Sur la route du diocèse de Baie-Comeau

À première vue, l’Église du Québec souffre d’une grande pauvreté. Parallèlement, la société québécoise vit difficilement les conséquences de la désertification spirituelle et du vacuum religieux.

Toutefois, si on y regarde de plus près, on perçoit une panoplie de raisons d’espérer. Comme l’ont affirmé les évêques du Québec au pape François (Rapport ad limina 2017, AECQ) : « C’est sur le terrain, auprès des gens que nous voyons émerger cette nouvelle Église, fragile mais combien enracinée dans la foi, l’espérance et l’amour ».

Au cours de cette émission, Francis Denis nous invite Sur la route du diocèse de Baie-Comeau, à la rencontre des différents visages de cette Église qui, de par sa pauvreté même, fait resplendir sur le monde le « visage miséricordieux du Père » (Misericordiae Vultus, no 17). Production originale de S+L, Sur la route des diocèses est diffusée les derniers vendredis du mois à 19h30 et en rediffusion les lundis suivants à 20h30.

Église en sortie 24 novembre 2017

Cette semaine à Église en sortie, on s’entretient avec le père Michel Proulx, o. praem. (Directeur-adjoint et Professeur en études bibliques Institut de Pastorale des Dominicains) sur son tout dernier livre « Témoigner de Dieu aujourd’hui« . On vous présente un reportage sur la Rencontre Mondiale des familles 2018 à Dublin en Irlande. Dans la troisième partie de l’émission, Francis Denis reçoit le père Jean-Marc Barreau sur son tout dernier livre « Soins palliatifs, Accompagner pour vivre!« .

Ouvrir les portes de la tendresse: les leçons de Solanus et d’André

Ouvrir les portes de la tendresse:
Les leçons de Solanus et d’André,
deux humbles et saints portiers

Ce samedi, accompagné du père Richard Fragomeni, j’aurai le privilège d’être l’un des commentateurs de la Messe de béatification du frère capucin Solanus Casey au Stade Ford de Détroit. Plus de 70 000 personnes sont attendues à l’occasion de cette célébration historique où sera honoré l’un des prêtres les plus aimés des États-Unis. La première fois que j’ai entendu parler de la vie du frère Solanus c’était dans les années 80 alors que j’habitais à Détroit pour mon noviciat chez les basiliens. Je n’oublierai jamais nos visites au monastère Saint-Bonaventure et au Centre Père Sonalus de Détroit-Est. La paix que l’on ressentait dans la chapelle et au centre m’a toujours frappé. On pourrait décrire cet endroit comme étant une oasis spirituelle au milieu d’un quartier très dur. Je ne peux oublier les longues files de citoyens pauvres de Détroit attendant leur repas quotidien à la « Soupe populaire ».  J’ai commencé à lire sur la vie de ce remarquable frère capucin qui a passé sa vie au service des pauvres. Frère Solanus Casey était un humble portier de monastère, accueillant les gens de tous âge, grandeur, couleur, religion et situation de vie. Solanus était prêt à écouter quiconque et à n’importe quelle heure du jour. J’ai réalisé que sa réputation ou, en d’autres termes, son « odeur de sainteté » était déjà bien répandue. Au fil des années, j’ai rencontré beaucoup de personnes qui ont connu personnellement le frère Solanus. Tous m’ont fait le même portrait d’un humble capucin qui, par son travail de portier, a démontré qu’une personne ordinaire pouvait vivre une vie de foi extraordinaire. Il voyait toutes les personnes comme étant aimées de Dieu et appelées à participer à sa vie divine.

Qui était cet homme ?

Solanus est né le 25 novembre 1870 sur une ferme non loin d’Oak Grove au Wisconsin. Baptisé du nom de Bernard Francis Casey, il fut le sixième enfant d’une famille immigrante irlandaise composée de dix garçons et six filles. Bernard quitta la ferme pour travailler un peu partout au Wisconsin et au Minnesota. Il occupa à cette époque plusieurs postes tels que bûcheron, infirmier, conducteur de tramway et gardien de prison. À l’âge de 21 ans, Bernard fit son entrée au Séminaire Saint-François de Milwaukee pour y faire des études en vue de la prêtrise. Cinq années plus tard, il discerna sa vocation de prêtre dans un ordre religieux. Investi dans l’ordre des capucins de Détroit en 1897, il reçut le nom de Solanus. Durant ses études, il eut beaucoup de difficultés puisque les cours étaient donnés en allemand, langue qu’il ne connaissait pas bien. Le 24 juillet 1904, à l’âge de 33 ans, Solanus Casey fut ordonné prêtre en l’église Saint-François-d’Assise de Milwaukee. Suite à l’évaluation de ses supérieurs et formateurs qui considéraient qu’il n’avait pas suffisamment de bons résultats académiques, Casey fut ordonné sacerdos simplex, un degré de prêtrise qui l’empêchait d’entendre les confessions ou de prêcher des sermons à caractère doctrinal.

Durant les 14 années où il servit à la paroisse Sacré-Cœur de Yonkers dans l’état de New York, Solanus s’est affairé non seulement aux tâches de sacristain et de portier mais il était également directeur de la Sodalité des Jeunes Filles, directeur des servants de Messe et en plus d’être occupé à diverses fonctions pastorales. Fr. Solanus édifiait les paroissiens par sa présence priante à la Messe, par sa grande charité auprès des malades, des enfants, des non catholiques et des pauvres. Les malades avaient tous très hâte à la visite du prêtre et aux consolations qu’il apportait. Son ministère auprès des malades et des pauvres s’est, bien entendu, poursuivi partout où il se rendait. En 1918, il fut envoyé à la paroisse Notre-Dame des douleurs de New York et en 1921, il dut se rendre à la paroisse Notre-Dame des anges d’Harlem.

En 1924 il fut enfin envoyé au Couvent capucin de Saint-Bonaventure de Détroit où il est resté 20 ans. Le frère Solanus s’y est fait connaître et aimer de tous. Son ministère de charité et de réconfort fut spécialement remarqué durant la Grande Dépression de 1929 puisque c’est alors que son souci des pauvres inspira le couvent capucin de Détroit à fonder une « soupe populaire », un service charitable qui continue encore aujourd’hui. Cette œuvre fut établie lors de la Grande Dépression de 1929 (période de dévastation et de pauvreté nationale) lorsque des milliers de pauvres de Détroit cognèrent aux portes du Couvent Saint-Bonaventure pour quêter leur pain quotidien.

« Ils ont faim, trouvez-leur de la soupe et des sandwichs » a-t-il exhorté ses confrères. Durant les mois qui suivirent, la file des pauvres augmenta jusqu’à atteindre 2 000 personnes par jour attendant de recevoir un seul repas. Frère Solanus saluait chaque personne à la porte en accueillant les sans-abris et les affamés aussi dans son cœur. Il nourrissait non seulement leur corps mais également leurs esprits.

La rencontre de deux saints portiers

Durant l’été 1935, deux saints portiers se rencontrèrent à Détroit. Ce fut une rencontre historique avec le frère André Bessette qui avait voyagé de Montréal jusqu’en Ontario, traversant cette province et le pont « Ambassador ». André avait entendu parler d’un autre saint portier de l’Est de Détroit. À cette époque, frère Solanus avait 65 ans et le frère André en avait 90. Les deux religieux avaient déjà travaillé de nombreuses années comme portier, aidant les personnes venues les visiter dans leur monastère respectif ; l’un étant à Montréal sur le Mont-Royal, l’autre au centre-ville de Détroit. Tous les deux ont travaillé de longues journées à accueillir quiconque voulait les rencontrer pour raconter leurs histoires, leurs blessures, leurs échecs, leurs abandons ou leurs pertes et, ce, peu importe l’heure de la journée ou de la nuit. Plus-tard, les pères de Sainte-Croix construisirent une chapelle pour le frère André sur l’un des plus hauts sommets du Mont-Royal. Ils espéraient que les milliers de personnes attirées par André en seraient dissuadées à cause de la côte accidentée. Ils ne le furent pas et des milliers s’y rendirent chaque année.

