Le Synode 2015, de l’opposition à la complémentarité

blog_1444310595Photo: Courtoisie Catholic News Service

Vous l’avez certainement remarqué, la programmation de S+L des dernières semaines est enrichie par nombre d’événements entourant le pape François et l’Église universelle. Nous sommes très fiers de participer à cette mondialisation de l’intérêt des catholiques de notre église particulière via nos diverses plateformes médiatiques. En effet, que ce soit à la télévision, sur Facebook ou Twitter, notre mission est de transmettre toutes les informations nécessaires pour vous faire participer à la prière et à la réflexion de toute l’Église.

Cette semaine, c’était le début de notre couverture spéciale du Synode ordinaire des évêques sur la famille. Pour l’occasion, nos journalistes Charles Le Bourgeois, Sébastian Gomes et Gabriel Chow ont l’extraordinaire possibilité d’assister au déroulement de cet événement de l’intérieur du grand hall synodal. Vous pouvez visionner tous les vidéos qu’ils ont produits jusqu’à maintenant sur notre chaîne Youtube ou à la télévision tous les soirs à 19h15. De plus, vous remarquerez que notre PDG, le père Thomas Rosica, est également sur place comme assistant porte-parole de langue anglaise de la Salle de Presse du Vatican.

Cette première semaine est aussi chargée que les différentes attentes entourant ce synode. Lundi matin, les évêques se sont retrouvés autour de Pierre pour discuter des différentes approches pastorales entourant la famille d’aujourd’hui. C’est donc après un mot de bienvenue du Cardinal André Vingt-Trois, une allocution du Cardinal Erdö et une intervention du pape François que les travaux ont commencé. Cette rencontre fraternelle, où les points de vue s’entrechoquent parfois, manifeste déjà certaines tendances qui existent dans l’Église tout particulièrement, en théologie.

En effet, l’année dernière, Mgr Durocher avait mentionné lors de la conférence de presse qu’il existait une distinction théologique, entre l’approche inductive et déductive. L’induction signifie faire découler les principes à suivre en se basant sur notre expérience et les cas concrets qui nous entourent alors que la déduction prend comme point de départ le principe général pour atteindre le particulier. Sans chercher à catégoriser toutes les interventions selon ces critères éclairants, mais insuffisants, Mgr Durocher a réaffirmé dans la conférence de presse de ce mardi, que les deux approches étaient toutes deux “complémentaires et nécessaires” . Contrairement à ce que la logique des médias propage, il ne faut donc pas limiter notre analyse au piège de la politique partisane, c’est-à-dire en voyant une contradiction lorsqu’il y a différence complémentaire. Cet élément de méthode, important pour les journalistes, l’est également pour les pères synodaux.

Le déroulement du Synode se déploie selon deux modes de rencontre. Dans un premier temps, les pères synodaux sont invités à livrer une intervention de 3 minutes devant impérativement porter sur un des trois documents de travail que sont les discours d’ouverture et de clôture du pape François lors du Synode 2014 et l’Instrumentum Laboris du Synode 2015 publié il y a quelques mois déjà. De cette façon, chacun des évêques présente à l’Assemblée générale sa contribution en développant un point auquel il pense pouvoir apporter quelque chose. Le déroulement se poursuit ensuite en petits groupes linguistiques, « circoli minores », permettant ainsi plus d’échanges entre évêques ainsi qu’une plus grande effectivité puisque les intervenants peuvent s’exprimer dans leur langue.

À partir de ma lecture de tous les documents officiels et de l’écoute des trois conférences de presse qui ont eu lieu jusqu’à maintenant, il m’apparaît évident que la première unanimité se trouve dans la commune bonne volonté des pères synodaux à apporter un éclairage nouveau aux grands défis des familles d’aujourd’hui. Cette bonne volonté s’est manifestée à plusieurs reprises. Par exemple, Mgr Chaput, archevêque de Philadelphie, a clairement manifesté que la tentative de description de la famille présente dans l’Instrumentum Laboris décrivait surtout «la réalité en occident ». Ce qui pourrait limiter la prise de parole des évêques venant de pays où certains problèmes propres à l’occident ne sont pas un défi important. En ce sens, Mgr Raphaël Balla Guilavogui, évêque de N’Zéréroré en Guinée, a accueilli très favorablement la mise au point du Pape mardi qui, s’adressant à l’Assemblée Générale, a demandé à ce que le Synode « ne soit pas focalisé sur la question de l’accès à l’Eucharistie des divorcés et remariés civilement ».

Le synode 2015 sera certainement l’occasion pour les évêques des quatre coins de la planète d’apprendre davantage sur les différentes réalités de la famille aujourd’hui. Que ce soit par la prière, les amitiés qui se créeront ou par les échanges vifs sur des sujets d’actualité, cette expérience synodale sera certainement l’occasion pour les évêques non seulement d’ouvrir leur cœur à la pluralité des réalités ecclésiales mais également de se mettre à l’écoute de l’Esprit Saint qui seul peut guider les orientations pastorales vers la réalité des personnes de notre temps. De notre côté à Sel et Lumière, nous serons fidèles au poste pour vous apporter la meilleure couverture possible de cet événement incontournable pour l’Église et notre monde.

Homélie du pape François lors de la veillée de prière pour le Synode sur la famille 2015

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Vous trouverez ci-dessous le texte de l’homélie du pape François lors de la veillée de prière pour le Synode ordinaire des évêques sur les familles (samedi 3 octobre 2015):

Chères familles, bonsoir !

À quoi bon allumer une petite bougie dans l’obscurité qui nous entoure ? N’aurait-on pas besoin de tout autre chose pour dissiper l’obscurité ? Mais peut-on vaincre les ténèbres ?

