Le Jeudi saint et l’institution de l’Eucharistie

(Image: courtoisie de Wikimedia)

 

Nous entrons cette semaine dans la plus haute, la plus digne période de l’année, celle où nous célébrons le mystère de la mort et de la résurrection de notre Seigneur Jésus Christ, par qui nous est donné l’espérance du Salut et de la victoire finale. Cette période, qui pour plusieurs d’entre nous, notamment les étudiants, coïncide souvent avec de multiples occupations, est pourtant infiniment riche; toute notre vie s’y rapporte en un sens. 

Les grands moments de la Semaine sainte

Très souvent, nous associons la semaine sainte au Vendredi saint, jour de jeûne et de pénitence, jour des mystères douloureux. Il convient hautement de méditer sur les souffrances endurées par le Christ pour notre salut, et de le faire dans un esprit de dénuement, ce à quoi concourt l’Église par une liturgie particulière, qui mobilise nos sens pour nous faire participer au mystère. 

Évidemment, nous ne manquons pas aussi d’observer le dimanche de Pâques et la veillée pascale qui le précède; c’est après tout le point culminant de l’année liturgique, le moment central durant lequel nous commémorons l’évènement le plus important de toute l’histoire cosmique, c’est-à-dire la résurrection du fils unique de Dieu, par laquelle  »toutes choses sont devenues nouvelles » (II Co 5 : 17). Le dimanche, jour des mystères glorieux, est ainsi le point focal de la semaine de tout chrétien. 

La profondeur du Jeudi saint

Or, il peut nous arriver de négliger les autres sommets de la Semaine sainte. C’est aujourd’hui le Jeudi saint, jour de l’année où nous commémorons l’institution par Jésus de l’Eucharistie, sacrement qui unit la Terre et le Ciel dans une communion d’amour sans égale. Lorsque nous participons à la célébration eucharistique, nous sommes engagés dans un acte sacrificiel qui réconcilie Dieu avec sa création. Les fidèles  »offrent à Dieu la victime divine et s’offrent eux-mêmes avec elle » (LG, 11). 

On dit parfois que le sacrement de mariage est celui qui, sous le rapport du signe, est le plus semblable à l’Eucharistie en cela qu’il unit de manière définitive les époux, spirituellement et charnellement. L’union entre le Christ, Époux, et sa créature, épouse, par le sacrement de l’Eucharistie est incommensurablement plus grande et plus profonde. Jésus, qui par son Incarnation  »s’est dépouillé » (Ph 2 : 6), est fait nourriture pour l’homme; il nous est ainsi donné de s’alimenter, à la source, du pain céleste. 

Le mystère de l’Eucharistie

Le sacrement de l’Eucharistie, confié à l’Église et célébré par les prêtres et évêques, est la fortune suprême de l’assemblée universelle du peuple de Dieu. C’est pourquoi, dans la constitution dogmatique du Concile Vatican II sur l’Église Lumen gentium, les pères conciliaires ont parlé de l’Eucharistie comme  »source et sommet de toute la vie chrétienne » (LG, 11). À l’Eucharistie, tous les sacrements sont liés et ordonnés, elle contient, nous rappelle le catéchisme,  »tout le trésor spirituel de l’Église, c’est-à-dire le Christ lui-même, notre Pâque  » (PO, 5).

Il n’y a pas qu’au Jeudi saint que nous rappelons l’institution de l’Eucharistie. Nous y sommes exposés à l’occasion de chaque messe à laquelle il nous est donné d’assister. De même, dans sa sagesse le saint Pape Jean-Paul II l’introduisit, parmi les cinq nouveaux mystères lumineux médités le jeudi, à la prière du chapelet dans la lettre apostolique Rosarium Virginis Mariae, afin d’accentuer encore davantage le caractère christocentrique du rosaire. 

Or, le Jeudi saint est un moment par excellence pour méditer sur la richesse de ce mystère dont la portée est telle que souvent, dans son histoire, l’Église a dû en défendre la vérité et la dignité. En effet, le caractère surnaturel de la transsubstantiation et de la présence réelle de notre Seigneur dans le pain consacré a été remis en cause par certains dans le passé et continue de susciter la surprise et l’incrédulité. Après tout, n’est-il pas tout à fait improbable qu’un Dieu se donne ainsi à manger à ses créatures? Or c’est bien le Dieu que nous connaissons et que nous aimons, celui qui veut se donner à voir par nous. 

Jeudi saint: service et mémoire

D’ailleurs, la célébration du Jeudi saint en Église est également l’occasion d’une cérémonie singulière, c’est-à-dire le lavement des pieds. À la suite de Jésus, le prêtre lave les pieds de fidèles, rappelant ainsi par un geste concret l’abaissement du Seigneur qui se fait alors serviteur. La vérité de Jésus est ainsi révélée dans cet acte reconduit dans l’Église jusqu’à ce jour.

Alors que commence le Triduum pascal, il est bon d’entretenir la mémoire de l’action salvatrice du Christ et de se pencher sur ses différents aspects. Parmi les grands moments de la Semaine sainte, le Jeudi saint est l’occasion toute désignée pour se pencher sur le trésor de l’Eucharistie, ce à quoi peut contribuer, par exemple, la méditation des mystères lumineux du rosaire. 

Saint Grégoire de Narek: mystique et docteur de l’Église

(Photo: combinaison de deux images de Wikimédia Commons)


Ce 27 février, saint Grégoire de Narek est fêté pour la première fois le dans le calendrier romain. La congrégation pour le Culte Divin a annoncé le 2 février dernier qu’en même temps que deux autres docteurs de l’Église, Hildegarde von Bingen et Jean d’Avila, le saint arménien aura une mémoire facultative au calendrier romain. Cela implique non seulement une modification des calendriers liturgiques, mais aussi une intégration encore plus forte de la figure et des enseignements de saint Grégoire de Narek dans la vie de l’Église universelle. 

L’Église arménienne

Ce saint fait a priori partie de l’église apostolique arménienne. Celle-ci est une église autocéphale, c’est-à-dire dont la théologie et l’ecclésiologie relève d’un nombre limité de conciles oecuméniques et qui est totalement indépendante de l’Église catholique. Elle est par ailleurs distincte de l’Église orthodoxe, en raison du statut plus particulier accordé au patriarche oecuménique de Constantinople et à la reconnaissance des sacrements de l’Église orthodoxe par l’Église catholique romaine. 

L’Église arménienne est souvent appelée pré-chalcédonienne au yeux de l’Église catholique, car c’est suite au Concile de Chalcédoine en 451 que l’Église arménienne tient pour la première fois un concile à part, le Concile de Dvin en 506, où les positions christologiques chalcédoniennes sont rejetées. Contrairement à l’Église catholique qui a défini dogmatiquement la double nature du Christ, à la fois tout à fait homme et tout à fait Dieu, l’Église arménienne a tendu à reconnaître davantage la nature humaine du Christ, quoique leur théologie connaisse des nuances à ce sujet depuis. 

Saint Grégoire de Narek: poète et mystique

Ce saint arménien a vécu entre environ 945 et 1010 dans la province de Vaspourakan en Arménie historique, aujourd’hui située en Turquie. Il est élevé par son père, un évêque et théologien. Il passe toute sa vie au monastère de Narek et devient prêtre, puis vardapet, c’est-à-dire un supérieur de monastère très instruit en théologie, et enfin enseignant. 

Il contribue énormément à la liturgie arménienne par ses poèmes mystiques, rassemblés dans plusieurs recueils dont les Élégies sacrées, connues aussi sous le nom de Livre des Lamentations ou des Prières. Il a écrit beaucoup sur Marie, et a ainsi préfiguré certains dogmes mariaux tels que l’Immaculée Conception, dont la croyance fut seulement affirmée au Concile de Trente, quelque 800 ans plus tard, et le dogme par Pie IX en 1854. 

Considéré comme la figure la plus influente de la source de la Renaissance littéraire arménienne à lui seul, il a écrit de la poésie mystique inspirante à la fois d’être innovante d’un point de vue stylistique. En voici un exemple:

Ce n’est pas selon l’étroitesse de l’esprit humain
que je demande pardon,
mais selon ta plénitude inépuisable,
ô Sauveur Jésus Christ,
que j’implore ta clémence.

Moi qui fus créé par toi,
moi qui fus sauvé par toi,
moi qui fus l’objet de tant de sollicitude,
Ah ! que la blessure du péché,
invention de l’Accusateur,
ne me perde pas pour toujours !
        –   Tiré du poème 18 du Livre des Lamentations

Plusieurs des textes de saint Grégoire de Narek sont intégrés à la liturgie arménienne, ce qui montre l’importance de sa contribution dans l’ensemble des communautés chrétiennes arméniennes.  

Les docteurs de l’Église mis à l’honneur

En avril 2015, le pape François le nomme 36e docteur de l’Église, le second à venir d’une Église orientale. Il est très significatif que le pape François ait nommé saint Grégoire de Narek docteur de l’Église. Ce rôle, attribué à un petit nombre de saints, marque la valeur théologique des enseignements du docteur en question. Parmi les autres docteurs, nous comptons autant de figures notables que saint Thomas d’Aquin, sainte Thérèse d’Avila, saint Augustin et bien d’autres. Leurs écrits et enseignements sont ainsi considérés particulièrement importants pour comprendre la foi et la vie de l’Église. 

Pour ce qui est de la mise au calendrier liturgique de trois nouvelles mémoires facultatives, la congrégation pour le Culte Divin souligne l’importance du lien entre connaissance et liturgie: 

«La sainteté s’allie à la connaissance, qui est l’expérience du mystère de Jésus-Christ, inextricablement liée au mystère de l’Église. Ce lien entre la sainteté et la compréhension des choses à la fois divines et humaines brille d’une manière toute particulière chez ceux qui ont été honorés du titre de « Docteur de l’Église« .»

Nous pouvons nous réjouir que les figures dont la raison a été particulièrement éclairée par leur foi en Dieu fassent davantage irruption dans notre vie de prière quotidienne. Saint Grégoire de Narek  montre en particulier un côté unique de l’Église. Ayant plongé son âme dans la poésie, il manifeste l’étendue de la beauté que Dieu, lui-même maître de la Parole, rend accessible à l’humanité. La présence de ce saint parmi nous montre bien comment le Seigneur choisit de partager avec nous ses dons, et nous invite à participer à la riche aventure de la sainteté.

 

Le Carême à l’ère numérique

(Photo: courtoisie de Pixabay)

Cette année, dans son homélie du Mercredi des cendres le Pape a prononcé une parole très évocatrice: Le voyage du Carême est un exode, un exode de l’esclavage à la liberté. Quelle formes d’esclavage pouvons-nous vivre aujourd’hui, alors que les droits et libertés de chacun sont reconnus et la communication est sans limites? La réponse se trouve à même certaines servitudes cachées, certaines tendances subtiles de notre époque qui nous affectent tous à certains degrés. Si l’ère du numérique nous a apporté un grand progrès, elle a aussi eu des conséquences sur notre contact avec Dieu et sa création. 

Les tentations numériques

Si nous pouvions mettre tout notre temps à nous rapprocher de Dieu, en évitant toute forme de distraction, nous pourrions goûter plus profondément à l’expérience de son Amour inconditionnel. Déjà, en étant marqués par le péché, nous avons toutes sortes de tentations qui nous éloignent naturellement de cette relation privilégiée. Nous tombons dans de nombreux excès d’orgueil, de gourmandise, d’avarice, etc. 

