Pape en Colombie: Discours lors de la rencontre avec les évêques

CTV


Vous trouverez ci-dessous le texte complet de l’allocution du pape François aux évêques de Colombie:

La paix soit avec vous !

C’est ainsi que le Ressuscité a salué son petit troupeau après avoir vaincu la mort ; permettez-moi de vous saluer de la même manière au début de mon voyage.

Je remercie pour vos paroles de bienvenue. Je suis heureux parce que mes premiers pas en ce pays me conduisent à vous rencontrer vous, les évêques de la Colombie, pour embrasser en vous toute l’Église colombienne et pour serrer votre peuple contre mon cœur de Successeur de Pierre. Je vous suis très reconnaissant pour votre ministère épiscopal, que je vous prie de continuer à exercer avec une générosité renouvelée. J’adresse une salutation spéciale aux évêques émérites, en les encourageant à continuer de soutenir, par la prière et par la présence discrète, l’Épouse du Christ pour laquelle il se sont généreusement donnés.

Je viens annoncer le Christ et parcourir en son nom un itinéraire de paix et de réconciliation. Le Christ est notre paix ! Il nous a réconciliés avec Dieu et entre nous !

Je suis convaincu que la Colombie a quelque chose d’original qui attire fortement l’attention : elle n’a jamais été un objectif complètement réalisé, ni une destination totalement atteinte, ni un trésor totalement possédé. Sa richesse humaine, ses ressources naturelles luxuriantes, sa culture, sa synthèse chrétienne lumineuse, le patrimoine de sa foi et la mémoire de ses évangélisateurs, la joie gratuite et inconditionnelle de son peuple, le sourire sans prix de sa jeunesse, sa fidélité originale à l’Évangile du Christ et à son Église et, surtout, son courage indomptable à résister à la mort, non seulement annoncée mais bien des fois semée, tout cela se dérobe, disons se cache, à ceux qui se présentent comme des étrangers avides de s’en accaparer, et en revanche, s’offre généreusement à celui qui touche son cœur par la douceur du pèlerin. C’est ainsi qu’est la Colombie !

C’est pourquoi, comme pèlerin, je m’adresse à son Église. Je suis votre frère, désireux de partager le Christ ressuscité pour qui aucun mur n’est éternel, aucune peur n’est indestructible, aucune blessure n’est incurable.

Je ne suis pas le premier Pape à vous parler chez vous. Deux de mes plus grands prédécesseurs ont été des hôtes ici : le bienheureux Paul VI, qui est venu juste après avoir conclu le Concile Vatican II, pour encourager la réalisation collégiale du mystère de l’Église en Amérique Latine ; et saint Jean-Paul II lors de sa mémorable visite apostolique de 1986. Les paroles de ces deux Papes sont une ressource permanente ; les indications qu’ils ont esquissées et la merveilleuse synthèse qu’ils ont offerte sur notre ministère épiscopal constituent un patrimoine à sauvegarder. Je voudrais que ce que je vais vous dire soit reçu dans la continuité de ce qu’ils ont enseigné.

Gardiens et sacrement du premier pas

«Faire le premier pas» est le thème de ma visite et pour vous aussi, c’est mon premier message. Vous savez bien que Dieu est le Seigneur du premier pas. Il nous devance toujours. Toute l’Écriture Sainte parle de Dieu comme exilé hors de soi par amour. Il en a été ainsi lorsqu’il n’y avait que ténèbres, chaos et, en sortant de lui-même, il a fait en sorte que tout vienne à l’être (cf. Gn 1.2, 4) ; il en a été ainsi lorsqu’il se promenait dans le jardin des origines, se rendant compte de la nudité de sa créature (cf. Gn 3, 8-9) ; il en a été ainsi lorsque, pèlerin, il a logé sous la tente d’Abraham, en lui faisant la promesse d’une fécondité inespérée (cf. Gn 18, 1-10) ; il a en été ainsi lorsqu’il s’est présenté à Moïse en le séduisant, alors qu’il n’avait plus d’autre horizon que de paître les brebis de son beau-père (cf. Ex 3, 1-2) ; il en a été ainsi lorsqu’il n’a pas détourné le regard de sa Jérusalem bien-aimée, même quand elle se prostituait sur le trottoir de l’infidélité (cf. Ez 16, 15) ; il en a été ainsi lorsqu’il a émigré avec sa gloire vers son peuple exilé, en esclavage (cf. Ez 10, 18-19).

Et, à la plénitude des temps, il a voulu révéler le vrai nom du premier pas, de son premier pas. Il s’appelle Jésus et il est un pas irréversible. Il provient de la liberté d’un amour qui précède tout. Car le Fils, lui-même, est l’expression vivante de cet amour. Ceux qui le reconnaissent et l’accueillent reçoivent en héritage le don d’être introduits dans la liberté de pouvoir toujours accomplir en lui le premier pas ; ils n’ont pas peur de se perdre s’ils sortent d’eux-mêmes, car ils ont la garantie de son amour provenant du premier pas de Dieu, une boussole qui leur évite de se perdre.

Préservez donc, avec une crainte et une émotion saintes, ce premier pas de Dieu vers vous et, par votre ministère, vers les personnes qui vous ont été confiées, conscients d’être sacrement vivant de cette liberté divine qui n’a pas peur de sortir d’elle-même par amour, qui n’a pas peur de s’appauvrir tandis qu’elle se donne, qui n’a besoin d’autre force que l’amour.

Dieu nous précède, nous sommes des sarments et non la vigne. Par conséquent, ne taisez pas la voix de celui qui vous a appelés et ne pensez pas que ce soit la somme de vos pauvres vertus ou les compliments des puissants du moment qui assurent le résultat de la mission que Dieu vous a confiée. Au contraire, mendiez dans la prière quand vous ne pouvez pas donner ou vous donner, pour que vous ayez quelque chose à offrir à ceux qui s’approchent constamment de vos cœurs de pasteurs. La prière dans la vie de l’évêque est la sève vitale qui coule dans la vigne, sans laquelle le sarment se flétrit en devenant stérile. Par conséquent, luttez avec Dieu, et plus encore dans la nuit de son absence, jusqu’à ce qu’il vous bénisse (cf. Gn 32, 25-27). Les blessures de cette bataille quotidienne et prioritaire dans la prière seront source de guérison pour vous ; vous serez blessés par Dieu afin d’être capables de guérir.

Rendre visible votre identité de sacrement du premier pas.

