Homélie du Cardinal Gérald Cyprien Lacroix lors de la Messe du 200e anniversaire de l’évangélisation dans l’Ouest et le nord du Canada

Vous trouverez ci-dessous le texte officiel de l’homélie de Monsieur le cardinal Gérald Cyprien Lacroix Archevêque de Québec et Primat du Canada telle que prononcée lors de la Messe du 15e Dimanche du Temps Ordinaire « B »  et du 200e anniversaire de l’évangélisation dans l’Ouest et le nord du Canada sur le Parvis de la Cathédrale St-Boniface, Saint-Boniface, Manitoba, 15 juillet 2018. (Am 7, 12-15  •  Ps 84 (85)  •  Ep 1, 3-14  •  Mc 6, 7-13):

« Allez ! En avant la mission ! »

Très chers frères et sœurs,

Si nous conjuguions le verbe aller à l’indicatif présent, nous remarquerions qu’il change d’aspect, passant de je vais, tu vas, il/elle va, à nous allons, vous allez et revenir à la forme initiale ils vont. Le même phénomène se produit à l’impératif : Va, allons, allez. Pourtant, il s’agit toujours de ce même verbe qui exprime si bien l’action et le mouvement. Cette petite allusion aux caprices de la grammaire française n’est pas tout à fait anodine si vous avez remarqué que l’aspect du verbe ressemble le plus au concept du verbe aller lorsqu’il se décline au pluriel, allez. Peut-être sommes-nous plus actifs, plus entreprenants lorsque nous agissons collectivement ? C’est en tous cas cet élan missionnaire vécu audacieusement ensemble par des pionniers d’abord, ensuite par vous tous, qui se résume dans ce verbe aller. C’est le mot-clef pour comprendre la Parole de Dieu en ce dimanche festif, en ce jubilé pour les 200 ans de l’évangélisation de l’Ouest et du Nord du Canada.

C’est parce que des hommes et des femmes ont répondu en grand nombre à l’appel du Christ, qu’ils ont franchi les frontières de leurs foyers et de leur confortpour aller porter la Bonne Nouvelle de l’Évangile jusque dans les lointaines périphéries de cet immense territoire, que nous sommes réunis en ce lieu, aujourd’hui.

Vous avez sans doute remarqué qu’il y a beaucoup de mouvement dans les textes bibliques de ce dimanche. Le Seigneur appelle des personnes à Le joindre. Il séduit leur âme et répond à leurs attentes les plus fondamentales, puis il les envoie en mission. C’est ainsi qu’a pris naissance et que s’est déroulée l’histoire du salut depuis que l’Évangile a embrasé le cœur et la vie d’hommes et de femmes qui ont fait la rencontre personnelle avec Celui qui a changé leur vie. Cette rencontre a poussé ces disciples à partager leur foi, leur espérance et leur amour. Ils sont ainsi devenus des missionnaires. En fait, disciples et missionnaires sont deux mots, deux réalités qui participent tellement du même élan du cœur que le pape François en a fait un concept nouveau en reliant les deux mots par un trait d’union : disciples-missionnaires.

Comment rencontrer le Christ, goûter à la vie nouvelle qu’Il nous apporte sans être épris par un désir irrésistible de partager cette Bonne Nouvelle ? C’est ici, à Saint-Boniface, que l’Église-mère de tout l’Ouest et du Nord du Canada est née, s’est épanouie et qu’elle poursuit son élan missionnaire grâce à des femmes et des hommes habités par cette rencontre, cette amitié avec le Christ. Pas surprenant que cette semence d’Évangile ait porté tant de fruits et que vous puissiez aujourd’hui en apprécier la valeur et célébrer ce magnifique parcours.

Lorsque l’Évangile, porté par des témoins du Christ ressuscité, arrive dans une région, lorsque des disciples-missionnaires s’enracinent dans un coin de pays, c’est un nouveau chapitre de l’histoire humaine qui s’écrit car l’Évangile ne se résume pas à des paroles. Il est un projet de vie, de famille, de communauté. Le message évangélique propose un éventail de valeurs et d’attitudes qui rayonnent dans la société et la transforment tel un levain dans la pâte. Les célébrations de votre bicentenaire vous donnent l’occasion de mesurer avec encore plus de justesse tous les bienfaits de l’action de l’Église chez-vous.

Célébrer 200 ans de présence de disciples du Christ et de leurs réalisations, si brillantes soient-elles, ne se résume pas à contempler le passé. C’est aussi une excellente occasion de se sentir interpellés à poursuivre l’œuvre commencée car il reste tant à faire. Il suffit d’observer l’urgence de parfaire les relations communautaires dans l’harmonie, le respect et la justice. Il suffit de mesurer lechemin à parcourir pour que la réconciliation guérisse les blessures du passé et rassemble tous les croyants, peu importent la couleur de leur peau ou leur originesocioéconomique, dans une communauté chrétienne unie et solidaire « afin que le monde croie. »

Les textes bibliques qui ont été proclamés aujourd’hui sont une invitation à nous engager sur les routes de la mission. Comme au temps d’Amos, le Seigneur choisit son élu et lui dit : « Va, tu seras prophète pour mon peuple Israël. » À toi, peuple fidèle de l’Église de l’Ouest et du Nord du Canada, le Seigneur te dit : « Va, tu seras prophète pour mon peuple du Manitoba, de la Saskatchewan, d’Alberta, de la Colombie Britannique, du Yukon, des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut. »

Quelle heure est-il dans votre immense territoire ? C’est l’heure d’évangéliser ! Nous sommes bien conscients des énormes défis qui doivent être relevés dans notre pays. Nous observons un énorme déficit d’espérance chez un grand nombre de nos concitoyens et concitoyennes et dans nos communautés, toutes provenances confondues. Dans un pays aussi prospère que le Canada, aussi riche en ressources humaines et matérielles, n’est-il pas scandaleux d’observer le grand nombre de personnes et de familles souffrir parce qu’elles ne trouvent pas leur place au sein d’une communauté ; d’autres particulièrement des enfants, avoirfaim et soif de pain et d’affection ; d’autres peiner pour échapper un tant soit peu à la misère ou pâtir d’êtres d’éternelles victimes de ségrégation et d’ostracisme ?Comment répondre chrétiennement de tant d’injustices et d’inégalités lorsque leSeigneur affirme : « En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l’avez fait au moindre de miens, c’est à moi que vous l’avez fait. » ?