Il existe cependant des sources de distraction qui sont propres à notre époque, qui stimulent notre sens de la récompense instantanée: les téléphones intelligents, les jeux électroniques et les médias sociaux. Ayant émergé comme des outils permettant de faciliter la communication et le loisir, ces technologies se sont vite avérées être des sources de distraction sans fond qui absorbent chaque once d’attention que nous possédons. 

De plus, les médias sociaux affectent particulièrement l’image personnelle de nombreux adolescents et adolescentes. Au moment de la transformation physique la plus importante de leur vie, ceux-ci trouvent des millions de personnes auxquelles se comparer et qui sont susceptibles de juger leur apparence. Les réseaux sociaux offrent l’illusion d’une valeur quantifiée de son image corporelle et personnelle. Le nombre de ‘j’aime’ et le nombre d’abonnés ne sont en fait qu’un autre appel à s’enorgueillir. 

En d’autres termes, l’ère numérique semble être une ère du jugement et du divertissement. Où est la place pour la conversion, pour le retour vers le Christ?

Jeûne à la manière numérique

Le jeûne du Carême est bien connu. Depuis les débuts de l’Église, un ensemble de pratiques de jeûne sont maintenues par les fidèles. Aujourd’hui, elles se sont considérablement adoucies, le vrai jeûne n’étant demandé par l’Église qu’au Mercredi des cendres et au Vendredi Saint, et ce, en excluant les enfants, adolescents, les personnes âgées ainsi que les femmes enceintes. Pendant le Carême, une sorte de jeûne mineur est encouragé, en plus de l’aumône et de la prière. C’est pourquoi certains arrêtent de consommer du chocolat ou de l’alcool. 

Fondamentalement, le jeûne se rapporte à l’alimentation, mais par analogie, nous pouvons entamer toutes sortes de jeûnes. Le principe est celui de la conversion. Nous cherchons, en temps de Carême, à nous tourner vers Dieu, à améliorer notre relation avec lui. Nous pouvons difficilement faire cela si nous nous laissons toujours distraire par les réseaux sociaux, la télévision, et les jeux électroniques. 

Un jeûne numérique est peut-être le jeûne le plus profitable pour nombreux d’entre nous. Évidemment, la pandémie ne permet pas un jeûne numérique total, mais on peut tout de même tenter de diminuer notre temps d’écran pour se rapprocher de Dieu et lui offrir des  temps de silence.

Retour vers Dieu

L’origine latine de divertissement est diverto, se détourner de, qui exprime l’opposé de converto, se tourner vers, la racine du mot conversion. Ces deux mouvements très simples nous permettent de comprendre l’enseignement du Pape selon lequel le Carême est un voyage de retour vers Dieu, en même temps d’être un exode de l’esclavage à la liberté. 

Nous pouvons même voir que le passage de l’esclavage vers la liberté est un voyage vers Dieu, car Dieu est le seul à pouvoir nous rendre véritablement libre. En se rapprochant de lui, notre compréhension de la liberté s’aiguise et nous en donne une définition plus complète et précise. Non plus comme la « liberté » de faire n’importe quoi, mais plutôt notre capacité à rechercher et faire le bien.

Quel est alors notre esclavage? L’esclavage est celui du péché certes, mais ce dernier prend des formes diverses pour chacun. De mon côté, la vie numérique, les réseaux sociaux plus généralement, m’éloignent souvent de Dieu. C’est pourquoi c’est un jeûne numérique que j’entame. Quoique le Christ ou les Pères de l’Église n’aient pas présagé l’arrivée de notre monde virtuel, ils nous avaient déjà donné les principes pour en détecter le vice inhérent.

Rester en contact

Il existe une autre forme de communication qui, elle, est grandement utile à notre foi: la prière. Elle implique des choses que l’on a tendance à fuir: le silence et l’arrêt. Occuper chaque seconde avec un bruit ou une image est dangereux, car on passe ainsi à côté de chaque opportunité d’écouter l’Esprit Saint et de rendre grâce à Dieu. Le Carême est ainsi une chance inouïe d’affronter le silence, laisser de côté les tablettes et offrir notre temps “d’ennui” à Dieu pour que, transfigurés avec Lui, nous vivions chaque instant dans toute sa beauté et sa force.

Message Urbi et Orbi du pape François pour le Dimanche de Pâques

(Photos: Vatican Media) Vous trouverez ci-dessous le texte du Message Urbi et Orbi du pape François pour Pâques tel que prononcé lors de la célébration eucharistique en la Basilique vaticane en ce dimanche 12 avril 2020.

Chers frères et sœurs, bonne fête de Pâques !

Aujourd’hui retentit dans le monde entier l’annonce de l’Eglise: “Jésus Christ est ressuscité ! ” – “ Il est vraiment ressuscité !”.
Comme une nouvelle flamme, cette Bonne Nouvelle s’est allumée dans la nuit : la nuit d’un monde déjà aux prises avec des défis du moment et maintenant opprimé par la pandémie, qui met à dure épreuve notre grande famille humaine. En cette nuit la voix de l’Eglise a résonné : « Le Christ, mon espérance, est ressuscité ! » (Séquence pascale).

C’est une autre “contagion”, qui se transmet de cœur à cœur – parce que tout cœur humain attend cette Bonne Nouvelle. C’est la contagion de l’espérance : « Le Christ, mon espérance, est ressuscité ! » Il ne s’agit pas d’une formule magique, qui fait s’évanouir les problèmes. Non, la résurrection du Christ n’est pas cela. Elle est au contraire la victoire de l’amour sur la racine du mal, une victoire qui “ n’enjambe pas” la souffrance et la mort, mais les traverse en ouvrant une route dans l’abime, transformant le mal en bien : marque exclusive de la puissance de Dieu.

Le Ressuscité est le Crucifié, pas un autre. Dans son corps glorieux il porte, indélébiles, les plaies : blessures devenues fissures d’espérance. Nous tournons notre regard vers lui pour qu’il guérisse les blessures de l’humanité accablée.

Aujourd’hui ma pensée va surtout à tous ceux qui ont été frappés directement par le coronavirus : aux malades, à ceux qui sont morts et aux familles qui pleurent la disparition de leurs proches, auxquels parfois elles n’ont même pas pu dire un dernier au revoir. Que le Seigneur de la vie accueille avec lui dans son royaume les défunts et qu’il donne réconfort et espérance à ceux qui sont encore dans l’épreuve, spécialement aux personnes âgées et aux personnes seules. Que sa consolation ne manque pas, ni les aides nécessaires à ceux qui se trouvent dans des conditions de vulnérabilité particulière, comme ceux qui travaillent dans les maisons de santé, ou qui vivent dans les casernes et dans les prisons. Pour beaucoup, c’est une Pâques de solitude, vécue dans les deuils et les nombreuses difficultés que la pandémie provoque, des souffrances physiques aux problèmes économiques.

Cette maladie ne nous a pas privé seulement des affections, mais aussi de la possibilité d’avoir recours en personne à la consolation qui jaillit des Sacrements, spécialement de l’Eucharistie et de la Réconciliation. Dans de nombreux pays il n’a pas été possible de s’approcher d’eux, mais le Seigneur ne nous a pas laissés seuls ! Restant unis dans la prière, nous sommes certains qu’il a mis sa main sur nous (cf. Ps 138, 5), nous répétant avec force : ne crains pas, « je suis ressuscité et je suis toujours avec toi » (cf. Missel romain) !

Que Jésus, notre Pâque, donne force et espérance aux médecins et aux infirmiers, qui partout offrent au prochain un témoignage d’attention et d’amour jusqu’à l’extrême de leurs forces et souvent au sacrifice de leur propre santé. A eux, comme aussi à ceux qui travaillent assidument pour garantir les services essentiels nécessaires à la cohabitation civile, aux forces de l’ordre et aux militaires qui en de nombreux pays ont contribué à alléger les difficultés et les souffrances de la population, va notre pensée affectueuse, avec notre gratitude.

Au cours de ces semaines, la vie de millions de personnes a changé à l’improviste. Pour beaucoup, rester à la maison a été une occasion pour réfléchir, pour arrêter les rythmes frénétiques de la vie, pour être avec ses proches et jouir de leur compagnie. Pour beaucoup cependant c’est aussi un temps de préoccupation pour l’avenir qui se présente incertain, pour le travail que l’on risque de perdre et pour les autres conséquences que la crise actuelle porte avec elle. J’encourage tous ceux qui ont des responsabilités politiques à s’employer activement en faveur du bien commun des citoyens, fournissant les moyens et les instruments nécessaires pour permettre à tous de mener une vie digne et pour favoriser, quand les circonstances le permettront, la reprise des activités quotidiennes habituelles.

Ce temps n’est pas le temps de l’indifférence, parce que tout le monde souffre et tous doivent se retrouver unis pour affronter la pandémie. Jésus ressuscité donne espérance à tous les pauvres, à tous ceux qui vivent dans les périphéries, aux réfugiés et aux sans-abri. Que ces frères et sœurs plus faibles, qui peuplent les villes et les périphéries de toutes les parties du monde, ne soient pas laissés seuls. Ne les laissons pas manquer des biens de première nécessité, plus difficiles à trouver maintenant alors que beaucoup d’activités sont arrêtées, ainsi que les médicaments et, surtout, la possibilité d’une assistance sanitaire convenable. En considération des circonstances, que soient relâchées aussi les sanctions internationales qui empêchent aux pays qui en sont l’objet de fournir un soutien convenable à leurs citoyens, et que tous les Etats se mettent en condition de faire front aux nécessités majeures du moment, en réduisant, si non carrément en remettant, la dette qui pèse sur les budgets des plus pauvres.
Ce temps n’est pas le temps des égoïsmes, parce que le défi que nous affrontons nous unit tous et ne fait pas de différence entre les personnes. Parmi les nombreuses régions du monde frappées par le coronavirus, j’adresse une pensée spéciale à l’Europe. Après la deuxième guerre mondiale, ce continent bien-aimé a pu renaître grâce à un esprit concret de solidarité qui lui a permis de dépasser les rivalités du passé. Il est plus que jamais urgent, surtout dans les circonstances actuelles, que ces rivalités ne reprennent pas vigueur, mais que tous se reconnaissent membres d’une unique famille et se soutiennent réciproquement. Aujourd’hui, l’Union Européenne fait face au défi du moment dont dépendra, non seulement son avenir, mais celui du monde entier. Que ne se soit pas perdue l’occasion de donner une nouvelle preuve de solidarité, même en recourant à des solutions innovatrices. L’alternative est seulement l’égoïsme des intérêts particuliers et la tentation d’un retour au passé, avec le risque de mettre à dure épreuve la cohabitation pacifique et le développement des prochaines générations.

Ce temps n’est pas le temps des divisions. Que le Christ notre paix éclaire tous ceux qui ont des responsabilités dans les conflits, pour qu’ils aient le courage d’adhérer à l’appel pour un cessez le feu mondial et immédiat dans toutes les régions du monde. Ce n’est pas le temps de continuer à fabriquer et à trafiquer des armes, dépensant des capitaux énormes qui devraient être utilisés pour soigner les personnes et sauver des vies. Que ce soit au contraire le temps de mettre finalement un terme à la longue guerre qui a ensanglanté la Syrie, au conflit au Yémen et aux tensions en Irak, comme aussi au Liban. Que ce temps soit le temps où Israéliens et Palestiniens reprennent le dialogue, pour trouver une solution stable et durable qui permette à tous deux de vivre en paix. Que cessent les souffrances de la population qui vit dans les régions orientales de l’Ukraine. Que soit mis fin aux attaques terroristes perpétrées contre tant de personnes innocentes en divers pays de l’Afrique.

