Prendre sur soi la croix de l’itinérance

C’est en plein cœur du Salon du livre de Montréal, qu’avait lieu, hier en fin d’après-midi, une conférence autour du livre « Confession d’un prêtre de la rue ». J’avais évidemment très hâte de lire la vie de celui qui anime les « Chroniques des actualités de la rue » en tant que collaborateur de l’émission Église en Sortie depuis les débuts. Composé d’une série d’entretiens entre Jean-Marie Lapointe et l’abbé Claude Paradis, cet ouvrage retrace, à la fois, le parcours difficile de celui qui était appelé à devenir prêtre de tout éternité et la profondeur de sa démarche trop souvent occultée par la philosophie de l’entraide qui prédomine aujourd’hui.

Un purgatoire plus tôt que prévu!

Une chose est certaine, ce livre est une véritable « confession ». Sans édulcorer le vécu du curé des gens de la rue du Centre-Ville de Montréal, ce livre nous présente un homme bien incarné qui, comme saint Paul, a « reçu dans [sa] chair une écharde ». On y retrace donc l’itinéraire d’un gaspésien qui, sous le poids des blessures parfois cruelles de la vie, a vécu une « véritable descente aux enfers » qui, vue d’aujourd’hui, apparaît comme un réel purgatoire. On y retrace sa conversion puis le séminaire, son ordination puis l’apprentissage de la vie de prêtre ;  une série d’événement qui lui ont certainement permis de comprendre, plus que nous tous, cette Parole de l’Évangile : « Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. » (2 Cor 12, 9).

Le livre ne se contente cependant pas d’offrir des éléments biographiques. On y côtoie aussi de profondes réflexions sur le sens de la souffrance, de la pauvreté et des différentes dépendances. En effet, on voit, dans la vie de l’abbé Paradis, une véritable soif  d’amour, ce qui a pu décupler la souffrance causée par les rejets parfois brutaux dont il a pu faire l’objet. Quelle intensité la découverte de l’Amour indéfectible de Dieu a-t-elle pu susciter en lui pour créer un tel retournement qui fera de lui un prêtre quelques année plus tard !

Une porte vers le ciel

On constate également certaines caractéristiques de l’état de dépendance et le combat contre celles-ci. Contrairement au rêve d’autonomie absolue dont notre société essaie de nous convaincre, nous sommes des êtres foncièrement dépendants. Dépendants de la société pour vivre, dépendants de nos parents pour nous donner la vie et nous éduquer, dépendants de l’environnement pour nous soutenir, etc. Les toxicomanes, eux, savent trop bien que notre état de dépendance est réel. Voilà pourquoi les différents groupes de soutien n’ont pas de difficultés à comprendre la nécessité de faire référence à une « Force Supérieure » ou, en d’autres termes, à Dieu. Nous avons donc beaucoup à apprendre de ces gens souffrants de la rue qui, d’une certaine façon, sont pour nous le miroir brutal de notre propre misère. Contrairement à nous, leur état ne leur permet pas de se voiler la face et de se penser autonomes et maîtres d’eux-mêmes ; d’où leur plus grande ouverture à Dieu et à la transcendance.

Mais comment cette ouverture pourrait-elle être comblée sans des témoins crédibles pour nous aider, comme le disait le curé d’Ars, à nous « montrer le chemin du ciel » ? Tel est le sens de la vie de l’abbé Claude Paradis et de l’apostolat de Notre-Dame-de-la-rue. La vie spirituelle des âmes qu’il rencontre est sa priorité et pour cause.  Faire de la place à l’amour dans leur cœur des hommes est la seule chose qui puisse étancher la soif du Christ sur la croix !

Prendre sa croix et celles des autres

Enfin, j’aimerais jeter un éclairage sur une autre dimension de la vie du Curé de la rue. Comme cela a été merveilleusement présenté dans le documentaire de Charles Le Bourgeois « Dealer d’espoir », à visionner sur Sel et Lumière, l’abbé Claude Paradis ne cherche pas seulement à aider les pauvres, il cherche aussi  à prendre sur lui la croix de l’itinérance. C’est pourquoi, il lui est arrivé à plusieurs reprises de dormir dehors, quêter et errer dans les rues comme une offrande au Père éternel. Est-il possible de non seulement souffrir sa propre vie mais aussi de vouloir prendre sur soi les blessures des autres ? C’est pourtant ce que l’Église nous enseigne : « La grâce comprend aussi les dons que l’Esprit nous accorde pour nous associer à son œuvre, pour nous rendre capables de collaborer au salut des autres et à la croissance du Corps du Christ. […] (Catéchisme de l’Église catholique, no 2003). S’associer à la Croix rédemptrice de Jésus par une vie communautaire avec les itinérants de Montréal voilà qui pourrait bien résumer le charisme de l’abbé Claude Paradis.

Je recommande la lecture du livre  « Confession d’un prêtre de la rue ».  Pour en savoir davantage sur le livre et sur l’abbé Paradis,  je reçois pour en discuter Jean-Marie Lapointe, cette semaine à l’émission Église en Sortie sans oublier la maintenant très attendue « Chronique des actualités de la rue » de l’abbé Claude Paradis !

