Focus dans cette émission sur la nouvelle exhortation apostolique, “Gaudate et Exsultate”, du pape François sur l’appel à la sainteté dans le monde actuel.
Émilie Callan à KTO Télévision !
La rédaction de KTO raconte l’aventure de ce pré-synode des jeunes du 18 au 25 mars 2018 à Rome. 300 jeunes du monde entier ont débattu et travaillé à l’élaboration d’un document qui reflète ce qu’ils ont à dire aujourd’hui à l’Eglise catholique. L’émission Hors-les-Murs, présentée par Benjamin Rosier, veut rendre compte au plus près de la façon dont les jeunes se sont appropriés cette démarche nouvelle. Hors les Murs du 06/04/2018.
À 40 min, vous trouverez l’entrevue de Benjamin Rosier avec Sr. Nathalie Becquart et la journaliste de Télévision Sel et Lumière et représentante jeunesse de la Conférence des évêques catholiques du Canada lors du Pré-Synode 2018.
Homélie du pape François lors de la Messe du Dimanche de la Divine Miséricorde

CNS photo/Paul Haring
Vous trouverez ci-dessous le texte complet de l’homélie du pape François telle que prononcée lors de la liturgie du Dimanche de la Divine Miséricorde en la Place Saint-Pierre au Vatican:
Dans l’Évangile de ce jour, le verbe voir revient plusieurs fois : «Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur» (Jn 20, 20). Ils dirent ensuite à Thomas: «Nous avons vu le Seigneur» (v.25). Mais l’Evangile ne décrit pas comment ils l’ont vu, il ne décrit pas le Ressuscité, il met seulement en évidence un détail: «Il leur montra ses mains et son côté» (v. 20). L’Evangile semble vouloir nous dire que les disciples ont reconnu Jésus ainsi: par ses plaies. La même chose est arrivée à Thomas lui aussi voulait voir « dans ses mains la marque des clous» (v. 25) et croire après avoir vu (v. 27).
Malgré son incrédulité, nous devons remercier Thomas car il ne s’est pas contenté d’entendre dire par les autres que Jésus était vivant, ni même de le voir en chair et en os ; mais il a voulu voir dedans, toucher de la main ses plaies, les signes de son amour. L’Evangile appelle Thomas « Didyme » (v. 24), ce qui veut dire jumeau, et, en cela, il est vraiment notre frère jumeau. Car il ne nous suffit pas non plus de savoir que Dieu existe : un Dieu ressuscité mais lointain ne remplit pas notre vie ; un Dieu distant ne nous attire pas, même s’il est juste et saint. Non, nous avons besoin, nous aussi, de “voir Dieu”, de toucher de la main qu’il est ressuscité pour nous.
Comment pouvons-nous le voir ? Comme les disciples : à travers ses plaies. En regardant là, ils ont compris qu’il ne les aimait pas pour plaisanter et qu’il les pardonnait même s’il y en avait un parmi eux qui l’avait renié et qui l’avait abandonné. Entrer dans ses plaies c’est contempler l’amour démesuré qui déborde de son cœur. C’est comprendre que son cœur bat pour moi, pour toi, pour chacun de nous. Chers frères et sœurs, nous pouvons nous estimer et nous dire chrétiens, et parler de nombreuses belles valeurs de la foi, mais, comme les disciples, nous avons besoin de voir Jésus en touchant son amour. C’est seulement ainsi que nous allons au cœur de la foi et, comme les disciples, nous trouvons une paix et une joie (cf. vv. 19-20) plus fortes que tout doute.
Thomas s’est exclamé après avoir vu les plaies du Seigneur : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » (v. 28). Je voudrais attirer l’attention sur cet adjectif que Thomas répète : mon. C’est un adjectif possessif et, si nous y réfléchissons bien, il pourrait sembler impropre de le référer à Dieu : Comment Dieu peut-il être à moi ? Comment puis-je faire mien le Tout Puissant ? En réalité, en disant mon nous ne profanons pas Dieu, mais nous honorons sa miséricorde, parce que c’est lui qui a voulu se “faire nôtre”. Et nous lui disons, comme dans une histoire d’amour : “Tu t’es fait homme pour moi, tu es mort et ressuscité pour moi, en donc tu n’es pas seulement Dieu, tu es mon Dieu, tu es ma vie. En toi j’ai trouvé l’amour que je cherchais, et beaucoup plus, comme jamais je ne l’aurais imaginé”.
