Père de miséricorde

(Image: courtoisie de Wikimedia)

Avec la publication de la lettre apostolique Patris corde (cœur de père), le Pape François ouvrait le 8 décembre dernier l’année saint Joseph, afin de souligner le 150e anniversaire de sa désignation comme patron de l’Église universelle par le bienheureux Pape Pie IX. Le 19 mars 2021 commençait aussi l’année de la famille Amoris Laetitia, célébrant le cinquième anniversaire de la publication de cette importante exhortation apostolique sur l’amour dans la famille. Enfin, en ce mois de mars, le Saint Père nous invite à prier, selon ses intentions, pour le sacrement de réconciliation. À la rencontre de toutes ces circonstances se trouve une méditation sur le lien profond entre paternité et miséricorde.

 

Justice et miséricorde dans la famille

Depuis le début de son pontificat, le Pape François a beaucoup insisté sur la thématique de la miséricorde, allant jusqu’à y consacrer un jubilée extraordinaire, en 2016. La question de la famille occupe également une place importante dans son enseignement, comme ce fut le cas à l’époque de son vénéré prédécesseur, le saint Pape Jean-Paul II. La miséricorde et la famille ne sont pas des thèmes à prendre séparément. Au contraire, il existe entre eux des liens plus profonds, enracinés dans l’Évangile. 

Les Saintes Écritures et la Tradition de l’Église sont riches en figures paternelles, auxquelles il revient par excellence la fonction d’autorité et la vertu de justice. Après tout, ne parle-t-on pas de saint Joseph le juste pour honorer celui qui, dans le silence, le travail et l’humilité, veillera sur la sainte famille? 

Parallèlement, se trouve la figure de Dieu le Père, dont la loi éternelle est chantée dans les psaumes. Si certains voient une opposition entre le Dieu de l’Ancien Testament, un Dieu de loi et de justice, un Dieu jaloux, voire même vengeur, et le Dieu du Nouveau Testament, un Dieu d’amour, de miséricorde et de liberté, nous savons qu’il en est autrement. Nous ne connaissons en vérité qu’un seul Dieu, un Dieu fidèle en qui justice et miséricorde sont unis, exprimés conjointement dans le sacrifice de Son Fils unique pour la rémission de nos péchés.  

La réconciliation du fils prodigue

La miséricorde de Dieu est expérimentée de manière toute particulière par les chrétiens à travers l’expérience du sacrement de réconciliation. Institué par le Christ et administré en Église par les prêtres, il est l’occasion par excellence de rencontrer Dieu pour se confier à Lui, pour Lui offrir le repentir de notre cœur blessé par le péché. Faits pour Son amour, désireux de Le connaître et de vivre auprès de Lui, nous nous savons pourtant faibles : ”je ne réalise pas le bien que je voudrais, mais je fais le mal que je ne voudrais pas” (Romains 7: 19), nous dit l’Apôtre. Par la miséricorde de Dieu, nous sommes vraiment sauvés. 

Il est intéressant de souligner que ce sacrement est généralement expliqué, notamment dans l’expérience du catéchuménat, à partir de la parabole du fils prodigue, qui met en avant une autre figure du père. On la connaît bien : à son retour le fils prodigue, parti dilapider frivolement sa part d’héritage et revenu bredouille, à sa surprise est accueilli par le père dans une grande fête. Au départ mal comprise par le frère, un juste, cette fête est l’expression sensible du débordement de joie suscité dans le cœur du père par le retour au bercail de son fils perdu; elle marque sa renaissance : ”ton frère que voici était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et il est retrouvé” (Luc 15: 32). 

Le sacrement de réconciliation est pour nous l’occasion d’être ainsi accueilli par notre Père céleste, la possibilité d’une renaissance. Par excellence, Il illustre à la fois la justice de Dieu et Sa miséricorde. 

Paternité et miséricorde 

Père de tous les pères, notre Dieu nous invite, dans la haute œuvre de la famille, à développer la vertu de justice. Il donne aux pères du monde entier un exemple fameux, celui de saint Joseph que nous fêtons ces jours-ci. Notoirement silencieux, du moins dans l’Évangile, Joseph exerce son rôle de père adoptif dans l’humilité, la simplicité, et ─ la Tradition nous l’enseigne ─ la justice. Nous devons être pour nos enfants des pères à l’image de saint Joseph : tournés vers le Christ dans l’amitié avec Sa sainte épouse, notre bienheureuse Mère de miséricorde. 

Alors que le sens de la paternité est parfois obscurci, tournons également nos yeux vers le Père authentique, notre Créateur dans les cieux, de qui origine toute chose et de qui toute justice véritable tient sa source. À Son écoute et selon Son exemple, ayons ainsi la force d’être les témoins de Sa miséricorde, ainsi que de Son esprit d’unité et de réconciliation, dans l’édification de l’Église domestique. 

Pour une préparation spirituelle à la vie familiale

(Photo: courtoisie de Pixabay)

En ce 19 mars, nous célébrons la fête de saint Joseph ainsi que le début d’une année consacrée à la « famille Amoris Laetitia ». En tant que futurs parents, mon mari et moi avons de nombreux doutes et questionnements sur la famille, et les réflexions du pape dans Amoris Laetitia nous aident à y voir plus clair.  Si nous avons déjà abordé plusieurs thèmes liés à la famille et la foi récemment, discutons plus en profondeur de ce qu’implique une préparation à la vie familiale, notamment les valeurs essentielles qui sont propres à la vocation familiale. 

 

Se préparer à l’inconnu

Depuis presque 7 mois, un petit garçon grandit en moi. Il a vécu l’entièreté de sa vie sur terre dans mon corps, et pourtant, j’attends encore de le rencontrer et d’apprendre à le connaître. Ce mélange de proximité et de découverte incarne parfaitement la beauté et la grandeur du don de Dieu. Dieu donne ce qu’on ne peut se donner nous-mêmes, il a une capacité à la création qui nous dépasse complètement, et, en même temps, il nous accorde l’immense privilège de l’intimité. 