L’importance du ressourcement spirituel chez les jeunes


Photo: © CNS photo/Vatican Media

Récemment, je suis allée au Sanctuaire Marie Reine de Cœurs avec une communauté hispanophone pour un pèlerinage d’une journée. Ayant déjà participé à plusieurs pèlerinages et retraites, je sentais ce désir d’aller avec ma petite famille pour approfondir ma foi. D’ailleurs, j’ai remarqué au courant de ses dernières années que peu de jeunes participent à un pèlerinage. Cela m’amène à un point : les jeunes ne se sentent pas interpellés. Mais pourquoi? N’avons-nous donc pas tous un désir de grandir, d’approfondir non seulement la foi, mais surtout notre identité en tant qu’être humain, ou, du moins, en tant que personne désireuse d’un avenir meilleur? Pourtant, c’est dans ce silence et ce dégagement entier de toutes préoccupations humaines qu’on peut plus se connecter à Dieu. C’est une façon de méditer et prier concernant nos réflexions de viepour en sortir avec des solutions, sentir la présence du Seigneur, ou du moins, se sentir allégé et confiant que tout repose dans les mains de Dieu.

Alors pourquoi les jeunes ne sentent pas le besoin de se retirer un peu de notre société qui est, après tout, constamment mouvementée? Peut-être parce qu’ils y sont habitués depuis leur naissance et donc ne ressentent pas ce besoin. Ou peut-être encore qu’avec le désintérêt qu’attribue la génération des milléniaux à la religion, ou du moins à la spiritualité, il est un tant soit peu normal que ce besoin soit complètement enseveli.  Pourtant, la société d’aujourd’hui va tellement vite qu’ils ne prennent pas le temps, ou bien ne choisissent pas de prendre le temps de ralentir. Avec tout ce qu’on vit, je pense qu’il faut accorder une place primordiale à se recentrer, se connecter à Dieu pour ensuite se sentir plus libre de toutes préoccupations, puisqu’on sait qu’après toute retraite spirituelle nous grandissons et nous comprenons qu’il faut simplement faire confiance à Dieu.

Celui qu’on essaie d’imiter, a Lui-même fait plusieurs retraites spirituelles. Nous pouvons prendre exemple lorsque Jésus se retirait loin de la foule et loin de tout pour prier son Père (Mt 14.22-23; Lc 9.28). Il voulait simplement être en communion avec son Père, et nous devons faire pareil. Il a prôné l’exemple à suivre. Pour être en communion avec le Saint Père, nous devons prendre le temps de nous retirer en silence et accorder une priorité pour approfondir notre relation avec Dieu.

Plusieurs jeunes pourraient dire qu’un pèlerinage ou une retraite est une perte de temps. Pourquoi se retirer et aller ailleurs pour méditer si on peut le faire chez nous? Pour répondre à cette question, j’invite fortement les jeunes à sortir de leur zone de confort simplement pour faire l’essai. Nous devons essayer en premier avant d’en tirer des conclusions. Le Pape François nous rappelle constamment qu’il faut sortir de notre zone de confort pour aller annoncer la bonne nouvelle et aider notre prochain. Nous ne pouvons pas nous permettre de ne rien faire. Grâce à une activité de pèlerinage ou une retraite spirituelle, nous ne pouvons que sortir gagnant puisque nous prenons le temps d’apprendre plus sur nous même, mais surtout, on se rend disponible à l’écoute de la Parole de Dieu. Avec ces outils spirituels, nous pouvons accomplir notre devoir de chrétien.

Nous écoutons souvent cette fameuse phrase qui parle du « lâcher-prise ». Plusieurs jeunes d’aujourd’hui veulent révolutionner le monde et des jeunes chrétiens cherchent une façon propice pour évangéliser et propager la bonne nouvelle autour du monde. Ce qui peut être très bien. Par contre, il est important de se rappeler que rien ne peut être totalement fait et accomplit sans l’aide du Seigneur. Alors, si nous accordons un peu de temps pour se connecter à Dieu, nous comprendrons qu’il faut simplement mettre TOUT dans les mains de Celui qui a tout créé, entre-autres, le « lâcher-prise ».

J’invite tous les jeunes du monde à prendre du temps pour soi-même, en compagnie de Dieu, à prendre du recul sur ses priorités, ses relations, ses préoccupations de vie pour revenir et en sortir meilleur. En allant à un pèlerinage ou une retraite spirituelle, nous nous recentrons sur l’essentiel pour faire place au nouveau et nous visons une nouvelle intimité avec Celui qui est la source de la vie. Dans le profond de notre cœur, on fait place au silence pour pouvoir entendre sa voix, sa présence et de cette manière lui dire « Seigneur me voici pour faire ta volonté » (Ps, 39).

Maribel Mayorga-Espinoza

Sainte Marie-Madeleine: l’Apôtre des apôtres

On croit souvent que Marie-Madeleine, Marie de Béthanie (sœur de Marthe et de Lazare) ainsi qu’une femme pénitente anonyme qui a oint les pieds de Jésus (Lc 7, 36-48) sont la même personne. Si nous ajoutons à cela la déclaration de l’évangile de Luc selon laquelle Jésus chassa sept démons de Marie-Madeleine, on comprend pourquoi est née l’opinion selon laquelle elle était une prostituée. En réalité, nous ne connaissons rien de ses péchés et de ses faiblesses. Il pourrait s’agir d’une maladie physique inexplicable, d’une maladie mentale ou de quelque chose qui l’empêchait de vivre en plénitude de corps et d’esprit. Marie-Madeleine est mentionnée dans les évangiles comme faisant partie des femmes de Galilée qui suivirent Jésus et les disciples. Elle fut également présente à la crucifixion, à l’ensevelissement, et se rendit à la tombe, le matin de Pâques, pour oindre le corps de Jésus.

Dans son évangile de Pâques aussi intime qu’émouvant, on nous amène à la scène où, à l’aube, Marie-Madeleine pleure sa peine devant la tombe de Jésus. Jean ne nous renseigne pas sur le moment où elle arriva au lieu de l’enterrement (Jn 20, 11- 18). Elle y est, tout simplement. L’accent est plutôt mis sur ses larmes irrépressibles et son deuil. Lorsqu’elle se pencha pour regarder dans le tombeau, elle vit des anges. Ils étaient assis, probablement sur le rebord du lieu de sépulture, aux deux extrémités des vêtements funéraires, là où avait été placé le corps de Jésus.