De fait, rendre tangible l’identité de sacrement du premier pas de Dieu exigera un exode intérieur continu. « Il n’y a pas de plus grande invitation à l’amour que de devancer ce même amour » (Saint Augustin, De catechizandis rudibus, liber I, 4.7, 26 : PL 40), donc, aucun domaine de la mission épiscopale ne peut faire abstraction de cette liberté de faire le premier pas. La condition pour pouvoir exercer le ministère apostolique est la disponibilité à s’approcher de Jésus en laissant derrière « ce que nous avons été pour être ce que nous n’étions pas » (Saint Augustin, in Psal., 121, 12 : PL 36).

Je vous recommande de veiller non seulement individuellement mais aussi collégialement, dociles à l’Esprit Saint, sur ce point de départ permanent. Sans ce noyau, les traits du Maître languissent sur le visage des disciples, la mission s’embourbe et la conversion pastorale diminue, qui n’est autre que de préserver cette urgence d’annoncer l’Évangile de la joie aujourd’hui, demain et après-demain (cf. Lc 13, 33), diligence qui a dévoré le cœur de Jésus en le laissant sans nid ni abri, uniquement penché sur l’accomplissement jusqu’à la fin de la volonté du Père (cf. Lc 9, 58.62). Quel autre avenir pouvons-nous poursuivre ? A quelle autre dignité pouvons-nous aspirer ?

Ne vous mesurez pas avec le mètre de ceux qui voudraient que vous ne soyez qu’une caste de fonctionnaires repliés sur la dictature du présent. Ayez, au contraire, le regard toujours fixé sur l’éternité de celui qui vous a élus, prêts à accueillir le jugement décisif de ses lèvres.

Dans la complexité du visage de cette Église colombienne, il est très important de préserver la singularité de ses forces diverses et légitimes, les sensibilités pastorales, les particularités régionales, les mémoires historiques, les richesses des expériences ecclésiales spécifiques. Pentecôte consciente que tous entendent dans leur propre langue. C’est pourquoi, recherchez avec persévérance la communion entre vous. Ne vous lassez pas de la construire à travers le dialogue franc et fraternel, en condamnant comme la peste les agendas cachés. Empressez-vous de faire le premier pas, l’un vers l’autre. Devancez-vous dans la disponibilité à comprendre les raisons de l’autre. Laissez-vous enrichir par ce que l’autre peut vous offrir et construisez une Église qui offre à ce pays un témoignage éloquent de combien on peut progresser quand on est disposé à ne pas dépendre de quelques-uns. Le rôle des Provinces ecclésiastiques par rapport au message de l’Évangile lui-même est fondamental, car diverses et harmonieuses sont les voix qui le proclament. Pour cela, ne vous contentez pas d’un médiocre engagement minimal qui laisse les résignés dans la tranquille quiétude de leur propre impuissance, en même temps qu’il dompte ces espérances qui exigeraient le courage de se concentrer davantage sur la force de Dieu que sur sa propre fragilité.

Ayez une sensibilité spéciale envers les racines afro-colombiennes de votre peuple, qui ont contribué si généreusement à modeler le visage de ce pays.

Toucher la chair du corps du Christ

Je vous invite à ne pas avoir peur de toucher la chair blessée de votre propre histoire et de l’histoire de votre peuple. Faites-le avec humilité, sans la vaine prétention de protagonisme, et d’un cœur sans partage, libre de toute compromission et de toute servilité. Seul Dieu est Seigneur et nous ne devons soumettre notre âme de pasteur à aucune autre cause.

La Colombie a besoin de votre regard, propre à des évêques, pour la soutenir dans le courage du premier pas vers la paix définitive, la réconciliation, vers le renoncement à la violence comme méthode, vers la suppression des inégalités qui sont la racine de nombreuses souffrances, la renonciation au chemin facile mais sans issue de la corruption, la patiente et persévérante consolidation de la ‘‘res publica’’ qui demande l’éradication de la misère et de l’inégalité.

Il s’agit d’une tâche ardue mais à laquelle on ne peut renoncer, les chemins sont raides et les solutions ne sont pas évidentes. De la hauteur de Dieu, qui est la croix de son fils, vous obtiendrez la force ; avec la petite lumière humble des yeux du Ressuscité, vous parcourrez le chemin ; en écoutant la voix de l’Époux qui susurre dans le cœur, vous recevrez les critères pour discerner à nouveau, dans chaque incertitude, la direction juste.

L’un de vos illustres hommes de lettre a écrit, en parlant de l’un de vos personnages mythiques : « Il n’imaginait pas qu’il était plus facile de commencer une guerre que de la terminer » (Gabriel García Márquez, Cent ans de solitude, chapitres 9). Nous savons tous que la paix exige des hommes un courage moral différent. La guerre suit ce qu’il y a de plus bas dans notre cœur, la paix nous incite à être plus grands que nous-mêmes. Poursuivant, l’écrivain ajoutait : « Il ne comprenait pas qu’il ait fallu beaucoup de mots pour expliquer ce qu’on sentait durant la guerre, si un seul suffisait : la peur » (Ibid. ch. 15). Il n’est pas nécessaire que je vous parle de cette peur, racine empoisonnée, fruit amer et héritage néfaste de chaque conflit. Je voudrais vous encourager à continuer à croire qu’on peut procéder d’une autre manière, en rappelant que vous n’avez pas reçu un esprit d’esclaves pour retomber dans la crainte ; l’Esprit lui-même témoigne que vous êtes des fils destinés à la liberté de la gloire qui vous est réservée (cf. Rm 8, 15-16).

Vous voyez de vos propres yeux et vous connaissez comme peu de personnes la déformation du visage de ce pays ; vous êtes les gardiens des pièces fondamentales qui l’unifient, malgré ses lacérations. C’est précisément pour cela que la Colombie a besoin de vous pour se reconnaître dans son vrai visage, chargé d’espérance en dépit de ses imperfections, pour se pardonner réciproquement malgré les blessures pas tout à fait cicatrisées, pour croire qu’on peut faire un autre chemin même lorsque l’inertie pousse à répéter les mêmes erreurs, pour avoir le courage de surmonter ce qui peut la rendre misérable malgré ses trésors.

Je vous encourage, en effet, à ne pas vous lasser de faire de vos Églises un ventre de lumière, capable de produire, même en souffrant de faim, les nouvelles ressources dont cette terre a besoin. Abritez-vous dans l’humilité de votre peuple pour vous rendre compte de ses ressources humaines secrètes et de sa foi ; écoutez combien son humanité dépouillée aspire à la dignité que seul le Ressuscité peut donner. N’ayez pas peur de sortir de vos certitudes apparentes à la recherche de la vraie gloire de Dieu, qu’est l’homme vivant.