Le pape François écrit dans Amoris Laetitia que « toutes les caractéristiques somatiques de [l’enfant] sont inscrites dans son code génétique depuis son état d’embryon. Mais seul le Père qui l’a créé le connaît en plénitude. » (Amoris Laetitia, 170)

Malgré la panoplie de livres écrits sur la famille, la grossesse et les enfants, l’expérience de la conception et de l’éducation des enfants est chaque fois entièrement nouvelle pour un couple. Mon mari et moi apprendrons certes à connaître un peu mieux chaque jour notre petit garçon, et d’autres encore si Dieu le veut, mais pour aujourd’hui, et chaque jour qui viendra, nous devrons accepter une part d’inconnu et nous reposer sur la Providence dans le soin de notre famille. 

Aimer en toute quiétude

Dans l’Évangile selon saint Luc, on nous présente Marthe, affairée pour servir le Seigneur, et Marie, à genoux et à l’écoute du Seigneur. Lorsque Marthe demande ce que Jésus pense du fait que Marie ne l’aide pas, il répond:


Marthe, Marthe, tu te donnes du souci et tu t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée. –
(Luc 10:41-42)

Ce passage en dit beaucoup sur nos manières de vivre l’amour parental. Parfois, nous pouvons avoir l’impression d’aimer, alors que nous tombons dans l’inquiétude et la distraction.

Déjà durant la grossesse, beaucoup d’inquiétudes peuvent survenir quant à la santé du bébé, la santé de la mère, la dynamique du couple et l’anticipation de l’arrivée du bébé au sein du mariage. Il faut un grand soin pour être à l’écoute du Seigneur et être dans la joie. Le pape fait cette prière aux femmes enceintes:


« À toute femme enceinte, je voudrais demander affectueusement : protège ta joie, que rien ne t’enlève la joie intérieure de la maternité. Cet enfant mérite ta joie. Ne permets pas que les peurs, les préoccupations, les commentaires d’autrui ou les problèmes éteignent cette joie d’être un instrument de Dieu pour apporter une nouvelle vie au monde. »
– (Amoris Laetitia, 171)

 

La résistance qu’il faut opposer à cette inquiétude, surtout durant une période de pandémie où le souci règne, dépend nécessairement de la grâce de Dieu. Pour les couples qui attendent leur premier enfant, il faut combattre tout particulièrement l’anticipation anxieuse du changement à la vie d’un couple marié qu’apporte un enfant. 

L’amour prend patience

Les catholiques ont la chance de pouvoir vivre une préparation au mariage au sein de l’Église. Avant de faire le grand saut, de recevoir les grâces du sacrement du mariage, les futurs époux sont préparés à la vie de couple, au don de soi, au Seigneur et à l’autre. Cet amour « prend patience » et « n’entretient pas de rancune », nous dit saint Paul (1 Co 13:4-5).

Toutefois, nombre d’entre nous constatent une fois mariés que les affirmations de l’hymne à l’amour sont difficiles à mettre en pratique. Nous priorisons souvent nos intérêts sur ceux de notre époux, nous devenons impatients pour les petites choses en oubliant notre espérance commune, et nous nous heurtons aux défis de communication qui entravent l’intimité conjugale. 

Le pape François explique ainsi l’attitude à privilégier:


« Peu importe que [l’autre] soit pour moi un fardeau, qu’il contrarie mes plans, qu’il me dérange par sa manière d’être ou par ses idées, qu’il ne soit pas tout ce que j’espérais. L’amour a toujours un sens de profonde compassion qui porte à accepter l’autre comme une partie de ce monde, même quand il agit autrement que je l’aurais désiré. »
(Amoris Laetitia, 92)

 

Considérant le grand risque d’imperfection lié à l’amour que nous portons à notre époux, nous pouvons douter de nos capacités à accueillir un enfant. Cela dit, s’aimer soi-même et aimer son époux avec une patience renouvelée prend toute une vie. C’est sur ce double effort, et non sur la réalisation parfaite de celui-ci (Dieu seul est saint!) que nous trouverons la solidité requise pour aimer l’enfant à son tour.

 

Suivre le Christ dans la vie familiale

Cette année de la famille est aussi le 5e anniversaire de la publication d’Amoris Laetitia. Cette exhortation apostolique du pape François explique dans un style décomplexé les diverses demandes et inspirations à suivre en ce qui concerne le mariage et la vie familiale dans l’Église catholique et, plus généralement,  la vie familiale en 2021. Nous pouvons nous y référer encore aujourd’hui afin de mieux comprendre par quels chemins le Christ nous invite à le suivre au sein de la vocation au mariage et à la famille. Le Seigneur nous offre un beau chemin de sanctification et, par sa grâce jumelée à nos efforts, chacune de nos familles peut participer à sa création en toute joie et en tout amour. 

 

L’année de la famille commence le 19 mars 2021 et se terminera le 26 juin 2022 avec la 10e rencontre mondiale des familles à Rome. Trouvez des informations supplémentaires sur les événements de l’année ‘Amoris Laetitia’ ici

Neuvaine à saint Joseph : priez avec nous!

Le 19 mars prochain aura lieu la fête de Saint Joseph ainsi que le début d’une année consacrée à la famille. Saint Joseph est un saint du quotidien, qui répond aux demandes d’intercessions autant pour les travailleurs et les familles que les gens vivant le doute. En priant avec saint Joseph, nous avons l’occasion de marquer notre connexion avec tous les catholiques, et spécialement toutes les familles, celles qui ont vécu des périodes difficiles durant la pandémie comme celles qui s’apprêtent à connaître de nouvelles joies.

