Prier avec le pape François Réflexion – Mars 2024

 

Mes frères et sœurs : En ce mois de mars, le pape François nous invite à prier pour les nouveaux martyrs; prions pour que ceux qui risquent leur vie pour l’Évangile, dans différentes parties du monde, fécondent l’Église de leur courage et de leur élan missionnaire.

Comme le dit si bien le père de l’Église Tertullien : « Le sang des martyrs est une semence de Chrétiens ». On sait que l’Église prospère là où le sang des martyrs a été versé. Cette réalité nous amène à une question plus profonde : Y a-t-il quelque chose dans la vie qui vaille la peine que l’on donne sa vie ? 

Si mourir pour l’Évangile peut inspirer le courage et l’élan missionnaire, nous devons nous rappeler que le martyre lui-même n’est pas simplement le fruit du courage et de l’audace, de peur qu’il ne soit confondu avec un acte de simple bravade. 

Il peut être utile d’imaginer les circonstances dans lesquelles le martyre a souvent lieu. Pensez à une atmosphère hostile à la foi chrétienne, avec des chrétiens vivant constamment sous pression. 

Plus important encore, alors que les martyrs du passé ont accueilli l’appel à renoncer à leur vie pour la foi chrétienne, ils ne l’ont jamais cherché activement. Au contraire, la grâce du martyre nous est donnée gratuitement, quels que soient nos mérites et nos efforts.  

Puisque nous ne sommes pas en mesure de rechercher activement des occasions de martyre, il peut être utile d’examiner nos propres dispositions lorsque nous nous trouvons dans des circonstances de vie similaires à celles des martyrs. 

Comment me comporter dans un environnement hostile à la foi chrétienne, jour après jour ? Est-ce que je me décourage après un premier élan de grand enthousiasme ? Ou est-ce que je persévère et développe peu à peu une sorte de ténacité spirituelle et d’humilité incarnées par les martyrs ?

Cherchons à développer la disposition intérieure des martyrs dans nos vies. Que Dieu vous bénisse aujourd’hui.

Regardez ici, les vidéos précédentes de Prier avec le pape François.

 

Audience générale du pape François – 19 avril 2023

Vitrail du Saint-Laurent en la chapelle de Saint Stéphane, martyr, à Omaha. Wikimédia Commons.

Lors de l’audience générale d’aujourd’hui, le pape François a poursuivi sa catéchèse sur le « zèle évangélique » en se penchant sur les martyrs.es, depuis le fondement de l’Église jusqu’à nos jours.

Voici le texte intégral:

Chers frères et sœurs, bonjour !

Au sujet de l’évangélisation et parlant du zèle apostolique, après avoir considéré le témoignage de Saint Paul, véritable “champion” du zèle apostolique, aujourd’hui nous jetons notre regard non pas sur une figure singulière, mais vers la colonne des martyrs, hommes et femmes de tous âges, de toutes langues et de toutes nations, qui ont donné leur vie pour le Christ, qui ont versé leur sang pour confesser le Christ. Après la génération des Apôtres, qui ont été par excellence les « témoins » de l’Évangile. Les martyrs : le premier fut le diacre Saint Étienne, lapidé à mort hors des murs de Jérusalem. Le mot « martyre » vient du grec martyria, qui signifie précisément témoignage. C’est-à-dire qu’un martyr est un témoin, quelqu’un qui témoigne jusqu’à verser son sang. Cependant, le mot martyr a rapidement été utilisé dans l’Église pour désigner celui qui témoignait jusqu’à l’effusion de sang [1]. C’est-à-dire que le témoignage peut être celui de tous les jours, c’est un martyr. Mais il est utilisé par la suite pour qui donne le sang, qui donne la vie.