La parole de réconciliation

Beaucoup peuvent contribuer au défi de cette Nation, mais votre mission est singulière. Vous n’êtes ni techniciens ni politiciens, vous êtes des pasteurs. Le Christ est la parole de réconciliation écrite dans vos cœurs et vous avez la force de pouvoir la prononcer, non seulement en chaire, à travers les documents ecclésiaux ou à travers les articles de journaux, mais bien plus dans le cœur des personnes, dans le secret sacré de leurs consciences, dans la chaleur remplie d’espérance qui les attire à l’écoute de la voix du ciel qui proclame « paix aux hommes que Dieu aime » (Lc 2, 14). Vous devez la prononcer avec la fragile, humble, mais invincible ressource de la miséricorde de Dieu, la seule capable de vaincre l’arrogance cynique des cœurs autoréférentiels.

L’Église n’est intéressée par rien d’autre que la liberté de prononcer cette Parole. Les alliances avec une partie ou une autre ne servent pas, mais la liberté de s’adresser aux cœurs de tous. Précisément vous avez là l’autonomie pour inquiéter, vous avez là la possibilité de soutenir un changement de direction.

Le cœur humain, bien des fois dupé, conçoit le projet insensé de faire de la vie une conquête continue d’espaces pour déposer ce qu’il accumule. Précisément ici, il faut que résonne la question : à quoi sert-il de gagner le monde si un vide demeure dans l’âme ? (cf. Mt 16, 26).

À travers vos lèvres de pasteurs légitimes du Christ, tels que vous êtes, la Colombie a le droit d’être interpellée par la vérité de Dieu, qui répète sans cesse : « Où est ton frère ? » (Gn 4, 9). C’est une interrogation, qui ne peut être tue, même quand celui qui l’écoute ne peut que baisser le regard, confus, et balbutier sa propre honte de l’avoir vendu, peut-être au prix d’une dose de stupéfiant ou d’une idée équivoque de raison d’État, peut-être à cause de la fausse conscience que la fin justifie les moyens.

Je vous prie d’avoir le regard toujours fixé sur l’homme concret. Ne servez pas un concept de l’homme, mais la personne humaine aimée par Dieu, faite de chair, d’os, d’histoire, de foi, d’espérance, de sentiments, de déceptions, de frustrations, de souffrances, de blessures ; et vous verrez que ce caractère concret de l’homme démasque les statistiques froides, les calculs manipulés, les stratégies aveugles, les informations falsifiées, en vous rappelant qu’« en réalité, le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné » (Gaudium et spes, n. 22).

Une Église en mission

J’ai conscience du généreux travail pastoral que vous réalisez déjà; permettez-moi cependant de vous faire part de certaines inquiétudes que je porte dans mon cœur de pasteur, désireux de vous exhorter à être toujours davantage une Église en mission. Mes prédécesseurs ont déjà insisté sur plusieurs de ces défis : la famille et la vie, les jeunes, les prêtres, les vocations, les laïcs, la formation. Ces dernières décennies, malgré l’énorme travail, les réponses pour rendre efficace la maternité de l’Église dans l’enfantement, dans la sustentation et l’accompagnement de ses fils, sont peut-être devenues encore plus difficiles.

Je pense aux familles colombiennes, à la défense de la vie depuis le sein maternel jusqu’à sa fin naturelle, au fléau de la violence et de l’alcoolisme touchant souvent les foyers, à la fragilité du lien matrimonial et à l’absence des parents avec ses conséquences tragiques d’insécurité et qui font des orphelins. Je pense aux nombreux jeunes menacés par le vide de l’âme et entraînés dans la fuite de la drogue, dans le style d’une vie facile, dans la tentation de la subversion. Je pense aux nombreux et généreux prêtres et au défi de les soutenir dans leur option fidèle et quotidienne pour le Christ et pour l’Église, tandis que certains autres continuent de répandre la neutralité confortable de ceux qui ne choisissent rien pour rester dans la solitude avec eux-mêmes. Je pense aux fidèles laïcs répandus dans toutes les Églises particulières, résistant dans l’effort pour se laisser rassembler par Dieu qui est communion, même quand beaucoup proclament le nouveau dogme de l’égoïsme et de la mort de toute solidarité. Je pense à l’immense effort de tous afin d’approfondir la foi et d’en faire une lumière vive pour les cœurs et une lampe pour le premier pas.

Je ne vous apporte pas de recettes ni n’entends vous laisser une liste de tâches. Cependant, je voudrais vous prier de garder la sérénité en réalisant dans la communion votre lourde mission de pasteurs de la Colombie. Vous savez bien que, dans la nuit, le malin continue de semer l’ivraie, mais ayez la patience du Maître du champ, en faisant confiance à la bonne qualité de ses grains. Apprenez de sa longanimité et de sa magnanimité. Ses temps sont longs parce que son regard d’amour est incommensurable. Quand l’amour est ténu, le cœur devient impatient, troublé par l’anxiété de faire des choses, dévoré par la peur d’avoir échoué. Croyez surtout en l’humilité de la semence de Dieu. Faites confiance à la puissance cachée de son levain. Dirigez vos cœurs vers la belle fascination qui attire et fait vendre tout afin de posséder ce trésor divin.

De fait, quoi d’autre pouvez-vous offrir de plus fort à la famille colombienne que la force humble de l’Évangile de l’amour généreux qui unit l’homme et la femme, faisant d’eux une image de l’union du Christ avec son Église, des canaux et des gardiens de la vie ? Les familles ont besoin de savoir que dans le Christ elles peuvent devenir un arbre luxuriant capable d’offrir de l’ombre, de porter du fruit en toute saison de l’année, d’abriter la vie dans ses branches. Ils sont si nombreux aujourd’hui ceux qui rendent hommage aux arbres sans ombre, stériles, aux branches privées de nids. Pour vous, que le point de départ soit le témoignage joyeux que la fidélité se trouve ailleurs.

