Audience Générale du pape Léon XIV – Mercredi 29 avril 2026

Lors de son audience générale hebdomadaire, le pape Léon XIV a évoqué son récent voyage apostolique en Algérie, au Cameroun, en Angola et en Guinée équatoriale. Il a déclaré : « J’ai vu des femmes et des hommes danser au rythme des chants de louange au Seigneur ressuscité, fondement d’une espérance qui résiste aux déceptions causées par les idéologies et aux promesses vaines des puissants. Cet espoir exige un engagement concret, et l’Église a la responsabilité, par le témoignage et la proclamation courageuse de la Parole de Dieu, de reconnaître les droits de tous et d’en promouvoir le respect effectif. »

Lisez le texte intégral de son discours ci-dessous. Vous pourrez suivre l’intégralité de l’émission sur Sel + Lumière TV ce soir à 19h00 HE, 16h00 HP et sur slmedia.org/fr/endirect.

Chers frères et sœurs, bonjour, et bienvenue !

Aujourd’hui, je souhaite vous parler du voyage apostolique que j’ai effectué du 13 au 23 avril, en visitant quatre pays africains : l’Algérie, le Cameroun, l’Angola et la Guinée Équatoriale.

Dès le début de mon pontificat, j’ai pensé à un voyage en Afrique. Je remercie le Seigneur de m’avoir permis de l’accomplir, en tant que Pasteur, pour rencontrer et encourager le peuple de Dieu ; et aussi de le vivre comme un message de paix à un moment historique marqué par des guerres et par de graves et fréquentes violations du droit international. Et j’adresse mes remerciements les plus sincères aux évêques et aux autorités civiles qui m’ont accueilli, ainsi qu’à tous ceux qui ont collaboré à l’organisation.

La Providence a voulu que la première étape soit précisément le pays où se trouvent les lieux de saint Augustin, c’est-à-dire l’Algérie. Je me suis ainsi retrouvé, d’une part, à repartir des racines de mon identité spirituelle et, d’autre part, à passer et à consolider des ponts très importants pour le monde et l’Église d’aujourd’hui : le pont avec l’époque très féconde des Pères de l’Église ; le pont avec le monde islamique ; le pont avec le continent africain.

En Algérie, j’ai reçu un accueil non seulement respectueux, mais aussi chaleureux, et nous avons pu constater par nous-mêmes et montrer au monde qu’il est possible de vivre ensemble comme des frères et sœurs, même de religions différentes, lorsque l’on se reconnaît comme enfants du même Père miséricordieux. En outre, ce fut l’occasion propice de suivre l’enseignement de saint Augustin : par son expérience de vie, ses écrits et sa spiritualité, il est un maître dans la recherche de Dieu et de la vérité. Un témoignage aujourd’hui plus important que jamais pour les chrétiens et pour toute personne.

Dans les trois pays suivants que j’ai visités, la population est en revanche majoritairement chrétienne, et je me suis donc plongé dans une atmosphère de fête de la foi, d’accueil chaleureux, favorisée aussi par les traits typiques du peuple africain. J’ai moi aussi fait l’expérience, comme mes Prédécesseurs, d’un peu de ce qui arrivait à Jésus avec les foules de Galilée : il les voyait assoiffées et affamées de justice, il leur annonçait : “Heureux les pauvres, heureux les doux, heureux les artisans de paix…” et, reconnaissant leur foi, il disait : “Vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde” (cf. Mt 5, 1-16).

Ma visite au Cameroun m’a permis de réitérer l’appel à œuvrer ensemble pour la réconciliation et la paix, car ce pays est malheureusement lui aussi marqué par des tensions et des violences. Je suis heureux de m’être rendu à Bamenda, dans la région anglophone, où j’ai encouragé la collaboration en faveur de la paix. Le Cameroun est surnommé “l’Afrique en miniature”, en référence à la variété et à la richesse de sa nature et de ses ressources, mais nous pouvons également comprendre cette expression dans le sens où les grands besoins de tout le continent se retrouvent au Cameroun : celui d’une répartition équitable des richesses ; celui de donner leur place aux jeunes, en surmontant la corruption endémique ; celui de promouvoir un développement intégral et durable, en opposant aux diverses formes de néocolonialisme une coopération internationale visionnaire. Je remercie l’Église du Cameroun et tout le peuple camerounais, qui m’a accueilli avec tant d’amour, et je prie pour que l’esprit d’unité qui s’est manifesté au cours de ma visite soit maintenu vivant et guide les choix et les actions futures.

La troisième étape du Voyage s’est déroulée en Angola, grand pays situé au sud de l’équateur, doté d’une tradition chrétienne séculaire, liée à la colonisation portugaise. Comme de nombreux pays africains, après avoir accédé à l’indépendance, l’Angola a traversé une période troublée, marquée dans son cas par une longue guerre civile sanglante. Au creuset de cette histoire, Dieu a guidé et purifié l’Église, la convertissant toujours davantage au service de l’Évangile, de la promotion humaine, de la réconciliation et de la paix. Une Église libre pour un peuple libre ! Au sanctuaire marial de Mamã Muxima – qui signifie “Mère du cœur” – j’ai senti battre le cœur du peuple angolais. Et au cours des différentes rencontres, j’ai vu avec joie tant de religieuses et de religieux de tous âges, prophétie du Règne des cieux au milieu de leur peuple ; j’ai vu des catéchistes qui se consacrent entièrement au bien des communautés ; j’ai vu des visages d’anciens marqués par les fatigues et les souffrances, mais rayonnants de la joie de l’Évangile ; j’ai vu des femmes et des hommes danser au rythme des chants de louange au Seigneur ressuscité, fondement d’une espérance qui résiste aux déceptions causées par les idéologies et les vaines promesses des puissants.

Cette espérance exige un engagement concret, et l’Église a la responsabilité, par son témoignage et par l’annonce courageuse de la Parole de Dieu, de reconnaître les droits de tous et d’en promouvoir le respect effectif. Aux côtés des autorités civiles angolaises, mais aussi de celles des autres pays, j’ai pu réaffirmer la volonté de l’Église catholique de continuer à apporter cette contribution, en particulier dans les domaines de la santé et de l’éducation.

Le dernier pays que j’ai visité est la Guinée Équatoriale, 170 ans après la première évangélisation. Fort de la sagesse de la tradition et de la lumière du Christ, le peuple équatoguinéen a traversé les vicissitudes de son histoire et, ces derniers jours, en présence du Pape, il a renouvelé avec un grand enthousiasme sa volonté de marcher uni vers un avenir d’espérance.

Je ne peux oublier ce qui s’est passé à la prison de Bata, en Guinée Équatoriale : les détenus ont chanté à tue-tête un chant de remerciement à Dieu et au Pape, demandant de prier “pour leurs péchés et leur liberté”. Je n’avais jamais rien vu de tel. Puis ils ont prié avec moi le “Notre Père” sous une pluie battante. Un signe authentique du Royaume de Dieu ! Et c’est toujours sous la pluie qu’a commencé la grande rencontre avec les jeunes au stade de Bata. Une fête de joie chrétienne, avec des témoignages émouvants de jeunes qui ont trouvé dans l’Évangile le chemin d’une croissance libre et responsable. Cette fête a culminé lors de la célébration eucharistique du lendemain, qui a dignement couronné la visite en Guinée Équatoriale ainsi que l’ensemble du voyage apostolique.

Chers frères et sœurs, la visite du Pape est, pour les populations africaines, l’occasion de faire entendre leur voix, d’exprimer la joie d’être peuple de Dieu et l’espérance d’un avenir meilleur, de dignité pour chacun et pour tous. Je suis heureux de leur avoir donné cette possibilité, et en même temps je remercie le Seigneur pour ce qu’ils m’ont offer, une richesse inestimable pour mon cœur et pour mon ministère.

Texte reproduit avec l’aimable autorisation de la Libreria Editrice Vaticana

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Prier avec le pape Réflexion – avril 2026

Mes frères et sœurs, en ce mois d’avril, le pape nous invite à prier pour les prêtres qui traversent des moments de crise dans leur vocation, afin qu’ils trouvent l’accompagnement nécessaire et que les communautés les soutiennent avec compréhension et prière.