S’il existe deux personnes qui étaient en droit de se plaindre du traitement qui leur était réservé par les directeurs de leur communauté religieuse respective, ce furent certainement frère Solanus et André, frère de Sainte-Croix. Ironiquement, les deux hommes consacrés mirent leur propre communauté religieuse sur la carte (au moins en Amérique du Nord) puisque grâce à eux, celles-ci reçurent attention, intérêt et vocations. Il n’existe pas d’extraits vidéo ou de photos de cette rencontre historique des deux portiers à Détroit. Comme j’aurais aimé être là pour être témoin et pourquoi pas couvrir l’événement pour la télévision ! La rencontre eut lieu sans tambours ni trompettes si bien que personne ne put vraiment se rendre compte de ce qui se passait alors même qu’ils se faisaient l’accolade et priaient ensemble. Quelques rares témoins oculaires affirmèrent qu’ils parlèrent quelque peu ensemble et qu’ils prièrent et se bénirent réciproquement en latin. Le frère André est retourné à Montréal où il mourut deux ans plus tard en 1937. Il fut proclamé saint par le pape Jean-Paul II en 1982 et canonisé par le pape Benoît XVI en 2010.

Après avoir rencontré le frère André en 1935, Solanus allait continuer à travailler pendant plus de 20 ans. Durant les années 1941 à 1945, frère Solanus conseilla et pria pour de nombreuses familles désireuses de voir revenir leurs enfants sains et saufs de la deuxième guerre mondiale. Dans les dernières années de sa vie, les supérieurs capucins de Solanus désirant lui donner une retraite bien méritée l’envoyèrent au couvent de Saint-Félix de Huntington en Indiana au printemps 1946. C’est là qu’il passa beaucoup de temps en prière et auprès des malades et autres personnes en difficultés jusqu’à ce que ses propres infirmités le ramènent à Détroit pour recevoir des soins médicaux spécialisés.  Au cours de ce qui allait être sa dernière maladie, il affirma : « J’offre mes souffrances afin que tous soient un. Si au moins je pouvais voir la conversion du monde entier !». Sa dernière action concrète fut de s’asseoir et de s’exclamer « Je donne mon âme à Jésus-Christ ». Le frère Solanus mourut le 31 juillet 1957 à l’âge de 86 ans. Il est enterré au couvent de Détroit.

La cause en canonisation du frère Solanus a été ouverte en 1982. En 1995, le pape Jean-Paul II le déclarait vénérable, deuxième étape sur le chemin de la sainteté. Plusieurs guérisons miraculeuses sont associées à l’intercession du frère Solanus et, ce, avant et après sa mort. Des pèlerins du monde entier continuent de faire le pèlerinage jusqu’à sa tombe.

Deux funérailles solennelles pour deux grands portiers

Les frères André et Solanus ont tous deux eu des funérailles qui peuvent être considérées comme épiques. Non seulement eurent-ils chacun droit aux hommages de milliers de personnes qui attribuaient leur guérison à leurs prières mais également des milliers de personnes étaient présentes (près d’un million dans le cas du frère André) parce qu’elles avaient entendu parler d’eux. Non seulement des trains furent ajoutés par les autorités des chemins de fers, mais même aux États-Unis, spécialement sur la côte Est, on ajouta des autobus afin d’accommoder les personnes endeuillées qui voulaient se rendre à Montréal pour les funérailles du frère André.

André et Solanus vinrent en ce monde sans tambours ni trompettes. Malgré leur don de thaumaturge, tous deux continuèrent à vivre simplement durant toute leur vie. Toutefois, à cause de leur humilité, Dieu leur donna les dons que même les plus riches d’entre nous leur envient : le don de guérison. Grâce à cela, ils nous enseignent que l’humilité et l’obéissance, qualités peu considérées par notre temps, sont pour Dieu une très grande joie.

André Besette et Solanus Casey furent des porteurs, des portiers et des guides. Ils ouvrirent des portes aux gens. Solanus fut un homme et un prêtre simple. Même s’il écrivait à l’occasion des poèmes, il n’était ni un homme de lettres ni un grand bachelier. Il a atteint par contre une grande profondeur spirituelle. Comme un prophète, il portait un message pour notre temps. Il vécut avec le souci du peuple de Dieu, souffrant et travaillant à la conversion des pécheurs. Son message fut toujours celui de la foi et de la confiance en Dieu, en Celui qui encourage et console. Ce samedi 18 novembre prochain, dans l’un des plus grands stades de sport de Détroit, l’humble prêtre Solanus Casey sera proclamé « Bienheureux » franchissant ainsi une étape cruciale sur le chemin de la sainteté.

De saints portiers

C’est à propos de personnes humbles comme André Bessette et Solanus Casey que le pape François s’exprimait utilisant ces puissantes paroles dans Évangelii Gaudium (no 47) :

« L’Église est appelée à être toujours la maison ouverte du Père. Un des signes concrets de cette ouverture est d’avoir partout des églises avec les portes ouvertes. De sorte que, si quelqu’un veut suivre une motion de l’Esprit et s’approcher pour chercher Dieu, il ne rencontre pas la froideur d’une porte close. Mais il y a d’autres portes qui ne doivent pas non plus se fermer. Tous peuvent participer de quelque manière à la vie ecclésiale, tous peuvent faire partie de la communauté, et même les portes des sacrements ne devraient pas se fermer pour n’importe quelle raison. Ceci vaut surtout pour ce sacrement qui est “ la porte”, le Baptême. L’Eucharistie, même si elle constitue la plénitude de la vie sacramentelle, n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles.[51] Ces convictions ont aussi des conséquences pastorales que nous sommes appelés à considérer avec prudence et audace. Nous nous comportons fréquemment comme des contrôleurs de la grâce et non comme des facilitateurs. Mais l’Église n’est pas une douane, elle est la maison paternelle où il y a de la place pour chacun avec sa vie difficile. »[1]

À son époque, frère Solanus fut lui aussi un portier de l’Est de Détroit. Aujourd’hui, il est au ciel et joue toujours le rôle de gardien. Il nous a laissé un exemple de la façon d’accueillir l’étranger, le sans-abri, le pauvre, le malade et l’affamé de nos communautés. Certains viendront à nos portes remplis de joie, d’autres auront peur, certains seront en santé et d’autres viendront pour être guéris. La chose importante c’est que nous puissions ouvrir nos portes et construire des ponts avec ceux qui viendront et non pas construire des murs, des barrières ou d’autres obstacles.

J’aimerais tant être présent lorsque Solanus et André se feront l’accolade au ciel samedi prochain! Je ne peux qu’imaginer la tendresse de cette rencontre et la profondeur de cet échange entre ces deux remarquables et saints portiers d’Amérique du Nord alors qu’ils renouvelleront leur amitié et partageront leurs histoires sur la manière dont Dieu les a utilisés pour bénir, nourrir, aimer, pardonner, encourager et guérir des millions de personnes.

Saint André de Montréal et bienheureux Solanus de Détroit : Priez pour nous !

Pape François en Colombie: Allocution lors de la Grande rencontre pour la réconciliation nationale

Vous trouverez ci-dessous le texte de l’allocution du pape François lors de la Grande rencontre pour la réconciliation nationale à Villavicencio:

Chers frères et sœurs,
Depuis le premier jour j’ai désiré qu’arrive ce moment de notre rencontre. Vous portez dans vos cœurs et dans votre chair les empreintes de l’histoire vivante et récente de votre peuple, histoire marquée par des événements tragiques mais aussi pleine de gestes héroïques de grande humanité et de haute valeur spirituelle, de foi et d’espérance. Je viens ici avec respect et avec la claire conscience, comme Moïse, de fouler une terre sacrée (cf. Ex 3, 5). Une terre arrosée par le sang de milliers de victimes innocentes et par la douleur déchirante de leurs familles et de leurs proches. Des blessures qu’il coûte de faire cicatriser et qui nous font mal à tous, parce que chaque violence commise contre un être humain est une blessure dans la chair de l’humanité ; chaque mort violente nous diminue en tant que personnes.

