Un pot de bonté : une pratique simple du Carême pour se préparer à Pâques

Crédit photo par Sonja Rachbauer sur iStock.

Le Carême nous invite à un temps de réflexion, de conversion, de prière et de réengagement. Pendant quarante jours, les chrétiens se préparent à Pâques par le jeûne, l’aumône et un approfondissement de leur relation avec Dieu. Souvent, nous commençons le Carême avec de bonnes intentions : renoncer au sucre, passer plus de temps en prière, participer davantage aux célébrations liturgiques. Ces engagements sont précieux. Mais parfois, ce sont les gestes les plus simples qui transforment réellement notre cœur.

Citons ici, la pratique toute simple du pot de bonté.

L’idée est très facile à mettre en place. Prenez un bocal ou n’importe quel pot que vous avez. Remplissez-le de petits papiers sur lesquels vous écrivez des gestes simples de bonté. Chaque jour du Carême, vous en choisissez un et vous posez, directement, le geste tiré pour quelqu’un. Sans l’annoncer. Sans le publier. Sans chercher à être remarqué.e. Juste un acte d’amour offert en silence.

Ce qui ressemble à un simple bricolage peut devenir une véritable discipline spirituelle !

 

La bonté est au cœur du Carême, pourquoi dit-on ? 

Le Carême ne consiste pas seulement à se priver ; il s’agit surtout de devenir meilleur. Lorsque Jésus nous appelle à la conversion, Il nous invite à une transformation intérieure. Le prophète Ézéchiel parle d’un cœur de pierre remplacé par un cœur de chair (Ézéchiel 36, 26). La bonté adoucit notre cœur. Elle nous apprend à voir les autres. Elle déplace notre regard de nous-mêmes vers ceux et celles qui nous entourent.

Le jeûne nous enseigne la maîtrise de soi. La prière nous rapproche de Dieu. La bonté, quant à elle, rend l’amour concret.

Le bocal ou le pot de bonté permet de vivre l’aumône au quotidien. Il nous rappelle que la générosité ne se limite pas à l’argent. Elle peut être relationnelle, émotionnelle, pratique. Un mot encourageant, un geste attentionné, un moment d’écoute. 

Le Carême nous prépare à la Résurrection. La bonté sème déjà des graines de résurrection dans notre quotidien.

 

La beauté des gestes cachés

Un élément essentiel de cette activité est le silence. L’acte de bonté est posé discrètement. Cela rejoint l’enseignement de Jésus :

« Quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite. » (Matthieu 6, 3)

Nous vivons dans une culture où les bonnes actions sont souvent mises en lumière. Or, le Carême nous invite à la discrétion. La bonté cachée purifie notre intention. Elle nous aide à agir par amour et non pour la reconnaissance.

Quand personne ne sait ce que vous avez fait, le geste devient une prière. Il devient un dialogue silencieux entre vous et Dieu. Ainsi, le pot de bonté devient un exercice d’humilité.

 

Comment créer un pot de bonté ?

La préparation de cette activité peut déjà être un beau moment en famille ou en communauté. On peut décorer le bocal ou le pot, écrire les papiers ensemble, réfléchir aux gestes possibles.

Voici les étapes à suivre :

  1. Choisir un pot, un bocal ou même une boîte.
  2. Découper de petits papiers.
  3. Réfléchir à des gestes simples et réalisables.
  4. Écrire un geste par papier.
  5. Les plier et les déposer dans le bocal.
  6. Chaque jour, en tirer un et le mettre en pratique discrètement.

La simplicité est la clé. Les gestes doivent être concrets et accessibles.

 

Exemples de gestes de bonté

Voici quelques idées pour remplir votre bocal :

  • Écrire un mot d’encouragement à une personne qui en a besoin.
  • Prier pour une personne avec qui la relation est difficile.
  • Accomplir une tâche ménagère sans qu’on le demande.
  • Envoyer un message pour soutenir un ami en souffrance.
  • Laisser quelqu’un passer devant soi dans un transport ou dans un environnement en commun.
  • Donner des vêtements.
  • Appeler un membre de la famille.
  • Offrir un petit cadeau tout en restant anonyme.
  • Remercier un enseignant, un.e collègue ou un.e bénévole.
  • Préparer un repas pour une personne que vous connaissez.
  • Écouter sans interruption ou distraction.
  • Pardonner sincèrement.
  • Se priver une journée complète des réseaux sociaux.
  • Lire dans la bible.
  • Parler positivement de quelqu’un en son absence.
  • Sourire intentionnellement aux personnes croisées dans la journée.

Bref, vous pouvez faire des papiers pour tout le Carême. Et les gestes à utiliser peuvent être infinis et ne demandent pas de grands moyens. Ils demandent plutôt un cœur disponible.

 

 

Ce que la bonté change en nous

Au fil des jours, quelque chose change. Vous commencez davantage à en être conscient.e. Qui semble fatigué.e ? Qui aurait besoin d’encouragement ? Qui est souvent oublié.e ?

La bonté transforme aussi celui qui donne. Elle apporte paix intérieure, joie et sens. Mais plus encore, elle nous rend plus semblables au Christ.

Jésus a multiplié les gestes simples : toucher les malades, consoler les affligé.es, nourrir les foules, accueillir les exclus.es. Le bocal de bonté nous entraîne à imiter ces gestes dans notre réalité quotidienne. Peu à peu, la bonté devient naturelle.

 

En famille pendant le Carême

Pour les familles, cette activité peut être particulièrement riche. Les enfants apprennent en pratiquant. Les parents peuvent accompagner les plus jeunes dans la réalisation des gestes. Les plus grands peuvent tirer eux-mêmes leur papier.

