En ce Carême, centrez votre vie sur l’essentiel !

Le Carême, jeûne avec du pain, de l’eau et le rosaire par Antonio Gravante sur Cathopic.

C’est quoi le Carême pour vous et quel jeûne suivez-vous ?

 

Récemment, dans son message pour le Carême du vendredi 13 février, le pape Léon XIV invite les fidèles catholiques à écouter la Parole de Dieu et à jeûner. À jeûner non seulement de nourriture mais aussi « par la langue ». Autrement dit, à éviter « les mots et les paroles qui heurtent et blessent le prochain ». De plus, le Carême nous offre un temps liturgique qui incite « à remettre le mystère de Dieu au centre de notre vie », et à ne plus se disperser entre les inquiétudes et les distractions quotidiennes. Le Pape encourage les fidèles à « prêter l’oreille à la voix du Seigneur ». Il recommande l’écoute de la Parole de Dieu dans la Bible, mais aussi l’écoute de la voix « de la souffrance et de l’injustice, afin qu’elle ne reste pas sans réponse ». 

Pour vivre un Carême riche de sens, nous devons alors « Écouter et jeûner ». Nos actions sont les voies à prendre sur notre chemin vers Pâques. Elles forment la boussole de notre vie chrétienne. Nous devons nous éloigner des distractions quotidiennes, calmer tout désir et faire le plus de place à Dieu, en adoptant le recentrement, le jeûne et l’effort de l’ouverture au prochain. Oui, rien ne peut s’effectuer sans effort ! Pensons aux saints du Ciel qui ont déjà vécu sur terre comme nous maintenant ; mais avec leurs efforts continus, ils garantissent une meilleure place aux côtés du Père Céleste. Que nous soyons catholiques ou non, le temps du Carême est vu et considéré comme un temps d’examen de conscience, de recentrement et de renouveau. Nous avons à suivre l’axe ou la Croix qui nous définit comme fils ou fille de Dieu. Ceci, nous pousse à garder en vue notre relation avec notre Créateur et celle avec notre prochain. Pour le Carême, prenons quelque temps pour exercer un retour sur nous-mêmes, afin de faire un examen de conscience et mettre des priorités majeures dans notre vie : Écouter attentivement la voix du Seigneur, la souffrance d’un.e proche où il ou elle se trouve, et veiller à ce que leur vie soit digne et décente ; sans oublier l’essentiel : le jeûne ! Réagissez à cet article en nous partageant comment avez-vous commencé votre Carême et quel jeûne suivez-vous ? 

Mujaddara du Moyen-Orient avec  riz et bulgur (blé). Photo Istock.

Je me rappelle que dans notre famille, nous suivons les recommandations de l’Église sur le Carême, en adoptant l’arrêt de nourriture et de l’eau de minuit jusqu’à midi le jour suivant. Nous devons jeûner les mercredis, les vendredis et la Semaine Sainte. Nous remplaçons la viande par du poisson, des légumineuses, des olives et des légumes en salade…. Trop souvent, il m’a été très difficile de suivre la discipline, de m’éloigner des desserts et surtout du chocolat, sans penser à la pénitence, à la culpabilité de ne pas être pardonnée et la peur de tricher. Et que peut-être le Seigneur va me punir pour ne pas respecter les exigences fixées, etc. Mais, tout le monde autour de moi ne mange pas de viande au moins la 1ère et dernière semaine. Nous marchons dans les rues de la ville et l’odeur de la Moujaddara, le plat typique pour le Carême fait avec des lentilles, beaucoup d’oignons et de l’huile d’olive, et qui embaume l’espace. Ce plat incontournable est simple, économique avec peu d’ingrédients, est aussi un repas sain, riche en fibres et en protéines végétales. En réalité, tout le monde embarque dans ce cheminement vers Pâques sans poser trop de questions.

 

Pourquoi je jeûne ? 

Prenons quelque temps afin de planifier notre jeûne avec un but précis, loin des réseaux sociaux, la folie du monde bruyant et de tout ce qui nous déconcentre du Christ, et pour faire un examen de conscience qui nous aide énormément à comprendre les raisons du jeûne. Le jeûne n’est qu’une discipline de notre corps et de notre esprit. Je ne jeûne pas parce que c’est une « tendance » qui interpelle bien des personnes. Nous jeûnons pour consolider et fortifier notre volonté. Pour nous nettoyer et nous éloigner du péché. Nous devrions être convaincu.es des raisons d’arrêter, par exemple un plaisir éphémère qui draine notre énergie, et nous accrocher à la Parole de la Bible, en mettant le Seigneur au centre de notre vie et l’aide au prochain qui souffre d’avoir peu de chances. Si je décide d’arrêter la nourriture que j’aime ainsi que d’autres privations alimentaires, etc. En quoi, mon jeûne va-t-il être distinct et différent de n’importe quelle autre diète ?