Nos prêtres sont souvent présents dans les moments les plus vulnérables de notre vie, lorsque nous avons le plus besoin de la présence réconfortante de Dieu. Pourtant, les prêtres sont aussi des êtres humains et ne sont pas à l’abri des défis dans leur vie, dont certains se transforment en moments de crise. 

Il est vrai que dans les moments de crise, il y a souvent des leçons à tirer, des défis à relever et des adversités à surmonter. Mais parfois, des prêtres ont simplement besoin d’un soutien bienveillant.

Des prêtres ont répondu à l’appel de Dieu pour servir son peuple, et non pour apparaître comme des super-héros. Prions pour qu’ils acceptent d’être vulnérables, afin qu’ils ne ressentent pas le besoin d’apparaître invincibles. 

Lorsque notre vie est entièrement consacrée au don, nous pensons à tort que recevoir est un signe de faiblesse ou d’un manque d’autonomie. En réalité, recevoir est le geste le plus fondamental en tant que chrétien : Dieu donne, nous recevons. 

Prions pour que ces prêtres ne s’isolent pas, mais cherchent et reçoivent l’aide dont ils ont besoin. 

Avant tout, prions pour que, à travers ces défis, le Seigneur continue à modeler le cœur de ces prêtres à l’image d’un berger, des cœurs qui ressemblent de plus en plus au cœur de notre vrai Berger, Jésus-Christ. Que Dieu vous bénisse aujourd’hui. 

Homélie du pape Léon XIV – Mercredi 22 avril 2026

Crédit photo : Vatican Media

Le mercredi 22 avril 2026, deuxième jour de son voyage apostolique en Guinée équatoriale, le pape Léon XIV a présidé la messe dans la basilique cathédrale de l’Immaculée Conception à Mongomo. Dans son homélie, il a déclaré : « Vous êtes appelés aujourd’hui à suivre les traces des missionnaires, des pasteurs et des laïcs qui vous ont précédés. Chacun d’entre vous est invité à prendre un engagement personnel qui englobe toute votre vie, afin que la foi — célébrée avec tant de joie dans vos communautés et lors de vos liturgies — nourrisse également vos œuvres de charité et votre sens des responsabilités envers votre prochain, pour l’édification du bien commun. »

Lisez le texte intégral de son discours ci-dessous. Vous pourrez suivre l’intégralité de l’émission sur Sel + Lumière TV ce soir à 19h00 HE, 16h00 HP et sur slmedia.org/fr/endirect.

HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE

Basilique de l’Immaculée Conception (Mongomo)
Mercredi, 22 avril 2026

Chers frères et sœurs,

nous sommes réunis dans cette magnifique basilique cathédrale, dédiée à l’Immaculée Conception, Mère du Verbe incarné et Patronne de la Guinée équatoriale, pour écouter la Parole du Seigneur et célébrer le Mémorial qu’Il nous a laissé comme sommet et source de la vie et de la mission de l’Église. L’Eucharistie renferme véritablement tout le bien spirituel de l’Église : c’est le Christ, notre Pâque, qui se donne à nous, c’est le Pain vivant qui nous rassasie, c’est la présence qui nous révèle l’amour infini de Dieu pour toute la famille humaine et sa volonté de venir à la rencontre de chaque femme et de chaque homme, aujourd’hui encore.

Je suis heureux de pouvoir célébrer avec vous, en rendant grâce au Seigneur pour ces 170 ans d’évangélisation sur ces terres de Guinée équatoriale. C’est une occasion propice pour faire mémoire de tout le bien que le Seigneur a accompli et, en même temps, je tiens à exprimer ma gratitude aux nombreux missionnaires, prêtres diocésains, catéchistes et fidèles laïcs qui ont consacré leur vie au service de l’Évangile.

Ils ont accueilli les attentes, les questions et les blessures de votre peuple, en les éclairant par la Parole du Seigneur et en devenant un signe de l’amour de Dieu parmi vous ; par leur témoignage de vie, ils ont collaboré à l’avènement du Royaume de Dieu, sans craindre de souffrir pour leur fidélité au Christ.

C’est une histoire que vous ne pouvez oublier, qui, d’une part, vous lie à l’Église apostolique et universelle qui vous a précédés et, d’autre part, vous a accompagnés pour que vous deveniez vous-mêmes les protagonistes de l’annonce de l’Évangile et du témoignage de la foi, accomplissant ainsi ces paroles prophétiques prononcées sur le sol africain par le Pape saint Paul VI : « Africains, vous êtes désormais vos propres missionnaires. L’Église du Christ est vraiment implantée sur cette terre bénie » (Homélie en conclusion du Symposium des Évêques d’Afrique, Kampala, Ouganda, 31 juillet 1969).

Dans cette perspective, vous êtes appelés à continuer aujourd’hui sur la voie tracée par les missionnaires, les pasteurs et les laïcs qui vous ont précédés. Il est demandé à tous et à chacun un engagement personnel qui implique totalement la vie, afin que la foi, célébrée de manière si festive dans vos communautés et dans vos liturgies, nourrisse vos activités caritatives et la responsabilité envers le prochain, pour la promotion du bien de tous.

Cet engagement exige de la persévérance, demande des efforts, parfois des sacrifices, mais il est le signe que nous sommes véritablement l’Église du Christ. En effet La première Lecture que nous avons écoutée nous raconte, en quelques versets, comment une Église qui annonce l’Évangile avec joie et sans crainte est aussi une Église qui, précisément pour cette raison, peut être persécutée (cf. Ac 8, 1-8). En outre, cependant, le Livre des Actes des Apôtres nous dit que, tandis que les chrétiens sont contraints de fuir et se dispersent, de très nombreuses personnes s’approchent de la Parole du Seigneur et peuvent voir de leurs propres yeux que les malades, dans leur corps et dans leur esprit, sont guéris : ce sont les signes prodigieux de la présence de Dieu qui suscitent une grande joie dans toute la ville (cf. vv. 6-8).

Ainsi, frères et sœurs, même si les situations personnelles, familiales et sociales que nous vivons ne sont pas toujours favorables, nous pouvons avoir confiance en l’œuvre du Seigneur qui fait germer le bon grain de son Royaume par des voies qui nous sont inconnues, même quand tout autour de nous semble aride, et même dans les moments d’obscurité. Avec cette confiance, enracinée davantage dans la force de son amour que dans nos mérites, nous sommes appelés à rester fidèles à l’Évangile, à l’annoncer, à le vivre pleinement et à en témoigner avec joie. Dieu ne nous fera pas manquer les signes de sa présence et, une fois encore, comme Jésus nous l’a dit dans l’Évangile que nous venons d’entendre, il sera pour nous “le pain de vie” qui rassasiera notre faim (cf. Jn 6, 35).

Quelle est cette faim que nous ressentons ? Et de quoi ce pays a-t-il faim aujourd’hui ? La devise de ma visite est « Le Christ, lumière de la Guinée équatoriale vers un avenir d’espérance », et c’est peut-être là, aujourd’hui, la plus grande faim : il y a une faim d’avenir, mais d’un avenir habité par l’espérance qui peut faire naître une nouvelle justice, qui peut porter des fruits de paix et de fraternité. Et il ne s’agit pas d’un avenir inconnu que nous devons attendre passivement, mais d’un avenir que nous sommes appelés, avec la grâce de Dieu, à construire. L’avenir de la Guinée équatoriale dépend de vos choix ; il repose sur votre sens de responsabilité et sur l’engagement partagé pour préserver la vie et la dignité de chaque personne.

Il est donc nécessaire que tous les baptisés se sentent impliqués dans l’œuvre d’évangélisation, deviennent des apôtres de la charité et des témoins d’une nouvelle humanité.

