Église en sortie 3 mars 2017

Cette semaine à Église en sortie, Francis Denis reçoit en studio Mgr Lionel Gendron, évêque de Saint-Jean-Longueuil et vice-président de la Conférence des évêques catholiques du Canada dans un entretien sur les priorités pastorales de la CECC pour l’année 2017 et sur son plus récent voyage en Terre sainte. Et on vous présente un reportage sur l’histoire de l’Accueil Bonneau et sur la spiritualité de Sainte Marguerite D’Youville, laquelle fait toujours vivre la communauté des Sœurs grises du Québec.

http://www.cccb.ca/site/frc/
https://www.accueilbonneau.com

Vidéo des intentions du Pape (Mars 2017): Aider les chrétiens persécutés

Mars 2017. La vidéo du Pape. Dans de nombreuses régions du monde, des chrétiens sont persécutés simplement parce qu’ils sont chrétiens. Ils ont besoin non seulement d’une aide matérielle, mais aussi de nos prières. Unissons-nous au Pape dans sa prière pour les chrétiens persécutés.

«  »Tant de personnes sont persécutées à cause de leur foi, forcées de fuir leurs maisons, leurs lieux de culte, leur terre, leurs proches !

Ils sont persécutés et assassinés parce que chrétiens, sans que leurs persécuteurs fassent la moindre distinction entre les confessions auxquelles ils appartiennent.

Je vous demande ceci : combien d’entre vous prient pour les chrétiens persécutés ?

Je vous encourage à tenter avec moi l’expérience du soutien fraternel à toutes les églises et toutes les communautés, à travers la prière et l’aide matérielle. »

Par le Réseau Mondial de Prière du Pape (Apostolat de la prière) –
http://www.prieredupape.org/

Si tu veux voir davantage de vidéos sur les intentions du Pape, suis le lien : http://www.ilvideodelpapa.org

La relation entre l’Église et les jeunes passe par l’éducation

CNS photo/Mike Crupi, Catholic Courier

La semaine dernière, nous avons commencé notre examen du document préparatoire au prochain synode sur le thème « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel ». J’aimerais aujourd’hui poursuivre mes réflexions sur un point central de ce texte important pour l’année qui s’en vient. On constate, en effet, qu’une grande attention est portée aux différents défis que pose l’éducation des jeunes générations.

Pour l’Église, l’éducation est d’abord et avant tout un devoir de charité, une préoccupation à combattre cette pauvreté de l’intelligence qu’est l’ignorance. Or, avec le développement actuel des communications sociales et « la mondialisation, les jeunes tendent à être toujours davantage homogènes dans tous les endroits du monde » (no2). De plus, on assiste à un désintérêt grandissant des jeunes pour l’apprentissage des connaissances nécessaires pour être socialement fonctionnels mais également pour percevoir la valeur de ce qui ne se perçoit pas directement comme le sont les réalités spirituelles. Cet appauvrissement culturel, encouragé par une société de consommation de plus en plus vorace, pose le problème de l’intérêt même des jeunes à combler cette ignorance qui, s’ils ne la combattent pas par l’étude et l’effort, atrophie les talents qui dorment en eux.

Devant ce problème du manque d’intérêt pour l’apprentissage et l’épidémie d’incapacité de concentration des jeunes générations, on pourrait se décourager et croire que rien n’est possible, d’où l’attitude de certains adultes qui négligent leurs responsabilités d’éducateurs. En effet, parfois le manque de maturité des jeunes peut mener à sous-estimer les attentes réelles des jeunes qui désirent, souvent sans l’avouer, des modèles forts de don de soi : « Les générations plus mûres tendent souvent à sous-évaluer les potentialités, emphatisent les fragilités et ont du mal à comprendre les exigences des plus jeunes. » (No 2). C’est pourquoi, le document développe sur les différents défis de l’éducation d’aujourd’hui qui portent souvent plus sur les difficultés d’adaptation des adultes que des jeunes eux-mêmes. Spécialement sur cette carence de nos sociétés à offrir collectivement des modèles : « des personnes capables d’exprimer une certaine harmonie et de leur offrir un soutien, un encouragement et une aide pour reconnaître leurs limites, sans faire peser de jugement » (no2).

