Une expérience magnifique et effrayante au sommet de la montagne

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Fête de la Transfiguration du Seigneur – 6 août 2017

Daniel 7,9-10.13-14
2 Pierre 1,16-19
Matthieu 17,1-9

La signification théologique de la Transfiguration se trouve au centre de notre compréhension de la mission de Jésus de Nazareth. Ce n’était pas seulement Jésus lui-même qui était « transfiguré » sur le Mont Thabor mais aussi Pierre, Jacques et Jean qui étaient transfigurés avec lui. Leurs yeux furent ouverts ; leur vision élargit, ce qui leur permet de voir sans empêchement la lumière presque aveuglante de l’amour de Jésus qui coule de chaque fibre de son être. Chaque jour de la vie de Jésus quelque chose de son éclat remarquable, de sa passion éblouissante et de sa gloire extraordinaire fût révélée aux gens de tous les âges, stades et états de vie. Les bergers et les Rois Mages l’ont vu à Bethléem ; les anciens à Jérusalem l’ont vu au Temple ; les hôtes aux noces de Cana en furent témoin ; la femme adultère l’a vécu ; le garçon possédé par les démons l’a senti ; l’aveugle-né l’a vu ; et le bon larron l’a entendu au Calvaire.

Pour les trois apôtres, c’est une expérience qui dépasse les mots : terrifiant bien sûr, mais tellement merveilleux qu’ils ont voulu construire trois tentes – une pour Jésus, une pour Moïse et une autre pour Élie. Revenant sur l’expérience des années après, Pierre écrivait dans sa deuxième lettre (1,16-19) :

En effet, ce n’est pas en nous mettant à la traîne de fables sophistiquées que nous vous avons fait connaître la venue puissante de notre Seigneur Jésus-Christ, mais pour l’avoir vu de nos yeux dans tout son éclat. Car il reçut de Dieu le Père honneur et gloire, quand la voix venue de la splendeur magnifique de Dieu lui dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, celui qu’il m’a plu de choisir. » Et cette voix, nous-mêmes nous l’avons entendue venant du ciel quand nous étions avec lui sur la montagne sainte. De plus, nous avons la parole des prophètes qui est la solidité même, sur laquelle vous avez raison de fixer votre regard comme sur une lampe brillant dans un lieu obscur, jusqu’à ce que luise le jour et que l’étoile du matin se lève dans vos cœurs.

Les trois apôtres qui verraient Jésus à plat ventre dans son agonie à Gethsémani ont reçu cet aperçu de sa vraie identité, afin de les fortifier pour la suite, et aussi afin de les aider à comprendre ce qui sera révélé par sa passion. Aujourd’hui, on pourrait dire que Thabor et Calvaire sont profondément liés. Le Mont Thabor est un avant-goût du Calvaire et nous donne une vision plus profonde de la réalité de la crucifixion de Jésus.

Les détails de la Transfiguration chez Matthieu

Regardons les accents de Matthieu dans le récit majestueux de l’Évangile d’aujourd’hui. Le récit de Matthieu (17,1-9) confirme que Jésus est le Fils de Dieu (17,5) et indique l’accomplissement de la prédiction que Jésus viendra dans la gloire de son Père à la fin du temps (16,27). Il y a ceux qui expliquent la Transfiguration en tant qu’apparition du Christ Ressuscité projetée dans le ministère de Jésus, mais ce n’est pas probable puisque le récit manque de plusieurs éléments habituels lors des apparitions après la résurrection. Le récit de Matthieu sur le Mont Thabor renvoie aux motifs de l’Ancien Testament et aussi à la littérature juive non-canonique de l’apocalypse qui exprime la présence du céleste et du divin, comme la lumière éblouissante, les vêtements blancs, et le nuage ombrageant. On identifie la haute montagne avec le Mont Thabor ou le Mont Hermon, mais il est probable que l’auteur Matthieu ou sa source marcane (Matthieu 9,2) n’a pas eu l’intention de spécifier un lieu précis. Sa signification est théologique plutôt que géographique, possiblement en référence à la révélation à Moïse sur le Mont Sinaï (Exode 24,12-18) et à Élie au même endroit (1 Rois 19,8-18 ; Horeb = Sinaï).

Le visage de Jésus

Matthieu décrit le visage de Jésus qui brilla comme le soleil, ce qui évoque Daniel 10,6. Les vêtements de Jésus – « blancs comme la lumière » –, rappellent Daniel 7,9 où le vêtement de Dieu est « blanc comme la neige ». (Les vêtements blancs des autres êtres célestes sont aussi mentionnés dans l’Apocalypse 4,4 ; 7,9 ; 19,14.) Dans Matthieu 17,4, il y a trois tentes – les cabines où les Israélites ont habité lors de la Fête des Tentes (cf. Jean 7,2). Les tentes ont rappelé l’hébergement de leurs ancêtres dans les cabines lors de leur chemin de l’Égypte à la Terre Promise (Lévitique 23,39-42). Quand Matthieu parle du nuage qui ombrage les apôtres sur la montagne (17,5), cela rappelle la nuée qui a couvert la tente de rassemblement dans l’Ancien Testament, signe de la présence du Seigneur au milieu de son peuple (Exode 40,34-35). La nuée ombrageait également le Temple à Jérusalem au temps de sa dédicace (1 Rois 8,10).

La voix du ciel

La voix de Dieu entendu au sommet de la montagne répète la proclamation baptismale du Père au sujet de Jésus (3,17), avec l’ajout du commandement « Écoutez-le ! ». Ce dernier est une référence au Deutéronome 18,15 où les Israélites reçoivent le commandement d’écouter le prophète comme Moïse que Dieu suscitera pour eux. Ce commandement d’écouter Jésus est général, mais dans ce contexte il s’applique en particulier aux prédictions précédentes de la passion et de la résurrection de Jésus (16,21) et aussi de son deuxième avènement (16,27.28). La chose la plus importante à propos de cette déclaration de la voix céleste s’agit du fait qu’ici comme dans l’Ancien Testament en général, on accorde la priorité à la « parole » plutôt qu’à la « vision ». Matthieu seul utilise le mot « vision » (17,9) pour décrire la Transfiguration. Voir Jésus transfiguré au-dessus du Mont Thabor porte a une signification et de la valeur seulement si cela incite les apôtres et les disciples à écouter et à obéir à l’enseignement divin de Jésus.

Témoigner à la gloire et à l’agonie

Pierre, Jacques et Jean sont présents avec Jésus au moment de sa gloire sur le Mont Thabor. Tous les trois seront encore avec Jésus sur le Mont des Oliviers lorsque leur Maître se bat avec son destin. Ceux qui témoignent de sa gloire céleste doivent aussi témoigner à son agonie terrestre. Si les disciples de Jésus veulent partager sa gloire dans l’avenir, ils doivent être prêts à participer à son agonie. L’événement et la mémoire de la Transfiguration serviront comme un réservoir de grâce, de consolation et de paix pour les apôtres et les disciples de Jésus lorsqu’ils témoignent au-dessus du Mont Calvaire du visage brillant plein de sang et de crachat, des vêtements éblouissants déchirés en loques par les soldats qui ont jetés les dés. Le visage de Jésus n’était pas radieux sur la Croix. Peut-être on peut se demander : Pourquoi Dieu a caché toute sa gloire sur le Mont Thabor, où personne ne pourrait la voir ? Pourquoi est-ce que Dieu ne l’a pas gardée pour la Croix ? Cependant la vie chrétienne nous invite à vivre les deux montagnes – Calvaire et Thabor –, afin de voir la gloire de Dieu. Aujourd’hui nous voyons la Transfiguration comme la célébration de la présence du Christ qui prend charge de tout notre être et qui transfigure même ce qui nous dérange sur nous-mêmes. Dieu pénètre ces régions endurcies, incrédules et même inquiétantes en nous, que nous ne savons pas comment gérer nous-mêmes. Dieu pénètre ces régions avec la vie de l’Esprit et agit sur ces régions en rayonnant sur eux son propre visage, sa consolation et sa paix.