À la lumière et avec la force de l’Évangile Il s’agit de prendre part au développement intégral de cette terre, à son renouveau, à sa transformation. Le Créateur vous a dotés de nombreuses richesses naturelles : je vous exhorte à coopérer afin qu’elles puissent être une bénédiction pour tous. Que le Seigneur vous aide à devenir de plus en plus une société où chacun, selon ses différentes responsabilités, œuvre au service du bien commun et non d’intérêts particuliers, en dépassant les inégalités entre privilégiés et défavorisés. Que les espaces de liberté s’accroissent, que la dignité de la personne humaine soit toujours préservée : je pense aux plus pauvres, aux familles en difficulté ; Je pense aux prisonniers, souvent contraints de vivre dans des conditions d’hygiène et de santé inquiétantes.

Frères et sœurs, il faut des chrétiens qui prennent en main le destin de la Guinée équatoriale. C’est pourquoi je voudrais vous encourager : n’ayez pas peur d’annoncer et de témoigner de l’Évangile ! Soyez les bâtisseurs d’un avenir d’espérance, de paix et de réconciliation, en poursuivant l’œuvre que les missionnaires ont commencée il y a 170 ans.

Que la Vierge Marie Immaculée vous accompagne sur ce chemin. Qu’elle intercède pour vous et fasse de vous de généreux et joyeux disciples du Christ.

Texte reproduit avec l’aimable autorisation de la Libreria Editrice Vaticana

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Homélie du pape Léon XIV – Mercredi 15 avril 2026

Photo gracieusement fournie par Vatican Média.

Le mardi 14 avril 2026, deuxième jour de son voyage apostolique en Algérie, le pape Léon XIV a présidé la messe à la basilique Saint-Augustin d’Annaba. Dans son homélie, il a rappelé que « face à la pauvreté et à l’oppression, le principe directeur par excellence pour les chrétiens est la charité : faisons à ceux qui nous entourent ce que nous voudrions qu’ils nous fassent (cf. Matthieu 7, 12). Inspirée par cette loi, inscrite dans nos cœurs par Dieu, l’Église renaît sans cesse, car là où règne le désespoir, elle allume l’espoir, là où règne la misère, elle apporte la dignité, et là où règne le conflit, elle apporte la réconciliation. »

Lisez le texte intégral de son discours ci-dessous. Vous pourrez suivre l’intégralité de l’émission sur Sel + Lumière TV ce soir à 19h00 HE, 16h00 HP et sur slmedia.org/fr/endirect.

 

Messe votive de Saint-Augustin

HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE

Basilique Saint-Augustin – Annaba
Mardi 14 avril 2026

Chers frères et sœurs,

la parole divine traverse l’histoire et la renouvelle par la voix humaine du Sauveur. Nous entendons aujourd’hui l’Évangile, bonne nouvelle pour tous les temps, dans cette Basilique d’Annaba dédiée à saint Augustin, évêque de l’antique Hippone. Les lieux qui nous accueillent ont changé de nom au fil des siècles, mais les saints restent nos patrons et sont les témoins fidèles d’un lien avec la terre, qui vient du ciel. C’est cette dynamique que le Seigneur met en lumière dans la nuit avec Nicodème : c’est cette force que le Christ insuffle à la faiblesse de sa foi et à la persévérance de sa recherche.

Envoyé par l’Esprit de Dieu, dont « on ne sait ni d’où il vient ni où il va » (Jn 3, 8), Jésus est pour Nicodème un hôte particulier. Il l’appelle à une vie nouvelle en confiant à son interlocuteur – mais à nous aussi – une tâche surprenante : « Il vous faut naître d’en haut » (ibid., 7). C’est l’invitation adressée à chaque homme et à chaque femme qui cherche le salut ! La mission de toute l’Église, et par conséquent de la communauté chrétienne en Algérie, jaillit de l’appel de Jésus : renaître d’en haut, c’est-à-dire de Dieu. Dans cette perspective, la foi triomphe des épreuves terrestres et la grâce du Seigneur fait fleurir le désert. Mais la beauté de cette exhortation s’accompagne d’une épreuve, que l’Évangile nous appelle à traverser ensemble.

Les paroles du Christ ont en effet toute la force d’un devoir : vous devez renaître d’en haut ! Cet impératif résonne à nos oreilles comme un commandement impossible. Nous comprenons cependant, en écoutant attentivement Celui qui le donne, qu’il ne s’agit ni d’une imposition sévère, ni d’une contrainte, et encore moins d’une condamnation à l’échec. Au contraire, le devoir exprimé par Jésus est un don de liberté puisqu’il nous révèle une possibilité inespérée : renaître d’en haut, grâce à Dieu. Il nous faut donc le faire, selon sa volonté aimante qui désire renouveler l’humanité en l’appelant à une communion de vie partant de la foi. Alors que le Christ nous demande de renouveler complètement notre existence, Il nous donne aussi la force de le faire. Saint Augustin en témoigne, lui qui prie ainsi : « Donne, ô Seigneur, ce que tu commandes, et commande ce que tu veux » (Confessions, X, 29, 40).

Alors, lorsque nous nous demandons comment un avenir de justice et de paix, de concorde et de salut est possible, nous posons à Dieu la même question que Nicodème : notre histoire peut-elle vraiment changer ? Nous sommes tellement encombrés de problèmes, d’embûches et de tribulations ! Notre vie peut-elle vraiment recommencer complètement ? Oui ! Cette affirmation du Seigneur, pleine d’amour, remplit nos cœurs d’espérance. Peu importe à quel point nous sommes accablés par la douleur ou le péché : le Crucifié porte tous ces fardeaux avec nous et pour nous. Peu importe à quel point nous sommes découragés par nos faiblesses : c’est précisément là que se manifeste la force de Dieu qui a ressuscité le Christ d’entre les morts pour donner la vie au monde (cf. Rm 8, 1). Chacun de nous peut faire l’expérience de la liberté de la vie nouvelle qui vient de la foi dans le Rédempteur. Une fois encore, saint Augustin nous en donne l’exemple : il faut voir d’abord sa conversion avant de le considérer pour sa sagesse. Dans cette renaissance, providentiellement accompagnée par les larmes de sa mère, sainte Monique, il est devenu lui-même en s’écriant : « Je ne serais pas, mon Dieu, je ne serais pas du tout, si tu n’étais pas en moi. Ou mieux, je ne serais pas, si je n’étais en toi » (Confessions, I, 2).

Oui, assurément : les chrétiens naissent d’en haut, régénérés par Dieu en tant que frères et sœurs de Jésus ; et l’Église qui les nourrit par les sacrements est un sein maternel accueillant pour tous les peuples de la terre. Comme nous venons de l’entendre, les Actes des Apôtres en témoignent en décrivant le style qui caractérise l’humanité renouvelée par l’Esprit-Saint (cf. Ac 4, 32-37). Aujourd’hui encore, nous devons accueillir et mettre en œuvre cette règle apostolique, en la méditant comme un critère authentique de réforme ecclésiale : une réforme qui, pour être vraie, commence par le cœur et qui, pour devenir efficace, concerne chacun.

En premier lieu, en effet, « la multitude de ceux qui avaient embrassé la foi n’avait qu’un seul cœur et une seule âme » (v. 4, 32). Cette unité spirituelle est une concordia : un mot exprimant bien la communion des cœurs qui battent à l’unisson parce qu’ils sont unis à celui du Christ. L’Église naissante ne repose pas sur un contrat social mais sur une harmonie dans la foi, dans les sentiments, dans les idées, dans les choix de vie, harmonie qui a pour centre l’amour de Dieu fait homme pour sauver tous les peuples de la terre.

