Audience Générale du pape Léon XIV – Mercredi 8 avril 2026

Image de Turgay Koca sur Pexels.

En cette audience générale du 8 avril, le pape Léon XIV a invité les fidèles à redécouvrir l’appel universel à la sainteté, au cœur de la vie chrétienne. S’appuyant sur Lumen gentium, il a rappelé que chaque baptisé est appelé à vivre dans la charité, la foi et la conversion quotidienne.

Lisez le texte intégral de son discours ci-dessous. Vous pourrez suivre l’intégralité de l’émission sur Sel + Lumière TV ce soir à 19h00 HE, 16h00 HP et sur slmedia.org/fr/endirect.

Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

La Constitution du Concile Vatican II Lumen Gentium (LG) sur l’Église consacre un chapitre entier, le cinquième, à la vocation universelle à la sainteté de tous les fidèles : chacun de nous est appelé à vivre dans la grâce de Dieu, à pratiquer les vertus et à se conformer au Christ. La sainteté, selon la Constitution conciliaire, n’est pas un privilège réservé à quelques-uns, mais un don qui engage chaque baptisé à tendre vers la perfection de la charité, c’est-à-dire vers la plénitude de l’amour envers Dieu et envers son prochain. La charité est, en effet, le cœur de la sainteté à laquelle tous les croyants sont appelés : infusée par le Père, à travers son Fils Jésus, cette vertu « oriente tous les moyens de sanctification, leur donne leur âme et les conduit à leur fin » (LG, 42). Le plus haut degré de sainteté, comme aux origines de l’Église, est le martyre, « témoignage suprême de la foi et de la charité » (LG, 50) : c’est pourquoi le texte conciliaire enseigne que tout croyant doit être prêt à confesser le Christ jusqu’à verser son sang (cf. LG, 42), comme cela s’est toujours produit et se produit encore aujourd’hui. Cette disponibilité au témoignage se manifeste chaque fois que les chrétiens laissent dans la société des signes de foi et d’amour, en s’engageant pour la justice.

Tous les sacrements, de façon éminente l’Eucharistie, sont une nourriture qui font croitre une vie sainte, assimilant chaque personne au Christ, modèle et mesure de la sainteté. Il sanctifie l’Église, dont il est le Chef et le Pasteur : la sainteté est, dans cette perspective, son don, qui se manifeste dans notre vie quotidienne chaque fois que nous l’accueillons avec joie et y répondons avec engagement. À ce propos, saint Paul VI, lors de l’audience générale du 20 octobre 1965, rappelait que l’Église, pour être authentique, désire que tous les baptisés soient « des saints, c’est-à-dire véritablement ses enfants dignes, forts et fidèles ». Ceci s’accomplit comme une transformation intérieure, par laquelle la vie de chaque personne est conformée au Christ par la vertu de l’Esprit Saint (cf. Rm 8,29; LG, 40).

Lumen Gentium décrit la sainteté de l’Église catholique comme l’une de ses caractéristiques constitutives, à recevoir dans la foi, car elle est considérée comme « indéfectiblement sainte » (LG, 39). Cela ne signifie pas qu’elle le soit pleinement et parfaitement, mais qu’elle est appelée à confirmer ce don divin durant son pèlerinage vers la destination éternelle, marchant « à travers les persécutions du monde et les consolations de Dieu » (Saint Augustin, De civ. Dei 51,2 ; LG, 8). La triste réalité du péché dans l’Église, c’est-à-dire en chacun de nous, invite chacun de nous à entreprendre un changement de vie sérieux, en nous confiant au Seigneur, qui nous renouvelle dans la charité. Cette grâce infinie précisément, qui sanctifie l’Église, nous remet une mission à accomplir jour après jour : celle de notre conversion. Ainsi, la sainteté n’a pas seulement une nature pratique, comme si elle pouvait se réduire à un engagement éthique, aussi grand soit-il, mais elle concerne l’essence même de la vie chrétienne, tant personnelle que communautaire.

Dans cette perspective, la vie consacrée joue un rôle décisif, et la Constitution conciliaire en parle au chapitre six (cf. nn 43-47). Chez le peuple saint de Dieu, elle constitue un signe prophétique du monde nouveau, vécu ici et maintenant dans l’histoire. En effet, ces conseils évangéliques qui façonnent toute expérience de la vie consacrée : la pauvreté, la chasteté et l’obéissance, sont des signes du Royaume de Dieu, déjà présents dans le mystère de l’Église. Ces trois vertus ne sont pas des prescriptions qui enchainent la liberté, mais des dons libérateurs de l’Esprit Saint, par lesquels certains fidèles sont totalement consacrés à Dieu. La pauvreté exprime une confiance totale en la Providence, libérant du calcul et de l’intérêt personnel ; l’obéissance a pour modèle le don de soi que le Christ a fait au Père, libérant de la suspicion et de la domination ; la chasteté est le don d’un cœur entier et pur dans l’amour, au service de Dieu et de l’Église.

En se conformant à ce mode de vie, les personnes consacrées témoignent de la vocation universelle à la sainteté de toute l’Église, sous la forme d’un engagement radical. Les conseils évangéliques manifestent la pleine participation à la vie du Christ, jusqu’à la croix : c’est précisément par le sacrifice du Crucifié que nous sommes tous rachetés et sanctifiés ! Contemplant cet événement, nous savons qu’il n’est aucune expérience humaine que Dieu ne rachète : même la souffrance, vécue en union avec la Passion du Seigneur, devient un chemin vers la sainteté. La grâce qui convertit et transforme la vie nous fortifie ainsi dans chaque épreuve, nous indiquant pour but non pas un idéal lointain, mais la rencontre avec Dieu, qui s’est fait homme par amour. Que la Vierge Marie, Mère toute sainte du Verbe incarné, soutienne et protège toujours notre chemin.

Texte reproduit avec l’aimable autorisation de la Libreria Editrice Vaticana

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Prière du Regina Caeli par le pape Léon XIV

Crédit photo : Vatican Media

Lisez ci-dessous le texte intégral de l’homélie du Saint-Père.

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REGINA CAELI

Lundi de l’Ange, 6 avril 2026

 

Chers frères et sœurs, le Christ est ressuscité ! Joyeuses Pâques !

Cette salutation, pleine d’émerveillement et de joie, nous accompagnera tout au long de la semaine. En fêtant le jour nouveau que le Seigneur a fait pour nous, la liturgie célèbre l’entrée de toute la création dans le temps du salut : le désespoir de la mort est supprimé pour toujours, au nom de Jésus.

L’Évangile d’aujourd’hui (Mt 28, 8-15) nous demande de choisir entre deux récits : celui des femmes, qui ont rencontré le Ressuscité (v. 9-11), ou celui des gardes, qui ont été soudoyés par les chefs du Sanhédrin (v. 11-14). Les premières annoncent la victoire du Christ sur la mort ; les seconds annoncent que la mort l’emporte toujours et quoi qu’il arrive. Dans leur version, en effet, Jésus n’est pas ressuscité, mais son cadavre a été volé. D’un même fait, le tombeau vide, jaillissent deux interprétations : l’une est source de vie nouvelle et éternelle, l’autre de mort certaine et définitive.

Ce contraste nous invite à réfléchir sur la valeur du témoignage chrétien et sur l’honnêteté de la communication humaine. Souvent, en effet, le récit de la vérité est occulté par les fake news, comme on dit aujourd’hui, c’est-à-dire par des mensonges, des insinuations et des accusations sans fondement. Face à ces obstacles, cependant, la vérité ne reste pas cachée, bien au contraire : elle vient à notre rencontre, vivante et rayonnante, illuminant les ténèbres les plus épaisses. Comme aux femmes arrivées au tombeau, Jésus nous dit aujourd’hui : « N’ayez pas peur ! Allez annoncer » (v. 10). Il devient ainsi lui-même la bonne nouvelle à témoigner au monde : la Pâque du Seigneur est notre Pâque, la Pâque de l’humanité, car cet homme, qui est mort pour nous, est le Fils de Dieu, qui a donné sa vie pour nous. Tout comme le Ressuscité, toujours vivant et présent, libère le passé d’une fin destructrice, de même l’annonce pascale rachète notre avenir du tombeau.

Très chers amis, combien il est important que cet Évangile rejoigne avant tout ceux qui sont opprimés par la méchanceté qui corrompt l’histoire et trouble les consciences ! Je pense aux peuples tourmentés par la guerre, aux chrétiens persécutés à cause de leur foi, aux enfants privés d’éducation. Annoncer, en paroles et en actes, la Pâque du Christ, c’est redonner une voix à l’espérance, qui serait autrement étouffée entre les mains des violents. Lorsque la Bonne Nouvelle est proclamée dans le monde, elle éclaire toutes les ombres, en tout temps.

Avec une affection particulière, à la lumière du Ressuscité, nous nous souvenons aujourd’hui du Pape François qui, le lundi de Pâques de l’année dernière, a rendu sa vie au Seigneur. Alors que nous faisons mémoire de son grand témoignage de foi et d’amour, prions ensemble la Vierge Marie, Siège de la sagesse, afin que nous puissions devenir des annonciateurs toujours plus lumineux de la vérité.

Texte reproduit avec l’aimable autorisation de la Libreria Editrice Vaticana

 

Homélie du pape Léon XIV lors de la messe de Pâques

Messe du Dimanche de Pâques présidée par le pape Léon XIV, dimanche 5 avril 2026.

Lisez ci-dessous le texte intégral de l’homélie du Saint-Père.

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DIMANCHE DE PÂQUES « RÉSURRECTION DU SEIGNEUR »

HOMÉLIE DU PAPE LÉON XIV

Dimanche de Pâques, 5 avril 2026

Chers frères et sœurs,

la création tout entière resplendit aujourd’hui d’une lumière nouvelle, un chant de louange s’élève de la terre, notre cœur exulte de joie : le Christ est ressuscité d’entre les morts et, avec Lui, nous ressuscitons nous aussi à une vie nouvelle !

Cette annonce pascale embrasse le mystère de notre vie, la destinée de l’histoire, et elle nous atteint jusque dans les abîmes de la mort, par lesquels nous nous sentons menacés et parfois submergés. Elle nous ouvre à l’espérance qui ne faiblit pas, à la lumière qui ne se couche pas, à cette plénitude de joie que rien ne peut détruire : la mort a été vaincue pour toujours, la mort n’a plus de pouvoir sur nous !

C’est un message qui n’est pas toujours facile à accueillir, une promesse que nous avons du mal à accepter, car le pouvoir de la mort nous menace sans cesse, à l’intérieur comme à l’extérieur.

Au plus profond de nous-mêmes, lorsque le boulet de nos péchés nous empêche de prendre notre envol, lorsque les déceptions ou la solitude que nous vivons assèchent nos espérances, lorsque les soucis ou les rancœurs étouffent la joie de vivre, lorsque nous éprouvons de la tristesse ou de la fatigue, lorsque nous nous sentons trahis ou rejetés, lorsque nous devons faire face à notre faiblesse, à la souffrance, à la fatigue de chaque jour, alors nous avons l’impression de nous trouver dans un tunnel dont nous ne voyons pas la sortie.

Mais aussi en dehors de nous, la mort est toujours à l’affût. Nous la voyons présente dans les injustices, dans les égoïsmes partisans, dans l’oppression des pauvres, dans le manque d’attention envers les plus fragiles. Nous la voyons dans la violence, dans les blessures du monde, dans le cri de douleur qui s’élève de toutes parts face aux abus qui écrasent les plus faibles, face à l’idolâtrie du profit qui pille les ressources de la terre, face à la violence de la guerre qui tue et détruit.

Dans cette réalité, la Pâques du Seigneur nous invite à lever les yeux et à ouvrir notre cœur. Elle continue de nourrir dans notre esprit et au fil de l’histoire la semence de la victoire promise. Elle nous met en mouvement, comme Marie de Magdala et comme les Apôtres, pour nous faire découvrir que le tombeau de Jésus est vide, et qu’ainsi, dans toute mort que nous expérimentons, se trouve aussi de la place pour une vie nouvelle qui surgit. Le Seigneur est vivant et demeure avec nous. Il ouvre notre cœur à l’espérance qui nous soutient par les fissures de résurrection qui s’ouvrent dans les ténèbres : le pouvoir de la mort n’est pas la destinée ultime de notre vie. Nous sommes orientés une fois pour toutes vers la plénitude car, dans le Christ ressuscité, nous sommes nous aussi ressuscités.

Le Pape François nous le rappelait avec émotion dans sa première Exhortation apostolique, Evangelii gaudium, en affirmant que la résurrection du Christ « n’est pas un fait relevant du passé ; elle a une force de vie qui a pénétré le monde. Là où tout semble être mort, de partout, les germes de la résurrection réapparaissent. C’est une force sans égale. Il est vrai que souvent Dieu semble ne pas exister : nous constatons que l’injustice, la méchanceté, l’indifférence et la cruauté ne faiblissent pas. Pourtant, il est aussi certain que commence à germer quelque chose de nouveau dans l’obscurité, qui tôt ou tard produira du fruit » (n° 276).

Frères et sœurs, la Pâque du Seigneur nous donne cette espérance, en nous rappelant que, dans le Christ ressuscité, une nouvelle création est possible chaque jour. C’est ce que nous dit l’Évangile proclamé aujourd’hui qui situe l’événement de la résurrection « le premier jour de la semaine » (Jn 20, 1). Le jour de la résurrection du Christ nous renvoie ainsi à la création, à ce premier jour où Dieu créa le monde, et il nous annonce en même temps qu’une vie nouvelle, plus forte que la mort, est en train de naître pour l’humanité.

Pâques est la nouvelle création opérée par le Seigneur ressuscité. Elle est un nouveau départ, elle est la vie enfin rendue éternelle par la victoire de Dieu sur l’ancien Adversaire.

Nous avons besoin aujourd’hui de ce chant d’espérance. Et c’est à nous, ressuscités avec le Christ, qu’il revient de le porter dans les rues du monde. Courons donc comme Marie de Magdala, annonçons-le à chacun, portons par notre vie la joie de la résurrection afin que partout où plane encore le spectre de la mort, la lumière de la vie puisse resplendir.

Que le Christ, notre Pâques, nous bénisse et donne sa paix au monde entier !

Texte reproduit avec l’aimable autorisation de la Libreria Editrice Vaticana

 

Message « Urbi et Orbi » du pape Léon XIV

Bénédictions du pape Léon XIV lors du message « Urbi et Orbi » le dimanche de Pâques 5 avril 2026.

Lisez ci-dessous le texte intégral de l’homélie du Saint-Père.

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MESSAGE « URBI ET ORBI »
DU PAPE LÉON XIV

PÂQUES 2026

Dimanche 5 avril 2026

Frères et sœurs,

Le Christ est ressuscité ! Joyeuses Pâques !

Depuis des siècles, l’Église chante avec joie l’événement qui est l’origine et le fondement de sa foi : « Le Maître de la vie mourut ; vivant, il règne. Nous le savons : le Christ est vraiment ressuscité des morts. Roi victorieux, prends-nous tous en pitié » (Séquence de Pâques).

Pâques est une victoire : celle de la vie sur la mort, de la lumière sur les ténèbres, de l’amour sur la haine. Une victoire au prix très élevé : le Christ, le Fils du Dieu vivant (cf. Mt 16,16), a dû mourir, et mourir sur une croix, après avoir subi une injuste condamnation, avoir été moqué et torturé, et avoir versé tout son sang. En tant que véritable Agneau immolé, il a pris sur lui le péché du monde (cf. Jn 1,29 ; 1 P 1,18-19) et nous a ainsi tous libérés, avec la création, de la domination du mal.

Mais comment Jésus a-t-il vaincu ? Quelle est la force avec laquelle il a vaincu une fois pour toutes l’ancien Adversaire, le Prince de ce monde (cf. Jn 12, 31) ? Quelle est la puissance avec laquelle Il est ressuscité d’entre les morts, non pas pour revenir à la vie d’avant, mais pour entrer dans la vie éternelle et ouvrir ainsi, dans sa propre chair, le passage de ce monde vers le Père ?

Cette force, cette puissance, c’est Dieu lui-même, Amour qui crée et donne la vie, Amour fidèle jusqu’à la fin, Amour qui pardonne et rachète.

Le Christ, notre « Roi victorieux », a mené et remporté son combat dans un abandon confiant en la volonté du Père, en son dessein de salut (cf. Mt 26, 42). Il a ainsi parcouru jusqu’au bout le chemin du dialogue, non pas en paroles mais en actes. Pour nous retrouver, nous qui étions perdus, il s’est fait chair ; pour nous libérer, nous qui étions esclaves, il s’est fait esclave ; pour nous donner la vie, nous qui étions mortels, il s’est laissé tuer sur la croix.

La force par laquelle le Christ est ressuscité est totalement non violente. Elle est semblable à celle d’un grain de blé qui, corrompu dans la terre, grandit, se fraye un chemin entre les sillons, germe et devient un épi doré. Elle est plus semblable encore à celle d’un cœur humain qui, blessé par une offense, repousse l’instinct de vengeance et, rempli de pitié, prie pour celui qui l’a offensé.

Frères et sœurs, telle est la véritable force qui apporte la paix à l’humanité, puisqu’elle produit des relations respectueuses à tous les niveaux : entre les personnes, les familles, les groupes sociaux, les nations. Elle ne vise pas un intérêt particulier, mais le bien commun ; elle ne veut pas imposer son propre projet, mais contribuer à l’élaborer et à le réaliser avec les autres.