Les martyrs, cependant, ne doivent pas être considérés comme des « héros » qui ont agi individuellement, comme des fleurs qui poussent dans un désert, mais comme des fruits mûrs et excellents de la vigne du Seigneur, qui est l’Église. En particulier, les chrétiens, en participant assidûment à la célébration de l’Eucharistie, étaient conduits par l’Esprit à conformer leur vie sur ce mystère d’amour : c’est-à-dire sur le fait que le Seigneur Jésus avait donné sa vie pour eux et que, par conséquent, ils pouvaient et devaient eux aussi donner leur vie pour Lui et pour leurs frères et sœurs. Une grande générosité, le chemin du témoignage chrétien. Saint Augustin souligne souvent cette dynamique de gratitude et de réciprocité gratuite du don. Voici, par exemple, ce qu’il prêchait lors de la fête de Saint Laurent : « Saint Laurent était un diacre de l’Église de Rome », disait Saint Augustin. « C’est là qu’il était ministre du sang du Christ et c’est là qu’il a versé son sang pour le nom du Christ. Le bienheureux apôtre Jean a clairement exposé le mystère de la Cène, en disant : « Jésus, a donné sa vie pour nous. Nous aussi, nous devons donner notre vie pour nos frères. » (1 Jn 3, 16). Laurent, mes frères, a compris tout cela. Il l’a compris et l’a mis en pratique. Et il a vraiment rendu ce qu’il avait reçu à cette table. Il a aimé le Christ dans sa vie, il l’a imité dans sa mort » (Disc. 304, 14 ; PL 38, 1395-1397). C’est ainsi que saint Augustin explique le dynamisme spirituel qui animait les martyrs. En ces termes : les martyrs aiment le Christ dans sa vie et l’imitent dans sa mort.

Aujourd’hui, chers frères et sœurs, souvenons-nous de tous les martyrs qui ont accompagné la vie de l’Église. Comme je l’ai dit à maintes reprises, ils sont plus nombreux à notre époque qu’aux premiers siècles. Aujourd’hui, il y a tant de martyrs dans l’Église, tant de martyrs car, pour avoir confessé la foi chrétienne, ils sont chassés de la société ou vont en prison… Ils sont très nombreux. Le Concile Vatican II nous rappelle que « le martyre dans lequel le disciple est assimilé à son maître, acceptant librement la mort pour le salut du monde, et rendu semblable à lui dans l’effusion de son sang, ce disciple est considéré par l’Église comme une grâce éminente et la preuve suprême de la charité. » (Const. Lumen Gentium, 42). Les martyrs, à l’imitation de Jésus et avec sa grâce, transforment la violence de ceux qui refusent l’annonce en une grande opportunité d’amour, suprême, qui va jusqu’au pardon de leurs bourreaux. Ce détail est intéressant : les martyrs pardonnent toujours à leurs bourreaux. Étienne, le premier martyr, mourut en priant : « Seigneur, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ». Les martyrs prient pour leurs bourreaux.

Si le martyre n’est demandé qu’à quelques-uns, « tous cependant doivent être prêts à confesser le Christ devant les hommes et à le suivre sur le chemin de la croix, à travers les persécutions qui ne manquent jamais à l’Église. » (ibid., 42). Mais ces persécutions sont-elles du passé ? Non, non : aujourd’hui. Aujourd’hui, il y a des persécutions contre les chrétiens dans le monde, beaucoup, beaucoup. Il y a plus de martyrs aujourd’hui que dans les premiers temps. Il y en a tellement. Les martyrs nous montrent que tout chrétien est appelé au témoignage de la vie, même s’il ne va pas jusqu’à l’effusion du sang, en faisant de lui-même un don à Dieu et à ses frères, à l’imitation de Jésus.

