Quelles relations plaisent à Dieu ? Appelés autour d’une même table | Comme je vous ai aimés

Prenez et mangez, ceci est mon Corps, La Cène par Cathopic.

Quelles relations plaisent à Dieu ? Appelés autour d’une même table

Une réflexion sur le chapitre 4 de Dilexi te

 

Dans la réflexion de la semaine dernière sur le chapitre 3 de Dilexi te, nous avons examiné le type d’Église que Dieu nous appelle à être. Inspirés par le témoignage des saints, nous avons vu comment l’Église est appelée à se tenir aux côtés des pauvres et des marginalisés, comme Dieu lui-même. Le chapitre 4 commence par un survol de la doctrine sociale de l’Eglise concernant la solidarité avec les pauvres. L’idée principale du chapitre est que les ceux et celles qui vivent dans la pauvreté et la souffrance ne sont pas simplement des bénéficiaires de la charité ou des personnes pour lesquelles nous devrions éprouver de la pitié. Ils sont des membres de la société à part entière, dont les voix, les récits de vie et les qualités appellent notre respect, notre solidarité et notre engagement. 

 

Les structures du péché

La doctrine sociale catholique a depuis longtemps compris que le péché n’est pas seulement une réalité au niveau personnel. Il s’applique également aux structures sociales injustes auxquelles, malheureusement, nous contribuons au quotidien. Ces structures sociales maintiennent certaines populations, tant au niveau national qu’international, dans des cycles de pauvreté, d’exclusion et de marginalisation. En ce sens, l’Évangile nous appelle à la conversion, non seulement en tant qu’individus, mais aussi aux niveaux social, politique et économique. 

En tant qu’êtres humains, nous sommes tous nés avec une dignité égale donnée par Dieu. Malheureusement, nous ne sommes pas tous nés égaux en termes de notre situation sociale. Faisant écho aux paroles du pape François, le pape Léon a identifié l’inégalité comme « la racine des maux de la société », affirmant qu’« on s’aperçoit bien des fois que, de fait, les droits humains ne sont pas les mêmes pour tout le monde » (n° 94). À l’échelle mondiale, on pourrait penser aux structures politiques et économiques qui soutiennent des gouvernements qui fomentent le génocide et les guerres injustes qui affligent les populations civiles. Dans le contexte canadien, on pourrait penser aux inégalités et aux injustices infligées aux peuples autochtones.

Le pape Léon souligne que les structures du péché sont souvent ancrées « dans une mentalité dominante qui considère normal ou rationnel ce qui n’est rien d’autre que de l’égoïsme et de l’indifférence » (n° 93). Il est si facile de tomber dans des mentalités qui nous rendent indifférents et insensibles à la souffrance des autres. Comme le souligne le pape Léon :

« Il devient normal d’ignorer les pauvres et de vivre comme s’ils n’existaient pas. Le choix semble raisonnable d’organiser l’économie en demandant des sacrifices au peuple pour atteindre certains objectifs qui concernent les puissants. Pendant ce temps, seules les ‘miettes’ qui tomberont sont promises aux pauvres » (n° 93).

Dans ce contexte, « nous devons nous engager davantage à résoudre les causes structurelles de la pauvreté » (n° 94). Cette disparité entre les différentes parties de l’humanité ne peut être tolérée comme une simple réalité de la vie. L’injustice et l’inégalité de nos systèmes sociaux et économiques ne semblent normales que pour ceux et celles qui en bénéficient. Elles sont à juste titre intolérables pour les personnes qui subissent leurs conséquences dévastatrices. La difficulté réside dans le fait que ces deux groupes sont souvent isolés l’un de l’autre. Ils vivent dans des mondes séparés, ils ne se connaissent pas et ils ne se côtoient pas. 

La première étape vers une véritable solidarité consiste à apprendre à se reconnaître en tant qu’êtres humains, à connaître le nom et l’histoire des personnes qui vivent dans la pauvreté, et à commencer à travailler ensemble sur un pied d’égalité, en tant que partenaires, pour un avenir plus juste et plus humain pour tous et toutes. Cela peut sembler utopique, mais c’est en fait le chemin vers le royaume de Dieu que nous sommes appelés à parcourir ici et maintenant, sans attendre que les choses s’arrangent ou s’améliorent d’elles-mêmes. À travers l’histoire, Dieu nous invite à être ses collaborateurs sur le chemin de la justice et de la paix, pas à pas.

