Ressuscité par la Miséricorde : La paix de Jésus ressuscité

Une réflexion sur la Divine Miséricorde par Julian Paparella

La saison pascale se poursuit pendant sept semaines, marquant les cinquante jours entre la résurrection de Jésus et la descente du Saint Esprit à la Pentecôte. La Pâque dure même plus longtemps que le Carême !

L’Évangile que nous avons entendue ce dimanche, dimanche de la Divine Miséricorde, est un récit qui couvre huit jours. Il commence le soir de la résurrection. Trois jours après avoir abandonné Jésus sur Son chemin vers la Croix, les apôtres se cachent, enfermés dans le Cénacle par crainte des Juifs. Jésus vient à leur rencontre et Ses premières paroles sont : « La paix soit avec vous ! ». Les apôtres se réjouissent lorsqu’Il leur montre les plaies sur Ses mains et sur Son côté ; la preuve que c’est vraiment Lui, Jésus, ressuscité et vivant. Une deuxième fois, Il leur dit : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Il souffle sur eux et Il leur fait don du Saint Esprit pour le pardon des péchés.

La rencontre continue huit jours plus tard lors de la scène bien connue de Thomas l’incrédule. Thomas était absent quand Jésus a rencontré les apôtres la première fois et ne croit pas le témoignage des autres disciples lorsqu’ils disent qu’ils ont vu le Seigneur. Le dimanche suivant, Thomas est présent et Jésus revient. Ses premières paroles sont encore : « La paix soit avec vous ! ». Jésus invite Thomas à toucher Ses plaies, et Thomas croit.

Notre connaissance de ce récit de l’Évangile peut nous rendre insensibles au fait qu’il est extraordinaire. D’une perspective humaine, l’approche de Jésus est complètement inconcevable. Imaginez si vous enseigniez et guidiez douze amis pendant trois ans, et qu’ensuite ils vous livrent et vous abandonnent au moment où vous êtes dans le plus grand besoin. Imaginez que personne ne vous défende lorsque vous êtes condamné à mort injustement. Comment réagissons-nous quand nos amis fuient alors que nous souffrons ?

Jésus aurait pu revenir aux apôtres outré, furieux et indigné. Cela aurait été une réaction normale. Il aurait pu leur dire : « Hypocrites ! Vous dites que vous voulez mourir pour moi mais vous me laissez mourir ! Qu’ai-je fait pour mériter votre trahison et votre abandon ?

Au contraire, les toutes premières paroles de Jésus, en voyant Ses apôtres pour la première fois depuis la nuit où il fut livré, sont miraculeuses: « La paix soit avec vous ! » La paix ! Jésus ne demande aucune explication. Jésus ne demande pas de rétribution. Jésus pardonne. Jésus donne la paix.

Jésus ayant ressuscité d’entre les morts, Son pardon ressuscite Ses disciples. Sa miséricorde leur redonne vie. Voilà le sens le plus profond de la souffrance, de la mort, et de la résurrection de Jésus. Il ne donne pas Sa vie à contrecœur. Il va à la Croix librement. Il ressuscite vainqueur. Il revient pour donner à Ses disciples le don de la paix. Jésus aurait pu revenir vers les apôtres pour les châtier : « Comment osez-vous abandonner le Fils de l’homme ? » ; « Qu’est-ce que j’ai fait pour vous faire fuir ? » ; « Moi, je n’aurais jamais pu vous abandonner ! » Mais à quoi servirait une telle réaction ? La plus grande leçon qui provoque la plus grande transformation c’est Son pardon, totalement insondable.

Qu’apprenons-nous de cette leçon pour notre propre vie ?

Premièrement, Jésus veut ce même pardon pour chacun de nous. Dieu est devenu homme afin de nous sauver. La mission de Jésus consistait à nous apporter le salut, à restaurer la paix que nos péchés avaient détruite. Dieu n’a aucun intérêt à nous maintenir dans nos péchés. Dieu ne gagne rien en nous piégeant dans nos péchés. La vie entière de Jésus consiste à racheter nos péchés. Il veut nous rendre Sa paix.