Oui, la résurrection du Christ est le commencement de l’humanité nouvelle. Elle marque l’entrée dans la véritable terre promise où règnent la justice, la liberté et la paix, où tous se reconnaissent comme frères et sœurs, enfants du même Père qui est Amour, Vie et Lumière.

Frères et sœurs, par sa résurrection, le Seigneur nous confronte avec encore plus d’intensité au drame de notre liberté. Devant le tombeau vide, nous pouvons nous remplir d’espérance et d’émerveillement, comme les disciples, ou de peur comme les gardes et les pharisiens, contraints de recourir au mensonge et à la ruse pour ne pas reconnaître que celui qui avait été condamné est vraiment ressuscité (cf. Mt 28, 11-15) !

À la lumière de Pâques, laissons-nous émerveiller par le Christ ! Laissons son immense amour changer notre cœur ! Que ceux qui ont des armes en main les déposent ! Que ceux qui ont le pouvoir de déclencher des guerres choisissent la paix ! Non pas une paix imposée par la force, mais par le dialogue ! Non pas avec la volonté de dominer l’autre, mais de le rencontrer !

Nous nous habituons à la violence, nous nous y résignons et nous devenons indifférents. Indifférents à la mort de milliers de personnes. Indifférents aux répercussions de haines et de divisions que les conflits sèment. Indifférents aux conséquences économiques et sociales qu’ils engendrent et que chacun ressent pourtant. On assiste à une “mondialisation de l’indifférence” de plus en plus marquée, pour reprendre une expression chère au Pape François, qui adressait au monde ses dernières paroles il y a un an depuis cette loggia, en nous rappelant : « Que de volonté de mort nous voyons chaque jour dans les nombreux conflits qui touchent différentes parties du monde ! » (Message Urbi et Orbi, 20 avril 2025).

La croix du Christ nous rappelle sans cesse la souffrance et la douleur qui environnent la mort, ainsi que l’angoisse qu’elle engendre. Nous avons tous peur de la mort et, par crainte, nous détournons le regard, préférant ne pas voir. Nous ne pouvons pas continuer à rester indifférents ! Et nous ne pouvons pas nous résigner au mal ! Saint Augustin enseigne : « Si tu as peur de la mort, aime la résurrection ! » (Sermo 124, 4). Aimons, nous aussi, la résurrection qui nous rappelle que le mal n’a pas le dernier mot, car il a été vaincu par le Ressuscité.

Il a traversé la mort pour nous donner la vie et la paix : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Ce n’est pas comme le monde la donne que je vous la donne » (Jn 14, 27). La paix que Jésus nous donne n’est pas celle qui se limite à faire taire les armes, mais celle qui touche et transforme le cœur de chacun ! Convertissons-nous à la paix du Christ ! Faisons entendre le cri de paix qui jaillit du cœur ! C’est pourquoi j’invite tout le monde à se joindre à moi à la veillée de prière pour la paix que nous célébrerons ici, dans la Basilique Saint-Pierre, samedi prochain, 11 avril.

En ce jour de fête, abandonnons toute volonté de querelle, de domination et de pouvoir, et implorons le Seigneur pour qu’il accorde sa paix à ce monde endeuillé par les guerres et marqué par la haine et l’indifférence qui nous font nous sentir impuissants face au mal. Nous recommandons au Seigneur tous les cœurs qui souffrent et qui attendent la paix véritable que Lui seul peut donner. Confions-nous à Lui et ouvrons-Lui notre cœur ! Lui seul fait toutes choses nouvelles (cf. Ap 21,5) !

Joyeuses Pâques !

Texte reproduit avec l’aimable autorisation de la Libreria Editrice Vaticana

 

Vigile Pascale : Homélie du pape Léon XIV

Le pape Léon XIV lors de la Veillée pascale à la Basilique Saint-Pierre, le samedi Saint 4 avril 2026.

Lisez ci-dessous le texte intégral de l’homélie du Saint-Père.

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VEILLÉE PASCALE DE SAINTE NUIT

HOMÉLIE DU PAPE LÉON XIV

Basilique Saint-Pierre
Samedi 4 avril 2026

« Le pouvoir sanctifiant de cette nuit […] dissipe la haine, dispose à l’amitié et soumet toute puissance » (Annonce de la Pâque).

C’est ainsi, chers frères et sœurs, que le diacre, au début de cette célébration, a salué la lumière du Christ ressuscité, symbolisée par le cierge pascal. À partir de ce cierge unique, nous avons tous allumé nos lumières et, chacun portant une flamme tirée du même feu, nous avons éclairé cette grande basilique. C’est le signe de la lumière pascale qui nous unit dans l’Église comme des lampes pour le monde. Nous avons répondu “amen” à l’annonce du diacre, affirmant notre engagement à embrasser cette mission, et nous répéterons dans un instant notre “oui” en renouvelant nos promesses baptismales.

Cette veillée, chers frères et sœurs, est une veillée lumineuse, la plus ancienne de la tradition chrétienne appelée “mère de toutes les veillées”. Nous revivons en elle le mémorial de la victoire du Seigneur de la vie sur la mort et les enfers. Nous le faisons après avoir parcouru, ces derniers jours, comme dans une unique grande célébration, les mystères de la Passion du Dieu fait pour nous « homme de douleur » (Is 53, 3), « méprisé, abandonné des hommes » (ibid.), torturé et crucifié.

Y a-t-il une charité plus grande ? Une gratuité plus totale ? Le Ressuscité est le Créateur même de l’univers qui, comme aux origines de l’histoire, nous a donné l’existence à partir de rien ; de même, sur la croix, pour nous montrer son amour sans limites, il nous a donné la vie.

La première Lecture nous l’a rappelé, à travers le récit des origines. Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre (cf. Gn 1, 1), tirant le cosmos du chaos, l’harmonie du désordre, et en confiant, à nous qui sommes faits à son image et à sa ressemblance, la tâche d’en être les gardiens. Et même lorsque, par le péché, l’homme n’a pas répondu à ce projet, le Seigneur ne l’a pas abandonné mais lui a révélé, de manière encore plus surprenante, dans le pardon, son visage miséricordieux.

Le “saint mystère de cette nuit” plonge donc ses racines là où s’est consommé le premier échec de l’humanité, et il s’étend à travers les siècles comme un chemin de réconciliation et de grâce.

La liturgie nous a proposé quelques étapes de ce cheminement à travers les textes sacrés que nous avons entendu. Elle nous a rappelé comment Dieu a retenu la main d’Abraham, prêt à sacrifier son fils Isaac, pour nous montrer qu’il ne voulait pas notre mort mais plutôt que nous nous consacrions à être, entre ses mains, des membres vivants d’une descendance de sauvés (cf. Gn 22, 11-12.15-18). De même, elle nous a invités à réfléchir sur la manière dont le Seigneur a libéré les Israélites de l’esclavage d’Égypte, faisant de la mer, lieu de mort et obstacle insurmontable, la porte d’entrée vers le commencement d’une vie nouvelle et libre. Et ce même message est revenu comme un écho dans les paroles des prophètes, où nous avons entendu les louanges du Seigneur en tant qu’époux qui appelle et rassemble (cf. Is 54, 5-7), source qui désaltère, eau qui féconde (cf. Is 55, 1.10), lumière qui montre le chemin de la paix (cf. Bar 3, 14), Esprit qui transforme et renouvelle le cœur (Ez 36, 26).

À tous ces moments de l’histoire du salut, nous avons vu comment Dieu répond à la dureté du péché qui divise et tue, par la puissance de l’amour qui unit et redonne la vie. Nous les avons évoqués ensemble en entrecoupant le récit avec des psaumes et des prières pour nous rappeler que, par la Pâque du Christ, ensevelis avec lui dans la mort, nous pouvons nous aussi marcher dans une vie nouvelle ; morts au péché, mais vivants pour Dieu, en Jésus-Christ (cf. Rm 6, 4-11), consacrés dans le baptême à l’amour du Père, unis dans la communion des saints, devenus par grâce des pierres vivantes pour édifier son Royaume (cf. 1 P 2, 4-5).

C’est dans cette lumière que nous lisons le récit de la Résurrection, que nous avons entendu dans l’Évangile selon saint Matthieu. Le matin de Pâques, les femmes, surmontant leur peine et leur peur, se sont mises en route. Elles voulaient se rendre au tombeau de Jésus. Elles s’attendaient à le trouver scellé avec une grande pierre à l’entrée et des soldats montant la garde. Voilà ce qu’est le péché : une barrière très lourde qui nous enferme et nous sépare de Dieu, et cherche à faire mourir en nous ses paroles d’espérance. Marie de Magdala et l’autre Marie, cependant, ne se sont pas laissées intimider. Elles se sont rendues au sépulcre et, grâce à leur foi et à leur amour, elles ont été les premiers témoins de la résurrection. Dans le tremblement de terre et dans l’ange assis sur le rocher renversé, elles ont vu la puissance de l’amour de Dieu, plus fort que n’importe quelle force du mal, capable de “dissiper la haine” et de “soumettre toute puissance”. L’homme peut tuer le corps, mais la vie du Dieu d’amour est une vie éternelle, qui va au-delà de la mort et qu’aucun tombeau ne peut emprisonner. Ainsi, le Crucifié règne-t-il depuis la croix. L’ange s’est assis sur la pierre et Jésus s’est présenté à elles, vivant, en disant : « Je vous salue ! » (Mt 28, 9).

Tel est, chers amis, notre message au monde aujourd’hui, la rencontre dont nous voulons témoigner par les paroles de la foi et les œuvres de la charité, en chantant par notre vie l’“Alléluia” que nous proclamons avec nos lèvres (cf. saint Augustin, Sermo 256, 1). À l’exemple des femmes qui se sont précipitées pour annoncer la nouvelle à leurs frères, nous aussi nous voulons cette nuit quitter cette basilique, pour apporter à tout le monde la bonne nouvelle que Jésus est ressuscité et que, par sa force, ressuscités avec Lui, nous pouvons donner vie à un monde nouveau, de paix et d’unité, comme « une multitude d’hommes et en même temps […] un seul homme, car, bien qu’il y ait beaucoup de chrétiens, le Christ est unique » (Saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, 127,3).

C’est à cette mission que se consacrent les frères et sœurs ici présents, venus de diverses régions du monde, qui vont bientôt recevoir le baptême. Après le long chemin du catéchuménat, ils renaissent aujourd’hui dans le Christ pour être des créatures nouvelles (cf. 2 Co 5, 17), témoins de l’Évangile. Pour eux, et pour nous tous, répétons ce que saint Augustin disait aux chrétiens de son temps : « Annonce le Christ, sème […], répands partout ce que tu as conçu dans ton cœur » (Sermo 116, 23-24).

Sœurs, frères, de nos jours encore, des tombeaux sont à ouvrir, et les pierres qui les scellent sont souvent si lourdes et si bien surveillées qu’elles semblent inamovibles. Certaines oppriment le cœur de l’homme, comme la méfiance, la peur, l’égoïsme, la rancœur. D’autres, conséquence de ces dernières, brisent les liens entre nous, comme la guerre, l’injustice, la fermeture entre les peuples et les nations. Ne nous laissons pas paralyser par elles ! Au fil des siècles, nombre d’hommes et de femmes, avec l’aide de Dieu, les ont fait rouler, parfois au prix de grands efforts, parfois au prix de leur vie, mais avec de bons fruits dont nous bénéficions encore aujourd’hui. Ils ne sont pas des figures inaccessibles mais des personnes comme nous qui, fortifiées par la grâce du Ressuscité, dans la charité et la vérité, ont eu le courage de parler, comme le dit l’apôtre Pierre, « avec les paroles de Dieu » (1 P 4, 11) et d’agir « avec la force que Dieu leur a donnée, afin que Dieu soit glorifié en tout » (ibid.).

Laissons-nous inspirer par leur exemple et, en cette Nuit sainte, faisons nôtre leur engagement, afin que partout et toujours dans le monde grandissent et s’épanouissent les don pascals de la concorde et de la paix.

Texte reproduit avec l’aimable autorisation de la Libreria Editrice Vaticana

 

Jeudi Saint « Cène du Seigneur » : Homélie du pape Léon XIV

Le Jeudi Saint, 2 avril 2026, il a présidé la messe de la Cène du Seigneur dans la basilique Saint-Jean-de-Latran.

Lisez ci-dessous le texte intégral de l’homélie du Saint-Père.

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HOMÉLIE DU PAPE LÉON XIV

Messe de la Cène du Seigneur
Jeudi Saint,

2 avril 2026

Chers frères et sœurs,

la liturgie solennelle de ce soir nous fait entrer dans le Triduum de la passion, de la mort et de la résurrection du Seigneur. Nous franchissons ce seuil, non comme spectateurs ou par inertie, mais parce que Jésus lui-même nous y implique spécialement : en qualité d’invités à la Cène où le pain et le vin deviennent pour nous Sacrement du salut. Nous participons à un banquet au cours duquel le Christ, « ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à la fin » (Jn 13, 1). Son amour se fait geste et nourriture pour tous, en révélant la justice de Dieu. Là même où le mal fait rage dans le monde, Jésus aime définitivement, pour toujours, de tout son être.

Au cours de cette dernière Cène, Il lave les pieds de ses apôtres, en disant : « C’est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi, comme moi j’ai fait pour vous. » (Jn 13, 15). Le geste du Seigneur ne fait qu’un avec la table à laquelle Il nous invite. C’est un exemple du sacrement : tout en en confirmant le sens, Il nous confie une tâche que nous voulons assumer comme nourriture pour notre vie. L’évangéliste Jean choisit le mot grec hupódeigma pour raconter l’événement auquel il a assisté. Il signifie “ce qui est présenté juste sous les yeux”. Ce que le Seigneur nous montre, en prenant l’eau, la vasque et le tablier, est bien plus qu’un modèle moral. Il nous confie sa propre forme de vie. Laver les pieds est un geste qui résume la révélation de Dieu, signe exemplaire du Verbe fait chair, sa mémoire incomparable. En s’appropriant la condition du serviteur, le Fils révèle la gloire du Père, bouleversant les critères mondains qui ternissent notre conscience.

Au même titre que la surprise muette de ses disciples, l’orgueil humain nous ouvre les yeux sur ce qui se passe : à l’instar de Pierre, qui résiste d’abord à l’initiative de Jésus, nous devons nous aussi « réapprendre sans cesse que la grandeur de Dieu diffère de notre conception de la grandeur, […] car nous désirons systématiquement un Dieu de succès et non de Passion » (Homélie de la Messe in coena Domini, 20 mars 2008). Ces paroles du Pape Benoît XVI reconnaissent lucidement que nous sommes toujours tentés de rechercher un Dieu qui “nous serve”, qui nous fasse gagner, qui soit utile comme l’argent et le pouvoir. Nous ne comprenons pas, en revanche, que Dieu nous sert vraiment, certes, mais par le geste gratuit et humble du lavement des pieds : voilà la toute-puissance de Dieu. C’est ainsi que s’accomplit la volonté de consacrer sa vie à celui qui, sans ce don, ne peut exister. Le Seigneur s’agenouille pour laver l’homme, par amour pour lui. Et le don divin nous transforme.

Par son geste, en effet, Jésus purifie non seulement notre image de Dieu des idolâtries et des blasphèmes qui l’ont souillée, mais il purifie notre image de l’homme qui se croit puissant quand il domine, qui veut vaincre en tuant ceux qui lui sont égaux, qui se croit grand quand il est craint. Vrai Dieu et vrai homme, le Christ nous donne au contraire un exemple de dévouement, de service et d’amour. Nous avons besoin de son exemple pour apprendre à aimer, non pas parce que nous en sommes incapables mais pour nous éduquer nous-mêmes, les uns les autres, à l’amour véritable. Apprendre à agir comme Jésus, Signe que Dieu inscrit dans l’histoire du monde, est la tâche de toute une vie.

Il est le critère authentique, le « Maître et Seigneur » (Jn 13, 13) qui fait tomber tous les masques du divin et de l’humain. Il ne donne pas cet exemple quand tout le monde est heureux et l’aime, mais durant la nuit où il était trahi, dans l’obscurité de l’incompréhension et de la violence, afin qu’il soit bien clair que le Seigneur ne nous aime pas parce que nous sommes bons et purs. Il nous aime, et c’est pourquoi Il nous pardonne et nous purifie. Le Seigneur nous aime pas à condition de nous faire laver par sa miséricorde : il nous aime, et c’est pourquoi il nous lave, afin que nous puissions répondre à son amour.

Apprenons de Jésus ce service réciproque. Il ne nous demande pas en effet de le lui rendre, mais de le partager entre nous : « Vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres » (Jn 13, 14). Le Pape François commentait ainsi : « C’est un devoir qui me vient du cœur : je l’aime. J’aime cela et j’aime le faire parce que le Seigneur m’a enseigné ainsi » (Homélie de la messe in coena Domini, 28 mars 2013). Il ne parlait pas d’un impératif abstrait, d’un commandement formel et vide, mais il exprimait sa ferveur obéissante pour la charité du Christ, source et modèle de notre charité. L’exemple donné par Jésus, en effet, ne peut être imité par convenance, à contrecœur ou par hypocrisie, mais uniquement par amour.

Se laisser servir par le Seigneur est donc une condition pour servir comme Il l’a fait, Lui. « Si tu ne te laisses pas laver – dit Jésus à Pierre – tu n’auras pas part avec moi » (Jn 13, 8). Si tu ne m’accueilles pas comme serviteur, tu ne peux pas croire en moi et me suivre comme Seigneur. En lavant notre chair, Jésus purifie notre âme. En Lui, Dieu a donné un exemple non de la manière dont on domine, mais de celle dont on libère ; de la manière de donner sa vie, non celle de la détruire.