Et je voudrais conclure en rappelant le témoignage chrétien actuel dans tous les coins du monde. Je pense, par exemple, au Yémen, une terre blessée depuis de nombreuses années par une guerre terrible et oubliée, qui a causé tant de morts et qui fait encore souffrir tant de personnes, en particulier des enfants. Précisément dans ce pays, il y a eu des témoignages de foi éclatants, comme celui des Sœurs Missionnaires de la Charité, qui ont donné leur vie là. Aujourd’hui encore, elles sont présentes au Yémen, où elles offrent une assistance aux personnes âgées malades et aux personnes handicapées. Certaines d’entre elles ont souffert le martyre, mais les autres continuent, risquent leur vie mais vont de l’avant. Elles accueillent tout le monde, ces sœurs, quelle que soit la religion, car la charité et la fraternité n’ont pas de frontières. En juillet 1998, Sœur Aletta, Sœur Zelia et Sœur Michael, qui rentraient chez elles après la messe, ont été tuées par un fanatique, parce qu’elles étaient chrétiennes. Plus récemment, peu après le début du conflit toujours en cours, en mars 2016, Sœur Anselme, Sœur Marguerite, Sœur Reginette et Sœur Judith ont été tuées avec quelques laïcs qui les aidaient dans leur travail de charité auprès des plus petits. Ce sont les martyrs de notre temps. Parmi ces laïcs assassinés, en plus des chrétiens, il y avait des musulmans qui travaillaient avec les sœurs. C’est émouvant de voir comment le témoignage du sang peut unir des personnes de religions différentes. On ne doit jamais tuer au nom de Dieu, car pour Lui nous sommes tous frères et sœurs. Mais ensemble, nous pouvons donner notre vie pour les autres.

Prions donc pour que nous ne nous lassions pas de témoigner de l’Évangile, même en temps de tribulation. Que tous les saints et les saints martyrs soient des semences de paix et de réconciliation entre les peuples pour un monde plus humain et plus fraternel, en attendant que le Royaume des cieux se manifeste pleinement, quand Dieu sera tout en tous (cf. 1 Co 15, 28). Merci.

Texte reproduit avec l’aimable autorisation de la Libreria Editrice Vaticana

Homélie du pape François lors de la Divine Liturgie et béatification de 7 martyrs grec-catholiques

(Photo credit: CNS/Paul Haring) Vous trouverez ci-dessous le texte complet de l’homélie du pape François lors de la Divine Liturgie avec la béatification de 7 évêques grec-catholiques sur la Place de la liberté de Blaj en Roumanie: 

«Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? » (Jn 9, 2). Cette question des disciples à Jésus enclenche une série de mouvements et d’actions qui se dérouleront dans tout le récit évangélique en révélant et en mettant en évidence ce qui aveugle réellement le cœur humain.

Jésus, comme ses disciples, voit l’aveugle de naissance; il est capable de le reconnaître et de le mettre au centre. Au lieu d’expliquer que sa cécité n’était pas le fruit du péché, il mélange la poussière de la terre avec sa salive et la lui applique sur les yeux; puis, il lui demande d’aller se laver dans la piscine de Siloé. Après s’être lavé, l’aveugle retrouve la vue. Il est intéressant d’observer comment le miracle est raconté à peine en deux versets, tous les autres orientant l’attention non pas sur l’aveugle guéri mais sur les discussions qu’il suscite. Il semble que sa vie et surtout sa guérison deviennent banales, anecdotiques ou un élément de discussion, mais aussi d’irritation ou de colère. Dans un premier temps, l’aveugle guéri est interrogé par la foule étonnée, puis par les pharisiens; et ces derniers interrogent également ses parents. Ils mettent en doute l’identité de l’homme guéri; puis ils nient l’action de Dieu, en prétextant que Dieu n’agit pas le jour du sabbat. Ils vont même jusqu’à douter que l’homme soit né aveugle.

Toute la scène et les discussions révèlent combien il est difficile de comprendre les actions et les priorités de Jésus, capable de mettre au centre celui qui était à la périphérie, surtout quand on pense que c’est le ‘‘sabbat’’ qui bénéficie du primat et non l’amour du Père qui cherche à sauver tous les hommes (cf. 1 Tm 2, 4). L’aveugle devait coexister non seulement avec sa cécité mais aussi avec celle de ceux qui l’entouraient. Ainsi sont les résistances et les hostilités qui surgissent dans le cœur humain quand, au centre, au lieu des personnes, on met des intérêts particuliers, des étiquettes, des théories, des abstractions et des idéologies, qui ne font rien d’autre qu’aveugler tout et tous. En revanche, la logique du Seigneur est différente: loin de se cacher dans l’inaction ou dans l’abstraction idéologique, il cherche la personne avec son visage, avec ses blessures et son histoire. Il va à sa rencontre et ne se laisse pas duper par les discours incapables d’accorder la priorité à ce qui est réellement important et de le mettre au centre.