En second lieu, nous admirons l’effet concret de cette unité spirituelle des croyants : « Tout était commun entre eux » (v. 32). Tout le monde a tout, en participant aux biens de chacun comme les membres d’un seul corps. Personne n’est privé de quoi que ce soit, puisque chacun partage ce qui lui appartient. En transformant la possession en don, ce dévouement fraternel n’est utopique que pour les cœurs qui rivalisent entre eux et pour les âmes avides en faveur d’elles-mêmes. Au contraire, la foi en l’unique Dieu, Seigneur du ciel et de la terre, unit les hommes selon une justice parfaite qui invite chacun à la charité, c’est-à-dire à aimer chaque créature de l’amour que Dieu nous offre dans le Christ. C’est pourquoi, en particulier face à la misère et à l’oppression, les chrétiens ont pour règle fondamentale la charité : faisons à qui se trouve à côté de nous ce que nous voudrions que l’on nous fasse (cf. Mt 7, 12). Animée par cette loi, inscrite par Dieu dans les cœurs, l’Église est toujours naissante, parce que là où règne le désespoir, elle enflamme l’espérance ; là où règne la misère, elle introduit la dignité ; là où il y a conflit, elle apporte la réconciliation.

En troisième lieu, le texte des Actes nous révèle le fondement de cette vie nouvelle qui concerne tous les peuples, quelles que soient leurs langues et leurs cultures : « Les apôtres rendaient avec beaucoup de force témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus, et tous jouissaient d’une grande faveur » (v. 33). La charité qui les anime, avant d’être un engagement moral, est un signe de salut. Les Apôtres proclament que notre vie peut changer parce que le Christ est ressuscité d’entre les morts. La première tâche des pasteurs, ministres de l’Évangile, est donc de rendre témoignage à Dieu d’un seul cœur et d’une seule âme devant le monde, sans que les préoccupations ne nous corrompent par la peur, ni que les modes ne nous affaiblissent par le compromis. Avec vous, frères dans l’épiscopat, et avec vous, prêtres, renouvelons sans cesse cette mission pour le bien de ceux qui nous sont confiés, afin que l’Église tout entière soit, dans son service, un message de vie nouvelle pour ceux que nous rencontrons.

Sur cette terre, chers chrétiens d’Algérie, restez un signe humble et fidèle de l’amour du Christ. Témoignez de l’Évangile par des gestes simples, des relations authentiques et un dialogue vécu au jour le jour : Vous donnerez ainsi saveur et lumière là où vous vivez. Votre présence dans le pays fait penser à l’encens : un grain incandescent qui diffuse son parfum parce qu’il rend gloire au Seigneur, et apporte joie et réconfort à beaucoup de frères et sœurs. Cet encens est un petit élément précieux qui n’est pas au centre de l’attention mais qui invite à tourner nos cœurs vers Dieu, en nous encourageant mutuellement à persévérer dans les difficultés du temps présent. La louange, la bénédiction, la supplication s’élèvent de l’encensoir de notre cœur, en répandant la suave odeur (cf. Ep 5,1) de la miséricorde, de l’aumône et du pardon. Votre histoire est faite d’accueil généreux et de persévérance dans l’épreuve : c’est ici que les martyrs ont prié, c’est ici que saint Augustin a aimé son troupeau en cherchant la vérité avec passion et en servant le Christ avec une foi ardente. Soyez les héritiers de cette tradition en témoignant, dans la charité fraternelle, de la liberté de ceux qui naissent d’en haut comme une espérance de salut pour le monde.

Texte reproduit avec l’aimable autorisation de la Libreria Editrice Vaticana

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La visite du pape Léon XIV en Afrique : un pèlerinage de paix, de réconciliation et d’espérance

Le pape Léon XIV effectuera son premier voyage apostolique en Afrique. Au cours de ce périple de 10 jours — le plus long jusqu’à présent — il visitera quatre pays africains : l’Algérie, le Cameroun, l’Angola et la Guinée équatoriale. Pourquoi se rend-il dans ces quatre pays, et quels messages espère-t-il leur transmettre?

 

Algérie : marcher sur les traces de saint Augustin

Le premier pays que visitera le pape Léon est l’Algérie, un pays d’Afrique du Nord aux anciennes racines chrétiennes. L’archevêque d’Alger Cardinal Vesco va accueillir le pape pour la première étape de son voyage à Alger. Sur le plan géographique, l’Algérie est le plus grand pays d’Afrique. L’islam est la religion d’État, et 99 % de sa population se déclare musulmane. On y compte 8 740 catholiques, ce qui représente environ 0,2 % de la population. La plupart des catholiques sont des migrants originaires de l’Afrique subsaharienne.

Les chrétiens en Algérie, à l’instar de ceux de la Turquie, font face à une forte répression : les autorités algériennes ont fermé des églises et refusé des visas aux membres du clergé et aux agents pastoraux. Les organisations caritatives catholiques se sont également heurtées à des obstacles administratifs.

En 2018, 19 catholiques martyrisés durant le conflit civil des années 1990 ont été béatifiés.  Des dirigeants musulmans ont assisté à la messe de béatification, signe d’une certaine évolution vers la réconciliation nationale. La devise de ce voyage est « As-Salam Alaykum » (qui se traduit par « La paix soit avec vous »), les paroles du Seigneur ressuscité ainsi qu’une salutation islamique courante.

En décembre dernier, le pape a déclaré : «  Personnellement, j’espère me rendre en Algérie pour visiter les lieux qui ont marqué la vie de saint Augustin. » Mardi, il se rendra à Annaba, l’ancien site d’Hippone, et suivra le chemin de saint Augustin, qui y fut évêque à la fin du IVe siècle et au début du Ve siècle.

Cela revêt une importance particulière, car le pape Léon est membre de l’ordre des Augustins et le premier pontife à se rendre en Algérie. Il devrait appeler à un dialogue interreligieux accru et transmettre un message de paix tout au long de ce voyage.

 

Cameroun : promouvoir l’unité et la coexistence pacifique

Le deuxième pays au programme du pape Léon est le Cameroun, où les catholiques constituent l’un des groupes religieux les plus importants. Les catholiques représentent environ 36 % de la population, soit près de 10 millions de personnes, et cohabitent avec des pentecôtistes, des protestants, des musulmans et des adeptes des religions traditionnelles africaines.

Le pays compte de nombreuses écoles primaires et secondaires catholiques, ainsi que de nombreux hôpitaux et cliniques catholiques. Fait notable, ses grands séminaires et congrégations religieuses sont dynamiques et attirent des candidats locaux. Les papes Jean-Paul II et Benoît XVI ont tous deux visité ce pays.

Les langues officielles du pays sont le français et l’anglais, bien que des langues autochtones soient également utilisées. En 2016, les anglophones du Cameroun ont commencé à protester contre leur marginalisation par un gouvernement dominé par les francophones. Cela a conduit à des mesures violentes de la part des forces de sécurité dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, majoritairement habitées par la minorité anglophone du pays.

En octobre 2017, des séparatistes anglophones ont déclaré l’indépendance de ces régions. Depuis lors, les affrontements entre les séparatistes armés et les forces camerounaises se sont intensifiés, entraînant la mort de plus de 6 500 civils.

L’une des visites du pape Léon aura lieu à Bamenda, l’épicentre des tensions entre les séparatistes et les forces de l’État. La devise de son voyage au Cameroun est : « Qu’ils soient tous un » (Jean 17,21). Cette devise peut être interprétée comme un appel au dialogue œcuménique, ainsi qu’à la compréhension entre les séparatistes et le gouvernement.

À cette étape, le pontife pourrait mettre l’accent sur l’unité, la paix et une gouvernance éthique.

 

Angola : guérir les blessures de la guerre

Le pays suivant que visitera le pape Léon est l’Angola, un pays majoritairement chrétien où environ la moitié de ses 40 millions d’habitants se déclarent catholiques. La langue officielle est le portugais, bien que des langues bantoues y soient également parlées.

La devise de ce voyage est : « Pape Léon XIV, pèlerin d’espérance, de réconciliation et de paix. » Comme au Cameroun, on y trouve de nombreuses écoles primaires et secondaires catholiques, ainsi que des hôpitaux et cliniques. Le pape Jean-Paul II a visité l’Angola en 1992 et le pape Benoît XVI s’y est rendu en 2009.

L’Angola a été marqué par une guerre civile de 27 ans qui a duré de 1975 à 2002, laissant des blessures durables dans la population. Des millions de personnes ont sombré dans la pauvreté et des milliers d’enfants sont devenus orphelins. Ils ont été victimes de violence, d’abus et d’exploitation, notamment en étant enrôlés comme enfants soldats.