Dieu ne s’offense pas d’être “nôtre”, car l’amour demande de la familiarité, la miséricorde demande de la confiance. Déjà, au début des dix commandements, Dieu disait : « Je suis le Seigneur ton Dieu » (Ex 20, 2) et il répétait : « Moi le Seigneur ton Dieu, je suis un Dieu jaloux » (v. 5). Voilà la proposition de Dieu, amoureux et jaloux qui se présente comme ton Dieu. Et la réponse jaillit du cœur bouleversé de Thomas : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ». En entrant aujourd’hui, à travers les plaies, dans le mystère de Dieu, nous comprenons que la miséricorde n’est pas une de ses qualités parmi les autres, mais le battement de son cœur même. Et alors, comme Thomas, nous ne vivons plus comme des disciples hésitants, dévots mais titubants ; nous devenons, nous aussi, de vrais amoureux du Seigneur !
Comment savourer cet amour, comment toucher aujourd’hui de la main la miséricorde de Jésus ? L’Evangile, encore, nous le suggère lorsqu’il souligne que, le soir même de Pâques (cf. v. 19), c’est-à-dire à peine ressuscité, Jésus, avant toute chose, donne l’Esprit pour pardonner les péchés. Pour faire l’expérience de l’amour, il faut passer par là : se laisser pardonner. Mais aller se confesser semble difficile. Face à Dieu, nous sommes tentés de faire comme les disciples dans l’Evangile : nous barricader portes fermées. Ils le faisaient par crainte, et, nous aussi, nous avons peur, honte de nous ouvrir et de dire nos péchés. Que le Seigneur nous donne la grâce de comprendre la honte, de la voir non pas comme une porte fermée, mais comme le premier pas de la rencontre. Quand nous éprouvons de la honte, nous devons être reconnaissants : cela veut dire que nous n’acceptons pas le mal, et cela est bon. La honte est une invitation secrète de l’âme qui a besoin du Seigneur pour vaincre le mal. Le drame c’est quand on n’a plus honte de rien. N’ayons pas peur d’éprouver de la honte ! Et passons de la honte au pardon !
Il y a, en revanche, une porte fermée devant le pardon du Seigneur, celle de la résignation. Les disciples en ont fait l’expérience qui, à Pâques, constataient amèrement que tout était redevenu comme avant : ils étaient encore là, à Jérusalem, découragés ; le “chapitre Jésus” semblait clos, et après tant de temps passé avec lui, rien n’avait changé. Nous aussi nous pouvons penser : “Je suis chrétien depuis si longtemps, et cependant rien ne change, je fais toujours les mêmes péchés”.
Alors, découragés, nous renonçons à la miséricorde. Mais le Seigneur nous interpelle : “Ne crois-tu pas que ma miséricorde est plus grande que ta misère ? Tu récidives dans ton péché ? Récidive dans la demande de miséricorde, et nous verrons qui l’emportera ! ” Et puis – celui qui connaît le Sacrement du pardon le sait – il n’est pas vrai que tout recommence comme avant. A chaque pardon nous sommes ragaillardis, encouragés, car nous nous sentons à chaque fois plus aimés. Et quand, aimés, nous retombons, nous éprouvons davantage de souffrance qu’avant. C’est une souffrance bénéfique qui lentement nous détache du péché. Nous découvrons alors que la force de la vie c’est recevoir le pardon de Dieu et aller de l’avant, de pardon en pardon.