À certaines époques de la vie – cette vie même pleine de ressources merveilleuses – de semblables interrogations s’imposent avec force. Face aux exigences de l’existence, la tentation amène à se retirer, à déserter et à se fermer, peut-être au nom de la prudence et du réalisme, en fuyant ainsi la responsabilité de faire sa part jusqu’au bout.

Rappelez-vous l’expérience d’Elie ? Le calcul humain suscite chez le prophète la peur qui le pousse à chercher refuge. « Devant cette menace, Elie se hâta de partir pour sauver sa vie […] Il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu’à l’Horeb, la montagne de Dieu. Là, il entra dans une caverne et y passa la nuit. Et voici que la parole du Seigneur lui fut adressée. Il lui dit : “Que fais-tu là, Elie ?”» (1 R 19, 3.8-9). Puis sur l’Horeb, il trouvera la réponse non dans le vent impétueux qui brise les rochers, ni dans le tremblement de terre et pas même dans le feu. La Capture d’écran 2015-10-03 à 12.43.27grâce de Dieu n’élève pas la voix ; c’est un murmure, qui rejoint tous ceux qui sont disposés à en écouter la brise légère : il les exhorte à sortir, à retourner dans le monde, témoins de l’amour de Dieu pour l’homme, pour que le monde croie…

Avec ce souffle, il y a presque une année, sur cette même Place, nous avons invoqué l’Esprit Saint, demandant que – en se mettant au thème de la famille – les Pères Synodaux sachent écouter et se confronter en gardant leur regard fixé sur Jésus, Parole ultime du Père et critère d’interprétation de tout.

Ce soir, notre prière ne peut être une autre prière. Parce que, comme le rappelait le patriarche Athénagoras, sans l’Esprit Saint, Dieu est loin, le Christ reste dans le passé, l’Église devient une simple organisation, l’autorité se transforme en domination, la mission en propagande, le culte en évocation, l’agir des chrétiens en une morale d’esclaves.

Prions donc, pour que le Synode qui s’ouvre demain sache ramener l’expérience conjugale et familiale à une image accomplie de l’homme; qu’il reconnaisse, valorise et propose tout ce qu’il y a en elle de beau, de bon et de saint ; qu’il embrasse les situations de vulnérabilité qui la mettent à l’épreuve : la pauvreté, la guerre, la maladie, le deuil, les relations blessées et défaites d’où surgissent malaises, ressentiments et ruptures ; qu’il rappelle à ces familles, comme à toutes les familles, que l’Évangile demeure une “Bonne Nouvelle” d’où repartir. Que du trésor de la tradition vivante, les Pères sachent tirer des paroles de consolation et des orientations d’espérance pour des familles appelées à construire en ce temps l’avenir de la communauté Capture d’écran 2015-10-03 à 12.41.59ecclésiale et de la cité de l’homme.

Chaque famille, en effet, est toujours une lumière, bien que faible, dans l’obscurité du monde. L’histoire même de Jésus parmi les hommes prend forme dans le sein d’une famille, à l’intérieur de laquelle il restera pendant 30 ans. Une famille comme beaucoup, la sienne, située dans un village perdu de la périphérie de l’Empire.

Charles de Foucauld, peut-être comme peu d’autres, a deviné la portée de la spiritualité qui émane de Nazareth. Ce grand explorateur abandonna en hâte la carrière militaire, fasciné par le mystère de la Sainte Famille, de la relation quotidienne de Jésus avec ses parents et ses proches, du travail silencieux, de la prière humble. Regardant la Famille de Nazareth, frère Charles discerna la stérilité du désir de richesse et de pouvoir ; il se fit tout à tous par l’apostolat de la bonté ; attiré par la vie érémitique, il comprit qu’on ne grandit pas dans l’amour de Dieu en évitant la servitude des relations humaines. Parce que c’est en aimant les autres qu’on apprend à aimer Dieu ; c’est en se penchant vers son prochain qu’on s’élève jusqu’à Dieu. À travers la proximité fraternelle et solidaire avec les plus pauvres et les plus abandonnés, il comprit que, finalement, ce sont eux qui nous évangélisent, en nous aidant à grandir en humanité.

Pour comprendre aujourd’hui la famille, entrons nous aussi – comme Charles de Foucauld – dans le mystère de la Famille de Nazareth, dans sa vie cachée, ordinaire et commune, comme celle du plus grand nombre de nos familles, avec leurs peines et leurs joies simples ; vie tissée de patience sereine dans les contrariétés, de respect pour la condition de chacun, de cette humilité qui libère et fleurit dans le service ; vie de fraternité qui surgit du fait de se sentir partie d’un unique corps.

La famille est le lieu d’une sainteté évangélique, réalisée dans les conditions les plus ordinaires. Il s’y respire la mémoire des générations et s’y enfoncent des racines qui permettent d’aller loin. C’est le lieu du discernement, où on s’éduque à reconnaître le dessein de Dieu sur sa propre vie et à l’embrasser avec confiance. C’est un lieu de gratuité, de présence discrète, fraternelle et solidaire, qui apprend à sortir de soi-même pour accueillir l’autre, pour pardonner et être pardonnés.

Repartons de Nazareth pour un Synode qui, plus que parler de la famille, sache se mettre à son école, dans la disponibilité à en reconnaître toujours la dignité, la consistance et la valeur, Capture d’écran 2015-10-03 à 12.49.38malgré les nombreuses peines et contradictions qui peuvent la marquer.

Dans la “ Galilée des nations” de notre temps, nous retrouverons l’épaisseur d’une Église qui est mère, capable d’engendrer à la vie et attentive à donner continuellement la vie, à accompagner avec dévouement, tendresse et force morale. Parce que si nous ne savons pas unir la compassion à la justice, nous finissons par être inutilement sévères et profondément injustes.

Une Église qui est famille sait se situer avec la proximité et l’amour d’un père qui vit la responsabilité du gardien, qui protège sans se substituer, qui corrige sans humilier, qui éduque par l’exemple et la patience. Parfois simplement, par le silence d’une attente priante et ouverte.