Deuxièmement, Jésus nous invite à pardonner aux autres comme Lui Il nous pardonne. Le pardon fait du bien à celui qui le reçoit. Le pardon améliore notre relation avec celui à qui nous pardonnons. Mais le pardon fait du bien également à celui qui pardonne. C’est bon pour nous. Pardonner nous donne la paix. Ça nous libère de la rancune, de la colère, et de la dureté du cœur. Pardonner révèle à l’autre qu’il est bon, même s’il a fait du mal. Pardonner révèle à l’autre qu’il peut être aimé, même s’il n’a pas aimé les autres.

Le pardon libère. Pardonner libère. C’est le don de Jésus à chacun de nous et il nous donne la paix. Jésus nous invite à nous donner le pardon les uns aux autres.

La transmission de la foi est toujours un événement communautaire, ecclésial

Troisième dimanche de Pâques, Année A – 30 avril 2017

Actes 2,14.22b-33
1 Pierre 1,17-21
Luc 24,13-35

La première lecture d’aujourd’hui, tirée des Actes des Apôtres (2,14.22-33), nous présente le premier de six discours (suivront Actes 3,12-26; 4,8-12; 5,29-32; 10,34-43; 13,16-41) qui traitent de la résurrection de Jésus et de son sens messianique. Cinq de ces discours sont attribués à Pierre et le dernier à Paul. On peut donner à ces discours des Actes le nom de « kérygme », terme grec qui désigne la proclamation (1 Corinthiens 15,11). L’allocution de Pierre comporte une introduction et deux parties : dans la première (v. 16-21), il explique que les temps messianiques annoncés par Joël sont maintenant advenus; dans la seconde (v. 22-36), il proclame que Jésus de Nazareth, que les juifs ont crucifié, est le Messie promis par Dieu, celui qu’attendaient les justes de l’Ancien Testament; c’est Lui qui est venu réaliser le dessein salvifique de Dieu pour l’humanité.

Pour montrer que Jésus de Nazareth est bien le Messie annoncé par les prophètes, Pierre rappelle à ses auditeurs les miracles du Seigneur (v.22) ainsi que sa mort (v.23), sa résurrection (v.24-32) et son ascension glorieuse (v.33-35). Le discours de Pierre se termine par un bref résumé (v.36). Pierre proclame ainsi le message qui peut transformer la vie de quiconque l’entend. Ce message n’a pas changé et n’a rien perdu aujourd’hui de sa puissance. C’est un message qui continue d’apporter l’espoir aux désespérés, la vie à qui est mort dans le péché et le pardon à ceux et celles qui ploient sous le fardeau de leurs fautes.

Un récit catéchétique et liturgique

Le récit d’Emmaüs, que nous présente l’Évangile d’aujourd’hui, est au cœur du chapitre que Luc consacre à la résurrection. Dans cette histoire des deux disciples sur la route (v.13-35), Luc met l’accent sur l’interprétation de l’Écriture par Jésus ressuscité et sur la reconnaissance du Seigneur au moment de la fraction du pain. Les références aux citations de l’Écriture et l’explication qui en est donnée (24,25-27), la proclamation kérygmatique (v.34) et le geste liturgique (v.30) suggèrent que l’épisode est avant tout catéchétique et liturgique plutôt qu’apologétique.

Quand nous rencontrons les disciples sur la route d’Emmaüs, c’est le soir et la lueur du premier jour de Pâques commence à s’estomper. La résurrection n’est encore qu’une rumeur, un conte. Mais sous le dialogue on devine un profond désir et une faim bienheureuse. Intimement mêlé à leur scepticisme perce un espoir, leur besoin que Dieu soit vivant, vibrant et présent dans leur monde de mort. Mais le bagage de leur doute paralyse la ferveur de leur foi et ils n’arrivent pas à reconnaître Jésus. Sans avoir conscience de ce qu’ils disent vraiment, les deux disciples professent plusieurs des éléments centraux du credo de la foi chrétienne mais ils n’arrivent pas à comprendre la nécessité de la souffrance du Messie, qu’avaient annoncée les Écritures.

L’étranger sur la route d’Emmaüs prend le scepticisme et la curiosité des disciples et les intègre à la trame de l’Écriture. Jésus ses interlocuteurs au défi de réinterpréter les événements des jours précédents à la lumière des Écritures. Mais Cléophas et son ami « ne comprennent pas et sont lents à croire tout ce qu’ont dit les prophètes » (v.25). Le Messie devait souffrir et mourir pour entrer dans sa gloire. Luc est le seul auteur du Nouveau Testament à parler explicitement d’un Messie souffrant (Luc 24,26.46; Actes 3,18; 17,3; 26,23). L’idée d’un Messie souffrant ne se trouve ni dans l’Ancien Testament ni dans aucun texte juif antérieur à la période du Nouveau Testament, quoiqu’on y trouve une allusion en Marc 8,31-33.