Après la honte et la résignation, il y a une autre porte fermée, blindée parfois : notre péché. Quand je commets un gros péché, si moi, en toute honnêteté, je ne veux pas me pardonner, pourquoi Dieu devrait-il le faire ? Mais cette porte est verrouillée seulement d’un côté, le nôtre ; pour Dieu elle n’est jamais infranchissable. Comme nous l’apprend l’Evangile, il aime, justement, entrer “les portes étant fermées”, quand tout passage semble barré. Là, Dieu fait des merveilles. Il ne décide jamais de se séparer de nous, c’est nous qui le laissons dehors. Mais quand nous nous confessons il se produit une chose inouïe : nous découvrons que même ce péché qui nous tenait à distance du Seigneur devient le lieu de la rencontre avec lui. Là, le Dieu blessé d’amour vient à la rencontre de nos blessures. Et il rend nos misérables plaies semblables à ses plaies glorieuses. Car il est miséricorde et opère des merveilles dans nos misères. Comme Thomas, demandons aujourd’hui la grâce de reconnaître notre Dieu : de trouver dans son pardon notre joie, dans sa miséricorde notre espérance.
[00556-FR.01] [Texte original: Italien]
Échos du vatican
Revivez dans cette émission les célébrations du week-end Pascal au Vatican. Depuis le Triduum Pascal dès jeudi saint, jusqu’au lundi de Pâques.
Message de Pâques et bénédiction Urbi et Orbi
Vous trouverez ci-dessous le message de Pâques prononcé par le pape François ce dimanche 1er avril 2018, ainsi que sa bénédiction Urbi et Orbi, depuis la loggia de la basilique Saint-Pierre.
Chers frères et soeurs, bonne fête de Pâques !
Jésus est ressuscité d’entre les morts.
Cette annonce résonne dans l’Église par le monde entier, avec le chant de l’Alleluia : Jésus est le Seigneur, le Père l’a ressuscité et il est vivant pour toujours au milieu de nous.
Jésus lui-même avait annoncé à l’avance sa mort et sa résurrection avec l’image du grain de blé. Il disait : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jn 12, 24). Voilà, justement cela est arrivé : Jésus, le grain de blé semé par Dieu dans les sillons de la terre, est mort tué par le péché du monde, il est resté deux jours dans le tombeau ; mais dans sa mort était contenue toute la puissance de l’amour de Dieu, qui s’est dégagée et qui s’est manifestée le troisième jour, celui que nous célébrons aujourd’hui : la Pâque du Christ Seigneur.
Nous chrétiens, nous croyons et nous savons que la résurrection du Christ est la véritable espérance du monde, celle qui ne déçoit pas. C’est la force du grain de blé, celle de l’amour qui s’abaisse et qui se donne jusqu’au bout, et qui renouvelle vraiment le monde. Cette force porte du fruit aussi aujourd’hui dans les sillons de notre histoire, marquée de tant d’injustices et de violences. Elle porte des fruits d’espérance et de dignité là où il y a de la misère et de l’exclusion, là où il y a la faim et où manque le travail, au milieu des personnes déplacées et des réfugiés – tant de fois rejetés par la culture actuelle du rebut –, aux victimes du narcotrafic, de la traite des personnes et des esclavages de notre temps.
Et nous aujourd’hui, demandons des fruits de paix pour le monde entier, à commencer par la bien-aimée et tourmentée Syrie, dont la population est épuisée par une guerre qui ne voit pas de fin. En cette fête de Pâques, que la lumière du Christ Ressuscité éclaire les consciences de tous les responsables politiques et militaires, afin que soit mis un terme immédiatement à l’extermination en cours, que soit respecté le droit humanitaire et qu’il soit pourvu à faciliter l’accès aux aides dont ces frères et soeurs ont un urgent besoin, assurant en même temps des conditions convenables pour le retour de tous ceux qui ont été dispersés.
Invoquons des fruits de réconciliation pour la Terre Sainte, blessée encore ces jours-ci par des conflits ouverts qui n’épargnent pas les personnes sans défense, pour le Yémen et pour tout le Moyen Orient, afin que le dialogue et le respect réciproque prévalent sur les divisions et sur la violence. Puissent nos frères en Christ, qui souvent subissent brimades et persécutions, être des témoins lumineux du Ressuscité et de la victoire du bien sur le mal.