Alors, face à une humanité à genoux, face à de nombreux exemples de brutalité, agenouillons-nous nous aussi en tant que frères et sœurs des opprimés. C’est ainsi que nous voulons suivre l’exemple du Seigneur, en accomplissant ce que nous avons entendu dans le livre de l’Exode : « Ce jour sera pour vous un mémorial » (Ex 12, 14). Oui, toute l’histoire biblique converge vers Jésus, véritable agneau pascal. À travers Lui, les figures anciennes trouvent leur pleine signification, car le Christ sauveur célèbre la Pâque de l’humanité, ouvrant à chacun le passage du péché au pardon, de la mort à la vie éternelle : « Ceci est mon corps, qui est pour vous ; faites ceci en mémoire de moi » (1 Co 11, 24).

En renouvelant les gestes et les paroles du Seigneur, précisément ce soir, nous faisons mémoire de l’institution de l’Eucharistie et de l’Ordre sacré. Le lien intrinsèque entre ces deux sacrements représente le don parfait de Jésus, Grand Prêtre et Eucharistie vivante pour l’éternité : dans le pain et le vin consacrés se trouve en effet le « sacrement de l’amour, signe de l’unité, lien de la charité, banquet pascal, dans lequel le Christ est mangé, l’âme est comblée de grâce et le gage de la gloire future nous est donné » (Const. dogm. Sacrosanctum Concilium, 47). Dans les évêques et les prêtres, constitués « prêtres de la nouvelle Alliance » selon le commandement du Seigneur (Concile de Trente, De Missae Sacrificio, 1), réside le signe de sa charité envers tout le Peuple de Dieu que nous sommes appelés à servir, chers confrères, de tout notre être.

Le Jeudi-Saint est donc un jour de profonde gratitude et de fraternité authentique. Que l’adoration eucharistique de ce soir, dans chaque paroisse et chaque communauté, soit un moment pour contempler le geste de Jésus, en nous mettant à genoux comme Il l’a fait, et en demandant la force de l’imiter dans le service avec le même amour.

Texte reproduit avec l’aimable autorisation de la Libreria Editrice Vaticana

 

Homélie du pape Léon XIV lors de la messe Chrismale du Jeudi saint 2026

Le Jeudi Saint, 2 avril 2026, le pape Léon XIV a présidé la messe chrismale annuelle à la basilique Saint-Pierre. Cette messe solennelle, célébrée dans les cathédrales du monde entier, est l’occasion pour chaque évêque de consacrer les huiles sacrées qui seront utilisées tout au long de l’année dans son diocèse, et pour les prêtres de renouveler leurs vœux.

Lisez le texte intégral ci-dessous. 

Rejoignez-nous pour toutes les liturgies de la Semaine Sainte et de Pâques au Vatican. Consultez notre programme de diffusion pour plus de détails.

Homélie de Sa Sainteté le pape Léon XIV

Messe chrismale
Jeudi saint
2 avril 2026

Chers frères et sœurs,

nous sommes désormais aux portes du Triduum Pascal. Une fois encore, le Seigneur nous conduit au sommet de sa mission pour que sa passion, sa mort et sa résurrection deviennent le cœur de notre mission. Ce que nous sommes sur le point de revivre, en effet, a en soi la force de transformer ce que l’orgueil humain a généralement tendance à rigidifier : notre identité, notre place dans le monde. La liberté de Jésus change les cœurs, soigne les blessures, parfume et fait rayonner nos visages, réconcilie et rassemble, pardonne et ressuscite.

En cette première année où je préside la Messe Chrismale en tant qu’évêque de Rome, je souhaite réfléchir avec vous sur la mission à laquelle Dieu nous consacre en tant que Peuple qui lui appartient. C’est la mission chrétienne, celle-là même de Jésus, et non pas une autre. Chacun y participe selon sa propre vocation et dans une obéissance très personnelle à la voix de l’Esprit ; mais jamais sans les autres, jamais en négligeant ou en rompant la communion ! Évêques et prêtres, en renouvelant nos promesses, nous sommes au service d’un peuple missionnaire. Avec tous les baptisés, nous formons le Corps du Christ, oints de son Esprit de liberté et de consolation, Esprit de prophétie et d’unité.

Ce que Jésus vit dans les moments culminants de sa mission est anticipé dans l’oracle d’Isaïe qu’Il dit, dans la synagogue de Nazareth, être une Parole qui s’accomplit « aujourd’hui » (cf. Lc 4, 21). À l’heure de Pâques, en effet, il devient définitivement clair que Dieu consacre pour envoyer. Jésus dit : « Il m’a envoyé » (Lc 4, 18), décrivant ce mouvement qui lie son Corps aux pauvres, aux prisonniers, à ceux qui tâtonnent dans l’obscurité et à ceux qui sont opprimés. Et nous, membres de son Corps, nous appelons “apostolique” une Église envoyée, poussée au-delà d’elle-même, consacrée à Dieu dans le service de ses créatures : « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie » (Jn 20, 21).

Nous savons qu’être envoyé demande avant tout un détachement, c’est-à-dire le risque de quitter ce qui est familier et sûr pour s’aventurer vers la nouveauté. Il est intéressant de noter que « dans la puissance de l’Esprit » (Lc 4, 14) descendu sur Lui après son baptême dans le Jourdain, Jésus retourne en Galilée et vient « à Nazareth, où il avait été élevé » (Lc 4, 16). C’est le lieu qu’Il doit désormais quitter. Il se déplace « selon son habitude » (v. 16), mais pour inaugurer un temps nouveau. Il devra désormais quitter définitivement ce village afin que mûrisse ce qui y a germé, sabbat après sabbat, dans l’écoute fidèle de la Parole de Dieu. De même, Il appellera d’autres personnes à partir, à prendre des risques afin qu’aucun lieu ne devienne une clôture, aucune identité une tanière.

Chers amis, nous suivons Jésus qui « ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais qui s’est anéanti » (Ph 2, 6-7). Toute mission commence par ce genre de dépouillement dans lequel tout renaît. Notre dignité d’enfants de Dieu ne peut pas nous être enlevée, ni se perdre, pas plus que les affections, les lieux, les expériences qui sont à l’origine de notre vie ne peuvent être effacés. Nous sommes les héritiers de tant de biens et, à la fois, des limites d’une histoire dans laquelle l’Évangile doit apporter lumière et salut, pardon et guérison. Il n’y a donc pas de mission sans réconciliation avec nos origines, avec les dons et les limites de la formation reçue. Mais, en même temps, il n’y a pas de paix sans départs, il n’y a pas de conscience sans détachement, il n’y a pas de joie sans risque. Nous sommes le Corps du Christ si nous allons de l’avant, en faisant le point sur le passé sans en être prisonniers. Tout se retrouve et se multiplie si l’on a d’abord su lâcher prise, sans crainte. C’est un premier secret de la mission. Et on ne l’expérimente pas une seule fois, mais à chaque nouveau départ, à chaque nouvel envoi.

Le cheminement de Jésus nous révèle que la disponibilité à se perdre, à se dépouiller, n’est pas une fin en soi mais une condition à la rencontre et à l’intimité. L’amour n’est véritable que s’il est désarmé. Il n’a besoin que de peu de choses, d’aucune ostentation. Il préserve délicatement la faiblesse et la nudité. Nous avons du mal à nous lancer dans une mission aussi exposée, et pourtant il n’y a pas de “bonne nouvelle pour les pauvres” (cf. Lc 4, 18) si nous allons vers eux avec les signes du pouvoir ; ni de véritable libération si nous ne nous libérons pas de ce que nous possédons. Nous touchons ici à un deuxième secret de la mission chrétienne. Après la loi du détachement, il y a celle de la rencontre. Nous savons qu’au cours de l’histoire, la mission a souvent été dénaturée par des logiques de domination, tout à fait étrangères à la voie de Jésus-Christ. Saint Jean-Paul II a eu la lucidité et le courage de reconnaître qu’ « en raison du lien qui, dans le Corps mystique, nous unit les uns aux autres, nous tous, bien que nous n’en ayons pas la responsabilité personnelle et sans nous substituer au jugement de Dieu qui seul connaît les cœurs, nous portons le poids des erreurs et des fautes de ceux qui nous ont précédés ». [1]

En conséquence, il est désormais primordial de rappeler que, ni dans le domaine pastoral, ni dans le domaine social et politique, le bien ne peut découler de l’abus de pouvoir. Les grands missionnaires sont les témoins d’approches discrètes, dont la méthode repose sur le partage de la vie, le service désintéressé, le renoncement à toute stratégie calculatrice, le dialogue et le respect. C’est la voie de l’incarnation qui prend, toujours et encore, la forme de l’inculturation. Le salut, en effet, ne peut être accueilli par chacun que dans sa langue maternelle. « Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle ? » ( Ac 2, 8). La surprise de la Pentecôte se répète lorsque nous ne prétendons pas dominer les temps de Dieu, mais que nous avons confiance en l’Esprit Saint qui « est là, aujourd’hui encore, comme au temps de Jésus et des Apôtres : il est là et il agit, il arrive avant nous, il travaille plus que nous et mieux que nous ; il ne nous appartient ni de le semer ni de le réveiller, mais avant tout de le reconnaître, de l’accueillir, de le suivre, de lui faire place, de marcher à sa suite. Il est là et n’a jamais perdu courage face aux temps que nous vivons ; au contraire, il sourit, danse, pénètre, envahit, enveloppe, arrive même là où nous n’aurions jamais imaginé ». [2]

Pour établir cette harmonie avec l’invisible, il faut se rendre là où l’on est envoyé avec simplicité, en honorant le mystère que chaque personne et chaque communauté porte en elle. Nous sommes des hôtes. Nous le sommes en tant qu’évêques, prêtres, religieux et religieuses, chrétiens. Pour accueillir, nous devons apprendre à nous laisser accueillir. Même les lieux où la sécularisation semble la plus avancée ne sont pas une terre de conquête ou de reconquête :

De nouvelles cultures continuent à naître dans ces énormes géographies humaines où le chrétien n’a plus l’habitude d’être promoteur ou générateur de sens, mais reçoit d’elles d’autres langages, symboles, messages et paradigmes qui offrent de nouvelles orientations de vie, souvent en opposition avec l’Évangile de Jésus. […] Il est indispensable d’arriver là où se forment les nouveaux récits et paradigmes, d’atteindre avec la Parole de Jésus les éléments centraux les plus profonds de l’âme de la ville ». [3]

Cela ne se produit que si, dans l’Église, nous marchons ensemble ; si la mission n’est pas l’aventure héroïque de quelqu’un, mais le témoignage vivant d’un Corps aux membres nombreux.

Il existe ensuite une troisième dimension, peut-être la plus radicale, de la mission chrétienne. La dramatique “possibilité de l’incompréhension et du rejet” se manifeste déjà dans la violente réaction des habitants de Nazareth face à la parole de Jésus : « À ces mots, dans la synagogue, tous devinrent furieux. Ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville, et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline où leur ville est construite, pour le précipiter en bas » (Lc 4, 28-29). Bien que la lecture liturgique ait omis cette partie, ce que nous nous apprêtons à célébrer à partir de ce soir nous engage à ne pas fuir, mais à “passer au milieu” de l’épreuve, comme Jésus qui, « passant au milieu d’eux, allait son chemin » (Lc 4, 30). La croix fait partie de la mission : l’envoi devient plus amer et effrayant, mais aussi plus gratuit et libérateur. L’occupation impérialiste du monde est alors interrompue de l’intérieur, la violence qui, jusqu’à aujourd’hui fait loi, est démasquée. Le Messie pauvre, prisonnier, opprimé, plonge dans les ténèbres de la mort, mais c’est ainsi qu’Il met en lumière une création nouvelle.

De combien de résurrections sommes-nous aussi les témoins, lorsque, libérés de toute attitude défensive, nous nous engageons à servir comme une semence dans la terre ! Dans la vie, nous pouvons traverser des situations où tout semble fini. Nous nous demandons alors si la mission n’a pas été vaine. C’est vrai, contrairement à Jésus, nous connaissons aussi des échecs qui dépendent de nos insuffisances ou de celles des autres, souvent d’un enchevêtrement de responsabilités, d’ombres et de lumières. Mais nous pouvons faire nôtre l’espérance de nombreux témoins.J’en retiens un qui m’est particulièrement cher. Un mois avant sa mort, dans son cahier des Exercices spirituels, le saint évêque Óscar Romero notait ceci : « Le nonce du Costa Rica m’a mis en garde contre un danger imminent, précisément cette semaine… Les circonstances imprévues seront affrontées avec la grâce de Dieu. Jésus-Christ a aidé les martyrs et, si le besoin s’en fait sentir, je le sentirai très proche lorsque je lui confierai mon dernier souffle. Mais, plus que le dernier instant de la vie, ce qui compte, c’est de lui donner toute ma vie et de vivre pour Lui… Il me suffit, pour être heureux et confiant, de savoir avec certitude que c’est en Lui que se trouvent ma vie et ma mort ; que, malgré mes péchés, j’ai placé ma confiance en Lui et que je ne serai pas désorienté, et que d’autres poursuivront, avec plus de sagesse et de sainteté, le travail pour l’Église et pour la patrie ».

Cher frères et sœurs, ce sont les saints qui font l’histoire. Tel est le message de l’Apocalypse. « À vous, la grâce et la paix […] de la part de Jésus Christ, le témoin fidèle, le premier-né des morts, le prince des rois de la terre » (Ap 1, 5). Cette salutation résume le parcours de Jésus dans un monde déchiré entre des puissances qui le ravagent. En son sein naît un peuple nouveau, non pas de victimes, mais de témoins. En cette heure sombre de l’histoire, il a plu à Dieu de nous envoyer répandre le parfum du Christ là où règne l’odeur de la mort. Renouvelons notre “oui” à cette mission qui exige de nous l’unité et qui apporte la paix. Oui, nous sommes là ! Surmontons le sentiment d’impuissance et de peur ! Nous annonçons ta mort, Seigneur, nous proclamons ta résurrection, dans l’attente de ta venue.

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[1] Saint Jean-Paul II, Bulle d’indiction du Grand Jubilé de l’an 2000 Incarnationis mysterium (29 novembre 1998), n. 11.

[2] Martini, C.M., Tre racconti dello Spirito, Milan 1997, 11.

[3] François, Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013),  73-74.

 

Texte reproduit avec l’aimable autorisation de la Libreria Editrice Vaticana

 

S1 E7 | Inspirations avec Khôi

Audience Générale du pape Léon XIV – Mercredi 1 avril 2026

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Lors de son audience générale hebdomadaire, le pape Léon XIV poursuit la réflexion sur l’Église selon la présentation de la Constitution conciliaire Lumen gentium et rappelle que les laïcs ne sont pas de simples spectateurs, mais de véritables acteurs de la mission chrétienne : « Les laïcs sont simplement l’immense majorité du peuple de Dieu. À leur service, il y a une minorité : les ministres ordonnés ».

Lisez le texte intégral de son discours ci-dessous. Vous pourrez suivre l’intégralité de l’émission sur Sel + Lumière TV ce soir à 19h00 HE, 16h00 HP et sur slmedia.org/fr/endirect.

Frères et sœurs, bonjour !

Nous poursuivons notre réflexion sur l’Église selon la présentation de la Constitution conciliaire Lumen gentium (LG). Aujourd’hui, nous abordons le quatrième chapitre, qui traite des laïcs. Nous nous souvenons tous de ce que le pape François aimait répéter : «Les laïcs sont simplement l’immense majorité du peuple de Dieu. À leur service, il y a une minorité : les ministres ordonnés » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, 102).

Cette section du document s’attache à expliquer positivement la nature et la mission des laïcs, après des siècles durant lesquels ceux-ci avaient été définis simplement comme ceux qui ne font pas partie des clercs ou des consacrés. C’est pourquoi je me plais à relire avec vous un très beau passage, qui exprime la grandeur de la condition chrétienne : « Il n’y a donc qu’un seul peuple de Dieu, choisi par lui : “un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême” (Ep 4, 5) ; commune est la dignité des membres par leur régénération en Christ, commune la grâce de l’adoption filiale, commune la vocation à la perfection ; il n’y a qu’un seul salut, une seule espérance et une charité sans divisions » (LG, 32).

Avant toute différence de ministère ou d’état de vie, le Concile affirme l’égalité de tous les baptisés. La Constitution ne veut pas que l’on oublie ce qu’elle avait déjà affirmé dans le chapitre sur le peuple de Dieu, à savoir que la condition du peuple messianique est la dignité et la liberté des enfants de Dieu (cf. LG, 9).

Bien sûr, plus le don est grand, plus l’engagement l’est aussi. C’est pourquoi le Concile, outre la dignité, met également l’accent sur la mission des laïcs dans l’Église et dans le monde. Mais sur quoi repose cette mission et en quoi consiste-t-elle ? C’est ce que nous révèle la description même des laïcs que le Concile nous propose : « On entend par laïcs tous les fidèles chrétiens […] qui, étant incorporés au Christ par le baptême, intégrés au Peuple de Dieu, et participants à leur manière de la fonction sacerdotale, prophétique et royale du Christ, exercent pour leur part, dans l’Église et dans le monde, la mission qui est celle de tout le peuple chrétien.» (LG, 31).

Le peuple saint de Dieu n’est donc jamais une masse informe, mais le corps du Christ ou, comme le disait Saint Augustin, le Christus totus : c’est la communauté structurée de manière organique, en vertu de la relation féconde entre les deux formes de participation au sacerdoce du Christ : le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel (cf. LG, 10). En vertu du Baptême, les fidèles laïcs participent au même sacerdoce du Christ. En effet, « Jésus Christ, prêtre suprême et éternel veut poursuivre également, à travers les laïcs, son témoignage et son service, c’est pourquoi il les vivifie de son Esprit, et les pousse inlassablement à réaliser tout bien et toute perfection » (LG, 34).