Lors du souper, par exemple, on peut partager non seulement le geste précis, mais ce que l’on a ressenti en servant. Cela développe l’empathie, la gratitude et l’unité familiale.

 

La bonté et la Croix

Le Carême nous conduit vers la Croix, le plus grand acte d’amour de l’histoire. Chaque petit geste de bonté reflète cet amour donné à l’autre.

Certaines journées, le geste sera facile. D’autres fois, il demandera un effort : pardonner, servir quand on est fatigué.e, et faire preuve de patience.

La bonté n’est pas toujours confortable. Mais elle est profondément chrétienne. Elle nous unit au Christ dans le don de soi.

 

Du Carême à un style de vie

Et si le bocal ne disparaissait pas à Pâques ?

Quarante jours de bonté peuvent transformer durablement nos habitudes. Peut-être qu’à la fin du Carême, vous n’aurez plus besoin de tirer un papier. Vous aurez appris à voir les occasions d’aimer spontanément. C’est cela, la véritable conversion.

La Résurrection proclame que l’amour est plus fort que tout. Chaque geste de bonté en est un témoignage.

 

Un petit bocal, un grand impact

Dans un monde souvent marqué par la division et la rapidité, la bonté est un signe puissant. Elle désarme les tensions. Elle construit des ponts. Elle reflète le cœur de Dieu.

Un simple bocal posé sur un comptoir peut sembler insignifiant. Pourtant, jour après jour, il peut transformer l’atmosphère d’une maison, d’une classe, d’une paroisse ou d’un milieu de travail.

Le Carême ne demande pas des gestes extraordinaires. Il demande des gestes fidèles.

Un papier tiré. Un acte posé. Un cœur changé.

Parfois, les pratiques les plus simples portent les grâces les plus profondes. 

Message de Noël 2015 du Président de la Conférence des évêques catholiques du Canada

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Chers amis,

La bonté surabonde!

Ce Noël, en contrepoint aux forces destructrices de la misère et de la terreur que nous avons vues dans les derniers mois, n’oublions pas que la bonté surabonde! Encore mieux, préparons-nous à la souligner quand nous l’apercevons.

Il y a quelques semaines, j’ai été invité à me joindre à un petit groupe de bénévoles qui donnent un coup de main au programme des petits déjeuners Out of the Cold à Hamilton. L’automne dernier, ces très bonnes personnes ont accepté de se lever tôt tous les jeudis, de novembre à mars, pour se rendre dans une petite cuisine pour préparer un déjeuner chaud Crosby_visit_Breakfast_program_Hamilton-1pour plus de 120 hommes et femmes. Ces bénévoles font partie d’un groupe de quelque 400 personnes aussi remarquables que généreuses, qui assurent le bon fonctionnement du programme. Ils sont donc arrivés dans le silence des petites heures du matin et se sont mis au travail avec ardeur, chacune et chacun veillant à ce que tout soit prêt pour l’arrivée des invités.

Steve m’a montré comment battre la pâte et faire cuire les crêpes. Pas trop difficile – nous travaillions ensemble. Deux cents crêpes plus tard, on m’a demandé d’aider Karen et Frank à servir le petit déjeuner : crêpes, saucisses, céréales, fruits, jus et l’incontournable thé ou café. Les salutations matinales étaient cordiales et sincères; on connaissait les invités, on les saluait par leur nom. Quand la file a commencé à diminuer, je me suis déplacé de nouveau, cette fois pour aider à laver la vaisselle. Ce qui m’a donné l’occasion de causer avec Rob, qui avait tout fait, à commencer par venir me chercher, pour que mon expérience se passe bien. Le temps s’est envolé, et, même avant de partir, je savais que j’avais participé à quelque chose de bien, quelque chose de beau, quelque chose de sacré!

La même chose se passe tous les jours dans de nombreuses collectivités de notre pays et un peu partout à travers le monde. Les terroristes font peut-être les manchettes, mais la bonté simple et discrète comme celle que j’ai vécue ce matin-là conquiert les cœurs et les âmes. Elle a conquis la mienne et je sais qu’elle a conquis celle de nos invités. La bonté surabonde!

Ce Noël, nous avons déjà amorcé l’Année de la Miséricorde promulguée par le pape François. Donner à manger à ceux qui ont faim est l’une des sept œuvres de miséricorde corporelle. Nombre de gens donnent à manger aux affamés tous les jours – souvent dans des conditions très difficiles. Quand je pense au parent célibataire et sans emploi qui se demande comment nourrir ses trois enfants, je sais que mes problèmes sont petits en comparaison.

Récemment, on m’a rappelé qu’avant le péché originel, il y avait la bonté originelle. Le récit biblique de la création nous rappelle que Dieu, considérant l’univers créé, l’a trouvé « bon ». Et l’être humain, «très bon». La bonté originelle a précédé le péché originel, et en Jésus Christ, le premier-né, la bonté est restaurée.

Noël est le moment pour se rappeler qu’en dépit des horreurs du mal, le bien surabonde. Ce Noël, sachons regarder la bonté des autres et laissons rayonner le bien en nous-mêmes afin que la miséricorde de Dieu se manifeste dans les humbles gestes de la bonté quotidienne. Et en voyant les bonnes actions des autres, reconnaissons-les et sachons les encourager. Un simple « merci », ce n’est pas bien difficile et ça peut faire des merveilles.

Merci à VOUS … et Joyeux Noël à vous, à vos familles et à toutes les personnes qui vous sont chères

Mgr Douglas Crosby, OMI
Évêque de Hamilton et
Président de la Conférence des évêques catholiques du Canada

9 décembre 2015

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