Enfin, c’est dans l’intimité de la fraction du pain que leurs yeux s’ouvrent et qu’ils reconnaissent le Ressuscité à leur côté. À Emmaüs, le Christ ressuscité pose les mêmes gestes qu’à la multiplication des pains (9,16) et à la dernière Cène. Au moment de décrire ce moment de la reconnaissance, l’évangéliste a sûrement à l’esprit les nombreux repas de Jésus, et en particulier le dernier (cf. Luc 5,29; 7,36; 14,1.12.15.16; 22,14). Après avoir fait de la sorte l’expérience du Christ ressuscité, les disciples d’Emmaüs croient.

Comprendre la résurrection suppose donc une double démarche : il faut connaître le message des Écritures et, par la fraction et le partage du pain avec la communauté des croyants, faire l’expérience de Celui dont elles parlent, Jésus le Seigneur.

Le motif du voyage

Le motif du voyage dans le récit d’Emmaüs n’est pas simplement fonction de la distance entre Jérusalem et Emmaüs; en fait, il évoque aussi le cheminement douloureux et graduel des paroles qui doivent passer de la tête au cœur, la démarche d’une naissance à la foi, d’un retour à une relation adéquate avec cet étranger qui est nul autre que Jésus le Seigneur. Le Seigneur nous écoute et il est toujours là. La pédagogie du Seigneur à l’égard de ses disciples nous le montre toujours à l’écoute, en particulier aux heures difficiles, quand on a chuté, quand on est en proie au doute, à la déception et à la frustration. Ses paroles touchent le cœur des disciples, qui devient « brûlant »; elles les arrachent aux ténèbres de la tristesse et du désespoir, elles nourrissent en eux le désir de demeurer avec lui : Reste avec nous, Seigneur.

Les disciples atterrés ne commencent à évoluer qu’une fois éclairés par le Christ ressuscité, qui leur explique à l’aide des Saintes Écritures comment Dieu agit dans une monde résistant et au milieu de personnes réticentes et pécheresses comme nous. Cette victoire, en fait, est pleine d’ironie car les forces du rejet et les expériences de souffrance et de péché deviennent autant d’instruments au service de la réalisation du dessein de Dieu sur le monde !

Les mots qui transmettent la vie

Permettez-moi de vous présenter un texte particulièrement frappant sur « le devoir d’évangéliser »; il est tiré du document préparatoire du Synode des évêques « la nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne », qui aurait lieu en 2012. Ce texte offre une perspective unique sur le récit d’Emmaüs (n° 2).

La parole des disciples d’Emmaüs (cf. Luc 24, 13-35) est emblématique de la possibilité qu’échoue l’annonce du Christ, parce qu’incapable de transmettre la vie. Les deux disciples annoncent un mort (cf. Luc 24, 21-24), racontent leur frustration et leur espérance perdue. Ils parlent de la possibilité, pour l’Église de tout temps, d’une annonce qui ne donne pas la vie mais retient dans la mort le Christ annoncé, les annonceurs et les destinataires de l’annonce.

La question sur la transmission de la foi – qui n’est ni individualiste ni solitaire, mais un événement communautaire et ecclésial – ne doit pas orienter les réponses dans le sens de la recherche de stratégies efficaces de communication, ni se centrer de façon analytique, sur les destinataires – les jeunes, par exemple – ; elle doit se décliner comme une question concernant le sujet chargé de cette opération spirituelle. Elle doit devenir une question de l’Église sur elle-même. Ce qui permet de poser le problème de façon non extrinsèque mais correcte, puisqu’elle met en cause toute l’Église dans son essence et dans sa vie. De cette manière, il peut être possible aussi de comprendre le fait que le problème de l’infécondité de l’évangélisation aujourd’hui, de la catéchèse des temps modernes, est un problème ecclésiologique, qui concerne la capacité ou l’incapacité de l’Église de se configurer en une communauté réelle, en une authentique fraternité, en un corps, et non en une machine ou une entreprise.