Dans les Écritures, lorsqu’une personne rencontre un ange, cette personne est fréquemment prise de peur ou de terreur. Jean ne mentionne pas si Marie a éprouvé l’un ou l’autre de ces sentiments. Réalisant sa tristesse et son deuil, les anges ne la surprennent pas avec de bonnes nouvelles, mais lui posent plu- tôt une question qui permet de mettre des mots sur son chagrin et ainsi de trouver la guérison. Les anges lui demandent avec grande compassion : « Femme, pourquoi pleures-tu? » (Jn 20, 13). Cela contraste beaucoup avec l’annonce triomphante de la Résurrection rapportée dans les autres récits évangéliques du tombeau vide (Mt 28, 5-6; Mc 16, 6-7; Lc 24, 5-7). La réponse de Marie (verset 13) montre qu’elle est totalement obnubilée par la disparition du corps de Jésus. Même s’il est mort, il est toujours son Seigneur et elle lui est toujours loyale. Lorsqu’elle dit aux anges qu’elle ne sait pas « où ils l’ont mis », il est possible qu’elle pense que Joseph d’Arimathie ou les amis de Jésus aient pu déplacé son corps vers une tombe permanente. Sa réponse permet aux anges d’annoncer à Marie la Bonne Nouvelle, mais ils sont interrompus par l’apparition soudaine du Seigneur ressuscité!

Marie le voit, mais ne réalise pas qu’il s’agit de Jésus (verset 14). Sa propre tristesse et son deuil l’empêchent de créer un lien entre tous ces détails : les vêtements, la présence des anges, l’absence de corps. L’objet réel de ses préoccupations, Jésus, se tient devant elle, mais, aveuglée, elle est incapable de le reconnaître. De profondes émotions ont cet effet sur nous. Cette incapacité de Marie à le reconnaître, typique des rencontres avec Jésus (Mt 28, 17; Mc 16, 12; Lc 24, 16; 37; Jn 21, 4), semble être causée par la nature du corps ressuscité de Jésus.

Lorsque Jésus l’appelle par son nom, Marie se tourne et lui dit, en hébreu :

« Rabbouni! (c’est-à-dire : Maître.) […] — Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. »

Marie-Madeleine s’en va donc annoncer aux disciples : « J’ai vu le Seigneur! » et elle raconta ce qu’il lui avait dit (Jn 20, 15-18).

Marie fit donc un voyage court en apparence, mais avec de bouleversantes ramifications. Grâce à son message et à sa mission incroyables, elle fut, avec raison, nommée par l’Église primitive Apostola apostolorum (l’Apôtre des apôtres), car c’est elle qui a été la première à voir le Seigneur ressuscité et qui a annoncé la Résurrection aux autres apôtres.

Jésus vivait dans une société centrée sur les hommes, où les femmes étaient considérées comme des objets de propriété : d’abord de leur père, ensuite de leur mari. Elles n’avaient pas le droit de témoigner et ne pouvaient étudier la Torah. Dans cette atmosphère restrictive, Jésus acceptait les femmes. Il les respectait, les honorait et tenait leur amitié en grande estime. Il voyageait avec elles, les touchant et les guérissant. Il les aimait et leur permettait de l’aimer. Chez lui, il n’existait aucune dis- crimination. Pour Jésus, femmes et hommes étaient également capables de toucher, vivre et annoncer aux autres les réalités hautement spirituelles de la religion.

En 2016, le pape François a annoncé que la mémoire litur- gique de sainte Marie-Madeleine, commémorée le 22 juillet, serait élevée au rang de fête, comme l’est la mémoire liturgique des autres apôtres. La très belle préface dédiée à cette fête montre bien la mission extraordinaire de Marie-Madeleine d’annoncer la Résurrection au monde entier :

Vraiment, il est juste et bon de te rendre gloire,
de t’offrir notre action de grâce toujours et en tout lieu à toi,
Père très saint, Dieu éternel et tout-puissant, par le Christ, notre Seigneur.
C’est lui que Marie-Madeleine accompagnait lorsqu’il annonçait
la Bonne Nouvelle à travers villes et villages.
C’est lui dont elle parfuma les pieds d’un baume
précieux, et qui, par ce geste prophétique,
annonça l’ensevelissement au tombeau.
C’est lui qu’elle suivit fidèlement jusqu’au Calvaire,
qu’elle vit mourir sur une croix et déposer dans un tombeau.
C’est lui, toujours, qu’elle a reconnu, vivant, ressuscité,
dans la lumière du matin de Pâques,
et c’est de lui qu’elle reçut la mission d’annoncer aux disciples
qu’il montait vers toi, son Père et notre Père.
C’est pourquoi, avec les anges et les archanges
avec les puissances d’en-haut et tous les esprits bienheureux,
nous chantons l’hymne de ta gloire et sans fin, nous proclamons :
Sanctus !

Extrait du livre:
«  Reste avec nous: Méditations sur le Christ ressucité »

Thomas Rosica, C.S.B.

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Mais délivrez-nous du Malin.

William-Adolphe Bouguereau (1825-1905) – Dante et Virgil en enfer (1850)

Nous poursuivons aujourd’hui notre parcours sur l’exhortation apostolique du pape François « Gaudete et Exhultate » en analysant le dernier des cinq chapitres qui composent ce texte. Assumant ce qui a été dit précédemment sur les différentes dimensions qu’il faut considérer aujourd’hui pour orienter notre vie sur un idéal de sainteté, le Pape poursuit son propos en démontrant la centralité du discernement individuel, spécialement pour débusquer les embûches de ceux qui veulent à tout prix notre perte : le Diable et ses démons.