Le jeûne est une période de sacrifice, mais d’amour ; de discipline et un vrai retour vers Dieu. C’est un sacrifice joyeux, une privation, une joie qui grandit. Même les enfants peuvent sacrifier quelque chose, ils peuvent s’en passer de jouer, de manger des sucreries, etc. Ce fait nous a accompagnés pendant de longues années. Il ne fallait pas qu’on touche au dessert, au chocolat et aux sucreries, qu’après notre retour de la messe du Dimanche de Pâques. Je me rappelle que nous préparions une munition d’œufs en chocolat et des galettes de lait (Kaak b halib), une spécialité de ma mère, et que nous gardions en notre possession, parce que nous n’avions pas le droit d’y toucher.

Des fois, nous agissons à l’extrême, en pensant à suivre un Carême sévère. Mais pour une raison ou une autre, il arrive de quoi : nous échouons et nous nous arrêtons. Nous pouvons en tout temps continuer là où on s’est arrêté.e. Chaque effort est nécessaire, et nous guide vers la joie de la Résurrection. La persévérance et la réconciliation avec le Seigneur font de nous des ressuscités, des renouvelés, qui sont passés des ténèbres de nos vies à la lumière de la Résurrection de notre Seigneur.

Pendant le Carême, nous nous concentrons sur la prière, le jeûne et l’aumône afin de raviver la charité et pour nous rapprocher de notre Seigneur crucifié et ressuscité après quarante jours, et pour s’ouvrir plus aux autres. L’Église quant à elle, ne manque pas de nous proposer de nombreuses pratiques et des outils utiles pour notre marche vers Pâques pour nous aider à grandir et rendre cette période plus fructueuse sur le plan spirituel. Pour vivre un Carême riche de sens, je voulais que mon chemin de conversion passe par plus de bénévolat auprès de l’autre moins chanceux et pour que je puisse apporter une lumière dans le monde qui l’entoure.

Un pot de bonté : une pratique simple du Carême pour se préparer à Pâques

Crédit photo par Sonja Rachbauer sur iStock.

Le Carême nous invite à un temps de réflexion, de conversion, de prière et de réengagement. Pendant quarante jours, les chrétiens se préparent à Pâques par le jeûne, l’aumône et un approfondissement de leur relation avec Dieu. Souvent, nous commençons le Carême avec de bonnes intentions : renoncer au sucre, passer plus de temps en prière, participer davantage aux célébrations liturgiques. Ces engagements sont précieux. Mais parfois, ce sont les gestes les plus simples qui transforment réellement notre cœur.

Citons ici, la pratique toute simple du pot de bonté.

L’idée est très facile à mettre en place. Prenez un bocal ou n’importe quel pot que vous avez. Remplissez-le de petits papiers sur lesquels vous écrivez des gestes simples de bonté. Chaque jour du Carême, vous en choisissez un et vous posez, directement, le geste tiré pour quelqu’un. Sans l’annoncer. Sans le publier. Sans chercher à être remarqué.e. Juste un acte d’amour offert en silence.

Ce qui ressemble à un simple bricolage peut devenir une véritable discipline spirituelle !

 

La bonté est au cœur du Carême, pourquoi dit-on ? 

Le Carême ne consiste pas seulement à se priver ; il s’agit surtout de devenir meilleur. Lorsque Jésus nous appelle à la conversion, Il nous invite à une transformation intérieure. Le prophète Ézéchiel parle d’un cœur de pierre remplacé par un cœur de chair (Ézéchiel 36, 26). La bonté adoucit notre cœur. Elle nous apprend à voir les autres. Elle déplace notre regard de nous-mêmes vers ceux et celles qui nous entourent.

Le jeûne nous enseigne la maîtrise de soi. La prière nous rapproche de Dieu. La bonté, quant à elle, rend l’amour concret.

Le bocal ou le pot de bonté permet de vivre l’aumône au quotidien. Il nous rappelle que la générosité ne se limite pas à l’argent. Elle peut être relationnelle, émotionnelle, pratique. Un mot encourageant, un geste attentionné, un moment d’écoute. 

Le Carême nous prépare à la Résurrection. La bonté sème déjà des graines de résurrection dans notre quotidien.

 

La beauté des gestes cachés

Un élément essentiel de cette activité est le silence. L’acte de bonté est posé discrètement. Cela rejoint l’enseignement de Jésus :

« Quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite. » (Matthieu 6, 3)

Nous vivons dans une culture où les bonnes actions sont souvent mises en lumière. Or, le Carême nous invite à la discrétion. La bonté cachée purifie notre intention. Elle nous aide à agir par amour et non pour la reconnaissance.