C’est l’heure d’évangéliser ! C’est l’heure de sortir de notre confort pour aller à la rencontre des frères et des sœurs qui sont en quête de sens, d’espérance, d’une vie juste, de sécurité et de paix. Nous avons rencontré Celui qui répond aux besoins de l’être humain : le Christ Jésus. Son Évangile est un chemin de vie car c’est Lui « le Chemin, la Vérité et la Vie. » Allons le porter !

Frères et sœurs, osez partir en mission ! Il ne s’agit pas de parcourir mers et mondes mais bien d’ouvrir son esprit et son cœur aux besoins de ceux et celles avec qui nous vivons, nous travaillons, nos frères et sœurs en humanité qui attendent des signes de réconciliation, de bonté, de justice et d’amour. Ce que Jésus fait avec les douze Apôtres dans l’évangile de ce dimanche, c’est ce qu’Il attend denous. Il nous appelle à aimer le monde pour lequel Il est venu et qu’il a sauvé. Il nous invite à tendre la main, à servir notre prochain comme Il l’a fait, à nouer le tablier et peut-être même à se salir les mains.

Cette grande mission, Jésus la confie à toute l’Église, pas seulement au pape, aux évêques et aux prêtres. Nous sommes tous responsables de la mise en œuvre du mandat missionnaire car c’est à nous tous que Jésus s’adresse lorsqu’il dit à ses Apôtres : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples ; baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. »

Imaginez l’ardeur, le zèle apostolique qui habitaient le père Joseph-Norbert Provencher et ses compagnons lorsqu’ils se sont embarqués pour le long voyage qui les a conduits de Québec jusqu’ici, à la Rivière Rouge. Imaginez l’audace et le courage des premières religieuses Sœurs de la Charité qui ont choisi librement devenir œuvrer à la mission dans un pays à bâtir.

Chers amis, c’est de personnes jeunes et moins jeunes de cette trempe dontl’Église a besoin aujourd’hui pour poursuivre sa mission d’évangélisation. Le Seigneur a besoin d’ouvriers dans ses champs parce que la moisson est abondante.Vous en savez quelque chose en matière de moissons en observant les vastes étendues de vos prairies. Ayons le courage et l’audace de ces Éphésiens auxquels saint Paul dit : « Vous aussi, après avoir écouté la parole de vérité, l’Évangile de votre salut, et après y avoir cru, vous avez reçu la marque de l’Esprit Saint. » L’Esprit Saint nous pousse à partir évangéliser, principalement par la cohérence de notre témoignage de vie et les principes évangéliques auxquels nous sommes liés par notre baptême.

Chers frères et sœurs de l’Ouest et du Nord du Canada, que « L’amour du Christ nous presse ». L’heure est venue de chausser nos bottes de marche et des’engager sur les terrains de la mission. Un vaste chantier nous y invite et nous attend. Vos origines témoignent d’une riche diversité culturelle. Dès l’arrivée des premiers missionnaires, il y avait ici des peuples autochtones, des Métis, des Anglais et rapidement se sont ajoutés des peuples venus de partout sur la planète. Tout ceci représente des défis de taille pour vivre ensemble dans l’harmonie et la paix, mais cette richesse culturelle et spirituelle offre aussi une belle opportunité de témoigner que l’Évangile ouvre à une qualité de vie et permet le dépassement car l’Église se construit sur les fondations de l’amour et de la vérité.

À l’invitation de Jésus, partons avec l’essentiel, l’amour de Dieu que nous goûtons grâce à notre rencontre avec le Christ ressuscité et témoignons de sa présence vivante et agissante dans notre vie. En route, le Seigneur nous apprendra à vivre ensemble comme de véritables frères et sœurs. Ne dites surtout pas que c’est une mission impossible. Le Seigneur a appelé Amos alors qu’il était derrière un troupeau de bétail et en a fait un prophète. Il a appelé des humbles pêcheurs de Galilée pour qu’ils deviennent ses apôtres, ses envoyés. Le Seigneur ne choisit pas des gens capables. Il rend capables ceux qu’il choisit.

Tout cela est possible si nous répondons au commandement du Seigneur Jésus qui nous dit : « Allez ! » Cette mission devient possible lorsque notre réponses’abreuve aux sources de l’Esprit et dans l’audace de notre foi en sa présence. Chacun d’entre nous peut dire : je vais, tu vas, il va. Ensemble nous comptons les uns sur les autres pour affirmer : nous allons, vous allez, ils vont. Et l’esprit missionnaire qui nourrit notre zèle pour que toute personne soit figure du Christ et toute communauté le foyer de son Église.

Frères et sœurs de l’Ouest et du Nord du Canada, « Allez ! » En avant la mission !

15 raisons d’aimer Sel et Lumière ! (3e partie)

Quinze ans, 15 bougies… paraphrasant saint Pierre nous demandant de « donner les raisons de l’espérance qui est en vous » (1 Pierre 3,5), voici la dernière partie des 15 raisons pour lesquelles j’aime Télévision S+L. J’espère qu’il en est de même pour vous.

10- Un lieu où entendre la voix des artisans invisibles

À première vue, l’Église du Québec et du Canada francophone semble souffrir d’une grande pauvreté. Parallèlement, la société québécoise vit difficilement les conséquences de la désertification spirituelle et du vacuum religieux. Toutefois, si on y regarde de plus près, on perçoit une panoplie de raisons d’espérer. Comme l’ont affirmé les évêques du Québec au pape François (Rapport ad limina 2017, AECQ) : « C’est sur le terrain, auprès des gens que nous voyons émerger cette nouvelle Église, fragile mais combien enracinée dans la foi, l’espérance et l’amour. »  En ce sens, Télévision Sel et Lumière nous invite « Sur la route des diocèses », à la rencontre des différents visages de cette Église qui, de par sa pauvreté même, fait resplendir sur le monde le « visage miséricordieux du Père » (Misericordiae Vultus, no 17). Voilà pourquoi j’aime Sel et Lumière.