Surtout, une Église d’enfants qui se reconnaissent frères, qui n’arrive jamais à considérer quelqu’un uniquement comme un poids, un problème, un coût, une préoccupation ou un risque : l’autre est essentiellement un don, qui reste tel même quand il parcourt des chemins différents.

C’est une maison ouverte, l’Église, loin des grandeurs extérieures, accueillante dans le style sobre de ses membres et, à cause de cela, accessible à l’espérance de paix qui est présente en chaque homme, y compris en tous ceux qui – éprouvés par la vie – ont le cœur blessé et souffrant.

Cette Église peut vraiment éclairer la nuit de l’homme, lui montrer avec crédibilité le but et en partager les pas, justement parce que, la première, elle vit l’expérience d’être sans cesse régénérée dans le cœur miséricordieux du Père.

 

Discours du pape François au Congrès des États-Unis

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Vous trouverez ci-dessous le texte complet du discours du pape François lors de la Session conjointe du Congrès des États-Unis.

Monsieur le Vice-Président,
Monsieur le Président,
Honorables Membres du Congrès,
Chers amis,

Je suis très reconnaissant pour votre invitation à m’adresser à cette Session conjointe du Congrès dans « le pays des hommes libres et dans la maison des hommes courageux ». Je crois que la raison de cette invitation est que, moi aussi, je suis fils de ce grand continent, dont nous avons tous tant reçu et vis-à-vis duquel nous partageons une responsabilité commune.

Chaque fils ou fille d’un pays a une mission, une responsabilité personnelle et sociale. Votre responsabilité en tant que membres du Congrès est de permettre à ce pays, à travers votre activité législative, de prospérer en tant que nation. Vous êtes le visage de ce peuple, ses représentants. Vous êtes appelés à défendre et à préserver la dignité de vos concitoyens dans la recherche inlassable et exigeante du bien commun, car c’est le principal objectif de toute politique. Une société politique perdure, si elle cherche, comme vocation, à satisfaire les besoins communs en stimulant la croissance de tous ses membres, spécialement ceux qui sont en Capture d’écran 2015-09-24 à 10.33.28situation de plus grande vulnérabilité ou de risque. L’activité législative est toujours fondée sur la protection du peuple. C’est à cela que vous avez été invités, appelés et convoqués par ceux qui vous ont élus.

Votre tâche est un travail qui m’inspire une double réflexion sur la figure de Moïse. D’une part, le patriarche et législateur du peuple d’Israël symbolise le besoin des peuples de maintenir vivant leur sens d’unité au moyen d’une juste législation. D’autre part, la figure de Moïse nous conduit directement à Dieu et ainsi à la dignité transcendante de l’être humain. Moïse nous donne une bonne synthèse de votre travail : vous êtes chargés de protéger, à travers la loi, l’image et la ressemblance de Dieu façonnées en chaque visage humain.

Aujourd’hui, je ne voudrais pas seulement m’adresser à vous, mais à travers vous, au peuple des Etats-Unis tout entier. Ici, avec ses représentants, je voudrais saisir cette occasion pour dialoguer avec les milliers d’hommes et de femmes qui s’efforcent chaque jour d’accomplir un honnête travail, pour apporter à la maison le pain quotidien, pour épargner de l’argent et – étape par étape – bâtir une vie meilleure pour leurs familles. Ce sont des hommes et des femmes qui ne sont pas concernés simplement par le paiement de leurs impôts, mais qui,  individuellement, de façon discrète, soutiennent la vie de la société. Ils génèrent la solidarité par leurs actions, et ils créent des organisations qui tendent une main secourable à ceux qui sont le plus dans le besoin.

Je voudrais aussi entrer en dialogue avec les nombreuses personnes âgées qui sont un dépôt de sagesse forgée par l’expérience, et qui cherchent de diverses façons, spécialement à travers le travail bénévole, à partager leurs histoires et leurs visions. Je sais que beaucoup d’entre elles, bien qu’étant à la retraite, sont encore actives ; elles continuent de travailler pour  construire ce pays. Je voudrais aussi dialoguer avec tous les jeunes qui travaillent pour réaliser leurs grandes et nobles aspirations, et qui ne se laissent pas séduire par la facilité. Ces jeunes affrontent des situations difficiles, résultant souvent de l’immaturité de beaucoup d’adultes. Je voudrais dialoguer avec vous tous, et je voudrais le faire à travers la mémoire historique de votre peuple.

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La famille chrétienne : idéal ou réalité ?

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Samedi le 29 août dernier, avait lieu à la cathédrale Marie-Reine-du-monde de Montréal, la conférence intitulée « À la découverte de l’amour véritable ». Organisée conjointement par l’Association pour la béatification de l’Impératrice Zita d’Autriche et l’Archidiocèse de Montréal, cette journée de réflexion et de prière aura certainement permis à tous les participants non seulement d’approfondir leurs connaissances sur le dessein de Dieu sur la famille mais également de sentir un réconfort dans un monde qui lui est malheureusement de plus en plus hostile.

Durant l’avant-midi, des témoignages et enseignements se sont succédés. D’abord le témoignage de Brigitte Bédard, journaliste au magazine Le Verbe, qui présentait le pouvoir de la grâce dans son chemin vocationnel, suivi de celui de Cosmin et Jacynthe Dina centré sur le rôle du sacrement de mariage et sur la solidité que revêt le mariage lorsqu’il se vit dans la foi, l’espérance et la charité. Concluant la première moitié de cette journée mémorable, Mgr Lépine a voulu souligner que le véritable visage de l’amour s’est manifesté en Jésus-Christ sur la croix. Incitant les participants à méditer fréquemment le chemin de croix, l’archevêque de Montréal a lancé un vif appel aux consciences afin qu’elles répondent positivement à leur vocation à la sainteté et qu’elles voient que la « famille est le lieu où l’on apprend que le don de soi est un chemin de bonheur».

