« Être contenu par le plus petit, c’est cela qui est divin »

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Image: Courtoisie de CNS

Depuis le début de son pontificat, le pape François n’a cessé d’attirer l’attention des médias et de susciter des réactions partout dans le monde. La particularité de son discours est sa simplicité. Il refuse catégoriquement, non pas d’utiliser parfois des termes compliqués ou académiques, mais de se laisser enfermer dans un rôle qui ne laisserait pas sa personnalité se déployer avec la liberté des enfants de Dieu qu’il a toujours affectionnée. C’est ce qu’il avait annoncé dès le débuts de son pontificat lorsqu’il affirmait qu’une phrase de Saint-Ignace l’avait toujours frappée : Non coerceri a maximo, sed contineri a minimo divinum est c’est-à-dire :  « ne pas être enfermé par le plus grand, mais être contenu par le plus petit, c’est cela qui est divin » (p.5). S’adresser au monde entier avec la même chaleur que lors de conversations amicales, même lorsqu’il s’agit de choses sérieuses, voilà la clef pour comprendre le mode d’expression du pape François.

Comme tous les Souverains pontifes mais spécialement à la suite de Saint Jean-Paul II, le pape François semble affectionner particulièrement les visites au peuple de Dieu réparti sur le globe. Lors de ces voyages, un moment est particulièrement apprécié des journalistes : les points de presse dans l’avion. Ces entretiens sont très particuliers puisqu’ils permettent au Pape de répondre directement aux questions de ces derniers. Les réponses du Pape y sont spontanées et personnelles. C’est donc un moment privilégié pour apprendre « ce que le pape François pense vraiment », si l’on peut s’exprimer ainsi.

Dans le vol de retour vers Rome après son voyage extraordinaire aux Philippines, le Pape a eu l’occasion de s’exprimer sur la régulation des naissances en utilisant la formule suivante : « Certains croient que, pardonnez-moi l’expression, pour être de bons catholiques nous devons faire comme les lapins ». Cette image quelque peu inhabituelle, surtout dans la bouche d’un Pape, en a fait sursauter plus d’un et fait couler beaucoup d’encre. Certains journaux en ont même fait leur page couverture [3] ou y ont fait référence en titrant le « Discours du lapin » parodiant ainsi le Discours sur la montage. Tout ce bruit médiatique ne doit pas nous impressionner plus qu’il le faut. Après un bref examen des différents articles et commentaires en lien avec cette expression, nous dénotons chez certains le fait d’avoir cédé à la tentation de voir dans le Pape François celui qui allait briser tous les soi-disant « tabous » de l’Église catholique. Cette grille d’analyse fascine beaucoup et tombe souvent dans le piège d’isoler certaines paroles de leur contexte pour leur donner une autre signification que celle du Pape. C’est ce qu’on a pu voir dans des articles comme celui de Libération qui titrait un « pape aux propos pas toujours très catholiques ». Nous ne sommes pas près de voir disparaître cette vision et c’est pourquoi une brève analyse s’impose.

Après quelques réflexions, je me suis rappelé ce qu’avait dit un de mes professeurs et qui enseignait la philosophie au cégep. Il donnait l’exemple de personnes étudiant un discours de Mao Zedong. Il est évident qu’il serait absurde d’isoler une phrase ou une expression d’un discours de Mao pour en faire une apologie du capitalisme. Même si une phrase prise isolément pourrait être interprétée comme laissant croire qu’il endossait la propriété privée, personne n’accorderait de crédit à l’utilisation de cette phrase pour faire de Mao un soutien de la cause capitaliste. De la même manière, les propos du Pape doivent être interprétés à la lumière et, donc, en faveur de la doctrine de l’Église et non pas contre elle. Le Pape est catholique ! Affirmation simple mais combienBanner referencing "Humanae Vitae," 1968 encyclical of Blessed Paul VI, seen at conclusion of beatification Mass in St. Peter's Square at Vatican nécessaire de rappeler en cette ère médiatique où la capacité d’écrire n’est pas toujours accompagnée par la justesse et la profondeur des propos.

Ainsi les paroles du Pape François affirmant que l’on ne doit pas, comme catholiques, penser à se reproduire comme le font les lapins, c’est-à-dire de manière irréfléchie et sans tenir compte du bien-être des enfants, est tout à fait en ligne avec l’enseignement de l’Église. En effet, d’un côté, on affirme le principe de la « paternité responsable » [5] qui veut que l’éducation et le soutien d’un développement global de l’enfant soient des critères essentiels pour être de bons parents. De l’autre, on montre comment l’accueil de la vie pour une famille est une dimension essentielle du sacrement du mariage. Sans surprise, à l’audience générale de mercredi dernier, le Pape François allait manifester l’amour qu’il a pour les familles nombreuses en affirmant : « Cela donne de la consolation et de l’espoir de voir tant de familles nombreuses qui accueillent les enfants comme un vrai don de Dieu ». [6]

Le voyage du Pape aux Philippines et au Sri Lanka fut une véritable pluie de Grâces pour toutes les personnes et pour tous ceux qui vivent dans la Communion des saints. Il ne faut pas se laisser distraire ou décourager par les mauvaises interprétations des paroles joyeuses du Pape envers toutes les réalités saintes de notre monde. Une fois de plus, nous voyons deux choses. D’abord l’importance pour les croyants d’aujourd’hui de développer un esprit critique face aux médias et, deuxièmement, l’absolue nécessité des médias catholiques comme Sel et Lumière pour transmettre une information de qualité et en communion avec l’Église.