Délivrez-nous du Malin

Le mal nous est familier. Nous le voyons dans les informations, les accidents, les injustices, etc. Nous en avons une expérience presque intuitive chaque fois que nous voyons que les choses devraient être autrement qu’elles le sont. Il est donc important de s’interroger sur la nature du mal. N’est-ce pas simplement l’absence de bien, de vérité et d’être ? Ou existe-t-il des forces qui travaillent à ce que le bien ne se réalise pas ? Devant le mal, certains en concluront que Dieu n’existe pas, d’autres, et c’est le cas des chrétiens, en concluent que le diable existe.  Celui dont, comme le disait Beaudelaire, « la plus belle des ruses est de vous persuader qu’il n’existe pas ! ».

Même s’il est omniprésent dans l’imaginaire cinématographique, le monde souvent cherche à ne pas tenir compte de cet être Malfaisant. En effet, « nous n’admettrons pas l’existence du diable si nous nous évertuons à regarder la vie seulement avec des critères empiriques et sans le sens du surnaturel » (no 160). Or, notre monde empreint de sécularisme cherche à répondre à la question du mystère du mal en trouvant des explications quantifiables et visibles. Sommes-nous bien avancés ? Ne court-on pas plutôt le risque de poser le blâme du mal en ce monde sur d’autres êtres humains ? Ne voyons-nous pas souvent des anathèmes être lancés gratuitement contre des opposants politiques, économiques, etc. ? Savoir que les seuls véritables ennemis de l’humanité sont les anges déchus ne nous libère-t-il pas de notre tendance à croire que « l’enfer c’est les autres » ? Comme le dit le Pape : « la conviction que ce pouvoir malin est parmi nous est ce qui nous permet de comprendre pourquoi le mal a parfois tant de force destructrice. » (no 160).

Malheureusement, on a aussi tendance à cacher l’existence du Malin dans nos communautés chrétiennes. En effet, certains courants théologiques ont bien souvent présenté le Diable comme n’étant, en définitive, « qu’un mythe, une représentation, un symbole, une figure ou une idée » (no 161). Or, nous dit le Pape :

Cette erreur nous conduit à baisser les bras, à relâcher l’attention et à être plus exposés. Il n’a pas besoin de nous posséder. Il nous empoisonne par la haine, par la tristesse, par l’envie, par les vices. Et ainsi, alors que nous baissons la garde, il en profite pour détruire notre vie, nos familles et nos communautés, car il rôde « comme un lion rugissant cherchant qui dévorer » (1P 5, 8). (no 161).

Sans se faire des peurs outre mesure, nous devons réintégrer l’agir du Diable dans notre conception chrétienne et nos pratiques ecclésiales. Nous y trouverons ainsi une réponse adéquate au mal qui nous touche tous et nous serons davantage conscient de notre dépendance à la Grâce divine présente dans la Parole de Dieu, dans les sacrements et l’exercice des vertus, spécialement de la Charité et qui sont des « armes puissantes que le Seigneur nous donne » (no 162).

Un discernement nécessaire

Nous en avons déjà parlé, le discernement est, pour le pape François, un outil redoutable dans notre combat personnel pour la sainteté. Or, savoir que le Lucifer est, ultimement, la cause de tous les maux est une chose. Savoir le reconnaître en est une autre. En effet, étant un « être personnel qui nous harcèle [ et qui ] nous empoisonne par la haine, par la tristesse, par l’envie, par les vices » (no 160-161), nous pouvons être certains que son génie, bien plus puissant que tous nos plus brillants cerveaux, cherche à nous tromper en nous présentant le péché sous l’apparence du bien.

En ce sens, le Pape nous met particulièrement en garde contre notre propension actuelle à chercher disproportionnément le changement ou l’immobilisme. C’est deux attitudes qui, comme dans le chapitre précédent, concernent notre rapport au temps si névralgique dans nos sociétés ou tout va vite. En effet, nous dit le Pape, le discernement est important :

 « Quand apparaît une nouveauté dans notre vie et qu’il faudrait alors discerner pour savoir s’il s’agit du vin nouveau de Dieu ou bien d’une nouveauté trompeuse de l’esprit du monde ou de l’esprit du diable. En d’autres occasions, il arrive le contraire, parce que les forces du mal nous induisent à ne pas changer, à laisser les choses comme elles sont, à choisir l’immobilisme et la rigidité. » (no 168).

Ainsi, cette habitude à garder une saine et sage distance devant les événements de la vie pourra nous aider à ne pas faire l’erreur de nous laisser « anfirouaper » par les manœuvres du « prince de ce monde ».

Comme nous avons pu le constater à travers notre lecture de l’exhortation apostolique « Gaudete et Exhultate » du pape François, la sainteté est une réalité accessible pour nous tous à condition que nous acceptions de faire confiance à la Toute-puissance transformante de Dieu qui, malgré notre faiblesse, nous tend la main sans condition en autant que nous lui répondions par un oui sincère et quotidien. Mon intention n’était évidemment pas de présenter le texte de manière exhaustive, je vous invite à le lire et le méditer durant l’été, ce moment de l’année propice au silence et à la méditation. Bonne lecture !

Pour un christianisme à la hauteur des défis de notre époque

CNS photo/Tyrone Siu, Reuters

Poursuivant notre exploration de l’exhortation apostolique « Gaudete et Exsultate » du pape François, nous examinons aujourd’hui le chapitre 4 du document. Intitulé « Quelques caractéristiques de la sainteté dans le monde actuel », ce chapitre, comme son nom l’indique, souligne les différentes vertus requises par notre monde afin d’être des témoins crédibles de la Révélation pour nos contemporains.