Je suis ici non pas tant pour parler moi, mais pour être près de vous et vous regarder dans les yeux, pour vous écouter et ouvrir mon cœur à votre témoignage de vie et de foi. Et, si vous me le permettez, je désirerais aussi vous embrasser et pleurer avec vous, je voudrais que nous prions ensemble et que nous nous pardonnions – moi aussi je dois demander pardon – et qu’ainsi, tous ensemble, nous puissions regarder et aller de l’avant avec foi et espérance.

Nous sommes rassemblés aux pieds du Crucifié de Bojaya, qui, le 2 mai 2002, vit et souffrit le massacre de dizaines de personnes réfugiées dans son église. Cette statue a une forte valeur symbolique et spirituelle. En la regardant nous contemplons non seulement ce qui s’est passé ce jour-là, mais aussi tant de souffrance, tant de mort, tant de vies brisées et tant de sang versé en Colombie ces dernières décennies. Voir le Christ ainsi, mutilé et blessé, nous interpelle. Il n’a plus de bras et il n’a plus de corps, mais il a encore son visage qui nous regarde et qui nous aime. Le Christ brisé et amputé est pour nous encore « davantage le Christ », parce qu’il nous montre, une fois de plus, qu’il est venu pour souffrir pour son peuple et avec son peuple ; et pour nous apprendre aussi que la haine n’a pas le dernier mot, que l’amour est plus fort que la mort et la violence. Il nous apprend à transformer la souffrance en source de vie et de résurrection, pour que, unis à lui et avec lui, nous apprenions la force du pardon, la grandeur de l’amour.

Je remercie nos frères qui ont voulu partager leurs témoignages, au nom de beaucoup d’autres. Combien cela nous fait du bien d’écouter vos histoires ! Je suis bouleversé. Ce sont des histoires de souffrances et d’amertume, mais aussi et surtout, ce sont des histoires d’amour et de pardon qui nous parlent de vie et d’espérance ; de ne pas laisser la haine, la vengeance et la souffrance s’emparer de notre cœur.

L’oracle final du Psaume 85: «Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent » (v. 11) est postérieur à l’action de grâce et à la supplication où l’on demande à Dieu : Fais-nous revenir ! Merci Seigneur pour le témoignage de ceux qui ont infligé de la souffrance et qui demandent pardon ; de ceux qui ont injustement souffert et qui pardonnent. Cela est possible seulement avec ton aide et ta présence… cela est déjà un très grand signe que tu veux restaurer la paix et la concorde sur cette terre colombienne.

Pastora Mira, tu l’as très bien dit : tu veux déposer toute ta souffrance, et celle de milliers de victimes, aux pieds de Jésus crucifié pour qu’elle soit associée à la sienne et soit ainsi transformée en bénédiction et en capacité de pardon pour briser le cycle de violence qui a prévalu en Colombie. Tu as raison : la violence engendre plus de violence, la haine plus de haine et la mort plus de mort. Nous devons briser cette chaîne qui parait inéluctable, et cela est possible seulement par le pardon et la réconciliation. Et toi, chère Pastora, et beaucoup d’autres comme toi, vous nous avez montré que c’est possible. Oui, avec l’aide du Christ vivant au milieu de la communauté, il est possible de vaincre la haine, il est possible de vaincre la mort, il est possible de recommencer et d’apporter la lumière à une Colombie nouvelle. Merci Pastora ; quel grand bien tu nous fais à tous, aujourd’hui, par le témoignage de ta vie. C’est le crucifié de Bajaya qui t’a donné cette force de pardonner et d’aimer, et pour t’aider à voir, en la chemise que ta fille Sandra Paola avait offerte à ton fils Jorge Anibal, non seulement le souvenir de leur mort, mais aussi l’espérance que la paix triomphe définitivement en Colombie.

Ce qu’a dit Luz Dary dans son témoignage nous bouleverse aussi : les blessures du cœur sont plus profondes et difficiles à guérir que celles du corps. C’est ainsi. Et, ce qui est le plus important, tu t’es rendu compte qu’on ne peut pas vivre de rancœur, que seul l’amour libère et construit. Et de cette manière tu as commencé à guérir aussi les blessures d’autres victimes, à reconstruire leur dignité. Cette sortie de toi-même t’a enrichie, t’a aidé à regarder devant, à trouver la paix et la sérénité, et une raison pour aller de l’avant. Je te remercie pour la béquille que tu m’offres. Bien que tu gardes encore des séquelles physiques de tes blessures, ta marche spirituelle est rapide et sûre parce que tu penses aux autres et tu veux les aider. Cette béquille est un symbole de cette autre béquille plus importante, dont nous avons tous besoin, celle de l’amour et du pardon. Par ton amour et ton pardon tu aides beaucoup de personnes à marcher dans la vie. Merci.

Je veux remercier aussi pour le témoignage éloquent de Deisy et de Juan Carlos. Ils nous ont fait comprendre que tous, en fin de compte, d’une manière ou d’une autre, nous sommes aussi des victimes, innocentes ou coupables, mais tous victimes. Tous unis dans cette perte d’humanité que provoquent la violence et la mort. Deisy l’a dit clairement : tu as compris que toi-même avais été une victime et que tu avais besoin qu’on te donne une chance. Et tu as commencé à réfléchir, et maintenant tu travailles pour aider les victimes et pour que les jeunes ne tombent pas dans les réseaux de la violence et de la drogue. Il y a aussi une espérance pour celui qui a fait le mal ; tout n’est pas perdu. Il est certain que dans cette régénération morale et spirituelle de l’agresseur, la justice doit s’accomplir. Comme l’a dit Deisy, il faut contribuer positivement à guérir cette société qui a été déchirée par la violence.

Il semble difficile d’accepter le changement de ceux qui ont fait appel à la violence cruelle pour promouvoir leurs intérêts, pour protéger leurs commerces illicites et s’enrichir, ou pour, hypocritement, prétendre défendre la vie de leurs frères. C’est certainement un défi pour chacun de nous de croire qu’il puisse y avoir un pas en avant de la part de ceux qui ont infligé des souffrances à des communautés et à un pays tout entier. Il est certain qu’en cet immense champ qu’est la Colombie, il y a de la place encore pour l’ivraie… Soyez attentifs aux fruits… prenez soin du blé, et ne perdez pas la paix à cause de l’ivraie. Le semeur, quand il voit poindre l’ivraie au milieu du blé n’a pas de réactions alarmistes. Il trouve la manière dont la Parabole s’incarnera dans une situation concrète et donnera des fruits de vie nouvelle, bien qu’ils soient en apparence imparfaits ou inachevés (cf. Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 24). Même quand perdurent les conflits, la violence ou les sentiments de vengeance, n’empêchons pas la justice et la miséricorde de se rencontrer dans une étreinte que l’histoire de souffrance de la Colombie assumera. Guérissons cette souffrance et accueillons tout être humain qui a commis des délits, les reconnaît, se repent et s’engage à réparer en contribuant à la construction de l’ordre nouveau où brillent la justice et la paix.

Comme l’a laissé entrevoir dans son témoignage Juan Carlos, dans tout ce processus, long, difficile, mais qui donne l’espérance de la réconciliation, il est indispensable aussi d’assumer la vérité. C’est un défi grand mais nécessaire. La vérité est une compagne indissociable de la justice et de la miséricorde. Ensemble, elles sont essentielles pour construire la paix et, d’autre part, chacune d’elle empêche que les autres soient altérées et se transforment en instruments de vengeance sur celui qui est le plus faible. La vérité ne doit pas, de fait, conduire à la vengeance, mais, bien plutôt, à la réconciliation et au pardon. La vérité, c’est de dire aux familles déchirées par la douleur ce qui est arrivé à leurs parents disparus. La vérité, c’est d’avouer ce qui s’est passé avec les plus jeunes enrôlés par les acteurs violents. La vérité, c’est de reconnaître la souffrance des femmes victimes de violence et d’abus.