La visite du pape, comme le suggère la devise, pourrait aborder la réconciliation et la guérison dans ce pays qui continue de lutter contre la pauvreté et les inégalités économiques.

 

Guinée équatoriale : un catholicisme florissant au milieu de la pauvreté

Le dernier pays africain du voyage du pape Léon est la Guinée équatoriale, l’un des plus petits pays d’Afrique. C’est le seul pays hispanophone d’Afrique, ce qui a peut-être influencé son choix, puisque le pape parle couramment l’espagnol.

Plus de 81 % de ses 1,9 million d’habitants sont catholiques, et les écoles ainsi que les établissements de santé catholiques sont soutenus par l’État. Le pape Léon XIV sera le deuxième pape à visiter ce pays, après la visite de Jean-Paul II en 1982.

La devise de cette visite est : « Le Christ, lumière de la Guinée équatoriale, vers un avenir d’espérance. » Cette devise met en lumière le regard du pays tourné vers un avenir meilleur.

Après son indépendance de l’Espagne en 1968, le pays a connu une dictature communiste de 11 ans, au cours de laquelle de nombreux catholiques ont été persécutés et le culte public interdit. Bien que les catholiques ne soient plus persécutés aujourd’hui, cette dictature a été remplacée par une autre (les élections manquent de liberté) et, actuellement, plus de 50 % de la population vit dans la pauvreté.

La visite du pape Léon remontera certainement le moral de ceux qui vivent dans ce pays. Le pape actuel a visité de nombreux pays africains lorsqu’il était supérieur général des Augustins ; il comprend donc à quel point ses discours doivent être prudents.

Les populations des quatre pays ont toutes connu une forme de difficulté économique et/ou religieuse ; la présence du pape Léon XIV sera donc pour elles un signe de soutien, d’encouragement et d’espérance.

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Audience Générale du pape Léon XIV – Mercredi 8 avril 2026

Image de Turgay Koca sur Pexels.

En cette audience générale du 8 avril, le pape Léon XIV a invité les fidèles à redécouvrir l’appel universel à la sainteté, au cœur de la vie chrétienne. S’appuyant sur Lumen gentium, il a rappelé que chaque baptisé est appelé à vivre dans la charité, la foi et la conversion quotidienne.

Lisez le texte intégral de son discours ci-dessous. Vous pourrez suivre l’intégralité de l’émission sur Sel + Lumière TV ce soir à 19h00 HE, 16h00 HP et sur slmedia.org/fr/endirect.

Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

La Constitution du Concile Vatican II Lumen Gentium (LG) sur l’Église consacre un chapitre entier, le cinquième, à la vocation universelle à la sainteté de tous les fidèles : chacun de nous est appelé à vivre dans la grâce de Dieu, à pratiquer les vertus et à se conformer au Christ. La sainteté, selon la Constitution conciliaire, n’est pas un privilège réservé à quelques-uns, mais un don qui engage chaque baptisé à tendre vers la perfection de la charité, c’est-à-dire vers la plénitude de l’amour envers Dieu et envers son prochain. La charité est, en effet, le cœur de la sainteté à laquelle tous les croyants sont appelés : infusée par le Père, à travers son Fils Jésus, cette vertu « oriente tous les moyens de sanctification, leur donne leur âme et les conduit à leur fin » (LG, 42). Le plus haut degré de sainteté, comme aux origines de l’Église, est le martyre, « témoignage suprême de la foi et de la charité » (LG, 50) : c’est pourquoi le texte conciliaire enseigne que tout croyant doit être prêt à confesser le Christ jusqu’à verser son sang (cf. LG, 42), comme cela s’est toujours produit et se produit encore aujourd’hui. Cette disponibilité au témoignage se manifeste chaque fois que les chrétiens laissent dans la société des signes de foi et d’amour, en s’engageant pour la justice.

Tous les sacrements, de façon éminente l’Eucharistie, sont une nourriture qui font croitre une vie sainte, assimilant chaque personne au Christ, modèle et mesure de la sainteté. Il sanctifie l’Église, dont il est le Chef et le Pasteur : la sainteté est, dans cette perspective, son don, qui se manifeste dans notre vie quotidienne chaque fois que nous l’accueillons avec joie et y répondons avec engagement. À ce propos, saint Paul VI, lors de l’audience générale du 20 octobre 1965, rappelait que l’Église, pour être authentique, désire que tous les baptisés soient « des saints, c’est-à-dire véritablement ses enfants dignes, forts et fidèles ». Ceci s’accomplit comme une transformation intérieure, par laquelle la vie de chaque personne est conformée au Christ par la vertu de l’Esprit Saint (cf. Rm 8,29; LG, 40).

Lumen Gentium décrit la sainteté de l’Église catholique comme l’une de ses caractéristiques constitutives, à recevoir dans la foi, car elle est considérée comme « indéfectiblement sainte » (LG, 39). Cela ne signifie pas qu’elle le soit pleinement et parfaitement, mais qu’elle est appelée à confirmer ce don divin durant son pèlerinage vers la destination éternelle, marchant « à travers les persécutions du monde et les consolations de Dieu » (Saint Augustin, De civ. Dei 51,2 ; LG, 8). La triste réalité du péché dans l’Église, c’est-à-dire en chacun de nous, invite chacun de nous à entreprendre un changement de vie sérieux, en nous confiant au Seigneur, qui nous renouvelle dans la charité. Cette grâce infinie précisément, qui sanctifie l’Église, nous remet une mission à accomplir jour après jour : celle de notre conversion. Ainsi, la sainteté n’a pas seulement une nature pratique, comme si elle pouvait se réduire à un engagement éthique, aussi grand soit-il, mais elle concerne l’essence même de la vie chrétienne, tant personnelle que communautaire.

Dans cette perspective, la vie consacrée joue un rôle décisif, et la Constitution conciliaire en parle au chapitre six (cf. nn 43-47). Chez le peuple saint de Dieu, elle constitue un signe prophétique du monde nouveau, vécu ici et maintenant dans l’histoire. En effet, ces conseils évangéliques qui façonnent toute expérience de la vie consacrée : la pauvreté, la chasteté et l’obéissance, sont des signes du Royaume de Dieu, déjà présents dans le mystère de l’Église. Ces trois vertus ne sont pas des prescriptions qui enchainent la liberté, mais des dons libérateurs de l’Esprit Saint, par lesquels certains fidèles sont totalement consacrés à Dieu. La pauvreté exprime une confiance totale en la Providence, libérant du calcul et de l’intérêt personnel ; l’obéissance a pour modèle le don de soi que le Christ a fait au Père, libérant de la suspicion et de la domination ; la chasteté est le don d’un cœur entier et pur dans l’amour, au service de Dieu et de l’Église.

En se conformant à ce mode de vie, les personnes consacrées témoignent de la vocation universelle à la sainteté de toute l’Église, sous la forme d’un engagement radical. Les conseils évangéliques manifestent la pleine participation à la vie du Christ, jusqu’à la croix : c’est précisément par le sacrifice du Crucifié que nous sommes tous rachetés et sanctifiés ! Contemplant cet événement, nous savons qu’il n’est aucune expérience humaine que Dieu ne rachète : même la souffrance, vécue en union avec la Passion du Seigneur, devient un chemin vers la sainteté. La grâce qui convertit et transforme la vie nous fortifie ainsi dans chaque épreuve, nous indiquant pour but non pas un idéal lointain, mais la rencontre avec Dieu, qui s’est fait homme par amour. Que la Vierge Marie, Mère toute sainte du Verbe incarné, soutienne et protège toujours notre chemin.

Texte reproduit avec l’aimable autorisation de la Libreria Editrice Vaticana

Consultez tous nos articles et la couverture du pape Léon XIV sur notre page :  slmedia.org/fr/pape-leon-xiv

Prière du Regina Caeli par le pape Léon XIV

Crédit photo : Vatican Media

Lisez ci-dessous le texte intégral de l’homélie du Saint-Père.