Ce temps n’est pas le temps de l’oubli. Que la crise que nous affrontons ne nous fasse pas oublier tant d’autres urgences qui portent avec elles les souffrances de nombreuses personnes. Que le Seigneur de la vie se montre proche des populations en Asie et en Afrique qui traversent de graves crises humanitaires, comme dans la région de Cabo Delgado, au nord du Mozambique. Qu’il réchauffe le cœur des nombreuses personnes réfugiées et déplacées, à cause de guerres, de sécheresse et de famine. Qu’il donne protection aux nombreux migrants et réfugiés, beaucoup d’entre eux sont des enfants, qui vivent dans des conditions insupportables, spécialement en Libye et aux frontières entre la Grèce et la Turquie. Qu’il permette au Vénézuela d’arriver à des solutions concrètes et immédiates pour accorder l’aide internationale à la population qui souffre à cause de la grave conjoncture politique, socio-économique et sanitaire.

Chers frères et sœurs,
indifférence, égoïsme, division, oubli ne sont pas vraiment les paroles que nous voulons
entendre en ce temps. Nous voulons les bannir en tout temps ! Elles semblent prévaloir quand la peur et la mort sont victorieuses en nous, c’est-à-dire lorsque nous ne laissons pas le Seigneur Jésus vaincre dans notre cœur et dans notre vie. Lui, qui a déjà détruit la mort nous ouvrant le chemin du salut éternel, qu’il disperse les ténèbres de notre pauvre humanité et nous introduise dans son jour glorieux qui ne connaît pas de déclin.

[00485-FR.01] [Texte original: Italien, courtoisie de Libreria éditrice Vaticana]

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Vendredi Saint 2020 : Homélie lors de la Passion du Seigneur à la basilique Saint-Pierre de Rome

Le pape François préside la liturgie du Vendredi Saint de la Passion du Seigneur le 10 avril 2020, à l’autel de la chaire de la basilique Saint-Pierre au Vatican. (CNS photo/Andrew Medichini, pool via Reuters)

Homélie du père Raniero Cantalamessa, ofmcap., prédicateur de la Maison pontificale

Célébration de la Passion du Seigneur 

Vendredi 10 avril 2020

 

« J’AI DES PENSÉES DE PAIX, ET NON DE MALHEUR »

Saint Grégoire le Grand disait que l’Écriture cum legentibus crescit, c’est-à-dire grandit avec ceux qui la lisent[1]. Elle continue de révéler de nouvelles significations à l’homme selon les questions qu’il porte dans son cœur quand il la lit. Et cette année, nous lisons le récit de la Passion avec une question – ou
plutôt avec un cri – dans le cœur, qui s’élève de partout sur la terre. Nous devons chercher à saisir la réponse que la parole de Dieu y apporte.

Ce que nous venons d’entendre est le récit du mal objectivement le plus grand jamais commis sur la terre. Et nous pouvons le regarder sous deux angles différents, soit en face, soit à l’arrière, c’est-à-dire sous l’angle de ses causes ou de ses effets. Si nous nous arrêtons aux causes historiques de la mort du Christ, nous sommes troublés et chacun serait tenté de dire comme Pilate : « Je suis innocent du sang de cet homme[2] ». On comprend mieux la croix à ses effets qu’à ses causes. Et quels ont été les effets de la mort du Christ ? Nous avons été justifiés par la foi en lui, réconciliés et en paix avec Dieu, remplis de l’espérance de la vie éternelle ! (cf. Rom 5,1-5)

Mais il y a un effet que la situation actuelle nous aide à saisir de manière particulière. La croix du Christ a donné un nouveau sens à la douleur et à la souffrance humaines. À toute souffrance, physique et morale. Ce n’est plus une punition, une malédiction. Car elle a été rachetée à la racine depuis que le Fils de Dieu l’a prise sur lui. Quelle est la preuve la plus sûre que la boisson que l’on te tend n’est pas empoisonnée ? Que l’on boit à la même coupe devant toi. Ainsi, sur la croix, Dieu a bu, aux yeux de tous, le calice de douleur jusqu’à la lie. Il a montré par là qu’il n’est pas empoisonné, mais qu’au fond, on y trouve une perle.

Et pas seulement la douleur de ceux qui ont la foi, mais toute douleur humaine. Il est mort pour tous. « Et moi, quand j’aurai été élevé de terre, avait-il dit, j’attirerai à moi tous les hommes[3]. » Tous les hommes, pas seulement quelques-uns ! « Souffrir – écrivait saint Jean-Paul II de son lit d’hôpital après son attentat – signifie devenir particulièrement réceptif, particulièrement ouvert à l’action des forces salvifiques de Dieu offertes à l’humanité dans le Christ[4]. » Grâce à la croix du Christ, la souffrance est devenue elle aussi, à sa manière, une sorte de « sacrement universel de salut » pour le genre humain.

* * *

Quelle lumière tout cela jette-t-il sur la situation dramatique que traverse l’humanité ? Ici encore, plutôt que les causes, il nous faut regarder les effets. Non seulement les effets négatifs, dont nous entendons chaque jour le triste bulletin, mais aussi les effets positifs que seule une observation plus attentive nous aide à saisir.
La pandémie du Coronavirus nous a brutalement fait prendre conscience du danger le plus grand qui soit que les hommes et l’humanité ont toujours couru, celui de l’illusion de la toute-puissance. Nous avons l’occasion – a écrit un rabbin juif connu – de célébrer cette année un exode pascal très particulier, celui de « l’exil de la conscience » [5]. Il a suffi du plus petit et plus informe élément de la nature, un virus, pour nous rappeler que nous sommes mortels, que la puissance militaire et la technologie ne peuvent suffire à nous sauver. « L’homme comblé qui n’est pas clairvoyant – dit un psaume de la Bible – ressemble au bétail qu’on abat[6]. » C’est vrai : l’homme dans la prospérité ne comprend pas.

Alors qu’il peignait les fresques de la cathédrale Saint-Paul à Londres, le peintre James Thornhill était si enthousiasmé par son travail que, revenant à un moment donné sur ses pas pour mieux admirer sa fresque, il ne remarqua pas qu’il était sur le point de tomber de l’échafaudage dans le vide. Un de ses assistants, terrifié, comprit que s’il criait, il ne ferait qu’accélérer la catastrophe. Sans y réfléchir à deux fois, il trempa un pinceau dans la couleur et le balança en plein sur la fresque. Le maître, sidéré, bondit en avant. Son travail était compromis, mais il était sauvé.

C’est ainsi parfois que Dieu fait avec nous, il bouleverse nos plans et notre tranquillité, pour nous sauver de l’abîme que nous ne voyons pas. Mais ne soyons pas dupes. Ce n’est pas Dieu qui a balancé le pinceau en plein sur le fresque éblouissant de notre civilisation technologique. Dieu est notre allié, pas celui du virus ! « Je forme à votre sujet des pensées de paix, et non de malheur », dit-il lui-même dans la Bible[7]. Si ces fléaux étaient des châtiments de Dieu, il ne serait pas expliqué pourquoi ils frappent également justes et pécheurs, et pourquoi les pauvres sont ceux qui en supportent les pires conséquences. Sont-ils plus pécheurs que les autres?
Non ! Celui qui a un jour pleuré la mort de Lazare pleure aujourd’hui le fléau qui est tombé sur l’humanité. Oui, Dieu « souffre », comme chaque père et chaque mère. Quand nous le découvrirons un jour, nous aurons honte de toutes les accusations que nous avons portées contre lui dans la vie. Dieu participe à notre douleur pour la surmonter. « Dieu – écrit saint Augustin – étant suprêmement bon, ne laisserait aucun mal exister dans ses œuvres, s’il n’était pas assez puissant et bon, pour tirer le bien du mal lui-même[8] ».

Dieu le Père a-t-il voulu lui-même la mort de son Fils, pour en tirer un bien ? Non, il a simplement laissé la liberté humaine suivre son cours, en lui faisant servir son plan, pas celui des hommes. Ceci s’applique également aux maux naturels, comme les tremblements de terre et les pestes. Ce n’est pas lui qui les suscite. Il a donné aussi à la nature une sorte de liberté, qualitativement différente certes de la liberté morale de l’homme, mais toujours une forme de liberté. Liberté d’évoluer selon ses lois de développement. Il n’a pas créé le monde comme une horloge programmée à l’avance dans son moindre mouvement. C’est ce que certains appellent le hasard, et que la Bible appelle plutôt « la sagesse de Dieu ».

* * *

L’autre fruit positif de cette crise sanitaire est le sentiment de solidarité. Quand, de mémoire d’homme, les gens de toutes les nations se sont-ils sentis aussi unis, aussi égaux, aussi peu querelleurs, qu’en ce moment de douleur ? Jamais comme aujourd’hui nous ne saisissons la vérité de ces mots d’un de nos grands poètes : « Hommes, paix ! Sur la terre écrasée le mystère est trop grand[9] ». Nous avons oublié les murs que nous voulions construire. Le virus ne connaît pas de frontières. En un instant, il a brisé toutes les barrières et distinctions : de race, de religion, de richesse, de pouvoir. Nous ne devrons pas revenir en arrière lorsque ce moment sera passé. Comme le Saint-Père nous y a exhortés, ne laissons pas passer en vain cette occasion. Ne permettons pas que toute cette souffrance, tous ces morts, tout cet engagement héroïque du personnel médical aient été vains. C’est la « récession » que nous devons
craindre le plus.

 

« De leurs épées, ils forgeront des socs,
et de leurs lances, des faucilles.
Jamais nation contre nation ne lèvera l’épée ;
ils n’apprendront plus la guerre[10]. »

 

Il est temps de réaliser quelque chose de cette prophétie d’Isaïe dont l’humanité attend depuis toujours l’accomplissement. Disons : assez ! à la tragique course aux armements. Dites-le de toutes vos forces, vous les jeunes, car c’est avant tout votre destin qui est en jeu. Attribuons les ressources illimitées utilisées pour les armements aux fins dont, dans ces situations, nous voyons le besoin et l’urgence : la santé, l’hygiène, l’alimentation, la lutte contre la pauvreté, le soin de la création. Laissons à la génération qui viendra un monde plus pauvre en choses et en argent, au besoin, mais plus riche en humanité.

* * *

La parole de Dieu nous dit quelle est la première chose que nous devons faire dans des moments comme ceux-ci : crier vers Dieu, car c’est lui-même qui met sur les lèvres des hommes les mots qu’ils lui adressent, parfois même des mots durs, de lamentation et presque d’accusation. « Debout ! Viens à notre aide ! Rachète-nous, au nom de ton amour. […] Ne nous rejette pas pour toujours[11]. » « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien[12] ? »

Peut-être Dieu aime-t-il se faire prier pour accorder ses bienfaits ? Peut-être notre prière peut-elle amener Dieu à changer ses plans ? Non, mais il y a des choses que Dieu a décidé de nous accorder comme fruit à la fois de sa grâce et de notre prière, comme pour partager avec ses créatures le mérite du bienfait reçu[13]. C’est lui qui nous exhorte à le faire : « Demandez, on vous donnera ; dit Jésus ; frappez, on vous ouvrira[14] ».

Lorsque, dans le désert, les Juifs étaient mordus par des serpents venimeux, Dieu ordonna à Moïse d’élever un serpent de bronze sur un poteau, et ceux qui le regardaient ne mouraient pas. Jésus s’est approprié ce symbole. « De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, dit-il à Nicodème, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle[15] ». Nous aussi, en ce moment, nous sommes mordus par un « serpent » venimeux invisible.