Je voudrais, enfin, comme frère et comme père, dire : Colombie, ouvre ton cœur de peuple de Dieu et laisse-toi réconcilier. Ne crains pas la vérité ni la justice. Chers Colombiens : n’ayez pas peur de demander ni d’offrir le pardon. Ne résistez pas à la réconciliation pour vous rapprocher, vous rencontrer comme des frères et dépasser les inimitiés. C’est le moment de guérir les blessures, de construire des ponts, d’aplanir les différences. C’est le moment de désactiver les haines, de renoncer aux vengeances, et de s’ouvrir à la cohabitation fondée sur la justice, sur la vérité et sur la création d’une véritable culture de la rencontre fraternelle. Puissions-nous vivre en harmonie et dans la fraternité, comme désire le Seigneur. Demandons à être constructeurs de paix, que là où il y a la haine et le ressentiment, nous mettions l’amour et la miséricorde (cf. Prière attribuée à saint François d’Assise).

Je souhaite déposer toutes ces intentions devant la statue du crucifié, le Christ noir de Bojaya:

Oh, Christ noir de Bojaya,
qui nous rappelles ta passion et ta mort ; avec tes bras et tes pieds
ils t’ont arraché à tes enfants
qui cherchaient refuge en toi.

Oh, Christ noir de Bojaya,
qui nous regardes avec tendresse,
la sérénité règne sur ton visage ;
ton cœur bat aussi
pour nous accueillir dans ton amour.

Oh, Christ noir de Bojaya,
fais que nous nous engagions
à restaurer ton corps. Que nous soyons tes pieds pour sortir à la rencontre
du frère dans le besoin ;
tes bras pour étreindre
celui qui a perdu sa dignité ;
tes mains pour bénir et consoler
celui qui pleure dans la solitude.

Fais que nous soyons témoins
de ton amour et de ton infinie miséricorde.

[01232-FR.01] [Texte original: Espagnol]

Pape en Colombie: homélie lors de la Messe à Villavicencio

Vous trouverez ci-dessous le texte de l’homélie du pape François lors de la Messe de Béatifications à Villavicencio sur l’esplanade de Catama:

Ta naissance, Vierge Mère de Dieu, est la nouvelle aube qui a annoncé la joie au monde entier, car de toi est né le soleil de justice, le Christ, notre Dieu (cf. Antienne du Benedictus) ! La fête de la naissance de Marie projette sa lumière sur nous, comme rayonne la douce lumière de l’aube sur la vaste plaine colombienne, très beau paysage dont Villavicencio est la porte, tout comme dans la riche diversité de ses peuples indigènes.

Marie est la première splendeur qui annonce la fin de la nuit et surtout la proximité du jour. Sa naissance nous fait pressentir l’initiative amoureuse, tendre et compatissante de l’amour avec lequel Dieu s’incline vers nous et nous appelle à une merveilleuse alliance avec lui que rien ni personne ne pourra rompre.

Marie a su être la transparence de la lumière de Dieu et a reflété les rayonnements de cette lumière dans sa maison, qu’elle a partagée avec Joseph et Jésus, et également dans son peuple, sa nation et dans cette maison commune à toute l’humanité qu’est la création.

Dans l’Évangile, nous avons entendu la généalogie de Jésus (Mt 1, 1-17), qui n’est pas une ‘‘simple liste de noms’’, mais une ‘‘histoire vivante’’, l’histoire d’un peuple avec lequel Dieu a marché. Et, en se faisant l’un de nous, ce Dieu a voulu nous annoncer que dans son sang se déroule l’histoire des justes et des pécheurs, que notre salut n’est pas un salut aseptique, de laboratoire, mais un salut concret, de vie qui marche. Cette longue liste nous dit que nous sommes une petite partie d’une histoire vaste et nous aide à ne pas revendiquer des rôles excessifs, elle nous aide à éviter la tentation de spiritualismes évasifs, à ne pas nous détacher des circonstances historiques concrètes qu’il nous revient de vivre. Elle intègre aussi, dans l’histoire de notre salut, ces pages plus obscures ou tristes, les moments de désolation ou d’abandon comparables à l’exil.

La mention des femmes – aucune de celles citées dans la généalogie n’a le rang des grandes femmes de l’Ancien Testament – nous permet un rapprochement spécial : ce sont elles, dans la généalogie, qui annoncent que dans les veines de Jésus coule du sang païen, qui rappellent des histoires de rejet et de soumission. Dans des communautés où nous décelons encore des styles patriarcaux et machistes, il est bon d’annoncer que l’Évangile commence en mettant en relief des femmes qui ont marqué leur époque et fait l’histoire.

Et dans tout cela, Jésus, Marie et Joseph. Marie avec son généreux ‘oui’ a permis que Dieu assume cette histoire. Joseph, homme juste, n’a pas laissé son orgueil, ses passions et les jalousies le priver de cette lumière. Par la forme du récit, nous savons avant Joseph ce qui était arrivé à Marie, et il prend des décisions, révélant sa qualité humaine, avant d’être aidé par l’ange et de parvenir à comprendre tout ce qui se passait autour de lui. La noblesse de son cœur lui fait subordonner à la charité ce qu’il a appris de la loi ; et aujourd’hui, en ce monde où la violence psychologique, verbale et physique envers la femme est patente, Joseph se présente comme une figure d’homme respectueux, délicat qui, sans même avoir l’information complète, opte pour la renommée, la dignité et la vie de Marie. Et, dans son doute sur la meilleure façon de procéder, Dieu l’aide à choisir en éclairant son jugement.

Ce peuple de Colombie est peuple de Dieu ; ici aussi nous pouvons faire des généalogies remplies d’histoires, pour beaucoup, d’amour et de lumière ; pour d’autres, de désaccords, de griefs, et aussi de mort… Combien d’entre vous ne peuvent-ils pas raconter des exils et des désolations ! Que de femmes, dans le silence, ont persévéré seules et que d’hommes de bien ont tenté de laisser de côté la colère et les rancœurs, en cherchant à associer justice et bonté ! Comment ferons-nous pour laisser entrer de la lumière ? Quels sont les chemins de réconciliation ? Comme Marie, dire oui à l’histoire dans sa totalité, non à une partie ; comme Joseph, laisser de côté les passions et les orgueils ; comme Jésus Christ, prendre sur nous, assumer, embrasser cette histoire, car nous tous les Colombiens, vous êtes impliqués dans cette histoire ; ce que nous sommes s’y trouve… ainsi que ce que Dieu peut faire avec nous si nous disons oui à la vérité, à la bonté, à la réconciliation. Et cela n’est possible que si nous remplissons nos histoires de péché, de violence et de désaccord, de la lumière de l’Évangile.

La réconciliation n’est pas un mot abstrait ; s’il en était ainsi, cela n’apporterait que stérilité, plus d’éloignement. Se réconcilier, c’est ouvrir une porte à toutes les personnes et à chaque personne, qui ont vécu la réalité dramatique du conflit. Quand les victimes surmontent la tentation compréhensible de vengeance, elles deviennent des protagonistes plus crédibles des processus de construction de la paix. Il faut que quelques-uns se décident à faire le premier pas dans cette direction, sans attendre que les autres le fassent. Il suffit d’une personne de bonne volonté pour qu’il y ait de l’espérance ! Et chacun de nous peut être cette personne ! Cela ne signifie pas ignorer ou dissimuler les différences et les conflits. Ce n’est pas légitimer les injustices personnelles ou structurelles. Le recours à la réconciliation ne peut servir à s’accommoder de situations d’injustice. Plutôt, comme l’a enseigné saint Jean-Paul II : c’est « une rencontre entre des frères disposés à surmonter la tentation de l’égoïsme et à renoncer aux tentatives de pseudo justice ; c’est un fruit de sentiments forts, nobles et généreux, qui conduisent à instaurer une cohabitation fondée sur le respect de chaque individu et des valeurs propres à chaque société civile » (Lettre aux Évêques du Salvador, 6 août 1982). La réconciliation, par conséquent, se concrétise et se consolide par l’apport de tous, elle permet de construire l’avenir et fait grandir l’espérance. Tout effort de paix sans un engagement sincère de réconciliation sera voué à l’échec.