Que pouvez-vous offrir à vos jeunes ? Ils aiment se sentir aimés, ils se méfient de ceux qui les sous-estiment, ils demandent une cohérence limpide et espèrent être impliqués. Recevez-les, par conséquent, avec le cœur du Christ et ouvrez-leur des espaces dans la vie de vos Églises. Ne prenez part à aucune négociation qui brade leurs espérances. N’ayez pas peur de hausser sereinement la voix pour rappeler à tous qu’une société qui se laisse séduire par le mirage du narcotrafic s’introduit elle-même dans cette métastase morale qui mercantilise l’enfer et sème partout la corruption et, en même temps, engraisse les paradis fiscaux.

Que pouvez-vous offrir à vos prêtres ? Le premier don est celui de votre paternité qui assure que la main qui les a générés et oints ne s’est pas retirée de leurs vies. Nous vivons à l’ère de l’informatique et il ne nous est pas difficile d’atteindre nos prêtres en temps réel par quelque messagerie. Mais le cœur d’un père, d’un évêque, ne peut se contenter de la communication précaire, impersonnelle et externe avec son clergé. L’inquiétude concernant le lieu où vivent ses prêtres ne peut s’éloigner du cœur de l’évêque. Vivent-ils vraiment selon Jésus ? Ou bien se sont-ils inventé d’autres sécurités telles que la stabilité économique, l’ambiguïté morale, la double vie ou l’illusion myope de la carrière ? Les prêtres ont besoin, avec une nécessité et une urgence vitales, de la proximité physique et affective de leur évêque. Ils demandent à sentir qu’ils ont un père.

La fatigue du travail quotidien pèse fréquemment sur les épaules des prêtres. Ils sont en première ligne, continuellement encerclés par des personnes qui, abattues, cherchent en eux le visage du Pasteur. Les gens s’approchent et frappent à la porte de leurs cœurs. Ils doivent donner à manger à la multitude et la nourriture de Dieu n’est jamais une propriété dont on peut simplement disposer. Au contraire, elle ne provient que de l’indigence mise en contact avec la bonté divine.

Congédier la multitude et manger le peu que l’on peut indûment s’approprier est une tentation permanente (cf. Lc 9, 13).

Veillez par conséquent sur les racines spirituelles de vos prêtres. Conduisez-les sans cesse à cette Césarée de Philippe où, à la source du Jourdain de chacun, ils peuvent entendre de nouveau la question de Jésus : Qui suis-je pour toi ? La cause de la détérioration progressive qui, souvent, conduit à la mort du disciple se trouve toujours dans un cœur qui ne peut plus répondre : « Tu es le Christ, le Fils de Dieu » (Cf. Mt 16, 13-16). De là, s’affaiblit le courage de l’irréversibilité du don de soi, et dérive également une désorientation intérieure, la fatigue d’un cœur qui ne sait plus accompagner le Seigneur sur son chemin vers Jérusalem.

Prenez particulièrement soin de l’itinéraire de formation de vos prêtres, depuis la naissance de l’appel de Dieu dans leurs cœurs. La nouvelle Ratio Fundamentalis Institutionis Sacerdotalis, récemment publiée, est une précieuse ressource, encore à mettre en pratique, pour que l’Église colombienne soit à la hauteur du don de Dieu qui n’a jamais cessé d’appeler beaucoup de ses fils au sacerdoce.

Ne négligez pas, s’il vous plaît, la vie des hommes consacrés et des femmes consacrées. Ils constituent la gifle kérygmatique à toute la mondanité et sont appelés à brûler toute vague de valeurs mondaines dans le feu des béatitudes vécues sans glose et dans l’abaissement total de soi dans le service. Ne les considérez pas comme des ‘‘ressources utiles’’ pour les œuvres apostoliques ; sachez plutôt voir en eux le cri de l’amour consacré de l’Épouse : « Viens, Seigneur Jésus » (Ap 22, 20).

Réservez la même préoccupation concernant la formation de vos laïcs, dont dépend non seulement la solidité des communautés de foi, mais aussi une grande partie de la présence de l’Église dans le domaine de la culture, de la politique, de l’économie. Former dans l’Église signifie se mettre en contact avec la foi vivante de la Communauté vivante, s’insérer dans un patrimoine d’expériences et de réponses que suscite l’Esprit Saint, car c’est lui qui enseigne toutes choses (cf. Jn 14, 26).

Je voudrais exprimer une pensée sur les défis de l’Église en Amazonie, région dont, avec raison, vous êtes fiers, car elle est une partie essentielle de la merveilleuse biodiversité de ce pays. L’Amazonie est pour nous tous une preuve décisive pour vérifier si notre société, presque toujours réduite au matérialisme et au pragmatisme, est en mesure de sauvegarder ce qu’elle a reçu gratuitement, non pas pour le dévaliser, mais pour le rendre fécond. Je pense, surtout, à la sagesse cachée des peuples indigènes de l’Amazonie et je me demande si nous sommes encore capables d’apprendre d’eux la sacralité de la vie, le respect de la nature, la conscience du fait qu’à elle seule la raison instrumentale n’est pas suffisante pour combler le vide de l’homme et répondre à ses inquiétudes les plus chargées d’interrogations.

C’est pourquoi je vous invite à ne pas abandonner à elle-même l’Église en Amazonie. La consolidation d’un visage amazonien par l’Église qui pérégrine ici est pour vous tous un défi, qui dépend de l’appui missionnaire grandissant et conscient de tous les diocèses colombiens et de leur clergé tout entier. J’ai entendu que dans certaines langues locales amazoniennes, pour se référer au mot ‘‘ami’’, on utilise l’expression ‘‘mon autre bras’’. Soyez par conséquent l’autre bras de l’Amazonie. La Colombie ne peut l’amputer sans être mutilée dans son visage et dans son âme.

Chers frères,
Je vous invite à présent à vous adresser spirituellement à Notre Dame du Rosaire de

Chiquinquira, dont vous avez eu la délicatesse d’apporter l’image, depuis son Sanctuaire, dans la magnifique Cathédrale de cette ville pour que moi aussi je puisse la contempler.

Comme vous le savez bien, la Colombie ne peut se donner à elle-même le vrai Renouveau auquel elle aspire, mais il est accordé d’en haut. Supplions donc le Seigneur par la Vierge.

Tout comme à Chiquinquira Dieu a restauré la splendeur du visage de sa Mère, qu’il continue d’illuminer par sa lumière céleste le visage de tout ce pays et bénisse l’Église de la Colombie par sa compagnie bienveillante.