Demandons instamment des fruits d’espérance en ce jour pour tous ceux qui aspirent à une vie plus digne, surtout dans ces parties du continent africain tourmentées par la faim, par des conflits endémiques et par le terrorisme. Que la paix du Ressuscité guérisse les blessures au Sud Soudan et dans la République Démocratique du Congo tourmentée : qu’elle ouvre les coeurs au dialogue et à la compréhension réciproque. N’oublions pas les victimes de ces conflits, surtout les enfants ! Que ne manque pas la solidarité pour les nombreuses personnes contraintes à abandonner leurs terres et privées du minimum nécessaire pour vivre.
Implorons des fruits de dialogue pour la péninsule coréenne, pour que les entretiens en cours promeuvent l’harmonie et la pacification de la région. Que ceux qui ont des responsabilités directes agissent avec sagesse et discernement pour promouvoir le bien du peuple coréen et construire des relations de confiance au sein de la communauté internationale.
Demandons des fruits de paix pour l’Ukraine, afin que se renforcent les pas en faveur de la concorde et soient facilitées les initiatives humanitaires dont la population a besoin.
Appelons des fruits de consolation pour le peuple vénézuélien, qui – comme l’ont écrit ses pasteurs – vit dans une espèce de « terre étrangère » dans son propre pays. Puisse-t-il, par la force de la Résurrection du Seigneur Jésus, trouver le chemin juste, pacifique et humain pour sortir au plus vite de la crise politique et humanitaire qui le tenaille, et que accueil et assistance ne manquent pas à tous ceux de ses enfants qui sont contraints d’abandonner leur patrie.
Que le Christ Ressuscité apporte des fruits de vie nouvelle aux enfants qui, à cause des guerres et de la faim, grandissent sans espérance, privés d’éducation et d’assistance sanitaire ; et aussi pour les aînés mis à l’écart par la culture égoïste, qui met de côté celui qui n’est pas «productif».
Invoquons des fruits de sagesse pour ceux qui dans le monde entier ont des responsabilités politiques, afin qu’ils respectent toujours la dignité humaine, se prodiguent avec dévouement au service du bien commun et assurent développement et sécurité à leurs propres citoyens.
Chers frères et soeurs,
A nous aussi, comme aux femmes accourues au tombeau, sont adressées ces paroles : « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici, il est ressuscité ! » (Lc 24, 5-6). La mort, la solitude et la peur ne sont plus la parole ultime. Il y a une parole qui va au-delà et que Dieu seul peut prononcer : c’est la parole de la Résurrection (cf. Jean-Paul II, Paroles au terme de la Via Crucis, 18 avril 2003). Avec la force de l’amour de Dieu, elle « chasse les crimes et lave les fautes, rend l’innocence aux coupables et l’allégresse aux affligés, dissipe la haine, dispose à l’amitié et soumet toute puissance » (Annonce de la Pâque).
Bonne fête de Pâques à tous !
Veillée Pascale: Homélie du Pape François
Le samedi 31 mars 2018, le Saint Père a présidé la Veillée Pascale à la basilique Saint-Pierre. Voici le texte de l’homélie qu’il a prononcé lors de la célébration:
Nous avons commencé cette célébration à l’extérieur, immergés dans l’obscurité de la nuit et dans le froid qui l’accompagne. Nous sentons le poids du silence devant la mort du Seigneur, un silence dans lequel chacun de nous peut se reconnaître et qui descend profondément dans les replis du cœur du disciple qui, devant la croix, reste sans parole.
Ce sont les heures du disciple, sans voix devant la douleur engendrée par la mort de Jésus: que dire devant une telle réalité ? Le disciple qui reste sans voix prenant conscience de ses propres réactions durant les heures cruciales de la vie du Seigneur : devant l’injustice qui a condamné le Maître, les disciples ont fait silence ; devant les calomnies et le faux témoignage subi par le Maître, les disciples se sont tus. Durant les heures difficiles et douloureuses de la Passion, les disciples ont fait l’expérience de manière dramatique de leur incapacité à prendre un risque et à parler en faveur du Maître ; de plus, ils l’ont renié, ils se sont cachés, ils ont fui, ils sont restés muets (cf. Jn 18, 25- 27).