Quand personne ne sait ce que vous avez fait, le geste devient une prière. Il devient un dialogue silencieux entre vous et Dieu. Ainsi, le pot de bonté devient un exercice d’humilité.

 

Comment créer un pot de bonté ?

La préparation de cette activité peut déjà être un beau moment en famille ou en communauté. On peut décorer le bocal ou le pot, écrire les papiers ensemble, réfléchir aux gestes possibles.

Voici les étapes à suivre :

  1. Choisir un pot, un bocal ou même une boîte.
  2. Découper de petits papiers.
  3. Réfléchir à des gestes simples et réalisables.
  4. Écrire un geste par papier.
  5. Les plier et les déposer dans le bocal.
  6. Chaque jour, en tirer un et le mettre en pratique discrètement.

La simplicité est la clé. Les gestes doivent être concrets et accessibles.

 

Exemples de gestes de bonté

Voici quelques idées pour remplir votre bocal :

  • Écrire un mot d’encouragement à une personne qui en a besoin.
  • Prier pour une personne avec qui la relation est difficile.
  • Accomplir une tâche ménagère sans qu’on le demande.
  • Envoyer un message pour soutenir un ami en souffrance.
  • Laisser quelqu’un passer devant soi dans un transport ou dans un environnement en commun.
  • Donner des vêtements.
  • Appeler un membre de la famille.
  • Offrir un petit cadeau tout en restant anonyme.
  • Remercier un enseignant, un.e collègue ou un.e bénévole.
  • Préparer un repas pour une personne que vous connaissez.
  • Écouter sans interruption ou distraction.
  • Pardonner sincèrement.
  • Se priver une journée complète des réseaux sociaux.
  • Lire dans la bible.
  • Parler positivement de quelqu’un en son absence.
  • Sourire intentionnellement aux personnes croisées dans la journée.

Bref, vous pouvez faire des papiers pour tout le Carême. Et les gestes à utiliser peuvent être infinis et ne demandent pas de grands moyens. Ils demandent plutôt un cœur disponible.

 

 

Ce que la bonté change en nous

Au fil des jours, quelque chose change. Vous commencez davantage à en être conscient.e. Qui semble fatigué.e ? Qui aurait besoin d’encouragement ? Qui est souvent oublié.e ?

La bonté transforme aussi celui qui donne. Elle apporte paix intérieure, joie et sens. Mais plus encore, elle nous rend plus semblables au Christ.

Jésus a multiplié les gestes simples : toucher les malades, consoler les affligé.es, nourrir les foules, accueillir les exclus.es. Le bocal de bonté nous entraîne à imiter ces gestes dans notre réalité quotidienne. Peu à peu, la bonté devient naturelle.

 

En famille pendant le Carême

Pour les familles, cette activité peut être particulièrement riche. Les enfants apprennent en pratiquant. Les parents peuvent accompagner les plus jeunes dans la réalisation des gestes. Les plus grands peuvent tirer eux-mêmes leur papier.

Lors du souper, par exemple, on peut partager non seulement le geste précis, mais ce que l’on a ressenti en servant. Cela développe l’empathie, la gratitude et l’unité familiale.

 

La bonté et la Croix

Le Carême nous conduit vers la Croix, le plus grand acte d’amour de l’histoire. Chaque petit geste de bonté reflète cet amour donné à l’autre.

Certaines journées, le geste sera facile. D’autres fois, il demandera un effort : pardonner, servir quand on est fatigué.e, et faire preuve de patience.

La bonté n’est pas toujours confortable. Mais elle est profondément chrétienne. Elle nous unit au Christ dans le don de soi.

 

Du Carême à un style de vie

Et si le bocal ne disparaissait pas à Pâques ?

Quarante jours de bonté peuvent transformer durablement nos habitudes. Peut-être qu’à la fin du Carême, vous n’aurez plus besoin de tirer un papier. Vous aurez appris à voir les occasions d’aimer spontanément. C’est cela, la véritable conversion.

La Résurrection proclame que l’amour est plus fort que tout. Chaque geste de bonté en est un témoignage.

 

Un petit bocal, un grand impact

Dans un monde souvent marqué par la division et la rapidité, la bonté est un signe puissant. Elle désarme les tensions. Elle construit des ponts. Elle reflète le cœur de Dieu.

Un simple bocal posé sur un comptoir peut sembler insignifiant. Pourtant, jour après jour, il peut transformer l’atmosphère d’une maison, d’une classe, d’une paroisse ou d’un milieu de travail.

Le Carême ne demande pas des gestes extraordinaires. Il demande des gestes fidèles.

Un papier tiré. Un acte posé. Un cœur changé.

Parfois, les pratiques les plus simples portent les grâces les plus profondes. 

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