Regardons celui qui a été « élevé » pour nous sur la croix. Adorons-le pour nous et pour toute l’humanité. Qui le regarde avec foi ne meurt pas. Et s’il meurt, ce sera pour entrer dans une vie éternelle. « Après trois jours, je me lèverai », avait prédit Jésus.[16] Nous aussi, après ces jours que nous espérons courts, nous nous lèverons et sortirons des tombeaux que sont devenu nos maisons. Non pas pour revenir à l’ancienne vie comme Lazare, mais à une nouvelle vie, comme Jésus. Une vie plus fraternelle, plus humaine. Plus chrétienne!
_________________________
[1] Moralia in Job, XX,1.
[2] Mt 27, 24.
[3] Jn 12, 32.
[4] Salvifici doloris, n. 23
[5] https://blogs.timesofisrael.com/coronavirus-a-spiritual-message-from-brooklyn (Yaakov Yitzhak Biderman).
[6] Ps 48, 21.
[7] Jr 29, 11.
[8] Enchiridion, 11, 3 : PL 40, 236.
[9] G. Pascoli, I due fanciulli (Les deux enfants).
[10] Is 2, 4.
[11] Ps 43, 24.27.
[12] Mc 4, 38.
[13] Cf. S. Thomas d’Aquin, S.Th. II-IIae, q.83, a.2.
[14] Mt 7, 7.
[15] Jn 3, 14-15.
[16] Mt 9,31.

 

Source : l’Agence d’information internationale ZENIT.

Jeudi Saint 2020 : Homélie du pape François lors de la messe de la Cène

Le pape François célèbre la messe de la Cène le 9 avril 2020, dans la basilique Saint-Pierre au Vatican. (CNS photo/Vatican Media via Reuters)

Homélie de Sa Sainteté le pape François


Messe de la Cène
Jeudi 9 avril 2020

 

L’Eucharistie, le service, l’onction

La réalité que nous vivons aujourd’hui, en cette célébration: le Seigneur qui veut rester avec nous dans l’Eucharistie. Et nous devenons toujours davantage des tabernacles du Seigneur, nous portons le Seigneur avec nous, au point qu’il nous dit lui-même que si nous ne mangeons pas son corps et ne buvons pas son sang, nous n’entrerons pas dans le Royaume des Cieux. C’est le mystère du pain et du vin, du Seigneur avec nous, en nous, à l’intérieur de nous.

Le service. Ce geste qui est la condition pour entrer dans le Royaume des Cieux. Servir, oui, tous. Mais le Seigneur, dans cet échange de paroles qu’il a eu avec Pierre (cf. Jn 13, 6-9), lui fait comprendre que, pour entrer dans le Royaume des Cieux, nous devons permettre au Seigneur de nous servir, permettre que le Serviteur de Dieu soit notre serviteur. Et cela est difficile à comprendre. Si je ne permets pas que le Seigneur soit mon serviteur, que le Seigneur me lave, me fasse grandir, me pardonne, je n’entrerai pas dans le Royaume des Cieux.

Et le sacerdoce. Je voudrais aujourd’hui être proche des prêtres, de tous les prêtres, du dernier ordonné jusqu’au Pape. Nous sommes tous prêtres. Les évêques, tous… Nous sommes oints, oints par le Seigneur; oints pour faire l’Eucharistie, oints pour servir.

Aujourd’hui il n’y a pas la Messe Chrismale – j’espère que nous pourrons l’avoir avant la Pentecôte, autrement nous devrons la renvoyer à l’année prochaine -, mais je ne peux pas laisser passer cette Messe sans rappeler les prêtres. Les prêtres qui offrent leur vie pour le Seigneur, les prêtres qui sont des serviteurs. Ces jours-ci plus de 60 sont morts ici, en Italie, dans l’attention portée au malade dans les hôpitaux, avec les médecins, les infirmiers, les infirmières… Ils sont les “saints de la porte d’à côté”, des prêtres qui ont donné leur vie en servant. Et je pense à ceux qui sont loin. J’ai reçu aujourd’hui la lettre d’un prêtre, aumônier d’une prison lointaine, qui raconte comment il vit cette Semaine Sainte avec les détenus. Un franciscain. Des prêtres qui partent loin pour porter l’Evangile et qui meurent là. Un évêque disait que la première chose qu’il faisait, lorsqu’il arrivait dans un lieu de mission, c’était d’aller au cimetière, sur la tombe des prêtres qui ont laissé la vie, en raison des maladies du lieu: les prêtres anonymes. Les curés de campagne, qui sont curés de 4, 5, 7 villages, en montagne, et vont de l’un à l’autre, qui connaissent les gens… Une fois, l’un d’eux me disait qu’il connaissait le nom de tout le monde dans les villages. “Vraiment?” lui ai-je dit. Et lui m’a dit: “aussi le nom des chiens!”. Ils connaissent tout le monde. La proximité sacerdotale. Bons, bons prêtres.

Aujourd’hui, je vous porte dans mon cœur et je vous porte à l’autel. Prêtres calomniés. Cela arrive souvent aujourd’hui, ils ne peuvent pas aller dans la rue car on leur dit des méchancetés, à cause du drame que nous avons vécu dans la découverte des prêtres qui ont fait des choses horribles. Certains me disaient qu’ils ne peuvent pas sortir de chez eux en clergyman car ils se font insulter; et eux, continuent. Prêtres pécheurs, qui, avec les évêques et avec le Pape, pécheurs, n’oublient pas de demander pardon, et apprennent à pardonner, car ils savent qu’ils ont besoin de demander pardon et de pardonner. Nous sommes tous pécheurs. Prêtres qui souffrent des crises, qui ne savent que faire, qui sont dans l’obscurité…

Vous-tous, aujourd’hui, frères prêtres, vous êtes avec moi sur l’autel, vous qui êtes consacrés. Je vous dis une seule chose: se soyez pas entêtés comme Pierre. Laissez-vous laver les pieds. Le Seigneur est votre serviteur, il est proche de vous pour vous donner la force, pour vous laver les pieds.

Et ainsi, avec la conscience de cette nécessité d’être lavés, soyez de grands pardonneurs! Pardonnez! le cœur plein de générosité dans le pardon. C’est la mesure avec laquelle nous serons évalués. Comme tu as pardonné, tu seras pardonné: la même mesure. N’ayez pas peur de pardonner. Il y a parfois des doutes… regardez le Crucifié. Là se trouve le pardon de tous. Soyez courageux; également dans le risque de pardonner, pour consoler. Et si vous ne pouvez pas donner le pardon sacramentel à ce moment-là, donnez au moins la consolation d’un frère qui accompagne et qui laisse la porte ouverte afin que cette personne revienne.

Je remercie Dieu pour la grâce du sacerdoce; nous tous, remercions. Je remercie Dieu pour vous, prêtres. Jésus vous aime! Il veut seulement que vous vous laissiez laver les pieds.

 

Source : Libreria Editrice Vaticana (cliquez ici pour le texte original).

Prière du pape François en conclusion du Chemin de Croix à Rome

Vous trouverez ci-dessous la traduction intégrale de la prière lue par le Pape François en conclusion du Chemin de Croix à Rome (Photo: CNS/Paul Haring):

«Seigneur Jésus, aide-nous à voir dans Ta Croix toutes les croix du monde :

la croix des personnes affamées de pain et d’amour ;
la croix des personnes seules et abandonnés, même par leurs propres enfants et parents ;
la croix des personnes assoiffées de justice et de paix ;
la croix des personnes qui n’ont pas le réconfort de la foi ;
la croix des personnes âgées qui se courbent sous le poids des années et de la solitude ;
la croix des migrants qui trouvent les portes fermées
à cause de la peur et des cœurs blindés par les calculs politiques ;
la croix des petits, blessés dans leur innocence et dans leur pureté ;
la croix de l’humanité qui erre dans l’obscurité de l’incertitude
et de la culture du momentané,
la croix des familles divisée par la trahison,
par les séductions du malin ou par la légèreté homicide et par l’égoïsme ;
la croix des consacrés qui cherchent infatigablement
à porter Ta lumière dans le monde et qui se sentent rejetés, tournés en dérision et humiliés ;
la croix des consacrés qui, chemin faisant, ont oublié leur premier amour ;
la croix de tes enfants qui, en croyant en Toi et cherchant à vivre selon Ta parole,
se trouvent marginalisés et écartés même par leurs proches et par leurs contemporains ;
la croix de nos faiblesses, de nos hypocrisies, de nos trahisons,
de nos péchés et nos nombreuses promesses non-tenues ;
la croix de Ton Église qui, fidèle à Ton Évangile,
a du mal à apporter Ton amour même parmi les baptisés eux-mêmes ;
la croix de l’Église, Ton épouse,
qui se sent assaillie continuellement de l’intérieur et de l’extérieur ;
la croix de notre maison commune qui dépérit sérieusement
sous nos yeux égoïstes et asséchés par l’avidité et par le pouvoir.

Seigneur Jésus, ravive en nous l’espérance de la résurrection et de Ta victoire définitive contre tout mal et toute mort. Amen !»

Prédication du P. Raniero Cantalamessa lors de l’Office du Vendredi saint

Vous trouverez ci-dessous la prédication du P. Raniero Cantalamessa, ofm cap lors de l’Office du Vendredi saint en la basilique Saint-Pierre de Rome (CNS photo/Paul Haring) :

« MÉPRISÉ ET REJETÉ PAR LES HOMMES »

« Méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, il était pareil à celui devant qui on se voile la face ; et nous l’avons méprisé, compté pour rien[1]. »

Voilà les paroles prophétiques d’Isaïe avec lesquelles la liturgie de la Parole a commencé aujourd’hui. Le récit de la Passion qui suit a donné un nom et un visage à ce mystérieux homme des douleurs, méprisé et rejeté par les hommes, et c’est le nom et le visage de Jésus de Nazareth. Nous voulons aujourd’hui contempler le Crucifié précisément en cette qualité : en tant qu’archétype et représentant de tous les rejetés, les déshérités et les « écartés » de la terre, ceux devant qui on se voile le visage pour ne pas voir.

Ce n’est pas seulement là, au cours de sa Passion, que Jésus a commencé. Toute sa vie, il a été l’un d’entre eux. Il est né dans une étable car « il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune[2] ». Au moment de sa présentation au Temple, ses parents ont offert « deux tourterelles ou deux jeunes pigeons », offrande prescrite par la Loi pour les pauvres qui ne pouvaient pas se permettre d’offrir un agneau[3]. Un véritable certificat de pauvreté en Israël à l’époque. Au cours de sa vie publique, il n’a « pas d’endroit où reposer la tête[4] », c’est un sans-abri.

Et nous arrivons à la Passion. Dans son récit, il y a un moment sur lequel on ne s’arrête pas souvent, mais qui est chargé de sens : Jésus dans le prétoire de Pilate[5]. Les soldats trouvent, dans une clairière tout près, un buisson d’épines ; ils en prennent une brassée et la lui posent sur la tête ; sur ses épaules encore en sang de la flagellation, ils posent un manteau de comédie ; on lui attache les mains avec une corde rugueuse et dans l’une d’elles on met un roseau, symbole dérisoire de sa royauté. Il est l’archétype de ceux qui sont menottés, seuls, à la merci des soldats et des voyous qui laissent ainsi éclater sur les pauvres malheureux la colère et la cruauté qu’ils ont accumulées dans la vie. Torturé !

« Ecce homo ! », « Voici l’homme ! » s’exclame Pilate, en le présentant peu après au peuple[6]. Un mot qui, après le Christ, sera scandé sans fin à l’égard de la foule sur les hommes et des femmes avilis, réduits à des objets, privés de toute dignité humaine. « Si c’est un homme » : c’est le titre qu’a choisi l’écrivain Primo Levi pour le récit de sa vie dans le camp de la mort d’Auschwitz[7]. Sur la croix, Jésus de Nazareth devient l’emblème de toute cette humanité « humiliée et offensée ». On pourrait s’exclamer : « Misérables, rejetés, parias de la terre entière : le plus grand homme de toute l’Histoire était l’un de vous ! Quel que soit le peuple, la race ou la religion à laquelle tu appartiens, tu as le droit de le revendiquer.