Le texte évangélique que nous avons entendu atteint son sommet en appelant Jésus l’Emmanuel, le Dieu-avec-nous. C’est ainsi que Matthieu commence, c’est ainsi qu’il termine son Évangile : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20). Cette promesse se réalise également en Colombie : Mgr Jesús Emilio Jaramillo Monsalve, Évêque d’Arauca, et le Père Pedro Maria Ramirez Ramos, en sont des signes, une expression d’un peuple qui veut sortir du bourbier de la violence et de la rancœur.

Dans ce décor merveilleux, il nous revient de dire oui à la réconciliation. Que le oui inclue également notre nature ! Ce n’est pas un hasard si, y compris contre elle, nous avons déchaîné nos passions possessives, notre volonté de domination. Un de vos compatriotes le chante admirablement : « Les arbres pleurent, ils sont témoins de tant d’années de violence. La mer est brune, mélange de sang et de terre » (Juanes, Minas piedras). La violence qu’il y a dans le cœur humain, blessé par le péché, se manifeste aussi à travers les symptômes de maladies que nous observons dans le sol, dans l’eau, dans l’air et dans les êtres vivants (cf. Lettre encyclique Laudato si’, n. 2). Il nous revient de dire oui comme Marie et de chanter avec elle les « merveilles du Seigneur », car comme il l’a promis à nos pères, il aide tous les peuples et chaque peuple, il aide la Colombie qui veut se réconcilier aujourd’hui et sa descendance pour toujours.

[01231-FR.01] [Texte original: Espagnol]

Chevaliers de Colomb, un Ordre qui porte du fruit depuis 135 ans!

CNS photo/Teak Phillips, St. Louis Review

Comme vous avez pu le constater tout au long de notre programmation de cette semaine dédiée à la couverture de leur Convention Suprême à Saint-Louis, les Chevaliers de Colomb du monde entier sont plus que jamais engagés à faire resplendir « l’Amour et la Puissance de Dieu » dans notre monde. Ces hommes laïcs constitués en Ordre, ont su intégrer, à la fois, l’appel universel à la sainteté (LG, no. 40) du Concile Vatican II et à la fois la mission propre du laïcat qu’est la sanctification du monde ( AA, no.16). Cette fidélité à ces deux enseignements de l’Église s’est particulièrement manifestée dans le discours de monsieur Carl Anderson, Chevalier suprême de cette cavalerie, aujourd’hui âgée de 135 ans.

Travail, dons et recrutement

Le rapport annuel présenté lors de la session du mardi après-midi devant près de 2000 représentants de tous les États a montré toute la vigueur de l’Ordre fondé par le Vénérable Michael J. McGivney ptre. En effet, on peut lire dans ce document que les Chevaliers de Colomb ont donné en 2016, 177 $ millions de dollars pour des œuvres de charité partout dans le monde. À cela s’ajoutent les 75 millions d’heures de bénévolat effectuées dans la même année. Faisant référence à l’histoire de la ville hôte de l’événement, monsieur Carl Anderson a souligné ce qui anime cet effort titanesque : « être [comme le roi saint Louis ] des témoins de cette radieuse et attirante communion fraternelle dont notre Église et notre monde ont tellement besoin ». Enfin, on ne peut passer sous silence la constante augmentation du nombre de membres qui totalise aujourd’hui 1 941 728 personnes de par le monde. Pour stimuler la croissance des États souffrant d’une diminution, monsieur Anderson a notamment demandé qu’un accent particulier soit mis à l’intégration des plus jeunes générations dans les activités et campagnes de recrutement dans le but d’assurer une relève.

Une nouveauté a également fait son apparition cette année. Le quatrième degré de l’ordre aura prochainement à sa disposition un nouveau costume. D’un style militaire napoléonien, les Chevaliers de Colomb du 4e degrés se sont donc doté d’un costume plus en conformité avec l’attirail militaire du 21e siècle.

Une compagnie en santé de corps et d’esprit

Comme l’affirmait le Chevalier Suprême dans son discours annuel : « L’année dernière, nous avons atteint notre objectif avec une 16e année consécutive de croissance de ventes avec un nouveau record soit 8,54 milliards en nouvelles assurances sur la vie. Ainsi, la Mutuelle des Chevaliers de Colomb détient à l’heure actuelle une force d’assurance de 105 milliard $ ». À cette réussite phénoménale doit s’ajouter le succès au point de vue de la probité des affaires puisque l’Assurance des Chevaliers de Colomb pour la quatrième année se trouve dans le palmarès des compagnies les plus éthiques du monde (World’s Most Ethical Company®) par Institut Ethisphere. De cette façon, les Chevaliers de Colomb peuvent être des témoins, à la fois, de la compatibilité de l’éthique catholique des affaires avec la génération de profits. Dans un monde où, d’un côté, on confond trop souvent profits et cupidité, ou de l’autre, on considère l’éthique comme un frein aux bénéfices d’une entreprise, la mutuelle des Chevaliers de Colomb manifeste la complémentarité entre éthique et business.

Des bénéfices au profit des pauvres

En plus des montants astronomiques en dons mentionnés plus haut, on peut souligner, à mon sens, certaines des activités caritatives soutenues grâce à cet argent. D’abord, la priorité absolue des Chevaliers est la défense et la promotion de la dignité humaine. Construire une « culture de la vie » n’est pas une mince affaire dans un monde où l’économisme monopolise trop souvent les discours et décisions politiques.

En ce sens, le programme d’achat de machines à ultra-son pour échographie est une de leur plus grande fierté. En effet, offrir à la mère une image de l’enfant à naître qu’elle porte en son sein constitue souvent un moment primordial dans la décision de le garder. Comme l’a dit Carl Anderson : « grâce aux 1000 machines supplémentaires, nous estimons pouvoir sauver quatre enfants par semaine, contribuant ainsi à accueillir en notre monde un million d’enfants qui n’auraient vraisemblablement pas vu le jour sans ce programme ».

À cette initiative concrète s’ajoute le travail et le temps dédiés à la défense publique de la vie de la conception à la mort naturelle. Défense qui se manifeste visiblement dans l’implication des Chevaliers de Colomb dans la Marche pour la vie à Washington et Ottawa à chaque année. Cette manifestation permet de conscientiser des milliers de personnes chaque année à la cause de la dignité humaine dans tous les pays où les Chevaliers sont présents.

Enfin, on ne pourrait passer sous silence l’effort gigantesque pour venir en aide aux chrétiens persécutés au Moyen-Orient et qui sont victime d’une véritable « génocide ». Carl Anderson a demander à ce qu’un effort supplémentaire de 2000 $ par conseil soit effectué afin de sauver et reconstruire une ville chrétienne.

Au service de l’évangélisation du Continent numérique

En dernier lieu, j’aimerais souligner la remarque faite par le Chevalier suprême sur l’importance de soutenir la présence de l’Église dans l’univers médiatique. Comment ne pas s’enorgueillir de la mention toute spéciale faite à plusieurs reprises au père Thomas Rosica c.s.b. et télévision Sel et Lumière : « Nous continuerons à soutenir fortement le travail de Sel et Lumière » a-t-il affirmé (2 :07 :03).

Pour notre part, nous étions très heureux de pouvoir être sur place pour couvrir cet événement incontournable de l’Église en Amérique du Nord. J’espère sincèrement que vous avez apprécié les entrevues, liturgies et témoignages présentés en direct de Saint-Louis tout au long de la semaine. N’hésitez pas à visiter notre site internet pour voir ou revoir les différents moments de cette semaine exceptionnelle. En espérant vous revoir l’année prochaine à Baltimore !