Mont Thabor aujourd’hui 

Lors de mes années d’études en Terre Sainte, mes visites fréquentes au Mont Thabor m’ont toujours laissé dans un grand sens d’émerveillement, de mystère, de peur et de révérence auprès de Jésus. Chaque fois que j’ai visité le Mont Thabor et la belle église qui représente les trois tentes pour Jésus, Moïse et Élie, j’étais aussi vivement conscient de la mémoire du Bienheureux Paul VI qui avait une place très particulière pour le mystère de la Transfiguration dans sa propre prière et son pontificat. Il est monté sur le Mont Thabor comme pèlerin en 1964 lors de sa visite historique en Terre Sainte. Le 6 août 1978, en la Fête de la Transfiguration, le pape Paul VI est mort à Castel Gandolfo. Il a fermé ses yeux sur cette « scène temporelle et terrestre, prodigieuse et dramatique » lors de la fête même qui a tant marqué sa vie ainsi que son ministère Petrinien. Lors de ses funérailles sur la Place Saint-Pierre le 12 août 1978, le doyen du Collège des Cardinaux de l’époque, le Cardinal Carlo Confalonieri, a décrit le pape Paul VI avec les paroles suivantes :

La grandeur de son âme s’est manifestée dans sa vive intelligence et dans son cœur plein de la bonté qui s’est ouvert aux besoins spirituels de ses fils et de ses filles… Il est devenu un vrai prince de la paix. Il a établi avec une sollicitude urgente un dialogue continu avec tout le peuple. Il a donné son attention avec toute affection et toute espérance aux faibles et aux gens sans défense, les pauvres et ceux qui ont besoin d’aide. Il a conversé avec tout le monde afin de les fortifier dans la foi…

L’histoire nous enseigne maintenant que la patience et la sagesse du pape Paul VI, surtout dans la suite et lors du concile Vatican II, furent des dons importants au Peuple de Dieu et au monde. Le pape Paul VI n’a pas vu le dialogue simplement en tant qu’un instrument mais comme une méthode. Il était proche des gens, surtout de ceux qui étaient loin ou qui l’opposaient en théorie ou en pratique. Il aimait aussi la Terre Sainte, et désirait que le plus grand nombre de gens ait l’expérience qui était la sienne, d’être pèlerin sur la terre de Jésus en 1964.

Lors de sa messe de béatification au Vatican le 19 octobre 2014, durant le Synode des Évêques sur la Famille, le pape François a parlé de son prédécesseur avec ces paroles émouvantes :

À l’égard de ce grand Pape, de ce courageux chrétien, de cet apôtre infatigable, nous ne pouvons dire aujourd’hui devant Dieu qu’une parole aussi simple que sincère et importante : merci ! Merci à notre cher et bien-aimé Pape Paul VI ! Merci pour ton témoignage humble et prophétique d’amour du Christ et de son Église !

Dans son journal personnel, le grand timonier du Concile, au lendemain de la clôture des Assises conciliaires, a noté : « Peut-être n’est-ce pas tant en raison d’une aptitude quelconque ou afin que je gouverne et que je sauve l’Église de ses difficultés actuelles, que le Seigneur m’a appelé et me garde à ce service, mais pour que je souffre pour l’Église, et qu’il soit clair que c’est Lui, et non un autre, qui la guide et qui la sauve » (P. Macchi, Paul VI à travers son enseignement, de Guibert 2005, p. 105)Dans cette humilité resplendit la grandeur du Bienheureux Paul VI qui, alors que se profilait une société sécularisée et hostile, a su conduire avec une sagesse clairvoyante – et parfois dans la solitude – le gouvernail de la barque de Pierre sans jamais perdre la joie ni la confiance dans le Seigneur.

Le bienheureux Paul VI fermait ses yeux lors de la Transfiguration glorieuse de Jésus ; il vit maintenant dans la lumière de sa résurrection. Le pape Paul VI nous a permis d’expérimenter sur terre la joie et la gloire qui attendent chacun dans le Nouveau Jérusalem. La Transfiguration du Christ est dans le passé. Dieu, dont la lumière atteint la terre lors de cette fête, est présent. Que nos prières en ce jour soit que le monde voit la lumière, la lumière de guérison et de réconciliation. Que nous nous efforcions à être comptés parmi ceux qui écoutent la parole du Christ et qui sont transfigurés par la parole que nous entendons.

Nos moments de transfiguration

Dans le passé, chaque peintre d’icône commençait sa carrière en reproduisant une image de la Transfiguration. On pourrait dire que le destin de chaque chrétien est écrit entre deux montagnes : entre le Mont Thabor et le Calvaire. Le récit merveilleux de la Transfiguration nous offre des moments resplendissants de lumière et aussi des moments de tristesse et de ténèbre. La merveille de l’éternité et la réalité de nos vies quotidiennes révèlent les tensions de nos vies. Cette histoire de Jésus, des prophètes et de ses amis au-dessus du Mont Thabor révèle également la tentation de vouloir rester immobile et la difficulté de persévérer. Combien de fois nous sommes bloqués dans nos histoires. Cette histoire mystérieuse nous donne l’occasion de regarder nos propres expériences au-dessus des montagnes de nos vies. Si tant de personnes ont pu reconnaître la gloire de Jésus dans un regard ou un touché, pourquoi est-ce que cela était tellement difficile pour Pierre, Jacques et Jean ? Peut-être parce qu’ils étaient tellement proches de Jésus ; peut-être car ils étaient avec lui dans le quotidien ; peut-être car ils ont pris sa gloire comme acquise. Et nous ? Reconnaissons-nous cette même gloire divine en nous, visible dans les autres, tellement évidente dans la création, imprégnée dans les expériences les plus ordinaires de la justice, de la vérité, de la guérison, du pardon, de la réconciliation et de la compassion ? Ou prenons-nous aussi tout cela comme acquis ?

Comment est-ce que ces expériences illuminent les ombres et les ténèbres de nos vies ? Comment seraient nos vies sans ces expériences du sommet de la montagne ? Combien de fois est-ce que nous nous tournons vers ces expériences rares mais importantes pour la force, le courage et la clarté ? Quand nous sommes dans les vallées souvent nous ne pouvons pas voir la gloire du Christ. Nous pouvons la voir seulement lorsque nous sommes sur une montagne comme le Mont Thabor, Mont de la Transfiguration. Nous pouvons seulement la voir quand nous montons la montagne ensemble avec les autres. Comment avons-nous partagé ces moments de grâce et de lumière avec les autres ?

Message du Saint-Père pour la Journée Mondiale des Pauvres

Vous trouverez ci-dessou le Message du pape François pour la Journee Mondiale des Pauvres 33ème Dimanche du Temps Ordinaire 19 novembre 2017:

N’aimons pas en paroles, mais par des actes

1. « Petits enfants, n’aimons pas en paroles ni par des discours, par des actes et en vérité » (1 Jn 3, 18). Ces paroles de l’apôtre Jean expriment un impératif dont aucun chrétien ne peut faire abstraction. La gravité avec laquelle le ‘‘disciple bien-aimé’’ transmet, jusqu’à nos jours, le commandement de Jésus s’accentue encore davantage par l’opposition qu’elle révèle entre les paroles vides qui sont souvent sur nos lèvres et les actes concrets auxquels nous sommes au contraire appelés à nous mesurer. L’amour n’admet pas d’alibi : celui qui entend aimer comme Jésus a aimé doit faire sien son exemple ; surtout quand on est appelé à aimer les pauvres. La façon d’aimer du Fils de Dieu, par ailleurs, est bien connue, et Jean le rappelle clairement. Elle se fonde sur deux pierres angulaires : Dieu a aimé le premier (cf. 1 Jn 4, 10.19) ; et il a aimé en se donnant tout entier, y compris sa propre vie (cf. 1 Jn 3, 16).