Être conscient des défis éducatifs, tant dans l’Église que dans la société, signifie voir le futur des institutions davantage sous la loupe de l’innovation plutôt que de la conservation. De ce point de vue, la réalité est que trop souvent nos institutions, bien que théoriquement ouvertes au changement et à la diversité, semblent concrètement figées et réfractaires aux changements. Or, un des mots qui revient le plus souvent dans le texte est celui de « risque » (13 fois). S’inspirant du message du pape François à Villa Nazareth dans lequel il affirmait : “ Comment pouvons-nous redonner la grandeur et le courage de choix de grande ampleur, d’élans du cœur, pour affronter les défis éducatifs et affectifs ? ”. J’ai dit et redit ce mot : risque ! Risque. Celui qui ne risque pas n’avance pas. “ Et si je me trompe ? ”. Que le Seigneur soit béni ! Tu te tromperas bien plus si tu restes immobile (Discours à la Villa Nazareth, 18 juin 2016). » Respecter le développement des jeunes implique sortir de notre peur du risque puisque cela les empêche de « passer du statut de perdants, qui demandent la protection vis-à-vis des risques du changement, à celui de sujets du changement, capables de créer des opportunités nouvelles. »

Comme vous l’aurez constater, le document préparatoire au synode des évêques 2017 sur « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel » nous plongera « au dehors » de nos façon de faire habituel. Après ce survol des différents constats sur la jeunesse d’aujourd’hui, nous poursuivront notre réflexion la semaine prochaine en abordant plus directement la réalité du discernement vocationnel et qui doit s’opérer dans ces conditions.

La prière et le dialogue contre le mystère du mal

CNS photo/Dario Ayala, Reuters

Depuis le terrible attentat de dimanche soir, de nombreuses réactions se sont fait entendre.  Les premières en étaient de consternation et de compassion envers les familles et proches des victimes lesquelles furent suivies par une déferlante d’analyses visant à identifier les causes de cet « acte ignoble » et inhumain. Un tel événement ne peut évidemment pas s’expliquer par un seul facteur. Une chose est claire, le mal « Mysterium iniquitatis » est d’abord et avant tout un mystère qui dépasse notre entendement. Il possède, en effet, une dimension spirituelle qui ne peut être pleinement comprise et vaincue que par une spiritualité authentique et féconde. N’en déplaise aux différents spécialistes, les analyses strictement humaines ne rendront donc jamais parfaitement justice à ce qui s’est vécu dans la désormais tristement célèbre mosquée du chemin Sainte-Foy à Québec. Ceci étant dit, nous pouvons, selon moi, tirer paradoxalement un enseignement de cette tragédie de deux manières : par une ouverture renouvelée à la prière, spécialement celle envers les défunts ainsi qu’en réaffirmant l’engagement au dialogue.

La nécessité de la prière

Tenir compte des facteurs humains est évidemment important pour mettre en place des mécanismes ayant pour but d’éviter qu’un tel drame ne se reproduise. Cependant, nous ne devons pas prétendre pouvoir expliquer totalement le sens d’une telle manifestation de haine contre la dignité humaine du prochain. Cela exige d’avoir l’humilité de reconnaître les limites de notre intelligence et de nous mettre à l’écoute de Celui qui parle silencieusement dans l’intimité de notre intériorité. C’est ainsi que la prière nous permet de nous mettre en contact avec ce Dieu, qui Seul est en mesure de sonder « les reins et les cœurs » (Ap, 2, 23). Expression d’une ouverture et d’une confiance envers le Dieu « Juste » (Ps 10, 7) et « Miséricordieux » (Ps 77, 38) qui connaît la plénitude des évènements de l’histoire, la prière nous rend capables de ne pas céder nous-mêmes à la haine et au rejet de l’autre.