Questions pour la réflexion cette semaine

1) Comme Église, comme ministres, comme leaders laïcs, avons-nous déjà eu le sentiment que nos paroles sont incapables de transmettre la vie aux autres ? Avons-nous annoncé un mort au lieu du Seigneur vivant ? En quoi nos paroles et le message de l’Église ont-ils retenu dans la mort le Christ annoncé et les destinataires du message ?

2) Qu’est-ce qui nous empêche de devenir une vraie communauté, une vraie fraternité, un corps vivant, au lieu d’une machine ou d’une entreprise ?

3) Quels sont les événements du passé qui ont influencé, gêné ou bloqué notre proclamation et notre façon d’être Église ? Comment certains événements nous ont-ils aidés à raffiner et à repenser notre proclamation ?

4) Qu’est-ce que l’Esprit dit à notre Église à travers ces événements ? Quelles nouvelles formes d’évangélisation l’Esprit nous enseigne-t-il et exige-t-il de nous ?

Nous sommes de nouveau des pèlerins

Il y a plusieurs années, lors de ma première visite à la communauté œcuménique de Taizé, en France, j’ai entendu cette méditation que proposaient feu le Frère Roger Schutz et sa communauté. Je ne l’ai jamais oubliée.

Nous sommes de nouveau des pèlerins sur le chemin d’Emmaüs…
Nous avons la tête courbée au moment de rencontrer l’Étranger
qui s’approche et vient avec nous.
Comme le soir tombe, nous essayons de distinguer son visage
tandis qu’il nous parle, qu’il parle à notre cœur.
En interprétant le Livre de la vie,
il prend nos espoirs brisés et les embrase :
la route se fait plus légère tandis que,
rassemblant les braises, nous apprenons à attiser la flamme.
Si nous l’invitons ce soir, il viendra s’asseoir
et ensemble nous partagerons le repas.
Et alors, tous ceux qui ne croyaient plus
verront, et viendra l’heure de la Reconnaissance.
Il rompra le pain des larmes à la table des pauvres
et chacun recevra la manne à satiété.
Nous retournerons à Jérusalem pour proclamer hautement
ce qu’il nous a murmuré à l’oreille.
Et assurément nous trouverons là des frères et des sœurs
qui nous accueilleront en disant :
« Nous aussi, nous l’avons rencontré ! »
Car nous le savons, la miséricorde de Dieu
est venue visiter la terre des vivants !

De la blessure de son cœur jaillit la grande vague de la miséricorde

Deuxième dimanche de Pâques, Année A – 23 avril 2017
Dimanche de la Divine Miséricorde

Actes 2,42-47
1 Pierre 1,3-9
Jean 20,19-31

Le nom de « Thomas » désigne encore aujourd’hui celui qui n’accepte de croire que ce qu’il a vu de ses yeux, l’incrédule, le « sceptique ». « Thomas l’incrédule » renvoie évidemment à l’un des Douze, dont le nom figure dans toutes les listes d’apôtres que donnent les évangiles. Thomas est appelé « Didyme », forme grecque d’un terme araméen qui désigne « le jumeau ». Quand Jésus annonça qu’il avait l’intention de retourner en Judée visiter Lazare, Thomas dit aux autres disciples : « Allons-y nous aussi, pour mourir avec lui » (Jean 11,16). C’est encore Thomas qui, pendant le grand discours qui suivit la dernière Cène, souleva une objection : « Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas; comment pourrions-nous savoir le chemin ? » (Jean 14,5)

Le Nouveau Testament ne nous en apprend pas beaucoup plus sur l’apôtre Thomas; néanmoins, à cause du passage tiré aujourd’hui de l’évangile de Jean (Jean 20,19-31), sa personnalité nous est plus familière que celle de plusieurs des Douze. Thomas aura reçu l’enseignement de Jésus et il aura sûrement été bouleversé par sa mort. Le soir de Pâques, quand le Seigneur apparut aux disciples, Thomas n’y était pas. Quand on lui dit que Jésus était vivant et qu’il s’était manifesté, Thomas déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l’endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je n’y croirai pas » (Jean 20,25). Huit jours plus tard, Thomas fit son acte de foi et se mérita une observation de Jésus : « Parce que tu m’as vu, tu crois; heureux ceux qui croiront sans avoir vu ».