[01228-FR.01] [Texte original: Espagnol]

Pape en Colombie: Discours aux jeunes lors de la visite au palais épiscopale de Bogotà

CTV

Vous trouverez ci-dessous le texte du discours du pape François lors de la visite à la cathédrale et au palais épiscopal de Bogotà tel que prononcé avant la bénédiction apostolique aux fidèles présents devant le palais cardinalice:

Chers frères et sœurs,
Je vous salue avec grande joie et je vous remercie pour votre bienvenue chaleureuse. « Dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord: “Paix à cette maison”. S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui; sinon, elle reviendra sur vous» (Lc 10, 5-6).

J’entre aujourd’hui dans cette maison qu’est la Colombie en vous disant: la paix soit avec vous! C’était l’expression qu’utilisait tout juif, et aussi Jésus, pour saluer. J’ai voulu venir jusqu’ici comme pèlerin de paix et d’espérance, et je désire vivre ces moments de rencontre avec joie, rendant grâce à Dieu pour tout le bien qu’il a fait dans cette nation, en chacune de vos vies.

Je viens aussi pour apprendre; oui, pour apprendre de vous, de votre foi, de votre force devant l’adversité. Vous avez vécu des moments difficiles et sombres, mais le Seigneur est près de vous, il est dans le cœur de chaque fils et fille de ce pays. Lui, il n’est pas sélectif, il n’exclut personne mais embrasse chacun ; et nous sommes tous importants et nécessaires pour lui. Durant ces jours, je voudrais partager avec vous la vérité la plus importante : Dieu vous aime avec un amour de Père et il vous encourage à continuer à chercher et à désirer la paix, cette paix qui est authentique et durable.

Je vois ici beaucoup de jeunes qui sont venus des quatre coins du pays : de l’intérieur, de la côte, des régions forestières, des vallées, des plaines. C’est toujours pour moi un motif de joie de me retrouver avec les jeunes. Aujourd’hui je vous dis : gardez vive votre joie, elle est le signe d’un cœur jeune, d’un cœur qui a rencontré le Seigneur. Personne ne pourra vous l’enlever (cf. Jn 16, 22). Ne vous la laissez pas voler ; gardez cette joie qui unifie tout, conscients d’être aimés par le Seigneur. Le feu de l’amour de Jésus-Christ fait déborder cette joie, et il est suffisant pour enflammer le monde entier. Comment n’allez-vous pas pouvoir changer cette société et ce qu’on vous propose ! N’ayez pas peur de l’avenir ! Osez rêver grand ! C’est à ces grands rêves que je
voudrais vous inviter aujourd’hui.

Vous, les jeunes, vous avez une sensibilité spéciale pour reconnaître la souffrance des autres ; les volontaires du monde entier proviennent de milliers d’entre vous qui sont capables de renoncer à leur temps, à leur confort, à leurs projets centrés sur eux-mêmes pour se laisser émouvoir par les besoins des plus fragiles et se dévouer pour eux. Mais il peut arriver aussi que vous soyez nés dans des environnements où la mort, la souffrance, la division vous ont imprégnés si profondément qu’elles vous ont laissés à moitié étourdis, comme anesthésiés. Laissez la souffrance de vos frères colombiens vous gifler et vous faire bouger ! Et nous, les plus âgés, aidez-nous à ne pas nous habituer à la souffrance et à l’abandon.

Vous également, jeunes gens et jeunes filles, qui vivez dans des milieux complexes, avec des réalités différentes, et des situations familiales les plus diverses, vous vous êtes habitués à voir que tout n’est pas tout blanc ou tout noir ; que la vie quotidienne consiste en une large gamme de tonalités grises, et cela peut vous exposer au risque de tomber dans une atmosphère de relativisme, laissant de côté cette capacité qu’ont les jeunes d’entendre la douleur de ceux qui ont souffert. Vous avez la capacité non seulement de juger, de souligner des erreurs, mais également cette autre capacité magnifique et constructive : celle de comprendre. Comprendre que même derrière une erreur – parce qu’une erreur est une erreur et il ne faut pas le maquiller – il y a une infinité de raisons, de circonstances atténuantes. Combien la Colombie a besoin de vous pour se mettre dans la peau de tous ceux pour lesquels de nombreuses générations n’ont pas pu ou n’ont pas su le faire, ou n’ont pas trouvé les modalités d’une compréhension adéquate !

A vous, les jeunes, il vous est très facile de vous rencontrer. Il vous suffit d’un bon café, d’un bon verre ou quoi que ce soit comme prétexte pour susciter la rencontre. Les jeunes se retrouvent sur la musique, l’art…oui, même une finale entre l’Atlético Nacional et l’América de Cali est une occasion pour se réunir ! Vous pouvez nous enseigner que la culture de la rencontre ne consiste pas à penser, à vivre ni à réagir tous de la même manière ; elle consiste à savoir qu’au-delà de nos différences nous faisons tous partie de quelque chose de grand qui nous unit et nous transcende, nous faisons partie de ce merveilleux pays.

Votre jeunesse vous rend capables aussi de quelque chose de très difficile dans la vie : pardonner. Pardonner à ceux qui nous ont blessés ; il est remarquable de voir comment vous ne vous laissez pas embobiner par de vieilles histoires, comment vous nous regardez avec étonnement, nous les adultes, répéter des histoires de divisions seulement pour rester prisonniers des rancœurs. Vous nous aidez dans cette tentative de laisser derrière ce qui nous a blessés et vous nous aidez à regarder en avant sans le fardeau de la haine, parce que vous nous faites voir le monde entier qu’il y a devant, toute la Colombie qui veut grandir et continuer à se développer ; cette Colombie qui a besoin de chacun de nous et que, nous les plus âgés, nous vous devons.

Et c’est précisément pour cela que vous affrontez l’énorme défi de nous aider à guérir notre cœur ; de nous transmettre l’espérance jeune qui est toujours prête à donner aux autres une seconde chance. Les environnements d’inquiétude et d’incrédulité enferment l’âme, environnements qui ne trouvent pas d’issue aux problèmes et qui boycottent ceux qui essayent, abiment l’espérance dont toute communauté a besoin pour avancer. Que vos illusions et vos projets donnent de l’oxygène à la Colombie et la remplissent de saines utopies.

C’est seulement ainsi que vous vous résoudrez à découvrir le pays qui se cache derrière les montagnes ; celui qui ne fait pas les titres des journaux et n’apparaît pas parmi les préoccupations quotidiennes parce qu’il est très loin. Ce pays que l’on ne voit pas et qui fait partie de ce corps social qui a besoin de nous : découvrir la Colombie profonde. Les cœurs jeunes sont stimulés devant les grands défis : combien de beautés naturelles y-a-t-il à contempler sans avoir besoin de les exploiter ! Que de jeunes comme vous ont besoin de votre main tendue, de votre épaule pour entrevoir un avenir meilleur.