De plus, conscients que toute victime innocente se trouve auprès du Dieu de toute miséricorde, nous pouvons, d’abord, nous réconforter dans l’espérance qu’elles soient entre bonnes mains. Nous pouvons être certains que l’amour que nous leur portions émanait d’un Amour qui ne s’éteint pas et qui est toujours présent auprès d’eux et ce, peut-être plus intensément que jamais. Enfin, par la prière, nous pouvons être certains que nos relations avec les défunts ; ces petits moments passés avec l’être cher ne sont pas entièrement disparus. Au contraire, bien que l’intensité de la souffrance soit le gage de l’amour que nous leur portions, la prière nous permet de nous mettre en leur présence. Nous devons donc apprendre, bien que ce soit difficile, à entrer dans cette nouvelle forme de relation avec les défunts. Une relation spirituelle où Dieu devient l’intermédiaire par excellence. En ce sens, au lieu de s’évanouir dans le néant, tous nos rêves de bonheur pour les disparus sont plutôt métamorphosés. Ils sont orientés vers le bonheur parfait, vers le bonheur que l’on n’achète pas mais qui se trouve, au contraire, dans le don et la communion à Dieu. Ainsi, nous serons nous-mêmes transformés en de meilleures personnes c’est-à-dire en des personnes libres et capables de rendre véritablement le monde meilleur.

La prière, agent de transformation du monde

Cette nouvelle liberté que nous apporte la relation avec nos proches défunts par la prière, nous permet d’acquérir, peu à peu, cet esprit d’abnégation nécessaire à la construction d’un monde meilleur. Parce que nous sommes libérés, dans la communion des saints, du poids d’une disparition totale de nos proches, nous pouvons reconnaître en notre prochain une occasion supplémentaire d’entretenir cette même relation transfigurée. C’est ainsi que, loin de nous porter à des comportements tels que la haine et la vengeance, la prière nous portera, au contraire, vers un engagement renouvelé envers les différents besoins que nous discernons dans notre entourage et où nous pouvons faire une différence.

Dans le cas de cette tragédie immonde, nous pouvons déjà percevoir des signes encourageants qui manifestent cette foi profonde en ce que je viens d’énoncer de la part des deux communautés musulmane et chrétienne. En effet, un temps de prière communautaire fut l’occasion de s’unir aux victimes dans l’espérance d’une nouvelle présence mystérieuse mais néanmoins réelle.

Que ce contact douloureux avec la mort porte des fruits de rapprochement et non de haine et de violence est en soit un miracle rendu possible par la seule Grâce de Dieu. Défiant la logique humaine qui demanderait vengeance, tous, chrétiens et musulmans, se sont laissé toucher par ce qui peut être considéré comme le testament des victimes du 29 janvier 2017. Un héritage qui demande que nous soyons à la hauteur par un engagement à la prière et au dialogue tel que décliné par le très beau document de la CECC :

1.Un dialogue du vécu : les chrétiens témoignent de leur foi et de leur mode de vie quand ils dialoguent avec les autres ;

2.Un dialogue par l’action : l’appel à préserver et promouvoir la paix, la liberté, la justice sociale et les valeurs morales par le dialogue ;

3.Des échanges théologiques ou le dialogue entre experts : ce qui permet aux spécialistes d’approfondir leur propre tradition et d’apprécier la valeur des autres religions ;

4.Un dialogue de l’expérience religieuse qui approfondit l’expérience religieuse personnelle, favorise la solidarité dans la prière et les échanges sur le plan de l’expérience religieuse.