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REGINA CAELI

Lundi de l’Ange, 6 avril 2026

 

Chers frères et sœurs, le Christ est ressuscité ! Joyeuses Pâques !

Cette salutation, pleine d’émerveillement et de joie, nous accompagnera tout au long de la semaine. En fêtant le jour nouveau que le Seigneur a fait pour nous, la liturgie célèbre l’entrée de toute la création dans le temps du salut : le désespoir de la mort est supprimé pour toujours, au nom de Jésus.

L’Évangile d’aujourd’hui (Mt 28, 8-15) nous demande de choisir entre deux récits : celui des femmes, qui ont rencontré le Ressuscité (v. 9-11), ou celui des gardes, qui ont été soudoyés par les chefs du Sanhédrin (v. 11-14). Les premières annoncent la victoire du Christ sur la mort ; les seconds annoncent que la mort l’emporte toujours et quoi qu’il arrive. Dans leur version, en effet, Jésus n’est pas ressuscité, mais son cadavre a été volé. D’un même fait, le tombeau vide, jaillissent deux interprétations : l’une est source de vie nouvelle et éternelle, l’autre de mort certaine et définitive.

Ce contraste nous invite à réfléchir sur la valeur du témoignage chrétien et sur l’honnêteté de la communication humaine. Souvent, en effet, le récit de la vérité est occulté par les fake news, comme on dit aujourd’hui, c’est-à-dire par des mensonges, des insinuations et des accusations sans fondement. Face à ces obstacles, cependant, la vérité ne reste pas cachée, bien au contraire : elle vient à notre rencontre, vivante et rayonnante, illuminant les ténèbres les plus épaisses. Comme aux femmes arrivées au tombeau, Jésus nous dit aujourd’hui : « N’ayez pas peur ! Allez annoncer » (v. 10). Il devient ainsi lui-même la bonne nouvelle à témoigner au monde : la Pâque du Seigneur est notre Pâque, la Pâque de l’humanité, car cet homme, qui est mort pour nous, est le Fils de Dieu, qui a donné sa vie pour nous. Tout comme le Ressuscité, toujours vivant et présent, libère le passé d’une fin destructrice, de même l’annonce pascale rachète notre avenir du tombeau.

Très chers amis, combien il est important que cet Évangile rejoigne avant tout ceux qui sont opprimés par la méchanceté qui corrompt l’histoire et trouble les consciences ! Je pense aux peuples tourmentés par la guerre, aux chrétiens persécutés à cause de leur foi, aux enfants privés d’éducation. Annoncer, en paroles et en actes, la Pâque du Christ, c’est redonner une voix à l’espérance, qui serait autrement étouffée entre les mains des violents. Lorsque la Bonne Nouvelle est proclamée dans le monde, elle éclaire toutes les ombres, en tout temps.

Avec une affection particulière, à la lumière du Ressuscité, nous nous souvenons aujourd’hui du Pape François qui, le lundi de Pâques de l’année dernière, a rendu sa vie au Seigneur. Alors que nous faisons mémoire de son grand témoignage de foi et d’amour, prions ensemble la Vierge Marie, Siège de la sagesse, afin que nous puissions devenir des annonciateurs toujours plus lumineux de la vérité.

Texte reproduit avec l’aimable autorisation de la Libreria Editrice Vaticana

 

Homélie du pape Léon XIV lors de la messe de Pâques

Messe du Dimanche de Pâques présidée par le pape Léon XIV, dimanche 5 avril 2026.

Lisez ci-dessous le texte intégral de l’homélie du Saint-Père.

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DIMANCHE DE PÂQUES « RÉSURRECTION DU SEIGNEUR »

HOMÉLIE DU PAPE LÉON XIV

Dimanche de Pâques, 5 avril 2026

Chers frères et sœurs,

la création tout entière resplendit aujourd’hui d’une lumière nouvelle, un chant de louange s’élève de la terre, notre cœur exulte de joie : le Christ est ressuscité d’entre les morts et, avec Lui, nous ressuscitons nous aussi à une vie nouvelle !

Cette annonce pascale embrasse le mystère de notre vie, la destinée de l’histoire, et elle nous atteint jusque dans les abîmes de la mort, par lesquels nous nous sentons menacés et parfois submergés. Elle nous ouvre à l’espérance qui ne faiblit pas, à la lumière qui ne se couche pas, à cette plénitude de joie que rien ne peut détruire : la mort a été vaincue pour toujours, la mort n’a plus de pouvoir sur nous !

C’est un message qui n’est pas toujours facile à accueillir, une promesse que nous avons du mal à accepter, car le pouvoir de la mort nous menace sans cesse, à l’intérieur comme à l’extérieur.

Au plus profond de nous-mêmes, lorsque le boulet de nos péchés nous empêche de prendre notre envol, lorsque les déceptions ou la solitude que nous vivons assèchent nos espérances, lorsque les soucis ou les rancœurs étouffent la joie de vivre, lorsque nous éprouvons de la tristesse ou de la fatigue, lorsque nous nous sentons trahis ou rejetés, lorsque nous devons faire face à notre faiblesse, à la souffrance, à la fatigue de chaque jour, alors nous avons l’impression de nous trouver dans un tunnel dont nous ne voyons pas la sortie.

Mais aussi en dehors de nous, la mort est toujours à l’affût. Nous la voyons présente dans les injustices, dans les égoïsmes partisans, dans l’oppression des pauvres, dans le manque d’attention envers les plus fragiles. Nous la voyons dans la violence, dans les blessures du monde, dans le cri de douleur qui s’élève de toutes parts face aux abus qui écrasent les plus faibles, face à l’idolâtrie du profit qui pille les ressources de la terre, face à la violence de la guerre qui tue et détruit.

Dans cette réalité, la Pâques du Seigneur nous invite à lever les yeux et à ouvrir notre cœur. Elle continue de nourrir dans notre esprit et au fil de l’histoire la semence de la victoire promise. Elle nous met en mouvement, comme Marie de Magdala et comme les Apôtres, pour nous faire découvrir que le tombeau de Jésus est vide, et qu’ainsi, dans toute mort que nous expérimentons, se trouve aussi de la place pour une vie nouvelle qui surgit. Le Seigneur est vivant et demeure avec nous. Il ouvre notre cœur à l’espérance qui nous soutient par les fissures de résurrection qui s’ouvrent dans les ténèbres : le pouvoir de la mort n’est pas la destinée ultime de notre vie. Nous sommes orientés une fois pour toutes vers la plénitude car, dans le Christ ressuscité, nous sommes nous aussi ressuscités.

Le Pape François nous le rappelait avec émotion dans sa première Exhortation apostolique, Evangelii gaudium, en affirmant que la résurrection du Christ « n’est pas un fait relevant du passé ; elle a une force de vie qui a pénétré le monde. Là où tout semble être mort, de partout, les germes de la résurrection réapparaissent. C’est une force sans égale. Il est vrai que souvent Dieu semble ne pas exister : nous constatons que l’injustice, la méchanceté, l’indifférence et la cruauté ne faiblissent pas. Pourtant, il est aussi certain que commence à germer quelque chose de nouveau dans l’obscurité, qui tôt ou tard produira du fruit » (n° 276).

Frères et sœurs, la Pâque du Seigneur nous donne cette espérance, en nous rappelant que, dans le Christ ressuscité, une nouvelle création est possible chaque jour. C’est ce que nous dit l’Évangile proclamé aujourd’hui qui situe l’événement de la résurrection « le premier jour de la semaine » (Jn 20, 1). Le jour de la résurrection du Christ nous renvoie ainsi à la création, à ce premier jour où Dieu créa le monde, et il nous annonce en même temps qu’une vie nouvelle, plus forte que la mort, est en train de naître pour l’humanité.

Pâques est la nouvelle création opérée par le Seigneur ressuscité. Elle est un nouveau départ, elle est la vie enfin rendue éternelle par la victoire de Dieu sur l’ancien Adversaire.