Le vrai Thomas

L’apôtre Thomas est l’un des plus grands amis et l’un des plus honnêtes disciples de Jésus, non pas l’éternel sceptique, l’entêté crâneur qu’en a fait souvent la tradition chrétienne. Ce jeune apôtre s’est retrouvé devant la croix, incapable de trouver un sens à l’horreur de l’événement. Tous ses rêves, tous ses espoirs pendaient à cette croix. C’est au sein de la communauté croyante des apôtres et des disciples que Thomas a redécouvert sa foi. Voilà une chose qu’il ne faut jamais oublier, surtout à une époque où tant de gens prétendent qu’on peut arriver à la foi et à la vie spirituelle sans vivre l’expérience de la communauté ecclésiale. Nous ne croyons pas chacune, chacun pour soi, en individus isolés; non, par le baptême, nous devenons membres de la grande famille de l’Église. C’est précisément la foi professée par la communauté que nous appelons l’Église qui vient renforcer notre foi personnelle. Chaque dimanche à la messe, nous professons ensemble notre foi soit selon la formule du credo de Nicée, soit avec les mots du symbole des Apôtres. Ce faisant, nous sommes préservés du danger de croire en un dieu qui ne serait pas celui que le Christ nous a révélé.

La foi n’est pas un acte isolé

N’oublions pas le numéro 166 du Catéchisme de l’Église catholique :

La foi est un acte personnel : la réponse libre de l’homme à l’initiative de Dieu qui se révèle. Mais la foi n’est pas un acte isolé. Nul ne peut croire seul, comme nul ne peut vivre seul. Nul ne s’est donné la foi à lui-même comme nul ne s’est donné la vie à lui-même. Le croyant a reçu la foi d’autrui, il doit la transmettre à autrui. Notre amour pour Jésus et pour les hommes nous pousse à parler à autrui de notre foi. Chaque croyant est ainsi comme un maillon dans la grande chaîne des croyants. Je ne peux croire sans être porté par la foi des autres, et par ma foi, je contribue à porter la foi des autres.

Le dimanche de la divine miséricorde

Le dimanche de la divine miséricorde célèbre l’amour miséricordieux de Dieu, qui resplendit dans le Triduum pascal et dans tout le mystère de Pâques. Cette fête reprend une ancienne tradition liturgique, dont on trouve un écho dans un enseignement attribué à saint Augustin au sujet de l’Octave de Pâques; Augustin parlait de la semaine de Pâques comme des « jours de la miséricorde et du pardon » et du jour même de l’Octave comme du « condensé des jours de la miséricorde ».

L’intérêt du pape Jean-Paul II pour la miséricorde divine remonte à sa jeunesse à Cracovie, dans la Pologne occupée de la Deuxième Guerre mondiale, quand Karol Wojtyla fut témoin de tant de souffrance et de cruauté. Il y a vu les rafles : des centaines, des milliers de personnes ramassées pour être enfermées dans les camps de concentration et asservies aux travaux forcés. Dans sa ville natale de Wadowice, il comptait plusieurs amis juifs qui disparurent dans la Shoah. C’est pendant ces années de terreur que Karol Wojtyla décida d’entrer au séminaire clandestin du cardinal Sapieha, à Cracovie. Oui, il a vécu le besoin de la miséricorde de Dieu et le besoin qu’a l’humanité de pratiquer la miséricorde mutuelle. Au séminaire, il fit la connaissance d’un autre séminariste, Andrzej Deskur (il deviendra un jour cardinal) qui lui exposa le message de la divine miséricorde tel qu’il avait été révélé à une religieuse mystique polonaise, S. Maria Faustyna Kowalska, morte en 1938 à l’âge de 33 ans.