Comment ne pas évoquer, à ce propos, saint Jean-Paul II et son Exhortation apostolique Christifideles laici (30 décembre 1988). Il y soulignait que « fort de son inestimable patrimoine doctrinal, spirituel et pastoral, le Concile a écrit des pages vraiment merveilleuses sur la nature, la dignité, la spiritualité, la mission, la responsabilité des fidèles laïcs. Et les Pères conciliaires, en écho à l’appel du Christ, ont appelé tous les fidèles laïcs, hommes et femmes, à travailler à sa vigne » (n° 2). C’est ainsi que mon vénéré prédécesseur relançait l’apostolat des laïcs, auquel le Concile avait consacré un document spécifique, dont nous parlerons plus loin [1].

Le vaste champ de l’apostolat des laïcs ne se limite pas à l’espace de l’Église, mais s’étend au monde. L’Église, en effet, est présente partout où ses enfants professent et témoignent de l’Évangile : sur les lieux de travail, dans la société civile et dans toutes les relations humaines, là où, par leurs choix, ils montrent la beauté de la vie chrétienne, qui anticipe ici et maintenant la justice et la paix qui seront pleines dans le Royaume de Dieu. Le monde a besoin « d’être imprégné de l’Esprit du Christ pour d’atteindre plus efficacement sa fin dans la justice, la charité et la paix » (LG, 36). Et cela n’est possible qu’avec la contribution, le service et le témoignage des laïcs !

C’est l’invitation à être cette Église “en sortie” dont nous a parlé le pape François : une Église incarnée dans l’histoire, toujours ouverte à la mission, dans laquelle nous sommes tous appelés à être des disciples-missionnaires, apôtres de l’Évangile, témoins du Royaume de Dieu, porteurs de la joie du Christ que nous avons rencontré !

Frères et sœurs, que la Pâques que nous nous apprêtons à célébrer renouvelle en nous la grâce d’être, comme Marie de Magdala, comme Pierre et Jean, des témoins du Ressuscité !

Texte reproduit avec l’aimable autorisation de la Libreria Editrice Vaticana

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Audience Générale du pape Léon XIV – Mercredi 25 mars 2026

La façade de la basilique Saint-Pierre rappelle aux pèlerins les origines apostoliques de l’Église. Wikimedia Commons.

Lors de son audience générale hebdomadaire, le pape Léon XIV poursuit son parcours de catéchèses consacrées au Concile Vatican II, en approfondissant la Constitution dogmatique Lumen gentium. Après avoir contemplé l’Église comme peuple de Dieu, il nous invite cette semaine à découvrir sa dimension hiérarchique, fondée sur les Apôtres.

Lisez le texte intégral de son discours ci-dessous. Vous pourrez suivre l’intégralité de l’émission sur Sel + Lumière TV ce soir à 19h00 HE, 16h00 HP et sur slmedia.org/fr/endirect.

Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

Nous poursuivons notre catéchèse sur les documents du Concile Vatican II en commentant la Constitution dogmatique Lumen gentium sur l’Église (LG). Après l’avoir présentée comme peuple de Dieu, nous examinons aujourd’hui sa structure hiérarchique.

L’Église catholique trouve son fondement dans les Apôtres, voulus par le Christ comme colonnes vivantes de son Corps mystique, et possède une dimension hiérarchique qui travaille au service de l’unité, de la mission et de la sanctification de tous ses membres. Cet Ordre sacré est fondé de manière permanente sur les Apôtres (cf. Ep 2, 20 ; Ap 21,14), en tant que témoins accrédités de la résurrection de Jésus (cf. Ac 1,22 ; 1 Co 15,7) et envoyés par le Seigneur lui-même en mission dans le monde (cf. Mc 16,15; Mt 28,19). Puisque les Apôtres sont appelés à garder fidèlement l’enseignement salvifique du Maître (cf. 2Tm 1, 13-14), ils transmettent leur ministère à des hommes qui, jusqu’au retour du Christ, continuent à sanctifier, guider et instruire l’Église « grâce à leurs successeurs dans la mission pastorale » (CEC, n° 857).

Cette succession apostolique, fondée sur l’Évangile et la Tradition, est approfondie au chapitre III de Lumen gentium, intitulé « La constitution hiérarchique de l’Église et en particulier de l’épiscopat ». Le Concile enseigne que la structure hiérarchique n’est pas une construction humaine, fonctionnelle à l’organisation interne de l’Église en tant que corps social (cf. LG, 8), mais une institution divine visant à perpétuer la mission confiée par le Christ aux Apôtres jusqu’à la fin des temps.

Le fait que ce thème soit abordé au chapitre III, après que les deux premiers ont contemplé l’essence proprement dite de l’Église (cf. Acta Synodalia III/1, 209-210), n’implique pas que la constitution hiérarchique soit un élément postérieur au peuple de Dieu : comme le note le décret Ad gentes, « les Apôtres furent simultanément la semence du nouvel Israël et l’origine de la hiérarchie sacrée » (n° 5), en tant que communauté des rachetés par la Pâque du Christ, établie comme moyen de salut pour le monde.

Pour saisir l’intention du Concile, il convient de lire attentivement le titre du chapitre III de Lumen gentium, qui expose la structure fondamentale de l’Église, reçue de Dieu le Père par l’intermédiaire du Fils et parvenue à son accomplissement par l’effusion de l’Esprit-Saint. Les Pères conciliaires n’ont pas voulu présenter les éléments institutionnels de l’Église, comme pourrait le laisser entendre le substantif “constitution” compris au sens moderne. Le document se concentre plutôt sur le « sacerdoce ministériel ou hiérarchique », qui diffère « essentiellement et non seulement de degré » du sacerdoce commun des fidèles, en rappelant que ceux-ci sont « ordonnés l’un à l’autre, l’un et l’autre, en effet, chacun selon son mode propre, participent de l’unique sacerdoce du Christ » (LG, 10). Le Concile traite donc du ministère qui est transmis à des hommes investis de la sacra potestas (cf. LG, 18) du pouvoir sacré pour le service dans l’Église : il s’attarde en particulier sur l’épiscopat (LG, 18-27), puis sur le presbytérat (LG, 28) et sur le diaconat (LG, 29) en tant que degrés de l’unique sacrement de l’Ordre.

Par l’adjectif “hiérarchique ”, le Concile entend donc désigner l’origine sacrée du ministère apostolique dans l’action de Jésus, le Bon Pasteur, ainsi que ses relations internes. Les évêques, en premier lieu, et à travers eux les prêtres et les diacres, ont reçu des tâches (en latin munera) qui les conduisent au service de « tous ceux qui appartiennent au Peuple de Dieu », afin qu’ils « tendent dans leur effort commun, libre et ordonné, vers une même fin et parviennent au salut » (LG, 18).

Lumen gentium rappelle à plusieurs reprises et de manière efficace le caractère collégial et communionnel de cette mission apostolique, en réaffirmant que cette « charge, confiée par le Seigneur aux pasteurs de son peuple, est un véritable service : dans la Sainte Écriture, il est appelé expressément “diakonia”, c’est-à-dire ministère » (LG, 24). On comprend alors pourquoi Saint Paul VI a présenté la hiérarchie comme une réalité « née de la charité du Christ, pour accomplir, diffuser et garantir la transmission intacte et féconde du trésor de la foi, des exemples, des préceptes, des charismes, laissé par le Christ à son Église » (Alloc. 14 sept. 1964, in Acta Synodalia III/1, 147).

Chères sœurs et chers frères, prions le Seigneur afin qu’il envoie à son Église des ministres qui soient ardents de charité évangélique, dévoués au bien de tous les baptisés et courageux missionnaires partout dans le monde.

Texte reproduit avec l’aimable autorisation de la Libreria Editrice Vaticana

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Monaco accueille le pape de l’unité

Monaco accueille le pape de l’unité

Léon XIV se rend dans ce petit État luxueux, qui allie une forte identité catholique à une ouverture cosmopolite sur le monde

 

Les dirigeants des deux plus petits pays du monde doivent se rencontrer ce samedi matin. Le pape Léon XIV se rendra en hélicoptère dans la Principauté de Monaco, ce micro-État luxueux situé sur la côte méditerranéenne française. Il rendra visite au prince Albert II, rencontrera des responsables laïcs et des jeunes, et terminera la journée en présidant la messe au stade Louis II avant de retourner à la Cité du Vatican, toujours en hélicoptère.

 

Une cité-État catholique

Le pape Léon apporte des paroles d’encouragement à la communauté catholique historique de Monaco : 90 % des 10 000 citoyens monégasques de souche sont catholiques. Leur héritage de foi est profondément ancré et s’est montré particulièrement résilient depuis que la famille régnante des Grimaldi a repris le territoire en 1419. 

En 2025, le ministre d’État Christophe Mirmand a affirmé que « cette dimension religieuse, voire spirituelle, n’est pas un élément secondaire que l’on peut supprimer d’un simple trait de plume ». Il a plutôt déclaré que l’héritage catholique de Monaco est une « composante essentielle » qui sous-tend « l’identité […] les valeurs communes et […] la conception de la solidarité » de la ville.

Le terreau catholique de Monaco est continuellement entretenu au plus haut niveau. Albert a été officiellement intronisé dans la cathédrale Notre-Dame-de-l’Immaculée-Conception par l’archevêque Bernard Barsi lors d’une messe solennelle en juillet 2005. Son père et prédécesseur, Rainier III, comme tous les princes de Monaco avant lui, avait été inhumé dans cette cathédrale trois mois plus tôt. La Constitution de 1962 a consacré le catholicisme romain comme religion d’État, reflétant la place centrale qu’occupe l’Église dans la vie de la ville depuis des siècles. La Constitution continue de garantir le droit à la liberté de religion, les pouvoirs législatifs du Conseil national élu et d’autres réformes démocratiques issues de la Constitution de 1911.

Dans l’ensemble, la coexistence entre l’identité catholique de la population autochtone et la diversité religieuse de ses ressortissants étrangers est harmonieuse. Cette coexistence a toutefois été mise à l’épreuve l’année dernière, lorsque le Conseil national a adopté une proposition visant à autoriser les avortements au cours du premier trimestre. Albert et son Conseil exécutif ont refusé d’adopter cette loi : Tout en annonçant que le prince exercerait son droit de veto, M. Mirmand a estimé qu’une loi autorisant l’avortement perturberait « l’équilibre collectif » de Monaco, en allant à l’encontre de son identité catholique. 

La décision d’Albert II le place aux côtés d’autres monarques catholiques européens chargés de défendre les valeurs catholiques traditionnelles dans un contexte de sécularisation rapide. Le pape François a évoqué des circonstances très similaires lors de sa visite en Belgique en 2024 et a salué le choix déchirant du roi Baudouin d’abdiquer en 1990 temporairement plutôt que d’approuver le projet de loi sur l’avortement de ce pays.

La visite de ce samedi sera la première du pape Léon XIV dans un pays d’Europe occidentale en dehors de l’Italie. Lui aussi évoquera les défis et les opportunités auxquels est confrontée ce que le pape Benoît XVI a appelé la « minorité créative » les catholiques de l’Europe contemporaine, où les gens se côtoient plus fréquemment et partagent un éventail plus large de points de vue, d’horizons et de croyances religieuses. Benoît XVI a vivement encouragé les catholiques à dialoguer avec le monde et à apporter leur contribution à leurs sociétés, tout en les appelant à proclamer la vérité, la bonté et la beauté de la foi chrétienne.

Suivez le voyage apostolique du pape Léon XIV à Monaco ce samedi 28 mars sur Sel + Lumière TV et Sel + Lumière Plus. Voici notre programme complet :

 

Un havre de richesse

Tout en soulignant l’importance de préserver la vie et la dignité des enfants à naître, Léon XIV pourrait également proclamer une autre valeur chrétienne fondamentale : la justice et la solidarité au sein de la société, face au fossé grandissant entre riches et pauvres.

La géographie et l’économie de Monaco justifient cette déclaration de solidarité d’une manière tout à fait singulière. Avec une superficie d’un peu moins de 2,1 km², il a la particularité d’être le deuxième plus petit pays au monde, devancé uniquement par la Cité du Vatican (0,49 km²). Cependant, il affiche également la deuxième plus forte densité de population au monde – 19 044 habitants au kilomètre carré – et la plus forte concentration de millionnaires, soit 30 % de ses 39 000 habitants. Son casino de renommée mondiale, son statut de paradis fiscal, sa course de Formule 1 très médiatisée et son emplacement exceptionnel sur la Côte d’Azur en font une destination de choix pour les super-riches du monde entier.

Si la pauvreté est pratiquement inexistante parmi les résidents de Monaco, la densité démographique sans cesse croissante et la flambée des prix de l’immobilier ont contraint le personnel de soutien aux revenus modestes à s’installer au-delà des frontières de la cité-État. En 2024, sur les 65 000 travailleurs qui sont au service de l’élite, plus de 48 000 font quotidiennement la navette depuis les régions voisines de France et d’Italie.

Dans un cadre aussi somptueux, le pape Léon XIV pourrait saisir l’occasion pour rappeler aux 29 000 résidents non monégasques les dangers moraux et spirituels d’une richesse excessive. Il pourrait également attirer l’attention sur les difficultés rencontrées par ces travailleurs du secteur privé qui se déplacent vers la principauté pour travailler, et appeler à des mesures concrètes pour les soulager. Dans son Exhortation apostolique Dilexi Te, il s’est inquiété de « la croissance d’une élite fortunée, vivant dans une bulle de confort et de luxe », inconsciente de la souffrance de ceux qui sont pauvres et affamés (n° 11).

Le Saint-Père peut s’appuyer sur des siècles de bonne volonté, ancrés dans l’héritage catholique de Monaco, pour lancer ses appels en faveur de la défense de la dignité de la vie, de la conception à la mort naturelle, et de chaque personne à chaque étape de ce parcours. Il saluera sans doute la foi du peuple monégasque à l’aube de la Semaine Sainte et pourrait également mettre en avant le large éventail de mesures d’aide sociale proposées par la municipalité dont bénéficient tous les citoyens. Le site officiel de la Principauté vante une éducation gratuite pour tous, des logements garantis par l’État, une sécurité publique et numérique de pointe, ainsi qu’un système complet d’assurance maladie publique. Toutes ces politiques suggèrent que Monaco est capable d’être un phare pour la foi catholique, la solidarité et l’unité au-delà des frontières.

Dans un monde où s’opposent des voix qui opposent le progrès économique à la dignité humaine et au bien-être social, peut-être que le « pape de l’unité » mettra en lumière les efforts et les progrès impressionnants de Monaco pour rester fidèle à la Tradition tout en offrant un accueil chaleureux au monde entier.

 

 

 

Une voie à double sens : donner et recevoir

Rembrandt, « Le Bon Samaritain ». Alors que la plupart des tableaux représentent la rencontre sur la route, cette œuvre montre le Samaritain emmenant le blessé à l’auberge. Wikimedia Commons.

Une voie à double sens : donner et recevoir

Une réflexion sur le chapitre 5 de Dilexi te

 

Comme nous l’avons vu ces dernières semaines, Dilexi te nous invite à porter un regard neuf sur la réalité de la pauvreté sous ses diverses formes. C’est une invitation à réfléchir de manière critique à comment nous pouvons transformer nos relations avec les personnes qui souffrent, qui sont marginalisées ou exclues. Dans la réflexion de la semaine dernière, nous avons vu comment des structures sociales et économiques injustes maintiennent certaines personnes et certains groupes en marge de la société. Malheureusement, nous contribuons souvent à ces structures de péché au quotidien, sans y prêter beaucoup d’attention. Le pape Léon appelle chacun d’entre nous à relever le « défi constant » de faire personnellement notre part pour lutter contre les causes de la pauvreté et tendre la main à ceux et celles qui en sont touchés :

« Le chrétien ne peut pas considérer les pauvres seulement comme un problème social : ils sont une “question de famille” ; ils sont “des nôtres”. La relation avec eux ne peut pas être réduite à une activité ou à une fonction de l’Église » (Dilexi te, n° 104).

Le bon Samaritain et au-delà

Faisant écho aux paroles puissantes du pape François dans Fratelli tutti, Léon renvoie à la parabole du bon Samaritain, nous appelant à réfléchir sérieusement à la manière dont nous nous comportons envers les personnes qui sont dans le besoin. Détournons-nous le regard et passons-nous notre chemin comme le prêtre et le Lévite, ou prenons-nous le temps d’offrir notre aide comme le bon Samaritain ? Les questions évocatrices posées par le Saint-Père constituent un défi permanent pour chacun de nous :

« À qui t’identifies-tu [au prêtre, au Lévite, aux brigands ou au bon Samaritain] ? Cette question est crue, directe et capitale. Parmi ces personnes à qui ressembles-tu ? Nous devons reconnaître la tentation, qui nous guette, de nous désintéresser des autres, surtout des plus faibles. Disons-le, nous avons progressé sur plusieurs plans, mais nous sommes analphabètes en ce qui concerne l’accompagnement, l’assistance et le soutien aux plus fragiles et aux plus faibles de nos sociétés développées. Nous sommes habitués à regarder ailleurs, à passer outre, à ignorer les situations jusqu’à ce qu’elles nous touchent directement » (n° 105, citant Fratelli tutti, n° 64).