C’est la nuit du silence du disciple qui se trouve transi et paralysé, sans savoir où aller face à tant de situations douloureuses qui l’oppriment et l’entourent. C’est le disciple d’aujourd’hui, sans voix devant une réalité qui s’impose à lui, lui faisant sentir et, ce qui est pire, croire qu’on ne peut rien faire pour vaincre tant d’injustices que nombre de nos frères vivent dans leur chair.
C’est le disciple étourdi parce qu’immergé dans une routine accablante qui le prive de la mémoire, qui fait taire l’espérance et l’habitue au “on a toujours fait ainsi”. C’est le disciple sans voix et enténébré qui finit par s’habituer et par considérer normale l’expression de Caïphe : « Vous ne voyez pas quel est votre intérêt : il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple, et que l’ensemble de la nation ne périsse pas » (Jn 11, 50)
Et au milieu de nos silences, quand nous nous taisons de manière si accablante, alors les pierres commencent à crier (cf. Lc 19, 40) et à laisser la place à la plus grande annonce que l’histoire ait jamais pu contenir dans son sein : « Il n’est pas ici, car il est ressuscité » (Mt 28, 6). La pierre du tombeau a crié et par son cri, elle a annoncé à tous un nouveau chemin. Ce fut la création la première à se faire l’écho du triomphe de la Vie sur toutes les réalités qui chercheront à faire taire et à museler la joie de l’Evangile. Ce fut la pierre du tombeau la première à sauter et, à sa manière, à entonner un chant de louange et d’enthousiasme, de joie et d’espérance auquel nous sommes tous invités à prendre part.
Et si hier, avec les femmes, nous avons contemplé « celui qu’ils ont transpercé » (Jn 19, 37 ; cf. Za 12, 10), aujourd’hui avec elles nous sommes appelés à contempler la tombe vide et à écouter les paroles de l’ange : « Vous, soyez sans crainte ! […] Il est ressuscité » (Mt 28, 5-6). Paroles qui veulent atteindre nos convictions et nos certitudes les plus profondes, nos manières de juger et d’affronter les événements quotidiens ; spécialement notre manière d’entrer en relation avec les autres. Le tombeau vide veut défier, secouer, interroger, mais surtout il veut nous encourager à croire et à avoir confiance que Dieu “vient” dans toute situation, dans toute personne, et que sa lumière peut arriver dans les coins les plus imprévisibles et les plus fermés de l’existence. Il est ressuscité de la mort, il est ressuscité du lieu dont personne n’attendait rien et il nous attend – comme il attendait les femmes – pour nous rendre participants de son œuvre de salut. Voilà le fondement et la force que nous avons comme chrétiens pour répandre notre vie et notre énergie, notre intelligence, nos affections et notre volonté dans la recherche et spécialement dans le fait de produire des chemins de dignité. Il n’est pas ici… Il est ressuscité ! C’est l’annonce qui soutient notre espérance et la transforme en gestes concrets de charité. Comme nous avons besoin de faire en sorte que notre fragilité soit marquée de cette expérience ! Comme nous avons besoin que notre foi soit renouvelée, que nos horizons myopes soient remis en question et renouvelés par cette annonce ! Il est ressuscité et avec Lui ressuscite notre espérance créative pour affronter les problèmes actuels, parce que nous savons que nous ne sommes pas seuls.
Célébrer Pâques signifie croire de nouveau que Dieu fait irruption et ne cesse de faire irruption dans nos histoires, défiant nos déterminismes uniformisants et paralysants. Célébrer Pâques signifie faire en sorte que Jésus soit vainqueur de cette attitude lâche qui tant de fois, nous assiège et cherche à ensevelir tout type d’espérance.
