Une voie à double sens : donner et recevoir Une réflexion sur le chapitre 5 de Dilexi te

Une voie à double sens : donner et recevoir

Rembrandt, « Le Bon Samaritain ». Alors que la plupart des tableaux représentent la rencontre sur la route, cette œuvre montre le Samaritain emmenant le blessé à l’auberge. Wikimedia Commons.

Une voie à double sens : donner et recevoir

Une réflexion sur le chapitre 5 de Dilexi te

 

Comme nous l’avons vu ces dernières semaines, Dilexi te nous invite à porter un regard neuf sur la réalité de la pauvreté sous ses diverses formes. C’est une invitation à réfléchir de manière critique à comment nous pouvons transformer nos relations avec les personnes qui souffrent, qui sont marginalisées ou exclues. Dans la réflexion de la semaine dernière, nous avons vu comment des structures sociales et économiques injustes maintiennent certaines personnes et certains groupes en marge de la société. Malheureusement, nous contribuons souvent à ces structures de péché au quotidien, sans y prêter beaucoup d’attention. Le pape Léon appelle chacun d’entre nous à relever le « défi constant » de faire personnellement notre part pour lutter contre les causes de la pauvreté et tendre la main à ceux et celles qui en sont touchés :

« Le chrétien ne peut pas considérer les pauvres seulement comme un problème social : ils sont une “question de famille” ; ils sont “des nôtres”. La relation avec eux ne peut pas être réduite à une activité ou à une fonction de l’Église » (Dilexi te, n° 104).

Le bon Samaritain et au-delà

Faisant écho aux paroles puissantes du pape François dans Fratelli tutti, Léon renvoie à la parabole du bon Samaritain, nous appelant à réfléchir sérieusement à la manière dont nous nous comportons envers les personnes qui sont dans le besoin. Détournons-nous le regard et passons-nous notre chemin comme le prêtre et le Lévite, ou prenons-nous le temps d’offrir notre aide comme le bon Samaritain ? Les questions évocatrices posées par le Saint-Père constituent un défi permanent pour chacun de nous :

« À qui t’identifies-tu [au prêtre, au Lévite, aux brigands ou au bon Samaritain] ? Cette question est crue, directe et capitale. Parmi ces personnes à qui ressembles-tu ? Nous devons reconnaître la tentation, qui nous guette, de nous désintéresser des autres, surtout des plus faibles. Disons-le, nous avons progressé sur plusieurs plans, mais nous sommes analphabètes en ce qui concerne l’accompagnement, l’assistance et le soutien aux plus fragiles et aux plus faibles de nos sociétés développées. Nous sommes habitués à regarder ailleurs, à passer outre, à ignorer les situations jusqu’à ce qu’elles nous touchent directement » (n° 105, citant Fratelli tutti, n° 64).

Cette histoire, nous la connaissons bien : lorsqu’il voit l’homme laissé pour mort au bord de la route, le bon Samaritain est pris de compassion, prend le temps de s’arrêter, s’approche de l’homme, panse ses blessures, le met sur son cheval et l’emmène à l’auberge, demandant à l’aubergiste de prendre soin de lui.

D’une part, la parabole nous montre comment les actions d’une seule personne peuvent changer la vie d’une autre. Sans le bon Samaritain, l’homme qui avait été agressé serait probablement mort là, dans le fossé. D’autre part, la parabole révèle que nous ne sommes pas censés agir seuls pour prendre soin des autres. Les défis et les souffrances sont souvent trop grands pour être gérés par une seule personne. Le bon Samaritain fait participer l’aubergiste à son acte de soin et de compassion. Le Samaritain ne peut pas sauver l’homme tout seul, mais il se rend compte qu’il a besoin que d’autres s’impliquent pour apporter à l’homme toute l’aide dont il a besoin pour guérir. Nous pouvons penser aux nombreuses communautés, groupes et associations où les gens travaillent ensemble pour venir en aide aux personnes qui sont dans le besoin, multipliant ainsi leur impact grâce à leurs efforts collectifs.

 

L’aumône et au-delà : oser donner et recevoir

Dilexi te se termine par un appel lancé à ceux et celles d’entre nous qui proviennent de segments privilégiés de la société et du monde, afin que nous donnions aux personnes qui ne sont pas aussi privilégiés que nous. À première vue, cela concerne avant tout nos biens matériels et nos ressources. Donner de l’argent, de la nourriture et des vêtements est un moyen nécessaire de répondre aux besoins vitaux réels des personnes.

Il n’est pas possible de dire « je tiens à toi » tout en laissant les gens affamés et frissonnant dans le froid. 

En même temps, nous savons que l’argent n’est pas la seule solution. Notre foi nous appelle à donner de notre temps, à prêter une oreille attentive, à offrir notre amitié et à œuvrer ensemble vers une société plus juste et plus fraternelle, pas à pas. Il cite une nouvelle fois le Document d’Aparecida (n° 397) :

« On demande de consacrer du temps aux pauvres, de leur prêter une aimable attention, de les écouter avec intérêt, de les accompagner dans les moments plus difficiles ; de les choisir eux, pour partager des heures, des semaines ou des années de notre vie, en cherchant, à partir d’eux, à transformer leur situation. Nous ne pouvons oublier que Jésus lui-même l’a proposé, dans sa manière d’agir et de parler » (cité au n° 104).

Dans cette optique, l’aumône ne consiste pas seulement à donner de l’argent. C’est une invitation à donner de nous-mêmes et à investir dans des relations authentiques avec les personnes qui souffrent et sont marginalisées. Nos relations personnelles avec eux nous montrent non seulement que nous avons quelque chose à donner, mais nous ouvrent aussi à recevoir tout ce qu’ils ont à offrir. Ceux et celles qui ont peu sur le plan matériel sont riches à bien d’autres égards. Leurs leçons de vie, leur sagesse, leur foi profonde et leur capacité à persévérer sont de profondes sources d’inspiration dont nous pouvons tous tirer des enseignements.

Dieu veut donner quelque chose à nos frères et sœurs dans le besoin par notre intermédiaire, mais il veut aussi que nous recevions d’eux quelque chose d’essentiel ; quelque chose qui a le pouvoir de transformer notre vie de manière durable. Comme dans une famille, chaque membre a quelque chose de beau à offrir aux autres, et le plus important est que nous vivions l’amour et l’attention que nous avons les uns pour les autres.

Comment Dieu t’appelle-t-il à te donner aux autres ? Que t’invite-t-il à recevoir à travers eux ?

Seigneur, tu viens à nous de manière surprenante. Ouvre-nous à te rencontrer chez des personnes et dans des lieux où nous ne nous y attendons pas. Agis en nous et transforme notre monde par la puissance de ton amour, qui nous rassemble en une seule famille. Amen.

Comme nous l’avons vu ces dernières semaines, Dilexi te nous invite à porter un regard neuf sur la réalité de la pauvreté sous ses diverses formes. C’est une invitation à réfléchir de manière critique à comment nous pouvons transformer nos relations avec les personnes qui souffrent, qui sont marginalisées ou exclues.  Secured By miniOrange