Nous avons besoin aujourd’hui de ce chant d’espérance. Et c’est à nous, ressuscités avec le Christ, qu’il revient de le porter dans les rues du monde. Courons donc comme Marie de Magdala, annonçons-le à chacun, portons par notre vie la joie de la résurrection afin que partout où plane encore le spectre de la mort, la lumière de la vie puisse resplendir.

Que le Christ, notre Pâques, nous bénisse et donne sa paix au monde entier !

Texte reproduit avec l’aimable autorisation de la Libreria Editrice Vaticana

 

Message « Urbi et Orbi » du pape Léon XIV

Bénédictions du pape Léon XIV lors du message « Urbi et Orbi » le dimanche de Pâques 5 avril 2026.

Lisez ci-dessous le texte intégral de l’homélie du Saint-Père.

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MESSAGE « URBI ET ORBI »
DU PAPE LÉON XIV

PÂQUES 2026

Dimanche 5 avril 2026

Frères et sœurs,

Le Christ est ressuscité ! Joyeuses Pâques !

Depuis des siècles, l’Église chante avec joie l’événement qui est l’origine et le fondement de sa foi : « Le Maître de la vie mourut ; vivant, il règne. Nous le savons : le Christ est vraiment ressuscité des morts. Roi victorieux, prends-nous tous en pitié » (Séquence de Pâques).

Pâques est une victoire : celle de la vie sur la mort, de la lumière sur les ténèbres, de l’amour sur la haine. Une victoire au prix très élevé : le Christ, le Fils du Dieu vivant (cf. Mt 16,16), a dû mourir, et mourir sur une croix, après avoir subi une injuste condamnation, avoir été moqué et torturé, et avoir versé tout son sang. En tant que véritable Agneau immolé, il a pris sur lui le péché du monde (cf. Jn 1,29 ; 1 P 1,18-19) et nous a ainsi tous libérés, avec la création, de la domination du mal.

Mais comment Jésus a-t-il vaincu ? Quelle est la force avec laquelle il a vaincu une fois pour toutes l’ancien Adversaire, le Prince de ce monde (cf. Jn 12, 31) ? Quelle est la puissance avec laquelle Il est ressuscité d’entre les morts, non pas pour revenir à la vie d’avant, mais pour entrer dans la vie éternelle et ouvrir ainsi, dans sa propre chair, le passage de ce monde vers le Père ?

Cette force, cette puissance, c’est Dieu lui-même, Amour qui crée et donne la vie, Amour fidèle jusqu’à la fin, Amour qui pardonne et rachète.

Le Christ, notre « Roi victorieux », a mené et remporté son combat dans un abandon confiant en la volonté du Père, en son dessein de salut (cf. Mt 26, 42). Il a ainsi parcouru jusqu’au bout le chemin du dialogue, non pas en paroles mais en actes. Pour nous retrouver, nous qui étions perdus, il s’est fait chair ; pour nous libérer, nous qui étions esclaves, il s’est fait esclave ; pour nous donner la vie, nous qui étions mortels, il s’est laissé tuer sur la croix.

La force par laquelle le Christ est ressuscité est totalement non violente. Elle est semblable à celle d’un grain de blé qui, corrompu dans la terre, grandit, se fraye un chemin entre les sillons, germe et devient un épi doré. Elle est plus semblable encore à celle d’un cœur humain qui, blessé par une offense, repousse l’instinct de vengeance et, rempli de pitié, prie pour celui qui l’a offensé.

Frères et sœurs, telle est la véritable force qui apporte la paix à l’humanité, puisqu’elle produit des relations respectueuses à tous les niveaux : entre les personnes, les familles, les groupes sociaux, les nations. Elle ne vise pas un intérêt particulier, mais le bien commun ; elle ne veut pas imposer son propre projet, mais contribuer à l’élaborer et à le réaliser avec les autres.

Oui, la résurrection du Christ est le commencement de l’humanité nouvelle. Elle marque l’entrée dans la véritable terre promise où règnent la justice, la liberté et la paix, où tous se reconnaissent comme frères et sœurs, enfants du même Père qui est Amour, Vie et Lumière.

Frères et sœurs, par sa résurrection, le Seigneur nous confronte avec encore plus d’intensité au drame de notre liberté. Devant le tombeau vide, nous pouvons nous remplir d’espérance et d’émerveillement, comme les disciples, ou de peur comme les gardes et les pharisiens, contraints de recourir au mensonge et à la ruse pour ne pas reconnaître que celui qui avait été condamné est vraiment ressuscité (cf. Mt 28, 11-15) !

À la lumière de Pâques, laissons-nous émerveiller par le Christ ! Laissons son immense amour changer notre cœur ! Que ceux qui ont des armes en main les déposent ! Que ceux qui ont le pouvoir de déclencher des guerres choisissent la paix ! Non pas une paix imposée par la force, mais par le dialogue ! Non pas avec la volonté de dominer l’autre, mais de le rencontrer !

Nous nous habituons à la violence, nous nous y résignons et nous devenons indifférents. Indifférents à la mort de milliers de personnes. Indifférents aux répercussions de haines et de divisions que les conflits sèment. Indifférents aux conséquences économiques et sociales qu’ils engendrent et que chacun ressent pourtant. On assiste à une “mondialisation de l’indifférence” de plus en plus marquée, pour reprendre une expression chère au Pape François, qui adressait au monde ses dernières paroles il y a un an depuis cette loggia, en nous rappelant : « Que de volonté de mort nous voyons chaque jour dans les nombreux conflits qui touchent différentes parties du monde ! » (Message Urbi et Orbi, 20 avril 2025).

La croix du Christ nous rappelle sans cesse la souffrance et la douleur qui environnent la mort, ainsi que l’angoisse qu’elle engendre. Nous avons tous peur de la mort et, par crainte, nous détournons le regard, préférant ne pas voir. Nous ne pouvons pas continuer à rester indifférents ! Et nous ne pouvons pas nous résigner au mal ! Saint Augustin enseigne : « Si tu as peur de la mort, aime la résurrection ! » (Sermo 124, 4). Aimons, nous aussi, la résurrection qui nous rappelle que le mal n’a pas le dernier mot, car il a été vaincu par le Ressuscité.

Il a traversé la mort pour nous donner la vie et la paix : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Ce n’est pas comme le monde la donne que je vous la donne » (Jn 14, 27). La paix que Jésus nous donne n’est pas celle qui se limite à faire taire les armes, mais celle qui touche et transforme le cœur de chacun ! Convertissons-nous à la paix du Christ ! Faisons entendre le cri de paix qui jaillit du cœur ! C’est pourquoi j’invite tout le monde à se joindre à moi à la veillée de prière pour la paix que nous célébrerons ici, dans la Basilique Saint-Pierre, samedi prochain, 11 avril.

En ce jour de fête, abandonnons toute volonté de querelle, de domination et de pouvoir, et implorons le Seigneur pour qu’il accorde sa paix à ce monde endeuillé par les guerres et marqué par la haine et l’indifférence qui nous font nous sentir impuissants face au mal. Nous recommandons au Seigneur tous les cœurs qui souffrent et qui attendent la paix véritable que Lui seul peut donner. Confions-nous à Lui et ouvrons-Lui notre cœur ! Lui seul fait toutes choses nouvelles (cf. Ap 21,5) !

Joyeuses Pâques !

Texte reproduit avec l’aimable autorisation de la Libreria Editrice Vaticana

 

Vigile Pascale : Homélie du pape Léon XIV

Le pape Léon XIV lors de la Veillée pascale à la Basilique Saint-Pierre, le samedi Saint 4 avril 2026.

Lisez ci-dessous le texte intégral de l’homélie du Saint-Père.

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VEILLÉE PASCALE DE SAINTE NUIT

HOMÉLIE DU PAPE LÉON XIV

Basilique Saint-Pierre
Samedi 4 avril 2026

« Le pouvoir sanctifiant de cette nuit […] dissipe la haine, dispose à l’amitié et soumet toute puissance » (Annonce de la Pâque).