La pierre du tombeau a fait sa part, les femmes ont fait leur part, maintenant l’invitation est adressée encore une fois à vous et à moi : invitation à rompre avec les habitudes répétitives, à renouveler notre vie, nos choix et notre existence. Une invitation qui nous est adressée là où nous nous trouvons, dans ce que nous faisons et ce que nous sommes ; avec la “part de pouvoir” que nous avons. Voulons-nous participer à cette annonce de vie ou resterons-nous muets devant les événements ?
Il n’est pas ici, il est ressuscité ! Et il t’attend en Galilée, il t’invite à retourner au temps et au lieu du premier amour pour te dire : “ N’aies pas peur, suis-moi”.
Sur la route du diocèse de Sherbrooke
Dans cet épisode de “Sur la route des diocèses”, Francis Denis nous transporte dans l’archidiocèse de Sherbrooke à la rencontre des différents visages de cette Église particulière. Sous l’épiscopat de Mgr Luc Cyr, archevêque du lieu, l’Église de Sherbrooke est pleinement engagée dans la transformation missionnaire voulue par le pape François. Que ce soit dans sa volonté de transmettre son riche héritage ou par la proximité avec les pauvres, les jeunes et tous les milieux, l’archidiocèse de Sherbrooke est un exemple d’un Peuple de Dieu au service des besoins spirituels et humains des âmes auxquelles il est envoyé.
Homélie du père Cantalamessa du Vendredi Saint 2018 en la Basilique Saint-Pierre de Rome

Vous trouverez ci-dessous l’homélie du père Raniero Cantalamessa, O.F.M. lors de la célébration du Vendredi Saint 2018 en la basilique Saint-Pierre de Rome:
CELUI QUI A VU REND TEMOIGNAGE
Homélie du Vendredi Saint 2018, en la Basilique Saint-Pierre
Quand ils arrivèrent à Jésus, voyant qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau. Celui qui a vu rend témoignage, et son témoignage est véridique ; et celui-là sait qu’il dit vrai afin que vous aussi, vous croyiez (Jn 19, 33-35).
Personne ne pourra jamais nous convaincre que cette attestation solennelle ne correspond pas à la vérité historique, et que celui qui prétend avoir été là et avoir vu, en réalité n’était pas là et n’a pas vu. Il en va, dans ce cas, de l’honnêteté de l’auteur. Sur le Calvaire, aux pieds de la Croix, se tenait la mère de Jésus, et à ses côtés, “le disciple que Jésus aimait”. Nous avons un témoin oculaire! Non seulement il “a vu” ce qui arrivait sous le regard de tous; mais dans la lumière de l’Esprit-Saint, après la Pâque, il “a vu” également le sens de ce qui s’était passé: qu’à ce moment-là, le véritable
Agneau de Dieu était immolé et que s’accomplissait le sens de la Pâque antique; que le Christ sur la Croix était le nouveau temple de Dieu, du côté duquel , comme l’avait prédit le prophète Ezéchiel (47, 1 12), jaillit l’eau de la vie; que l’esprit qu’il rend au moment de sa mort marque le début de la nouvelle création, comme “l’esprit de Dieu”, se mouvant sur les eaux, avait transformé le chaos initial en cosmos. Jean a comprit le sens ultime des derniers mots de Jésus: “Tout est accomplit” (Jn 19, 30).