Un tel amour ne peut rester sans réponse. Même donné de manière unilatérale, c’est-à-dire sans rien demander en échange, il enflamme cependant tellement le cœur que n’importe qui se sent porté à y répondre malgré ses propres limites et péchés. Et cela est possible si la grâce de Dieu, sa charité miséricordieuse sont accueillies, autant que possible, dans notre cœur, de façon à stimuler notre volonté ainsi que nos affections à l’amour envers Dieu lui-même et envers le prochain. De cette façon, la miséricorde qui jaillit, pour ainsi dire, du cœur de la Trinité peut arriver à mettre en mouvement notre vie et créer de la compassion et des œuvres de miséricorde en faveur des frères et des sœurs qui sont dans le besoin.

2. « Un pauvre crie ; le Seigneur l’entend » (Ps 33, 7). Depuis toujours, l’Église a compris l’importance de ce cri. Nous avons un grand témoignage dès les premières pages des Actes des Apôtres, où Pierre demande de choisir sept hommes « remplis d’Esprit Saint et de sagesse » (6, 3), afin qu’ils assument le service de l’assistance aux pauvres. C’est certainement l’un des premiers signes par lesquels la communauté chrétienne s’est présentée sur la scène du monde : le service des plus pauvres. Tout cela lui était possible parce qu’elle avait compris que la vie des disciples de Jésus devait s’exprimer dans une fraternité et une solidarité telles qu’elles doivent correspondre à l’enseignement principal du Maître qui avait proclamé heureux et héritiers du Royaume des cieux les pauvres (cf. Mt 5, 3).

« Ils vendaient leurs biens et leurs possessions, et ils en partageaient le produit entre tous en fonction des besoins de chacun » (Ac 2, 45). Cette expression montre clairement la vive préoccupation des premiers chrétiens. L’évangéliste Luc, l’auteur sacré qui, plus que tout autre, a réservé une large place à la miséricorde, ne fait pas de rhétorique lorsqu’il décrit la pratique de partage de la première communauté. Au contraire, en la recommandant, il entend s’adresser aux croyants de toute génération, et donc à nous aussi, pour nous soutenir dans le témoignage et susciter notre action en faveur de ceux qui sont le plus dans le besoin. Le même enseignement est donné avec autant de conviction par l’apôtre Jacques, qui, dans sa Lettre, utilise des expressions fortes et incisives : « Écoutez, donc, mes frères bien-aimés ! Dieu, lui, n’a-t-il pas choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde pour en faire des riches dans la foi, et des héritiers du Royaume promis par lui à ceux qui l’auront aimé ? Mais vous, vous avez privé le pauvre de sa dignité. Or n’est-ce pas les riches qui vous oppriment, et vous traînent devant les tribunaux ? […] Mes frères, si quelqu’un prétend avoir la foi, sans la mettre en œuvre, à quoi cela sert-il ? Sa foi peut-elle le sauver ? Supposons qu’un frère ou une sœur n’ait pas de quoi s’habiller, ni de quoi manger tous les jours ; si l’un de vous leur dit : ‘‘Allez en paix ! Mettez-vous au chaud, et mangez à votre faim !’’ sans leur donner le nécessaire pour vivre, à quoi cela sert-il ? Ainsi donc, la foi, si elle n’est pas mise en œuvre, est bel et bien morte » (2, 5-6.14-17).

3. Il y a eu, cependant, des moments où les chrétiens n’ont pas écouté jusqu’au bout cet appel, en se laissant contaminer par la mentalité mondaine. Mais l’Esprit Saint n’a pas manqué de leur rappeler de maintenir le regard fixé sur l’essentiel. Il a fait surgir, en effet, des hommes et des femmes qui, de diverses manières, ont offert leur vie au service des pauvres. Que de pages d’histoire, en ces deux mille ans, ont été écrites par des chrétiens qui en toute simplicité et humilité, et par la généreuse imagination de la charité, ont servi leurs frères plus pauvres !

Parmi ceux-ci, se détache l’exemple de François d’Assise, qui a été suivi par de nombreux hommes et femmes saints au cours des siècles. Il ne s’est pas contenté d’embrasser et de faire l’aumône aux lépreux, mais il a décidé d’aller à Gubbio pour rester avec eux. Lui-même a vu dans cette rencontre le tournant de sa conversion : « Comme j’étais dans les péchés, il me semblait extrêmement amer de voir des lépreux. Et le Seigneur lui-même me conduisit parmi eux et je fis miséricorde avec eux. Et en m’en allant de chez eux, ce qui me semblait amer fut changé pour moi en douceur de l’esprit et du corps » (Test. 1-3 : SF 308). Ce témoignage manifeste la force transformante de la charité et le style de vie des chrétiens.

Ne pensons pas aux pauvres uniquement comme destinataires d’une bonne action de volontariat à faire une fois la semaine, ou encore moins de gestes improvisés de bonne volonté pour apaiser notre conscience. Ces expériences, même valables et utiles pour sensibiliser aux besoins de nombreux frères et aux injustices qui en sont souvent la cause, devraient introduire à une rencontre authentique avec les pauvres et donner lieu à un partage qui devient style de vie. En effet, la prière, le chemin du disciple et la conversion trouvent, dans la charité qui se fait partage, le test de leur authenticité évangélique. Et de cette façon de vivre dérivent joie et sérénité d’esprit, car on touche de la main la chair du Christ. Si nous voulons rencontrer réellement le Christ, il est nécessaire que nous touchions son corps dans le corps des pauvres couvert de plaies, comme réponse à la communion sacramentelle reçue dans l’Eucharistie. Le Corps du Christ, rompu dans la liturgie sacrée, se laisse retrouver, par la charité partagée, dans les visages et dans les personnes des frères et des sœurs les plus faibles. Toujours actuelles, résonnent les paroles du saint évêques Chrysostome : « Si vous voulez honorer le corps du Christ, ne le méprisez pas lorsqu’il est nu ; n’honorez pas le Christ eucharistique avec des ornements de soie, tandis qu’à l’extérieur du temple vous négligez cet autre Christ qui souffre du froid et de la nudité » (Hom. In Matthaeum, 50, 3 : PG, 58).

Nous sommes appelés, par conséquent, à tendre la main aux pauvres, à les rencontrer, à les regarder dans les yeux, à les embrasser, pour leur faire sentir la chaleur de l’amour qui rompt le cercle de la solitude. Leur main tendue vers nous est aussi une invitation à sortir de nos certitudes et de notre confort, et à reconnaître la valeur que constitue en soi la pauvreté.

4. N’oublions pas que pour les disciples du Christ, la pauvreté est avant tout une vocation à suivre Jésus pauvre. C’est un chemin derrière lui et avec lui, un chemin qui conduit à la béatitude du Royaume des cieux (cf. Mt 5, 3 ; Lc 6, 20). Pauvreté signifie un cœur humble qui sait accueillir sa propre condition de créature limitée et pécheresse pour surmonter la tentation de toute-puissance, qui fait croire qu’on est immortel. La pauvreté est une attitude du cœur qui empêche de penser à l’argent, à la carrière, au luxe comme objectif de vie et condition pour le bonheur. C’est la pauvreté, plutôt, qui crée les conditions pour assumer librement les responsabilités personnelles et sociales, malgré les limites de chacun, comptant sur la proximité de Dieu et soutenu par sa grâce. La pauvreté, ainsi entendue, est la mesure qui permet de juger de l’utilisation correcte des biens matériels, et également de vivre de manière non égoïste et possessive les liens et affections (cf. Catéchisme de l’Église catholique, nn. 25-45).

Faisons nôtre, par conséquent, l’exemple de saint François, témoin de l’authentique pauvreté. Précisément parce qu’il avait les yeux fixés sur le Christ, il a su le reconnaître et le servir dans les pauvres. Si, par conséquent, nous voulons offrir une contribution efficace pour le changement de l’histoire, en promouvant un vrai développement, il est nécessaire d’écouter le cri des pauvres et de nous engager à les faire sortir de leur condition de marginalisation. En même temps, je rappelle aux pauvres qui vivent dans nos villes et dans nos communautés de ne pas perdre le sens de la pauvreté évangélique qu’ils portent imprimé dans leur vie.