Cette histoire, nous la connaissons bien : lorsqu’il voit l’homme laissé pour mort au bord de la route, le bon Samaritain est pris de compassion, prend le temps de s’arrêter, s’approche de l’homme, panse ses blessures, le met sur son cheval et l’emmène à l’auberge, demandant à l’aubergiste de prendre soin de lui.

D’une part, la parabole nous montre comment les actions d’une seule personne peuvent changer la vie d’une autre. Sans le bon Samaritain, l’homme qui avait été agressé serait probablement mort là, dans le fossé. D’autre part, la parabole révèle que nous ne sommes pas censés agir seuls pour prendre soin des autres. Les défis et les souffrances sont souvent trop grands pour être gérés par une seule personne. Le bon Samaritain fait participer l’aubergiste à son acte de soin et de compassion. Le Samaritain ne peut pas sauver l’homme tout seul, mais il se rend compte qu’il a besoin que d’autres s’impliquent pour apporter à l’homme toute l’aide dont il a besoin pour guérir. Nous pouvons penser aux nombreuses communautés, groupes et associations où les gens travaillent ensemble pour venir en aide aux personnes qui sont dans le besoin, multipliant ainsi leur impact grâce à leurs efforts collectifs.

 

L’aumône et au-delà : oser donner et recevoir

Dilexi te se termine par un appel lancé à ceux et celles d’entre nous qui proviennent de segments privilégiés de la société et du monde, afin que nous donnions aux personnes qui ne sont pas aussi privilégiés que nous. À première vue, cela concerne avant tout nos biens matériels et nos ressources. Donner de l’argent, de la nourriture et des vêtements est un moyen nécessaire de répondre aux besoins vitaux réels des personnes.

Il n’est pas possible de dire « je tiens à toi » tout en laissant les gens affamés et frissonnant dans le froid. 

En même temps, nous savons que l’argent n’est pas la seule solution. Notre foi nous appelle à donner de notre temps, à prêter une oreille attentive, à offrir notre amitié et à œuvrer ensemble vers une société plus juste et plus fraternelle, pas à pas. Il cite une nouvelle fois le Document d’Aparecida (n° 397) :

« On demande de consacrer du temps aux pauvres, de leur prêter une aimable attention, de les écouter avec intérêt, de les accompagner dans les moments plus difficiles ; de les choisir eux, pour partager des heures, des semaines ou des années de notre vie, en cherchant, à partir d’eux, à transformer leur situation. Nous ne pouvons oublier que Jésus lui-même l’a proposé, dans sa manière d’agir et de parler » (cité au n° 104).

Dans cette optique, l’aumône ne consiste pas seulement à donner de l’argent. C’est une invitation à donner de nous-mêmes et à investir dans des relations authentiques avec les personnes qui souffrent et sont marginalisées. Nos relations personnelles avec eux nous montrent non seulement que nous avons quelque chose à donner, mais nous ouvrent aussi à recevoir tout ce qu’ils ont à offrir. Ceux et celles qui ont peu sur le plan matériel sont riches à bien d’autres égards. Leurs leçons de vie, leur sagesse, leur foi profonde et leur capacité à persévérer sont de profondes sources d’inspiration dont nous pouvons tous tirer des enseignements.

Dieu veut donner quelque chose à nos frères et sœurs dans le besoin par notre intermédiaire, mais il veut aussi que nous recevions d’eux quelque chose d’essentiel ; quelque chose qui a le pouvoir de transformer notre vie de manière durable. Comme dans une famille, chaque membre a quelque chose de beau à offrir aux autres, et le plus important est que nous vivions l’amour et l’attention que nous avons les uns pour les autres.

Comment Dieu t’appelle-t-il à te donner aux autres ? Que t’invite-t-il à recevoir à travers eux ?

Seigneur, tu viens à nous de manière surprenante. Ouvre-nous à te rencontrer chez des personnes et dans des lieux où nous ne nous y attendons pas. Agis en nous et transforme notre monde par la puissance de ton amour, qui nous rassemble en une seule famille. Amen.

Audience Générale du pape Léon XIV – Mercredi 18 mars 2026

Fonts baptismaux de San Giovanni in Fonte, qui font partie du complexe de la cathédrale de Vérone. Wikimedia Commons.

Lors de son audience générale hebdomadaire, le pape Léon XIV a poursuivi sa catéchèse sur Lumen Gentium, la constitution dogmatique du Concile sur l’Église. Il a déclaré que « L’Église, donc, en tant que communion des fidèles qui inclut évidemment les pasteurs, ne peut se tromper dans la foi : l’organe de cette propriété, fondé sur l’onction du Saint-Esprit, est le sens surnaturel de la foi de tout le peuple de Dieu, qui se manifeste dans le consentement des fidèles. ».

Lisez le texte intégral de son discours ci-dessous. Vous pourrez suivre l’intégralité de l’émission sur Sel + Lumière TV ce soir à 19h00 HE, 16h00 HP et sur slmedia.org/fr/endirect.

Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

Aujourd’hui, je voudrais m’attarder à nouveau sur le second chapitre de la Constitution conciliaire Lumen gentium (LG), consacré à l’Église comme peuple de Dieu.

Le peuple messianique (LG, 9) reçoit du Christ la participation à l’œuvre sacerdotale, prophétique et royale où s’accomplit sa mission salvifique. Les Pères conciliaires enseignent que le Seigneur Jésus a institué, par la nouvelle et éternelle Alliance, un royaume de prêtres, en constituant ses disciples en un « sacerdoce royal » (1 P 2, 9 ; cf. 1 P 2, 5 ; Ap 1, 6). Ce sacerdoce commun des fidèles est donné par le Baptême, qui nous rend capables d’adorer Dieu en esprit et en vérité et de « professer devant les hommes la foi que par l’Église ils ont reçue de Dieu » (LG, 11). De plus, par le sacrement de la Confirmation, tous les baptisés « sont liés plus parfaitement à l’Église, ils sont enrichis d’une force spéciale de l’Esprit Saint et ainsi plus strictement obligés tout à la fois à répandre et défendre la foi par la parole et par l’action en vrais témoins du Christ » (ibid.). Cette consécration est à la base de la mission commune qui unit les ministres ordonnés et les fidèles laïcs.

À ce sujet, le pape François faisait remarquer : « Regarder le peuple de Dieu signifie rappeler que nous faisons tous notre entrée dans l’Église en tant que laïcs. Le premier Sacrement, celui qui scelle pour toujours notre identité et dont nous devrions toujours être fiers, est le Baptême. À travers lui et avec l’onction de l’Esprit Saint, (les fidèles) « sont consacrés pour être une demeure spirituelle et un sacerdoce saint » (Lumen gentium, n. 10). Notre consécration première et fondamentale prend ses racines dans notre baptême» (Lettre au Président de la Commission pontificale pour l’Amérique latine, 19 mars 2016).

L’exercice du sacerdoce royal se réalise de multiples façons, toutes orientées vers notre sanctification, avant tout par la participation à l’offrande de l’Eucharistie. Par la prière, l’ascèse et la charité agissante, nous témoignons ainsi d’une vie renouvelée par la grâce de Dieu (cf. LG, 10). Comme le résume le Concile, « le caractère sacré et la structure organique de la communauté sacerdotale se réalisent par les sacrements et les vertus » (LG, 11).

Les Pères conciliaires enseignent ensuite que le peuple saint de Dieu participe également à la mission prophétique du Christ (cf. LG, 12). C’est dans ce contexte qu’ils introduisent le thème important du sens de la foi et du consensus des fidèles. La Commission Doctrinale du Concile précisait que ce sensus fidei « est comme une faculté de toute l’Église, grâce à laquelle elle reconnaît dans sa foi la révélation transmise, en distinguant le vrai du faux dans les questions de foi, et en même temps, elle y pénètre plus profondément et l’applique plus pleinement dans la vie » (cf. Acta Synodalia, III/1, 199). Le sens de la foi appartient donc aux fidèles non pas à titre individuel, mais en tant que membres du peuple de Dieu dans son ensemble.

Lumen gentium met l’accent sur ce dernier aspect et le relie à l’infaillibilité de l’Église, à laquelle est liée, en la servant, celle du Souverain Pontife. La collectivité des fidèles, ayant l’onction qui vient du Saint-Esprit (cf. 1 Jn 2, 20.27), ne peut se tromper dans la foi ; ce don particulier qu’elle possède, elle le manifeste moyennant le sens surnaturel de foi qui est celui du peuple tout entier, lorsque, des évêques jusqu’aux derniers des fidèles laïcs, elle apporte aux vérités concernant la foi et les mœurs un consentement universel (cf. LG, 12). L’Église, donc, en tant que communion des fidèles qui inclut évidemment les pasteurs, ne peut se tromper dans la foi : l’organe de cette propriété, fondé sur l’onction du Saint-Esprit, est le sens surnaturel de la foi de tout le peuple de Dieu, qui se manifeste dans le consentement des fidèles. De cette unité, que le Magistère ecclésial préserve, il découle que chaque baptisé est un sujet actif de l’évangélisation, appelé à rendre un témoignage cohérent du Christ selon le don prophétique que le Seigneur insuffle à toute son Église.

L’Esprit Saint, qui nous vient du Christ Ressuscité, dispense en effet « parmi les fidèles de tous ordres les grâces spéciales qui rendent apte et disponible pour assumer les diverses charges et offices utiles au renouvellement et au développement de l’Église » (LG, 12). La vie consacrée, qui ne cesse de germer et de fleurir sous l’action de la grâce, offre une manifestation particulière de cette vitalité charismatique. Les formes d’association ecclésiales sont elles aussi un exemple lumineux de la variété et de la fécondité des fruits spirituels pour l’édification du Peuple de Dieu.

Très chers, réveillons en nous la conscience et la gratitude d’avoir reçu le don de faire partie du Peuple de Dieu ; ainsi que la responsabilité que cela implique.

Texte reproduit avec l’aimable autorisation de la Libreria Editrice Vaticana

Consultez tous nos articles et la couverture du pape Léon XIV sur notre page :  slmedia.org/fr/pape-leon-xiv

Saint Joseph, ce grand saint !

Crédit photo istockphoto.

Saint Joseph, ce grand saint !

Implorons son intercession et imitons ses vertus.

 

Saint Joseph est le père de la Sainte Famille. Un charpentier de Nazareth qui, dans son rôle de chef de famille, faisait toujours confiance à la Providence devant les difficultés rencontrées. Son cœur de père éclairé l’aide à transformer chaque problème en opportunité. Il était courageux et comptait sur Dieu pour lui venir en aide et le sauver. Sans oublier sa créativité qui a pris de l’élan depuis !     

Voici que le pape François, dans sa lettre apostolique : Un cœur de père, Patris Corde à l’occasion du 150e anniversaire de la déclaration de saint Joseph comme Patron de l’Église universelle ; il propose saint Joseph comme modèle de père aujourd’hui. Il décrète alors une année spéciale qui lui est dédiée du 8 décembre 2020 au 8 décembre 2021. 

Fions-nous à notre Père aujourd’hui et toujours. Implorons l’intercession de saint Joseph dans nos vies, comme nous sommes invité.es à imiter ses vertus. Voici les caractéristiques décrivant parfaitement saint Joseph dans la lettre apostolique, comme étant :  

  • Père aimé.
  • Père de la tendresse.
  • Père dans l’obéissance.
  • Père dans l’accueil, « qui accueille la volonté de Dieu et du prochain ».
  • Père au courage créatif, exemple d’amour pour l’Église et les pauvres.
  • Père travailleur, « Patron des travailleurs » …« et qui enseigne la valeur, la dignité et la joie du travail ».Père dans l’ombre, « décentré par amour de Marie et Jésus ».

Le Saint-Père, le pape François récite tous les jours en effet, « depuis plus de 40 ans », une prière à l’Époux de Marie « tirée d’un livre français de dévotion des années 1800 de la Congrégation des religieuses de Jésus et Marie ». Le Pape explique qu’il s’agit d’une prière « qui exprime dévotion et confiance » à saint Joseph mais qui parle aussi d’un « certain défi », car elle se termine avec ces mots :

« Qu’il ne soit pas dit que je t’ai invoqué en vain, et puisque tu peux tout auprès de Jésus et de Marie, montre-moi que ta bonté est aussi grande que ton pouvoir ».

Quant au pape Léon XIII, il cite : 

« … Et de même qu’autrefois tu as arraché l’Enfant Jésus au péril de la mort, défends aujourd’hui la Sainte Église de Dieu contre les embûches de l’ennemi et contre toute adversité, et couvre-nous de ta constante protection, afin que nous puissions, à ton exemple et par ton assistance, vivre saintement, mourir pieusement, et obtenir l’éternelle félicité dans le Ciel. Amen ». Livret portant sur la lettre apostolique : Un cœur de père, à l’occasion du 150e anniversaire de la déclaration de saint Joseph comme Patron de l’Église universelle,  Médiaspaul 2021 Choix de prières à saint Joseph, p. 33.

J’aimerais ici vous faire part que chaque année, la fête de saint Joseph arrive avec son gros lot de souvenirs et de nostalgie. C’est une fête qui a beaucoup de signification pour moi et pour toute notre famille. Saint Joseph compte beaucoup à mes yeux, à nos yeux. Il est notre modèle de vie comme mon père l’était. Il n’y a pas de surprise !! À mon avis, c’est une bénédiction divine, un cadeau du Ciel.

De plus, j’ai voulu écrire cet article pour dire combien je suis fière de mon père ! J’ai aimé qu’il puisse lire ces lignes et savoir combien nous marchons tous et toutes sur ses pas, et combien nous le prenons comme modèle de vie. Quelle bénédiction et quelle grâce qui nous accompagnaient dans notre vie. Du bel héritage reçu comme chrétien.ne et catholique au moindre geste de bienfaisance effectué avec cœur. 

Mon père à l’exemple de saint Joseph était un père aimé, respecté de tous et de toutes. Il était nommé « l’homme de Dieu et le père des pauvres. » Il voyait la misère de l’autre avec du cœur. C’est en plein ce que signifie d’être miséricordieux. À son époque, il allait tôt faire son tour dans la ville pour cibler les maisons qu’il connaissait bien et qui avaient de la difficulté à subvenir aux besoins de leurs familles. Il leur déposa devant la porte, souvent entrouverte, discrètement toutes sortes de vivres nécessaires et filait, car il n’aimait pas être vu ou connu.        

Une coïncidence vécue : mon père s’appelait « Youssef »  version arabe de « Joseph ». Il est né à la fête de saint Joseph, son patron et son modèle de vie et décède la veille de la Saint-Joseph aussi. Il était dans sa vie l’homme de Dieu sur terre. De par son discernement clair et sa conduite bienveillante, il se comportait fidèlement et discrètement à l’exemple de saint Joseph.  

Nous nous sommes trouvé.es béni.es d’avoir un père si humble, juste et merveilleux à la fois. Un homme honnête, se souciant des plus démunis, soutenant les pauvres, et réflètant par ses actions les enseignements de l’Église. Il prenait comme exemple de vie à suivre, notre bien-aimé saint Joseph. Il s’identifie à lui dans toute chose.

Qu’en est-il du modèle du père aujourd’hui ? Partagez-nous votre avis. Merci de votre fidélité !

Quelles relations plaisent à Dieu ? Appelés autour d’une même table | Comme je vous ai aimés

Prenez et mangez, ceci est mon Corps, La Cène par Cathopic.

Quelles relations plaisent à Dieu ? Appelés autour d’une même table

Une réflexion sur le chapitre 4 de Dilexi te

 

Dans la réflexion de la semaine dernière sur le chapitre 3 de Dilexi te, nous avons examiné le type d’Église que Dieu nous appelle à être. Inspirés par le témoignage des saints, nous avons vu comment l’Église est appelée à se tenir aux côtés des pauvres et des marginalisés, comme Dieu lui-même. Le chapitre 4 commence par un survol de la doctrine sociale de l’Eglise concernant la solidarité avec les pauvres. L’idée principale du chapitre est que les ceux et celles qui vivent dans la pauvreté et la souffrance ne sont pas simplement des bénéficiaires de la charité ou des personnes pour lesquelles nous devrions éprouver de la pitié. Ils sont des membres de la société à part entière, dont les voix, les récits de vie et les qualités appellent notre respect, notre solidarité et notre engagement. 

 

Les structures du péché

La doctrine sociale catholique a depuis longtemps compris que le péché n’est pas seulement une réalité au niveau personnel. Il s’applique également aux structures sociales injustes auxquelles, malheureusement, nous contribuons au quotidien. Ces structures sociales maintiennent certaines populations, tant au niveau national qu’international, dans des cycles de pauvreté, d’exclusion et de marginalisation. En ce sens, l’Évangile nous appelle à la conversion, non seulement en tant qu’individus, mais aussi aux niveaux social, politique et économique. 

En tant qu’êtres humains, nous sommes tous nés avec une dignité égale donnée par Dieu. Malheureusement, nous ne sommes pas tous nés égaux en termes de notre situation sociale. Faisant écho aux paroles du pape François, le pape Léon a identifié l’inégalité comme « la racine des maux de la société », affirmant qu’« on s’aperçoit bien des fois que, de fait, les droits humains ne sont pas les mêmes pour tout le monde » (n° 94). À l’échelle mondiale, on pourrait penser aux structures politiques et économiques qui soutiennent des gouvernements qui fomentent le génocide et les guerres injustes qui affligent les populations civiles. Dans le contexte canadien, on pourrait penser aux inégalités et aux injustices infligées aux peuples autochtones.