11- Instrument pour la construction d’un monde plus juste

« Sans perdre de vueque le salut des âmes qui doit toujours être dans l’Église la loi suprême » (CIC, no 1752), les catholiques ne peuvent rester indifférents aux détresses humaines vécues, à divers degrés, par tous et chacun. En effet, pleinement engagée pour la Justice, la paix et le développement dans le monde, l’Église a pour devoir de proposer et de mettre concrètement en pratique sa propre Doctrine sociale. En ce sens, Sel et Lumière Télévision est pleinement impliquée dans la visibilité et la diffusion d’émissions imprégnés de solidarité, subsidiarité, dignité des personnes et de la destination universelle des biens. Voilà pourquoi j’aime Sel et Lumière.

12-  À la Défense des plus pauvres et des plus vulnérables 

De ce premier engagement découle nécessairement celui d’une option préférentielle pour les pauvres ; d’une sollicitude spécialement dirigée vers ceux qui par manque du nécessaire, sont blessés dans leur humanité même. Comme le dit le pape François : « l’option préférentielle pour le pauvre exige de considérer avant tout l’immense dignité du pauvre à la lumière des convictions de foi les plus profondes. Il suffit de regarder la réalité pour comprendre que cette option est aujourd’hui une exigence éthique fondamentale pour la réalisation effective du bien commun (no 158). Par ses émissions, Télévision Sel et Lumière est également porteuse de cette inspiration d’une éthique globale au service des plus faibles de nos sociétés. Voilà pourquoi j’aime Sel et Lumière.

13- Pour la sauvegarde de la maison commune

Comme l’affirme le pape François : « L’écologie humaine implique aussi quelque chose de très profond : la relation de la vie de l’être humain avec la loi morale inscrite dans sa propre nature, relation nécessaire pour pouvoir créer un environnement plus digne. Benoît XVI affirmait qu’il existe une “écologie de l’homme” parce que « l’homme aussi possède une nature qu’il doit respecter et qu’il ne peut manipuler à volonté »(no 155). Loin de toutes les idéologies contradictoires et qui finissent par nuire à la lutte contre les problèmes causés par la destruction de l’environnement, l’Église est pleinement engagée dans la diffusion d’une vision globale et cohérente de l’homme et de la nature comme étant intrinsèquement reliés. Par sa série « Création », Télévision Sel et Lumière a su prouver l’efficacité d’une pastorale médiatique dans cette mission évangélique de la sauvegarde de la Maison commune.  Voilà pourquoi j’aime Sel et Lumière.

 14- À la découverte de notre histoire sainte et de nos grandes figures fondatrices

Cette culture de la rencontre tant souhaitée par tous les papes modernes ne peut se réaliser qu’à travers des interlocuteurs conscients et fiers de leur identité et de leur racine. Comme le disait le pape émérite Benoît XVI : « Aujourd’hui, les occasions d’interaction entre les cultures ont singulièrement augmenté ouvrant de nouvelles perspectives au dialogue interculturel ; un dialogue qui, pour être réel, doit avoir pour point de départ la conscience profonde de l’identité spécifique des différents interlocuteurs » (Caritas in Veritate, no 26). Télévision Sel et Lumière est donc pleinement engagée dans ce processus de transmission de la mémoire collective catholique du Québec et du Canada francophone.  Portier de Dieu : Saint André de Montréal ; Sur ses traces : Kateri Tekakwitha; François : Apôtre de l’Amérique ne sont que quelques-unes des contributions de S+L en ce domaine. Voilà pourquoi j’aime Sel et Lumière.

 15- À la rencontre des témoins de notre temps

 Connaître l’héritage tiré du passé est sans contredit une dimension importante d’une identité saine et équilibrée. Il est néanmoins aussi important d’être en contact avec les témoins du Christ que sont nos contemporains. Comme le dit le pape François : « J’aime voir la sainteté dans le patient peuple de Dieu : chez ces parents qui éduquent avec tant d’amour leurs enfants, chez ces hommes et ces femmes qui travaillent pour apporter le pain à la maison, chez les malades, chez les religieuses âgées qui continuent de sourire » (no 7). En ce sens, l’émission « Témoins » animée par le père Thomas Rosica c.s.b. nous propose des rencontres avec des personnes qui ont mis le Christ au centre de leur vie. Prête à témoigner de l’immense richesse de la foi chrétienne, l’émission « Témoins » nous offre des histoires édifiantes capables de susciter en nous l’admiration et le désir de nous mettre en marche à la suite du Christ. Voilà pourquoi j’aime Sel et Lumière.

Je travaille tous les jours depuis 4 ans pour cette télévision exceptionnelle qui fait littéralement des miracles en produisant autant d’émissions de qualité avec des moyens plus que limités. Que ce soit par la Messe quotidienne en direct de Montréal, ses diffusions d’événements en provenance de Rome, ses couvertures exclusives de l’ensemble des voyages apostoliques, ses documentaires primés, ses émissions hebdomadaires, ses blogues, livres, radio, médias sociaux et ressources de toutes sortes, Sel et Lumière a su faire sa place dans notre environnement médiatique francophone et canadien. Tout cela grâce aux prières et à la généreuse participation financière de vous tous qui avez à cœur l’Évangélisation dans notre beau pays et de par le monde. Pour toutes ces raisons, longue vie à Sel et Lumière!

Le président du Panama invite les jeunes Canadiens à la JMJ 2019

Vous trouverez ci-dessus l’invitation du président du Panama Juan Carlos Varela aux jeunes du Canada en vue des JMJs de 2019.

Hymne officiel des JMJ au Panama 2019

L’hymne des JMJ, caractérisé par une rythmique typique de la culture panaméenne, reprend le thème des JMJ choisi par le Pape « que tout m’advienne selon ta parole » (Lc. 1. 38). Ce chant de louange qui sera diffusé et chanté dans le monde entier a été écrit et composé par Abdiel JIMÉNEZ, auteur de plusieurs pièces de musique liturgique, et aussi membre de plusieurs chorales. Il a étudié à la Faculté de Sciences Religieuses de l’Université Catholique Santa María La Antigua. Une version française est à paraitre prochainement !

15 ans, 15 bougies…15 raisons d’aimer Sel et Lumière !

