Rencontre avec un témoin de Vatican II

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Comme nous le savons, cette année sera l’occasion de fêter le cinquantième anniversaire de la clôture du Concile Vatican II. Pour l’occasion et afin d’en apprendre un peu plus sur cet événement exceptionnel, je me suis rendu à Ottawa afin d’y rencontrer un de ses rares témoins. Mgr Jacques Landriault, aujourd’hui âgé de 93 ans, n’a rien perdu de sa ferveur et de la joie à proclamer haut et fort l’Évangile du Christ. Mgr Landriault était à peine ordonné évêque auxiliaire du diocèse d’Alexandria-Cornwall lorsqu’il fut appelé à représenter les évêques canadiens au Concile Vatican II. Énorme tâche qu’il avoue n’avoir pu accepter que grâce à la même Force de l’Esprit qui lui avait permis de dire « oui » à son ordination comme « successeur d’apôtre » comme il le dit.

Mgr Landriault a donc pu participer activement aux 2e, 3e et 4e sessions du Concile. Durant ces trois années romaines, il s’est dédié totalement à connaître et à s’imprégner le plus possible de l’atmosphère de renouveau qui soufflait sur l’Église. En ce sens, ce père conciliaire n’hésite pas à utiliser l’image d’un « printemps » de l’Église, d’une période où, d’un commun accord, on désirait ardemment s’abreuver à cette source intarissable qu’est l’Évangile. Ce souci d’authenticité, c’est ce qui a animé Mgr Landriault durant toute sa vie de pasteur. Pour lui, le Concile fut véritablement :

« Une intervention visible (et même sentie !) de l’Esprit Saint pour donner à l’Église un élan nouveau […], l’air frais dont l’Église avait tellement besoin, le souffle de l’Esprit, pour nous donner une vie nouvelle. »

Ce qui reste gravé dans sa mémoire est sans aucun doute la rencontre des évêques en assemblée générale. Au tout début, les 2 800 évêques ne se connaissaient pas entre eux. À la fin du Concile, de nombreuses amitiés étaient nées non pas seulement au sein de l’épiscopat d’un même pays mais aussi entre évêques de différentes nationalités. Selon lui, le Concile a ainsi réussi à faire tomber les murs qui existaient entre les évêques de nations différentes et ainsi ouvrir des perspectives nouvelles. En ce sens, on peut dire que leunnamed Concile a précédé de quelques décennies la globalisation actuelle!

À la question sur le moment qui l’a le plus marqué durant ces années, Mgr Landriault détourne mes yeux de Rome pour me ramener au Canada. Pour lui, le Concile s’est vécu d’abord et avant tout dans ses propres diocèses : à Hearst d’abord et à Timmins ensuite où il fut évêque pendant 19 ans. Pour lui, le Concile devait être vécu par l’ensemble des baptisés. C’est ainsi qu’il a envoyé aux études 15 prêtres pour qu’ils approfondissent les 16 documents conciliaires. Il souhaitait que les membres du peuple de Dieu qui lui avait été confiés soient nourris directement de Vatican II et non, comme il le dit ouvertement, de certaines idées qu’on véhiculait aisément dans les médias de l’époque. Il s’est donc dévoué à donner des outils de formation très poussés, en mesure de donner la nourriture intellectuelle et spirituelle nécessaire pour répondre correctement à l’appel universel à la sainteté.

Bien que de grands pas aient été franchis, la formation de tous les baptisés reste un défi de taille pour lequel, comme il le dit lui-même, les évêques du Canada ont redoublé d’effort, surtout dans le domaine des communications :

«  C’est pas pour nous vanter, c’est une réalité. Rien que le fait d’avoir une télévision catholique au Canada et d’avoir réussi à rencontrer, à préparer une trentaine d’accompagnateurs dans les émissions de Tom Rosica comme animateur. Même des théologiens avertis ! Je le reconnais chez la majorité des personnes qui font des interviews, et des rencontres avec différentes personnes. Cela est un signe évident que l’Église canadienne est sur le chemin de Vatican II. […] Je suis toujours nourri par Sel + Lumière. Une telle télévision devrait se trouver dans le monde entier, dans le Canada et dans le monde entier ! Mais d’abord au Canada. Tous les diocèses devraient avoir la possibilité d’avoir S+L dans leur diocèse.  »

Pour Mgr Landriault, l’existence de Sel et Lumière est un des signes visibles de Vatican II ici au Canada ! En somme, pour lui Vatican II a porté d’énormes fruits, tant en purifiant certaines attitudes et structures héritées du passé et qui devaient évoluer, qu’en présentant une conception de l’Église dans laquelle tous étaient en mesure d’avoir leur juste place. Prions pour que le chemin parcouru durant ces 50 dernières années ne soient que le commencement de cet « été » que le « printemps » du Concile nous aura préparé.