cela signifie que nous, le vrai nous des croyants, avec le moi du Christ constituons l’Eglise; chacun de nous, pas un nous, un groupe qui se déclare Eglise”. [Read more…]

Risquer l’espérance: l’Institut de pastorale des Dominicains

À Montréal, l’Institut de pastorale des Dominicains célèbre en 2010-2011 son cinquantième anniversaire. Reportage de Sr Marie-Noëlle Chaumette.