En ces temps de tension mondiale exacerbée par le déploiement d’une interconnexion de l’indifférence, chrétiens, musulmans et fidèles de toutes les religions doivent redoubler d’efforts dans leur engagement à la prière et au dialogue. Pour nous catholiques, que les victimes innocentes de l’attentat de Québec nous pressent à nous mettre à l’écoute de l’Esprit Saint qui nous exhorte à nous unir au Christ dans la Charité. Ainsi, nous pourrons rendre grâce à Dieu des fruits de paix et de joie qui se manifesteront de plus en plus autour de nous. Vous trouverez ci-dessous le Vidéo des intentions du pape pour le dialogue inter religieux:

Le pape François et la révolution médiatique

CNS photo/Paul Jeffrey

Ce mardi 24 janvier 2017, le pape François publiait comme à chaque année un message pour la Journée mondiale des communications sociales qui aura lieu le 28 mai prochain. Le message de cette année, « Ne crains pas, car je suis avec toi » (Is 43,5), s’adresse principalement aux artisans des médias qu’il appelle au discernement et à la responsabilité pour, selon les mots mêmes du Pape, qu’ils entrent « dans la logique de la Bonne nouvelle ».

Développer un bon discernement

Nous sommes tous des « consommateurs » de nouvelles. Toute personne est influencée par ce qu’elle voit, ce qu’elle entend et c’est d’autant plus vrai lorsque ces informations proviennent des médias, ceux-ci jouissant d’une crédibilité et d’une audience accrues. On aurait cependant tort de croire que les médias eux-mêmes sont au-dessus de la mêlée. En effet, les plus grands consommateurs de nouvelles ne sont-ils pas les journalistes et commentateurs eux-mêmes ? En cette époque ou tout et n’importe quoi peut devenir une nouvelle, ou la qualité de l’information peut être facilement mise de côté au profit de la quantité, tous doivent développer un bon jugement sur ce qui est important, pertinent, intéressant, approprié, etc. Pour le Pape, il est impératif de travailler à produire une « communication constructive qui, en rejetant les préjugés envers l’autre, favorise une culture de la rencontre grâce à laquelle il est possible d’apprendre à regarder la réalité en toute confiance ».

Une interprétation responsable

Il est vrai que cette relation de « confiance » de la population envers les médias en général a déjà connu des jours meilleurs. Plusieurs sont de plus en plus critiques devant une certaine orientation dans l’interprétation que l’on donne aux événements et on les soupçonne parfois d’être les marionnettes d’intérêts sous-jacents. Comme le dit le Pape : « Tout dépend du regard avec lequel elle est saisie, des « lunettes » à travers lesquelles on choisit de la regarder: en changeant les verres, la réalité aussi apparaît différente ». C’est pourquoi, selon lui, les artisans des médias devraient changer leurs « verres » en incarnant un « style ouvert et créatif » et qui « cherchant à mettre en lumière les solutions possibles » ne se limitent pas à mettre toujours au premier plan les mauvaises nouvelles.

Cette « logique de la bonne nouvelle » ne doit pas, comme le dit François « promouvoir une désinformation où le drame de la souffrance serait ignoré, ni de tomber dans un optimisme naïf » mais plutôt favoriser une présentation dans laquelle, même les pires événements, peuvent être le lieu de l’expression du bien. « Tout nouveau drame qui arrive dans l’histoire du monde devient aussi le scénario d’une possible bonne nouvelle ». Par exemple, lors de la présentation d’une catastrophe, un média responsable pourrait mettre l’accent sur les manifestations de courage et d’abnégation des secouristes. Cela, loin de minimiser la gravité d’une tragédie, contribuerait à promouvoir les vertus dont la société a grandement besoin et, ainsi, stimulerait l’implication des auditeurs. Comme le dit le Pape, une éthique journalistique conforme à la logique de la Bonne nouvelle permet de « dépasser ce sentiment de mécontentement et de résignation qui nous saisit souvent, nous plongeant dans l’apathie, et provoquant la peur ou l’impression qu’on ne peut opposer de limites au mal. »

Que ce soit par l’appel au jugement dans le discernement des nouvelles à privilégier ou encore par l’angle sous lequel les médias devraient présenter la nouvelle, le message du pape François pour la Journée mondiale des communications sociales présente plusieurs idées ingénieuses. Dans un monde où trop souvent la tentation du cynisme éteint le désir de l’améliorer, une révolution médiatique comme le propose le successeur de Pierre mérite que nous y réfléchissions et que nous y travaillions. Nous qui, dans cette ère de médias sociaux, sommes tous des communicateurs !