Ces terres connaissent bien la souffrance des gens lorsque le poids de l’idéologie ou d’un régime est plus fort que la vie et supplante même la vie et la foi des personnes comme norme; lorsque la capacité de décision, la liberté et l’espace de créativité se voient réduits, voire éliminés (cf. Lettre Enc. Laudato si’, n. 108). Chers frères et sœurs, vous avez souffert des discours et des actions fondés sur le mépris qui conduisent même à l’expulsion et à l’anéantissement de celui qui ne peut pas se défendre et font taire les voix discordantes. Pensons en particulier aux sept évêques gréco-catholiques que j’ai eu la joie de proclamer bienheureux! Face à la féroce oppression du régime, ils ont fait preuve d’une foi et d’un amour exemplaires pour leur peuple. Avec grand courage et force intérieure, ils ont accepté d’être soumis à la dure incarcération et à tout genre de mauvais traitements, pour ne pas renier leur appartenance à leur Église bien-aimée. Ces pasteurs, martyrs de la foi, ont recueilli et laissé au peuple roumain un précieux héritage que nous pouvons synthétiser en deux mots: liberté et miséricorde.

En pensant à la liberté, je ne peux pas ne pas observer que nous célébrons cette liturgie divine sur le ‘‘Champ de la liberté’’. Ce lieu significatif rappelle l’unité de votre peuple qui s’est réalisée dans la diversité des expressions religieuses: cela constitue un patrimoine spirituel qui enrichit et caractérise la culture et l’identité nationale roumaines. Les nouveaux Bienheureux ont souffert et sacrifié leur vie, en s’opposant à un système idéologique totalitaire et coercitif en ce qui concerne les droits fondamentaux de la personne humaine. Dans cette triste période, la vie de la communauté catholique était soumise à une rude épreuve par le régime dictatorial et athée: tous les évêques, et beaucoup de fidèles, de l’Église gréco-catholique et de l’Église catholique de rite latin ont été persécutés et emprisonnés.

L’autre aspect de l’héritage spirituel des nouveaux Bienheureux, est la miséricorde. Leur persévérance dans la profession de fidélité au Christ allait de pair avec la disposition au martyre sans aucune parole de haine envers leurs persécuteurs, pour lesquels ils ont eu une réelle douceur. Ce qu’a déclaré durant son emprisonnement l’évêque Iuliu Hossuest éloquent : «Dieu nous a envoyés dans ces ténèbres de la souffrance pour accorder le pardon et prier pour la conversion de tous». Ces paroles sont le symbole et la synthèse de l’attitude par laquelle ces Bienheureux, dans la période de l’épreuve, ont soutenu leur peuple en continuant à professer la foi sans faille et sans réserve. Cette attitude de miséricorde envers les bourreaux est un message prophétique, car il se présente aujourd’hui comme une invitation pour tous à vaincre la rancœur par la charité et le pardon, en vivant avec cohérence et courage la foi chrétienne.

Chers frères et sœurs, aujourd’hui également, réapparaissent de nouvelles idéologies qui, de manière subtile, cherchent à s’imposer et à déraciner nos peuples de leurs plus riches traditions culturelles et religieuses. Des colonisations idéologiques qui déprécient la valeur de la personne, de la vie, du mariage et de la famille (cf. Exhort. ap. postsyn. Amoris laetitia, n. 40) et qui nuisent, par des propositions aliénantes, aussi athées que par le passé, surtout à nos jeunes et à nos enfants en les privant de racines pour grandir (cf. Exhort. Ap. Christus vivit, n. 78). Et alors tout devient sans importance s’il ne sert pas à des intérêts personnels immédiats et pousse les personnes à profiter des autres et à les traiter comme de simples objets (cf. Lettre Enc. Laudato si’, nn. 123-124). Ce sont des voix qui, répandant la peur et la division, cherchent à éliminer et à enterrer le plus riche héritage que ces terres aient vu naître. Je pense, en fait d’héritage, par exemple à l’Édit de Torda en 1568 qui sanctionnait toute sorte de radicalisme émettant – un des premiers cas en Europe – un acte de tolérance religieuse.