 

Autour d’une même table

Le pape Léon fait siennes les paroles du Document d’Aparecida de l’épiscopat d’Amérique latine :

« Les différences criantes entre riches et pauvres nous invitent à nous engager davantage pour être des disciples capables de partager la table de la vie, la table de tous les fils et filles du Père, une table ouverte et inclusive, dont personne n’est exclu » (n° 99).

Chaque année, pendant le temps de l’Avent, nous entendons des paroles du prophète Isaïe, qui nous appelle à préparer le chemin du Seigneur : « Que tout ravin soit comblé, toute montagne et toute colline abaissées ! que les escarpements se changent en plaine, et les sommets, en large vallée ! » (Isaïe 40, 3-5) De même, Marie, dans son Magnificat, loue le Seigneur car « il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles » (Luc 1, 52). Sans vouloir paraître trop révolutionnaire, se réunir autour d’une même table en tant qu’égaux nécessite un rééquilibrage des inégalités flagrantes qui marquent nos sociétés, comme nous le rappelle la parole de Dieu.

Dieu ne veut pas qu’une poignée de privilégiés soient extrêmement riches tandis que d’autres souffrent de la faim. Dieu ne souhaite pas non plus que le pouvoir soit concentré entre les mains d’une élite toute-puissante. Au contraire, Dieu révèle son style de leadership lors de la dernière Cène. Jésus s’assoit à table avec ses apôtres. Il se fait l’un d’entre eux, et ils ne font qu’un avec lui. Jésus n’amasse pas de richesses et ne s’assoit pas sur un trône somptueux, obligeant les autres à le servir. C’est plutôt lui, notre Seigneur et notre Maître, qui se lève de table, dépose son vêtement et prend un linge qu’il se noue à la ceinture. Jésus s’abaisse pour laver les pieds de ses disciples, assumant ainsi la tâche d’un esclave.

 

 

Dieu, qui est au-dessus des cieux, se met à notre niveau. Il n’a pas honte de notre vulnérabilité, de nos faiblesses ou de nos défauts. Il ne garde pas une distance de sécurité, mais il s’associe à nous. Il se fait proche, au point de devenir notre prochain. Il se met à table avec nous et nous appelle à nous accueillir les uns les autres comme des égaux, comme ses enfants, comme des frères et sœurs.

Quand on commence à voir la réalité selon la logique de l’Évangile, quel est l’impact sur notre manière d’aborder nos frères et sœurs défavorisés, exclus et marginalisés ? Comment la perspective de Dieu change-t-elle notre manière de comprendre les relations entre les nations puissantes et les populations moins puissantes à travers le monde ? Quel type de relations Dieu nous appelle-t-il à entretenir les uns avec les autres en tant qu’êtres humains, non pas sur la base du succès, du prestige et de la richesse, mais plutôt sur celle de la solidarité, de la compassion et de la fraternité ? Quel est le premier pas que vous pouvez prendre à cet égard cette semaine ?

Dieu notre Père, tu rêves de rassembler tous tes enfants autour de la même table dans ton Royaume. Guide nos pas sur le chemin de la justice et de la paix, et ouvre nos cœurs à l’amour fraternel dans la grande famille humaine. Amen.

 

 

Quelle Église sommes-nous appelés à être ? « Va et fais de même » | Comme je vous ai aimés

La parabole du bon Samaritain. Crédit photo Istock.

Quelle Église sommes-nous appelés à être ? « Va et fais de même »

Une réflexion sur le chapitre 3 de Dilexi te

 

La réflexion de la semaine dernière portait sur la manière dont Dieu choisit d’être aux côtés de ceux et celles qui connaissent la pauvreté, l’exclusion, la marginalisation et la souffrance. Voir Dieu sous cet angle peut changer notre compréhension de qui il est et de la manière dont il nous voit. Dieu n’est pas un juge sévère, mais un rédempteur compatissant qui reste particulièrement proche de ses enfants qui sont le plus dans le besoin. Si Dieu est ainsi, qu’est-ce que cela signifie pour l’Église ? Le chapitre 3 de l’exhortation apostolique Dilexi te du pape Léon XIV apporte un éclairage précisément sur cette question. 