Grande est notre joie de célébrer cette année le 15eanniversaire de la Fondation catholique Sel et Lumière média. Cela paraît incroyable tant le temps semble s’écouler suivant une rapidité sans commune mesure ! Mais c’est vrai, le 1erjuillet prochain cela fera 15 ans que, dans le contexte des JMJ de Toronto, S+L a diffusé ses premières émissions au Service de l’Évangile et de notre Église canadienne. Vous le savez, les anniversaires sont une occasion pour des rétrospectives, bilans projections et perspectives. Nous aurons évidemment l’occasion d’aborder de telles questions au courant de l’année. Il m’apparaissait toutefois plus opportun de vous offrir un témoignage sur les raisons qui me motivent personnellement à travailler pour S+L. Quinze ans, 15 bougies… paraphrasant saint Pierre nous demandant de « donner les raisons de l’espérance qui est en vous » (1 Pierre 3,5), voici donc les 15 raisons pour lesquelles j’aime Télévision S+L. J’espère qu’il en est de même pour vous.

1- Pour nourrir ma vie de prière 

La vie spirituelle n’est pas une chose que l’on possède mais plutôt une personne qui nous habite et qui vient en nous établir sa demeure. Bien humblement et pour notre plus grand bien, Jésus-Christ perpétue sa Présence en notre monde en nous établissant collaborateur de son Œuvre de Salut opérée une fois pour toute sur la Croix. Nous devons donc apprendre à laisser croître en nous cet espace intérieur qui Lui permettra de nous élever jusqu’à la Gloire de Son Père. En ce sens, Télévision S+L s’est engagée depuis ses tout débuts à nourrir cette vie de prière par les réflexions bibliques du père Thomas Rosica c.s.b., des émissions de discussion théologique et de regard catholique sur notre monde, sans oublier la Messe quotidienne à l’Oratoire Saint-Joseph de Montréal. Télédiffusion rendant accessible ce Mystère de l’Eucharistie, « source et sommet de toute la vie chrétienne » ( Lumen gentium, n. 11.) à tous avec une pensée toute spéciale pour ces chrétiens incapables de s’y rendre pour des raisons de santé ou d’éloignement. Voilà pourquoi j’aime Sel et Lumière.

2-   Missionnaire sur le continent numérique

Cette union au Christ, rendu présent pour nous dans les sacrements (LG 3), implique directement de notre part un engagement et une disponibilité à faire rayonner ce don qui nous a été offert gratuitement. Cette dimension missionnaire de la vocation chrétienne est au cœur de la mission de S+L depuis ses commencements. Faisant siens les appels répétés de tous les papes contemporains à « évangéliser le continent digital », tous les artisans de notre télévision catholique se sont efforcés depuis 15 ans de rendre accessible le Message de l’Évangile sur une grande variété de plateformes telles que la Web Radio, Roku, Facebook, Twitter, Instagram, etc. Voilà pourquoi j’aime Sel et Lumière.

3-   Pour approfondir ma foi

Puisqu’aimer mieux implique connaître mieux, notre cheminement de foi dépend de notre appétit à nous mettre à l’écoute de la Révélation divine présente dans les Saintes Écritures, la Tradition et l’Enseignement des Papes. Encycliques, Homélies, Exhortations apostoliques, discours, etc. la parole de l’Église a souvent besoin d’être située, expliquée, approfondie et manifestée dans la « splendeur de la Vérité »[4]qui nous rend libre et sensible aux motions de l’Esprit à nous tourner vers notre destinée universelle et éternelle. En ce sens, S+L a toujours été au service de cette mission d’enseignement de l’Église et c’est pourquoi je la considère essentielle à la vie ecclésiale du Québec et du Canada francophone. Voilà pourquoi j’aime Sel et Lumière.

4-   Espace de dialogue avec la culture

Pour que la foi catholique puisse produire tous les fruits qu’elle est appelée à produire dans les cœurs et les esprits de nos contemporains, il est absolument essentiel d’entrer en dialogue avec notre culture. L’Église n’étant évidemment pas destinée à évoluer en vase clos, elle se doit d’offrir une parole d’espérance en un monde qui en est souvent dépourvu. Ainsi, dans ce qui ressemble parfois plus à un vacarme qu’à un « concert » de propositions de sens, l’Église doit manifester de différentes manières la pertinence de la vie spirituelle chrétienne aujourd’hui. Or, comme le dit le pape François : « Il est bien que chaque catéchèse prête une attention spéciale à la “voie de la beauté” (via pulchritudinis).Annoncer le Christ signifie montrer que croire en lui et le suivre n’est pas seulement quelque chose de vrai et de juste, mais aussi quelque chose de beau … » (EG 167)[5]. Télévision Sel et Lumière, par ces nombreuses émissions consacrées aux beaux arts sous toutes ces formes, a toujours cherché à répandre la Bonne nouvelle suivant cette logique de la beauté dans son engagement pour le dialogue entre foi et culture. C’est pourquoi j’aime Sel et Lumière.

5-   Contre la globalisation de la tristesse et de l’isolement

Dans son homélie de consistoire pour la création des nouveaux 14 cardinaux le 28 juin dernier, le pape François affirmait « Quand nous oublions la mission, quand nous perdons de vue le visage concret des frères, notre vie se renferme dans la recherche de nos propres intérêts et de nos propres sécurités. Et ainsi, commencent à grandir le ressentiment, la tristesse et le dégoût ». Nos sociétés ultra connectées, et qui se vantent souvent d’être les plus communicatrices de toute l’histoire, sont parfois contredites par une réalité manifestant plutôt l’ennui et la solitude. Comment est-ce possible ? La raison est fort simple. Les moyens de communication n’apportent pas forcément avec eux l’amélioration des relations. Il est donc important d’apporter de la qualité, de la profondeur et, surtout, des émissions mettant en avant-scène « le visage concret des frères » dans ce monde des médias modernes. Voilà pourquoi j’aime Sel et Lumière.

Nous poursuivrons la semaine prochaine avec 5 raisons de plus d’aimer et de soutenir Télévision Sel et Lumière!

Homélie du pape François pour la Solennité des saints apôtres Pierre et Paul

CNS photo/Paul Haring

Vous trouverez ci-dessous le texte complet de l’homélie du pape François telle que prononcée lors de la Messe de la Solennité des saints apôtres Pierre et Paul et dans laquelle les nouveaux archevêques du monde entier on reçu le Pallium:

Les lectures proclamées nous permettent d’entrer en contact avec la tradition apostolique, celle qui «n’est pas une transmission de choses ou de paroles, une collection de choses mortes. LaTradition est le fleuve vivant qui nous relie aux origines, le fleuve vivant dans lequel les origines sont toujours présentes» (Benoît XVI, Catéchèse, 26 avril 2006) et nous offrent les clés du Royaume des cieux (cf. Mt 16, 19). Tradition pérenne et toujours nouvelle qui ravive et rafraîchit lajoie de l’Evangile, et nous permet ainsi de confesser avec nos lèvres et notre cœur: «“Jésus-Christ est Seigneur!” à la gloire de Dieu le Père» (Ph 2, 11).