Je voudrais vous encourager à porter la lumière de l’Évangile à nos contemporains et à continuer de lutter, comme ces Bienheureux contre ces nouvelles idéologies qui surgissent. Maintenant, c’est à nous qu’il revient de lutter, comme ils ont eu à le faire en leurs temps. Puissiez-vous être des témoins de liberté et de miséricorde, en faisant prévaloir la fraternité et le dialogue sur les divisions, en renforçant la fraternité du sang, qui trouve son origine dans la période de souffrance où les chrétiens, divisés au cours de l’histoire, se sont découverts plus proches et solidaires! Très chers frères et sœurs, que vous accompagnent dans votre cheminement la protection maternelle de la Vierge Marie, la Sainte Mère de Dieu, et l’intercession des nouveaux Bienheureux!

[00958-FR.02] [Texte original: Italien]

En mémoire des Martyrs Jésuites du Salvador

La tombe du bienheureux Romero dans la cathédrale métropolitaine de San Salvador. Photo de CNS / par Luis Galdamez, Reuters

« Mourir pour la vérité et vivre avec la vérité » En mémoire des martyrs jésuites du Salvador par P. Michael Czerny, s.j.

Dans les années 1970 Au Salvador, les mouvements paysans, les syndicats et d’autres organisations de la base fesaient des changements économiques, politique et social. Dans les années 1980, cette agitation devint une guerre civile quand plusieurs organisations de guérilla se regroupèrent au sein du Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN)pour combattre le régime militaire qui bénéficiait de l’appui inconditionnel des États-Unis. Le conflit atteignit son point culminant en 1989 quand le FMLN lança une attaque contre la capitale dont il parvint à contrôler la moitié. À ce point de tension maximale, ce que craignaient plus que tout les forces armées, c’est que le père Ignacio Ellacuría, s.j., ne soit nommé médiateur, ce qui les contrain-drait à reconnaître le FMLN et à lui faire des concessions.

Le lundi 13 novembre 1989, Ellacuría était rentré d’Espagne et s’était rendu à l’Université centre-américaine (UCA) dont il était le recteur. La résidence jésuite se trouvait dans un quartier voisin, mais pour des raisons de sécurité, on venait d’en construire une nouvelle sur le campus. Le soir même, la maison fit l’objet d’un raid de commandos d’un bataillon contre-insurrectionnel entraîné aux États-Unis, qui prétendaient rechercher des armes. Deux jours plus tard, dans la soirée du mercredi 15 novembre, à la base militaire située à environ un kilomètre du campus jésuite, le haut commandement se réunit. Après qu’on eut évalué le risque d’une médiation d’Ellacuría, l’ordre tomba : «Tuez Ellacuría et ne laissez aucun témoin.»

Un peu après minuit le 16 novembre, des membres du même bataillon occupèrent le campus et envahirent la résidence jésuite. Cinq des prêtres furent conduits à l’extérieur, contraints de s’allonger sur le sol et assassinés d’une balle dans la tête. Le plus vieux fut tué à l’intérieur avec deux femmes qui avaient cherché refuge tout près dans la salle de couture.

Qui sont les huit martyrs de l’UCA ? D’abord, les deux femmes terrifiées par les tirs à proximité de leur petite maison à l’entrée du campus. Elles étaient venues chercher refuge à la résidence des jésuites. Julia Elba Ramos était une personne très simple, à demi analphabète, dévouée et enjouée. Elle travaillait au théologat des jésuites (où j’ai résidé pendant 2 ans). Elle y faisait la cuisine et le ménage, mais en réalité elle était aussi un élément important de la communauté de formation jésuite, et elle n’hésitait pas à donner de sages conseils à ceux qui se décou-rageaient. Julia avait 42 ans et elle est morte en serrant dans ses bras sa fille de 15 ans, Celina, comme pour la protéger des balles. Julia Elba et Celina représentent le peuple de Dieu au service des martyrs de l’UCA et pour qui elles ont donné leur vie.