Après un pareil avant-midi chargé d’émotions, tous étaient unanimes dans leur désir d’implorer le pardon du Père de toute miséricorde et de Lui rendre grâce pour ce don immense qu’est la famille. Une fois abreuvés à cette « Source et Sommet de toute la vie chrétienne», les participants ont pu entamer l’après-midi en compagnie d’intervenants dont la qualité n’avait d’égale que la profondeur du sujet abordé. [Read more…]

“Maison neuve”

Il y a environ une dizaine d’année, la famille Taylor s’est installée à Erie en Pennsylvanie. C’est avant tout le travail qui les amené dans ce coin de pays américain mais c’est l’amour d’un petit garçon qui a fait de leur nouvelle maison, un havre où il fait bon vivre.

Ce petit garçon est Timothy Xavier ou tout simplement Timmy pour tous ceux qui le connaissent. Timmy n’avait que 6 mois lorsque Mary Jean, mère et physiothérapeute, l’a rencontré pour la première fois. Elle rendait visite à une famille d’accueil dans la région. À leur première rencontre, elle est tout de suite tombée amoureuse de Timmy.

Après quelques visites, la mère du foyer d’accueil lui propose d’adopter Timmy. Elle et Keith, père et président de l’université catholique Gannon à Erie, avaient déjà trois filles adolescentes et n’avaient jamais songé à l’adoption auparavant. Pourtant, en voyageant entre le foyer d’accueil et leur maison – un trajet d’environ 50 km – elle sentait un appel plus fort qu’elle.

Pour Keith et Mary Jean la décision de prendre Timmy chez eux était une réponse à la volonté de Dieu. « Tout le monde a le droit d’appartenir à une famille » nous a expliqué Mary Jean pendant l’entrevue. Même s’ils étaient convaincus de leur décision d’adopter Timmy, les obstacles étaient nombreux. Le processus d’adoption est long et fatiguant. Ils se souciaient de ce que les gens penseraient, de ce qu’ils diraient d’eux. Puis, comment savoir que tout allait vraiment « fonctionner »?  Keith nous a raconté que c’est leur foi qui les a soutenus. Aucun défi n’était trop grand. Saint Ignace de Loyola nous dit d’« agir comme si tout dépendait de toi, en sachant qu’en réalité tout dépend de Dieu ». –

Ce n’est pas l’histoire d’une famille traditionnelle. Mais celle d’une famille ordinaire qui a choisi d’accueillir la surprise de Dieu. Timmy avait besoin d’une nouvelle maison et c’est chez les Taylor qu’il l’a trouvé. En retour, la famille Taylor n’a connu de joie plus grande que de pouvoir l’appeler aujourd’hui fils et frère.

Nous avons passé une journée entière avec la famille Taylor. Le soleil était à son comble et nous en avons profité pour les suivre dans leurs activités préférées : jouer au tennis, faire de la bicyclette, aller à la plage, monter et descendre une glissade d’eau gonflable… Même papa y est  monté ! Chacun a son activité mais tous y prennent plaisir. La famille Taylor nous appel à être un lieu d’accueil pour les autres; de recevoir quelqu’un chez soi et lui donner une place où il peut être lui-même et se sentir aimé. Cet accueil ne devrait connaitre aucune limite.

À son baptême les trois sœurs lui ont donné son deuxième nom, Xavier, qui veut dire « maison neuve ». Aujourd’hui Timmy a 9 ans et selon son père, Keith, il a le caractère tout craché d’un Taylor.

Leur histoire fera partie d’une série vidéo sur la famille dans le cadre de la Rencontre mondiale des familles qui se tiendra à Philadelphie en septembre prochain.  Pour entendre d’autres témoignages touchants vous pouvez consulter notre page Youtube.

 

L’éducation sexuelle des enfants, à qui le droit?

TEACHER WORKS WITH STUDENTS AT CATHOLIC SCHOOL IN NEW YORK

Un nouveau curriculum d’éducation sexuelle pour les écoles primaires et secondaires de l’Ontario a été officiellement présenté lundi dernier, 23 février, par la ministre de l’éducation de l’Ontario, Liz Sandals. La dernière révision des cours d’éducation physique et de la santé en Ontario datait de 1998. C’est un projet qui était très attendu par le gouvernement libéral qui a osé une première tentative à la réforme du curriculum en 2010. Mais on avait interrompu le projet suite à plusieurs oppositions.

Cette année, rien ne mettra un frein à l’introduction du nouveau curriculum dans nos écoles en septembre prochain. C’est une attente à laquelle devra répondre aussi les écoles catholiques. C’est d’une part ce qui a soulevé nombreuses critiques depuis la semaine dernière. Bien que le curriculum propose un programme favorisant la santé physique et mentale des jeunes, c’est le programme sur la sexualité tel qu’il est présenté dans le curriculum qui a provoqué le tollé.

Devant l’implantation de cette nouvelle  politique, certains parents se trouvent devant un dilemme. D’un côté la présence de sujets alarmants auxquels seront exposés des jeunes dès l’âge de six ans chatouillent la conscience des parents catholiques. Ils se sentent brimés dans leur droit d’éduquer leurs enfants suivant leur foi (Doctrine Sociale de l’Église: no 243). Ils y voient une certaine précipitation de l’enseignement qui ne respecte ni l’âge, ni la maturité, ni l’intelligence émotionnelle et spirituelle de leurs enfants. D’un autre côté, la réalité est que ce ne sont pas toutes les familles chrétiennes qui sont en mesure de maintenir une conversation ouverte et juste avec leurs enfants. Le nouveau curriculum pourrait ainsi les aider à faire face aux problèmes graves de notre époque. En ce sens certaines familles sont soulagées que le curriculum s’adapte aux nouvelles réalités du monde d’aujourd’hui. Soulagées que la conversation sur la sexualité ne repose pas entièrement sur leurs épaules.