Tout l’Evangile veut répondre à la question qui habitait le cœur du Peuple d’Israël et qui aujourd’hui encore ne cesse d’habiter tant de visages assoiffés de vie: «Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre?» (Mt 11, 3). Question que Jésus reprend et pose à ses disciples: «Et vous que dites-vous? Pour vous qui suis-je?» (Mt 16, 15).

Pierre, prenant la parole, attribue à Jésus le titre le plus grand avec lequel il pouvaitl’appeler: «Tu es le Messie» (cf. Mt 16, 16); c’est-à-dire l’Oint, le Consacré de Dieu. J’aime savoirque c’est le Père qui a inspiré cette réponse à Pierre qui voyait comment Jésus “oignait” son peuple. Jésus, l’Oint qui, de village en village, marchait avec l’unique désir de sauver et de soulagerquiconque était considéré comme perdu: “il oint” le mort (cf. Mc 5, 41-42 ; Lc 7, 14-15), il oint le malade (cf. Mt 6, 13); Jc 5, 14), il oint les blessures (cf. Lc 10, 34), il oint le pénitent (cf. Mt 6, 17).Il oint l’espérance (cf. Lc 7, 38.46; 10, 34; Jn 11, 2; 12, 3). Dans une telle onction, chaque pécheur, chaque vaincu, chaque malade, chaque païen – là où il se trouvait – a pu se sentir un membre aiméde la famille de Dieu. Par ses gestes, Jésus lui disait d’une façon personnelle: tu m’appartiens.Comme Pierre, nous aussi nous pouvons confesser avec nos lèvres et notre cœur non seulement ce que nous avons entendu, mais aussi l’expérience concrète de notre vie: nous avons été ressuscités,soignés, renouvelés, remplis d’espérance par l’onction du Saint. Chaque joug d’esclavage est détruitgrâce à son onction (cf. Is 10, 27). Il n’est pas permis de perdre la joie et la mémoire de nous savoir délivrés, cette joie qui nous porte à confesser: “Tu es le Fils du Dieu vivant” (cf. Mt 16, 16).

Et il est intéressant ensuite de noter ce qui suit ce passage de l’Evangile dans lequel Pierreconfesse la foi: «À partir de ce moment, Jésus commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallaitpartir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter» (Mt 16, 21). L’Oint de Dieu porte l’amour et la miséricorde du Père jusqu’aux conséquences extrêmes. Cet amour miséricordieux demande d’aller dans tous lescoins de la vie pour rejoindre chacun, même si cela coûte “la bonne réputation”, les commodités, lasituation… le martyre.

Devant cette annonce si inattendue, Pierre réagit «Dieu t’en garde, Seigneur! cela net’arrivera pas» (Mt 16, 22) et se transforme immédiatement en pierre d’achoppement sur la route du Messie; et en croyant défendre les droits de Dieu, sans s’en apercevoir, il s’est transformé en sonennemi (il l’appelle “Satan”). Contempler la vie de Pierre et sa confession signifie aussi apprendre à connaître les tentations qui accompagneront la vie du disciple. A la manière de Pierre, comme Eglise, nous serons toujours tentés par ces “murmures” du Malin qui seront une pierre d’achoppement pour la mission. Et je dis “murmures” parce que le démon séduit en cachette, faisanten sorte qu’on ne reconnaisse pas son intention, «sa conduite est celle d’un séducteur: il demande le secret et ne redoute rien tant que d’être découvert» (S. Ignace de Loyola, Exercices spirituels n. 326).

Au contraire, participer à l’onction du Christ, c’est participer à sa gloire, qui est sa Croix:Père, glorifie ton Fils… «Père, glorifie ton nom» (Jn 12, 28). Gloire et croix en Jésus Christ vont ensemble et ne peuvent pas se séparer; parce que lorsqu’on abandonne la croix, même si nousentrons dans la splendeur éblouissante de la gloire, nous nous tromperons, parce que celle-ci ne sera pas la gloire de Dieu, mais la tromperie de l’adversaire.

Nous sentons souvent la tentation d’être chrétiens en maintenant une distance prudente avec les plaies du Seigneur. Jésus touche la misère humaine, nous invitant à rester avec Lui et à toucherla chair souffrante des autres. Confesser la foi avec nos lèvres et notre cœur demande – comme il l’ademandé à Pierre – d’identifier les “murmures” du malin. Apprendre à discerner et découvrir ces“couvertures” personnelles et communautaires qui nous maintiennent à distance de la réalité du drame humain ; qui nous empêchent d’entrer en contact avec l’existence concrète des autres et, endéfinitive, de connaître la force révolutionnaire de la tendresse de Dieu (cf. Exhort. Ap. Evangelii gaudium, n. 270).

En ne séparant pas la gloire de la croix, Jésus veut délivrer ses disciples, son Eglise, des triomphalismes vides: vides d’amour, vides de service, vides de compassion, vides de peuple. Ilveut la délivrer d’une imagination sans limites qui ne sait pas mettre de racines dans la vie duPeuple fidèle ou, ce qui serait pire, croire que le service du Seigneur lui demande de se débarrasser des chemins poussiéreux de l’histoire. Contempler et suivre le Christ exige de laisser le cœur s’ouvrir au Père et à tous ceux avec lesquels il a voulu s’identifier (cf. S. Jean-Paul II, Lett. Ap.Novo millennio ineunte, n. 49), et cela avec la certitude qu’il n’abandonne pas son peuple.

Chers frères, la question: «Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre?» (Mt 11, 3) continue d’habiter des millions de visages. Confessons avec nos lèvres et notre cœur: Jésus-Christ est Seigneur (cf. Ph 2, 11). C’est notre cantus firmus que nous sommes invités à entonner tous les jours. Avec la simplicité, la certitude et la joie de savoir que «l’Eglise brille non de sa propre lumière, mais de celle du Christ. Tirant sa propre splendeur du Soleil de justice, ensorte qu’elle peut dire: “ Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi” (Ga 2, 20)» (S. Ambroise Hexaemeron, IV, 8, 32).