 

Le Pape François écrit au président américain Donald Trump

CNS photo/Carlos Barria, Reuters

Vous trouverez ci-dessous l’article tel que paru sur la page web de Radio Vatican:

(RV) Le Pape François a adressé un message au nouveau président américain Donald Trump, investi ce vendredi 20 janvier 2017. «Sous votre direction, puisse la stature de l’Amérique continuer à être mesurée avant tout par son souci pour les pauvres, les exclus et les nécessiteux qui, comme Lazare, se tiennent devant notre porte» écrit le Saint-Père, lui offrant ses vœux cordiaux pour cette nouvelle présidence.

«À une époque où notre famille humaine est assaillie par de graves crises humanitaires exigeant des réponses politiques ambitieuses et unies, je prie pour que vos décisions soient guidées par les riches valeurs spirituelles et éthiques qui ont façonné l’histoire du peuple américain et l’engagement de votre nation à la promotion de la dignité humaine et de la liberté dans le monde entier» souligne François.

Donald Trump a été investi ce vendredi 20 janvier. Dans son discours sur les marches du Capitole, il s’est engagé à ce que sa présidence montre la voie pour l’Amérique et pour le monde «pour des années», dans un discours aux allures de discours de campagne.

L’Église au service de la solidarité

CNS photo/Pascal Rossignol, Reuters

Le 1er novembre 2016, le Conseil Église et Société de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec (AECQ) publiait le document intitulé « Des solidarités à reconstituer et à reconstruire ». Se situant dans le prolongement d’un autre document publié auparavant sur le thème de la corruption (et dont j’ai déjà parlé), ce texte d’une quinzaine de pages manifeste bien les causes des différentes crises sociales actuelles, tout en proposant des solutions humaines et spirituelles.

Une société inéluctablement en décomposition ?

Ce n’est un secret pour personne, nos sociétés ne sont pas arrivées à un si haut degré de cynisme toutes seules. Que ce soit à cause des magouilles qui furent le sujet de la commission Charbonneau ou à cause des nombreuses déceptions créées par les politiciens tout parti confondu, -ce «cynisme du pouvoir » (no42) comme disait Benoît XVI- les citoyens du Québec ont de moins en moins l’espoir de voir les choses s’améliorer dans un avenir rapproché. En d’autres termes, notre société de plus en plus individualiste semble de moins en moins en mesure de faire face aux défis qui s’annoncent.

Dans ce contexte, le document de l’AECQ nous empêche de nous exonérer de tout examen de conscience. En effet, la dissolution graduelle du lien social et des institutions témoigne d’un problème plus profond. En effet, cette « culture individualiste » (no 1.3) nous influence grandement à ne plus considérer le bien de la collectivité dans nos choix personnels. Ainsi, atomisés dans des modes de vies centrés sur l’assouvissement des plaisirs, le bien commun, fondement et fin de la société, s’en trouve grandement affecté, frappant au passage les plus faibles et les plus vulnérables de nos sociétés.

Or, en cette heure où les vieilles idéologies ne semblent plus être capables d’être des forces attractives, comme par exemple « l’État providence qui n’arrive pas à satisfaire les attentes », il est primordial de retrouver un socle plus solide pour « reconstituer et reconstruire les solidarités ».

Au-delà des idéologies

En ce sens, le document de l’AECQ propose trois pistes de solutions qui, bien qu’étant présentées dans la perspective d’une nécessité de la Grâce pour agir efficacement, peut interpeler tout homme et toute femme de bonne volonté.