135e Convention suprême des Chevaliers de Colomb

CNS photo/Tom Tracy

Du 1er au 3 août prochain, se tiendra à Saint-Louis au Missouri (USA) la 135e Convention suprême des Chevaliers de Colomb. Succédant à Toronto dans l’accueil de cet événement incontournable de l’Église en Amérique du Nord, la ville de Saint-Louis sera le lieu de ce rassemblement des 2500 représentants provenant des 15 342 Conseils des Chevaliers de Colomb (selon les statistiques de l’année dernière) répartis à travers le monde. Le thème de cette année est tiré du Message du pape François pour la célébration de la 50e journée mondiale de la paix : « Convaincu de l’amour et de la puissance de Dieu » (no 3). Ce sera donc l’occasion pour ces milliers d’hommes engagés au nom de leur foi, de prier, réfléchir, partager et faire le point sur la réalité de leur ordre en 2017, 135 ans après sa fondation par le vénérable Michael J. McGivney.

Une impressionnante somme de travail de qualité

Il est toujours impressionnant de penser que les Chevaliers de Colomb compte aujourd’hui tout près de 2 millions de membres et ce partout dans le monde. Selon le rapport annuel 2015 publié l’an dernier, les Chevaliers de Colomb ont distribué 175 millions de dollars en œuvres de charité et travaillé quelque 73.5 millions d’heures bénévoles. Ces chiffres en soi impressionnants viennent s’ajouter aux statistiques des années précédentes. Ce qui fait un total de 700 765 880 millions d’heures de bénévolat seulement durant la dernière décennie. Si nous devions chiffrer ces heures, nous arriverions à des montants astronomiques et, surtout, insoutenables pour les services publics. Sans faire trop de bruit, les Chevaliers de Colomb remettent la « logique de la gratuité »[4] au cœur de la cité, À l’heure où, particulièrement au Québec, les services publics craquent de partout sous le poids des besoins liés au vieillissement de la population, le travail des Chevaliers de Colomb est plus nécessaire que jamais.

Des priorités toujours plus urgentes

Comment continuer à améliorer la vie de nos frères et sœurs en humanité fera également partie des réflexions tout au long de cette convention. Seront bien évidemment objets de discussion, l’engagement des Chevaliers de Colomb à mettre au centre de leurs préoccupations la promotion d’une culture de la vie, d’une vie familiale unie dans l’amour de Dieu, la liberté de religion sans oublier la cause encore trop négligée des chrétiens persécutés. Parallèlement, sera remis comme à chaque année, le prix Gaudium et Spes, à une personnalité s’étant démarquée par son dévouement pour la création d’un monde plus juste, où rayonne la joie et l’espérance de l’Évangile.

Un événement ouvert à tous

Encore une fois cette année, Sel et Lumière sera sur place à Saint-Louis au Missouri afin de vous faire vivre cet événement de l’intérieur. Pour l’occasion, le père Thomas Rosica, Émilie Callan et moi-même, nous vous rapporterons des témoignages, reportages et entrevues exclusifs en compagnie de nombreux acteurs de la vie de l’Église. Pour plus de renseignements vous pouvez consulter l’horaire complet des diffusions en direct sur nos ondes en cliquant ici. C’est un rendez-vous à ne pas manquer!

« Sacrement de la piété, signe de l’unité, lien de la charité »

Solennité du Corps et du Sang du Christ

Deutéronome 8,2-3.14b-16a
1 Corinthiens 10,16-17
Jean 6,51-58

Les trois lectures d’aujourd’hui, en cette Solennité du Corps et du Sang du Christ, présentent trois façons admirables de parler du don de l’Eucharistie. Permettez-moi de formuler d’abord quelques réflexions sur chacune de ces lectures avant d’examiner en conclusion la façon dont nous pouvons et devons vivre le mystère eucharistique dans notre quotidien.

Le texte de l’Ancien Testament, tiré du Deutéronome (8 ,2-3.14b-16a), nous fait voir Moïse qui s’adresse au peuple d’Israël alors qu’ils approchent de la Terre promise après quarante ans d’errance. Moïse, le grand architecte d’Israël, fait appel à la mémoire du peuple, il le presse de se rappeler comment le Seigneur a pris soin de lui pendant ce long pèlerinage. « Souviens-toi. » « Souviens-toi du Seigneur ton Dieu. » Moïse n’invite pas les gens à un exercice de nostalgie ou de mémoire abstraite. Il leur demande de se rappeler les gestes concrets du Seigneur en leur faveur. Il leur rappelle exactement ce que Dieu a fait pour eux et comment il leur a permis de survivre au désert en leur donnant la manne.

La référence à la manne fait le lien avec l’Évangile d’aujourd’hui dans lequel les auditeurs de Jésus sont d’abord hérissés à l’idée de manger sa chair. Dans le texte de l’Évangile, Jésus parle quatre fois de manger sa chair (Jean 6, 51-58). Jésus est nul autre que le Seigneur qui fait son entrée dans notre vie d’êtres humains, chair et sang comme nous. Les auditeurs de Jésus ne sont pas seulement rebutés par le fait de manger sa chair et de boire son sang : ils ont du mal à accepter qu’en Jésus Dieu est entré pour de bon dans le monde.

Un seul pain, un seul corps

La deuxième lecture est tirée de la première lettre de saint Paul à la communauté divisée de Corinthe (10, 16-17).  Même si les chrétiens de Corinthe peuvent avoir de très belles célébrations, ils ne forment pas le corps du Christ. Les riches ne partagent pas avec les pauvres et on ne se porte pas au secours des plus vulnérables. C’est désavouer le sens le plus profond de l’Eucharistie que de la célébrer sans se soucier de la charité et de la communion. Paul est très sévère à l’endroit des Corinthiens parce que « quand vous vous réunissez tous ensemble, ce n’est plus le repas du Seigneur que vous prenez » (11,20) à cause des divisions, des injustices et des égoïsmes. Paul exhorte ses correspondants à devenir la nourriture qu’ils consomment : le corps du Christ. [Read more…]

Message du Saint-Père pour la Journée Mondiale des Pauvres

Vous trouverez ci-dessou le Message du pape François pour la Journee Mondiale des Pauvres 33ème Dimanche du Temps Ordinaire 19 novembre 2017:

N’aimons pas en paroles, mais par des actes

1. « Petits enfants, n’aimons pas en paroles ni par des discours, par des actes et en vérité » (1 Jn 3, 18). Ces paroles de l’apôtre Jean expriment un impératif dont aucun chrétien ne peut faire abstraction. La gravité avec laquelle le ‘‘disciple bien-aimé’’ transmet, jusqu’à nos jours, le commandement de Jésus s’accentue encore davantage par l’opposition qu’elle révèle entre les paroles vides qui sont souvent sur nos lèvres et les actes concrets auxquels nous sommes au contraire appelés à nous mesurer. L’amour n’admet pas d’alibi : celui qui entend aimer comme Jésus a aimé doit faire sien son exemple ; surtout quand on est appelé à aimer les pauvres. La façon d’aimer du Fils de Dieu, par ailleurs, est bien connue, et Jean le rappelle clairement. Elle se fonde sur deux pierres angulaires : Dieu a aimé le premier (cf. 1 Jn 4, 10.19) ; et il a aimé en se donnant tout entier, y compris sa propre vie (cf. 1 Jn 3, 16).

Un tel amour ne peut rester sans réponse. Même donné de manière unilatérale, c’est-à-dire sans rien demander en échange, il enflamme cependant tellement le cœur que n’importe qui se sent porté à y répondre malgré ses propres limites et péchés. Et cela est possible si la grâce de Dieu, sa charité miséricordieuse sont accueillies, autant que possible, dans notre cœur, de façon à stimuler notre volonté ainsi que nos affections à l’amour envers Dieu lui-même et envers le prochain. De cette façon, la miséricorde qui jaillit, pour ainsi dire, du cœur de la Trinité peut arriver à mettre en mouvement notre vie et créer de la compassion et des œuvres de miséricorde en faveur des frères et des sœurs qui sont dans le besoin.