[01090-FR.02] [Texte original: Italien]

Homélie du pape François lors du Consistoire pour la création de 14 cardinaux

Vous trouverez ci-dessous le texte complet de l’homélie du pape François lors du Consistoire ordinaire public pour la création de 14 nouveaux cardinaux telle que prononcée par le pape François en la basilique Saint-Pierre de Rome:

«Les disciples étaient en route pour monter à Jérusalem; Jésus marchait devant[1] eux» (Mc10, 32).

Le début de ce passage caractéristique de Marc nous invite à toujours voir comment le Seigneur prend soin de son peuple grâce à une pédagogie incomparable. En route vers Jérusalem, Jésus ne manque pas de précéder (primerear) les siens. Jérusalem représente l’heure des grandes déterminations et décisions. Nous savons tous que, dans la vie, les moments importants et cruciaux font parler le cœur et révèlent les intentions ainsi que les tensions qui nous habitent. Ces carrefours de l’existence nous interpellent et font émerger desquestions ainsi que des désirs pas toujours transparents du cœur humain. Voilà ce que révèle, avec une grande simplicité et réalisme, le passage de l’Évangile que nous venons d’écouter. Face à latroisième et plus dure annonce de la passion, l’Évangéliste ne craint pas de révéler certains secrets ducœur des disciples: recherche des premières places, jalousies, convoitises, intrigues, arrangements et accords; une logique qui non seulement mine et corrode de l’intérieur les relations entre eux, maisqui en outre les enferme et les engage dans des discussions inutiles et de peu d’intérêt. CependantJésus ne s’arrête pas à cela, mais va de l’avant; il les devance (primerea) et avec force il leur dit: «Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur» (Mc 10, 43). Par ce comportement, le Seigneur cherche à recentrer le regard et le cœur de ses disciples,en empêchant que les discussions stériles et autoréférentielles trouvent place au sein de la communauté. À quoi sert-il de gagner le monde entier si l’on est corrompu à l’intérieur? À quoi sert-il de gagner le monde entier si l’on vit tous pris dans les intrigues asphyxiantes qui font dessécher etrendent stérile le cœur et la mission? Dans cette situation – comme quelqu’un l’a fait observer – on pourrait déjà entrevoir les intrigues de palais, y compris dans les curies ecclésiastiques.

«Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi»: une réponse du Seigneur qui est, avant tout, uneinvitation et un effort pour récupérer ce qu’il y a de meilleur chez les disciples et ainsi pour ne pas se laisser corrompre et emprisonner par des logiques mondaines qui détournent le regard de l’essentiel.«Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi»: c’est la voix du Seigneur qui fait éviter à la communautéde se regarder trop elle-même au lieu de diriger le regard, les ressources, les attentes et le cœur versce qui compte: la mission.

Et ainsi Jésus nous enseigne que la conversion, la transformation du cœur et la réforme de l’Église sont et seront toujours d’un point de vue missionnaire, car cela présuppose que l’on cesse devoir et de rechercher ses propres intérêts pour regarder et rechercher les intérêts du Père. La conversion de nos péchés, de nos égoïsmes n’est pas et ne sera jamais une fin en soi, mais viseprincipalement à faire grandir dans la fidélité et dans la disponibilité pour embrasser la mission. Etcela de manière que, à l’heure de vérité, surtout dans les moments difficiles pour nos frères, nous soyons bien disposés et disponibles pour les accompagner et accueillir tous et chacun, et que nous ne devenions pas de très bons repoussoirs, ou par étroitesse de vue[2], ou bien, pire encore, parce que nous discutons et pensons entre nous à celui qui sera le plus important. Quand nous oublions la mission, quand nous perdons de vue le visage concret des frères, notre vie se renferme dans la recherche de nos propres intérêts et de nos propres sécurités. Et ainsi, commencent à grandir le ressentiment, la tristesse et le dégoût. Peu à peu, disparaît l’espace pour les autres, pour lacommunauté ecclésiale, pour les pauvres, pour écouter la voix du Seigneur. De cette manière, on perdla joie et le cœur finit par se dessécher (cf. Exhort. Ap. Evangelii gaudium, n. 2).

«Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi, nous dit le Seigneur, […] celui qui veut être parmi vous le premier sera l’esclave de tous» (Mc 10, 43.44). C’est la béatitude et le magnificat que nous sommes appelés chaque jour à entonner. C’est l’invitation que le Seigneur nous adresse pour que nous n’oublions pas que l’autorité dans l’Église grandit avec cette capacité de promouvoir la dignité de l’autre, d’oindre l’autre, pour guérir ses blessures et son espérance tant de fois offensée. C’est noussouvenir que nous sommes ici parce que nous sommes invités à « porter la Bonne Nouvelle auxpauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre enliberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur» (Lc 4, 18-19).

Chers frères Cardinaux et nouveaux Cardinaux, tandis que nous sommes en route vers Jérusalem, le Seigneur marche devant nous pour nous rappeler encore une fois que l’unique autoritécrédible est celle qui naît du fait de se mettre aux pieds des autres pour servir le Christ. C’est celle qui vient du fait de ne pas oublier que Jésus, avant d’incliner la tête sur la croix, n’a pas eu peur de s’incliner devant ses disciples et de leur laver les pieds. C’est la plus haute distinction que nous puissions obtenir, la plus grande promotion qui nous puisse être accordée: servir le Christ dans le peuple fidèle de Dieu, dans celui qui est affamé, dans celui qui est oublié, dans le prisonnier, dans le malade, dans le toxicodépendant, dans la personne abandonnée, dans les personnes concrètes avec leurs histoires et leurs espérances, avec leurs attentes et leurs déceptions, avec leurs souffrances et leurs blessures. Ce n’est qu’ainsi que l’autorité du pasteur aura la saveur de l’Évangile et ne sera pas«qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante» (1 Co 13, 1). Personne parmi nous ne doit sesentir ‘‘supérieur’’ à quelqu’un. Personne parmi nous ne doit regarder les autres de haut. Nous pouvons regarder ainsi une personne uniquement quand nous l’aidons à se relever.