5. Nous savons la grande difficulté qui émerge dans le monde contemporain de pouvoir identifier clairement la pauvreté. Cependant, elle nous interpelle chaque jour par ses mille visages marqués par la douleur, par la marginalisation, par l’abus, par la violence, par les tortures et par l’emprisonnement, par la guerre, par la privation de la liberté et de la dignité, par l’ignorance et par l’analphabétisme, par l’urgence sanitaire et par le manque de travail, par les traites et par les esclavages, par l’exil et par la misère, par la migration forcée. La pauvreté a le visage de femmes, d’hommes et d’enfants exploités pour de vils intérêts, piétinés par des logiques perverses du pouvoir et de l’argent. Quelle liste impitoyable et jamais complète se trouve-t-on obligé d’établir face à la pauvreté fruit de l’injustice sociale, de la misère morale, de l’avidité d’une minorité et de l’indifférence généralisée !

De nos jours, malheureusement, tandis qu’émerge toujours davantage la richesse insolente qui s’accumule dans les mains de quelques privilégiés et souvent est accompagnée de l’inégalité et de l’exploitation offensant la dignité humaine, l’expansion de la pauvreté à de grands secteurs de la société dans le monde entier fait scandale. Face à cette situation, on ne peut demeurer inerte et encore moins résigné. À la pauvreté qui inhibe l’esprit d’initiative de nombreux jeunes, en les empêchant de trouver un travail ; à la pauvreté qui anesthésie le sens de responsabilité conduisant à préférer la procuration et la recherche de favoritismes ; à la pauvreté qui empoisonne les puits de la participation et restreint les espaces du professionnalisme en humiliant ainsi le mérite de celui qui travaille et produit ; à tout cela, il faut répondre par une nouvelle vision de la vie et de la société.

Tous ces pauvres – comme aimait le dire le Pape Paul VI – appartiennent à l’Église par « droit évangélique » (Discours d’ouverture de la 2ème session du Concile Œcuménique Vatican II, 29 septembre 1963) et exigent l’option fondamentale pour eux. Bénies, par conséquent, les mains qui s’ouvrent pour accueillir les pauvres et pour les secourir : ce sont des mains qui apportent l’espérance. Bénies, les mains qui surmontent toutes les barrières de culture, de religion et de nationalité en versant l’huile de consolation sur les plaies de l’humanité. Bénies, les mains qui s’ouvrent sans rien demander en échange, sans ‘‘si’’, sans ‘‘mais’’ et sans ‘‘peut-être’’ : ce sont des mains qui font descendre sur les frères la bénédiction de Dieu.

6. Au terme du Jubilé de la Miséricorde, j’ai voulu offrir à l’Église la Journée Mondiale des Pauvres, afin que dans le monde entier les communautés chrétiennes deviennent toujours davantage et mieux signe concret de la charité du Christ pour les derniers et pour ceux qui sont le plus dans le besoin. Aux autres Journées mondiales instituées par mes Prédécesseurs, qui sont désormais une tradition dans la vie de nos communautés, je voudrais que s’ajoute celle-ci, qui apporte à leur ensemble un complément typiquement évangélique, c’est-à-dire la prédilection de Jésus pour les pauvres.

J’invite l’Église tout entière ainsi que les hommes et les femmes de bonne volonté à avoir le regard fixé, en cette journée, sur tous ceux qui tendent les mains en criant au secours et en sollicitant notre solidarité. Ce sont nos frères et sœurs, créés et aimés par l’unique Père céleste. Cette Journée entend stimuler, en premier lieu, les croyants afin qu’ils réagissent à la culture du rebut et du gaspillage, en faisant leur la culture de la rencontre. En même temps, l’invitation est adressée à tous, indépendamment de l’appartenance religieuse, afin qu’ils s’ouvrent au partage avec les pauvres, sous toutes les formes de solidarité, en signe concret de fraternité. Dieu a créé le ciel et la terre pour tous ; ce sont les hommes, malheureusement, qui ont créé les frontières, les murs et les clôtures, en trahissant le don originel destiné à l’humanité sans aucune exclusion.

7. Je souhaite que les communautés chrétiennes, au cours de la semaine qui précède la Journée Mondiale des Pauvres, qui cette année sera le 19 novembre, 33ème dimanche du Temps Ordinaire, œuvrent pour créer de nombreux moments de rencontre et d’amitié, de solidarité et d’aide concrète. Ils pourront, ensuite, inviter les pauvres et les volontaires à participer ensemble à l’Eucharistie de ce dimanche, en sorte que la célébration de la Solennité de Notre Seigneur Jésus Christ Roi de l’univers se révèle encore plus authentique, le dimanche suivant. La royauté du Christ, en effet, émerge dans toute sa signification précisément sur le Golgotha, lorsque l’Innocent cloué sur la croix, pauvre, nu et privé de tout, incarne et révèle la plénitude de l’amour de Dieu. Son abandon complet au Père, tandis qu’il exprime sa pauvreté totale, rend évident la puissance de cet Amour, qui le ressuscite à une vie nouvelle le jour de Pâques.

En ce dimanche, si dans notre quartier vivent des pauvres qui cherchent protection et aide, approchons-nous d’eux : ce sera un moment propice pour rencontrer le Dieu que nous cherchons. Selon l’enseignement des Écritures (cf. Gn 18, 3-5 ; He 13, 2), accueillons-les comme des hôtes privilégiés à notre table ; ils pourront être des maîtres qui nous aident à vivre la foi de manière plus cohérente. Par leur confiance et leur disponibilité à accepter de l’aide, ils nous montrent de manière sobre, et souvent joyeuse, combien il est important de vivre de l’essentiel et de nous abandonner à la providence du Père.

8. À la base des nombreuses initiatives qui peuvent se réaliser lors de cette Journée, qu’il y ait toujours la prière. N’oublions pas que le Notre Père est la prière des pauvres. La demande du pain, en effet, exprime la confiance en Dieu pour les besoins primaires de notre vie. Ce que Jésus nous a enseigné par cette prière exprime et recueille le cri de celui qui souffre de la précarité de l’existence et du manque du nécessaire. Aux disciples qui demandaient à Jésus de leur apprendre à prier, il a répondu par les paroles des pauvres qui s’adressent au Père unique dans lequel tous se reconnaissentcomme frères. Le Notre Père est une prière qui s’exprime au pluriel : le pain demandé est ‘‘notre’’, et cela comporte partage, participation et responsabilité commune. Dans cette prière, nous reconnaissons tous l’exigence de surmonter toute forme d’égoïsme pour accéder à la joie de l’accueil réciproque.

9. Je demande aux confrères évêques, aux prêtres, aux diacres – qui par vocation ont la mission du soutien aux pauvres -, aux personnes consacrées, aux associations, aux mouvements et au vaste monde du volontariat d’œuvrer afin que par cette Journée Mondiale des Pauvres s’instaure une tradition qui soit une contribution concrète à l’évangélisation dans le monde contemporain.
Que cette nouvelle Journée Mondiale, par conséquent, devienne un appel fort à notre conscience de croyants pour que nous soyons plus convaincus que partager avec les pauvres nous permet de comprendre l’Évangile dans sa vérité la plus profonde. Les pauvres ne sont un problème : ils sont une ressource où il faut puiser pour accueillir et vivre l’essence de l’Évangile.
Du Vatican, le 13 juin 2017 Mémoire de saint Antoine de Padoue

FRANÇOIS

[00907-FR.01] [Texte original: Italien]

« Pousse des cris de joie, fille de Sion ! »

Solennité de Sainte Marie, Mère de Dieu – dimanche 1 janvier 2017

Nombres 6,22-27
Galates 4,4-7
Luc 2,16-21

Lisons ensemble ce beau texte du prophète Sophonie:

Pousse des cris de joie, ô fille de Sion !
Lance un cri de triomphe, ô Israël !
Réjouis-toi, exulte de tout cœur,
ô fille de Jérusalem:
l’Eternel a levé le verdict de condamnation prononcé contre vous,
et il a refoulé vos ennemis.
Le roi d’Israël, l’Eternel, est au milieu de vous.
Vous ne craindrez plus de malheur.