Dans un premier temps, il est impératif de travailler à reconstituer les institutions de ce que la Doctrine sociale de l’Église nomme « la société civile » c’est-à-dire le voisinage, la paroisse et la famille déjà durement affaiblis par la culture ambiante. En ce sens :

« Face au nombre de plus en plus grand de personnes seules, de foyers brisés, de liens purement virtuels (ordinateur, cellulaire, iPod, tablette, télévision), il est absolument nécessaire de reconstituer ces solidarités fondamentales que sont la famille et le voisinage, voire, la paroisse. Ils jouent un rôle inestimable d’amortisseur face aux épreuves subies par les personnes en situation précaire. »

Une deuxième dimension de ce travail de reconstitution de ce qui est le fondement de notre société se trouve dans l’exercice même de la solidarité envers les plus démunis. Dans ce qui a tous les airs d’un cercle vertueux, l’AECQ montre bien comment l’engagement auprès des pauvres doit être au centre « de nos stratégies pastorales et catéchétiques » (no 3.2). Cette présence auprès des personnes faibles aura l’avantage de nous mettre en présence de nos propres vulnérabilités, nous qui sommes souvent imbus et profondément illusionnés par une soi-disant autonomie. De plus, cette proximité nous dépouillera des styles de vie néfastes de la « consommation à outrance » (no 3.3). Enfin, et étant plus particulièrement adressée aux laïcs, cette solidarité existentielle avec les personnes pauvres pourra développer de nouvelles sensibilités qui motiveront un engagement renouvelé pour « s’attaquer aux causes structurelles de la pauvreté, de l’inégalité et de l’injustice » (no 3.4).

Évitant brillamment les pièges de l’idéologie et des mirages de l’utopie, le dernier document du Conseil Église et Société de l’AECQ montre bien l’urgence de prendre au sérieux les exigences sociales de la vie chrétienne. Si comme l’affirme la Lettre à Diognète « ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde »[13], il est impératif de suivre les conseils du pape François et de l’AECQ selon lesquels :

« N’ayons pas peur de déployer les voiles de notre cœur, de quitter le port de nos sécurités individuelles pour naviguer sur la mer des solidarités entre les pays et les gens d’ici et d’ailleurs. […] D’où la nécessité d’une « mystique du vivre ensemble » qu’il nous faut découvrir et transmettre ».

** Pour approfondir la question, vous pouvez visionner l’épisode d’Église en sortie consacré à ce document dans une entrevue avec Mgr Noël Simard, évêque du Diocèse de Valleyfield et membre du Conseil Église et société de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec.

Église en sortie 13 janvier 2017

Cette semaine à Église en sortie, nous recevons Mgr Noël Simard, évêque de Valleyfield et membre du Conseil Église et société de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec, qui nous parle du document « Des solidarités à reconstituer et à reconstruire ». On vous présente également un reportage sur la distribution des paniers de Noël du Conseil 3193-Côte Saint-Paul des Chevaliers de Colomb de Montréal.

Vidéo des intentions de prière du Pape (janvier 2017)

Vous trouverez ci-dessous la vidéo des intentions de prière du pape François pour le mois de janvier : Les chrétiens au service des défis de l’humanité. Comme chrétiens, nous avons l’opportunité de commence l’année en aidant le Pape à faire face aux défis de l’humanité grâce à notre prière et notre charité.

Homélie du pape François lors de la Messe pour le Jubilé des sans-abri

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Vous trouverez ci-dessous le texte complet de l’homélie du pape François lors de la Messe du Jubilé des sans-abris, exclus et personnes marginalisée:

«Pour vous […] le Soleil de justice se lèvera: il apportera la guérison dans son rayonnement » (Ml 3, 20). Les paroles du prophète Malachie, que nous avons entendues dans la première lecture, éclairent la célébration cette journée jubilaire. Elles se trouvent à la dernière page du dernier prophète de l’Ancien Testament et sont adressées à ceux qui ont confiance dans le Seigneur, qui mettent leur espérance en lui, en le choisissant comme le bien suprême de la vie et en refusant de vivre uniquement pour soi et pour ses intérêts personnels. Pour ceux-là, pauvres de soi mais riches de Dieu, se lèvera le soleil de sa justice : ils sont les pauvres en esprit, à qui Jésus promet le royaume des cieux (cf. Mt 5, 3) et que Dieu, par la bouche du prophète Malachie, appelle « mon domaine particulier » (Ml 3, 17). Le prophète les oppose aux superbes, à ceux qui ont mis la sécurité de la vie dans leur autosuffisance et dans les biens du monde. Derrière cette page finale de l’Ancien Testament, se cachent des questions qui interpellent sur le sens dernier de la vie : où est-ce que moi je cherche ma sécurité ? Dans le Seigneur ou dans d’autres sécurités qui ne plaisent pas à Dieu ? Vers où s’oriente ma vie, vers où se dirige mon cœur ? Vers le Seigneur de la vie ou vers des choses qui passent et ne comblent pas ?

Des questions similaires apparaissent dans le passage de l’Évangile d’aujourd’hui. Jésus se trouve à Jérusalem, pour la dernière et la plus importante page de sa vie terrestre : sa mort et sa résurrection. C’est aux alentours du temple, orné « de belles pierres et d’ex-voto » (Lc 21, 5). Les gens sont précisément en train de parler des beautés extérieures du temple, lorsque Jésus dit : « Ce que vous voyez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre » (v. 6). Il ajoute qu’il ne manquera pas de conflits, de famines, de bouleversements sur la terre et dans le ciel. Jésus ne veut pas effrayer, mais nous dire que tout ce que nous voyons passe inexorablement. Même les royaumes les plus puissants, les édifices les plus sacrés et les réalités les plus stables du monde ne durent pas pour toujours. Tôt tout tard, ils s’effondrent.

Face à ces affirmations, les gens posent immédiatement deux questions au Maître : « Quand cela arrivera-t-il ? Et quel sera le signe que cela est sur le point d’arriver ? » (v. 7). Quand et quel… Nous sommes toujours poussés par la curiosité : on veut savoir quand et avoir des signes. Mais cette curiosité ne plaît pas à Jésus. Au contraire, il exhorte à ne pas se laisser tromper par les prédicateurs apocalyptiques. Celui qui suit Jésus ne prête pas l’oreille aux prophètes de malheur, aux vanités des horoscopes, aux prédications et aux prédictions qui suscitent peur, en distrayant de ce qui compte. Parmi les nombreuses voix qui se font entendre, le Seigneur invite à distinguer ce qui vient de lui et ce qui vient de l’esprit faux. C’est important : distinguer l’invitation sage que Dieu nous adresse chaque jour de la clameur de celui qui se sert du nom de Dieu pour effrayer, alimenter des divisions et des peurs.

Jésus invite fermement à ne pas avoir peur face aux bouleversements de chaque époque, même pas face aux plus graves et plus injustes épreuves qui arrivent à ces disciples. Il demande de persévérer dans le bien et dans la pleine confiance mise en Dieu, qui ne déçoit pas : « Mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu » (v. 18). Dieu n’oublie pas ses fidèles, son précieux domaine, que nous sommes.

Mais il nous interpelle aujourd’hui sur le sens de notre existence. Par une image, on pourrait dire que ces lectures se présentent comme un ‘‘tamis’’ dans le déroulement de notre vie : elles nous rappellent que presque tout en ce monde passe, comme l’eau qui coule ; mais il y a de précieuses réalités qui demeurent, comme une pierre précieuse sur le tamis. Qu’est-ce qui reste, qu’est-ce qui a de la valeur dans la vie, quelles richesses ne s’évanouissent pas ? Sûrement deux : le Seigneur et le prochain. Ces deux richesses ne s’évanouissent pas. Voilà les plus grands biens à aimer. Tout le reste – le ciel, la terre, les choses les plus belles, même cette Basilique – passe, mais nous ne devons pas exclure de notre vie Dieu et les autres.