Nous vous invitons à prier la neuvaine à saint Joseph avec nous aujourd’hui et jusqu’au 19 mars! Pour le premier jour de la neuvaine, nous confions à saint Joseph tous les travailleurs qui sont sous son patronage:

Restez à l’affût des intentions des prochains jours:

Jour 2: Prière pour les voyageurs

Jour 3: Prière pour les pères

Jour 4: Prière pour les enfants à naître

Jour 5: Prière pour les familles

Jour 6: Prière pour la vie domestique

Jour 7: Prière pour ceux vivant le doute

Jour 8: Prière pour la Bonne mort

Jour 9: Prière pour l’Église universelle

Les vies consacrées dans la Présentation du Seigneur

(Photo: courtoisie de Pixabay)

Cette semaine était célébrée la solennité de la Présentation du Seigneur, à laquelle est liée la journée mondiale de la Vie consacrée. Ce n’est pas un hasard si ces deux événements coïncident. La journée pour la Vie consacrée fut inaugurée en 1997 par le pape Jean Paul II, en reconnaissance de la grâce toute spéciale offerte à l’humanité dans la vocation religieuse, qui permet, comme il le soulignait, de “ garder vivante dans l’Église la forme historique de vie assumée par le Fils de Dieu quand il est venu sur cette terre”. L’épisode biblique de la Présentation du Seigneur abrite un ensemble de personnes dont la vie est donnée toute entière à Dieu, et chacun porte une mission unique. 

Syméon dans l’attente du Messie

Syméon est un vieil homme qui attend la venue du Messie à Jérusalem. Lorsqu’il voit l’enfant Jésus, il sait tout de suite qu’il est le Christ. C’est à ce moment qu’il exprime les paroles bien connues du Cantique de Syméon, chanté au moment des Complies: 

Maître Souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix selon ta parole, car il a vu le salut que tu préparais à la face des peuples ; lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël. 

L’ouverture et la confiance dont témoignent les paroles de Syméon manifestent la plus grande pureté de cœur. Alors que les lectures de l’Avent nous préparaient à veiller à l’arrivée du Christ, nous voici maintenant devant un exemple réel de cette attente incarnée, de toute une vie offerte à l’accueil du Seigneur. 

Il est écrit dans le Livre de Malachie: Qui pourra soutenir le jour de sa venue? Qui pourra rester debout lorsqu’il se montrera? Contrairement aux apôtres et autres figures qui rencontrent le Christ lors de sa vie publique, Syméon reconnaît sa véritable identité alors qu’il n’est qu’un enfant, et qu’il ne peut offrir de signes extérieurs de son lien unique avec Dieu. Sans voir de miracle ni entendre de parole, mais plutôt parce qu’étant rempli d’Esprit Saint, Syméon s’avance et reconnaît celui qui sauvera Israël et l’humanité.

La sainte Famille et les traditions juives

L’épisode de la Présentation du Seigneur présente un ensemble de rites traditionnels juifs entourant la naissance d’un enfant dont la purification de la mère et le sacrifice de deux colombes pour le rachat d’un premier né. Tous deux ont lieu au Temple de Jérusalem. À ce moment, Marie est bien engagée dans sa mission toute particulière: être la mère de Dieu. Marie donne sa vie pour le Seigneur, dès le premier jour où elle a connaissance de sa venue. Cette journée de la Présentation au temple est donc un signe fort de la valeur du don total dont elle a fait preuve en acquiesçant à la demande du Seigneur. Cela est vrai non seulement dans sa relation intime avec Dieu, mais aussi avec toute la tradition juive qui précède et prépare la venue du Christ.

Bien qu’étant l’Immaculé Conception, c’est-à-dire la seule à n’avoir besoin d’aucune purification, elle se soumet tout de même aux rituels avec la plus grande humilité et le plus grand respect de Dieu. Que la purification ait eu lieu au même moment que la présentation de Jésus est aussi chargé de sens. On voit comment, dans ces rituels est particulièrement manifeste le lien qui unit le Fils à sa Mère. 

Consécration de Jésus: le don total de soi

Une fois que tout cela est dit, le don de Jésus lui-même est bien sûr le plus grand don qui soit.  Bien qu’étant lui-même Seigneur, l’enfant est tout de même présenté au Seigneur par l’entremise du rituel sacerdotal juif. Ce don de soi va bien au-delà de ce que nous, humains, pouvons faire ou imaginer. La fragilité que choisit le Seigneur, en devenant un petit enfant, tout à fait dépendant de sa mère et de son père, qui ne peut même pas se nourrir soi-même, doit nous remplir de joie. Il nous rappelle aussi le don qu’il a fait sur la Croix, le point culminant de sa vie terrestre.

Le récit évangélique de la Présentation au temple se termine ainsi: L’enfant, lui, grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui. (Lc 2, 22-40) Encore une fois, on témoigne de la pureté de cet enfant. Cette croissance fortifiante guidée par la grâce de Dieu est celle que nous voulons pour chaque enfant. Même à ce moment de la vie de Jésus, il y a un exemple qui s’adresse particulièrement à nous qui sommes soit  parents, soit enfants. Cherchons toujours la sagesse ensemble, et sachons que le don de soi est essentiel dans le plan de Dieu. 

L’espérance sans attente?

Est-il possible d’imaginer reproduire ces rituels, consacrer sa vie à la venue d’un enfant sans avoir d’espérance ni en Dieu ni en son Royaume? Cette fête et la réaction de Syméon ne sont possibles et beaux que dans un monde où la foi en Dieu existe et où l’Esprit Saint est accueilli. L’espérance transcende les difficultés de nos vies pour nous donner confiance qu’au bout de cette vie, le Seigneur nous attend. Comme Syméon, nous traversons notre vie en quête d’un peu de sagesse et de bonté pour enfin arriver auprès de Dieu. Une fois arrivés là-haut, nous pourrons éternellement ressentir la joie d’un vieillard rempli de sagesse et comme un enfant nouveau-né dans les bras de son Père. 

Église en sortie 1er février 2021

Cette semaine à Église en Sortie, on parle du livre “Faire nôtre l’exhortation Amoris Laetitia avec le théologien et auteur Gilles Routhier. On vous présente un reportage sur l’église Saint-Thomas d’Aquin à Saint-Lambert. Et on s’entretient de l’année de la Famille décrétée par le pape François avec Isabelle Gagnon.