2. « Un pauvre crie ; le Seigneur l’entend » (Ps 33, 7). Depuis toujours, l’Église a compris l’importance de ce cri. Nous avons un grand témoignage dès les premières pages des Actes des Apôtres, où Pierre demande de choisir sept hommes « remplis d’Esprit Saint et de sagesse » (6, 3), afin qu’ils assument le service de l’assistance aux pauvres. C’est certainement l’un des premiers signes par lesquels la communauté chrétienne s’est présentée sur la scène du monde : le service des plus pauvres. Tout cela lui était possible parce qu’elle avait compris que la vie des disciples de Jésus devait s’exprimer dans une fraternité et une solidarité telles qu’elles doivent correspondre à l’enseignement principal du Maître qui avait proclamé heureux et héritiers du Royaume des cieux les pauvres (cf. Mt 5, 3).

« Ils vendaient leurs biens et leurs possessions, et ils en partageaient le produit entre tous en fonction des besoins de chacun » (Ac 2, 45). Cette expression montre clairement la vive préoccupation des premiers chrétiens. L’évangéliste Luc, l’auteur sacré qui, plus que tout autre, a réservé une large place à la miséricorde, ne fait pas de rhétorique lorsqu’il décrit la pratique de partage de la première communauté. Au contraire, en la recommandant, il entend s’adresser aux croyants de toute génération, et donc à nous aussi, pour nous soutenir dans le témoignage et susciter notre action en faveur de ceux qui sont le plus dans le besoin. Le même enseignement est donné avec autant de conviction par l’apôtre Jacques, qui, dans sa Lettre, utilise des expressions fortes et incisives : « Écoutez, donc, mes frères bien-aimés ! Dieu, lui, n’a-t-il pas choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde pour en faire des riches dans la foi, et des héritiers du Royaume promis par lui à ceux qui l’auront aimé ? Mais vous, vous avez privé le pauvre de sa dignité. Or n’est-ce pas les riches qui vous oppriment, et vous traînent devant les tribunaux ? […] Mes frères, si quelqu’un prétend avoir la foi, sans la mettre en œuvre, à quoi cela sert-il ? Sa foi peut-elle le sauver ? Supposons qu’un frère ou une sœur n’ait pas de quoi s’habiller, ni de quoi manger tous les jours ; si l’un de vous leur dit : ‘‘Allez en paix ! Mettez-vous au chaud, et mangez à votre faim !’’ sans leur donner le nécessaire pour vivre, à quoi cela sert-il ? Ainsi donc, la foi, si elle n’est pas mise en œuvre, est bel et bien morte » (2, 5-6.14-17).

3. Il y a eu, cependant, des moments où les chrétiens n’ont pas écouté jusqu’au bout cet appel, en se laissant contaminer par la mentalité mondaine. Mais l’Esprit Saint n’a pas manqué de leur rappeler de maintenir le regard fixé sur l’essentiel. Il a fait surgir, en effet, des hommes et des femmes qui, de diverses manières, ont offert leur vie au service des pauvres. Que de pages d’histoire, en ces deux mille ans, ont été écrites par des chrétiens qui en toute simplicité et humilité, et par la généreuse imagination de la charité, ont servi leurs frères plus pauvres !

Parmi ceux-ci, se détache l’exemple de François d’Assise, qui a été suivi par de nombreux hommes et femmes saints au cours des siècles. Il ne s’est pas contenté d’embrasser et de faire l’aumône aux lépreux, mais il a décidé d’aller à Gubbio pour rester avec eux. Lui-même a vu dans cette rencontre le tournant de sa conversion : « Comme j’étais dans les péchés, il me semblait extrêmement amer de voir des lépreux. Et le Seigneur lui-même me conduisit parmi eux et je fis miséricorde avec eux. Et en m’en allant de chez eux, ce qui me semblait amer fut changé pour moi en douceur de l’esprit et du corps » (Test. 1-3 : SF 308). Ce témoignage manifeste la force transformante de la charité et le style de vie des chrétiens.

Ne pensons pas aux pauvres uniquement comme destinataires d’une bonne action de volontariat à faire une fois la semaine, ou encore moins de gestes improvisés de bonne volonté pour apaiser notre conscience. Ces expériences, même valables et utiles pour sensibiliser aux besoins de nombreux frères et aux injustices qui en sont souvent la cause, devraient introduire à une rencontre authentique avec les pauvres et donner lieu à un partage qui devient style de vie. En effet, la prière, le chemin du disciple et la conversion trouvent, dans la charité qui se fait partage, le test de leur authenticité évangélique. Et de cette façon de vivre dérivent joie et sérénité d’esprit, car on touche de la main la chair du Christ. Si nous voulons rencontrer réellement le Christ, il est nécessaire que nous touchions son corps dans le corps des pauvres couvert de plaies, comme réponse à la communion sacramentelle reçue dans l’Eucharistie. Le Corps du Christ, rompu dans la liturgie sacrée, se laisse retrouver, par la charité partagée, dans les visages et dans les personnes des frères et des sœurs les plus faibles. Toujours actuelles, résonnent les paroles du saint évêques Chrysostome : « Si vous voulez honorer le corps du Christ, ne le méprisez pas lorsqu’il est nu ; n’honorez pas le Christ eucharistique avec des ornements de soie, tandis qu’à l’extérieur du temple vous négligez cet autre Christ qui souffre du froid et de la nudité » (Hom. In Matthaeum, 50, 3 : PG, 58).

Nous sommes appelés, par conséquent, à tendre la main aux pauvres, à les rencontrer, à les regarder dans les yeux, à les embrasser, pour leur faire sentir la chaleur de l’amour qui rompt le cercle de la solitude. Leur main tendue vers nous est aussi une invitation à sortir de nos certitudes et de notre confort, et à reconnaître la valeur que constitue en soi la pauvreté.

4. N’oublions pas que pour les disciples du Christ, la pauvreté est avant tout une vocation à suivre Jésus pauvre. C’est un chemin derrière lui et avec lui, un chemin qui conduit à la béatitude du Royaume des cieux (cf. Mt 5, 3 ; Lc 6, 20). Pauvreté signifie un cœur humble qui sait accueillir sa propre condition de créature limitée et pécheresse pour surmonter la tentation de toute-puissance, qui fait croire qu’on est immortel. La pauvreté est une attitude du cœur qui empêche de penser à l’argent, à la carrière, au luxe comme objectif de vie et condition pour le bonheur. C’est la pauvreté, plutôt, qui crée les conditions pour assumer librement les responsabilités personnelles et sociales, malgré les limites de chacun, comptant sur la proximité de Dieu et soutenu par sa grâce. La pauvreté, ainsi entendue, est la mesure qui permet de juger de l’utilisation correcte des biens matériels, et également de vivre de manière non égoïste et possessive les liens et affections (cf. Catéchisme de l’Église catholique, nn. 25-45).

Faisons nôtre, par conséquent, l’exemple de saint François, témoin de l’authentique pauvreté. Précisément parce qu’il avait les yeux fixés sur le Christ, il a su le reconnaître et le servir dans les pauvres. Si, par conséquent, nous voulons offrir une contribution efficace pour le changement de l’histoire, en promouvant un vrai développement, il est nécessaire d’écouter le cri des pauvres et de nous engager à les faire sortir de leur condition de marginalisation. En même temps, je rappelle aux pauvres qui vivent dans nos villes et dans nos communautés de ne pas perdre le sens de la pauvreté évangélique qu’ils portent imprimé dans leur vie.