Néanmoins, précisément aujourd’hui, lorsqu’on parle d’exclusion, viennent à l’esprit immédiatement des personnes concrètes ; pas des choses inutiles, mais des personnes précieuses. La personne humaine, placée par Dieu au sommet de la création, est souvent rejetée, car on préfère les choses qui passent. Et cela est inacceptable, parce que l’homme est le bien le plus précieux aux yeux de Dieu. Et c’est grave qu’on s’habitue à ce rejet ; il faut s’inquiéter, lorsque la conscience est anesthésiée et ne prête plus attention au frère qui souffre à côté de nous ou aux problèmes sérieux du monde, qui deviennent seulement des refrains entendus dans les revues de presse des journaux télévisés.

Aujourd’hui, chers frères et sœurs, c’est votre jubilé, et par votre présence, vous nous aidez à nous harmoniser sur la longueur d’onde de Dieu, à regarder ce que lui regarde : il ne s’arrête pas à l’apparence (cf. 1 Sam 16, 7), mais dirige son regard vers « le pauvre, celui qui a l’esprit abattu » (Is 66, 2), vers les nombreux pauvres Lazare d’aujourd’hui. Que cela nous fait mal de feindre de ne pas apercevoir Lazare qui est exclu et rejeté (cf. Lc 16, 19-21) ! C’est tourner le dos à Dieu. C’est tourner le dos à Dieu ! C’est un symptôme de sclérose spirituelle lorsque l’intérêt se concentre sur les choses à produire plutôt que sur les personnes à aimer. Ainsi naît la contradiction tragique de nos temps : plus augmentent le progrès et les possibilités, ce qui est un bien, plus il y a de gens qui ne peuvent pas y accéder. C’est une grande injustice qui doit nous préoccuper, beaucoup plus que de savoir quand et comment il y aura la fin du monde. En effet, on ne peut pas rester tranquille chez soi tandis que Lazare se trouve à la porte ; il n’y a pas de paix chez celui qui vit bien, lorsque manque la justice dans la maison de tout le monde.

Aujourd’hui, dans les cathédrales et dans les sanctuaires du monde entier, se ferment les Portes de la Miséricorde. Demandons la grâce de ne pas fermer les yeux face à Dieu qui nous regarde et devant le prochain qui nous interpelle. Ouvrons les yeux sur Dieu, en purifiant la vue du cœur des représentations trompeuses et effrayantes, du dieu du pouvoir et des châtiments, projections de l’orgueil et de la crainte des hommes. Regardons avec confiance le Dieu de la miséricorde, avec la certitude que « l’amour ne passera jamais » (1 Co 13, 8). Renouvelons l’espérance de la vraie vie à laquelle nous sommes appelés, celle qui ne passera pas et qui nous attend en communion avec le Seigneur et avec les autres, dans une joie qui durera pour toujours, sans fin.

Et ouvrons nos yeux sur le prochain, surtout sur le frère oublié et exclu, sur le « Lazare » qui gît devant notre porte. Sur eux pointe la loupe d’agrandissement de l’Église. Que le Seigneur nous libère du fait de diriger cette loupe vers nous-mêmes. Qu’il nous détache des oripeaux qui distraient, des intérêts et des privilèges, de l’attachement au pouvoir et à la gloire, de la séduction de l’esprit du monde. Notre Mère l’Église regarde « en particulier cette partie de l’humanité qui souffre et pleure, car elle sait que ces personnes lui appartiennent par droit évangélique » (Paul VI, Allocution inaugurale de la 2ème Session du Concile Vatican II, 29 septembre 1963). Par droit et aussi par devoir évangélique, car c’est notre tâche de prendre soin de la vraie richesse que sont les pauvres. A la lumière de ces réflexions, je voudrais qu’aujourd’hui soit la « journée des pauvres ». Une antique tradition, concernant le saint martyr romain Laurent, nous le rappelle bien. Avant de subir un atroce martyre par amour pour le Seigneur, il a distribué les biens de la communauté aux pauvres, qu’il a qualifiés de vrais trésors de l’Église. Que le Seigneur nous accorde de regarder sans peur ce qui compte, de diriger notre cœur vers lui et vers nos vrais trésors.