Entre l’autorité du gouvernement et la primauté des parents en matière d’éducation (no 240), il y a les enseignants. Quelques soient les débats, ces derniers devront tout de même transmettre la matière et répondre aux questions difficiles, maladroites et parfois gênantes de leurs élèves. À qui la responsabilité de trouver l’équilibre?

Couple wait for start of prayer vigil led by Pope Francis for extraordinary Synod of Bishops on the family in St. Peter's Square at VaticanOn ne peut se cacher que les jeunes veulent des réponses à ces questions. Aujourd’hui, ils sont exposés très vite au monde du sexe, par les films, les réseaux sociaux, la musique, une conversation avec des amis… Et leur curiosité est plus forte qu’eux.  Mais cette recherche légitime peut engender des blessures émotionnelles et une chute dans leur estime de soi. À plus forte raison faut-il savoir bien les accompagner. Ne devrions-nous pas concentrer nos efforts à approfondir nos connaissances sur la sexualité comme geste d’amour, à l’exemple de la théologie du corps de Jean-Paul II.

En ce moment, nous sommes ligotés entre deux mondes : entre le trop et le pas assez.  Entre les excès de laxisme du monde d’aujourd’hui et le rigorisme des générations passées entourant encore certains discours sur la sexualité. Mais le danger réside dans ces deux extrêmes. Catholique, la sexualité exige d’être vécue dans la vérité sur l’homme et la femme. Elle a aussi besoin d’un langage d’amour et de patience, que seuls les parents peuvent vraiment accorder: « De source qu’il était, l’amour des parents devient ainsi l’âme et donc la norme qui inspirent et guident toute l’action éducative concrète » (no 239). Ça ne signifie pas ignorer la place de la sexualité dans la vie de leurs enfants mais plutôt l’édifier en cohérence avec sa vocation première. La famille demeure le lieu par excellence où les jeunes en feront l’expérience, « en raison du caractère unique du rapport d’amour existant entre parents et enfants; quelque chose d’irremplaçable et d’inaliénable, qui ne peut donc être totalement délégué à d’autres ni usurpé par d’autres » (no 239).

“Être contenu par le plus petit, c’est cela qui est divin”

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Image: Courtoisie de CNS

Depuis le début de son pontificat, le pape François n’a cessé d’attirer l’attention des médias et de susciter des réactions partout dans le monde. La particularité de son discours est sa simplicité. Il refuse catégoriquement, non pas d’utiliser parfois des termes compliqués ou académiques, mais de se laisser enfermer dans un rôle qui ne laisserait pas sa personnalité se déployer avec la liberté des enfants de Dieu qu’il a toujours affectionnée. C’est ce qu’il avait annoncé dès le débuts de son pontificat lorsqu’il affirmait qu’une phrase de Saint-Ignace l’avait toujours frappée : Non coerceri a maximo, sed contineri a minimo divinum est c’est-à-dire :  « ne pas être enfermé par le plus grand, mais être contenu par le plus petit, c’est cela qui est divin » (p.5). S’adresser au monde entier avec la même chaleur que lors de conversations amicales, même lorsqu’il s’agit de choses sérieuses, voilà la clef pour comprendre le mode d’expression du pape François.

Comme tous les Souverains pontifes mais spécialement à la suite de Saint Jean-Paul II, le pape François semble affectionner particulièrement les visites au peuple de Dieu réparti sur le globe. Lors de ces voyages, un moment est particulièrement apprécié des journalistes : les points de presse dans l’avion. Ces entretiens sont très particuliers puisqu’ils permettent au Pape de répondre directement aux questions de ces derniers. Les réponses du Pape y sont spontanées et personnelles. C’est donc un moment privilégié pour apprendre « ce que le pape François pense vraiment », si l’on peut s’exprimer ainsi.

Dans le vol de retour vers Rome après son voyage extraordinaire aux Philippines, le Pape a eu l’occasion de s’exprimer sur la régulation des naissances en utilisant la formule suivante : « Certains croient que, pardonnez-moi l’expression, pour être de bons catholiques nous devons faire comme les lapins ». Cette image quelque peu inhabituelle, surtout dans la bouche d’un Pape, en a fait sursauter plus d’un et fait couler beaucoup d’encre. Certains journaux en ont même fait leur page couverture [3] ou y ont fait référence en titrant le « Discours du lapin » parodiant ainsi le Discours sur la montage. Tout ce bruit médiatique ne doit pas nous impressionner plus qu’il le faut. Après un bref examen des différents articles et commentaires en lien avec cette expression, nous dénotons chez certains le fait d’avoir cédé à la tentation de voir dans le Pape François celui qui allait briser tous les soi-disant « tabous » de l’Église catholique. Cette grille d’analyse fascine beaucoup et tombe souvent dans le piège d’isoler certaines paroles de leur contexte pour leur donner une autre signification que celle du Pape. C’est ce qu’on a pu voir dans des articles comme celui de Libération qui titrait un « pape aux propos pas toujours très catholiques ». Nous ne sommes pas près de voir disparaître cette vision et c’est pourquoi une brève analyse s’impose. [Read more…]

Un message au Peuple de Dieu

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Les Pères synodaux un bref message pastoral, à la cloture du Synode extraordinare des évêques sur la famille, le dimanche 19 octobre 2014.

Nous, Pères synodaux réunis à Rome autour du Pape François pour l’Assemblée générale extraordinaire du Synode des évêques, nous nous adressons à toutes les familles des divers continents, et en particulier à celles qui suivent le Christ, Chemin, Vérité et Vie. Nous manifestons notre admiration et notre gratitude pour le témoignage quotidien que vous nous offrez, ainsi qu’au monde, par votre fidélité, votre foi, votre espérance et votre amour.