Renouveler la famille pour changer le monde

(Image: courtoisie PixAbay) Quelques semaines avant Noël, le pape publiait un livre d’entretien avec le journaliste Austen Ivereigh intitulé « Un temps pour changer » dans lequel il nous invite à saisir l’opportunité que pourrait constituer cette pandémie mondiale. Comment donc opérer ce changement des dynamiques toxiques qui affectent trop souvent nos sociétés ? Et pour cela, comment distinguer « le bon grain de l’ivraie » (Mt, 13, 24) ? Une chose est certaine, si la société a besoin d’être réformée, cela ne pourra se faire qu’avec l’apport de sa cellule fondamentale : la famille. Comme le dit le Concile Vatican II : « Le Créateur a fait de la communauté conjugale l’origine et le fondement de la société humaine » (AA, no 11). Renouveler la société passe donc par une redécouverte du don de la famille. Rien d’étonnant à ce que le même Souverain Pontife ait décrété une année spéciale dédiée à celle-ci.

Des familles au service de la société

Il est clair que le renouvellement de nos cellules familiales ne pourra s’opérer que par la prière et la méditation des Mystères divins. Sans l’action transformatrice de la Grâce de Dieu offerte à tous gratuitement, aucune transformation en profondeur ne sera possible. Or, une des conditions essentielles à ce changement intérieur des familles est le temps. Comme le dit le pape François dans l’exhortation apostolique post-synodale Amoris Laetitia :

L’amour a besoin de temps disponible et gratuit, qui fait passer d’autres choses au second plan. Il faut du temps pour dialoguer, pour s’embrasser sans hâte, pour partager des projets, pour s’écouter, pour se regarder, pour se valoriser, pour renforcer la relation. Parfois le problème, c’est le rythme frénétique de la société, ou les horaires qu’imposent les engagements du travail. D’autres fois le problème est que le temps passé ensemble n’est pas de qualité. (no 224)

Le confinement actuel n’est-il pas le moment opportun nous permettant de nous retrouver et contempler ce qui, en nous, s’opère à chaque instant. Cette frénésie, tel un anesthésiant, ne nous avait-elle pas habitués à orienter nos vies sur ce qui est accessoire sinon futile ? Ainsi, parce qu’elle nous a donné l’opportunité de nous retrouver simplement en famille, la pandémie pourrait être cet élément déclencheur qui « met en évidence l’importance de l’amour comme principe de vie dans la société (cf. n. 44), lieu où s’apprend l’expérience du bien commun » (Caritas in Veritate, no 44).

Une société au service des familles

Il est clair que le constat du pape François n’est pas reluisant. Comme il le dit dans l’encyclique « Fratelli tutti » : « De nombreuses formes d’injustice persistent aujourd’hui dans le monde, alimentées par des visions anthropologiques réductrices et par un modèle économique fondé sur le profit, qui n’hésite pas à exploiter, à exclure et même à tuer l’homme » (no 22). Ce manque de scrupules de certains à abuser de leur position pour dominer l’autre est, nous dit le Pape, une conséquence d’une dilution du sentiment de fraternité universel. Or, comment comprendre et vivre selon cette vérité que cet “autre” est un frère ou une sœur sans en avoir d’abord fait l’expérience en famille ? Nous sommes en plein cercle vicieux. Moins il y aura de familles où se vivent l’amour, la patience, le don et la gratuité, moins nos sociétés pourront être qualifiées de ces adjectifs. Comment s’en sortir ?

Puisqu’il est primordial de retrouver collectivement le sens de la famille, nous devons également surmonter « l’affaiblissement de la foi et de la pratique religieuse [qui] dans certaines sociétés affecte les familles et les laisse davantage seules avec leurs difficultés ». (No 43). En d’autres termes, une des premières mesures en faveur de la promotion de la famille et, donc, d’une société solidaire serait de reconnaître la place qui revient de droit à la religion. Comprenant que le religieux est d’abord et avant tout, une donnée constituante de la nature humaine, la société aurait tout avantage à renouer avec cette dimension religieuse de notre être. Mettre fin au climat de suspicion à l’égard des personnes de foi par une attitude franche et ouverte serait déjà un pas dans la bonne direction et un bon moyen de favoriser la vie familiale authentique à moyen et long terme.

Pour une fructueuse réciprocité

La pandémie de COVID a manifesté l’ensemble de nos fragilités. Ce qui était faible et vulnérable a été fragilisé sinon emporté tandis que ce qui était fort et bien portant a pu supporter sinon profiter de la crise. Même avec les meilleurs systèmes de protection sociale, il est désormais évident qu’il est impossible de prendre soin de toutes les personnes vulnérables. Avec l’appui professionnel des services d’État, seule la famille peut remplir cette tâche immense. Redécouvrir la réciprocité qui doit exister entre la société et la famille et établir des mécanismes imprégnés de cette mutuelle dépendance pourrait être un premier pas vers un avenir meilleur.

Pour approfondir le sujet et aller plus loin, ne manquez pas sur nos ondes lundi 1erfévrier à 20 h 30 l’émission Église en Sortie dédiée à cette question de la famille dans l’Église et la société.

Jeune, mère, philosophe et catholique avec Laurence Godin-Tremblay

Cette semaine à Parrêsia, Francis Denis s’entretient avec la jeune philosophe catholique Laurence Godin-Tremblay pour parler de son cheminement de foi. Sont notamment abordés les thèmes de la jeunesse, catéchèse catéchuménale, de la pastorale jeunesse, de la vie intellectuelle catholique sans oublier son expérience de jeune mère en 2021. Tout cela et bien plus sur Parrêsia, votre balado qui prend le temps de penser.

Une année de la famille pour 2021

 

(Photo: courtoisie de Pixabay)

Le 19 mars prochain sera le cinquième anniversaire d’Amoris Laetitia, l’encyclique du pape François sur la famille. Pour l’occasion, le pape confie tous les fidèles à la Sainte Famille, en particulier à saint Joseph dans le cadre d’une année de la « famille Amoris Laetitia ». Cela aura notamment pour conséquence que de nombreux outils pastoraux seront fournis aux paroisses et aux fidèles pour parler du pardon dans la famille et approfondir la préparation à la vie familiale. De nombreuses réflexions sur le contenu d’Amoris Laetitia seront partagées au courant de l’année.