Le pape de la divine miséricorde

Dès le début de son pontificat, en 1980, le pape Jean-Paul II consacra toute une encyclique au thème de la miséricorde divine (Dives in Misericordia – Dieu riche en miséricorde) pour bien montrer que le cœur de la mission de Jésus Christ a été de révéler l’amour miséricordieux du Père. En 1993, quand le pape Jean-Paul II béatifia Sœur Faustyna Kowalska, il déclara dans son homélie : « Sa mission se poursuit et donne un fruit étonnant. Il est vraiment merveilleux de voir comment sa dévotion à Jésus miséricordieux se répand dans le monde contemporain et gagne de plus en plus de cœurs ! »

Quatre ans plus tard, en 1997, le Saint Père se rendit sur la tombe de la Bienheureuse Faustyna à Lagiewniki, en Pologne; son message ne manquait pas de force : « Il n’y a rien dont l’homme ait un plus grand besoin que de la divine miséricorde… De là jaillit le message de miséricorde que le Christ lui-même a choisi de transmettre à notre génération par l’entremise de la Bienheureuse Faustyna. »

En 2000, l’année du Jubilé, le pape Jean-Paul II canonisa S. Faustyna; elle devenait ainsi la première sainte du nouveau millénaire; du même coup, le pape instituait dans l’Église universelle le Dimanche de la divine miséricorde, célébré désormais le deuxième dimanche de Pâques. À l’homélie, il affirma : « Jésus montre ses mains et son côté. C’est-à-dire qu’il montre les blessures de la Passion, en particulier la blessure du cœur, source d’où jaillit la grande vague de miséricorde qui se déverse sur l’humanité. »

Un an plus tard, dans son homélie pour le Dimanche de la divine miséricorde 2001, le pape présentait le message de la miséricorde confié à sainte Faustyna comme « la réponse adéquate et incisive que Dieu a voulu offrir aux hommes de notre temps, marqué par d’immenses tragédies… La Miséricorde divine ! Voilà le don pascal que l’Église reçoit du Christ ressuscité et qu’il offre à l’humanité, à l’aube du troisième millénaire. »

De retour à Lagiewniki, en Pologne, en 2002, lors de la dédicace du nouveau Sanctuaire de la Divine Miséricorde, le Saint Père consacra le monde entier à la miséricorde divine : « Je le fais avec le désir que le message de l’amour miséricordieux de Dieu, proclamé ici à travers sainte Faustyna, atteigne tous les habitants de la terre et remplisse leur cœur d’espérance. »

Dans l’allocution qu’il prononça au Regina Cœli du dimanche 23 avril, le pape Benoît XVI déclara : « Le mystère de l’amour miséricordieux de Dieu est placé au centre du Pontificat de mon vénéré prédécesseur. » Et la Providence a voulu que cette année, le jour même du Dimanche de la divine miséricorde, le pape Benoît XVI proclame bienheureux son prédécesseur le pape Jean-Paul II, grand apôtre et ambassadeur de la miséricorde divine.

La miséricorde est notre sceau

Il faut nous poser la question : qu’y a-t-il de nouveau dans ce message sur la miséricorde divine ? Pourquoi le pape Jean-Paul II a-t-il tant insisté sur cet aspect de l’amour de Dieu à notre époque ? Cette dévotion ne reprend-elle pas le culte du Sacré Cœur de Jésus ? La miséricorde est une vertu chrétienne importante, très différente de la justice et de la rétribution. Tout en reconnaissant la douleur de la blessure et les raisons qui justifient le châtiment, la miséricorde adopte une approche différente pour remédier à la situation. La miséricorde s’efforce de changer radicalement la condition et l’âme de l’agresseur pour qu’il résiste au mal : c’est souvent en lui révélant l’amour et sa propre beauté qu’elle y arrive. Si une punition est appliquée, elle doit l’être pour le salut, et non par souci de vengeance ou de rétribution. C’est là une question très embrouillée aujourd’hui et un message des plus complexes… mais il n’y a pas d’autre façon d’aller de l’avant et de devenir levain dans la pâte du monde d’aujourd’hui, d’être vraiment sel et lumière au sein d’une culture qui a perdu la saveur de l’Évangile et la lumière du Christ.

Là où dominent la haine et la soif de vengeance, là où la guerre n’apporte que mort et souffrance aux innocents, là où la violence détruit un nombre incalculable de vies innocentes, il faut la grâce de la miséricorde pour replacer le cœur et l’esprit humain et pour susciter la guérison et la paix. Partout où font défaut le respect de la vie et de la dignité humaine, l’amour miséricordieux de Dieu est indispensable car c’est à sa lumière que nous percevons la valeur inexprimable de chaque être humain. La miséricorde est nécessaire pour mettre un terme à toutes les injustices dans le monde. Le message de la miséricorde, c’est que Dieu nous aime, qu’il nous aime toutes et tous, si grands que soient nos péchés. La miséricorde de Dieu est plus grande que nos péchés si bien que nous pouvons faire appel à Lui avec confiance, recevoir sa miséricorde et la laisser couler en nous et à travers nous jusqu’aux autres. Au fond, la miséricorde comprend la faiblesse, elle est la capacité de pardonner.