C’est ainsi, chers frères et sœurs, que le diacre, au début de cette célébration, a salué la lumière du Christ ressuscité, symbolisée par le cierge pascal. À partir de ce cierge unique, nous avons tous allumé nos lumières et, chacun portant une flamme tirée du même feu, nous avons éclairé cette grande basilique. C’est le signe de la lumière pascale qui nous unit dans l’Église comme des lampes pour le monde. Nous avons répondu “amen” à l’annonce du diacre, affirmant notre engagement à embrasser cette mission, et nous répéterons dans un instant notre “oui” en renouvelant nos promesses baptismales.

Cette veillée, chers frères et sœurs, est une veillée lumineuse, la plus ancienne de la tradition chrétienne appelée “mère de toutes les veillées”. Nous revivons en elle le mémorial de la victoire du Seigneur de la vie sur la mort et les enfers. Nous le faisons après avoir parcouru, ces derniers jours, comme dans une unique grande célébration, les mystères de la Passion du Dieu fait pour nous « homme de douleur » (Is 53, 3), « méprisé, abandonné des hommes » (ibid.), torturé et crucifié.

Y a-t-il une charité plus grande ? Une gratuité plus totale ? Le Ressuscité est le Créateur même de l’univers qui, comme aux origines de l’histoire, nous a donné l’existence à partir de rien ; de même, sur la croix, pour nous montrer son amour sans limites, il nous a donné la vie.

La première Lecture nous l’a rappelé, à travers le récit des origines. Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre (cf. Gn 1, 1), tirant le cosmos du chaos, l’harmonie du désordre, et en confiant, à nous qui sommes faits à son image et à sa ressemblance, la tâche d’en être les gardiens. Et même lorsque, par le péché, l’homme n’a pas répondu à ce projet, le Seigneur ne l’a pas abandonné mais lui a révélé, de manière encore plus surprenante, dans le pardon, son visage miséricordieux.

Le “saint mystère de cette nuit” plonge donc ses racines là où s’est consommé le premier échec de l’humanité, et il s’étend à travers les siècles comme un chemin de réconciliation et de grâce.

La liturgie nous a proposé quelques étapes de ce cheminement à travers les textes sacrés que nous avons entendu. Elle nous a rappelé comment Dieu a retenu la main d’Abraham, prêt à sacrifier son fils Isaac, pour nous montrer qu’il ne voulait pas notre mort mais plutôt que nous nous consacrions à être, entre ses mains, des membres vivants d’une descendance de sauvés (cf. Gn 22, 11-12.15-18). De même, elle nous a invités à réfléchir sur la manière dont le Seigneur a libéré les Israélites de l’esclavage d’Égypte, faisant de la mer, lieu de mort et obstacle insurmontable, la porte d’entrée vers le commencement d’une vie nouvelle et libre. Et ce même message est revenu comme un écho dans les paroles des prophètes, où nous avons entendu les louanges du Seigneur en tant qu’époux qui appelle et rassemble (cf. Is 54, 5-7), source qui désaltère, eau qui féconde (cf. Is 55, 1.10), lumière qui montre le chemin de la paix (cf. Bar 3, 14), Esprit qui transforme et renouvelle le cœur (Ez 36, 26).

À tous ces moments de l’histoire du salut, nous avons vu comment Dieu répond à la dureté du péché qui divise et tue, par la puissance de l’amour qui unit et redonne la vie. Nous les avons évoqués ensemble en entrecoupant le récit avec des psaumes et des prières pour nous rappeler que, par la Pâque du Christ, ensevelis avec lui dans la mort, nous pouvons nous aussi marcher dans une vie nouvelle ; morts au péché, mais vivants pour Dieu, en Jésus-Christ (cf. Rm 6, 4-11), consacrés dans le baptême à l’amour du Père, unis dans la communion des saints, devenus par grâce des pierres vivantes pour édifier son Royaume (cf. 1 P 2, 4-5).

C’est dans cette lumière que nous lisons le récit de la Résurrection, que nous avons entendu dans l’Évangile selon saint Matthieu. Le matin de Pâques, les femmes, surmontant leur peine et leur peur, se sont mises en route. Elles voulaient se rendre au tombeau de Jésus. Elles s’attendaient à le trouver scellé avec une grande pierre à l’entrée et des soldats montant la garde. Voilà ce qu’est le péché : une barrière très lourde qui nous enferme et nous sépare de Dieu, et cherche à faire mourir en nous ses paroles d’espérance. Marie de Magdala et l’autre Marie, cependant, ne se sont pas laissées intimider. Elles se sont rendues au sépulcre et, grâce à leur foi et à leur amour, elles ont été les premiers témoins de la résurrection. Dans le tremblement de terre et dans l’ange assis sur le rocher renversé, elles ont vu la puissance de l’amour de Dieu, plus fort que n’importe quelle force du mal, capable de “dissiper la haine” et de “soumettre toute puissance”. L’homme peut tuer le corps, mais la vie du Dieu d’amour est une vie éternelle, qui va au-delà de la mort et qu’aucun tombeau ne peut emprisonner. Ainsi, le Crucifié règne-t-il depuis la croix. L’ange s’est assis sur la pierre et Jésus s’est présenté à elles, vivant, en disant : « Je vous salue ! » (Mt 28, 9).

Tel est, chers amis, notre message au monde aujourd’hui, la rencontre dont nous voulons témoigner par les paroles de la foi et les œuvres de la charité, en chantant par notre vie l’“Alléluia” que nous proclamons avec nos lèvres (cf. saint Augustin, Sermo 256, 1). À l’exemple des femmes qui se sont précipitées pour annoncer la nouvelle à leurs frères, nous aussi nous voulons cette nuit quitter cette basilique, pour apporter à tout le monde la bonne nouvelle que Jésus est ressuscité et que, par sa force, ressuscités avec Lui, nous pouvons donner vie à un monde nouveau, de paix et d’unité, comme « une multitude d’hommes et en même temps […] un seul homme, car, bien qu’il y ait beaucoup de chrétiens, le Christ est unique » (Saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, 127,3).

C’est à cette mission que se consacrent les frères et sœurs ici présents, venus de diverses régions du monde, qui vont bientôt recevoir le baptême. Après le long chemin du catéchuménat, ils renaissent aujourd’hui dans le Christ pour être des créatures nouvelles (cf. 2 Co 5, 17), témoins de l’Évangile. Pour eux, et pour nous tous, répétons ce que saint Augustin disait aux chrétiens de son temps : « Annonce le Christ, sème […], répands partout ce que tu as conçu dans ton cœur » (Sermo 116, 23-24).

Sœurs, frères, de nos jours encore, des tombeaux sont à ouvrir, et les pierres qui les scellent sont souvent si lourdes et si bien surveillées qu’elles semblent inamovibles. Certaines oppriment le cœur de l’homme, comme la méfiance, la peur, l’égoïsme, la rancœur. D’autres, conséquence de ces dernières, brisent les liens entre nous, comme la guerre, l’injustice, la fermeture entre les peuples et les nations. Ne nous laissons pas paralyser par elles ! Au fil des siècles, nombre d’hommes et de femmes, avec l’aide de Dieu, les ont fait rouler, parfois au prix de grands efforts, parfois au prix de leur vie, mais avec de bons fruits dont nous bénéficions encore aujourd’hui. Ils ne sont pas des figures inaccessibles mais des personnes comme nous qui, fortifiées par la grâce du Ressuscité, dans la charité et la vérité, ont eu le courage de parler, comme le dit l’apôtre Pierre, « avec les paroles de Dieu » (1 P 4, 11) et d’agir « avec la force que Dieu leur a donnée, afin que Dieu soit glorifié en tout » (ibid.).

Laissons-nous inspirer par leur exemple et, en cette Nuit sainte, faisons nôtre leur engagement, afin que partout et toujours dans le monde grandissent et s’épanouissent les don pascals de la concorde et de la paix.

Texte reproduit avec l’aimable autorisation de la Libreria Editrice Vaticana

 

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