En ce jour-là, on dira à Jérusalem:
« Sois sans crainte, Sion ! Ne baisse pas les bras,
car l’Eternel ton Dieu est au milieu de toi un guerrier qui te sauve. Il sera transporté de joie à ton sujet
et il te renouvellera dans son amour pour toi.
Oui, à cause de toi, il poussera des cris de joie, et il exultera
tout comme aux jours de fête. »
Je t’enlève aujourd’hui la honte que tu portes.

Ce riche texte du prophète Sophonie (3, 14-18a-20) parle de la « fille de Sion », la personnification de la ville de Jérusalem. Prenons le temps de réfléchir sur le sens de ce titre de la ville sainte et voyons comment et pourquoi l’Eglise attribue ce titre à Marie, Mère du Seigneur.

« Fille de Sion » est la personnification de la ville de Jérusalem. « Sion » était le nom de la citadelle Jébuséenne qui devint plus tard la Cité de David. Dans les nombreux textes de l’Ancien Testament qui parle de la « fille de Sion », il n’y a pas de distinction réelle entre une fille de Sion et la ville de Jérusalem elle-même. Dans l’Ancien Testament, le titre « Vierge d’Israël » est le même que celui de « Fille de Sion ». L’image de l’épouse du Seigneur se trouve dans Osée aux chapitres 1-3: elle symbolise l’infidélité du peuple à son Dieu. Jérémie 3, 3-4 parle de la prostitution et de l’infidélité de l’épouse. La « Virginité » dans l’Ancien Testament renvoie à la fidélité de l’Alliance. Dans la 2e lettre aux Corinthiens 11, 2, Paul parle de l’Eglise comme d’une vierge pure. La virginité représente ici la pureté de la foi.

Tout au long de l’Ancien Testament, il est dit que c’est dans Sion-Jérusalem que Dieu rassemblera tout son peuple. Dans Isaïe 35, 10 les tribus d’Israël se rassembleront à Sion. Dans Ezéchiel 22, 17-22, le prophète décrit la purification de son peuple par Dieu qui passera dans l’enceinte des murs de la ville, au milieu de Jérusalem. Le mot hébreu utilisé pour décrire cette partie interne de la ville est « beqervah » un mot formé de la racine « qerev » qui signifie quelque chose de profond, d’intime, situé à l’intérieur de la personne. Cela signifie aussi l’utérus maternel, les entrailles, les intestins, la poitrine, d’une personne, la partie la plus secrète de l’âme, là où résident la sagesse, l’esprit, la malice et la Loi du Seigneur. Par conséquent, la ville de Jérusalem a une fonction maternelle bien définie dans l’histoire du salut.

Le Concile Vatican II a officiellement nommé Marie « fille de Sion » dans la constitution dogmatique sur l’Eglise Lumen Gentium (no 52). L’appropriation de ce titre par l’Eglise pour la mère du Seigneur a un riche fondement scripturaire. Marie illustre les prophéties de l’Ancien Testament qui affirment toute la valeur du rôle eschatologique d’une femme en tant que mère à la fois du Messie et du nouveau peuple de Dieu. Le titre « fille de Sion » évoque le grand symbole biblique du Sion Messianique.

Marie illustre les prophéties des Écritures hébraïques qui lui attribuent toute la valeur du rôle eschatologique d’une femme en tant que mère à la fois du Messie et du nouveau peuple de Dieu : dans la culture d’Israël, la personne individuelle et le peuple entier étant profondément liés.

Pour les prophètes, la « fille de Sion » était l’épouse du Seigneur qui a observait l’Alliance. Le rôle de Marie comme « fille de Sion », de même que chacun de ses rôles au sein du peuple de Dieu, ne peut jamais être compris indépendamment du Christ et de l’Esprit donné à l’humanité en mourant sur la croix. Lumen Gentium dit que toute théologie et piété mariale appartiennent au mystère du Christ et au mystère de l’Eglise.

Marie « fille de Sion » est l’archétype de l’Eglise en tant qu’épouse, vierge et mère. Ce n’est pas seulement une virginité biologique, mais une virginité spirituelle qui signifie la fidélité aux Ecritures, l’ouverture envers les autres et la pureté de la foi. Les paroles de Marie aux serviteurs du banquet de noce à Cana (Jn 2,1-12) sont une invitation à tous les peuples à devenir une partie du nouveau peuple de Dieu. Marie est la nouvelle « fille de Sion » parce qu’elle a invité les serviteurs à obéir parfaitement au Seigneur Jésus. À Cana, cette nouvelle « fille de Sion » a parlé au nom de tous. À ces deux moments, à Cana et au Calvaire, (dans l’évangile de Jean) Marie représente non seulement sa maternité et sa relation physique avec son fils, mais aussi son rôle hautement symbolique de “Femme” et “Mère” du peuple de Dieu. Au Calvaire plus qu’à toute autre place dans le quatrième évangile, Marie est « Mère de Sion » : sa maternité spirituelle commence au pied de la croix.

Comme “Mère de Sion », elle n’accueille et ne représente pas seulement Israël, mais l’Eglise, le Peuple de Dieu de la Nouvelle Alliance. Au pied de la croix, Marie est la Mère du nouveau peuple messianique, de tous ceux qui sont un dans le Christ. Celle qui porta en son sein Jésus, prend place maintenant dans l’assemblée du peuple saint de Dieu. Elle est la nouvelle Jérusalem : dans son propre sein était le Temple, et tous les peuples seront rassemblés dans le Temple qui est son Fils. La Mère de Jésus est en vérité la Mère de tous les enfants de Dieu. Elle est la Mère de l’Eglise. Marie est la première « fille de Sion », menant tout le peuple de Dieu dans sa marche vers le Royaume.

Pour conclure voici les paroles du pape Paul VI dans sa prodigieuse exhortation apostolique sur la joie chrétienne Gaudete in Domino :

[Marie] a saisi, plus que toutes autres créatures, ce que Dieu accomplit de plus merveilleux : Son nom est saint, il montre sa miséricorde, il élève les humbles, il est fidèle à ses promesses. Ce n’est pas que sa vie sorte de l’ordinaire mais elle médite le moindre signe de Dieu, les gardant dans son cœur (Luc 2, 19; 51). Ce n’est pas qu’elle fut épargnée par les souffrances mais elle se tient debout, la mère des douleurs, au pied de la croix, associée d’une manière éminente au sacrifice de la résurrection ; et elle est aussi ouverte à la joie sans limite de la résurrection ; elle est élevée, corps et âme, dans la gloire du ciel. La première des rachetés, immaculée dès sa conception, l’incomparable demeure de l’Esprit, le pur support du rédempteur de l’humanité, elle est en même temps la Fille bien-aimée de Dieu et, en Christ, la Mère de tous. Elle est le modèle parfait de l’Eglise à la fois sur terre et dans la gloire.

(Image : L’adoration des bergers par James Tissot)

Avec humilité, mais avec force : le début d’un Temps nouveau

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Solennité de la Pentecôte – dimanche 15 mai 2016

Actes 2,1-11

1 Corinthiens 12,3b-7.12-13

Jean 20,19-23

On connaît bien le récit d’Actes 2,1-10 – au matin de la Pentecôte les disciples de Jésus sont réunis dans l’attente et la prière. Cette nouvelle journée commence par l’explosion d’un tonnerre provenant du ciel, et par un vent violent. ‪L’histoire rappelle le grand vent qui planait sur les eaux dans le récit de la création de la Genèse. ‪Ce qui était d’abord entendu a ensuite été vu – des langues de feu [2,3]. ‪Le premier don de l’Esprit Saint est le don de la parole dans différentes langues.

La scène passe rapidement de l’intérieur de la salle supérieure, où les disciples sont réunis, au dehors de la maison, dans les rues de Jérusalem. ‪L’Évangile attirait déjà de grandes foules. ‪Dans les rues, « les Juifs venus de toutes les nations qui sont sous le ciel de vie à Jérusalem [2,5] » confrontent l’Église, et leur réaction initiale était l’égarement [2,6]. ‪Les « langues » dont on parle sont en effet les différentes langues de « chaque nation sous le ciel », puisque chaque étranger s’écrie: « Nous avons entendu, chacun de nous, dans notre langue maternelle [2,8]. »

L’énumération par Luc des nations – Parthes, Mèdes, Elamites, habitants de la Mésopotamie, la Judée et de Cappadoce, le Pont et l’Asie, la Phrygie et de Pamphylie, l’Egypte et les parties de la Libye appartenant à Cyrène, et les visiteurs Juifs et prosélytes venus de Rome [2,9-10], affirme très clairement qu’aucune nationalité n’est exclue de la proclamation de la Bonne Nouvelle. ‪Dans ces quelques lignes, Luc nous donne une histoire en miniature, de l’ensemble de la narrative des Actes des Apôtres.