La Sainte Famille comme exemple de société

Pour notre plus grand bonheur, et notre plus grande humilité, Dieu a choisi de se faire connaître au sein d’une famille, d’être un bébé dans les bras de sa mère. Il n’y a rien d’anodin dans cette arrivée ; elle nous montre par analogie que chaque famille a une place pour le Seigneur. Car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux (Mt, 18:20). Dieu a choisi le couple comme lieu privilégié pour sa création, et offre ses grâces à tous les mariés et à toutes les familles.

Ainsi, il donne une valeur et une voix à la vie familiale quotidienne. Chaque geste influence la foi et la sainteté de ses membres. Le repas familial est un exemple classique du partage et de la reconnaissance des dons du Seigneur pris en charge par les parents. La relation filiale elle-même peut être empreinte d’un amour divin, et sa destruction amène des conséquences très graves. Un parent qui demeure indifférent devant son enfant, ayant négligé les soins essentiels que Dieu lui a confiés, blesse son enfant durant toute sa vie. Au contraire, un parent qui est un exemple d’humilité, de patience et d’amour charitable touchera le cœur de son enfant pour toujours et l’aidera à rechercher les vertus humaines et divines.

La famille est par ailleurs l’unité élémentaire de la société, sa forme la plus essentielle. Aussi, elle est au cœur de l’éducation au monde et à la foi, et elle porte ses conséquences dans la société à plus grande échelle. Toutes les vertus peuvent être travaillées dans la famille et tous les vices rencontrés. C’est pour cette raison que le pape insiste autant sur l’importance capitale de la famille dans la formation et l’unité de nos sociétés.

Les paroles de la famille

Le pape mentionne trois paroles essentielles au bon fonctionnement de la famille: « S’il te plaît », « Merci » et « Excuse-moi ». Au lieu d’insister sur les notions d’autorité parentale, de liberté ou d’individualité, qui jouent chacune une part importante dans les dynamiques familiales, il présente les paroles dont chacun doit se porter garant. Trois courtes expressions extérieures d’un ensemble de grandes vertus intérieures: la patience et l’écoute, la reconnaissance et l’accueil, l’humilité et le pardon. Chaque personne dans le monde mettant en œuvre ces vertus fait un pas en avant vers la sainteté, vers l’accueil dans le Royaume des Cieux. Et nous avons chaque jour l’occasion de les pratiquer en famille, quelle joie immense! Le pape met ainsi en lumière la nécessaire simplicité dans l’exercice des vertus.

La pandémie et les familles sous pression

Cette pandémie met justement en péril non seulement la société en général, mais aussi chacune de ses petites sociétés. Le rythme de vie change, les enfants ne sont plus stimulés par des activités extérieures, les couples sont ensemble 24/7. La pression a déjà monté beaucoup et très vite dans plusieurs foyers, et nombreux sont les couples qui se sont brisés dans les derniers mois. C’est pour eux en particulier que le pape lance cette année de la « famille Amoris Laetitia », dans le but de renforcer « la pastorale de la préparation au mariage » et de soutenir « les familles blessées ». Il envoie aussi son soutien aux familles du milieu de la santé, qui vivent la fragilité de la famille dans de multiples dimensions, principalement celle de la santé physique et de la perte d’espérance.

La vocation familiale

La mission de la vie familiale est une mission ardue en temps normal, et rendue plus difficile encore en temps de crise. La bienveillance du pape François à l’égard des familles se fait remarquer depuis longtemps, et surtout lors de la publication d’Amoris Laetitia, une encyclique au style limpide et direct qui prend en compte les défis concrets des familles. Cette année dédiée à la famille sera d’ailleurs l’occasion d’intégrer davantage les familles aux structures diocésaines et paroissiales afin qu’un dialogue constant entre elles, les prêtres et les agents pastoraux nourrissent les enseignements sur la famille pour les générations à venir. La sagesse pratique accumulée des familles est une ressource inestimable non seulement pour l’enseignement pastoral, mais aussi pour l’unité de l’Église. Nous sommes sur un chemin difficile, mais la Sainte Famille guide chacun de nos pas, et ce, tout particulièrement cette année.

L’année dédiée à la famille proclamée par le pape François débutera à la fête de la Saint Joseph, le 19 mars, et se terminera le 26 juin 2022 avec la 10e rencontre mondiale des familles à Rome. 

Messe pour la vie en direct sur Sel + Lumière: 14 mai 8h00

(Photo crédit: Archidiocèse de Montréal) Alors que le coronavirus nous fait découvrir la fragilité et la dignité de chaque vie humaine ainsi que la beauté d’être dépendants les uns des autres, Mgr Christian Lépine vous invite à vous joindre à lui le 14 mai 2020, à 8h, sur le réseau Sel+Lumière, pour la célébration d’une Messe spéciale à l’intention de la vie, de la famille, des plus vulnérables d’entre nous ainsi que de leurs proches et de leurs soignants. Cette messe est célébrée en communion avec la Marche nationale pour la vie (www.marchforlife.ca) qui aurait été célébrée le 14 mai.

Lettre apostolique sur la signification de la crèche de Noël

(CNS photo/Vatican Media) Voici la lettre apostolique du pape François, “Admirabile signum“, sur la signification et la valeur de la crèche de Noël. Document signé lors de sa visite au sanctuaire de la crèche, à Greccio, le dimanche 1er décembre 2019:

1. Le merveilleux signe de la crèche, si chère au peuple chrétien, suscite toujours stupeur et émerveillement. Représenter l’événement de la naissance de Jésus, équivaut à annoncer le mystère de l’Incarnation du Fils de Dieu avec simplicité et joie. La crèche, en effet, est comme un Évangile vivant, qui découle des pages de la Sainte Écriture. En contemplant la scène de Noël, nous sommes invités à nous mettre spirituellement en chemin, attirés par l’humilité de Celui qui s’est fait homme pour rencontrer chaque homme. Et, nous découvrons qu’Il nous aime jusqu’au point de s’unir à nous, pour que nous aussi nous puissions nous unir à Lui. Par cette lettre je voudrais soutenir la belle tradition de nos familles qui, dans les jours qui précèdent Noël, préparent la crèche. Tout comme la coutume de l’installer sur les lieux de travail, dans les écoles, les hôpitaux, les prisons, sur les places publiques… C’est vraiment un exercice d’imagination créative, qui utilise les matériaux les plus variés pour créer de petits chefs-d’oeuvre de beauté. On l’apprend dès notre enfance : quand papa et maman, ensemble avec les grands-parents, transmettent cette habitude joyeuse qui possède en soi une riche spiritualité populaire. Je souhaite que cette pratique ne se perde pas ; mais au contraire, j’espère que là où elle est tombée en désuétude, elle puisse être redécouverte et revitalisée.