Nous aussi, pasteurs de l’Église, nous sommes nés et avons grandi dans des familles aux histoires et vicissitudes les plus diverses. En tant que prêtres et évêques, nous avons rencontré et avons vécu aux côtés de familles qui nous ont raconté en parole et révélé en actes toute une série de merveilles mais aussi de difficultés.

La préparation même de cette assemblée synodale, à partir des réponses au questionnaire envoyé aux Églises du monde entier, nous a permis de nous mettre à l’écoute de nombreuses expériences familiales. Notre dialogue durant les jours du Synode nous a ainsi enrichis mutuellement, nous aidant à regarder la réalité vivante et complexe dans laquelle évoluent les familles.

À vous, nous proposons cette parole du Christ : « Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi. » (Ap 3, 20). Comme il le faisait durant ses pérégrinations sur les routes de la Terre Sainte, entrant dans les maisons des villages, Jésus continue à passer aussi aujourd’hui par les rues de nos villes. Dans vos foyers, vous faites l’expérience d’ombres et de lumières, de défis exaltants, mais parfois aussi d’épreuves dramatiques. L’obscurité se fait encore plus épaisse, jusqu’à devenir ténèbres, lorsque le mal et le péché s’insinuent au cœur même de la famille.

Il y a, avant tout, le grand défi de la fidélité dans l’amour conjugal. L’affaiblissement de la foi et des valeurs, l’individualisme, l’appauvrissement des relations, le stress d’une frénésie qui empêche la réflexion marquent aussi la vie familiale. On assiste alors à de nombreuses crises matrimoniales, affrontées souvent de façon expéditive, sans avoir le courage de la patience, de la remise en question, du pardon mutuel, de la réconciliation et même du sacrifice. Ces échecs sont ainsi à l’origine de nouvelles relations, de nouveaux couples, de nouvelles unions et de nouveaux mariages, qui créent des situations familiales complexes et problématiques quant au choix de la vie chrétienne.

Parmi ces défis, nous souhaitons ensuite évoquer les épreuves de l’existence même. Pensons à la souffrance qui peut apparaître lorsque qu’un enfant est handicapé, lors d’une grave maladie, lors de la dégénérescence neurologique due à la vieillesse, lors de la mort d’une personne chère. La fidélité généreuse de tant de familles qui vivent ces épreuves avec courage, foi et amour est admirable, lorsqu’elles les considèrent non comme quelque chose qui leur a été arrachée ou imposée, mais comme quelque chose qui leur a été donné et qu’ils offrent à leur tour, voyant en toutes ces personnes éprouvées le Christ souffrant lui-même.

Nous pensons aux difficultés économiques causées par des systèmes pervers, par le « fétichisme de l’argent » et par « la dictature de l’économie sans visage et sans un but véritablement humain » (Evangelii gaudium, 55) qui humilie la dignité de la personne. Nous pensons aux pères et aux mères sans emploi, impuissants face aux besoins les plus élémentaires de leur famille ; et à ces jeunes qui se trouvent devant des journées désœuvrées et sans espérance, proies potentielles des dérives de la drogue et de la criminalité.

Nous pensons enfin à la foule des familles pauvres, à celles qui s’agrippent à une barque pour atteindre des moyens de survie, aux familles de réfugiés qui émigrent sans espoir à travers des déserts, à celles qui sont persécutées simplement à cause de leur foi et de leurs valeurs spirituelles et humaines, à celles qui sont frappées par la brutalité des guerres et des oppressions. Nous pensons aussi aux femmes qui subissent la violence et sont soumises à l’exploitation, à la traite des personnes, aux enfants et aux jeunes victimes d’abus même de la part de ceux qui devraient en prendre soin et les faire grandir en confiance, aux membres de tant de familles humiliées et en difficulté. «La culture du bien-être nous anesthésie et […] toutes ces vies brisées par manque de possibilités nous semblent un simple spectacle qui ne nous trouble en aucune façon. (Evangelii gaudium, 54). Nous faisons appel aux gouvernements et aux organisations internationales pour promouvoir les droits de la famille en vue du bien commun.

Le Christ a voulu que son Église soit une maison avec la porte toujours ouverte et accueillante, sans exclure personne. Nous sommes ainsi reconnaissants envers les pasteurs, les fidèles et les communautés prêts à accompagner et à porter les déchirures internes et sociales des couples et des familles.

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Cependant, il y a également la lumière qui brille le soir derrière les fenêtres dans les maisons des villes, dans les modestes résidences des périphéries ou dans les villages et même dans les baraquements : celle-ci brille et réchauffe les corps et les âmes. Cette lumière, dans les vicissitudes de la vie nuptiale des conjoints, s’allume grâce à une rencontre : il s’agit d’un don, d’une grâce qui s’exprime -comme le dit la Genèse (2,18)- quand deux visages se retrouvent chacun l’un « en face » de l’autre, comme une «aide qui lui corresponde », c’est-à-dire à la fois semblable et complémentaire. L’amour de l’homme et de la femme nous enseigne que chacun des deux a besoin de l’autre pour être soi-même, chacun demeurant pourtant différent de l’autre dans son identité qui s’ouvre et se révèle dans le don réciproque. C’est ce qu’exprime de façon suggestive la femme du Cantique des Cantiques : « Mon bien-aimé est à moi, et moi, je suis à lui […] Je suis à mon bien-aimé, mon bien-aimé est à moi » (Ct 2, 16 ; 6,3).

Pour que cette rencontre soit authentique, le cheminement commence avec le temps des fiançailles, temps de l’attente et de la préparation. Il s’actualise pleinement dans le sacrement du mariage où Dieu appose son sceau, sa présence et sa grâce. Ce chemin passe aussi par la sexualité, la tendresse, la beauté, qui perdurent même au-delà de la vigueur et de la fraîcheur de la jeunesse. De par sa nature, l’amour tend à rimer avec toujours, jusqu’à donner sa vie pour la personne qu’on aime (cf. Jn 15,13). À cette lumière, l’amour conjugal, unique et indissoluble, persiste malgré les nombreuses difficultés des limites humaines ; c’est l’un des plus beaux miracles, bien qu’il soit aussi le plus commun.