Il y avait aussi deux jésuites que j’avais eu l’occasion de croiser : Juan Ramón Moreno, doté d’une solide formation en philosophie et en théologie, ancien maître des novices de la province d’Amérique centrale et alors secrétaire du provincial. Il avait 56 ans ; c’était un homme doux, qui ne haussait jamais le ton et Joaquin López y López, né dans l’une des familles les plus riches du Salvador, qui avait embrassé la simplicité et l’humilité. Et il avait fondé Fe y Alegría, vaste programme d’éducation populaire destiné aux populations les plus pauvres. Lolo avait 71 ans.

Depuis plus de dix ans, Ignacio Ellacuría était le recteur de l’UCA. La longue souffrance des pauvres inspirait l’ardeur qu’il mettait à rechercher un règlement négocié à la guerre civile. Ellacu avait 59 ans.

Segundo Montes fut le premier chez les jésuites à s’inquiéter des réfugiés déplacés par la guerre et à étudier leur situation. Sociologue, il avait publié d’excellentes recherches sur l’agriculture salvadorienne ainsi que sur la culture autochtone et les croyances religieuses. Segundo avait fondé l’Institut des droits de la personne de l’UCA (IDHUCA) ; je lui ai succédé comme directeur. Il avait 56 ans. J’en avais 43 quand j’ai pris la relève.

Il y en a deux que je connaissais bien: Amando López et Ignacio Martín-Baró. J’avais rencontré Amando López pour la première fois à Managua en 1978, où il était recteur de l’École secondaire centre-américaine. Doux, généreux et attachant, il avait 53 ans. À peu près à la même époque, en 1978, Ignacio Martín-Baró et moi étions étudiants de 2e cycle à l’Université de Chicago. Très doué sur le plan intellectuel, Nacho mettait la psychologie sociale au service des sans-voix; il avait fondé l’Institut d’opinion publique de l’UCA (IUDOP). Il avait 47 ans.

L’héritage que nous ont laissé nos compagnons tient avant tout à leur témoignage de foi et à leur profond amour des pauvres. Per fidem martyrum pro veritate morientum cum veritate viventium. Saint Augustin résume ainsi le mystère : par la foi des martyrs qui meurent pour la vérité et qui vivent avec la vérité (La Cité de Dieu, IV, 30). Cette vérité ne serait pas toute la vérité si elle n’incluait pas le Christ, la justice et la paix.

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Le père Michael Czerny s.j., jésuite canadien, était directeur du Centre jésuite pour la foi sociale et la justice de Toronto quand, il y a 26 ans, huit personnes furent assassinées à l’Université centre-américaine (UCA). Celui qui était alors le provincial du Canada anglais, le père William Addley, s.j., accompagna Michael aux funérailles et l’envoya peu après en mission au Salvador pour contribuer à la reconstruction de l’UCA. Le père Czerny est aujourd’hui adjoint spécial du cardinal Peter Kodwo Appiah Turkson, président du Conseil pontifical pour la justice et la paix, au Vatican.

Cet extrait provient du magazine Sel et Lumière édition hiver 2015

Canonisations à Rome – oct, 2017

À Rome, place Saint-Pierre, le pape François canonisera les bienheureux :

  • Ange d’Acri, prêtre capucin italien (1669-1739);
  • Faustino Míguez González, prêtre piariste espagnole, fondateur des Filles de la Divine Bergère et de l’Institut Calasanz (1831-1925);
  • Cristobal, Antonio et Juan, les Martyrs de Tlaxcala : 3 enfants assassinés pour avoir embrassé la foi chrétienne au Mexique, en 1527 et 1529;
  • Andrea de Soveral, Ambrogio Francesco Ferro et Matteo Moreira ainsi que 27 laïcs : 30 Martyrs du Brésil assassinés les 16 juillet et 3 octobre 1645 au Brésil.