L’apôtre de la divine miséricorde

Dans son ministère sacerdotal et épiscopal, et en particulier pendant tout son pontificat, le pape Jean-Paul II a prêché la miséricorde de Dieu, il a écrit sur elle et, surtout, il l’a vécue. Il a pardonné à l’homme qui avait été choisi pour l’assassiner, place Saint-Pierre. Le pape qui avait été témoin du scandale des divisions entre chrétiens et des atrocités commises contre le peuple juif fit tout ce qu’il put pour guérir les blessures causées par les conflits du passé entre les catholiques et les autres églises chrétiennes et, en particulier, avec le peuple juif.

Aujourd’hui, en ce jour où l’Église proclame bienheureux ce grand apôtre de la miséricorde et de la paix, c’est avec beaucoup d’affection et une profonde gratitude que je me rappelle les paroles émouvantes qu’il prononça à la fin de la messe de la Journée mondiale de la Jeunesse 2002, au parc Downsview de Toronto. Ces paroles nous rappellent l’importance et la nécessité de la miséricorde dans l’Église d’aujourd’hui :

Aux heures difficiles de la vie de l’Église, la poursuite de la sainteté devient d’autant plus urgente. Et la sainteté n’est pas affaire d’âge ; la sainteté est affaire de vie dans l’Esprit Saint… Ne laissez pas mourir l’espérance ! Misez votre vie sur elle… Car nous ne sommes pas la somme de nos faiblesses et de nos échecs; nous sommes la somme de l’amour du Père pour nous et de la capacité que nous avons de devenir l’image de son Fils.

Prions aujourd’hui dans la joie et la gratitude :

Seigneur, toi qui es riche en miséricorde
et qui as voulu que Saint Jean-Paul II
préside comme pape à ton Église universelle,
accorde-nous, nous t’en prions, qu’instruits par son enseignement,
nous puissions ouvrir nos cœurs à la grâce salvifique du Christ,
seul rédempteur de l’humanité,
qui vit et règne avec toi dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu pour les siècles des siècles.

Souffrance et mort d’un berger

Vendredi saint – 14 avril 2017

Isaïe 52,13-53,12
Hébreux 4,14-16 ; 5,7-9
Jean 18,1-19,42

Pour notre réflexion du Vendredi saint, cette année, j’ai choisi de partager avec vous quelques considérations sur ce que nous a enseigné Saint Jean-Paul II à la fin de sa vie. Je ne peux célébrer le Vendredi saint sans me rappeler la figure de Jean-Paul II et, en particulier, son dernier Vendredi saint sur terre, en 2005. Les réflexions qui suivent sont tirées d’une communication que j’ai donnée au Musée des Chevaliers de Colomb à New Haven, dans le Connecticut, pour l’inauguration d’une exposition spéciale intitulée « Bienheureux » et consacrée à la vie de ce grand homme.

Sur la souffrance humaine

Quoique rarement cité, un des plus beaux textes qu’ait écrits Jean-Paul II est sa Lettre apostolique de 1984 Salvifici Doloris, « sur le sens chrétien de la souffrance humaine ». À la suite de l’apôtre Paul et de toute la tradition catholique, l’ancien pape a soutenu toute sa vie que c’est précisément par la souffrance que le Christ a montré sa solidarité avec l’humanité et que c’est par elle que nous pouvons grandir en solidarité avec le Christ qui est notre vie.

Dans Salvifici Doloris, la souffrance est la conséquence du péché, et le Christ assume cette conséquence au lieu de la répudier. En embrassant la souffrance, il la partage totalement, il prend sur lui et en lui la conséquence du péché. Il le fait par amour pour nous, non seulement parce qu’il veut nous racheter mais parce qu’il veut être-avec nous, partager notre lot, vivre ce que nous vivons. C’est cet amour partagé, cette souffrance partagée dans l’amour, qui vient compléter et parfaire la relation rompue par le péché et nous racheter du même coup.