Spiritualité chrétienne authentique

Le chapitre 8 de l’épître de Paul aux Romains traite des éléments de la spiritualité authentique [vv. 8-17]. ‪Plaire à Dieu constitue le but de la vie humaine à la fois par les Juifs et les chrétiens, mais cet objectif ne peut être atteint par ceux qui sont dominés par eux-mêmes (« dans la chair »). ‪Afin de plaire à Dieu, il faut être « dans l’Esprit », vivant « selon l’Esprit » [8,5].

D’après Paul, le baptême chrétien n’est pas seulement « dans l’Esprit », mais l’Esprit demeure dès lors en lui ou elle. ‪Paul insiste sur le fait que l’attachement au Christ n’est possible que par la « spiritualisation » des êtres humains.

Cet attachement n’est pas une simple identification superficielle avec la cause du Christ, ou même une expression de gratitude en reconnaissance pour ce qu’il avait fait pour l’humanité. Au contraire, le chrétien qui appartient au Christ est le seul habilité à « vivre pour Dieu » par l’influence vivifiante de son Esprit.

Sans l’Esprit, source de vitalité chrétienne, le « corps » humain serait comparable à un cadavre en raison de l’influence du péché, mais en union avec le Christ l’« esprit » humain vit, car le Saint-Esprit ressuscite les morts à la vie. L’Esprit ne donne pas seulement une nouvelle vie mais il établit aussi pour les êtres humains la relation de fils et de fille adoptifs, et d’héritier. C’est l’Esprit qui anime et stimule le/la chrétien/chrétienne pour en faire un/une enfant de Dieu. Le thème de la filiation dans l’épître aux Romains évoque la tentative de Paul pour décrire le nouveau statut des chrétiens par rapport à Dieu. Les chrétiens ont reçu l’Esprit (du Christ ou de Dieu), mais ce n’est pas un « esprit » dans le sens d’une disposition ou une mentalité qu’aurait un esclave. Animés par l’Esprit de Dieu, le chrétien ne peut pas avoir l’attitude d’un esclave, car l’Esprit libère. À travers l’Esprit, le chrétien proclame que Dieu est Père.

La Pentecôte dans l’évangile de Jean

La scène de l’évangile d’aujourd’hui se déroule la nuit de la première fête de Pâques. Les apparitions de Jésus aux disciples, sans ou avec Thomas [Jean 11,16 ; 14,15], ont des parallèles dans les autres évangiles, et ce, uniquement pour Jean 20,19-23 ; cf. Luc 24,36-39 ; Marc 16,14-18. Dans Jean, la première apparition du Seigneur ressuscité à ses disciples est à la fois intense et ciblée [20,19-23]. C’est le soir et les portes étaient verrouillées. Soucieux, les disciples sont barricadés à l’intérieur. Un monde suspect, hostile est fermement forcé vers l’extérieur. Jésus manque à l’appel. Soudain, le Ressuscité défie les portes verrouillées, les cœurs scellés, et la vision distordue et apparaît, tout simplement.

La rencontre avec le Seigneur ressuscité dans le récit de Jean marque le début humble et puissant d’une nouvelle ère : la peur se transforme en joie, la douleur devient paix et confiance ; la fuite et la cachette deviennent courage et mission. La division et la haine sont vaincues par le don de l’Esprit Saint – par l`amour de Dieu révélé en Jésus et sa puissance pour enlever le mal et le péché.

Jésus qui « souffle sur eux », comme nous le rappelle Genèse 2,7, où Dieu souffla sur le premier homme et lui donna la vie ; tout comme la vie d’Adam est venue de Dieu, la nouvelle vie spirituelle des disciples provient de Jésus. Cette action rappelle également la revivification des os desséchés dans Ézéchiel 37. Telle est la version de la Pentecôte de l’évangéliste Jean.

« La paix soit avec vous » est le salut et le don du Seigneur ressuscité. Le mot hébreu « shalom » signifie rétablir le sens absolu des choses. La paix biblique n’est pas uniquement un pacte qui permet une vie paisible, ou indique le contraire d’un temps de guerre. La paix se réfère plutôt au bien-être de l’existence quotidienne, à son état de vivre en harmonie avec la nature, avec soi-même et avec Dieu. Concrètement, cette paix désigne la bénédiction, le repos, l’honneur, la richesse, la santé et la vie. Le don de la paix, que Jésus a confiée à ses premiers disciples, devient une promesse et une prière partagée avec la communauté chrétienne.

La mission et le pouvoir de Jésus sont confiés aux mains pauvres, limitées et fragiles de ses apôtres. A travers le travail de l’Esprit Saint cette même mission se poursuit en eux, les munissant du pouvoir de pardonner les péchés, offrant la possibilité de la réconciliation et de l’intimité avec le Père.

Courageux annonciateurs de l’Evangile

L’Esprit Saint renouvela les Apôtres de l’intérieur, les revêtant d’une force qui leur donnerait le courage de sortir et proclamer courageusement que « Christ est mort et est ressuscité ! » Des pêcheurs craintifs de Galilée étaient devenus de courageux annonciateurs de l’Evangile. Même leurs ennemis n’arrivaient pas à comprendre comment « des hommes ordinaires et non-instruits » [Actes 4,13] ont pu faire preuve d’un tel courage et supporter les difficultés, la souffrance et la persécution avec joie. Rien ne pouvait les restreindre. Pour ceux qui ont essayé de leur imposer le silence, ils répondaient : « Nous ne pouvons pas nous empêcher de parler de ce que nous avons vu et entendu » [Actes 4,20]. Voilà comment est née l’Église, et à partir du jour de la Pentecôte, elle n’a pas cessé de répandre la Bonne Nouvelle « jusqu’aux confins de la terre » [Actes 1,8].

A la Pentecôte, le sens intégral de la vie de Jésus et de son message est répandu dans nos cœurs par l’Esprit qui vit dans la communauté. Le mouvement de l’Esprit dans les gens se manifeste dans les dons et les talents. Ce mouvement n’arrive pas à sa fin dans les individus. Il est plutôt censé entraîné une réaction en chaîne pour que nos capacités uniques puissent promouvoir le bien commun. Les dons de l’Esprit sont nombreux : l’enseignement, l’instruction, la guérir, la consolation, le pardon, et l’encouragement. L’Esprit va multiplier nos dons jusqu’a ce que nous aimions Jésus et nos frères et sœurs, observions les commandements et partagions ce que nous avons reçu si généreusement et librement avec les autres.

L’espérance chrétienne : un don de l’Esprit

L’espérance chrétienne est l’une des vraies manifestations de l’Esprit à la Pentecôte. Pour un monde sans nuance où tout doit être dit en moins de 140 caractères, l’espoir signifie en général que nous nous faisons croire que tout va s’arranger. Nous utilisons le mot espoir à la légère et à un prix avantageux. Ce n’est pas l’espérance des chrétiens. Nous devons être des icônes de l’espoir, un peuple avec une nouvelle vision, un peuple qui apprend à voir le monde à travers les lentilles du Christ, de l’Esprit et de l’Eglise.

Le Concile Vatican II a encouragé les chrétiens à lire les signes des temps, et pour le pape Jean XXIII, ils étaient des signes d’espérance et une préfiguration de la présence du Royaume parmi nous. Le Royaume se manifeste à travers les dons de l’Esprit Saint : la sagesse, la compréhension, le conseil, le courage, la connaissance, la piété et la crainte du Seigneur. Et les fruits de l’Esprit rendent le Royaume palpable et l’on peut aussi en avoir en avant-goût : joie, paix, patience, bonté, bienveillance, souffrance prolongée, douceur, foi, modestie, continence, et chasteté.