Aujourd’hui j’ai voulu passer ces moments avec vous, je suis sûr que vous avez la capacité nécessaire pour construire la nation que nous avons toujours rêvée. Les jeunes sont l’espérance de la Colombie et de l’Eglise ; sur leur chemin et sur leurs pas nous devinons ceux du Messager de paix, de celui qui nous porte de bonnes nouvelles.

Chers frères et sœurs de ce pays bien-aimé, je m’adresse maintenant à tous, enfants, jeunes, adultes et personnes âgées, comme celui qui veut être porteur d’espérance ; que les difficultés ne vous oppriment pas, que la violence ne vous abatte pas, que le mal ne vous vainque pas. Nous croyons que Jésus, par son amour et sa miséricorde qui demeurent pour toujours, a vaincu le mal, le péché et la mort. Il suffit d’aller à sa rencontre. Je vous invite à l’engagement – non à l’achèvement – pour la rénovation de la société afin qu’elle soit juste, stable, féconde. De ce lieu, je vous encourage à vous appuyer sur le Seigneur, il est le seul qui nous soutient et nous encourage à contribuer à la réconciliation et à la paix.

Je vous embrasse tous et chacun, les malades, les pauvres, les marginalisés, ceux qui sont dans le besoin, les personnes âgées, ceux qui sont dans leurs maisons… chacun de vous ; vous êtes tous dans mon cœur. Et je demande à Dieu de vous bénir. Et s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi.

[01227-FR.01] [Texte original: Espagnol]

Pape en Égypte: un voyage en trois temps pour trois priorités

CNS photo/Mohamed Abd El Ghany, Reuters

Les 28 et 29 avril prochains, le pape François se rendra en Égypte pour une visite apostolique. Ce voyage en trois temps permettra au Saint-Père de renforcer les relations avec les autorités civiles et religieuses de ce pays, le plus populeux du monde arabe.

Un contexte sociopolitique particulier

Pour bien comprendre les enjeux liés à cette visite, il est important de dire quelques mots sur le contexte actuel. Ce n’est un secret pour personne, l’Égypte a connu, dans la dernière décennie, des mouvements politiques et sociaux importants qui ont grandement mis en péril sa stabilité. En effet, le pays des pharaons n’a pas été épargné par ce qu’on a appelé « le printemps arabe ». Cette période de rébellion, menée par des groupes aux intérêts divergents et, parfois même, diamétralement opposés, a mené à la destitution d’Hosni Moubarak et à la prise du pouvoir par le parti des frères musulmans. La prise de pouvoir de ce mouvement islamiste qui avait procédé, l’espace d’un moment, à l’inscription de la Sharia dans la constitution, avait fait de nombreux mécontents dont les autorités religieuses chrétiennes, musulmanes modérées, les mouvements pro-démocratie et, surtout, les hautes autorités militaires, très liées à l’ancien régime. En ce sens, on se rappellera l’augmentation importante des attentats terroristes contre les minorités religieuses lors de cette courte période. Un rapport de l’Aide à l’Église en détresse affirme en effet : « Avant et après les élections présidentielles de juin 2012, qui ont amené Morsi au pouvoir, le climat d’hostilité contre les coptes a été intense. Les violences physiques et morales ont augmenté ». Ce qui avait fait douter de la volonté de son gouvernement à protéger cette portion importante de la population (+/- 10 %). Ce qui avait de grande chance d’arriver arriva, le maréchal à la retraite Abdel Fattah Al-Sissi destitua et arrêta le président islamiste Mohamed Morsi et déclara comme « mouvement terroriste » le parti des frères musulmans.

Depuis son élection, le président Sissi a entrepris un certain nombre de réformes visant la modernisation de la société musulmane égyptienne. Dans un discours à la Grande Université Al-Alzhar le 28 décembre 2014, il avait demandé au chef religieux de la plus importante université islamique du monde sunnite de proposer un « discours religieux qui correspond à son époque ». Depuis ce discours historique, plusieurs gestes manifestent cette volonté du gouvernement égyptien de favoriser un rapprochement et la réconciliation entre chrétiens et musulmans. D’abord, les relations entre l’Université Al-Alzhar et le Vatican, rompues depuis quelques années, ont pu reprendre à la suite de la visite du cheikh Ahmed Al-Tayeb, grand imam de la mosquée Al-Azhar. Et suite au geste symbolique que constitue la présence du président égyptien lors de la Messe de Noël à la cathédrale orthodoxe Copte Saint-Marc du Caire en compagnie de Théodore II, on ne peut que se réjouir de la plus récente affirmation de la Conférence d’Al-Azhar de « l’égalité entre chrétiens et musulmans ».

On peut l’imaginer ce chemin concret de rapprochement ne fait pas beaucoup d’heureux du côté islamiste, à en juger par les plus récentes attaques terroristes qui montrent que cette égalité toujours fragile nécessite encore, pour les minorités religieuses, une protection supplémentaire de la police et de l’armée. C’est dans ce contexte politico-religieux que s’amorce la visite du pape François, la semaine prochaine.

Un voyage en trois temps pour trois priorités

Dans un premier temps, le pape François rencontrera le président al-Sissi lors d’une visite au palais présidentiel. Cette ouverture de part et d’autre manifeste une volonté réciproque de renforcement des liens et de la collaboration en faveur de la paix. Deuxième rencontre entre les deux hommes, cette discussion portera certainement sur les grands thèmes chers au pape François dont la liberté religieuse, la protection des chrétiens persécutés et des points liés au développement de l’Égypte qui accuse des retards considérables en terme d’éducation, de lutte contre la pauvreté et de protection de l’environnement.

CNS photo/L’Osservatore Romano via Reuters

Après cette réunion protocolaire, le Pape se rendra auprès du grand imam d’Al Azhar, le cheikh Ahmed Al Tayeb, afin de prononcer, chacun leur tour, un discours lors de la Conférence internationale sur la paix. Cette prise de parole commune s’inscrira dans la continuité des discussions amorcées en février dernier contre « le fanatisme, l’extrémisme et la violence au nom de la religion ». De ce rapprochement et de ce dialogue interreligieux, nous sommes en droit d’espérer des effets d’apaisement dans le climat de tension actuel ainsi que des fruits d’érudition en faveur d’une « modernisation de l’Islam ».