Avec vous, je voudrais rappeler une partie du testament spirituel de saint Jean XXIII, qui en avançant sur le chemin a pu dire: «Né pauvre, mais de gens humbles et honorables, je suis particulièrement heureux de mourir pauvre, en ayant distribué, selon les diverses exigences et circonstances de ma vie simple et modeste, au service des pauvres et de la Sainte Église qui m’a nourri, ce que j’ai eu entre les mains – par ailleurs, dans une mesure assez limitée – durant les années de mon sacerdoce et de mon épiscopat. Des apparences de bien-être ont souvent caché des épinesd’une pauvreté affligeante et qui m’ont empêché de donner toujours avec la largesse que j’auraisouhaitée. Je remercie Dieu de cette grâce de la pauvreté dont j’ai fait vœu dans ma jeunesse, pauvreté d’esprit, comme prêtre du Sacré Cœur, et pauvreté réelle, et qui m’a aidé à ne jamais rien demander: ni des postes, ni de l’argent, ni des faveurs, jamais, ni pour moi, ni pour mes parents ou des amis» (29juin 1954).

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[1] Le verbe proago est le même avec lequel Jésus ressuscité fait annoncer à ses disciples qu’il les ‘‘précèdera’’ en Galilée(cf. Mc 16, 7).
[2] Cf. Jorge Mario Bergoglio, Ejercicios Espirituales a los Obispos espagnoles, 2006.

[01080-FR.01] [Texte original: Italien]

Le changement d’une vie…

Je suis une maman d’une fille d’un an, Emma, qui à ce jour s’épanouit et me montre ce qu’est la vie. J’ai toujours su qu’un enfant allait  changer ma vie d’une manière ou d’une autre, mais jamais je n’aurais cru que ça allait avoir un aussi grand impact, surtout au niveau de ma spiritualité. Alors, depuis un an, avec mon époux, nous sommes devenus trois. Quel beau chiffre! À y penser, le chiffre trois a plusieurs significations dans la Bible. Entre autres, ce chiffre peut représenter la Sainte Trinité. Nous sommes maintenant une jeune famille qui vit des hauts et des bas, comme bien d’autres familles, et nous apprenons à vivre avec de nombreux changements et défis que la société d’aujourd’hui nous apporte.

Lorsque je passe à travers une journée plus difficile, il m’arrive souvent de penser aux nombreux obstacles que mes parents on subit et cela me témoigne de deux choses. Premièrement, que leur foi en Dieu est tellement puissante et si bien ancrée dans leurs cœurs que cela leur a permis de surmonter les difficultés à travers les années. Deuxièmement, cette foi les a aidés à trouver un sens à leurs vies et de vouer leurs vies par amour pour ses enfants en réalisant plusieurs sacrifices.  

Étant maintenant nouvelle maman, j’essaie de transmettre les valeurs que je trouve importantes à mon enfant. Évidemment, pour l’instant elle est trop petite pour comprendre ce que le monde subit : terreurs, peur, isolation, guerre, égoïsme, jalousie, pauvreté, etc. Par contre, sans qu’elle le sache, elle me montre ce que je dois faire et comment je dois m’y prendre pour devenir une meilleure chrétienne et ainsi aider à bâtir un monde meilleur. À titre d’exemple, j’ai toujours voulu aider de nos nombreuses familles en leur montrant que tout est possible. Que ce soit à travers la réalisation de leurs rêves, dans leurs projets de vie et tout cela en leur démontrant que, lorsqu’on met Dieu à l’avant,
tout est possible. Et bien, le 24 mars dernier, lors de la Journée mondiale de la Jeunesse 2018 à Montréal, on m’a approchée pour me demander de faire partie de la procession de l’offertoire : en fait, non seulement moi, mais bien ma petite famille. Toutefois,  j’avais déjà une journée très chargée, mais soudainement, un rendez-vous s’est annulé à la dernière minute. Alors, non seulement sommes
nous allés, mais on m’a informé que nous allons représenter une jeune famille qui a choisi l’amour et la vie. Le tout en répondant à ce que l’ange Gabriel a dit à Marie « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu », thème de la JMJ 2018. Nous avons fait un simple geste, mais qui en dit grand ! Grâce à ma fille et à mon époux, nous avons témoigné qu’on est prêt à vivre dans la grâce de Dieu.

Dois-je vous dire que j’étais sans mots?! Je pense avoir  eu des larmes de joie lors de la cérémonie, on dirait que tout prenait son sens. Les nombreuses questions que j’avais dans ma tête ont été répondues par une invitation à témoigner devant plusieurs jeunes que OUI tout est possible si Dieu est avec nous. Par contre, je ne dis pas que tout sera facile. Au contraire, c’est à travers les embûches de la vie, que nous apprenons à nous remonter. Je crois que chaque être humain est ici pour une raison et nous sommes tenus d’être attentifs à l’appel de Dieu. Dieu nous montre le chemin et ça me rappelle les paroles de Jésus « Je serais toujours avec vous jusqu’à la fin de temps » (Mt 28:20).

Enfin, j’ai très vite réalisé qu’on a tous une mission à accomplir devant Dieu. Il est vrai qu’être un jeune catholique, dans une société qui rejette systématiquement la religion et la richesse spirituelle que celle-ci peut engendrer, peut s’avérer difficile. Cependant, il est primordial de ne pas se décourager et de continuer de cheminer dans la foi avec patience et amour, car c’est ainsi que nous pouvons manifester l’amour du Christ envers ses enfants et devenir un exemple à suivre pour ceux qui sont réticents d’exposer leur foi par crainte du jugement des autres. Il existe plusieurs activités et regroupements de jeunes catholiques qui sont une excellente façon de vivre pleinement sa foi, avec d’autres personnes qui vivent une réalité similaire. Par exemple, auparavant, j’ai participé dans différents groupes de jeunes ainsi que dans deux JMJ; celle de Cologne en Allemagne, et celle de Barcelone en Espagne. Ce furent deux expériences magnifiques, mais malgré mes participations actives pour témoigner de ma foi, je sentais qu’il me fallait plus et je me retrouvais en constante recherche de grands projets pour aller vers les jeunes et leur témoigner de Dieu. C’est donc au courant de cette quête qu’Emma est arrivée dans ma vie. En effet, ma fille est arrivée à un moment où j’en avais le plus besoin. Sans qu’elle ne le sache, c’est Dieu qui à travers ce petit ange, me guide de jour en jour pour grandir encore plus dans la foi, et tout cela, en toute humilité. En effet, elle me montre ce que Dieu veut de moi; en me rappelant les paroles de l’annonciation: «Sois sans crainte, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu». 