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Pape en Ouganda: Discours du Saint-Père aux autorités et au Corps Diplomatique

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Vous trouverez ci-dessous le discours officiel du Saint-Père aux Autorités et au Corps Diplomatique Entebbe au Palais de l’Etat d’Ouganda (Vendredi, 27 novembre 2015)

Monsieur le Président,
Honorables membres du Gouvernement,
Distingués Membres du Corps diplomatique,
Chers frères Evêques,
Mesdames et Messieurs,

Je vous remercie pour votre accueil chaleureux, et je suis heureux d’être en Ouganda. Ma visite dans votre pays vise avant tout à commémorer le 50ème anniversaire de la canonisation des Martyrs de l’Ouganda par mon prédécesseur, le Pape Paul VI. Mais j’espère que ma présence ici sera aussi vue comme un signe d’amitié, d’estime et d’encouragement à tous les citoyens de cette grande nation.

Les Martyrs, catholiques et anglicans, sont de véritables héros nationaux. Ils rendent témoignage aux principes-guides exprimés dans la devise de l’Ouganda – Pour Dieu et pour mon Pays. Ils nous rappellent le rôle important que la foi, la rectitude morale et l’engagement pour le bien commun ont joué, et continuent de jouer  dans la vie culturelle, économique et politique de ce pays. Ils nous rappellent aussi que, malgré nos différentes croyances et convictions, nous sommes tous appelés à rechercher la vérité, à travailler pour la justice et la réconciliation, comme à nous respecter, nous protéger et à nous aider mutuellement en tant que membres de la même famille humaine. Ces hauts idéaux sont particulièrement requis chez des hommes et des femmes comme vous, qui sont chargés d’assurer la bonne et transparente  gestion, le développement humain intégral, une large participation à la vie nationale, ainsi qu’une distribution sage et juste des biens dont le Créateur a si généreusement doté cette terre.

Ma visite vise aussi à attirer l’attention sur l’Afrique dans son ensemble, sur sa promesse, ses espérances, ses luttes et ses succès. Le monde regarde l’Afrique comme le continent de l’espérance. L’Ouganda a été, en effet, béni par Dieu à travers d’abondantes ressources naturelles, que vous êtes appelés à administrer en tant que des gestionnaires responsables. Mais surtout, la nation a été bénie à travers ses habitants : ses familles fortes, ses jeunes, et ses personnes âgées. J’attends impatiemment la rencontre de demain avec les jeunes, à l’endroit desquels j’aurai des mots d’encouragement et d’exhortation. Qu’il est important qu’on leur donne de l’espérance, des opportunités d’éducation et d’un travail rémunéré, et surtout l’opportunité de partager pleinement la vie de la société ! Mais je voudrais aussi mentionner la bénédiction qui est la vôtre à travers les personnes âgées. Elles sont la mémoire vivante de chaque peuple. Leur sagesse et leur expérience devraient toujours être considérées comme une boussole qui peut aider la société à trouver la bonne direction face aux défis du présent, avec intégrité, sagesse et vision.

Ici, en Afrique de l’Est, l’Ouganda a fait montre d’un extraordinaire souci de l’accueil des réfugiés, en les aidant à rebâtir leurs vies dans la sécurité et dans le sens de la dignité dérivant d’une vie gagnée par un travail honnête. Notre monde, en proie aux guerres, à la violence et à de diverses formes d’injustice, expérimente un mouvement sans précédent de peuples. La façon dont nous les traitons est un test de notre humanité, de notre respect de la dignité humaine et surtout de notre solidarité envers nos frères et sœurs dans le besoin.

Bien que ma visite soit brève, j’espère encourager les nombreux efforts en cours pour prendre soin des pauvres, des malades et de ceux qui sont, de quelque manière, en difficulté. C’est par ces petits signes que nous voyons la vraie âme d’un peuple. De tant de manières, notre monde devient de plus en plus petit, cependant au même moment nous voyons avec préoccupation la globalisation d’une ‘‘culture de rejet’’ qui nous rend aveugles par rapport aux valeurs spirituelles, endurcit nos cœurs face aux besoins des pauvres, et prive nos jeunes d’espérance.

Heureux de vous rencontrer et de passer ce temps avec vous, je prie pour que vous vous révéliez, ainsi que tous les chers Ougandais, toujours dignes des valeurs qui ont forgé l’âme de votre nation. Sur vous tous, j’invoque l’abondance des bénédictions du Seigneur.

Mungu awabariki ! (Que Dieu vous bénisse !)

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