Dans une perspective œcuménique, le pape rencontrera le patriarche copte Tawadros II pour des discussions privées suivies de discours. Nous pouvons d’ores et déjà voir en cela un geste de soutien pour cette minorité chrétienne d’Égypte dont les racines remontent à l’évangélisation de saint Marc évangéliste et apôtre. Cette amitié renouvelée peut être perçue comme un fruit de cet « œcuménisme du sang », expression plusieurs fois employée par le Saint-Père notamment pour décrire le drame des « Égyptiens coptes égorgés par les djihadistes de l’État islamique sur les rives de la mer Méditerranée ». Il avait alors affirmé : « Tous sont nos martyrs, car ils ont donné leur sang pour le Christ ». La présence du patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomée Ier peut également être interprétée en ce sens. Enfin, le pape célèbrera une Messe en compagnie de la communauté copte-catholique d’Égypte avant de retourner à Rome, samedi, en début de soirée.

Le voyage du pape François en Égypte arrive dans une période charnière de l’histoire de ce pays plus que deux fois millénaire. Considérant les nombreux risques d’attentats que cette visite comporte, on peut y voir la grande détermination du pape François à raffermir les liens d’amitié avec les autorités politiques et religieuses et à apporter son soutien et sa collaboration dans l’élaboration d’une société et d’un islam modernes. De plus, ce voyage permettra au Pape de manifester concrètement sa solidarité avec les chrétiens orthodoxes et catholiques d’Égypte dans ces moments tumultueux où plusieurs ont versé leur sang par fidélité au Christ. Ainsi, espérons que cette visite très attendue porte des fruits de paix et de réconciliation si nécessaires aujourd’hui.

Église en sortie 24 mars 2017

Cette semaine à Église en sortie, nous vous présentons une entrevue avec le père Timothy Scott c.s.b. sur l’implication de la Conférence religieuse dans les relations de l’Église avec les peuples autochtones du Canada. On vous présente un reportage sur la Journée de rencontre avec les premières nations organisée à l’Institut pastoral des dominicains de Montréal. Dans la troisième partie de l’émission, Francis Denis s’entretient avec Josianne Gauthier, directrice des programmes à Développement et paix sur l’engagement de l’organisme dans le cercle Notre-Dame-de-Guadalupe.

Église en sortie 3 février 2017

Cette semaine à Église en sortie, nous recevons Mgr Claude Champagne, évêque d’Edmundston au Nouveau-Brunswick et membre de la Commission épiscopale pour l’unité chrétienne, les relations religieuses avec les Juifs et le dialogue interreligieux de la Conférence des évêques catholiques du Canada, sur le document « Nos voisins évangéliques ». On vous présente un reportage sur la prière œcuménique à l’église luthérienne St-John de Montréal. Dans la troisième partie de l’émission, on vous présente une entrevue réalisée avec Glenn Smith et Carole Tapin de Direction chrétienne avec lesquels Francis Denis s’est entretenu sur le thème de l’œcuménisme.

Église en sortie 27 janvier 2017

Cette semaine à Église en sortie, nous recevons Daniel Paradis, responsable de l’organisme Présence-Compassion qui nous parle de cette initiative au service des itinérants du centre-ville de Montréal. L’abbé Claude Paradis nous offre sa première chronique des actualités de la rue de l’année 2017. Dans la troisième partie de l’émission, Francis Denis s’entretient avec Mme Estelle Drouvin sur le Centre de Services de justice réparatrice dont elle est la coordonnatrice.

La famille chrétienne : idéal ou réalité ?

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Samedi le 29 août dernier, avait lieu à la cathédrale Marie-Reine-du-monde de Montréal, la conférence intitulée « À la découverte de l’amour véritable ». Organisée conjointement par l’Association pour la béatification de l’Impératrice Zita d’Autriche et l’Archidiocèse de Montréal, cette journée de réflexion et de prière aura certainement permis à tous les participants non seulement d’approfondir leurs connaissances sur le dessein de Dieu sur la famille mais également de sentir un réconfort dans un monde qui lui est malheureusement de plus en plus hostile.

Durant l’avant-midi, des témoignages et enseignements se sont succédés. D’abord le témoignage de Brigitte Bédard, journaliste au magazine Le Verbe, qui présentait le pouvoir de la grâce dans son chemin vocationnel, suivi de celui de Cosmin et Jacynthe Dina centré sur le rôle du sacrement de mariage et sur la solidité que revêt le mariage lorsqu’il se vit dans la foi, l’espérance et la charité. Concluant la première moitié de cette journée mémorable, Mgr Lépine a voulu souligner que le véritable visage de l’amour s’est manifesté en Jésus-Christ sur la croix. Incitant les participants à méditer fréquemment le chemin de croix, l’archevêque de Montréal a lancé un vif appel aux consciences afin qu’elles répondent positivement à leur vocation à la sainteté et qu’elles voient que la « famille est le lieu où l’on apprend que le don de soi est un chemin de bonheur».

Après un pareil avant-midi chargé d’émotions, tous étaient unanimes dans leur désir d’implorer le pardon du Père de toute miséricorde et de Lui rendre grâce pour ce don immense qu’est la famille. Une fois abreuvés à cette « Source et Sommet de toute la vie chrétienne», les participants ont pu entamer l’après-midi en compagnie d’intervenants dont la qualité n’avait d’égale que la profondeur du sujet abordé. [Read more…]

Une Église en dialogue: 50 ans d’oecuménisme au Canada

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Image: Courtoisie de CNS

Récemment, la Conférence des évêques catholiques du Canada a publié un document intitulé Une Église en dialogue : Vers la restauration de l’unité entre les chrétiens à l’occasion du 50e anniversaire du décret sur l’œcuménisme du Concile Vatican II (1964-2014). Il s’agit d’un magnifique instrument qui présente les critères d’un dialogue authentique et décrit l’état de situation non seulement de l’Église au Canada mais également de l’Église universelle. Bien qu’exigeant au point de vue de la lecture, le document me semble incontournable pour bien comprendre l’histoire du mouvement œcuménique au Canada et tracer des perspectives d’avenir.