Mais demandons-nous pourquoi cette concentration illimitée de sens autour de la croix du Christ? Pourquoi cette omniprésence du Crucifix dans nos églises, sur les autels et dans tous les lieux fréquentés par les chrétiens? Quelqu’un a offert une clé de lecture pour comprendre le mystère chrétien, en disant que Dieu se révèle “sub contraria specie”, à travers le contraire de ce qu’il est réellement: il révèle sa puissance dans la faiblesse, sa sagesse dans la folie, sa richesse dans la pauvreté …
Cette clé de lecture ne s’applique pas à la croix. Sur la croix Dieu se révèle “sub propria specie”, pour ce qu’il est, dans sa réalité la plus intime et la plus vraie. “Dieu est agapè”, écrit saint Jean (1Jn 4,10), amour oblatif, et ce n’est que sur la croix que devient manifeste la capacité infinie d’auto-donation de Dieu. “ ” (Jn13,1); “ ” (Jn 3, 16); “ Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’au bout Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné [à la mort] son Fils unique Il m’a aimé et s’est livré [à la mort] lui-même pour moi ” (Ga 2, 20). ***
En cette année où l’Église célèbre un synode sur les jeunes et veut les placer au centre de sa sollicitude pastorale, la présence sur le Calvaire du disciple que Jésus aimait contient un message spécial. Nous avons toutes les raisons de croire que Jean a suivi Jésus quand il était encore très jeune. Ce fut une véritable histoire d’amour. Tout le reste est soudainement passé en arrière-plan. Ce fut une rencontre “personnelle”, existentielle. Si, au centre de la pensée de Paul, il y a l’œuvre de Jésus et son mystère pascal de mort et de résurrection, au centre de la pensée de Jean il y a l’être, la personne de Jésus. Et à partir de là tout ces “Je suis” aux résonances éternelles qui ponctuent son Évangile: “Je suis le chemin, la vérité, et la vie”, “Je suis la lumière”, “Je suis la porte”, simplement “Je suis”.
Jean était presque certainement l’un des deux disciples du Baptiste qui suivirent Jésus quand ce dernier se présenta devant eux. A leur question: “Rabbi, où demeures-tu?”, Jésus répondit : “Venez et voyez”. “Ils allèrent donc et ils restèrent auprès de lui ce jour-là; il était environ quatre heures de l’après-midi ” (Jn 1, 35-39). Cette heure avait été décisive pour sa vie et il ne l’avait plus oubliée.
Cette année, nous nous efforcerons, à juste titre, de découvrir ce que le Christ attend des jeunes, ce qu’ils peuvent donner à l’Église et à la société. La chose la plus importante est cependant autre: c’est faire connaître aux jeunes ce que Jésus a à leur donner. Jean l’a découvert en restant avec lui: “vie en abondance”, “joie parfaite”.
Faisons en sorte que, dans tous les discours sur les jeunes et aux jeunes, résonne, comme une musique de fond, l’appel du Saint Père dans la Evangelii gaudium:
“J’invite chaque chrétien, en quelque lieu et situation où il se trouve, à renouveler aujourd’hui même sa rencontre personnelle avec Jésus Christ ou, au moins, à prendre la décision de se laisser rencontrer par lui, de le chercher chaque jour sans cesse. Il n’y a pas de motif pour lequel quelqu’un puisse penser que cette invitation n’est pas pour lui” (EG, n. 3).
Rencontrer personnellement le Christ, même aujourd’hui, cela est possible car il est ressuscité; il est une personne vivante, non pas un personnage. Tout est possible après cette rencontre personnelle; rien, sans elle, ne va vraiment changer dans la vie de chacun.
***
Au-delà de l’exemple de sa vie, l’évangéliste Jean a également laissé un message écrit aux jeunes. Dans sa Première Lettre, nous lisons ces paroles émouvantes d’un ancien aux jeunes des églises qu’il :
“Je vous l’ai écrit, jeunes gens : Vous êtes forts, la parole de Dieu demeure en vous, vous avez vaincu le Mauvais. N’aimez pas le monde, ni ce qui est dans le monde” (1 Gv 2, 14-15).
Le monde que nous ne devons pas aimer et auquel nous ne devons pas nous conformer n’est pas, nous le savons, le monde créé et aimé par Dieu, ce ne sont pas les personnes du monde vers lesquelles, au contraire, nous devons toujours aller, surtout les pauvres, les derniers. Se “mêler” avec ce monde de la souffrance et de la marginalisation est, paradoxalement, le meilleur moyen de « se séparer » du monde, parce que c’est aller vers ce que le monde fuit de toutes ses forces. C’est se séparer du principe même qui gouverne le monde qui est l’égoïsme.