Maribel Mayorga-Espinoza

Église en sortie 15 juin 2018

Cette semaine pour la dernière émission d’Église en sortie de la saison, Francis Denis reçoit le prêtre, chanteur, prédicateur français Michel-Marie Zanotti-Sorkine avec qui il discute des sujets chauds de l’actualités ecclesiale tel que la paroisse au XXIe siècle, les sacrements, la foi, l’évangélisation, les jeunes et le discernement vocationnel. On vous présente également un vidéo rétrospective de la Procession de la Fête-Dieu dans les rues de Montréal.

Le souffle de l’Esprit au rythme du poumon de la terre

CNS/Paul Haring

Le 8 juin dernier, le Secrétariat général du Synode des évêques a publié le document préparatoire à l’assemblée spéciale du Synode des évêques d’octobre 2019 sur l’Amazonie. Intitulé « Amazonie : Nouveaux chemins pour l’Église et pour l’écologie intégrale », ce document est très intéressant tant du point de vue de son contenu spécifiquement dédié au poumon de la Terre que de sa pertinence pour l’ensemble de l’Église universelle. Pouvant être considéré comme une mise en pratique des principes généraux élaborés dans l’encyclique Laudato Sì, ce document met la table non seulement pour une réflexion plus approfondie sur l’engagement de l’Église envers les plus pauvres et l’environnement mais également pour la conversion missionnaire de l’Église.

Laudato Sì en acte

Un des points les plus importants et originaux de l’encyclique Laudato Sì est sans contredit le fait de manifester le « lien intrinsèque entre le social et l’environnemental » (no 9). De fait, l’accroissement des inégalités des chances de notre monde actuel va de pair avec la détérioration de l’environnement. Que les populations les plus pauvres soient également les plus vulnérables aux changements climatiques, cela ne fait aucun doute. Que les différentes solutions aux problèmes de la pauvreté endémique soient les mêmes que celles visant la protection de l’environnement, cela est beaucoup plus subtil. Il est donc nécessaire d’amorcer une réflexion sur la mise en application d’une écologie intégrale. En un mot, elle ne peut rester que théorique. Or, « dans la forêt amazonienne, […] une crise profonde a été déclenchée par une intervention humaine prolongée où prédomine une « culture du déchet » (LS 16) et une mentalité d’extraction » (Préambule). La réflexion de l’Église pour une écologie intégrale pourra montrer au monde l’étendue du potentiel que comporte une telle approche.

Dans un premier temps, l’Église doit manifester comment un développement humain intégral doit impérativement se faire en dialogue avec les populations directement touchées, en l’occurrence les autochtones et qui sont souvent « victimes aujourd’hui d’un néocolonialisme féroce « sous couvert de progrès » » (no4). En ce sens, même les agences dites « environnementales » doivent faire attention à ne pas imposer une vision de l’écologisme trop restreinte culturellement et provenant « de la perversion de certaines politiques qui promeuvent “ la conservation ” de la nature sans tenir compte de l’être humain et concrètement de vous frères amazoniens qui y habitez » (no 5). Ainsi, ne cherchant pas à imposer des solutions provenant de l’extérieur et parfois mésadaptées aux situations concrètes, l’Église et les différents acteurs pourront se mettre à l’écoute de ces peuples dont la sagesse ancestrale recèle des secrets insoupçonnés » (no6).

Un chemin pour et avec les peuples autochtones 

Dans ce contexte, l’Église, dans son domaine d’expertise propre, souhaite contribuer de manière significative à changer « le paradigme historique selon lequel les États considèrent l’Amazonie comme une réserve de ressources naturelles, plus importantes que la vie des peuples natifs et sans considération pour la destruction de la nature » (no 13). Il convient donc que l’Église elle-même effectue ce changement d’abord en évacuant les « vestiges du projet de colonisation » (no 4) qui, malgré les 500 ans qui nous en séparent, continuent à faire des ravages. Pour ce faire, il est central de garder en tête que  « la défense de la terre n’a d’autre finalité que la défense de la vie » (no 5) mais également que cette même finalité se trouve magnifiquement illustrée dans les « diverses cosmovisions ancestrales de ses populations » (no 9). Dans ces « semences et les fruits du Verbe déjà présents dans la cosmovision de ses peuples » (no 15) et dont la complémentarité avec l’Évangile n’attend que sa pleine manifestation.

« Cette dimension sociale – et même cosmique – de la mission évangélisatrice, est particulièrement importante en terre amazonienne, où l’interconnexion entre la vie humaine, les écosystèmes et la vie spirituelle fut et continue d’être très claire pour la grande majorité de ses habitants (no 8).

La démarche synodale menant à octobre 2019 sera donc une belle façon de nous laisser nous-mêmes évangéliser au contact de l’autre. En effet, bien qu’en l’Église catholique « subsiste » (LG 8) le dépôt de la foi et le trésor de la plénitude de la Révélation qu’est Jésus-Christ présent dans l’Eucharistie, nos communautés chrétiennes sont parfois influencées par la culture sécularisée dominante dans nos sociétés qui nous empêche d’avoir un regard sacré sur le monde qui nous entoure. En ce sens, les peuples autochtones de tous les continents ont beaucoup à nous apprendre, spécialement dans le fait de reconnaître la transcendance et les principes éthiques qui en découlent. Ainsi, puisque « l’écologie intégrale nous invite donc à une conversion intégrale » (no 9), celle-là même qui redonnera à notre Église son visage de jeunesse « resplendissante, sans tache, ni ride, ni rien de tel » (Eph, 5, 27).

Conclusion

Que ce soit par sa volonté d’appliquer concrètement les principes de Laudato Sì, d’approfondir les réflexions sur les solutions à apporter aux changements climatiques et l’accroissement de la pauvreté, de développer une pastorale de la rencontre avec les peuples autochtones, de s’inspirer de leur sagesse ancestrale afin de comprendre les différents chemins de Dieu pour notre siècle et le Peuple de Dieu qui s’y trouve ou les différentes questions posées aux communautés locales dans un questionnaires sérieux, ce document « Amazonie : Nouveaux chemins pour l’Église et pour l’écologie intégrale » permettra à tous les acteurs, hommes et femmes de bonne volonté, de mettre leur génie au service d’un discernement  ne laissant personne de côté.