2. L’origine de la crèche se trouve surtout dans certains détails évangéliques de la naissance de Jésus à Bethléem. L’évangéliste Luc dit simplement que Marie « mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune » (2, 7). Jésus est couché dans une mangeoire, appelée en latin praesepium, d’où la crèche. En entrant dans ce monde, le Fils de Dieu est déposé à l’endroit où les animaux vont manger. La paille devient le premier berceau pour Celui qui se révèle comme « le pain descendu du ciel » (Jn 6, 41). C’est une symbolique, que déjà saint Augustin, avec d’autres Pères, avait saisie lorsqu’il écrivait : « Allongé dans une mangeoire, il est devenu notre nourriture » (Serm. 189, 4). En réalité, la crèche contient plusieurs mystères de la vie de Jésus de telle sorte qu’elle nous les rend plus proches de notre vie quotidienne.

Mais venons-en à l’origine de la crèche telle que nous la comprenons. Retrouvons-nous en pensée à Greccio, dans la vallée de Rieti, où saint François s’arrêta, revenant probablement de Rome, le 29 novembre 1223, lorsqu’il avait reçu du Pape Honorius III la confirmation de sa Règle. Après son voyage en Terre Sainte, ces grottes lui rappelaient d’une manière particulière le paysage de Bethléem. Et il est possible que le Poverello ait été influencé à Rome, par les mosaïques de la Basilique de Sainte Marie Majeure, représentant la naissance de Jésus, juste à côté de l’endroit où étaient conservés, selon une tradition ancienne, les fragments de la mangeoire. Les Sources franciscaines racontent en détail ce qui s’est passé à Greccio. Quinze jours avant Noël, François appela un homme du lieu, nommé Jean, et le supplia de l’aider à réaliser un voeu : « Je voudrais représenter l’Enfant né à Bethléem, et voir avec les yeux du corps, les souffrances dans lesquelles il s’est trouvé par manque du nécessaire pour un nouveau-né, lorsqu’il était couché dans un berceau sur la paille entre le boeuf et l’âne »[1]. Dès qu’il l’eut écouté, l’ami fidèle alla immédiatement préparer, à l’endroit indiqué, tout le nécessaire selon la volonté du Saint. Le 25 décembre, de nombreux frères de divers endroits vinrent à Greccio accompagnés d’hommes et de femmes provenant des fermes de la région, apportant fleurs et torches pour illuminer cette sainte nuit. Quand François arriva, il trouva la mangeoire avec la paille, le boeuf et l’âne. Les gens qui étaient accourus manifestèrent une joie indicible jamais éprouvée auparavant devant la scène de Noël. Puis le prêtre, sur la mangeoire, célébra solennellement l’Eucharistie, montrant le lien entre l’Incarnation du Fils de Dieu et l’Eucharistie. À cette occasion, à Greccio, il n’y a pas eu de santons : la crèche a été réalisée et vécue par les personnes présentes.

C’est ainsi qu’est née notre tradition : tous autour de la grotte et pleins de joie, sans aucune distance entre l’événement qui se déroule et ceux qui participent au mystère. Le premier biographe de saint François, Thomas de Celano, rappelle que s’ajouta, cette nuit-là, le don d’une vision merveilleuse à la scène touchante et simple : une des personnes présentes vit, couché dans la mangeoire, l’Enfant Jésus lui-même. De cette crèche de Noël 1223, « chacun s’en retourna chez lui plein d’une joie ineffable ».

3. Saint François, par la simplicité de ce signe, a réalisé une grande oeuvre d’évangélisation. Son enseignement a pénétré le coeur des chrétiens et reste jusqu’à nos jours une manière authentique de proposer de nouveau la beauté de notre foi avec simplicité. Par ailleurs, l’endroit même où la première crèche a été réalisée exprime et suscite ces sentiments. Greccio est donc devenu un refuge pour l’âme qui se cache sur le rocher pour se laisser envelopper dans le silence.
Pourquoi la crèche suscite-t-elle tant d’émerveillement et nous émeut-elle ? Tout d’abord parce qu’elle manifeste la tendresse de Dieu. Lui, le Créateur de l’univers, s’abaisse à notre petitesse. Le don de la vie, déjà mystérieux à chaque fois pour nous, fascine encore plus quand nous voyons que Celui qui est né de Marie est la source et le soutien de toute vie. En Jésus, le Père nous a donné un frère qui vient nous chercher quand nous sommes désorientés et que nous perdons notre direction ; un ami fidèle qui est toujours près de nous. Il nous a donné son Fils qui nous pardonne et nous relève du péché.

Faire une crèche dans nos maisons nous aide à revivre l’histoire vécue à Bethléem. Bien sûr, les Évangiles restent toujours la source qui nous permet de connaître et de méditer sur cet Événement, cependant la représentation de ce dernier par la crèche nous aide à imaginer les scènes, stimule notre affection et nous invite à nous sentir impliqués dans l’histoire du salut, contemporains de l’événement qui est vivant et actuel dans les contextes historiques et culturels les plus variés.

D’une manière particulière, depuis ses origines franciscaines, la crèche est une invitation à “sentir” et à “toucher” la pauvreté que le Fils de Dieu a choisie pour lui-même dans son incarnation. Elle est donc, implicitement, un appel à le suivre sur le chemin de l’humilité, de la pauvreté, du dépouillement, qui, de la mangeoire de Bethléem conduit à la croix. C’est un appel à le rencontrer et à le servir avec miséricorde dans les frères et soeurs les plus nécessiteux (cf. Mt 25, 31-46).