Le pape Léon souligne que les structures du péché sont souvent ancrées « dans une mentalité dominante qui considère normal ou rationnel ce qui n’est rien d’autre que de l’égoïsme et de l’indifférence » (n° 93). Il est si facile de tomber dans des mentalités qui nous rendent indifférents et insensibles à la souffrance des autres. Comme le souligne le pape Léon :

« Il devient normal d’ignorer les pauvres et de vivre comme s’ils n’existaient pas. Le choix semble raisonnable d’organiser l’économie en demandant des sacrifices au peuple pour atteindre certains objectifs qui concernent les puissants. Pendant ce temps, seules les ‘miettes’ qui tomberont sont promises aux pauvres » (n° 93).

Dans ce contexte, « nous devons nous engager davantage à résoudre les causes structurelles de la pauvreté » (n° 94). Cette disparité entre les différentes parties de l’humanité ne peut être tolérée comme une simple réalité de la vie. L’injustice et l’inégalité de nos systèmes sociaux et économiques ne semblent normales que pour ceux et celles qui en bénéficient. Elles sont à juste titre intolérables pour les personnes qui subissent leurs conséquences dévastatrices. La difficulté réside dans le fait que ces deux groupes sont souvent isolés l’un de l’autre. Ils vivent dans des mondes séparés, ils ne se connaissent pas et ils ne se côtoient pas. 

La première étape vers une véritable solidarité consiste à apprendre à se reconnaître en tant qu’êtres humains, à connaître le nom et l’histoire des personnes qui vivent dans la pauvreté, et à commencer à travailler ensemble sur un pied d’égalité, en tant que partenaires, pour un avenir plus juste et plus humain pour tous et toutes. Cela peut sembler utopique, mais c’est en fait le chemin vers le royaume de Dieu que nous sommes appelés à parcourir ici et maintenant, sans attendre que les choses s’arrangent ou s’améliorent d’elles-mêmes. À travers l’histoire, Dieu nous invite à être ses collaborateurs sur le chemin de la justice et de la paix, pas à pas.

 

Autour d’une même table

Le pape Léon fait siennes les paroles du Document d’Aparecida de l’épiscopat d’Amérique latine :

« Les différences criantes entre riches et pauvres nous invitent à nous engager davantage pour être des disciples capables de partager la table de la vie, la table de tous les fils et filles du Père, une table ouverte et inclusive, dont personne n’est exclu » (n° 99).

Chaque année, pendant le temps de l’Avent, nous entendons des paroles du prophète Isaïe, qui nous appelle à préparer le chemin du Seigneur : « Que tout ravin soit comblé, toute montagne et toute colline abaissées ! que les escarpements se changent en plaine, et les sommets, en large vallée ! » (Isaïe 40, 3-5) De même, Marie, dans son Magnificat, loue le Seigneur car « il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles » (Luc 1, 52). Sans vouloir paraître trop révolutionnaire, se réunir autour d’une même table en tant qu’égaux nécessite un rééquilibrage des inégalités flagrantes qui marquent nos sociétés, comme nous le rappelle la parole de Dieu.

Dieu ne veut pas qu’une poignée de privilégiés soient extrêmement riches tandis que d’autres souffrent de la faim. Dieu ne souhaite pas non plus que le pouvoir soit concentré entre les mains d’une élite toute-puissante. Au contraire, Dieu révèle son style de leadership lors de la dernière Cène. Jésus s’assoit à table avec ses apôtres. Il se fait l’un d’entre eux, et ils ne font qu’un avec lui. Jésus n’amasse pas de richesses et ne s’assoit pas sur un trône somptueux, obligeant les autres à le servir. C’est plutôt lui, notre Seigneur et notre Maître, qui se lève de table, dépose son vêtement et prend un linge qu’il se noue à la ceinture. Jésus s’abaisse pour laver les pieds de ses disciples, assumant ainsi la tâche d’un esclave.

 

 

Dieu, qui est au-dessus des cieux, se met à notre niveau. Il n’a pas honte de notre vulnérabilité, de nos faiblesses ou de nos défauts. Il ne garde pas une distance de sécurité, mais il s’associe à nous. Il se fait proche, au point de devenir notre prochain. Il se met à table avec nous et nous appelle à nous accueillir les uns les autres comme des égaux, comme ses enfants, comme des frères et sœurs.

Quand on commence à voir la réalité selon la logique de l’Évangile, quel est l’impact sur notre manière d’aborder nos frères et sœurs défavorisés, exclus et marginalisés ? Comment la perspective de Dieu change-t-elle notre manière de comprendre les relations entre les nations puissantes et les populations moins puissantes à travers le monde ? Quel type de relations Dieu nous appelle-t-il à entretenir les uns avec les autres en tant qu’êtres humains, non pas sur la base du succès, du prestige et de la richesse, mais plutôt sur celle de la solidarité, de la compassion et de la fraternité ? Quel est le premier pas que vous pouvez prendre à cet égard cette semaine ?

Dieu notre Père, tu rêves de rassembler tous tes enfants autour de la même table dans ton Royaume. Guide nos pas sur le chemin de la justice et de la paix, et ouvre nos cœurs à l’amour fraternel dans la grande famille humaine. Amen.

 

 

Saint Patrick, un évêque et un missionnaire courageux

Photo prise par Carolina BR sur Cathopic.

Que le Christ soit avec moi, que le Christ soit en moi, que le Christ soit derrière moi, que le Christ soit devant moi, que le Christ soit à mes côtés, que le Christ me guide vers la victoire, que le Christ me réconforte et me restaure, que le Christ soit au-dessus de moi, que le Christ soit dans le calme, que le Christ soit dans le danger, que le Christ soit dans le cœur de tous ceux qui m’aiment, que le Christ soit dans la parole de mes amis et des étrangers.

Extrait de « The Breastplate » La cuirasse de saint Patrick traduite de l’anglais.

 

Les gens associent souvent la Saint-Patrick au fait de porter du vert et de boire de la bière, mais qui était exactement Saint Patrick, et pourquoi le célébrons-nous ? Le saint patron de l’Irlande est né en Grande-Bretagne au IVe siècle après J.-C. dans une famille aisée et aimante. Son père, Calpurnius, était diacre et fonctionnaire local. Bien que sa famille fût romaine et chrétienne, Patrick n’a pas grandi dans la foi chrétienne, ce qui rend son zèle missionnaire et son héritage encore plus inspirants pour nous aujourd’hui.

À l’âge de 16 ans, des pillards irlandais ont envahi son village et l’ont kidnappé, ainsi que des milliers d’autres personnes. Il a été emmené en Irlande et vendu comme esclave. Pendant six ans, il a travaillé comme berger, un métier solitaire et laborieux. Habitué au confort, il devait désormais affronter des climats rigoureux et des terrains difficiles. Durant cette période, il a commencé à prier. Il a pris l’habitude de faire sa prière plusieurs fois par jour, ce qui a accru son amour pour Dieu et approfondi son sentiment de la providence et de la protection divine. Même lorsque la neige tombait, que le froid mordait ou que la pluie tombait, il se levait avant l’aube pour prier. Le Saint-Esprit tournait son cœur vers le Christ.

Une nuit, il entendit une voix dans ses rêves lui disant qu’il allait partir pour son pays natal et que son bateau était prêt. Le lendemain matin, il s’enfuit de chez son maître et trouva un bateau qui le ramena en Grande-Bretagne, de l’autre côté de la mer d’Irlande. De retour chez lui, il commença à étudier les Écritures et la foi catholique. Il eut du mal à se réintégrer dans la société, car il avait prié dans la nature sauvage irlandaise pendant des années et avait manqué six années d’éducation. Il fit alors un autre rêve : les personnes qu’il avait rencontrées en Irlande le suppliaient de revenir. Il crut que, à travers ce rêve, Dieu l’appelait à convertir les païens d’Irlande. Il suivit une formation théologique en France, fut ordonné prêtre et, à 43 ans, fut consacré évêque. En raison de sa connaissance de la culture et de la langue irlandaises, l’Église confirma sa vocation missionnaire et le renvoya en Irlande.

Saint Patrick a utilisé le trèfle, qui a trois feuilles, pour décrire le Père, le Fils et le Saint-Esprit comme faisant partie d’un seul Dieu. Sa vie de missionnaire n’a pas été facile : il a rencontré l’opposition des druides païens et le martyre était toujours une possibilité. Cependant, il croyait fermement en sa vocation et a parcouru le pays en prêchant, baptisant et confirmant avec zèle. Il avait une confiance totale en Dieu et sa mission a porté ses fruits. Des milliers de personnes se sont converties au christianisme, des églises ont été fondées et les vocations religieuses ont fleuri.

Que pouvons-nous apprendre de l’histoire de saint Patrick ? Une leçon est que Dieu peut transformer nos moments les plus sombres en occasions de nous tourner vers lui dans la prière, la foi et la confiance. Ce n’est que lorsque saint Patrick a été dépouillé de sa vie confortable et paisible qu’il a pu développer une vie de prière et se rapprocher de Dieu. Une autre leçon est qu’il n’est jamais trop tard pour changer le monde et vivre l’appel de Dieu à notre égard. Saint Patrick a manqué six années d’éducation formelle et n’a commencé son travail missionnaire qu’après être devenu évêque à l’âge de 43 ans. Plus nous vieillissons, plus nous avons l’impression qu’il est trop tard pour changer de carrière, reprendre des études, faire du bénévolat à l’étranger, se marier ou discerner la prêtrise, etc. L’histoire de saint Patrick nous rappelle que nous pouvons accomplir l’appel de Dieu si nous nous appuyons sur Lui, écoutons Ses petites incitations, faisons confiance à Son attention et discernons Sa sainte volonté par la prière.

 

Audience Générale du pape Léon XIV – Mercredi 11 mars 2026

Église du sanctuaire des martyrs canadiens, Midland (Ontario). Le plafond de la nef s’inspire de la coque d’un canoë traditionnel wendat. Wikimedia Commons.

Lors de son audience générale hebdomadaire, le pape Léon XIV a poursuivi sa catéchèse sur Lumen Gentium, la constitution dogmatique du Concile sur l’Église. Il a déclaré que l’Église est « le peuple de Dieu qui tire son existence du corps du Christ et qui est lui-même le corps du Christ ».

Lisez le texte intégral de son discours ci-dessous. Vous pourrez suivre l’intégralité de l’émission sur Sel + Lumière TV ce soir à 19h00 HE, 16h00 HP et sur slmedia.org/fr/endirect.

Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

Poursuivant notre réflexion sur la Constitution dogmatique Lumen gentium (LG), nous nous penchons aujourd’hui sur le deuxième chapitre, consacré au Peuple de Dieu.

Dieu, qui a créé le monde et l’humanité et qui désire sauver chaque homme et chaque femme, accomplit son œuvre de salut dans l’histoire en choisissant un peuple concret et en habitant parmi lui. C’est pourquoi il appelle Abraham et lui promet une descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et le sable de la mer (cf. Gn 22, 17-18). Avec les enfants d’Abraham, après les avoir affranchis de l’esclavage, Dieu fait alliance avec eux, les accompagne, prend soin d’eux et les rassemble lorsqu’ils s’égarent. Ainsi, l’identité de ce peuple est donnée par l’action de Dieu et par la foi en lui. Il est appelé à être une lumière pour les autres nations, comme un phare qui attirera tous les peuples, toute l’humanité (cf. Is 2, 1-5).

Le Concile affirme que « Tout cela cependant n’était que pour préparer et figurer l’Alliance Nouvelle et parfaite qui serait conclue dans le Christ, et la révélation plus totale qui serait transmise par le Verbe de Dieu lui-même, fait chair.» ( Lumen gentium, 9). C’est en effet le Christ qui, par le don de son Corps et de son Sang, rassemble définitivement ce peuple en lui. Il est désormais composé de personnes de toutes les nations ; il est unifié par la foi en lui, par l’adhésion à lui, par une vie animée par l’Esprit du Ressuscité. Ainsi est l’Église : le peuple de Dieu qui tire son existence du corps du Christ [1] et qui est lui-même le corps du Christ [2] ; non pas un peuple comme un autre, mais le peuple de Dieu, réuni par lui et composé d’hommes et de femmes de tous les peuples de la terre. Son principe unificateur n’est ni une langue, ni une culture, ni un groupe ethnique, mais la foi en Christ : l’Église est donc – selon une magnifique expression du Concile – « L’ensemble de ceux qui regardent avec la foi vers Jésus » ( Lumen gentium, 9).

Il s’agit d’un peuple messianique, précisément parce que son chef, le Christ, est le Messie. Ceux qui lui appartiennent ne se vantent ni de mérites ni de titres, mais seulement du don d’être, en Christ et par Lui, fils et filles de Dieu. Avant toute tâche ou fonction, ce qui importe donc véritablement dans l’Église, c’est d’être greffés sur le Christ, d’être, par grâce, enfants de Dieu. C’est aussi le seul titre honorifique que nous devrions rechercher en tant que chrétiens. Nous sommes dans l’Église pour recevoir continuellement la vie du Père et pour vivre comme ses enfants et frères entre nous. Par conséquent, la loi qui anime les relations dans l’Église est l’amour, tel que nous le recevons et l’expérimentons en Jésus ; et son but est le Royaume de Dieu, vers lequel elle chemine avec toute l’humanité.

Unifiée dans le Christ, Seigneur et Sauveur de tout homme et de toute femme, l’Église ne peut jamais se replier sur elle-même, mais elle est ouverte à tous et est pour tous. Si les croyants en Christ y appartiennent, le Concile nous rappelle que « à faire partie du Peuple de Dieu, tous les hommes sont appelés. C’est pourquoi ce peuple, demeurant uni et unique, est destiné à se dilater aux dimensions de l’univers entier et à toute la suite des siècles pour que s’accomplisse ce que s’est proposé la volonté de Dieu créant à l’origine la nature humaine dans l’unité, et décidant de rassembler enfin dans l’unité ses fils dispersés» (LG, 13). Même ceux qui n’ont pas encore reçu l’Évangile sont donc, d’une certaine manière, orientés vers le Peuple de Dieu, et l’Église, coopérant à la mission du Christ, est appelée à répandre l’Évangile partout et à tous (cf. LG, 17), afin que chacun puisse entrer en contact avec le Christ. Cela signifie que dans l’Église, il y a et il doit y avoir une place pour chacun, et que chaque chrétien est appelé à proclamer l’Évangile et à témoigner dans tout milieu où il vit et travaille. C’est ainsi que ce peuple manifeste sa catholicité, accueillant les richesses et les ressources des différentes cultures et, en même temps, leur offrant la nouveauté de l’Évangile pour les purifier et les élever (cf. LG, 13).

En ce sens, l’Église est une mais inclut tout le monde. Un grand théologien l’a décrite ainsi : « Unique Arche du Salut, elle doit accueillir dans sa vaste nef toute la diversité humaine. Unique Salle du Banquet, la nourriture qu’elle distribue provient de toute la création. La robe sans couture du Christ est aussi – et c’est une seule et même chose – la robe multicolore de Joseph.» [3]

C’est un grand signe d’espérance – surtout à notre époque, marquée par tant de conflits et de guerres – de savoir que l’Église est un peuple où des femmes et des hommes de nationalités, de langues et de cultures différentes coexistent par la force de la foi : c’est un signe inscrit au cœur même de l’humanité, un rappel et une prophétie de cette unité et de cette paix auxquelles Dieu le Père appelle tous ses enfants.

APPEL (traduction provisoire)

Aujourd’hui, à Qlayaa, au Liban, sont célébrées les funérailles du père Pierre El Raii, prêtre maronite d’un des villages chrétiens du sud du Liban. Ces villages connaissent à nouveau la tragédie de la guerre. Je suis proche de tout le peuple libanais en cette période d’épreuve grave.

En arabe, « El Raii » signifie « le berger ». Le père Pierre était un véritable berger, qui est toujours resté aux côtés de son peuple, avec l’amour et le sacrifice de Jésus, le Bon Berger. Dès qu’il a appris que certains paroissiens avaient été blessés dans un bombardement, il s’est précipité pour leur venir en aide sans hésiter. Que le Seigneur fasse en sorte que le sang qu’il a versé soit une semence de paix pour le Liban bien-aimé.

Chers frères et sœurs, continuons à prier pour la paix en Iran et dans tout le Moyen-Orient, en particulier pour les nombreuses victimes civiles, dont beaucoup d’enfants innocents. Que notre prière soit un réconfort pour ceux qui souffrent et une semence d’espoir pour l’avenir.

[1] J. Ratzinger, Le Nouveau peuple de Dieu, Brescia 1992, 97.

[2] Y. M.-J. Congar, Un peuple messianique. L’Église, sacrement du salut. – Salut et libération, Brescia 1976, 75.

[3] H. de Lubac, Catholicisme: Les aspects sociaux du dogme, Milan 1992, 222.

Texte reproduit avec l’aimable autorisation de la Libreria Editrice Vaticana

Consultez tous nos articles et la couverture du pape Léon XIV sur notre page :  slmedia.org/fr/pape-leon-xiv

S1 E6 | Inspirations avec Khôi

Mars 2026 | Pour le désarmement et la paix.

Prier avec le pape Réflexion – mars 2026

Mes frères et sœurs, en ce mois de mars, le pape nous invite à prier pour que les nations s’engagent dans un désarmement effectif, en particulier le désarmement nucléaire, et que les dirigeants du monde choisissent le chemin du dialogue et de la diplomatie et non celui de la violence.

Dans un récent discours prononcé en janvier devant le corps diplomatique accrédité auprès du Vatican, le pape Léon XIV a averti que « la guerre est de nouveau à la mode et que le zèle guerrier se répand ». 

Ce n’est pas parce que la guerre a toujours fait partie de l’histoire humaine qu’elle est légitime ; elle témoigne plutôt de l’horreur et des atrocités dont les humains sont capables sans le pouvoir rédempteur du Seigneur. 