Une sainteté adaptée

Cela est évident, la sainteté ne consiste ni en une acceptation béate des valeurs portées par une culture, une société ou une époque, ni en un refus pur et simple de ce que notre monde nous propose. Pour le pape François, le mot clef (et très ignacien) pour comprendre en quoi consiste aujourd’hui l’appel de Dieu pour chacun de nous est « discernement ». Ainsi, nous devons connaître et comprendre les beautés et les laideurs de notre temps pour en retirer le meilleur et en rejeter le mauvais.

Le document poursuit donc suivant cette méthode du discernement en dressant d’abord un portrait de la réalité qui nous entoure. À plusieurs égards, nous sommes plongés dans une société de la performance, extrêmement rapide qui laisse de moins en moins de place à la gratuité. Cherchant à monnayer chaque espace de la vie humaine, les relations, qui jusqu’alors avaient échappé au moule de l’économique, sont maintenant interprétées sous l’angle du profit ayant comme conséquence, entre autres, l’exclusion des personnes âgées qui sont soi-disant, des « fardeaux » pour la société. La virtualisation exponentielle ne faisant qu’accélérer ce processus d’accélération, nos sociétés cherchent désespérément une solution au mal intérieur qui nous travaille. Cette recherche désespérée mène souvent à de fausses solutions telles que les antidépresseurs, les drogues et les relations factices. Devant ce portrait des moins reluisants, l’Église nous appelle à découvrir et développer certaines vertus plus spécialement adaptées à notre époque.

Endurance, patience et douceur

Pour le pape François, il est clair que la sainteté, aujourd’hui, tout en étant accessible, n’est pas de tout repos. Elle requiert les trois vertus, que sont l’endurance, la patience et la douceur spécialement liées à notre rapport au temps qui nous semble si court aujourd’hui. Pendant que l’endurance nous permet de supporter des obstacles permanents sur notre chemin, la patience nous permet de tempérer notre besoin de satisfaire nos désirs. Quant à la douceur, elle vient ajuster notre caractère qui, lorsque nous subissons des contrariétés et exerçons de la patience et de l’endurance, nous retient de déverser sur les autres nos propres souffrances. Enfin, il est important de ne pas confondre ces vertus avec ce que le Saint-Père nomme « l’accoutumance » qui, elle,  nous empêche d’affronter le mal et nous incite à penser que « chercher à changer quelque chose n’a pas de sens, que nous ne pouvons rien faire face à cette situation, qu’il en a toujours été ainsi et que nous avons survécu malgré cela.[…]que les choses ‘‘soient ce qu’elles sont’’, ou ce que certains ont décidé qu’elles soient » (no 137).

Joie et sens de l’humour

À la rapidité explicitée plus haut, nous devons ajouter avec le Pape que notre monde est plongé dans une soif de consommation sans pareille de biens matériels. En effet, « dans cette culture se manifestent : l’anxiété nerveuse et violente qui nous disperse et nous affaiblit ; la négativité et la tristesse ; l’acédie commode, consumériste et égoïste ;  l’individualisme et de nombreuses formes de fausse spiritualité sans rencontre avec Dieu qui règnent dans le marché religieux actuel » (no 110). Devant cette réalité, on ne doit pas se surprendre du goût de notre monde pour les mauvaises nouvelles, les drames et la suspicion de tous contre tous. Dans un tel contexte, les chrétiens doivent vivre et manifester la joie qu’ils ont reçue gratuitement sans même l’avoir méritée. Le rire et le sens de l’humour étant des signes extérieurs de la joie du cœur, il est important de garder cette humilité qui nous rend capables de rire de nous-mêmes. Suivant les paroles de saint Thomas More nous pouvons dire « Seigneur, ne permets pas que je me fasse trop de souci pour cette chose encombrante que j’appelle ‘‘moi’’. Seigneur, donne-moi l’humour pour que je tire quelque bonheur de cette vie et en fasse profiter les autres. Ainsi soit-il ! » (no 126).

Audace et ferveur

Loin des stéréotypes répertoriés dans la culture populaire, la sainteté chrétienne n’a rien d’ennuyant ou d’ennuyeux. Il s’agit plutôt du don accepté et de la volonté ferme orientée par le Christ en faveur du bonheur éternel des âmes. Rappelons-nous l’histoire de sainte Jeanne d’Arc qui, faisant fi d’innombrables obstacles (même ceux dressés par l’Église établie par le Christ !) qui se dressaient devant elle, accepta sa vocation et la porta jusqu’au martyre du bûché. Rien de plus beau et de plus édifiant que l’histoire de cette jeune pucelle qui transforma le destin de nations entières par la Force divine nichée dans sa propre faiblesse. Quelle audace et quelle ferveur !

Or, « comme le prophète Jonas, nous avons en nous la tentation latente de fuir vers un endroit sûr qui peut avoir beaucoup de noms : individualisme, spiritualisme, repli dans de petits cercles, dépendance, routine, répétition de schémas préfixés, dogmatisme, nostalgie, pessimisme, refuge dans les normes (no 134)». Nous devons donc sortir de nous-mêmes, de nos habitudes, de nos doutes, de nos peurs, de nos scrupules et faire place à ce « Dieu qui est toujours une nouveauté » (no 135).