4. J’aimerais maintenant passer en revue les différents signes de la crèche pour en saisir le sens qu’ils portent en eux. En premier lieu, représentons-nous le contexte du ciel étoilé dans l’obscurité et dans le silence de la nuit. Ce n’est pas seulement par fidélité au récit évangélique que nous faisons ainsi, mais aussi pour la signification qu’il possède. Pensons seulement aux nombreuses fois où la nuit obscurcit notre vie. Eh bien, même dans ces moments-là, Dieu ne nous laisse pas seuls, mais il se rend présent pour répondre aux questions décisives concernant le sens de notre existence : Qui suis-je ? D’où est-ce que je viens ? Pourquoi suis-je né à cette époque ? Pourquoi est-ce que j’aime ? Pourquoi est-ce que je souffre ? Pourquoi vais-je mourir ? Pour répondre à ces questions, Dieu s’est fait homme. Sa proximité apporte la lumière là où il y a les ténèbres et illumine ceux qui traversent l’obscurité profonde de la souffrance (cf. Lc 1, 79).

Les paysages qui font partie de la crèche méritent, eux aussi, quelques mots, car ils représentent souvent les ruines d’anciennes maisons et de palais qui, dans certains cas, remplacent la grotte de Bethléem et deviennent la demeure de la Sainte Famille. Ces ruines semblent s’inspirer de la Légende dorée du dominicain Jacopo da Varazze (XIIIème siècle), où nous pouvons lire une croyance païenne selon laquelle le temple de la Paix à Rome se serait effondré quand une Vierge aurait donné naissance. Ces ruines sont avant tout le signe visible de l’humanité déchue, de tout ce qui va en ruine, de ce qui est corrompu et triste. Ce scénario montre que Jésus est la nouveauté au milieu de ce vieux monde, et qu’il est venu guérir et reconstruire pour ramener nos vies et le monde à leur splendeur originelle.

5. Quelle émotion devrions-nous ressentir lorsque nous ajoutons dans la crèche des montagnes, des ruisseaux, des moutons et des bergers ! Nous nous souvenons ainsi, comme les prophètes l’avaient annoncé, que toute la création participe à la fête de la venue du Messie. Les anges et l’étoile de Bethléem sont le signe que nous sommes, nous aussi, appelés à nous mettre en route pour atteindre la grotte et adorer le Seigneur.

« Allons jusqu’à Bethléem pour voir ce qui est arrivé, l’événement que le Seigneur nous a fait connaître » (Lc 2, 15) : voilà ce que disent les bergers après l’annonce faite par les anges. C’est un très bel enseignement qui nous est donné dans la simplicité de sa description. Contrairement à tant de personnes occupées à faire mille choses, les bergers deviennent les premiers témoins de l’essentiel, c’est-à-dire du salut qui est donné. Ce sont les plus humbles et les plus pauvres qui savent accueillir l’événement de l’Incarnation. À Dieu qui vient à notre rencontre dans l’Enfant Jésus, les bergers répondent en se mettant en route vers Lui, pour une rencontre d’amour et d’étonnement reconnaissant. C’est précisément cette rencontre entre Dieu et ses enfants, grâce à Jésus, qui donne vie à notre religion, qui constitue sa beauté unique et qui transparaît de manière particulière à la crèche.

6. Dans nos crèches, nous avons l’habitude de mettre de nombreuses santons symboliques. Tout d’abord, ceux des mendiants et des personnes qui ne connaissent pas d’autre abondance que celle du coeur. Eux aussi sont proches de l’Enfant Jésus à part entière, sans que personne ne puisse les expulser ou les éloigner du berceau improvisé, car ces pauvres qui l’entourent ne détonnent pas au décor. Les pauvres, en effet, sont les privilégiés de ce mystère et, souvent, les plus aptes à reconnaître la présence de Dieu parmi nous. Les pauvres et les simples dans la crèche rappellent que Dieu se fait homme pour ceux qui ressentent le plus le besoin de son amour et demandent sa proximité. Jésus, « doux et humble de coeur » (Mt 11, 29), est né pauvre, il a mené une vie simple pour nous apprendre à saisir l’essentiel et à en vivre. De la crèche, émerge clairement le message que nous ne pouvons pas nous laisser tromper par la richesse et par tant de propositions éphémères de bonheur. Le palais d’Hérode est en quelque sorte fermé et sourd à l’annonce de la joie. En naissant dans la crèche, Dieu lui-même commence la seule véritable révolution qui donne espoir et dignité aux non désirés, aux marginalisés : la révolution de l’amour, la révolution de la tendresse. De la crèche, Jésus a proclamé, avec une douce puissance, l’appel à partager avec les plus petits ce chemin vers un monde plus humain et plus fraternel, où personne n’est exclu ni marginalisé. Souvent les enfants – mais aussi les adultes ! – adorent ajouter à la crèche d’autres figurines qui semblent n’avoir aucun rapport avec les récits évangéliques. Cette imagination entend exprimer que, dans ce monde nouveau inauguré par Jésus, il y a de la place pour tout ce qui est humain et pour toute créature. Du berger au forgeron, du boulanger au musicien, de la femme qui porte une cruche d’eau aux enfants qui jouent… : tout cela représente la sainteté au quotidien, la joie d’accomplir les choses de la vie courante d’une manière extraordinaire, lorsque Jésus partage sa vie divine avec nous.

7. Peu à peu, la crèche nous conduit à la grotte, où nous trouvons les santons de Marie et de Joseph. Marie est une mère qui contemple son enfant et le montre à ceux qui viennent le voir. Ce santon nous fait penser au grand mystère qui a impliqué cette jeune fille quand Dieu a frappé à la porte de son coeur immaculé. À l’annonce de l’ange qui lui demandait de devenir la mère de Dieu, Marie répondit avec une obéissance pleine et entière. Ses paroles : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole » (Lc 1, 38), sont pour nous tous le témoignage de la façon de s’abandonner dans la foi à la volonté de Dieu. Avec ce “oui” Marie est devenue la mère du Fils de Dieu, sans perdre mais consacrant, grâce à lui, sa virginité. Nous voyons en elle la Mère de Dieu qui ne garde pas son Fils seulement pour elle-même, mais demande à chacun d’obéir à sa parole et de la mettre en pratique (cf. Jn 2, 5).