 

Une Église pour les pauvres

Si Dieu est pour les pauvres, alors l’Église doit elle aussi être pour les pauvres. C’est dans ce sens que nous pouvons interpréter la célèbre déclaration du pape François : « Comme je voudrais une Église pauvre et pour les pauvres ! » C’est par ces mots, quelques jours après son élection comme pape en 2013, que François a expliqué comment il avait choisi son nom. A la fin du conclave, un cardinal d’Amérique latine assis près de François lui a chuchoté : « N’oublie pas les pauvres ! » Pour garder les pauvres au cœur de son ministère, le pape a choisi de s’appeler en l’honneur de saint François d’Assise. 

Saint François d’Assise venait d’une famille assez aisée. Son père était un riche marchand de soie et sa mère était issue de la noblesse provençale. Il a mené une vie fastueuse tout au long de sa jeunesse, s’habillant somptueusement et dépensant sans compter. L’histoire raconte qu’un jour, il vendait les tissus raffinés de son père sur le marché. Alors que François servait des clients, un mendiant s’approcha de lui pour lui demander de l’argent. François lui dit d’attendre son tour. Lorsque l’homme s’éloigna, François courut après lui et lui donna tout l’argent qu’il avait dans sa bourse. Un événement similaire se produisit plusieurs années plus tard, lorsque François passa à cheval près d’un lépreux au bord de la route. Au début, François eut peur de cet homme, mais il finit par descendre de cheval et s’approcha de lui, lui baisa la main et lui donna son manteau. Alors que François poursuivait son chemin, il se retourna, mais l’homme avait disparu. François comprit à cet instant qu’il n’avait pas simplement rencontré un lépreux, mais le Christ lui-même en chair et en os.

Ce fut un tournant dans la vie de François d’Assise. Il renonça à son statut social et embrassa la pauvreté afin de suivre le Christ de plus près et de se consacrer entièrement au service des autres. François voyait dans les pauvres et les souffrants le visage et la chair de Jésus. Comme le fait remarquer le pape Léon à propos de François d’Assise, « sa pauvreté était relationnelle : elle le conduisait à se faire proche, égal, voire inférieur. Sa sainteté germait de la conviction que l’on ne peut vraiment recevoir le Christ qu’en se donnant généreusement aux frères » (n° 64).

Le modèle de vie de François d’Assise est une source d’inspiration pour toute l’Église. Si l’Église est appelée à être centrée sur le Christ, elle ne peut pas maintenir les pauvres et les souffrants en marge. Ils doivent être au centre de l’attention de l’Église, comme ils le sont pour le Christ.

 

Les saints des pauvres

La vie des saints peut nous inspirer à être une Église qui garde dans son esprit et dans son cœur les personnes qui vivent dans la pauvreté et la souffrance. Nous pouvons penser aux nombreuses communautés religieuses de femmes et d’hommes qui, à travers les âges, ont consacré toute leur existence à soigner les malades, à visiter les détenus, à accueillir les étrangers et à éduquer les enfants défavorisés, mettant en pratique le message de Jésus dans Matthieu 25.

 

Saint Laurent, diacre et martyr

Dès les premières communautés chrétiennes, les pauvres occupaient une place privilégiée dans l’Église. Au cours des premiers siècles du christianisme, alors que les chrétiens étaient martyrisés par l’Empire romain, saint Laurent était diacre dans la ville de Rome. Laurent, diacre au service du pape Sixte II, reçut l’ordre de remettre les trésors de l’Église aux autorités romaines. Le jour venu, Laurent emmena avec lui les pauvres.

Lorsque les autorités protestèrent, Laurent répondit simplement : « Ce sont eux les trésors de l’Église » (n° 38). Plus tard, Laurent subit le martyre, mais la puissance de son témoignage résonne encore aujourd’hui.

 

Saint Jean Chrysostome, prédicateur de l’amour pour les pauvres

Le témoignage de Laurent rappelle les paroles de saint Jean Chrysostome, l’un des pères les plus renommés de l’Église. Jean Chrysostome appelait les fidèles à reconnaître le Christ dans ceux et celles qui sont dans le besoin. Il prêchait :

« Veux-tu honorer le corps du Christ ? Ne le méprise pas lorsqu’il est nu et, pendant qu’ici tu l’honores par des étoffes de soie, ne le méprise pas à l’extérieur en le laissant souffrir le froid et la nudité […]. En effet, [le corps de Jésus-Christ qui est sur l’autel] n’a pas besoin de vêtements, mais d’une âme pure, au lieu que cet autre a besoin de beaucoup de soin. […] Honore-le donc aussi de la manière qu’Il a établie, c’est-à-dire en donnant ses richesses à des pauvres. Dieu n’a pas besoin d’objets en or, mais d’âmes en or » (n° 41).