** *

Un écrivain et théologien afro-américain – considéré par Martin Luther King comme son maître et son inspiration dans sa lutte non-violente pour les droits civiques – a écrit un livre intitulé « Jesus and the Disinherited[8] », Jésus et les déshérités. Il y montre ce que la figure de Jésus représentait pour les esclaves du Sud, dont il était lui-même un descendant direct. Dans la privation de tout droit et dans l’abjection la plus totale, les paroles de l’Évangile que le ministre du culte noir répétait, dans l’unique réunion qui leur était autorisée, redonnaient aux esclaves leur sentiment de dignité d’enfants de Dieu.

C’est dans ce climat que sont nés la plupart des chants negro-spiritual qui, encore aujourd’hui, bouleversent le monde entier[9]. Au moment de la vente des esclaves, on a vécu la tragédie de voir des épouses souvent séparées de leurs maris et des parents de leurs enfants, vendus à différents maîtres. Il est facile de voir dans quel état d’esprit les esclaves chantaient sous le soleil ou à l’abri dans leurs huttes :

“Nobody knows the trouble I have seen. Nobody knows, but Jesus” : « Personne ne sait ce que j’ai vu. Personne ne le sait, sauf Jésus ».

** *

Là n’est pas le seul sens de la Passion et de la mort du Christ, ni même le plus important. Le sens le plus profond n’est pas le sens social, mais le sens spirituel. Cette mort a racheté le monde du péché, elle a porté l’amour de Dieu jusqu’à l’endroit le plus sombre et le plus lointain où l’humanité s’était cachée dans sa fuite de Dieu, c’est-à-dire la mort. Là n’est pas, disais-je, le sens le plus important de la Croix, mais c’est celui que tous, croyants et non-croyants, peuvent reconnaître et accueillir.

Je répète, tous, pas seulement les croyants. Si, du fait de son incarnation, le Fils de Dieu s’est fait homme et s’est uni à l’humanité tout entière, par la manière dont il s’est incarné, il s’est fait l’un des pauvres et des exclus, il a épousé leur cause. Il a choisi de nous en assurer lui-même, en affirmant solennellement : « Ce que vous avez fait à l’affamé, à l’inconnu, au prisonnier, à l’exilé, c’est à moi que vous l’avez fait ; ce que vous ne leur avez pas fait, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait[10] ».

Mais nous ne pouvons pas nous en arrêter là. Si Jésus n’avait eu que cela à dire aux déshérités du monde, il n’en aurait été qu’un de plus, un exemple de dignité dans le malheur et rien d’autre. Ou plutôt, cela aurait été une nouvelle charge contre Dieu qui permet tout cela. On connaît bien la réaction indignée d’Ivan, le frère rebelle des frères Karamazov de Dostoïevski, lorsque son pieux petit frère Aliocha lui parle de Jésus : « Ah ! oui, « le seul sans péché » et « qui a versé son sang » ». Non, je ne l’ai pas oublié, je m’étonnais, au contraire, que tu ne l’aies pas encore mentionné, car dans les discussions, les vôtres commencent par le mettre en avant, d’habitude[11] ».

En fait, l’Évangile ne s’arrête pas là ; il dit autre chose, il dit que le Crucifié est ressuscité ! En lui a eu lieu un renversement complet des rôles : le perdant est devenu le vainqueur, le jugé est devenu le juge, « la pierre méprisée de vous, les bâtisseurs, est devenue la pierre d’angle[12] ». La dernière parole n’a pas été – et ne sera jamais – l’injustice et l’oppression. Jésus n’a pas seulement restauré la dignité des déshérités du monde ; il leur a donné une espérance !

Au cours des trois premiers siècles de l’Église, la célébration de Pâques ne se composait pas comme maintenant de : Vendredi saint, Samedi saint et Dimanche de Pâques. Tout était concentré en une seule journée. Au cours de la vigile pascale, on commémorait autant la mort que la résurrection du Christ. Plus précisément : on ne commémorait ni la mort, ni la résurrection, comme étant des faits distincts et séparés ; on commémorait plutôt le passage du Christ de l’une à l’autre, de la mort à la vie. Le mot « Pâques » (pesah) signifie passage : passage du peuple juif de l’esclavage à la liberté, passage du Christ de ce monde à son Père[13], et passage de ceux qui croient en lui du péché à la grâce.

C’est la fête du renversement opéré par Dieu et réalisé en Christ ; c’est le début et la promesse du seul renversement totalement juste et irréversible du destin de l’humanité. Pauvres, exclus, et vous qui appartenez aux différentes formes d’esclavage encore présentes dans notre société : Pâques est votre fête !

** *

La Croix contient également un message pour ceux qui sont sur l’autre rive : pour les puissants, les forts, ceux qui se sentent à l’aise dans leur rôle de « gagnants ». Et c’est un message, comme toujours, d’amour et de salut, et non de haine ou de vengeance. Qui leur rappelle qu’à la fin, ils seront condamnés au même sort que tout le monde ; que faibles et puissants, sans défense et tyrans, tous sont soumis à la même loi et aux mêmes limites humaines. La mort, comme une épée de Damoclès, est suspendue au- dessus de notre tête à tous, elle est suspendue à un fil. Elle met en garde contre le pire mal pour l’homme qu’est l’illusion de toute-puissance. Il n’est nul besoin de remonter trop loin dans le temps, il suffit de repenser à l’Histoire récente pour se rendre compte à quel point ce danger est fréquent et conduit individus et peuples à la catastrophe.

Les Ecritures ont des paroles de sagesse éternelle, adressées aux dirigeants de la scène de ce monde :

« Écoutez donc, juges de toute la terre […]
les puissants seront jugés avec puissance[14] ».
« L’homme comblé qui n’est pas clairvoyant
ressemble au bétail qu’on abat[15]. »
« Quel avantage un homme aura-t-il à gagner le monde entier, s’il se perd ou se ruine lui-même[16] ? »

L’Église a reçu le mandat de son fondateur d’être du côté des pauvres et des faibles, d’être la voix de ceux qui ne peuvent se faire entendre et, Dieu merci, c’est ce qu’elle fait, surtout en la personne de son pasteur suprême.

La deuxième tâche historique que les religions doivent assumer ensemble aujourd’hui, outre de promouvoir la paix, est de ne pas rester silencieuses devant le spectacle qui se déroule sous nos yeux à tous. Quelques privilégiés sur terre possèdent des biens qu’ils n’arriveraient pas à consommer, dussent-ils vivre des siècles, quand des foules immenses de pauvres n’ont même pas un croûton de pain ni une gorgée d’eau à donner à leurs enfants. Aucune religion ne peut rester indifférente, car le Dieu de toutes les religions n’est pas indifférent à tout cela.

** *

Revenons à la prophétie d’Isaïe par laquelle nous avons introduit cette méditation. Elle commence par la description de l’humiliation du Serviteur de Dieu, mais se termine par la description de son exaltation finale. C’est Dieu qui parle :

« Par suite de ses tourments, il verra la lumière, […] parmi les grands, je lui donnerai sa part,
avec les puissants il partagera le butin,
car il s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort,

et il a été compté avec les pécheurs, alors qu’il portait le péché des multitudes

et qu’il intercédait pour les pécheurs[17]. »
Dans deux jours, la liturgie donnera un nom et un visage à ce triomphateur : Jésus, le Christ

ressuscité ! Veillons et méditons dans l’attente.

_________________________

[1] Is 53, 3.
[2] Lc 2, 7.
[3] Cf. Lv 12, 8.
[4] Mt 8, 20.
[5] Cf. Mc 15, 16-20.
[6] Jn 19, 5.
[7] Primo Levi, Si c’est un homme, Pocket 1988.
[8] Howard Thurman, Jesus and the Disinherited, Beacon Press, 1949.
[9] Howard Thurman, Deep River and The Negro Spiritual Speaks of Life and Death, Friends United Press, 1975. [10] Cf. Mt 25, 31-46.
[11] Fedor Mikhaïlovitch Dostoïevski, Les Frères Karamazov, V, 4 : Poche, 1994.
[12] Ac 4, 11.
[13] Cf. Jn 13, 1.
[14] Sg 6, 1.6.
[15] Ps 48, 21.
[16] Lc 9, 25.
[17] Is 53, 11-12.

Chemin de Croix du Vendredi Saint avec le pape François : Méditations

(CNS photo/Paul Haring)

Vendredi Saint
La Passion du Seigneur

 

Chemin de Croix
Présidé par le pape François

 

Colisée de Rome, 19 avril 2019 

 

Médiations par Sœur Eugenia Bonetti
« Avec le Christ et avec les femmes sur le chemin de la croix »

40 jours sont maintenant passés depuis que, avec l’imposition des cendres, nous avons débuté le parcours du carême. Nous avons revécu aujourd’hui les dernières heures de la vie terrestre du Seigneur Jésus, jusqu’au moment où, suspendu sur la croix, il a crié son : « consummatum est », « tout est accompli ». Rassemblés en ce lieu, dans lequel des milliers de personnes ont subi dans le passé le martyre pour être restées fidèles au Christ, nous voulons maintenant parcourir ce « chemin douloureux » unis à tous les pauvres, aux exclus de la société et aux nouveaux crucifiés de l’histoire d’aujourd’hui, victimes de nos fermetures, des pouvoirs et des législations, de l’aveuglement et de l’égoïsme, mais surtout de notre cœur endurci par l’indifférence. Cette dernière, une maladie dont nous aussi, chrétiens, nous souffrons. Puisse la Croix du Christ, instrument de mort mais aussi de vie nouvelle, qui tient unis dans une étreinte terre et ciel, Nord et Sud, Est et Ouest, illuminer les consciences des citoyens, de l’Église, des législateurs et de tous ceux qui se réclament disciples du Christ, afin que la Bonne Nouvelle de la rédemption parvienne à tous.

 

Première station
Jésus est condamné à mort 

« Ce n’est pas en me disant : “Seigneur, Seigneur !” qu’on entrera dans le royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux » (Mt 7, 21) 

Réflexion : 

Seigneur, qui, plus que Marie ta Mère, a su être ton disciple ? Elle a accepté la volonté du Père même dans le moment le plus sombre de sa vie et, avec le cœur meurtri, elle est restée à tes côtés. Celle qui t’a engendré, porté dans son sein, accueilli dans les bras, nourri avec amour et accompagné durant ta vie terrestre, ne pouvait pas ne pas parcourir le même chemin du Calvaire et partager avec Toi le moment le plus dramatique et le plus douloureux de ton existence ainsi que de la sienne. 

Prière : 

Seigneur, combien de mamans encore aujourd’hui vivent l’expérience de ta Mère et pleurent pour le sort de leurs filles et de leurs fils ? Combien, après les avoir engendrés et leur avoir donné la vie, les voient souffrir et mourir de maladies, de manque de nourriture, d’eau, de soins médicaux et d’opportunités de vie et d’avenir ? Nous te prions pour ceux qui assument des rôles de responsabilité, afin qu’ils écoutent le cri des pauvres qui monte vers toi de toutes les parties du globe. Cri de toutes ces jeunes vies, qui, de diverses manières, sont condamnées à mort par l’indifférence engendrée par des politiques exclusives et égoïstes. Qu’à aucun de tes enfants ne manquent le travail et le nécessaire pour une vie honnête et digne. 