Cet amour se déploie au travers de la fécondité et de la générativité qui ne sont pas seulement procréation mais aussi don de la vie divine dans le baptême, éducation et catéchèse des enfants. Il s’agit aussi d’une capacité à offrir la vie, de l’affection et des valeurs. Cette expérience est possible même pour ceux qui n’ont pu avoir d’enfant. Les familles qui vivent cette aventure lumineuse deviennent pour tous un témoignage, en particulier pour les jeunes.

Durant ce cheminement, qui s’avère parfois un sentier ardu avec ses difficultés et ses chutes, on retrouve toujours la présence et l’accompagnement de Dieu. La famille en fait l’expérience dans l’affection mutuelle et le dialogue entre époux et épouse, entre parents et enfants, entres frères et sœurs. Elle le vit aussi en se mettant ensemble à l’écoute de la Parole de Dieu et en partageant la prière commune : petite oasis spirituelle à mettre en place à un moment chaque jour. Il y a aussi l’engagement quotidien de l’éducation à la foi, à la beauté de la vie évangélique et à la sainteté. Ce devoir est souvent partagé et exercé avec beaucoup d’affection et de dévouement aussi par les grands-parents. Ainsi la famille se présente comme une authentique Église domestique, qui s’ouvre sur cette famille de familles qu’est la communauté ecclésiale. Les époux chrétiens sont alors appelés à devenir des maîtres dans la foi et dans l’amour également auprès des jeunes couples.

Il y a ensuite une autre expression de la communion fraternelle, celle de la charité, du don, de la proximité auprès des laissés pour compte, des marginalisés, des pauvres, des personnes seules, des malades, des étrangers, des familles en crise, gardant en mémoire la parole du Seigneur : « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » (Ac 20,35). Il s’agit d’un don de biens partagés, de présence, d’amour et de miséricorde et aussi d’un témoignage de vérité, de lumière, de sens donné à la vie.

Le sommet qui recueille et récapitule tous ces liens de la communion avec Dieu et le prochain est l’Eucharistie dominicale, lorsque, avec toute l’Église, la famille prend place à la table du Seigneur. Lui-même se donne à nous tous, pèlerins de l’histoire en route vers la rencontre ultime lorsque le «Christ sera tout en tous» (Col 3,11). Pour cela, dans la première étape de notre chemin synodal, nous avons réfléchi à l’accompagnement pastoral et à la question de l’accès aux sacrements des personnes divorcées-remariées.

Nous, pères synodaux, vous demandons de cheminer avec nous vers le prochain synode.

Que demeure sur vous la présence de la famille de Jésus, Marie et Joseph réunis dans leur modeste maison. Ensemble, tournés vers la Famille de Nazareth, faisons monter vers notre Père à tous notre invocation pour les familles de la terre.

Père, donne à toutes les familles la présence d’époux courageux et remplis de sagesse, qui soient source d’une famille libre et unie.

Père, donne aux parents d’avoir une maison où vivre dans la paix avec leur famille.

Père, donne aux enfants d’être signes de confiance et d’espérance, et aux jeunes le courage de l’engagement stable et fidèle.

Père, donne à tous de pouvoir gagner leur pain de leurs propres mains, de jouir de la sérénité d’esprit et de garder allumé le flambeau de la foi même dans les moments d’obscurité.

Père, donne-nous de voir fleurir une Église toujours plus fidèle et crédible, une cité juste et humaine, un monde qui aime la vérité, la justice et la miséricorde.

Allocution d’ouverture de l’année 2014, du pape François, au Synode des évêques

Francis

Vous trouverez, en bas de page, le texte intègral de l’allocution d’ouverture du pape François lors de l’Assemblèe gènèrale extraordinaire du Synode des évêques:

Éminences, Béatitudes, Excellences, frères et sœurs,

Je vous souhaite une cordiale bienvenue à cette rencontre et je vous remercie de tout cœur pour votre présence et votre service attentionnés et qualifiés.

En votre nom, je voudrais exprimer mes vifs et sincères remerciements à toutes les personnes qui ont travaillé avec dévouement, avec patience et avec compétence, pendant de longs mois, en lisant, évaluant, et élaborant les thèmes, les textes et les travaux de cette assemblée générale extraordi-naire.

Permettez-moi d’adresser un remerciement particulier et cordial au cardinal Lorenzo Baldisseri, secrétaire général du synode, à Mgr Fabio Fabene, sous-secrétaire, et avec eux à tous les rapporteurs, les rédacteurs, les consulteurs, les traducteurs, et à tout le personnel du secrétariat du synode des évêques. Ils ont travaillé inlassablement, et continuent de travailler, pour la bonne réussite du présent synode: merci beaucoup, vraiment, et que le Seigneur vous récompense !

Je remercie également le conseil post-synodal, le rapporteur et le secrétaire général ; les conférences épiscopales qui ont travaillé vraiment beaucoup et, avec eux, je remercie les trois présidents délégués…

Je vous remercie aussi, chers cardinaux, patriarches, évêques, prêtres, religieux et religieuses, hommes et femmes laïcs pour votre présence et pour votre participation qui enrichit les travaux et l’esprit de collégialité et de synodalité pour le bien de l’Église et des familles ! Cet esprit de synodalité aussi, j’ai voulu qu’il existe dans l’élection du rapporteur, du secrétaire général et des présidents délégués. Les deux premiers ont été élus directement par le Conseil post-synodal, lui-même élu par les participants du dernier synode. En revanche, comme les présidents délégués doivent être choisis par le Pape, j’ai demandé à ce même conseil post-synodal de proposer des noms, et j’ai nommé ceux que le Conseil m’a proposés.