Non, le monde à ne pas aimer est un autre; c’est le monde tel qu’il est devenu sous la domination de Satan et du péché, “la puissance de l’air”, comme l’appelle Saint Paul (Ep 2,1-2). L’opinion publique y joue un rôle décisif, elle est aujourd’hui, même littéralement, puissance “qui est dans l’air”, parce qu’elle se propage par la voie des ondes à travers les possibilités illimitées de la technologie. « Un esprit de grande intensité historique auquel l’individu peut difficilement échapper est déterminé. Nous suivons l’esprit général, il est tenu pour évidence. Agir ou penser ou dire quelque chose contre celui-ci est considéré comme insensé ou même une injustice ou un crime. Alors, on n’ose plus faire face aux choses et aux situations, et surtout à la vie, d’une manière différente de la façon dont il les présente » (H. Schlier).
C’est ce que nous appelons l’adaptation à l’esprit du temps, le conformisme. Un grand poète croyant du siècle dernier, T.S. Eliot, a écrit trois versets (Family Reunion, II, sc. 2) qui en disent davantage que des livres entiers: “ Dans un monde de fugitifs, celui qui prend la direction opposée aura l’air de s’enfuir ” .
Chers jeunes chrétiens, s’il est permis à un « ancien », comme l’était Jean, de s’adresser directement à vous, je vous exhorte: soyez de ceux qui prennent la direction opposée! Osez aller à contre- courant! Pour nous, la direction opposée n’est pas un lieu, c’est une personne, c’est Jésus notre ami et rédempteur.
Une tâche vous est particulièrement confiée: sauver l’amour humain de la dérive tragique dans laquelle il est tombé: l’amour qui n’est plus un don de soi, mais seulement la possession – souvent violente et tyrannique – de l’autre. Sur la croix, Dieu s’est révélé comme agapè, l’amour qui se donne. Mais l’agapè n’est jamais séparée de l’éros, de l’amour de recherche, du désir et de la joie d’être aimé. Dieu ne nous fait pas simplement la “charité” de nous aimer; il nous désire, dans la Bible, il se révèle comme un époux amoureux et jaloux. Son amour est également un amour “érotique”, au sens noble de ce terme. C’est ce qu’a expliqué Benoît XVI dans l’encyclique “Deus caritas est”.
“Éros et agapè – dit-il – , amour ascendant et amour descendant, ne se laissent jamais séparer complètement l’un de l’autre […]. La foi biblique ne construit pas un monde parallèle ou un monde opposé au phénomène humain originaire qui est l’amour, mais qu’elle accepte tout l’homme, intervenant dans sa recherche d’amour pour la purifier, lui ouvrant en même temps de nouvelles dimensions” (nr. 7-8). a fondées
Il ne s’agit donc pas de renoncer aux joies de l’amour, à l’attraction et à l’éros, mais de savoir unir l’éros à l’agapè, au désir de l’autre, la capacité de se donner à l’autre, en rappelant ce que saint Paul rapporte comme un dicton de Jésus: “ Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir ” (Ac 20,35).
C’est une capacité qui ne s’invente pas en un jour. Il faut se préparer à faire don total de soi à une autre créature dans le mariage, ou à Dieu dans la vie consacrée, en commençant à donner de son temps, de son sourire et de sa jeunesse en famille, dans la paroisse, dans le bénévolat. Ce que beaucoup d’entre vous font déjà et en silence.
Jésus sur la croix ne nous a pas seulement donné l’exemple d’un amour oblatif poussé à l’extrême; il nous a mérité la grâce de le mettre en œuvre, dans quelque mesure, dans notre vie. L’eau et le sang jaillis de son côté arrivent à nous aujourd’hui par les sacrements de l’Église, par la Parole, ou tout simplement en regardant le Crucifix avec foi. Sous la croix, Jean vit prophétiquement, une dernière chose : des hommes et des femmes de tous temps et de tous lieux qui regardaient “celui qui a été transpercé” et pleuraient de repentir et de consolation (cf. Jn 19, 37; Za 12,10). Nous aussi, nous nous unissons à eux par les gestes liturgiques qui suivront maintenant.
Traduit en Français par les Frères Mineurs Capucins de Lourdes