Les trésors de l’Église ne sont pas les calices en or ou les objets exposés dans les musées du Vatican, mais ceux et celles qui sont les plus précieux aux yeux de Jésus, avec lesquels il s’identifie personnellement. Ils doivent être au cœur même de la vie et de la mission de l’Église. Nous ne pouvons pas vraiment rencontrer le Christ sur l’autel si nous ne sommes pas prêts à le rencontrer dans le sans-abri qui dort dans le froid sur le seuil de l’église.

 

 

Mère Teresa, icône universelle de la charité

Plus récemment, le monde a connu l’exemple prophétique de Mère Teresa. Un jour, un journaliste lui a demandé ce qui la motivait à se dévouer quotidiennement aux personnes mourantes et abandonnées. Sans ciller, elle a tout de suite répondu, reprenant les paroles de Jésus : « C’est à moi que vous l’avez fait ». Comme le dit le pape Léon, Mère Teresa « est devenue une icône universelle de la charité vécue jusqu’à l’extrême en faveur des plus exclus de la société » (n° 77).

Mère Teresa a vécu de manière radicale le message qu’elle prêchait : « Nous voulons annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres : que Dieu les aime, que nous les aimons, qu’ils sont quelqu’un pour nous, que, eux aussi, ont été créés par la même main amoureuse de Dieu pour aimer et pour être aimés. Nos pauvres gens, nos splendides gens, sont des gens tout à fait dignes d’amour. Ils n’ont pas besoin de notre pitié ni de notre compassion. Ils ont besoin de notre amour compréhensif, ils ont besoin de notre respect, ils ont besoin que nous les traitions avec dignité » (n° 77).

Selon le pape Léon, Mère Teresa « ne se considérait pas comme une philanthrope ou une militante, mais comme une épouse du Christ crucifié, qui servait avec un amour total les frères souffrants » (n° 77).

Inspirés par le témoignage des saints, nous pouvons nous demander : comment manifestons-nous l’amour de Dieu aux personnes qui sont dans le besoin ? Nos familles, nos paroisses et nos communautés sont-elles des lieux accueillants pour les pauvres, les malades et les personnes qui souffrent ? Quelle place est-ce qu’on leur accorde dans nos cœurs et dans nos priorités ? Sommes-nous prêts à consacrer du temps et des ressources pour venir à leur rencontre et à leur aide ? Sommes-nous prêts à reconnaître en eux le Christ qui vient à notre rencontre ? 

« La sainteté chrétienne fleurit souvent dans les lieux les plus oubliés et les plus blessés de l’humanité. Les plus pauvres parmi les pauvres – ceux qui manquent non seulement de biens, mais aussi de voix et de reconnaissance de leur dignité – occupent une place spéciale dans le cœur de Dieu. Ils sont les préférés de l’Évangile, les héritiers du Royaume (cf. Lc 6, 20). C’est en eux que le Christ continue de souffrir et de ressusciter. C’est en eux que l’Église retrouve sa vocation à montrer sa réalité la plus authentique » (n° 76).

Jésus, ouvre nos oreilles à l’appel radical de l’Évangile. Ouvre nos yeux pour que nous te voyions dans nos frères et sœurs qui sont dans le besoin. Ouvre nos mains pour offrir ce que nous avons, et transforme nos cœurs pour les rendre plus semblables au tien. Amen.

 

Quelle est notre image de Dieu ? « C’est à moi que vous l’avez fait » | Comme je vous ai aimés

Photo par sedmak sur iStock.