Prions ensemble en disant…
“ Seigneur, aide-nous à faire ta volonté ” :
Dans les moments de difficulté et d’abattement,
Dans les moments de souffrance physique et morale,
Dans les moments d’obscurité et de solitude. 

 

Deuxième station
Jésus prend la croix

 « Celui qui veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour et qu’il me suive »(Lc 9, 23) 

Réflexion : 

Seigneur Jésus, il est facile de porter le crucifix au cou ou de l’accrocher comme ornement sur les murs de nos belles cathédrales ou de nos maisons, mais il n’est pas aussi facile de rencontrer et de reconnaître les nouveaux crucifiés d’aujourd’hui : les sans domicile fixe, les jeunes sans espérance, sans travail et sans perspective, les immigrants contraints à vivre dans les baraques aux confins de nos sociétés, après avoir affronté des souffrances inouïes. Malheureusement ces campements, sans sécurité, sont brûlés et rasés, ainsi que les rêves et les espérances de milliers de femmes et d’hommes marginalisés, exploités, oubliés. Combien d’enfants subissent la discrimination à cause de leur provenance, de la couleur de leur peau ou de leur classe sociale ! Combien de mamans endurent l’humiliation de voir leurs enfants ridiculisés et exclus des opportunités de ceux qui ont le même âge et leurs compagnons d’école. 

Prière : 

Nous te rendons grâce, Seigneur, parce que tu nous donné l’exemple par ta vie de la façon dont se manifeste l’amour vrai et désintéressé pour le prochain, particulièrement pour les ennemis ou simplement pour celui qui n’est pas comme nous. Seigneur Jésus, combien de fois, nous aussi, comme tes disciples, nous nous sommes déclarés ouvertement tes adeptes durant le temps où tu faisais des guérisons et des prodiges, quand tu nourrissais la foule et pardonnais les péchés. Mais cela n’a pas été aussi facile de te comprendre quand tu parlais de service et de pardon, de renoncement et de souffrance. Aide-nous à savoir mettre toujours notre vie au service des autres. 

Prions ensemble en disant…
“ Seigneur, aide-nous à espérer ” :
Quand nous nous sentons abandonnés et seuls,
Quand il est difficile de suivre tes pas,
Quand le service des autres devient difficile. 

 

Troisième station
Jésus tombe pour la première fois 

« En fait, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé » (Is 53,4).

Réflexion : 

Seigneur Jésus, sur la route escarpée qui conduit au Calvaire, tu as voulu expérimenter la fragilité et la faiblesse humaine. Que serait l’Église aujourd’hui sans la présence et la générosité de tant de volontaires, les nouveaux samaritains du troisième millénaire ? Dans une nuit glaciale de janvier, sur une route, à la périphérie de Rome, trois Africaines, un peu plus grandes que des enfants, blotties à même le sol, réchauffaient leurs jeunes corps à moitié nus autour d’un brasier. Quelques jeunes adolescents, pour s’amuser, passant en voiture, ont jeté des matériaux inflammables sur le feu, les brûlant gravement. Au même moment, l’une des nombreuses unités routières de volontaires est passée par là et est venue à leur secours en les transportant à l’hôpital, pour ensuite les accueillir dans une maison de famille. Combien de temps a-t-il été et sera-t-il nécessaire pour que ces filles guérissent non seulement des brûlures de leurs membres, mais aussi de la douleur et de l’humiliation de se retrouver avec un corps mutilé et défiguré pour toujours ? 

Prière : 

Seigneur, nous te rendons grâce pour la présence de tant de nouveaux samaritains du troisième millénaire qui, encore aujourd’hui, vivent l’expérience de la rue, se penchant avec amour et compassion sur les nombreuses blessures physiques et morales de celui qui, chaque nuit, vit la peur et la terreur de l’obscurité, de la solitude et de l’indifférence. Seigneur, malheureusement, tant de fois aujourd’hui, nous ne savons plus percevoir celui qui est dans le besoin, voir celui qui est blessé et humilié. Souvent, nous revendiquons nos droits et nos intérêts, mais nous oublions ceux des pauvres et ceux des derniers de la file. Seigneur, fais- nous la grâce de ne pas rester insensibles à leurs pleurs, à leurs souffrances, à leur cri de douleur pour que, à travers eux, nous puissions te rencontrer.  

Prions ensemble en disant…
“Seigneur, aide-nous à aimer ” :
Quand il est difficile d’être des samaritains,
Quand nous avons du mal à pardonner,
Quand nous ne voulons pas voir les souffrances des autres. 

 

Quatrième station
Jésus rencontre Marie Sa Mère 

« Et toi, ton âme sera traversée d’un glaive – : ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre » (cf. Lc 2, 35) 

Réflexion : 

Marie, le vieux Syméon t’avait prédit, quand tu as présenté le petit Jésus au temple pour le rite de la purification, qu’une épée transpercerait ton cœur. Maintenant, c’est le moment de renouveler ton fiat, ton adhésion à la volonté du Père même si accompagner un fils au supplice, traité comme un malfaiteur, provoque une douleur insupportable. Seigneur, prends pitié des nombreuses, trop nombreuses mamans qui ont laissé partir leurs jeunes filles vers l’Europe dans l’espérance d’aider leurs familles vivant dans la pauvreté extrême, alors qu’elles ont trouvé humiliations, mépris et parfois aussi la mort. Comme la jeune Tina[1], tuée d’une manière barbare sur la route à seulement 20 ans, laissant une fillette de quelques mois. 

Prière : 

Marie, en ce moment, tu vis le même drame de nombreuses mères qui souffrent pour leurs enfants qui sont partis vers d’autres pays dans l’espérance de trouver des opportunités pour un avenir meilleur pour eux et leurs familles, mais qui, malheureusement, sont confrontés à l’humiliation, au mépris, à la violence, à l’indifférence, à la solitude et même à la mort. Donne-leur force et courage. 

Prions ensemble en disant…
“Seigneur, fais que nous sachions donner toujours soutien et réconfort, et être présents pour offrir un appui ” :
Pour consoler les mamans qui pleurent le sort de leurs enfants,
Pour celui qui, dans la vie, a perdu toute espérance,
Pour celui qui, chaque jour, subit violence et mépris. 

 

Cinquième station
Le Cyrénéen aide Jésus à porter la croix 

« Portez les fardeaux les uns des autres : ainsi vous accomplirez la loi du Christ » (Ga 6, 2) 

Réflexion : 

Seigneur Jésus, sur le chemin du Calvaire, tu as ressenti le poids et la fatigue de porter cette rugueuse croix de bois. En vain, tu as espéré le geste d’aide de la part d’un ami, de l’un de tes disciples, de l’une des nombreuses personnes dont tu as soulagé les souffrances. Malheureusement, seulement un inconnu, Simon de Cyrène, par obligation, t’a donné un coup de main. Où sont-ils aujourd’hui les nouveaux cyrénéens du troisième millénaire ? Où les trouvons-nous ? Je voudrais rappeler l’expérience d’un groupe de religieuses de différentes nationalités, provenances et appartenances avec lesquelles, depuis plus de dix-sept années, chaque samedi, nous visitons à Rome un centre pour femmes immigrées dépourvues de papiers, des femmes, souvent jeunes, dans l’attente de connaître leur destin, un équilibre instable entre expulsion et possibilité de rester. Que de souffrances nous rencontrons, mais aussi que de joies chez ces femmes se trouvant devant des religieuses provenant de leurs pays, qui parlent leurs langues, qui essuient leurs larmes, qui partagent des moments de prière et de fête, qui rendent moins durs les longs mois vécus entre barres de fer et asphaltes en béton ! 

Prière : 

Pour tous les cyrénéens de notre histoire. Afin que ne diminue jamais en eux le désir de t’accueillir sous l’apparence des derniers de la terre, conscients qu’en accueillant les derniers de notre société, nous t’accueillons. Que ces samaritains soit porte-paroles des sans-voix. 

Prions ensemble en disant…
“Seigneur, aide-nous à porter notre croix ” :
Quand nous sommes fatigués et découragés,
Quand nous ressentons le poids de nos faiblesses,
Quand tu nous demandes de partager les souffrances des autres. 

 

Sixième station
Véronique essuie le visage de Jésus 

« Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40) 

Réflexion : 

Pensons aux enfants, dans plusieurs parties du monde, qui ne peuvent pas aller à l’école et qui sont, au contraire, exploités dans les mines, les plantations, la pêche, vendus et achetés par les trafiquants de chair humaine, pour les transplantations d’organes, mais aussi utilisés et exploités sur nos routes par plusieurs, chrétiens y compris, qui ont perdu le sens du caractère sacré des autres et d’eux-mêmes. Comme une mineure au petit corps gracieux, rencontrée une nuit à Rome, que des hommes à bord de voitures luxueuses, exploitaient à tour de rôle. Et pourtant, elle pouvait avoir l’âge de leurs filles… Quel déséquilibre peut créer cette violence dans la vie de nombreuses jeunes filles qui expérimentent seulement l’abus, l’arrogance et l’indifférence de celui qui, nuit et jour, les cherche, les utilisent, les exploitent pour ensuite les jeter de nouveau sur la route en proie au prochain marchand de vies ! 

Prière : 

Seigneur Jésus, rends limpides nos yeux pour que nous sachions découvrir ton visage dans nos frères et sœurs, en particulier dans tous ces enfants qui, dans plusieurs parties du monde, vivent dans l’indigence et dans le délabrement. Enfants privés de la possibilité du droit à une enfance heureuse, à une éducation scolaire, à l’innocence. Créatures utilisées comme des marchandises de peu de valeur, vendues et achetées à volonté. Seigneur, nous te prions d’avoir pitié et compassion de ce monde malade et de nous aider à redécouvrir la beauté de notre dignité et de celle des autres comme êtres humains, créés à Ton image et ressemblance. 

Prions ensemble en disant…
“Seigneur, aide-nous à voir ” :
Le visage des enfants innocents qui demandent de l’aide,
Les injustices sociales,
La dignité que chaque personne porte en soi et qui est piétinée. 

 

Septième station
Jésus tombe pour la deuxième fois 

« Insulté, il ne rendait pas l’insulte, dans la souffrance, il ne menaçait pas, mais il s’abandonnait à Celui qui juge avec justice » (1P 2, 23) 

Réflexion : 

Combien de vengeances dans notre temps ! La société actuelle a perdu la grande valeur du pardon, don par excellence, soin pour les blessures, fondement de la paix et de la coexistence humaine. Dans une société où le pardon est vécu comme une faiblesse, Toi, Seigneur, tu nous demandes de ne pas nous arrêter à l’apparence. Et tu ne le fais pas avec les paroles, mais plutôt par l’exemple. A celui qui te harcèle, tu réponds : « Pourquoi me persécutes-tu ? », sachant bien que la justice vraie ne peut jamais se baser sur la haine et sur la vengeance. Rends-nous capables de demander et de donner le pardon. 

Prière : 

« Père, pardonne-leur parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34). Seigneur, Toi aussi, tu as ressenti le poids de la condamnation, du refus, de l’abandon, de la souffrance infligée par des personnes qui t’avaient rencontré, accueilli et suivi. Dans la certitude que le Père ne t’avait pas abandonné, tu as trouvé la force d’accepter sa volonté en pardonnant, en aimant et en offrant espérance à celui qui, comme Toi aujourd’hui, marche sur la même route de l’insulte, du mépris, de la dérision, de l’abandon, de la trahison et de la solitude. 

Prions ensemble en disant…
“Seigneur, aide-nous à réconforter ” :
Celui qui se sent offensé et insulté,
Celui se sent trahi et humilié,
Celui qui se sent jugé et condamné. 