Vous apportez la voix des Églises particulières, réunies au niveau d’Églises locales à travers les Conférences épiscopales. L’Église universelle et les Églises particulières sont d’institution divine ; les Églises locales ainsi entendues sont d’institution humaine. Cette voix, vous l’apporterez en synodalité. C’est une grande responsabilité: apporter les réalités et les problématiques des Églises, pour les aider à cheminer sur cette voie qu’est l’Évangile de la famille.

Une condition générale de base est celle-ci : parler clair. Que personne ne dise : « On ne peut dire cela ; quelqu’un pensera de moi ceci et cela… ». Il faut dire tout ce que l’on sent avec parrhésie. Après le dernier Consistoire (février 2014), où l’on a parlé de la famille, un cardinal m’a écrit en disant : dommage que certains cardinaux n’aient pas eu le courage de dire certaines choses par respect pour le Pape, en estimant peut-être que le Pape pensait autre chose. Cela ne va pas, cela n’est pas la synodalité, parce qu’il faut dire tout ce que, dans le Seigneur, on se sent de devoir dire : sans craindre le jugement humain, sans lâcheté. Et, dans le même temps, il faut écouter avec humilité et accueillir le cœur ouvert ce que disent les frères. C’est avec ces deux attitudes que s’exerce la synodalité.

C’est pourquoi je vous demande, s’il vous plaît, ces attitudes de frères dans le Seigneur : parler avec parrhésie et écouter avec humilité.

Et faites-le avec tranquillité et paix, parce que le synode se déroule toujours cum Petro et sub Petro, et la présence du Pape est une garantie pour tous et une protection de la foi.

Chers frères, collaborons tous pour que s’affirme avec clarté la dynamique de la synodalité. Merci.

Homélie du pape François lors de la messe d’ouverture du Synode

Opening-Mass-Homily

Le 5 octobre 2014, le pape François a prèsidè la messe d’ouverture du Synode extraordinaire des évêques sur la famille. Vous trouverez, ci-dessous, le texte intègral de son discours:

Aujourd’hui, le prophète Isaïe et l’Évangile utilisent l’image de la vigne du Seigneur. La vigne du Seigneur est son “rêve”, le projet qu’il cultive avec tout son amour, comme un paysan prend soin de son vignoble. La vigne est une plante qui demande beaucoup de soin !

Le “rêve” de Dieu c’est son peuple : il l’a planté et le cultive avec un amour patient et fidèle, pour qu’il devienne un peuple saint, un peuple qui porte beaucoup de fruits de justice.

Mais, aussi bien dans la prophétie ancienne que dans la parabole de Jésus, le rêve de Dieu est déçu. Isaïe dit que la vigne, si aimée et soignée, « a produit de mauvais raisins » (5, 2.4), alors que Dieu « attendait le droit, et voici le crime ; il attendait la justice, et voici les cris» (v.7). Dans l’Évangile, au contraire, ce sont les paysans qui ruinent le projet du Seigneur : ils ne font pas leur travail, mais ils pensent à leurs intérêts.

Jésus, dans sa parabole, s’adresse aux chefs des prêtres et aux anciens du peuple, c’est-à-dire aux “sages”, à la classe dirigeante. Dieu leur a confié de façon particulière son “rêve”, c’est-à-dire son peuple, pour qu’ils le cultivent, en prennent soin, le protègent des animaux sauvages. Voilà la tâche des chefs du peuple : cultiver la vigne avec liberté, créativité et ardeur.

Jésus dit que pourtant ces paysans se sont emparés de la vigne ; par leur cupidité et leur orgueil, ils veulent faire d’elle ce qu’ils veulent, et ainsi ils ôtent à Dieu la possibilité de réaliser son rêve sur le peuple qu’il s’est choisi.

La tentation de la cupidité est toujours présente. Nous la trouvons aussi dans la grande prophétie d’Ézéchiel sur les pasteurs (cf. ch. 34), commentée par saint Augustin dans son célèbre discours que nous venons de relire dans la Liturgie des Heures. Cupidité d’argent et de pouvoir. Et pour assouvir cette cupidité, les mauvais pasteurs chargent sur les épaules des gens des fardeaux insupportables qu’eux-mêmes ne déplacent pas même avec un doigt (cf. Mt 23, 4).

Nous aussi, au Synode des Évêques, nous sommes appelés à travailler pour la vigne du Seigneur. Les Assemblées synodales ne servent pas à discuter d’idées belles et originales, ou à voir qui est le plus intelligent… Elles servent à cultiver et à mieux garder la vigne du Seigneur, pour coopérer à son “rêve”, à son projet d’amour sur son peuple. Dans ce cas, le Seigneur nous demande de prendre soin de la famille, qui depuis les origines est partie intégrante de son dessein d’amour pour l’humanité.

Nous sommes tous pécheurs et à nous aussi, peut arriver la tentation de “nous emparer” de la vigne, à cause de la cupidité qui ne nous manque jamais à nous, êtres humains. Le rêve de Dieu se heurte toujours à l’hypocrisie de quelques-uns de ses serviteurs. Nous pouvons “décevoir” le rêve de Dieu si nous ne nous laissons pas guider par l’Esprit Saint. Que l’Esprit nous donne la sagesse qui va au-delà de la science, pour travailler généreusement avec vraie liberté et humble créativité.

Frères Synodaux, pour cultiver et bien garder la vigne, il faut que nos cœurs et nos esprits soient gardés en Jésus Christ dans la « paix qui surpasse tout ce qu’on peut concevoir », (Ph 4,7). Ainsi nos pensées et nos projets seront conformes au rêve de Dieu : se former un peuple saint qui lui appartienne et qui produise des fruits du Royaume de Dieu (cf. Mt 21, 43).

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