5. Nous savons la grande difficulté qui émerge dans le monde contemporain de pouvoir identifier clairement la pauvreté. Cependant, elle nous interpelle chaque jour par ses mille visages marqués par la douleur, par la marginalisation, par l’abus, par la violence, par les tortures et par l’emprisonnement, par la guerre, par la privation de la liberté et de la dignité, par l’ignorance et par l’analphabétisme, par l’urgence sanitaire et par le manque de travail, par les traites et par les esclavages, par l’exil et par la misère, par la migration forcée. La pauvreté a le visage de femmes, d’hommes et d’enfants exploités pour de vils intérêts, piétinés par des logiques perverses du pouvoir et de l’argent. Quelle liste impitoyable et jamais complète se trouve-t-on obligé d’établir face à la pauvreté fruit de l’injustice sociale, de la misère morale, de l’avidité d’une minorité et de l’indifférence généralisée !

De nos jours, malheureusement, tandis qu’émerge toujours davantage la richesse insolente qui s’accumule dans les mains de quelques privilégiés et souvent est accompagnée de l’inégalité et de l’exploitation offensant la dignité humaine, l’expansion de la pauvreté à de grands secteurs de la société dans le monde entier fait scandale. Face à cette situation, on ne peut demeurer inerte et encore moins résigné. À la pauvreté qui inhibe l’esprit d’initiative de nombreux jeunes, en les empêchant de trouver un travail ; à la pauvreté qui anesthésie le sens de responsabilité conduisant à préférer la procuration et la recherche de favoritismes ; à la pauvreté qui empoisonne les puits de la participation et restreint les espaces du professionnalisme en humiliant ainsi le mérite de celui qui travaille et produit ; à tout cela, il faut répondre par une nouvelle vision de la vie et de la société.

Tous ces pauvres – comme aimait le dire le Pape Paul VI – appartiennent à l’Église par « droit évangélique » (Discours d’ouverture de la 2ème session du Concile Œcuménique Vatican II, 29 septembre 1963) et exigent l’option fondamentale pour eux. Bénies, par conséquent, les mains qui s’ouvrent pour accueillir les pauvres et pour les secourir : ce sont des mains qui apportent l’espérance. Bénies, les mains qui surmontent toutes les barrières de culture, de religion et de nationalité en versant l’huile de consolation sur les plaies de l’humanité. Bénies, les mains qui s’ouvrent sans rien demander en échange, sans ‘‘si’’, sans ‘‘mais’’ et sans ‘‘peut-être’’ : ce sont des mains qui font descendre sur les frères la bénédiction de Dieu.

6. Au terme du Jubilé de la Miséricorde, j’ai voulu offrir à l’Église la Journée Mondiale des Pauvres, afin que dans le monde entier les communautés chrétiennes deviennent toujours davantage et mieux signe concret de la charité du Christ pour les derniers et pour ceux qui sont le plus dans le besoin. Aux autres Journées mondiales instituées par mes Prédécesseurs, qui sont désormais une tradition dans la vie de nos communautés, je voudrais que s’ajoute celle-ci, qui apporte à leur ensemble un complément typiquement évangélique, c’est-à-dire la prédilection de Jésus pour les pauvres.

J’invite l’Église tout entière ainsi que les hommes et les femmes de bonne volonté à avoir le regard fixé, en cette journée, sur tous ceux qui tendent les mains en criant au secours et en sollicitant notre solidarité. Ce sont nos frères et sœurs, créés et aimés par l’unique Père céleste. Cette Journée entend stimuler, en premier lieu, les croyants afin qu’ils réagissent à la culture du rebut et du gaspillage, en faisant leur la culture de la rencontre. En même temps, l’invitation est adressée à tous, indépendamment de l’appartenance religieuse, afin qu’ils s’ouvrent au partage avec les pauvres, sous toutes les formes de solidarité, en signe concret de fraternité. Dieu a créé le ciel et la terre pour tous ; ce sont les hommes, malheureusement, qui ont créé les frontières, les murs et les clôtures, en trahissant le don originel destiné à l’humanité sans aucune exclusion.

7. Je souhaite que les communautés chrétiennes, au cours de la semaine qui précède la Journée Mondiale des Pauvres, qui cette année sera le 19 novembre, 33ème dimanche du Temps Ordinaire, œuvrent pour créer de nombreux moments de rencontre et d’amitié, de solidarité et d’aide concrète. Ils pourront, ensuite, inviter les pauvres et les volontaires à participer ensemble à l’Eucharistie de ce dimanche, en sorte que la célébration de la Solennité de Notre Seigneur Jésus Christ Roi de l’univers se révèle encore plus authentique, le dimanche suivant. La royauté du Christ, en effet, émerge dans toute sa signification précisément sur le Golgotha, lorsque l’Innocent cloué sur la croix, pauvre, nu et privé de tout, incarne et révèle la plénitude de l’amour de Dieu. Son abandon complet au Père, tandis qu’il exprime sa pauvreté totale, rend évident la puissance de cet Amour, qui le ressuscite à une vie nouvelle le jour de Pâques.

En ce dimanche, si dans notre quartier vivent des pauvres qui cherchent protection et aide, approchons-nous d’eux : ce sera un moment propice pour rencontrer le Dieu que nous cherchons. Selon l’enseignement des Écritures (cf. Gn 18, 3-5 ; He 13, 2), accueillons-les comme des hôtes privilégiés à notre table ; ils pourront être des maîtres qui nous aident à vivre la foi de manière plus cohérente. Par leur confiance et leur disponibilité à accepter de l’aide, ils nous montrent de manière sobre, et souvent joyeuse, combien il est important de vivre de l’essentiel et de nous abandonner à la providence du Père.

8. À la base des nombreuses initiatives qui peuvent se réaliser lors de cette Journée, qu’il y ait toujours la prière. N’oublions pas que le Notre Père est la prière des pauvres. La demande du pain, en effet, exprime la confiance en Dieu pour les besoins primaires de notre vie. Ce que Jésus nous a enseigné par cette prière exprime et recueille le cri de celui qui souffre de la précarité de l’existence et du manque du nécessaire. Aux disciples qui demandaient à Jésus de leur apprendre à prier, il a répondu par les paroles des pauvres qui s’adressent au Père unique dans lequel tous se reconnaissentcomme frères. Le Notre Père est une prière qui s’exprime au pluriel : le pain demandé est ‘‘notre’’, et cela comporte partage, participation et responsabilité commune. Dans cette prière, nous reconnaissons tous l’exigence de surmonter toute forme d’égoïsme pour accéder à la joie de l’accueil réciproque.

9. Je demande aux confrères évêques, aux prêtres, aux diacres – qui par vocation ont la mission du soutien aux pauvres -, aux personnes consacrées, aux associations, aux mouvements et au vaste monde du volontariat d’œuvrer afin que par cette Journée Mondiale des Pauvres s’instaure une tradition qui soit une contribution concrète à l’évangélisation dans le monde contemporain.
Que cette nouvelle Journée Mondiale, par conséquent, devienne un appel fort à notre conscience de croyants pour que nous soyons plus convaincus que partager avec les pauvres nous permet de comprendre l’Évangile dans sa vérité la plus profonde. Les pauvres ne sont un problème : ils sont une ressource où il faut puiser pour accueillir et vivre l’essence de l’Évangile.
Du Vatican, le 13 juin 2017 Mémoire de saint Antoine de Padoue

FRANÇOIS

[00907-FR.01] [Texte original: Italien]

Église en sortie 3 mars 2017

Cette semaine à Église en sortie, Francis Denis reçoit en studio Mgr Lionel Gendron, évêque de Saint-Jean-Longueuil et vice-président de la Conférence des évêques catholiques du Canada dans un entretien sur les priorités pastorales de la CECC pour l’année 2017 et sur son plus récent voyage en Terre sainte. Et on vous présente un reportage sur l’histoire de l’Accueil Bonneau et sur la spiritualité de Sainte Marguerite D’Youville, laquelle fait toujours vivre la communauté des Sœurs grises du Québec.

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