 

Huitième station
Jésus rencontre les femmes 

« Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! Pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants ! » (Lc 23, 28). 

Réflexion : 

La situation sociale, économique et politique des migrants et des victimes de la traite d’êtres humains nous interpelle et nous secoue. Nous devons avoir le courage, comme l’affirme avec force le Pape François, de dénoncer la traite d’êtres humains comme un crime contre l’humanité. Nous tous, surtout les chrétiens, nous devons grandir dans la conscience que nous sommes tous responsables du problème et que nous pouvons et devons tous faire partie de la solution. À tous, mais surtout à nous les femmes, il faut le défi du courage. Le courage de savoir voir et d’agir, individuellement et collectivement. Ce n’est qu’en unissant nos pauvretés qu’elles pourront devenir une grande richesse, capable de changer la mentalité et de soulager les souffrances de l’humanité. Le pauvre, l’étranger, celui qui est différent ne doit pas être vu comme un ennemi à repousser ou à combattre mais, plutôt, comme un frère ou une sœur à accueillir et à aider. Ils ne sont pas un problème, mais au contraire une précieuse ressource pour nos villes fermées où le bien-être et la consommation n’allègent pas la lassitude et la fatigue croissantes. 

Prière : 

Seigneur, apprends-nous à avoir ton regard. Ce regard d’accueil et de miséricorde avec lequel tu vois nos limites et nos peurs. Aide-nous à regarder ainsi les divergences d’idées, d’habitudes, de vues. Aide-nous à reconnaître que nous faisons partie de la même humanité et à promouvoir des chemins audacieux et nouveaux d’accueil de la différence, pour faire ensemble communauté, famille, paroisse et société civile. 

Prions ensemble en disant…
“Aide-nous à partager la souffrance des autres” :
De celui qui souffre à cause de la mort de personnes chères.
De celui qui peine plus à demander de l’aide et du réconfort.
De celui qui a subi des abus et des violences. 

 

Neuvième station
Jésus tombe la troisième fois 

« Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche » (Is 53, 7). 

Réflexion : 

Seigneur, pour la troisième fois tu es tombé, épuisé et humilié, sous le poids de ta croix. Exactement comme beaucoup de jeunes filles, contraintes sur les routes par des groupes de trafiquants d’esclaves, qui ne résistent pas à la fatigue et à l’humiliation de voir leur propre corps jeune manipulé, abusé, détruit, avec leurs rêves. Ces jeunes femmes se sentent comme fragmentées : d’une part recherchées et utilisées, d’autre part repoussées et condamnées par une société qui refuse de voir ce type d’exploitation, causé par l’affirmation de la culture du jetable. Au cours de l’une des nombreuses nuits passées dans les rues de Rome, je cherchais une jeune récemment arrivée en Italie. Ne la voyant pas dans son groupe, je l’appelais avec insistance par son nom : ‘‘Mercy’’. Dans l’obscurité, je l’ai aperçue accroupie et endormie au bord de la route. À mon appel, elle s’est réveillée et m’a dit qu’elle n’en pouvait plus. ‘‘Je suis épuisée’’, répétait-elle… J’ai pensé à sa mère : si elle savait ce qui est arrivé à sa fille, elle pleurerait toutes ses larmes. 

Prière : 

Seigneur, que de fois nous as-tu adressé cette question gênante : ‘‘Où est ton frère ? Où est ta sœur ? ». Que de fois, nous as-tu rappelé que leur cri poignant était parvenu jusqu’à Toi ? Aide-nous à partager la souffrance et l’humiliation de tant de personnes traitées comme un rebut. C’est trop facile de condamner des êtres humains et des situations embarrassantes qui humilient notre fausse pudeur, mais il n’est pas si facile d’assumer nos responsabilités en tant qu’individus, gouvernements et aussi en tant que communautés chrétiennes. 

Prions ensemble en disant…
“Seigneur donne-nous force et courage pour dénoncer” :
Face à l’exploitation et à l’humiliation vécues par tant de jeunes,
Face à l’indifférence et au silence de beaucoup de chrétiens,
Face à des lois injustes et dénuées d’humanité et de solidarité. 

 

Dixième station
Jésus est dépouillé de ses vêtements 

« Revêtez-vous de tendresse et de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur et de patience » (Col 3, 12). 

Réflexion :

Argent, bien-être, pouvoir. Ce sont les idoles de tous temps, également et surtout du nôtre, qui se vante d’énormes progrès dans la reconnaissance des droits de la personne. Tout peut s’acquérir, y compris le corps des mineurs, privés de leur dignité et de leur avenir. Nous avons oublié la centralité de l’être humain, sa dignité, sa beauté, sa force. Tandis que dans le monde s’élèvent des murs et des barrières, nous voulons rappeler et remercier ceux qui, dans divers rôles, ces derniers mois, ont risqué leur propre vie, surtout en Mer Méditerranée, pour sauver celle de nombreuses familles à la recherche de sécurité et d’opportunités : des êtres humains fuyant la pauvreté, les dictatures, la corruption, l’esclavage. 

Prière :

Aide-nous, Seigneur, à redécouvrir la beauté et la richesse que chaque personne et chaque peuple possèdent comme un don unique et irremplaçable provenant de Toi, à mettre au service de la société tout entière et non pour poursuivre des intérêts personnels. Nous te prions, Jésus, afin que ton exemple et ton enseignement de miséricorde et de pardon, d’humilité et de patience nous rendent un peu plus humains et, donc, plus chrétiens. 

Prions ensemble en disant…
“Seigneur, donne-nous un cœur débordant de miséricorde” :
Face à l’avidité du plaisir, du pouvoir et de l’argent,
Face aux injustices infligées aux pauvres et aux plus faibles,
Face au mirage d’intérêts personnels. 

 

Onzième station
Jésus est cloué sur la croix 

« Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 34). 

Réflexion : 

Notre société proclame l’égalité en droits et en dignité de tous les êtres humains. Mais elle pratique et tolère l’inégalité. Elle en accepte même les formes les plus extrêmes. Des hommes, des femmes et des enfants sont achetés et vendus comme des esclaves par de nouveaux marchands d’êtres humains. Les victimes de la traite sont ensuite exploitées par d’autres individus, et finalement, jetées, comme des marchandises sans valeur. Que de personnes s’enrichissent en dévorant la chair et le sang des pauvres ! 

Prière : 

Seigneur, que de personnes sont aujourd’hui encore clouées sur une croix, victimes d’une exploitation inhumaine, privées de dignité, de liberté, d’avenir. Leur appel au secours nous interpelle comme hommes et femmes, comme gouvernements, comme société et comme Église. Comment est-il possible que nous continuions à te crucifier, en nous rendant complices de la traite d’êtres humains ? Donne-nous des yeux pour voir et un cœur pour sentir les souffrances de tant de personnes qui aujourd’hui encore sont clouées sur la croix par nos styles de vie et de consommation. 

Prions ensemble en disant…
“Seigneur, prends pitié” :
Des nouveaux crucifiés d’aujourd’hui répandus sur toute la terre,
Des puissants et des législateurs de notre société,
De celui qui ne sait pas pardonner et ne sait pas aimer. 

 

Douzième station
Jésus meurt sur la croix 

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mc 15, 34). 

Réflexion : 

Même toi, Seigneur, tu as senti sur la croix, le poids de la moquerie, de la dérision, des insultes, des violences, de l’abandon, de l’indifférence. Seule Marie, ta mère, et quelques autres femmes sont restées là, témoins de ta souffrance et de ta mort. Leur exemple nous inspire à nous engager à ne pas laisser seuls ceux qui sont en agonie aujourd’hui sur trop de calvaires répandus dans le monde, parmi lesquels figurent les camps d’hébergement semblables à des camps de concentration dans les pays de transit, les navires auxquels est refusé un port sûr, les longues négociations bureaucratiques concernant la destination finale, les centres de permanence, les points d’accès, les camps des travailleurs saisonniers. 

Prière : 

Seigneur, nous te prions : aide-nous à nous faire les prochains des nouveaux crucifiés et désespérés de notre temps. Apprends-nous à essuyer leurs larmes, à les réconforter comme ont su le faire Marie et les autres femmes au pied de ta croix. 

Prions ensemble en disant…
“Seigneur, aide-nous à donner notre vie” :
À ceux qui ont subi des injustices, la haine et la vengeance,
À ceux qui ont été injustement calomniés et condamnés,
À ceux qui se sentent seuls, abandonnés et humiliés. 

 

Treizième station
Jésus est descendu de la croix 

« Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jn 12, 24). 

Réflexion : 

Qui se rappelle, en cette époque de nouvelles rapidement consumées, ces vingt- six nigérianes, englouties par les vagues, dont les funérailles ont été célébrées à Salerne. Leur calvaire a été dur et long. D’abord la traversée dans le désert du Sahara, entassées dans des bus de fortune. Ensuite, le séjour forcé dans les horribles centres d’hébergement en Libye. Enfin le saut en mer, où elles ont trouvé la mort aux portes de la ‘‘terre promise’’. Deux d’entre elles portaient dans leur sein le don d’une nouvelle vie, des enfants qui ne verront jamais le jour. Mais leur mort, comme celle de Jésus descendu de la croix n’a pas été vaine. Nous confions toutes ces vies à la miséricorde de notre Père et Père de tous, mais surtout Père des pauvres, des désespérés et des humiliés. 

Prière : 

Seigneur, en ce moment, nous entendons retentir encore une fois le cri que le Pape François a lancé à Lampedusa, destination de son premier voyage apostolique : « Qui a pleuré » ? Et maintenant, après d’innombrables naufrages, nous continuons de crier : « Qui a pleuré ? ». Qui a pleuré ?, nous demandons-nous face à ces vingt-six cercueils alignés et sur lesquels reposait une rose blanche ? Seules cinq parmi elles ont été identifiées. Avec ou sans nom, toutes, cependant sont nos filles et nos sœurs. Elles méritent toutes respect et mémoire. Elles nous demandent toutes de nous sentir responsables : institutions, autorités et nous aussi, dans notre silence et notre indifférence. 

Prions ensemble en disant…
“Seigneur, aide-nous à partager les pleurs” :
Face aux souffrances des autres,
Face à tous les cercueils sans nom,
Face aux pleurs de tant de mères

 

Quatorzième station
Jésus est mis au tombeau 

« Tout est accompli » (Jn 19, 30). 

Réflexion : 

Le désert et les mers sont devenus les nouveaux cimetières d’aujourd’hui. Face à ces morts, il n’y a pas de réponses. Il y a cependant des responsabilités. Des frères qui laissent d’autres frères mourir. Des hommes, des femmes, des enfants que nous n’avons pas pu ou voulu sauver. Tandis que les gouvernements discutent, enfermés dans les palais du pouvoir, le Sahara se remplit de cadavres de personnes qui n’ont pas résisté à la fatigue, à la faim, à la soif. Que de souffrance coûtent les nouveaux exodes ! Que de cruauté s’abat sur celui qui fuit : les voyages du désespoir, les extorsions et les tortures, la mer transformée en tombe d’eau. 

Prière : 

Seigneur, fais-nous comprendre que nous sommes tous enfants du même Père. Puisse la mort de ton Fils Jésus faire prendre conscience aux Chefs des nations et aux responsables des législations de leur rôle dans la défense de chaque personne créée à ton image et à ta ressemblance. 