Quelle est notre image de Dieu ? « C’est à moi que vous l’avez fait »

Une réflexion sur le deuxième chapitre de Dilexi te

 

Dans la continuité de la réflexion de la semaine dernière sur le premier chapitre de Dilexi te, nous allons cette semaine nous pencher sur le chapitre 2. La semaine dernière, nous avons vu les multiples formes de pauvreté abordées par le pape Léon XIV dans ce premier document majeur de son pontificat. Dans la continuité du pape François, le pape Léon appelle toute l’Église à entendre le cri de ceux et celles qui vivent la pauvreté sous diverses formes. Le deuxième chapitre de Dilexi te met en évidence la manière dont Dieu choisit les pauvres et nous appelle à faire de même.

 

Un Dieu qui choisit les pauvres

Il existe dans la Bible de nombreux exemples illustrant comment Dieu choisit les pauvres. Dieu montre sa plus grande sollicitude envers les populations les plus vulnérables à l’époque des prophètes : les veuves et les orphelins. D’un point de vue chrétien, les personnes qui vivent dans la pauvreté, l’injustice et la marginalisation sont véritablement la prunelle des yeux de Dieu. Selon les mots du pape Léon : « Les pauvres ont une place de choix dans le cœur de Dieu […]. Tout le chemin de notre rédemption est marqué par les pauvres » (DT, n° 17).

Alors, que signifie le fait que Dieu choisisse les pauvres ? Le fait que Dieu « choisisse les pauvres » ne signifie pas qu’il décide qui sera pauvre ou non, ou qui souffrira ou non. Cela signifie plutôt que Dieu se met du côté de ceux et celles qui se trouvent dans des situations de pauvreté, de souffrance, d’injustice et d’exclusion. Il se fait tout proche d’eux, il entend leurs cris et il est particulièrement solidaire avec eux.

Cela peut entrer en conflit avec notre propre image de Dieu si nous l’imaginons comme un juge sévère plutôt que comme un sauveur miséricordieux. Comme le pape François l’a souvent rappelé, le style de Dieu est la proximité, la tendresse et la compassion. Les voies de Dieu peuvent sembler en contraste flagrant avec la mentalité de notre monde. Il semblerait normal de préférer être plus fort, plus riche ou plus prospère. C’est certainement le message que nous transmettent nos sociétés occidentales contemporaines. 

Mais la logique de Dieu n’est pas celle de la bourse de Wall Street. Dieu n’a pas une plus grande estime pour les personnes qui amassent le plus d’argent ou le plus de pouvoir. Au contraire, Dieu aime la petitesse. Dieu exalte l’humilité. Nous pouvons penser à la grande prière de Marie, le Magnificat, dans laquelle elle loue Dieu pour avoir « dispersé les superbes, renversé les puissants de leurs trônes, élevé les humbles, comblé de biens les affamés et renvoyé les riches les mains vides » (Lc 1, 46-55). Ces paroles peuvent sembler sévères ou révolutionnaires, mais elles nous donnent un aperçu de la réalité du point de vue de Dieu. 

Dieu n’est pas impressionné par les démonstrations grandioses de puissance et de force. Aux yeux de Dieu, le véritable pouvoir est l’amour. Et la véritable force est le service. Cette logique allait contre-courant à l’époque de Jésus, et cela continue d’être le cas aujourd’hui. La question qui se pose à nous est la suivante : comment pouvons-nous faire en sorte que nos relations avec les personnes qui ont moins que nous soient caractérisées par l’amour et le service ?  

 

 

Le Christ s’identifie personnellement aux « plus petits de nos frères et sœurs »

En Jésus, Dieu vient à nous dans la pauvreté. Il n’est pas un Messie riche et puissant qui vient conquérir l’humanité par sa seule puissance. Jésus a des origines humbles, enfant d’une famille contrainte de fuir son pays natal, qui vit parmi les classes ouvrières de l’époque. Jésus n’a jamais été un homme riche. Il ne possédait ni terres ni biens matériels. Au contraire, Jésus passait son temps avec les exclus et fréquentait quotidiennement ceux et celles qui vivaient en marge de la société. 

Mais ce n’est pas tout. Au cœur de l’Évangile se trouve la vérité profonde que Jésus s’identifie ici et maintenant, personnellement, aux « plus petits de nos frères et sœurs » (Mt 25, 40). En effet, aux yeux du Christ, ils ne sont pas en réalité « les plus petits ». Au contraire, les personnes qui sont considérés comme « les plus petits » aux yeux du monde sont les plus grands dans l’esprit et le cœur de Jésus. 