Dans un premier temps, on y retrouve une synthèse très dense des différents principes qui doivent guider le dialogue entre les chrétiens de sorte qu’il soit efficace et véritablement orienté vers la restauration de l’unité de tous les chrétiens. Dans un deuxième temps, on y manifeste bien comment l’unité entre les hommes trouve ses racines dans la Communion des Personnes (Père, Fils et Esprit Saint) dans la Trinité. En effet, puisque nous prenons part à la communion des saints, « nous sommes appelés à être une Église en dialogue parce que le Dieu Trinité est entré en dialogue avec nous et a partagé avec nous la mission du Verbe incarné dans le monde » (p.2).

Devant cette réalité spirituelle de la communion des saints à laquelle tous les chrétiens appartiennent réellement bien que, jusqu’à la Résurrection, elle ne soit pas encore réalisée parfaitement, nous avons le devoir de travailler à la manifester cette unité fondamentale par le dialogue entre chrétiens. Ce dialogue sera caractérisé par « la clarté, la douceur, la confiance, la prudence pédagogique […] Le dialogue ne peut advenir que dans un climat d’amitié, de respect et de service, ouvert à toutes et à tous; jamais il ne transige avec la vérité; il exige sagesse, savoir, discernement; toujours guidé par l’espérance et l’amour, il se construit sur la liberté »[2]. Ce qui me frappe le plus dans la première partie de ce document, c’est l’importance qu’il accorde à la bonne attitude pour qu’un authentique dialogue soit possible. Ce qu’il appelle  « l’exigence qu’on fasse de la place au point de vue de l’autre; qu’on écoute vraiment […] en souhaitant et même en escomptant apprendre de l’autre »[3] est selon moi l’un des grandes amélioration des cinquante dernières années. Par exemple, un de mes oncles me disait que lorsqu’il était jeune on lui avait dit de ne pas parler aux enfants d’une des familles de sa rue parce qu’ils étaient protestants. Le contraste avec ce que nous considérons aujourd’hui acceptable et comme reflétant une attitude véritablement chrétienne montre bien le chemin qui s’est fait depuis ce temps. Sans le Concile Vatican II, un tel changement n’aurait pas été possible. [Read more…]

L’Évangile de la joie face au terrorisme

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Image: Courtoisie de CNS

La semaine dernière, deux attentats terroristes perpétrés contre des militaires canadiens faisaient deux morts et allaient mettre en état de choc le pays tout entier. Il est maintenant établi que ces actes ignobles ont été commis au nom de l’idéologie islamiste. Devant une telle tragédie, plusieurs réactions sont possibles. L’Église, comme une Mère attentive à nos besoins, nous offre quelques pistes et critères pour orienter notre réflexion. Je vous invite donc à revisiter avec moi l’exhortation apostolique du pape François « Evangelii Gaudium » qui nous éclaire sur deux points fondamentaux et pertinents devant les événements que nous avons vécus.

Le devoir de rencontre

Dans ce document, le pape François reconnaît que les relations « avec les croyants de l’Islam acquièrent à notre époque une grande importance »[2]. Pour nous catholiques, qui sommes appelés à vivre une conversion missionnaire, il est important de comprendre que nous ne pouvons exclure personne de cette mission qui nous incombe de « prêcher l’Évangile à toutes créatures » (Mc 16, 16). En effet, cette nouvelle ouverture s’adresse à tous. Pour ce faire, nous devons entreprendre un travail sur nous-mêmes. Pour le pape François, ce travail se situe d’abord dans la perspective d’une meilleure compréhension de soi et de l’autre. De fait, un examen rapide montre bien la proximité des musulmans avec la foi chrétienne. Le Concile Vatican II affirme, qu’avec nous ils : « professent avoir la foi d’Abraham, adorent avec nous le Dieu unique, miséricordieux, futur juge des hommes au dernier jour » (no.16). En ce sens, nous pouvons nous compter chanceux d’avoir des concitoyens capables de nous rappeler des éléments de notre propre identité que nous avons peut-être oubliée. Par exemple, quelle joie devrions-nous ressentir d’être encourager, à l’exemple des musulmans, à « consacrer du temps chaque jour à la prière, et de participer fidèlement à leurs rites religieux » (no 252) ? Sans se voiler la face devant la menace réelle que représente une certaine résurgence d’un l’Islam politique, cette mission d’évangélisation par le dialogue avec l’Islam peut aussi nous aider à combattre la tentation des raccourcis intellectuels menant à « d’odieuses généralisations ». [Read more…]

Saint Jean-Paul II: Pour une guérison de la mémoire

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Le 13 septembre dernier, l’Observatoire Justice et paix, en collaboration avec télévision Sel et Lumière, organisait, à Québec, le Colloque Jean-Paul II : Pour une guérison de la mémoire afin de souligner le 30e anniversaire de sa visite en 1984. Pour l’occasion, plusieurs invités de marque se sont exprimés sur l’impact de cette visite sur les relations entre foi et culture au Québec. Le thème du Colloque  « Pour une guérison de la mémoire » faisait référence à ce que certains ont retenu comme étant un élément central du message de Jean-Paul II dans son homélie faite à l’Université Laval, il y a 30 ans. En effet, l’homélie en question exhortait les Québécois à « ne pas accepter le divorce entre foi et culture » (no6). Les différents conférenciers ont donc pu s’exprimer sur ce sujet délicat en l’éclairant de leur vision selon leur domaine d’expertise.

Ce divorce entre foi et culture au Québec est un phénomène récent qui remonte aux années 1960. C’est à ce moment que la forme que prenait alors le catholicisme au Québec a été rejetée en bloc par une grande partie de la population. Sans énumérer ici les causes de cet état de fait, nous pouvons toutefois examiner les différentes caractéristiques de l’image que les Québécois se font généralement de leur passé religieux. Dans son intervention, monsieur Gilles Routhier, doyen de la faculté de théologie de l’Université Laval, a bien montré comment l’imaginaire québécois actuel réduit souvent l’histoire catholique au Québec aux seules années 1940-1950. Durant cette période, l’institution ecclésiale a souvent dû suppléer au manque d’engagement de l’État. C’est ainsi que l’on reproche souvent à l’Église d’avoir été trop près du pouvoir politique. Cependant, l’histoire des relations entre foi et culture au Québec ne peut légitimement se réduire à cette période qui, comme le disait M. Routhier, porte avec elle son lot de misères mais également de grandeurs. Face à cela, deux questions se posent : 1) comment ouvrir de nouveau la mémoire québécoise à l’entièreté de l’histoire religieuse du Québec ? Et 2) comment transmettre ce riche patrimoine pour qu’il puisse faire sens aujourd’hui ? [Read more…]

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