 

Comme nous venons de le voir, ce magnifique document du pape François nous montre que « L’Église n’a pas tant besoin de bureaucrates et de fonctionnaires, que de missionnaires passionnés, dévorés par l’enthousiasme de transmettre la vraie vie. Les saints surprennent, dérangent, parce que leurs vies nous invitent à sortir de la médiocrité tranquille et anesthésiante » (no 138)[6].Le document nous donne aussi les critères toujours nouveaux pour découvrir les saints qui sont encore parmi nous et qui nous aident à savoir comment devenir nous-mêmes, saints. Ainsi et seulement ainsi, le Christ pourra rayonner de nouveau dans ce monde qui en a grandement besoin.

Église en sortie 13 avril 2018

Cette semaine à Église en sortie, Francis Denis reçoit Mme Denise Ouellette, directrice de la Société Saint-Vincent-de-Paul de Montréal qui nous parle des 170e anniversaire de l’organisme. On vous présente un reportage sur la maison de prière Jérusalem à Mont-Saint-Hilaire. Dans la troisième partie de l’émission, on s’entretient avec le père Thomas Rosica c.s.b. sur son tout dernier livre intitulé « Restes avec nous… Méditations sur le Christ ressuscité ».

« Gaudete et exultate »: une exhortation pour la jeunesse ?

CNS photo/Vatican Media

Il y a déjà quelques semaines, se concluait, à Rome, le Pré-Synode des jeunes en prévision du Synode ordinaire des évêques qui aura lieu en octobre prochain sur le thème « Des jeunes, de la foi et du discernement vocationnel ». À l’issue de cette rencontre où étaient réunis quelque 300 jeunes provenant des cinq continents, un document se voulant un « résumé de toutes les contributions des participants »a été publié.  La lecture de ce document est très intéressante puisqu’il offre un portrait authentique de la grande richesse de perspectives de la vie des jeunes dans l’Église.  Certaines tensions ou contradictions transparaissent parfois dans le document; ce qui selon moi, doit être perçu, comme un signe de la vitalité et de la diversité de notre belle jeunesse catholique. Nous aurons amplement le temps de réfléchir sur la question. Cependant, un point a particulièrement retenu mon attention. En effet, on retrouve à plusieurs endroits une insistance sur « l’appel universel à la sainteté » (no 2-8) ainsi qu’au besoin de témoins authentiques de la foi.

Cela est bien connu, les jeunes d’aujourd’hui ne se contentent pas de demi-mesures. Paradoxalement, au même moment où l’on est témoin d’une diminution de l’engagement en général, on note un très fort désir d’engagement radical chez un nombre non négligeable de jeunes. Apparaissant huit fois dans le document, le mot « authenticité » résume bien cette qualité dont doivent faire preuve les gens d’Église s’ils veulent rejoindre cette jeunesse en soif d’absolu. En d’autres termes, nous disent les jeunes : « Nous avons besoin de modèles qui soient attractifs, cohérents et authentiques […] des hommes et des femmes qui donnent une image vivante et dynamique de leur foi et de leur relation avec Jésus, des personnes qui encouragent les autres à approcher, rencontrer et tomber amoureux de Jésus (no 5) ».

Répondant, un peu plus tôt que prévu à cette demande, le Pape François publiera lundi prochain une nouvelle exhortation apostolique portant justement sur cette invitation de Concile Vatican II à « l’appel universel à la sainteté » (no 40). Dépassant les attentes du plus impatient des jeunes présents au Pré-Synode, le pape répondra donc à cette recommandation du document final : « Il est nécessaire de mieux comprendre la vocation chrétienne (prêtrise, vie religieuse, ministère laïc, mariage et famille, rôle dans la société, etc.) et l’appel universel à la sainteté » (no 8).

Bien sûr, cette chronologie des événements n’est pas totalement volontaire. Un tel document devait être en préparation depuis déjà un bon moment. Toutefois, on peut y voir un clin d’œil de la Providence, cherchant à rejoindre ces jeunes qui évoluent au rythme effréné des médias sociaux. Il est encore plus surprenant du fait que cette exhortation portera sur plusieurs problématiques explicitement discutées dans le Hall des jeunes. En effet, d’autres réflexions présentes dans le document du Pré-Synode seront abordées par « Gaudete et exultate » comme par exemple :

  • « La sainteté est un objectif atteignable et un chemin de bonheur. » (no 3);
  • « Un témoignage authentique vers la sainteté, ce qui inclut la reconnaissance de ses erreurs et la demande de pardon » (no7);
  • « Le besoin d’une Église qui soit accueillante et miséricordieuse, qui reconnaisse ses racines et de son héritage, qui aime chacun y compris ceux qui ne correspondent pas à ses standards (no 1).

Bien qu’il apparaît invraisemblable que l’un ait directement influencé l’autre, nous pouvons clairement voir un Pape soucieux d’offrir un message correspondant aux attentes légitimes du Peuple de Dieu dans son ensemble, jeunes compris. Ainsi, la lecture du document de conclusion du Pré-Synode me semble une excellente préparation à l’accueil et à la compréhension de cette « joie et exultation » à laquelle nous sommes tous appelés.

Le doux remède de la prière

CNS photo/Gregory A. Shemitz

Nous poursuivons notre exploration du message du pape François pour le Carême 2018. Après le « remède amer de la vérité », le Saint-Père nous invite à renouveler notre engagement envers ce qu’il nomme « le doux remède de la prière ». En effet, comme il existe des remèdes plus agréables que d’autres, la prière en est un qui nous aide à nous connaître davantage et ainsi, nous faire accéder de manière plus directe à la Présence réconfortante de Dieu.

La prière comme remède

La prière, que l’on définit habituellement comme « un dialogue avec Dieu », est un remède en ce sens qu’en nous permettant d’accéder, dès ici-bas, à la quiétude du ciel elle rétablit notre équilibre intérieur et extérieur.