Prier pour le désarmement ne signifie pas que nous renonçons à notre droit de nous défendre. Cela est particulièrement vrai en ce qui concerne les armes nucléaires, dont la possession relève davantage de la destruction mutuelle que de la légitime défense. 

Prions pour que la manière d’être et de vivre chrétienne ne soit pas séparée de la manière dont nous interagissons avec les autres nations, comme si notre foi chrétienne pouvait être reléguée à la sphère privée, tandis que nous revenons à des méthodes brutales et animales de domination et de pouvoir en matière de politique, comme si cela allait de soi. 

Prions pour que nous vivions et témoignions de manière que notre identité chrétienne ait un poids dans le discours public. 

Finalement, il est difficile de mettre fin à la guerre et à ses terribles conséquences lorsque la haine règne dans nos cœurs. 

Prions donc pour que nos attitudes et nos actions ne soient pas dominées et gouvernées par la haine, et si la haine existe, prions pour que le Seigneur fasse fondre la glace qui recouvre nos cœurs, afin que Jésus-Christ, le Prince de la Paix, règne dans nos cœurs. Que Dieu vous bénisse aujourd’hui. 

Quelle Église sommes-nous appelés à être ? « Va et fais de même » | Comme je vous ai aimés

La parabole du bon Samaritain. Crédit photo Istock.

Quelle Église sommes-nous appelés à être ? « Va et fais de même »

Une réflexion sur le chapitre 3 de Dilexi te

 

La réflexion de la semaine dernière portait sur la manière dont Dieu choisit d’être aux côtés de ceux et celles qui connaissent la pauvreté, l’exclusion, la marginalisation et la souffrance. Voir Dieu sous cet angle peut changer notre compréhension de qui il est et de la manière dont il nous voit. Dieu n’est pas un juge sévère, mais un rédempteur compatissant qui reste particulièrement proche de ses enfants qui sont le plus dans le besoin. Si Dieu est ainsi, qu’est-ce que cela signifie pour l’Église ? Le chapitre 3 de l’exhortation apostolique Dilexi te du pape Léon XIV apporte un éclairage précisément sur cette question. 

 

Une Église pour les pauvres

Si Dieu est pour les pauvres, alors l’Église doit elle aussi être pour les pauvres. C’est dans ce sens que nous pouvons interpréter la célèbre déclaration du pape François : « Comme je voudrais une Église pauvre et pour les pauvres ! » C’est par ces mots, quelques jours après son élection comme pape en 2013, que François a expliqué comment il avait choisi son nom. A la fin du conclave, un cardinal d’Amérique latine assis près de François lui a chuchoté : « N’oublie pas les pauvres ! » Pour garder les pauvres au cœur de son ministère, le pape a choisi de s’appeler en l’honneur de saint François d’Assise. 

Saint François d’Assise venait d’une famille assez aisée. Son père était un riche marchand de soie et sa mère était issue de la noblesse provençale. Il a mené une vie fastueuse tout au long de sa jeunesse, s’habillant somptueusement et dépensant sans compter. L’histoire raconte qu’un jour, il vendait les tissus raffinés de son père sur le marché. Alors que François servait des clients, un mendiant s’approcha de lui pour lui demander de l’argent. François lui dit d’attendre son tour. Lorsque l’homme s’éloigna, François courut après lui et lui donna tout l’argent qu’il avait dans sa bourse. Un événement similaire se produisit plusieurs années plus tard, lorsque François passa à cheval près d’un lépreux au bord de la route. Au début, François eut peur de cet homme, mais il finit par descendre de cheval et s’approcha de lui, lui baisa la main et lui donna son manteau. Alors que François poursuivait son chemin, il se retourna, mais l’homme avait disparu. François comprit à cet instant qu’il n’avait pas simplement rencontré un lépreux, mais le Christ lui-même en chair et en os.

Ce fut un tournant dans la vie de François d’Assise. Il renonça à son statut social et embrassa la pauvreté afin de suivre le Christ de plus près et de se consacrer entièrement au service des autres. François voyait dans les pauvres et les souffrants le visage et la chair de Jésus. Comme le fait remarquer le pape Léon à propos de François d’Assise, « sa pauvreté était relationnelle : elle le conduisait à se faire proche, égal, voire inférieur. Sa sainteté germait de la conviction que l’on ne peut vraiment recevoir le Christ qu’en se donnant généreusement aux frères » (n° 64).

Le modèle de vie de François d’Assise est une source d’inspiration pour toute l’Église. Si l’Église est appelée à être centrée sur le Christ, elle ne peut pas maintenir les pauvres et les souffrants en marge. Ils doivent être au centre de l’attention de l’Église, comme ils le sont pour le Christ.

 

Les saints des pauvres

La vie des saints peut nous inspirer à être une Église qui garde dans son esprit et dans son cœur les personnes qui vivent dans la pauvreté et la souffrance. Nous pouvons penser aux nombreuses communautés religieuses de femmes et d’hommes qui, à travers les âges, ont consacré toute leur existence à soigner les malades, à visiter les détenus, à accueillir les étrangers et à éduquer les enfants défavorisés, mettant en pratique le message de Jésus dans Matthieu 25.

 

Saint Laurent, diacre et martyr

Dès les premières communautés chrétiennes, les pauvres occupaient une place privilégiée dans l’Église. Au cours des premiers siècles du christianisme, alors que les chrétiens étaient martyrisés par l’Empire romain, saint Laurent était diacre dans la ville de Rome. Laurent, diacre au service du pape Sixte II, reçut l’ordre de remettre les trésors de l’Église aux autorités romaines. Le jour venu, Laurent emmena avec lui les pauvres.

Lorsque les autorités protestèrent, Laurent répondit simplement : « Ce sont eux les trésors de l’Église » (n° 38). Plus tard, Laurent subit le martyre, mais la puissance de son témoignage résonne encore aujourd’hui.

 

Saint Jean Chrysostome, prédicateur de l’amour pour les pauvres

Le témoignage de Laurent rappelle les paroles de saint Jean Chrysostome, l’un des pères les plus renommés de l’Église. Jean Chrysostome appelait les fidèles à reconnaître le Christ dans ceux et celles qui sont dans le besoin. Il prêchait :

« Veux-tu honorer le corps du Christ ? Ne le méprise pas lorsqu’il est nu et, pendant qu’ici tu l’honores par des étoffes de soie, ne le méprise pas à l’extérieur en le laissant souffrir le froid et la nudité […]. En effet, [le corps de Jésus-Christ qui est sur l’autel] n’a pas besoin de vêtements, mais d’une âme pure, au lieu que cet autre a besoin de beaucoup de soin. […] Honore-le donc aussi de la manière qu’Il a établie, c’est-à-dire en donnant ses richesses à des pauvres. Dieu n’a pas besoin d’objets en or, mais d’âmes en or » (n° 41).

Les trésors de l’Église ne sont pas les calices en or ou les objets exposés dans les musées du Vatican, mais ceux et celles qui sont les plus précieux aux yeux de Jésus, avec lesquels il s’identifie personnellement. Ils doivent être au cœur même de la vie et de la mission de l’Église. Nous ne pouvons pas vraiment rencontrer le Christ sur l’autel si nous ne sommes pas prêts à le rencontrer dans le sans-abri qui dort dans le froid sur le seuil de l’église.

 

 

Mère Teresa, icône universelle de la charité

Plus récemment, le monde a connu l’exemple prophétique de Mère Teresa. Un jour, un journaliste lui a demandé ce qui la motivait à se dévouer quotidiennement aux personnes mourantes et abandonnées. Sans ciller, elle a tout de suite répondu, reprenant les paroles de Jésus : « C’est à moi que vous l’avez fait ». Comme le dit le pape Léon, Mère Teresa « est devenue une icône universelle de la charité vécue jusqu’à l’extrême en faveur des plus exclus de la société » (n° 77).

Mère Teresa a vécu de manière radicale le message qu’elle prêchait : « Nous voulons annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres : que Dieu les aime, que nous les aimons, qu’ils sont quelqu’un pour nous, que, eux aussi, ont été créés par la même main amoureuse de Dieu pour aimer et pour être aimés. Nos pauvres gens, nos splendides gens, sont des gens tout à fait dignes d’amour. Ils n’ont pas besoin de notre pitié ni de notre compassion. Ils ont besoin de notre amour compréhensif, ils ont besoin de notre respect, ils ont besoin que nous les traitions avec dignité » (n° 77).

Selon le pape Léon, Mère Teresa « ne se considérait pas comme une philanthrope ou une militante, mais comme une épouse du Christ crucifié, qui servait avec un amour total les frères souffrants » (n° 77).

Inspirés par le témoignage des saints, nous pouvons nous demander : comment manifestons-nous l’amour de Dieu aux personnes qui sont dans le besoin ? Nos familles, nos paroisses et nos communautés sont-elles des lieux accueillants pour les pauvres, les malades et les personnes qui souffrent ? Quelle place est-ce qu’on leur accorde dans nos cœurs et dans nos priorités ? Sommes-nous prêts à consacrer du temps et des ressources pour venir à leur rencontre et à leur aide ? Sommes-nous prêts à reconnaître en eux le Christ qui vient à notre rencontre ? 

« La sainteté chrétienne fleurit souvent dans les lieux les plus oubliés et les plus blessés de l’humanité. Les plus pauvres parmi les pauvres – ceux qui manquent non seulement de biens, mais aussi de voix et de reconnaissance de leur dignité – occupent une place spéciale dans le cœur de Dieu. Ils sont les préférés de l’Évangile, les héritiers du Royaume (cf. Lc 6, 20). C’est en eux que le Christ continue de souffrir et de ressusciter. C’est en eux que l’Église retrouve sa vocation à montrer sa réalité la plus authentique » (n° 76).

Jésus, ouvre nos oreilles à l’appel radical de l’Évangile. Ouvre nos yeux pour que nous te voyions dans nos frères et sœurs qui sont dans le besoin. Ouvre nos mains pour offrir ce que nous avons, et transforme nos cœurs pour les rendre plus semblables au tien. Amen.

 

En ce Carême, centrez votre vie sur l’essentiel !

Le Carême, jeûne avec du pain, de l’eau et le rosaire par Antonio Gravante sur Cathopic.

C’est quoi le Carême pour vous et quel jeûne suivez-vous ?

 

Récemment, dans son message pour le Carême du vendredi 13 février, le pape Léon XIV invite les fidèles catholiques à écouter la Parole de Dieu et à jeûner. À jeûner non seulement de nourriture mais aussi « par la langue ». Autrement dit, à éviter « les mots et les paroles qui heurtent et blessent le prochain ». De plus, le Carême nous offre un temps liturgique qui incite « à remettre le mystère de Dieu au centre de notre vie », et à ne plus se disperser entre les inquiétudes et les distractions quotidiennes. Le Pape encourage les fidèles à « prêter l’oreille à la voix du Seigneur ». Il recommande l’écoute de la Parole de Dieu dans la Bible, mais aussi l’écoute de la voix « de la souffrance et de l’injustice, afin qu’elle ne reste pas sans réponse ». 

Pour vivre un Carême riche de sens, nous devons alors « Écouter et jeûner ». Nos actions sont les voies à prendre sur notre chemin vers Pâques. Elles forment la boussole de notre vie chrétienne. Nous devons nous éloigner des distractions quotidiennes, calmer tout désir et faire le plus de place à Dieu, en adoptant le recentrement, le jeûne et l’effort de l’ouverture au prochain. Oui, rien ne peut s’effectuer sans effort ! Pensons aux saints du Ciel qui ont déjà vécu sur terre comme nous maintenant ; mais avec leurs efforts continus, ils garantissent une meilleure place aux côtés du Père Céleste. Que nous soyons catholiques ou non, le temps du Carême est vu et considéré comme un temps d’examen de conscience, de recentrement et de renouveau. Nous avons à suivre l’axe ou la Croix qui nous définit comme fils ou fille de Dieu. Ceci, nous pousse à garder en vue notre relation avec notre Créateur et celle avec notre prochain. Pour le Carême, prenons quelque temps pour exercer un retour sur nous-mêmes, afin de faire un examen de conscience et mettre des priorités majeures dans notre vie : Écouter attentivement la voix du Seigneur, la souffrance d’un.e proche où il ou elle se trouve, et veiller à ce que leur vie soit digne et décente ; sans oublier l’essentiel : le jeûne ! Réagissez à cet article en nous partageant comment avez-vous commencé votre Carême et quel jeûne suivez-vous ? 

Mujaddara du Moyen-Orient avec  riz et bulgur (blé). Photo Istock.

Je me rappelle que dans notre famille, nous suivons les recommandations de l’Église sur le Carême, en adoptant l’arrêt de nourriture et de l’eau de minuit jusqu’à midi le jour suivant. Nous devons jeûner les mercredis, les vendredis et la Semaine Sainte. Nous remplaçons la viande par du poisson, des légumineuses, des olives et des légumes en salade…. Trop souvent, il m’a été très difficile de suivre la discipline, de m’éloigner des desserts et surtout du chocolat, sans penser à la pénitence, à la culpabilité de ne pas être pardonnée et la peur de tricher. Et que peut-être le Seigneur va me punir pour ne pas respecter les exigences fixées, etc. Mais, tout le monde autour de moi ne mange pas de viande au moins la 1ère et dernière semaine. Nous marchons dans les rues de la ville et l’odeur de la Moujaddara, le plat typique pour le Carême fait avec des lentilles, beaucoup d’oignons et de l’huile d’olive, et qui embaume l’espace. Ce plat incontournable est simple, économique avec peu d’ingrédients, est aussi un repas sain, riche en fibres et en protéines végétales. En réalité, tout le monde embarque dans ce cheminement vers Pâques sans poser trop de questions.

 

Pourquoi je jeûne ? 

Prenons quelque temps afin de planifier notre jeûne avec un but précis, loin des réseaux sociaux, la folie du monde bruyant et de tout ce qui nous déconcentre du Christ, et pour faire un examen de conscience qui nous aide énormément à comprendre les raisons du jeûne. Le jeûne n’est qu’une discipline de notre corps et de notre esprit. Je ne jeûne pas parce que c’est une « tendance » qui interpelle bien des personnes. Nous jeûnons pour consolider et fortifier notre volonté. Pour nous nettoyer et nous éloigner du péché. Nous devrions être convaincu.es des raisons d’arrêter, par exemple un plaisir éphémère qui draine notre énergie, et nous accrocher à la Parole de la Bible, en mettant le Seigneur au centre de notre vie et l’aide au prochain qui souffre d’avoir peu de chances. Si je décide d’arrêter la nourriture que j’aime ainsi que d’autres privations alimentaires, etc. En quoi, mon jeûne va-t-il être distinct et différent de n’importe quelle autre diète ?

Le jeûne est une période de sacrifice, mais d’amour ; de discipline et un vrai retour vers Dieu. C’est un sacrifice joyeux, une privation, une joie qui grandit. Même les enfants peuvent sacrifier quelque chose, ils peuvent s’en passer de jouer, de manger des sucreries, etc. Ce fait nous a accompagnés pendant de longues années. Il ne fallait pas qu’on touche au dessert, au chocolat et aux sucreries, qu’après notre retour de la messe du Dimanche de Pâques. Je me rappelle que nous préparions une munition d’œufs en chocolat et des galettes de lait (Kaak b halib), une spécialité de ma mère, et que nous gardions en notre possession, parce que nous n’avions pas le droit d’y toucher.

Des fois, nous agissons à l’extrême, en pensant à suivre un Carême sévère. Mais pour une raison ou une autre, il arrive de quoi : nous échouons et nous nous arrêtons. Nous pouvons en tout temps continuer là où on s’est arrêté.e. Chaque effort est nécessaire, et nous guide vers la joie de la Résurrection. La persévérance et la réconciliation avec le Seigneur font de nous des ressuscités, des renouvelés, qui sont passés des ténèbres de nos vies à la lumière de la Résurrection de notre Seigneur.

Pendant le Carême, nous nous concentrons sur la prière, le jeûne et l’aumône afin de raviver la charité et pour nous rapprocher de notre Seigneur crucifié et ressuscité après quarante jours, et pour s’ouvrir plus aux autres. L’Église quant à elle, ne manque pas de nous proposer de nombreuses pratiques et des outils utiles pour notre marche vers Pâques pour nous aider à grandir et rendre cette période plus fructueuse sur le plan spirituel. Pour vivre un Carême riche de sens, je voulais que mon chemin de conversion passe par plus de bénévolat auprès de l’autre moins chanceux et pour que je puisse apporter une lumière dans le monde qui l’entoure.

Audience Générale du pape Léon XIV – Mercredi 4 mars 2026

Achevée en 1967, la cathédrale métropolitaine du Christ-Roi à Liverpool, au Royaume-Uni, est une méditation saisissante sur le Corps mystique du Christ. Wikimedia Commons.

Lors de son audience générale hebdomadaire, le pape Léon XIV a repris sa catéchèse sur Lumen Gentium, la constitution dogmatique du Concile sur l’Église. Il a déclaré que « l’Église est à la fois une communauté terrestre et le corps mystique du Christ, une assemblée visible et un mystère spirituel, une réalité présente dans l’histoire et un peuple en marche vers le ciel ».

Lisez le texte intégral de son discours ci-dessous. Vous pourrez suivre l’intégralité de l’émission sur Sel + Lumière TV ce soir à 19h00 HE, 16h00 HP et sur slmedia.org/fr/endirect.

Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

Aujourd’hui, nous poursuivons notre approfondissement de la Constitution conciliaire Lumen gentium, Constitution dogmatique sur l’Église.