Il est également possible de suivre une via negativa et dire où le Royaume n’est pas. Là où il n’y a ni justice, ni paix, partage, confiance mutuelle, ni pardon, il n’y a pas de royaume. Là où il y a rancune, jalousie, méfiance, haine, ignorance, indifférence, impudicité, cynisme, il n’y a pas de royaume, et certainement pas de vie.

En Dieu-même, tout est joie

Une deuxième manifestation de l’Esprit à la Pentecôte, c’est la joie. La Lettre apostolique du pape Paul VI en 1975 sur la joie chrétienne « Gaudete in Domino », décrit cette joie :

Que les membres agités de divers groupes rejettent donc les excès de la critique systématique et destructrice ! Sans perdre le point de vue réaliste, que les communautés chrétiennes deviennent des centres d’optimisme, où tous les membres résolument entreprennent de percevoir l’aspect positif des personnes et des événements. « L’amour ne se réjouit pas du mal mais se réjouit avec la vérité. Il n’y a pas de limite au fruit de l’amour, à sa confiance, son espérance, sa capacité à supporter.

La réalisation d’une telle perspective n’est pas seulement une question de psychologie. Elle est aussi un fruit de l’Esprit Saint. Cet Esprit, qui habite pleinement en la personne de Jésus, l’a rendu tant alerte aux joies de la vie quotidienne, tant délicate et persuasive pour remettre pécheurs sur la voie d’une nouvelle jeunesse de cœur et d’esprit ! C’est ce même Esprit qui a animé la Sainte Vierge et chacun des saints. C’est ce même Esprit qui continue à donner à tant de chrétiens la joie de vivre au jour le jour leur vocation particulière, dans la paix et l’espoir qui dépassent les échecs et les souffrances. C’est l’Esprit de Pentecôte qui, aujourd’hui, conduit de très nombreux adeptes du Christ sur les chemins de la prière, dans la joie de louange filiale, vers le service humble et joyeux des déshérités et de ceux qui se trouvent en marge de la société. Car la joie ne peut être dissociée du partage. En Dieu, tout est joie parce que tout est don.


(Image: Pentecôte par Jean Restout)

Homélie du pape François lors de la Messe d’ouverture de l’année de la Miséricorde

blog_1449577517                                                                                                               (Photo: Catholic News Service)
Vous trouverez ci-dessous le texte complet de l’homélie du pape François lors de la Messe d’ouverture du Jubilé de la Miséricorde lors de laquelle le Souverain Pontife a ouvert la Porte de Sainte de la basilique Saint-Pierre de Rome:

Frères et sœurs,

D’ici peu, j’aurai la joie d’ouvrir la Porte Sainte de la Miséricorde. Nous accomplissons ce geste, aussi simple que fortement symbolique, à la lumière de la Parole de Dieu que nous avons écoutée, et qui place au premier plan le primat de la grâce. Ce qui revient plusieurs fois dans ces Lectures, en effet, renvoie à l’expression que l’ange Gabriel adresse à une jeune fille, surprise et troublée, indiquant le mystère qui l’envelopperait : « Je te salue, comblée-de-grâce » (Lc 1, 28).

La Vierge Marie est appelée surtout à se réjouir de ce que le Seigneur a accompli en elle. La grâce de Dieu l’a enveloppée, la rendant digne de devenir mère du Christ. Lorsque Gabriel entre dans sa maison, le mystère le plus profond qui va au-delà de toute capacité de la raison, devient pour elle motif de joie, de foi et d’abandon à la parole qui lui est révélée. La plénitude de la grâce est en mesure de transformer le cœur, et le rend capable d’accomplir un acte tellement grand qu’il change l’histoire de l’humanité.

La fête de l’Immaculée Conception exprime la grandeur de l’amour de Dieu. Il est non seulement celui qui pardonne le péché, mais en Marie, il va jusqu’à prévenir la faute originelle, que tout homme porte en lui en entrant dans ce monde. C’est l’amour de Dieu qui devance, qui anticipe et qui sauve. Le début de l’histoire du péché dans le jardin de l’Eden se conclue dans le projet d’un amour qui sauve. Les paroles de la Genèse renvoient à l’expérience quotidienne que nous découvrons dans notre existence personnelle. Il y a toujours la tentation de la désobéissance qui s’exprime dans le fait de vouloir envisager notre vie indépendamment de la volonté de Dieu. C’est cela l’inimitié qui tente continuellement la vie des hommes pour les opposer au dessein de Dieu. Pourtant, même l’histoire du péché n’est compréhensible qu’à la lumière de l’amour qui pardonne. Si tout restait cantonné au péché, nous serions les plus désespérées des créatures, alors que la promesse de la victoire de l’amour du Christ enferme tout dans la miséricorde du Père. La Parole de Dieu que nous avons entendue ne laisse pas de doute à ce sujet. La Vierge Immaculée est devant nous un témoin privilégié de cette promesse et de son accomplissement.

Cette Année Sainte extraordinaire est aussi un don de grâce. Entrer par cette Porte signifie découvrir la profondeur de la miséricorde du Père qui nous accueille tous et va à la rencontre de chacun personnellement. Ce sera une Année pour grandir dans la conviction de la miséricorde. Que de tort est fait à Dieu et à sa grâce lorsqu’on affirme avant tout que les péchés sont punis par son jugement, sans mettre en avant au contraire qu’ils sont pardonnés par sa miséricorde (cf.Augustin, De praedestinatione sanctorum 12, 24) ! Oui, c’est vraiment ainsi. Nous devons faire passer la miséricorde avant le jugement, et dans tous les cas le jugement de Dieu sera toujours à la lumière de sa miséricorde. Traverser la Porte Sainte nous fait donc nous sentir participants de ce mystère d’amour. Abandonnons toute forme de peur et de crainte, parce que cela ne sied pas à celui qui est aimé ; vivons plutôt la joie de la rencontre avec la grâce qui transforme tout.

Aujourd’hui en franchissant la Porte Sainte, nous voulons aussi rappeler une autre porte que, il y a cinquante ans, les Pères du Concile Vatican II ont ouverte vers le monde. Cette échéance ne peut pas être rappelée seulement pour la richesse des documents produits, qui jusqu’à nos jours permettent de vérifier le grand progrès accompli dans la foi. Mais, en premier lieu, le Concile a été une rencontre. Une véritable rencontre entre l’Église et les hommes de notre temps. Une rencontre marquée par la force de l’Esprit qui poussait son Église à sortir des obstacles qui pendant de nombreuses années l’avaient refermée sur elle-même, pour reprendre avec enthousiasme le chemin missionnaire. C’était la reprise d’un parcours pour aller à la rencontre de tout homme là où il vit : dans sa ville, dans sa maison, sur son lieu de travail… partout où il y a une personne, l’Église est appelée à la rejoindre pour lui apporter la joie de l’Évangile. Une poussée missionnaire, donc, qu’après ces décennies nous reprenons avec la même force et le même enthousiasme. Le Jubilé nous provoque à cette ouverture et nous oblige à ne pas négliger l’esprit qui a jailli de Vatican II, celui du Samaritain, comme l’a rappelé le bienheureux Paul VI lors de la conclusion du Concile.

Franchir la Porte Sainte nous engage à faire nôtre la miséricorde du bon samaritain.

[02164-FR.01] [Texte original: Italien]

L’avenir de l’humanité passe par le mariage et la famille

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Réflexion biblique du père Thomas Rosica c.s.b. pour le 27e dimanche du temps ordinaire B (4 octobre 2015)

Plutôt que de commenter dans le détail chacune des lectures pour le vingt-septième dimanche du temps ordinaire (Année B), j’aimerais offrir une réflexion générale découlant des lectures de ce dimanche sur le mariage et la famille. Dans l’évangile de ce dimanche (Marc 10, 2-16), les pharisiens confrontent Jésus une fois de plus avec la question du divorce et de sa légitimité : « Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme? »

« Que vous a prescrit Moïse? », demande Jésus. Ils répondent que Moïse permet à un homme d’établir un acte de répudiation et d’ainsi renvoyer sa femme. Jésus déclare que si la loi de Moïse permet le divorce (Deutéronome 24, 1), c’est uniquement à cause de l’endurcissement des cœurs (Marc 10, 4-5). En citant Genèse 1, 27 et 2, 24, Jésus proclame que, au sujet du mariage humain, l’intention divine, c’est la permanence, et ce, depuis le commencement de la création (Marc 10, 6-8). Il réaffirme ceci en déclarant que ce que Dieu a uni, aucun être humain ne devrait le séparer (verset 9).