Comment pouvons-nous laisser la mentalité de Jésus influencer et transformer la nôtre ? Comment pouvons-nous être ouverts à la rencontre avec lui chez nos frères et sœurs qui sont en marge de la société, les personnes qui luttent pour trouver un logement, les parents qui ont besoin d’aide pour nourrir leur famille ? Jésus nous attend chez les frères et sœurs que nous négligeons, évitons ou ignorons.

Seigneur, tu prends soin des personnes qui sont dans le besoin et tu relèves ceux et celles qui sont abattus. Convertis nos cœurs et renouvelle nos esprits afin que nous te voyions dans ces frères et sœurs que tu tiens tout près de ton cœur. Amen.

Qui est mon prochain ? Entendre le cri | Comme je vous ai aimés

Sculpture représentant un pauvre mendiant devant une église. Photo prise par Yandry Fernández Perdomo sur Cathopic.

 

Qui est mon prochain ? Entendre le cri

Une réflexion sur le premier chapitre de Dilexi te

 

Dilexi te est le premier document majeur du pape Léon XIV. Cette exhortation, qui a pour thème l’amour envers les pauvres, sert de pont entre les deux derniers pontificats. Commencée par le pape François, puis reprise par le pape Léon, elle a été promulguée le 4 octobre 2025, jour de la fête de saint François d’Assise, célèbre pour son esprit de pauvreté. Léon XIV a choisi son nom en souvenir du pape Léon XIII, qui est surtout connu pour sa doctrine sociale au tournant du XXe siècle. À la suite des révolutions industrielles, Léon XIII a défendu les droits des ouvriers et des personnes défavorisées par les progrès technologiques fulgurants de l’époque. Après plus d’un siècle, ce nouveau document de Léon XIV nous donne une synthèse de l’enseignement de l’Église sur le soin des personnes en situation de pauvreté, d’injustice et d’exclusion au XXIe siècle. Il s’agit avant tout d’un appel à voir les personnes dans le besoin comme Dieu les voit, à les aimer de son cœur, à passer du temps avec elles et à avancer ensemble.

Ce sujet nous met en contact avec le cœur même de l’Évangile, que nous sommes appelés à vivre chaque jour. Cela est particulièrement vrai pendant le temps du Carême. Ainsi, alors que nous cheminons vers Pâques, réfléchissons ensemble, chaque semaine, à un chapitre de Dilexi te.

 

Parler des « pauvres »

Parler des « pauvres » est un terme chargé et risqué. D’une part, la tradition chrétienne désigne les « pauvres » comme un groupe particulièrement précieux aux yeux de Dieu, comme des personnes que le Christ nous appelle à aimer et à servir quotidiennement en priorité. Le psalmiste nous dit : « Un pauvre crie, le Seigneur entend » (Ps 33). Dans l’Ancien Testament, Dieu voit la misère de son peuple opprimé par l’esclavage, il entend leur cri et vient à leur secours (Ex 3, 7-10). Dans les Évangiles, Jésus ne se contente pas de venir en aide aux pauvres, il va jusqu’à s’identifier personnellement à eux : « Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40). D’un autre côté, désigner une personne ou un groupe de personnes comme « les pauvres » serait dévalorisant et irrespectueux. Le risque est d’ignorer leurs capacités et de les réduire à ce qui leur manque plutôt que de reconnaître leurs vraies identité et dignité en tant qu’être humain.

Il ne s’agit surtout pas d’éviter de parler de la pauvreté, ce qui ne ferait que masquer et minimiser la dure réalité que tant de personnes vivent dans notre pays et dans le monde entier. Il s’agit plutôt de trouver la juste manière de parler de la pauvreté de façon sensible, empathique et socialement consciente. En fin de compte, il ne s’agit pas seulement de parler d’eux ou de faire quelque chose pour eux, mais plutôt de les écouter et d’agir ensemble avec eux.