Dans le premier chapitre, où l’on cherche avant tout à répondre à la question sur ce qu’est l’Église, celle-ci est décrite comme « une réalité complexe » (n° 8). Demandons-nous maintenant : en quoi consiste cette complexité ? Quelqu’un pourrait répondre que l’Église est complexe en ce sens qu’elle est “compliquée”, et donc difficile à expliquer ; un autre pourrait penser que sa complexité découle du fait qu’elle est une institution chargée de deux mille ans d’histoire, avec des caractéristiques différentes de celles de tout autre groupe social ou religieux. En latin, cependant, le mot “complexe” désigne plutôt l’union ordonnée d’aspects ou de dimensions différents à l’intérieur d’une même réalité. C’est pourquoi Lumen gentium peut affirmer que l’Église est un organisme bien structuré, dans lequel coexistent les dimensions humaine et divine, sans séparation ni confusion.

La première dimension est immédiatement perceptible, car l’Église est une communauté d’hommes et de femmes qui partagent la joie et les difficultés d’être chrétiens, avec leurs qualités et leurs défauts, annonçant l’Évangile et se faisant signe de la présence du Christ qui nous accompagne sur le chemin de la vie. Pourtant, cet aspect – qui se manifeste également dans l’organisation institutionnelle – ne suffit pas à décrire la véritable nature de l’Église, car celle-ci possède également une dimension divine. Cette dernière ne consiste pas en une perfection idéale ou en une supériorité spirituelle de ses membres, mais dans le fait que l’Église est engendrée par le dessein d’amour de Dieu sur l’humanité, réalisé en Christ. L’Église est donc à la fois communauté terrestre et corps mystique du Christ, assemblée visible et mystère spirituel, réalité présente dans l’histoire et peuple en pèlerinage vers le ciel (LG, 8 ; CCC, 771).

La dimension humaine et la dimension divine s’intègrent harmonieusement, sans que l’une ne se superpose à l’autre ; ainsi, l’Église vit dans ce paradoxe : elle est une réalité à la fois humaine et divine, qui accueille l’homme pécheur et le conduit à Dieu.

Pour éclairer cette condition ecclésiale, Lumen gentium renvoie à la vie du Christ. En effet, qui rencontrait Jésus le long des routes de Palestine faisait l’expérience de son humanité, de ses yeux, de ses mains, du son de sa voix. Qui décidait de le suivre était poussé précisément par l’expérience de son regard accueillant, par le toucher de ses mains qui étaient une bénédiction, par ses paroles de libération et de guérison. Mais en même temps, en suivant cet Homme, les disciples s’ouvraient à la rencontre avec Dieu. En effet, la chair du Christ, son visage, ses gestes et ses paroles manifestent de manière visible le Dieu invisible.

À la lumière de la réalité de Jésus, nous pouvons maintenant revenir à l’Église : lorsque nous la regardons de près, nous y découvrons une dimension humaine faite de personnes concrètes, qui parfois manifestent la beauté de l’Évangile et d’autres fois peinent et se trompent comme tout le monde. Cependant, c’est précisément à travers ses membres et ses aspects terrestres limités que se manifestent la présence du Christ et son action salvifique. Comme le disait Benoît XVI, il n’y a pas d’opposition entre l’Évangile et l’institution, au contraire, les structures de l’Église servent précisément à « la réalisation et à la concrétisation de l’Évangile à notre époque » (Discours aux évêques de Suisse, 9 novembre 2006). Il n’existe pas d’Église idéale et pure, séparée de la terre, mais seulement l’unique Église du Christ, incarnée dans l’histoire.

C’est en cela que réside la sainteté de l’Église : dans le fait que le Christ l’habite et continue à se donner à travers la petitesse et la fragilité de ses membres. En contemplant ce miracle perpétuel qui s’accomplit en elle, nous comprenons la “méthode de Dieu” : il se rend visible à travers la faiblesse des créatures, continuant de se manifester et d’agir. C’est pourquoi le pape François, dans Evangelii gaudium, exhorte chacun à apprendre « à ôter les sandales devant la terre sacrée de l’autre (cf. Ex 3, 5) » (n° 169). Cela nous rend encore capables aujourd’hui d’édifier l’Église : non seulement en organisant ses formes visibles, mais en construisant cet édifice spirituel qu’est le corps du Christ, à travers la communion et la charité entre nous.

La charité, en effet, engendre constamment la présence du Ressuscité. « Veuille le ciel, » disait saint Augustin, « que tous gardent à l’esprit seulement la charité : elle seule, en effet, vainc toutes choses, et sans elle, toutes les choses ne valent rien ; partout où elle se trouve, elle attire tout à elle » (Serm. 354,6,6).

Texte reproduit avec l’aimable autorisation de la Libreria Editrice Vaticana

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Quelle est notre image de Dieu ? « C’est à moi que vous l’avez fait » | Comme je vous ai aimés

Photo par sedmak sur iStock.

Quelle est notre image de Dieu ? « C’est à moi que vous l’avez fait »

Une réflexion sur le deuxième chapitre de Dilexi te

 

Dans la continuité de la réflexion de la semaine dernière sur le premier chapitre de Dilexi te, nous allons cette semaine nous pencher sur le chapitre 2. La semaine dernière, nous avons vu les multiples formes de pauvreté abordées par le pape Léon XIV dans ce premier document majeur de son pontificat. Dans la continuité du pape François, le pape Léon appelle toute l’Église à entendre le cri de ceux et celles qui vivent la pauvreté sous diverses formes. Le deuxième chapitre de Dilexi te met en évidence la manière dont Dieu choisit les pauvres et nous appelle à faire de même.

 

Un Dieu qui choisit les pauvres

Il existe dans la Bible de nombreux exemples illustrant comment Dieu choisit les pauvres. Dieu montre sa plus grande sollicitude envers les populations les plus vulnérables à l’époque des prophètes : les veuves et les orphelins. D’un point de vue chrétien, les personnes qui vivent dans la pauvreté, l’injustice et la marginalisation sont véritablement la prunelle des yeux de Dieu. Selon les mots du pape Léon : « Les pauvres ont une place de choix dans le cœur de Dieu […]. Tout le chemin de notre rédemption est marqué par les pauvres » (DT, n° 17).

Alors, que signifie le fait que Dieu choisisse les pauvres ? Le fait que Dieu « choisisse les pauvres » ne signifie pas qu’il décide qui sera pauvre ou non, ou qui souffrira ou non. Cela signifie plutôt que Dieu se met du côté de ceux et celles qui se trouvent dans des situations de pauvreté, de souffrance, d’injustice et d’exclusion. Il se fait tout proche d’eux, il entend leurs cris et il est particulièrement solidaire avec eux.

Cela peut entrer en conflit avec notre propre image de Dieu si nous l’imaginons comme un juge sévère plutôt que comme un sauveur miséricordieux. Comme le pape François l’a souvent rappelé, le style de Dieu est la proximité, la tendresse et la compassion. Les voies de Dieu peuvent sembler en contraste flagrant avec la mentalité de notre monde. Il semblerait normal de préférer être plus fort, plus riche ou plus prospère. C’est certainement le message que nous transmettent nos sociétés occidentales contemporaines. 

Mais la logique de Dieu n’est pas celle de la bourse de Wall Street. Dieu n’a pas une plus grande estime pour les personnes qui amassent le plus d’argent ou le plus de pouvoir. Au contraire, Dieu aime la petitesse. Dieu exalte l’humilité. Nous pouvons penser à la grande prière de Marie, le Magnificat, dans laquelle elle loue Dieu pour avoir « dispersé les superbes, renversé les puissants de leurs trônes, élevé les humbles, comblé de biens les affamés et renvoyé les riches les mains vides » (Lc 1, 46-55). Ces paroles peuvent sembler sévères ou révolutionnaires, mais elles nous donnent un aperçu de la réalité du point de vue de Dieu. 

Dieu n’est pas impressionné par les démonstrations grandioses de puissance et de force. Aux yeux de Dieu, le véritable pouvoir est l’amour. Et la véritable force est le service. Cette logique allait contre-courant à l’époque de Jésus, et cela continue d’être le cas aujourd’hui. La question qui se pose à nous est la suivante : comment pouvons-nous faire en sorte que nos relations avec les personnes qui ont moins que nous soient caractérisées par l’amour et le service ?  

 

 

Le Christ s’identifie personnellement aux « plus petits de nos frères et sœurs »

En Jésus, Dieu vient à nous dans la pauvreté. Il n’est pas un Messie riche et puissant qui vient conquérir l’humanité par sa seule puissance. Jésus a des origines humbles, enfant d’une famille contrainte de fuir son pays natal, qui vit parmi les classes ouvrières de l’époque. Jésus n’a jamais été un homme riche. Il ne possédait ni terres ni biens matériels. Au contraire, Jésus passait son temps avec les exclus et fréquentait quotidiennement ceux et celles qui vivaient en marge de la société. 

Mais ce n’est pas tout. Au cœur de l’Évangile se trouve la vérité profonde que Jésus s’identifie ici et maintenant, personnellement, aux « plus petits de nos frères et sœurs » (Mt 25, 40). En effet, aux yeux du Christ, ils ne sont pas en réalité « les plus petits ». Au contraire, les personnes qui sont considérés comme « les plus petits » aux yeux du monde sont les plus grands dans l’esprit et le cœur de Jésus. 

Comment pouvons-nous laisser la mentalité de Jésus influencer et transformer la nôtre ? Comment pouvons-nous être ouverts à la rencontre avec lui chez nos frères et sœurs qui sont en marge de la société, les personnes qui luttent pour trouver un logement, les parents qui ont besoin d’aide pour nourrir leur famille ? Jésus nous attend chez les frères et sœurs que nous négligeons, évitons ou ignorons.

Seigneur, tu prends soin des personnes qui sont dans le besoin et tu relèves ceux et celles qui sont abattus. Convertis nos cœurs et renouvelle nos esprits afin que nous te voyions dans ces frères et sœurs que tu tiens tout près de ton cœur. Amen.

Qui est mon prochain ? Entendre le cri | Comme je vous ai aimés

Sculpture représentant un pauvre mendiant devant une église. Photo prise par Yandry Fernández Perdomo sur Cathopic.

 

Qui est mon prochain ? Entendre le cri

Une réflexion sur le premier chapitre de Dilexi te

 

Dilexi te est le premier document majeur du pape Léon XIV. Cette exhortation, qui a pour thème l’amour envers les pauvres, sert de pont entre les deux derniers pontificats. Commencée par le pape François, puis reprise par le pape Léon, elle a été promulguée le 4 octobre 2025, jour de la fête de saint François d’Assise, célèbre pour son esprit de pauvreté. Léon XIV a choisi son nom en souvenir du pape Léon XIII, qui est surtout connu pour sa doctrine sociale au tournant du XXe siècle. À la suite des révolutions industrielles, Léon XIII a défendu les droits des ouvriers et des personnes défavorisées par les progrès technologiques fulgurants de l’époque. Après plus d’un siècle, ce nouveau document de Léon XIV nous donne une synthèse de l’enseignement de l’Église sur le soin des personnes en situation de pauvreté, d’injustice et d’exclusion au XXIe siècle. Il s’agit avant tout d’un appel à voir les personnes dans le besoin comme Dieu les voit, à les aimer de son cœur, à passer du temps avec elles et à avancer ensemble.

Ce sujet nous met en contact avec le cœur même de l’Évangile, que nous sommes appelés à vivre chaque jour. Cela est particulièrement vrai pendant le temps du Carême. Ainsi, alors que nous cheminons vers Pâques, réfléchissons ensemble, chaque semaine, à un chapitre de Dilexi te.

 

Parler des « pauvres »

Parler des « pauvres » est un terme chargé et risqué. D’une part, la tradition chrétienne désigne les « pauvres » comme un groupe particulièrement précieux aux yeux de Dieu, comme des personnes que le Christ nous appelle à aimer et à servir quotidiennement en priorité. Le psalmiste nous dit : « Un pauvre crie, le Seigneur entend » (Ps 33). Dans l’Ancien Testament, Dieu voit la misère de son peuple opprimé par l’esclavage, il entend leur cri et vient à leur secours (Ex 3, 7-10). Dans les Évangiles, Jésus ne se contente pas de venir en aide aux pauvres, il va jusqu’à s’identifier personnellement à eux : « Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40). D’un autre côté, désigner une personne ou un groupe de personnes comme « les pauvres » serait dévalorisant et irrespectueux. Le risque est d’ignorer leurs capacités et de les réduire à ce qui leur manque plutôt que de reconnaître leurs vraies identité et dignité en tant qu’être humain.

Il ne s’agit surtout pas d’éviter de parler de la pauvreté, ce qui ne ferait que masquer et minimiser la dure réalité que tant de personnes vivent dans notre pays et dans le monde entier. Il s’agit plutôt de trouver la juste manière de parler de la pauvreté de façon sensible, empathique et socialement consciente. En fin de compte, il ne s’agit pas seulement de parler d’eux ou de faire quelque chose pour eux, mais plutôt de les écouter et d’agir ensemble avec eux.

 

 

Les multiples formes de pauvreté

Dilexi te souligne qu’il existe de nombreuses formes de pauvreté. Il y a bien sûr la pauvreté matérielle et économique, mais aussi l’exclusion sociale, la pauvreté morale et spirituelle, la fragilité et la vulnérabilité – qu’elles soient physiques, mentales ou émotionnelles, de manière temporaire ou permanente. Il y a aussi la pauvreté politique qui consiste à « n’avoir aucun droit, aucun espace, aucune liberté » (n° 9). Dans un certain sens, chaque vie comporte une certaine expérience de la pauvreté : la prise de conscience que nous manquons tous de quelque chose. Aucun d’entre nous n’est autosuffisant. Nous avons tous des moments de besoin, nous avons tous des blessures et des faiblesses. Cependant, nous réalisons également que certains d’entre nous se trouvent dans une situation bien plus grave que d’autres. Malheureusement, ceux et celles qui ont le plus besoin d’aide sont souvent en marge de la société. Souvent, nous pouvons également les maintenir en marge de notre vie de manière volontaire. À la lumière de notre foi, que pouvons-nous faire pour ouvrir nos yeux, tendre l’oreille et la main ?

 

Entendre le cri

Dilexi te affirme que la situation des personnes dans le besoin constitue un « un cri qui, dans l’histoire de l’humanité, interpelle constamment notre vie, nos sociétés, nos systèmes politiques et économiques et, enfin et surtout, l’Église » (n° 9). Entendre ce cri, c’est suivre l’exemple de Dieu lui-même, qui entend le cri de ceux et celles qui dans le besoin et nous appelle tous et toutes à leur tendre la main. Dieu prête l’oreille à leur cri, et son cœur est toujours ouvert, sensible à ce qu’ils vivent. Pourtant, nos oreilles sont souvent fermées, et nos cœurs peuvent rester indifférents aux épreuves de nos frères et sœurs. Qu’est-ce qui nous empêche d’entendre leur cri ? Qu’est-ce qui empêche nos cœurs de s’ouvrir ?

Léon XIV souligne divers états d’esprit et préjugés qui peuvent nous empêcher de nous soucier de ceux et celles qui sont dans le besoin. Compte tenu de l’énorme développement économique des dernières décennies, nous pouvons être amenés à penser que la pauvreté est une simple question du passé, ou même que ceux et celles qui la vivent aujourd’hui ont dû faire quelque chose pour se retrouver dans une telle situation. Pourtant, comme l’affirme le pape : « Les pauvres ne sont pas là par hasard ou par un destin aveugle et amer » (n° 14). Au contraire, durant les dernières décennies « la richesse a augmenté », mais les inégalités aussi (n° 13), de sorte que la couche supérieure de la société s’enrichit sans cesse, tandis que d’énormes parties de la population doivent faire face à des conditions de vie ardues. On peut penser ici à la réalité croissante des « travailleurs pauvres », ceux et celles qui travaillent « du matin au soir […] même s’ils savent que leurs efforts ne serviront qu’à les faire survivre et jamais à améliorer véritablement leur vie ». Cette situation n’est qu’exacerbée par les progrès technologiques effrénés à l’ère de l’intelligence artificielle, qui augmentent encore le risque de laisser sur le bord de la route une grande partie de la population. Léon met en garde contre le préjugé cruel selon lequel ceux et celles qui vivent dans la pauvreté « n’auraient pas acquis de “mérites”, selon cette fausse vision de la méritocratie où seuls ceux qui ont réussi dans la vie semblent avoir des mérites » (n° 14).

Enfin, Léon souligne que nous, chrétiens, pouvons également nourrir des préjugés à l’égard des pauvres : 

« Même les chrétiens, en de nombreuses occasions, se laissent contaminer par des attitudes marquées par des idéologies mondaines ou par des orientations politiques et économiques qui conduisent à des généralisations injustes et à des conclusions trompeuses. Le fait que l’exercice de la charité soit méprisé ou ridiculisé, comme s’il s’agissait d’une obsession de quelques-uns et non du cœur brûlant de la mission ecclésiale me fait penser qu’il faut toujours relire l’Évangile pour ne pas risquer de le remplacer par la mentalité mondaine » (n° 15).

La question qui se pose à chacun d’entre nous est la suivante : comment le Christ m’appelle-t-il à travers la voix des pauvres et des souffrants ? Comment puis-je changer progressivement ma façon de penser, en abandonnant la logique de l’injustice et de l’inégalité pour adopter celle de l’Évangile ?

Jésus, toi qui entends toujours le cri de ceux et celles qui sont dans le besoin, ouvre nos oreilles pour que nous entendions ta voix qui nous parle à travers eux. Ouvre nos cœurs et nos mains pour que nous te servions à travers eux. Amen.

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