En d’autres termes, la prière remet les choses à leur place intérieurement, non pas à la manière d’une journée au spa ou une séance de relaxation, mais en réorientant jour après jour l’ensemble de notre être à la volonté de Dieu. Créé par Dieu pour vivre de toute éternité en Union parfaite avec la Trinité, l’être humain perd trop souvent conscience des appels décisifs de l’Esprit Saint et finit par ne rechercher que le confort, ce qui se termine bien souvent dans le péché. C’est en ce sens que le « doux remède de la prière » nous permet de rétablir cet ordre intérieur, cette priorité donnée à l’orientation de tout notre être vers Dieu.

Par contre, comme le fait remarquer la plus récente instruction de la Congrégation de la Doctrine de la foi Placuit Deo, cet équilibre intérieur qu’offre Dieu dans la prière, ne doit pas nous convaincre qu’il s’agit d’un « parcours purement intérieur, en marge de nos rapports avec les autres et avec le monde créé ». Nous devons donc aussi demander, dans la prière, la force d’acquérir l’ensemble des vertus nécessaires à notre vocation de frères et sœurs dans le Christ, cet appel à trouver dans l’Église ou dans le monde ceux qui ont besoin de notre aide.

Le doux remède de la prière

Que notre cœur ne puisse être comblé que par l’Infini Amour de Dieu, l’expérience de chaque jour nous le prouve. Combien d’insatisfaits la recherche d’argent, du plaisir, du succès, etc. a-t-elle créés? De fait, « le salut total de la personne ne consiste pas en ce que l’homme pourrait obtenir par lui-même, comme la richesse ou le bien-être matériel, la science ou la technique, le pouvoir ou l’influence sur les autres, la bonne réputation ou l’auto-satisfaction ». Bien au contraire, ces tentatives nous éloignent du seul réconfort possible c’est-à-dire de se savoir aimé d’un Dieu Père qui prend soin de nous inconditionnellement.

Dans ce contexte, la prière nous met physiquement et spirituellement dans les bras de Celui qui, par le Christ, désire, plus que tout, que nous le rejoignions dans sa divinité même. Confiant en sa fidélité indéfectible, nous sommes ainsi délestés des soucis quotidiens qui empoisonnent trop souvent notre vie. Nous arrachant aux illusions des fausses assurances terrestres, la prière nous redonne la liberté nécessaire au bonheur humain. Ainsi, par contraste, on perçoit la douceur de cette prière qui apaise notre cœur et le libère de toutes ces insécurités qui naissent de cette incapacité à voir la Présence aimante de Dieu dans notre vie.

Nous poursuivrons la semaine prochaine cette analyse du message du pape François pour le Carême 2018.

Le remède du Carême selon le pape François

CNS photo/Vatican Medias

Le 6 février dernier, le pape François publiait son message du Carême 2018. Visant à réaffirmer la foi et l’ardeur de la charité des catholiques, ce message nous invite à l’introspection plus qu’à l’accusation lorsque nous considérons le mal dans notre monde.

L’ampleur du mal et les faux prophètes

Dans un premier temps, le Saint-Père nous exhorte à la vigilance envers les soi-disant « maîtres » qui se présentent à nous et que nous suivons trop souvent et facilement. En effet, « face à des événements douloureux, certains faux prophètes tromperont beaucoup de personnes, jusqu’au point d’éteindre dans les cœurs la charité ». Mais qui sont ces faux prophètes contre lesquels nous devons nous prémunir ? Ce sont ceux qui viennent éteindre en nous la certitude en la primauté de la Providence de Dieu, qui naît de la foi.

Sommes-nous donc conscients et certains que devant l’ampleur du mal, Dieu écrit son Histoire Sainte ? Ou nous laissons-nous décourager par les mauvaises nouvelles jusqu’à nous justifier de notre inaction et remettre à plus tard cette soif de prière, pourtant bien réelle, qui demeure en nous tous ?

De charmés à charlatants

Lorsque nous nous laissons charmer par ces tentations de faux bonheurs (drogues, égoïsme, amour désordonné des richesses, concupiscence des yeux et orgueil), nous devenons nous-mêmes des charlatans puisque, par tout le mal que nous faisons ou ce bien que nous ne faisons pas par omission, nous participons à cette injustice cosmique contre les hommes et le monde. Ainsi, ces « « charmeurs de serpents », qui utilisent les émotions humaines pour réduire les personnes en esclavage et les mener à leur gré » ne se contentent pas de faire de nous des pantins. Ils font de nous des tentateurs à notre tour.

Cela tient à la logique de notre nature. Créé pour l’Infini, notre cœur ne peut se satisfaire des bonnes choses de ce monde, d’où le besoin constant de nouveautés. Or cet appétit insatiable (chef-d’œuvre de la création lorsqu’il se déploie en Dieu) devient lui-même autodestructeur lorsqu’il n’y trouve pas son repos. On devient donc des consommateurs de biens matériels d’abord, et de personnes ensuite. Tout cela au grand détriment des plus pauvres et de l’environnement.

Cette pente glissante nous emmène tranquillement et sournoisement à ne plus reconnaître et même dédaigner les plus belles réalités de notre monde : « tout cela se transforme en violence à l’encontre de ceux qui sont considérés comme une menace à nos propres « certitudes » : l’enfant à naître, la personne âgée malade, l’hôte de passage, l’étranger, mais aussi le prochain qui ne correspond pas à nos attentes ».

Remède au mal

Devant les myriades de faux prophètes qui nous entourent, de ceux qui, par leur utopies ou distropies, nous promettent le paradis maintenant ou jamais, nous devons redécouvrir le mystère de la Providence divine. Cette omniprésence de Dieu qui, pour nous permettre de l’aimer librement, reste « caché » jusqu’à notre propre trépas.