 

 

Les multiples formes de pauvreté

Dilexi te souligne qu’il existe de nombreuses formes de pauvreté. Il y a bien sûr la pauvreté matérielle et économique, mais aussi l’exclusion sociale, la pauvreté morale et spirituelle, la fragilité et la vulnérabilité – qu’elles soient physiques, mentales ou émotionnelles, de manière temporaire ou permanente. Il y a aussi la pauvreté politique qui consiste à « n’avoir aucun droit, aucun espace, aucune liberté » (n° 9). Dans un certain sens, chaque vie comporte une certaine expérience de la pauvreté : la prise de conscience que nous manquons tous de quelque chose. Aucun d’entre nous n’est autosuffisant. Nous avons tous des moments de besoin, nous avons tous des blessures et des faiblesses. Cependant, nous réalisons également que certains d’entre nous se trouvent dans une situation bien plus grave que d’autres. Malheureusement, ceux et celles qui ont le plus besoin d’aide sont souvent en marge de la société. Souvent, nous pouvons également les maintenir en marge de notre vie de manière volontaire. À la lumière de notre foi, que pouvons-nous faire pour ouvrir nos yeux, tendre l’oreille et la main ?

 

Entendre le cri

Dilexi te affirme que la situation des personnes dans le besoin constitue un « un cri qui, dans l’histoire de l’humanité, interpelle constamment notre vie, nos sociétés, nos systèmes politiques et économiques et, enfin et surtout, l’Église » (n° 9). Entendre ce cri, c’est suivre l’exemple de Dieu lui-même, qui entend le cri de ceux et celles qui dans le besoin et nous appelle tous et toutes à leur tendre la main. Dieu prête l’oreille à leur cri, et son cœur est toujours ouvert, sensible à ce qu’ils vivent. Pourtant, nos oreilles sont souvent fermées, et nos cœurs peuvent rester indifférents aux épreuves de nos frères et sœurs. Qu’est-ce qui nous empêche d’entendre leur cri ? Qu’est-ce qui empêche nos cœurs de s’ouvrir ?

Léon XIV souligne divers états d’esprit et préjugés qui peuvent nous empêcher de nous soucier de ceux et celles qui sont dans le besoin. Compte tenu de l’énorme développement économique des dernières décennies, nous pouvons être amenés à penser que la pauvreté est une simple question du passé, ou même que ceux et celles qui la vivent aujourd’hui ont dû faire quelque chose pour se retrouver dans une telle situation. Pourtant, comme l’affirme le pape : « Les pauvres ne sont pas là par hasard ou par un destin aveugle et amer » (n° 14). Au contraire, durant les dernières décennies « la richesse a augmenté », mais les inégalités aussi (n° 13), de sorte que la couche supérieure de la société s’enrichit sans cesse, tandis que d’énormes parties de la population doivent faire face à des conditions de vie ardues. On peut penser ici à la réalité croissante des « travailleurs pauvres », ceux et celles qui travaillent « du matin au soir […] même s’ils savent que leurs efforts ne serviront qu’à les faire survivre et jamais à améliorer véritablement leur vie ». Cette situation n’est qu’exacerbée par les progrès technologiques effrénés à l’ère de l’intelligence artificielle, qui augmentent encore le risque de laisser sur le bord de la route une grande partie de la population. Léon met en garde contre le préjugé cruel selon lequel ceux et celles qui vivent dans la pauvreté « n’auraient pas acquis de “mérites”, selon cette fausse vision de la méritocratie où seuls ceux qui ont réussi dans la vie semblent avoir des mérites » (n° 14).

Enfin, Léon souligne que nous, chrétiens, pouvons également nourrir des préjugés à l’égard des pauvres : 

« Même les chrétiens, en de nombreuses occasions, se laissent contaminer par des attitudes marquées par des idéologies mondaines ou par des orientations politiques et économiques qui conduisent à des généralisations injustes et à des conclusions trompeuses. Le fait que l’exercice de la charité soit méprisé ou ridiculisé, comme s’il s’agissait d’une obsession de quelques-uns et non du cœur brûlant de la mission ecclésiale me fait penser qu’il faut toujours relire l’Évangile pour ne pas risquer de le remplacer par la mentalité mondaine » (n° 15).

La question qui se pose à chacun d’entre nous est la suivante : comment le Christ m’appelle-t-il à travers la voix des pauvres et des souffrants ? Comment puis-je changer progressivement ma façon de penser, en abandonnant la logique de l’injustice et de l’inégalité pour adopter celle de l’Évangile ?

Jésus, toi qui entends toujours le cri de ceux et celles qui sont dans le besoin, ouvre nos oreilles pour que nous entendions ta voix qui nous parle à travers eux. Ouvre nos cœurs et nos mains pour que nous te servions à travers eux. Amen.

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