CONCLUSION :

Nous voudrions nous rappeler l’histoire de la petite Favour, âgée de 9 mois, partie du Nigéria avec ses jeunes parents à la recherche d’un avenir meilleur en Europe. Durant le long et dangereux voyage en Méditerranée, sa maman et son papa sont décédés ainsi qu’une centaine de personnes qui avaient mis leur confiance en des trafiquants sans scrupules pour pouvoir parvenir à la “terre promise”. Seule Favour a survécu ; comme Moïse, elle a été, elle aussi, sauvée des eaux. Que sa vie devienne une lumière d’espérance sur le chemin vers une humanité plus fraternelle ! 

Prière : 

Au terme de ta Via Crucis, nous te prions, Seigneur, de nous apprendre à veiller, avec ta mère et les femmes qui t’ont accompagné au Calvaire, dans l’attente de ta résurrection. Qu’elle soit une lumière d’espérance, de joie, de vie nouvelle, de fraternité, d’accueil et de communion entre les peuples, les religions et les lois, afin que tous les fils et les filles de l’homme soient vraiment reconnus dans leur dignité de fils et filles de Dieu et ne soient plus jamais traités comme des esclaves.
Amen! 

Messe chrismale au Vatican : homélie du pape François

(CNS photo/Remo Casilli, Reuters)

Le 18 avril 2019, le Pape François a présidé la Messe chrismale dans la basilique Saint-Pierre de Rome en commémoration de l’Institution de la Sainte Eucharistie et du sacerdoce de Jésus à la dernière Cène. Voici le texte complet de son homélie:

L’Évangile de Luc que nous venons d’entendre nous fait revivre l’émotion de ce moment où le Seigneur fait sienne la prophétie d’Isaïe, lorsqu’il la lit solennellement au milieu des siens. La synagogue de Nazareth était pleine de parents, de voisins, de connaissances, d’amis… et de personnes moins amies. Et tous avaient les yeux fixés sur lui. L’Église a toujours les yeux fixés sur Jésus, l’oint que l’Esprit envoie pour oindre le peuple de Dieu. 

Les Évangiles nous présentent souvent cette image du Seigneur au milieu de la foule, entouré et pressé par les gens qui lui amènent les malades, qui le prient de chasser les esprits malins, qui écoutent ses enseignements et marchent avec lui : « Mes brebis écoutent ma voix ; moi, je les connais, et elles me suivent » (Jn 10, 27). 

Le Seigneur n’a jamais perdu ce contact direct avec les gens, il a toujours maintenu la grâce de la proximité avec le peuple dans son ensemble, et avec chaque personne au milieu de ces multitudes. Nous voyons cela dans sa vie publique, et il en a été ainsi dès le début : la splendeur de l’Enfant a attiré docilement bergers, rois et vieux rêveurs comme Siméon et Anne. Il en a été ainsi également sur la croix : son cœur attire tout le monde à lui (cf. Jn 12, 32) : les Véroniques, Cyrénéens, larrons, centurions… 

La mot “foule” n’est pas péjoratif. Peut-être à l’oreille de certains, la foule peut sembler une masse anonyme, indifférenciée… Mais nous voyons dans l’Évangile que lorsqu’elles communiquent avec le Seigneur – qui se place au milieu d’elles comme un pasteur dans le troupeau – les foules se transforment. Dans l’esprit des gens, le désir de suivre Jésus se réveille, l’admiration germe, le discernement prend forme. 

Je voudrais réfléchir avec vous autour de ces trois grâces qui caractérisent la relation de Jésus avec les foules. 

La grâce de la sequela 

Luc dit que les foules « le cherchaient » (Lc 4, 42) et « faisaient route avec lui » (Lc 14, 25), le « pressaient » (Lc 8, 42), l’écrasaient (cf. Lc 8, 45) et « accouraient pour l’entendre » (Lc 5, 15). Cette sequela des gens va au-delà de tout calcul, elle est une sequela sans conditions, pleine d’affection. Elle tranche avec la mesquinerie des disciples dont l’attitude envers les gens frôle la cruauté lorsqu’ils suggèrent au Seigneur de les congédier pour qu’ils cherchent quelque chose à manger. Ici – je crois – commence le cléricalisme : en voulant s’assurer la nourriture et son propre confort, en se désintéressant des gens. Le Seigneur a mis fin à cette tentation. « Donnez-leur vous- mêmes à manger » (Mc 6, 37), a été la réponse de Jésus : “prenez en charge les gens !”. 

La grâce de l’admiration 

La seconde grâce que reçoit la foule lorsqu’elle suit Jésus est celle d’une admiration pleine de joie. Les gens s’étonnaient de Jésus (cf. Lc 11, 14), de ses miracles, mais surtout de sa Personne même. Les gens aimaient beaucoup le saluer sur la route, recevoir sa bénédiction et le bénir, comme cette femme qui, au milieu de la foule, a béni sa Mère. Et le Seigneur, de son côté, était admiratif de la foi des gens, il s’en réjouissait et ne perdait pas une occasion pour le faire remarquer.

 La grâce du discernement 

La troisième grâce que reçoivent les gens est celle du discernement : « Les foules s’aperçurent [où se trouvait Jésus] et le suivirent » (Lc 9, 11). « Elles étaient frappées de son enseignement, car il les enseignait en homme qui a autorité » (Mt 7, 28-29 ; cf. Lc 5, 26). Le Christ, Parole de Dieu venue dans la chair, suscite chez les gens ce charisme du discernement ; non pas sans doute un discernement de spécialiste sur des questions disputées. Quand les pharisiens et les docteurs de la Loi discutaient avec lui, ce que les gens reconnaissaient, c’était l’Autorité de Jésus : la force de sa doctrine capable d’entrer dans les cœurs, et le fait que les esprits malins lui obéissent ; et aussi que, pendant un instant, il laisse sans voix ceux qui ont des discutions insidieuses : les gens se réjouissent de cela. 

Approfondissons un peu cette vision évangélique de la foule. Luc indique quatre grands groupes qui sont destinataires privilégiés de l’onction du Seigneur : les pauvres, les prisonniers de guerre, les aveugles, les opprimés. Il les nomme de manière générale, mais nous voyons ensuite avec joie que, au cours de la vie du Seigneur, ces personnes ointes prendront un visage et des noms propres. De même que l’onction avec l’huile s’applique sur une partie et que son action bénéfique s’étend à tout le corps, de même le Seigneur, reprenant la prophétie d’Isaïe, nomme diverses “foules” auxquelles l’Esprit l’envoie, suivant la dynamique de ce que nous pouvons appeler une “préférence inclusive” : la grâce et le charisme qui sont donnés à une personne ou à un groupe en particulier, surabonde, comme toute action de l’Esprit, au bénéfice de tous. 

Les pauvres (ptochoi) sont ceux qui sont courbés, comme les mendiants qui se courbent pour demander. Mais est pauvre (ptochè) également la veuve qui oint de ses doigts les deux pièces de monnaie qui étaient tout ce qu’elle avait ce jour-là pour vivre. L’onction de cette veuve pour faire l’aumône passe inaperçue aux yeux de tous, sauf à ceux de Jésus qui regarde avec bonté sa petitesse. Avec elle, le Seigneur peut accomplir en plénitude sa mission d’annoncer l’Évangile aux pauvres. Paradoxalement, la bonne nouvelle que de telles personnes existent, les disciples l’entendent. Elle, la femme généreuse, ne se rend pas non plus compte du fait qu’elle est “apparue dans l’Évangile” (c’est-à-dire que son geste serait mentionné dans l’Évangile) : la joyeuse annonce que ses actions “ont du poids” dans le Royaume et comptent plus que toutes les richesses du monde, elle le vit en elle comme tant de saints et de saintes “de la porte d’à côté”. 

Les aveugles sont représentés par l’un des visages les plus sympathiques de l’Évangile : celui de Bartimée (cf. Mc 10, 46-52), le mendiant aveugle qui a retrouvé la vue et qui, à partir de ce moment, n’a eu des yeux que pour suivre Jésus sur la route. L’onction du regard ! Notre regard, auquel les yeux de Jésus peuvent restituer cet éclat que seul l’amour gratuit peut donner, cet éclat qui nous est volé tous les jours par les images intéressées ou banales dont le monde nous submerge. 

Pour nommer les opprimés (tethrausmenous), Luc utilise une expression qui contient le mot “trauma”. Celui-ci suffit pour évoquer la parabole, peut-être la préférée de Luc, celle du Bon Samaritain qui oint avec de l’huile et bande les blessures (trauma : Lc 10, 34) de l’homme qui avait été frappé à mort et qui gisait sur le bord de la route. L’onction de la chair blessée du Christ ! Dans cette onction se trouve le remède pour tous les traumatismes qui laissent personnes, familles et peuples entiers hors-jeu, comme exclus et inutiles, au bord de l’histoire. 

Les prisonniers sont les prisonniers de guerre (aichmalotos), ceux qui étaient conduits à la pointe de la lance (aichmé). Jésus utilisera l’expression en faisant référence à la prison et à la déportation de Jérusalem, sa ville bien aimée (Lc 21, 24). Aujourd’hui les villes sont emprisonnées non seulement avec des pointes de lances, mais avec les moyens plus subtils de colonisations idéologiques. Seule l’onction de notre propre culture, forgée par le travail et par l’art de nos ancêtres, peut libérer nos villes de ces nouveaux esclavages. 

Venons-en à nous, chers frères prêtres, nous ne devons pas oublier que nos modèles évangéliques sont ces “gens”, cette foule avec ces visages concrets que l’onction du Seigneur relève et vivifie. Ils sont ceux qui complètent et rendent réelle l’onction de l’Esprit en nous, qui avons été oints pour oindre. Nous avons été pris au milieu d’eux et sans crainte nous pouvons nous identifier à ces gens simples. Ils sont l’image de notre âme et l’image de l’Église. Chacun incarne le cœur unique de notre peuple. 

Nous, prêtres, nous sommes le pauvre, et nous voudrions avoir le cœur de la pauvre veuve lorsque nous faisons l’aumône et lorsque nous touchons la main du mendiant et le regardons dans les yeux. Nous, prêtres, nous sommes Bartimée, et chaque matin nous nous levons pour prier en demandant : “Seigneur, que je voie !” Nous prêtres, nous sommes, en quelque point de notre péché, nous sommes le blessé frappé à mort par les voleurs. Et nous voulons, nous d’abord, être entre les mains compatissantes du Bon Samaritain, pour pouvoir ensuite, avec nos mains, avoir compassion des autres. 

Je vous confesse que lorsque je confirme ou que j’ordonne, j’aime répandre le Chrême convenablement sur le front et sur les mains de ceux qui sont oints. En faisant convenablement l’onction, on fait l’expérience que là, sa propre onction est renouvelée. Cela veut dire : nous ne sommes pas des distributeurs d’huile en bouteille. Nous faisons l’onction en nous donnant nous- mêmes, en donnant notre vocation et notre cœur. En faisant l’onction, nous sommes de nouveau oints par la foi et par l’affection de notre peuple. Nous faisons l’onction en nous salissant les mains en touchant les blessures, les péchés, les angoisses des gens. Nous faisons l’onction en nous parfumant les mains en touchant leur foi, leurs espérances, leur fidélité et la générosité sans réserve de leur don d’eux-mêmes. 

Celui qui apprend à oindre et à bénir se guérit de la mesquinerie, de l’abus et de la cruauté. Prions pour que, nous mettant avec Jésus au milieu de nos gens, le Père renouvelle en nous l’effusion de son Esprit de sainteté et fasse en sorte que nous nous unissions pour implorer sa miséricorde pour le peuple qui nous est confié et pour le monde entier. Ainsi, les foules réunies dans le Christ pourront devenir l’unique Peuple fidèle de Dieu qui atteindra sa plénitude dans le Royaume (cf. Prière de consécration des Prêtres). 

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