En ce sens, ce temps de Carême nous permet de nous rendre compte que le seul vrai salut du monde, le seul vrai bonheur vient de notre union à ce Dieu qui s’est fait proche de nous en Jésus-Christ. Cette invitation prend une dimension très concrète pendant 40 jours où peuvent s’exprimer tout particulièrement des gestes qui, selon la Tradition de l’Église, sont à même de nous rapprocher de Dieu. En effet, « L’Église, notre mère et notre éducatrice, nous offre pendant ce temps du Carême, avec le remède parfois amer de la vérité, le doux remède de la prière, de l’aumône et du jeûne ». Dans cette attente active vers Pâques, nous explorerons plus en profondeur, au cours des prochaines semaines, ces quatre exercices de l’âme : vérité, prière, aumône et jeûne.

Homélie du pape François lors du Consistoire pour la création de 5 nouveaux cardinaux

Aujourd’hui à 16 heures en la basilique Saint-Pierre de Rome, le pape François a tenu un Consistoire ordinaire public en vue de la création de cinq nouveaux cardinaux. La partie essentielle de cette cérémonie comprend l’imposition de la barrette, la présentation de l’anneau ainsi que l’assignement d’un titre de diaconie qui signifie service. La célébration a débuté par  des prières, entre autres d’action de grâce, et la lecture d’un passage de l’Évangile selon saint Marc (10, 32-45).

Par la suite, le Saint-Père a lu la formule de création des cardinaux et prononcé solennellement le nom des nouveaux cardinaux, proclamant ainsi leur ordre officiel. Le rite s’est poursuivi avec la profession de foi des nouveaux cardinaux devant le Peuple de Dieu ainsi que le serment de fidélité et d’obéissance au pape François et à ses successeurs.

Finalement, les nouveaux cardinaux, selon l’ordre de leur création, se mettent à genoux devant le Saint-Père qui leur impose le zucchetto et la barrette cardinalice et leur remet l’anneau de cardinal. Le Pape assigne à chaque cardinal une église de Rome en signe de participation à la charge pastorale du Pape dans son diocèse de Rome. Cette partie de la célébration se termine par l’échange de la paix entre le Pape et les nouveaux cardinaux.

Vous trouverez ci-dessous le texte de l’homélie du pape François telle que prononcée lors de ce consistoire :

«Jésus marchait devant eux». C’est l’image qui nous vient de l’Évangile que nous avons entendu (Mc 10, 32-45), et qui constitue aussi l’arrière-fond de l’acte que nous accomplissons: un Consistoire pour la création de nouveaux Cardinaux.

Jésus marche résolument vers Jérusalem. Il sait bien ce qui l’attend et il en a parlé plusieurs fois à ses disciples. Mais entre le cœur de Jésus et le cœur des disciples, il y a une distance, que seul l’Esprit Saint pourra combler. Jésus le sait; c’est pourquoi, il est patient avec eux, il leur parle avec franchise, et surtout il les précède, il marche devant eux.

Le long du chemin, les disciples eux-mêmes sont distraits par des intérêts non cohérents avec la “direction” de Jésus, avec sa volonté qui ne fait qu’un avec la volonté du Père. Par exemple – nous l’avons entendu – les deux frères Jacques et Jean pensent qu’il serait beau de s’asseoir à la droite et la gauche du roi d’Israël (cf. v. 37). Ils ne regardent pas la réalité! Ils croient voir et ne voient pas, savoir et ne savent pas, comprendre mieux que les autres et ne comprennent pas…

La réalité au contraire est tout autre, c’est celle que Jésus garde présente à l’esprit et qui guide ses pas. La réalité, c’est la croix, c’est le péché du monde qu’il est venu prendre sur lui et déraciner de la terre des hommes et des femmes. La réalité, ce sont les innocents qui souffrent et meurent à cause des guerres et du terrorisme; ce sont les esclavages qui ne cessent pas de nier la dignité, même à l’époque des droits humains; la réalité, ce sont les camps de réfugiés qui parfois ressemblent plus à un enfer qu’à un purgatoire; la réalité, c’est le rejet systématique de tout ce qui ne sert plus, y compris les personnes.

C’est cela que Jésus voit, tandis qu’il marche vers Jérusalem. Durant sa vie publique, il a manifesté la tendresse du Père, guérissant tous ceux qui étaient sous l’emprise du malin (cf. Ac 10, 38). Maintenant il sait qu’est venu le moment d’aller au bout, d’arracher la racine du mal, et pour cela, il va résolument vers la croix.

Nous aussi, frères et sœurs, nous sommes en chemin avec Jésus sur cette route. En particulier, je m’adresse à vous, très chers nouveaux Cardinaux. Jésus « marche devant vous » et il vous demande de le suivre résolument sur son chemin. Il vous appelle à regarder la réalité, à ne pas vous laisser distraire par d’autres intérêts, par d’autres perspectives. Il ne vous a pas appelés à devenir “des princes” de l’Église, à “être assis à sa droite ou à sa gauche”. Il vous appelle à servir comme lui et avec lui. A servir le Père et les frères. Il vous appelle à affronter, avec la même attitude que lui, le péché du monde et ses conséquences dans l’humanité d’aujourd’hui. En le suivant, Lui, vous marchez vous aussi devant le peuple saint de Dieu, gardant le regard fixé sur la croix et sur la résurrection du Seigneur.

Et alors, par l’intercession de la Vierge Mère, invoquons avec foi l’Esprit Saint, pour qu’il comble toute distance entre nos cœurs et le cœur du Christ, et que toute notre vie devienne un service à Dieu et à nos frères.

[01026-FR.01] [Texte original: Italien]