Avec prudence et sagesse, Jésus répond à cette question piège en faisant appel au plan de Dieu pour une unité et une égalité complète entre l’homme et la femme lorsqu’il les unit dans le mariage. Il affirme que le mari et la femme sont unis si intimement qu’en fait, ils ne font plus qu’un. Ils deviennent indivisibles. En répondant à une question directe conçue délibérément pour le prendre au piège, Jésus parle de la nature du mariage et uniquement de cela. Il met l’accent sur la sainteté du mariage et sur l’alliance de fidélité, pas sur la légitimité du divorce. Le but du mariage n’est pas le divorce ni l’annulation!

Divorce, annulation et remariage

Jésus ne condamnait pas les gens qui ont fait de leur mieux et se sont quand même retrouvés avec un divorce. Il ne jugeait pas ces gens-là, ne les jetait pas hors de la communauté de l’Église ni ne leur assignait des places en enfer. Il se contentait d’affirmer la perspective que les couples eux-mêmes ont lorsqu’ils se présentent devant un ministre de l’Église et prononcent leurs vœux de mariage.

De nos jours, l’annulation catholique paraît pour plusieurs comme un simple divorce catholique. Le divorce proclame que la réalité du mariage a existé au commencement de l’union et que cette réalité est désormais brisée. L’annulation est une déclaration que la réalité du mariage n’a jamais existé. L’Église déclare plusieurs mariages invalides sur la base de la présence d’obstacles ou d’empêchements au moment du mariage.

Au fil des mes années de ministère pastoral, j’ai rencontré plusieurs personnes divorcées qui se sentaient très aliénées de l’Église. Pour nombre d’entre elles, le divorce était la dernière chose à laquelle elles avaient jamais rêvé ou désiré. Dans plusieurs cas, cela leur est tombé dessus de façon inattendue et tragique. Aucune des personnes que j’ai rencontrées ne m’a dit qu’elle attendait avec impatience le divorce, qu’elle en ait jamais eu envie. Elles ne voyaient tout simplement pas d’autre alternative.

Il est arrivé que des hommes et des femmes divorcés se soient fait dire à tort par des personnes bien intentionnées qu’ils étaient excommuniés de l’Église catholique, ce qui est absolument faux. Leur souffrance est souvent considérable, tout comme leur besoin d’être compris et accepté. Ils ont besoin d’enseignements catholiques sans ambiguïté pour les éclairer et les conduire vers le Christ. Ils ont besoin d’amis, de gens qui prient pour eux et avec eux. Ils ont besoin de Dieu dans leurs vies au milieu de toute cette rupture et de ces brisures. Ils méritent notre compréhension et notre attention priante.

Un enseignement positif sur la question des annulations de mariage devrait être offert dans toutes les communautés paroissiales. Bien qu’une annulation puisse être une démarche fastidieuse et douloureuse pour certaines personnes, elle peut être un instrument de grâce, de guérison, de clôture et de paix d’esprit et de cœur.

L’avenir de l’humanité passe par le mariage et la famille

Dans les encycliques papales Humanae Vitae (1968) et Evangelium Vitae (1995) et en particulier dans l’exhortation apostolique Familiaris Consortio (1981) et dans la magnifique Lettre aux familles (1994), les papes Paul VI et Jean-Paul II ont consacré une grande attention au mariage et à la famille dans la culture d’aujourd’hui. Depuis la première année de son pontificat, Jean-Paul II a constamment mis l’accent sur le fait que « la famille est la voie de l’Église ». La famille est une école de communion, basée sur les valeurs de l’Évangile. L’année dernière, à l’occasion du 40e anniversaire de l’encyclique Humanae Vitae, les évêques du Canada ont publié un document très important dans lequel ils écrivent (No 19) :

« En somme, l’encyclique Humanae Vitae de Paul VI, et à sa suite la « théologie du corps » élaborée par le pape Jean-Paul II, lancent un défi immense à un monde trop souvent occupé à se protéger de l’extraordinaire potentiel de vie de la sexualité. À la suite de ces deux papes au regard prophétique, l’Église « experte en humanité » lance un message inattendu : la sexualité est une amie. Un don de Dieu. Elle nous est révélée par le Dieu trinitaire qui nous demande d’en révéler à notre tour la grandeur et la dignité à nos contemporains en ce début de troisième millénaire. Certains comparent la théologie du corps à une véritable révolution qui pourrait produire ses fruits au cours du XXIe siècle du christianisme. Nous invitons les baptisés à être les premiers à en expérimenter le potentiel libérateur. » [Read more…]

Échos du Vatican

Benoît XVI à Brescia ce dimanche

Le Pape se rendra dimanche dans la région de Brescia, dans le nord de l’Italie, pour une visite pastorale d’un jour. Brescia est la ville natale du pape Paul VI et, puisque nous y sommes, de Mgr Luigi Ventura, notre nuncio bien-aimé qui nous a quitté en début de semaine pour prendre son poste à Paris à la fin du mois.

Nul doute que Benoît XVI fera référence à son prédécesseur, duquel il s’est inspiré pour sa dernière encyclique sociale, Caritas in Veritate. Paul VI a également mené la seconde partie du Concile Vatican II et ses suites. Notre Saint-Père s’inscrira certainement dans les sillons du Papa Montini.

Télévision Sel + Lumière diffusera la célébration de la messe pontificale à Brescia, ce dimanche 8 novembre à 15h30. La programmation complète de S+L peut toujours être vu en direct sur le web.

Le future de l’humanité passe par le mariage et la famille

Réflexion pour le 27e dimanche du temps ordinaire B

Marc Chagall

Marc Chagall - Les mariés de la Tour Eiffel (1938)

Au lieu de commenter en détail chacune des lectures de ce dimanche, j’aimerais offrir quelques réflexions générales au sujet du mariage et de la vie de famille, deux thèmes récurrents de ces textes. Dans l’évangile de ce dimanche (Mc 10, 2-16), les pharisiens confrontent une fois de plus Jésus avec la question délicate du divorce et sa légitimité : « Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme? »

« Que vous a prescrit Moïse? », demanda Jésus. Ils répondirent que Moïse a permis de renvoyer sa femme à condition d’écrire un acte de répudiation. Jésus déclare que la loi de Moïse permettait le divorce (Dt 24, 1) seulement à cause de la dureté des cœur (Mc 10, 4-5). En citant Genèse 1, 27 et 2, 24, Jésus proclame que l’intention divine à l’endroit du mariage humain est la permanence (Mc 10, 6-8). Il réaffirme cela en déclarant : « Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas (v. 9). »

Jésus répond avec sagesse et prudence à la question piège en attirant l’attention sur le plan de Dieu pour l’unité et l’égalité complètes en attirant des hommes et des femmes à s’unir dans le mariage. Il affirme que le mari et la femme sont si intimement liés qu’ils deviennent un et indivisible.  En répondant à une question qui visait délibérément à le piéger, Jésus parlait de la nature du mariage et uniquement de cela. Il insiste sur la sainteté du mariage et la fidélité dans l’union et non sur l’illégitimité du divorce. L’objectif du mariage n’est pas le divorce ou l’annulation!

Divorce, annulation et remariage

Jésus n’a pas condamné des gens qui ont fait de leur mieux et ont fini divorcés. Il ne jugeait pas de telles personnes, les chassant de la communauté ou leur assignant une place en enfer. Il affirmait simplement la perspective des couples eux-mêmes lorsqu’ils sont devant le ministre de l’Église et prononcent leurs vœux de mariage. [Read more…]