À côté de Marie, dans une attitude de protection de l’Enfant et de sa mère, se trouve saint Joseph. Il est généralement représenté avec un bâton à la main, et parfois même tenant une lampe. Saint Joseph joue un rôle très important dans la vie de Jésus et de Marie. Il est le gardien qui ne se lasse jamais de protéger sa famille. Quand Dieu l’avertira de la menace d’Hérode, il n’hésitera pas à voyager pour émigrer en Égypte (cf. Mt 2, 13-15). Et ce n’est qu’une fois le danger passé, qu’il ramènera la famille à Nazareth, où il sera le premier éducateur de Jésus enfant et adolescent. Joseph portait dans son coeur le grand mystère qui enveloppait Jésus et Marie son épouse, et, en homme juste, il s’est toujours confié à la volonté de Dieu et l’a mise en pratique.

8. Le coeur de la crèche commence à battre quand, à Noël, nous y déposons le santon de l’Enfant Jésus. Dieu se présente ainsi, dans un enfant, pour être accueilli dans nos bras. Dans la faiblesse et la fragilité, se cache son pouvoir qui crée et transforme tout. Cela semble impossible, mais c’est pourtant ainsi : en Jésus, Dieu a été un enfant et c’est dans cette condition qu’il a voulu révéler la grandeur de son amour qui se manifeste dans un sourire et dans l’extension de ses mains tendues vers tous. La naissance d’un enfant suscite joie et émerveillement, car elle nous place devant le grand mystère de la vie. En voyant briller les yeux des jeunes mariés devant leur enfant nouveau-né, nous comprenons les sentiments de Marie et de Joseph qui, regardant l’Enfant Jésus, ont perçu la présence de Dieu dans leur vie. « La vie s’est manifestée » (1Jn 1, 2) : c’est ainsi que l’Apôtre Jean résume le mystère de l’Incarnation. La crèche nous fait voir, nous fait toucher cet événement unique et extraordinaire qui a changé le cours de l’histoire et à partir duquel la numérotation des années, avant et après la naissance du Christ, en est également ordonnée. La manière d’agir de Dieu est presque une question de transmission, car il semble impossible qu’il renonce à sa gloire pour devenir un homme comme nous. Quelle surprise de voir Dieu adopter nos propres comportements : il dort, il tète le lait de sa mère, il pleure et joue comme tous les enfants! Comme toujours, Dieu déconcerte, il est imprévisible et continuellement hors de nos plans. Ainsi la crèche, tout en nous montrant comment Dieu est entré dans le monde, nous pousse à réfléchir sur notre vie insérée dans celle de Dieu ; elle nous invite à devenir ses disciples si nous voulons atteindre le sens ultime de la vie.

9. Lorsque s’approche la fête de l’Épiphanie, nous ajoutons dans la crèche les trois santons des Rois Mages. Observant l’étoile, ces sages et riches seigneurs de l’Orient, s’étaient mis en route vers Bethléem pour connaître Jésus et lui offrir comme présent de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Ces dons ont aussi une signification allégorique : l’or veut honorer la royauté de Jésus ; l’encens sa divinité; la myrrhe sa sainte humanité qui connaîtra la mort et la sépulture.

En regardant la scène de la crèche, nous sommes appelés à réfléchir sur la responsabilité de tout chrétien à être évangélisateur. Chacun de nous devient porteur de la Bonne Nouvelle pour ceux qu’il rencontre, témoignant, par des actions concrètes de miséricorde, de la joie d’avoir rencontré Jésus et son amour.

Les Mages nous enseignent qu’on peut partir de très loin pour rejoindre le Christ. Ce sont des hommes riches, des étrangers sages, assoiffés d’infinis, qui entreprennent un long et dangereux voyage qui les a conduits jusqu’à Bethléem (cf. Mt 2, 1-12). Une grande joie les envahit devant l’Enfant Roi. Ils ne se laissent pas scandaliser par la pauvreté de l’environnement ; ils n’hésitent pas à se mettre à genoux et à l’adorer. Devant lui, ils comprennent que, tout comme Dieu règle avec une souveraine sagesse le mouvement des astres, ainsi guide-t-il le cours de l’histoire, abaissant les puissants et élevant les humbles. Et certainement que, de retour dans leur pays, ils auront partagé cette rencontre surprenante avec le Messie, inaugurant le voyage de l’Évangile parmi les nations.

10. Devant la crèche, notre esprit se rappelle volontiers notre enfance, quand nous attendions avec impatience le moment de pouvoir commencer à la mettre en place. Ces souvenirs nous poussent à prendre de plus en plus conscience du grand don qui nous a été fait par la transmission de la foi ; et en même temps, ils nous font sentir le devoir et la joie de faire participer nos enfants et nos petits-enfants à cette même expérience. La façon d’installer la mangeoire n’est pas importante, elle peut toujours être la même ou être différente chaque année ; ce qui compte c’est que cela soit signifiant pour notre vie. Partout, et sous différentes formes, la crèche parle de l’amour de Dieu, le Dieu qui s’est fait enfant pour nous dire combien il est proche de chaque être humain, quelle que soit sa condition.

Chers frères et soeurs, la crèche fait partie du processus doux et exigeant de la transmission de la foi. Dès l’enfance et ensuite à chaque âge de la vie, elle nous apprend à contempler Jésus, à ressentir l’amour de Dieu pour nous, à vivre et à croire que Dieu est avec nous et que nous sommes avec lui, tous fils et frères grâce à cet Enfant qui est Fils de Dieu et de la Vierge Marie ; et à éprouver en cela le bonheur. À l’école de saint François, ouvrons notre coeur à cette grâce simple et laissons surgir de l’émerveillement une humble prière : notre “merci” à Dieu qui a voulu tout partager avec nous afin de ne jamais nous laisser seuls.

FRANÇOIS

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