Le pape Jean-Paul II nous a enseigné que le sens de la souffrance est fondamentalement transformé par l’Incarnation. Abstraction faite de l’Incarnation, la souffrance est la conséquence du péché. Elle offre des occasions de découverte de soi-même ou de croissance personnelle et peut susciter des gestes pratiques d’amour d’autrui, mais tout cela est secondaire. Du fait de l’Incarnation, par contre, nous devenons porteurs du Corps du Christ. Notre souffrance devient sa souffrance, et l’expression de l’amour rédempteur.

Parce qu’il était le chef d’un milliard de catholiques; parce que, premier pontife de l’ère des satellites et d’Internet, il rejoignait des milliards d’autres personnes; et parce qu’il était Jean-Paul II, à la tête de l’Église depuis plus de 26 ans – pour toutes ces raisons, l’expérience publique de sa souffrance devait acquérir un pouvoir énorme. Et il le savait certainement. En 1981, alors qu’il se remettait d’un attentat, place Saint-Pierre, qui avait failli lui coûter la vie, Jean-Paul II avait déclaré que la souffrance, en tant que telle, est l’un des messages les plus puissants du christianisme.

Pendant les dernières années de son pontificat, Jean-Paul II a rapatrié la souffrance à l’intérieur de l’existence humaine normale. Tout le monde a pu voir qu’il puisait une vraie force intérieure dans sa spiritualité – spiritualité qui permet de surmonter la peur, même la peur de la mort. Quelle incroyable leçon pour notre monde ! Son combat contre les séquelles physiques du vieillissement était aussi une leçon précieuse pour une société qui a du mal à accepter de vieillir et qui ne trouve dans la souffrance aucun gage de rédemption.

En 1994, quand l’âge et les infirmités commencèrent à lui imposer des handicaps, il annonça à ses collaborateurs qu’il avait entendu le message de Dieu et qu’il allait modifier sa façon de gouverner l’Église. « Il me faut la gouverner par la souffrance, dit-il. Le pape doit souffrir pour que chaque famille et le monde entier voient bien qu’il y a, pourrais-je dire, un évangile supérieur : l’évangile de la souffrance, grâce auquel on doit préparer l’avenir. »

Lettre de consolation à ses pairs

En 1999, en préparation pour le Grand Jubilé, le pape Jean-Paul II fait paraître sa « Lettre aux personnes âgées ». Après des lettres aux jeunes en 1985, aux familles en 1994, aux enfants en 1994, aux femmes en 1995 et aux artistes en 1999, sans parler des lettres qu’il a écrites aux prêtres chaque année, le Jeudi saint, depuis le début de son pontificat, c’est un message profondément émouvant et encourageant qu’apporte sa Lettre aux personnes âgées. Le pape ne craint pas de faire voir les limites et la fragilité que les années lui ont imposées. Il ne fait rien pour les cacher. En parlant aux jeunes, il dit spontanément : « je suis un vieux prêtre ». Jean-Paul II continue de remplir sa mission de successeur de Pierre, en regardant vers l’avenir avec le seul enthousiasme juvénile que l’âge n’arrive pas à miner, celui de l’Esprit, qui reste intact chez lui. La lettre a un ton très personnel, presque confidentiel, et n’a rien d’une dissertation sur le grand âge. C’est plutôt un dialogue très intime entre membres d’une même génération.

« L’écoulement du temps, écrit le pape, fait s’évanouir les contours des événements et en adoucit les côtés douloureux. » De plus, continue-t-il, les souffrances quotidiennes peuvent être atténuées avec la grâce du Seigneur. En outre, « nous sommes confortés par la pensée que, parce que nous avons une âme spirituelle, nous survivons à la mort elle-même. »

« Gardiens d’une mémoire collective », c’est le titre d’une des sections de la lettre du pape. Soulignant que « dans le passé, on nourrissait un grand respect pour les personnes âgées », le pape remarque que la vieillesse est respectée et valorisée dans de nombreuses cultures alors que « chez d’autres, elle l’est beaucoup moins à cause d’une mentalité qui prône l’utilité immédiate et la productivité de l’homme ». Il écrit :

Avec une insistance croissante, on va jusqu’à proposer l’euthanasie pour résoudre les situations difficiles. Malheureusement, ces derniers temps, le concept d’euthanasie a perdu peu à peu, pour beaucoup de gens, la connotation d’horreur qu’elle suscite naturellement lorsqu’on est sensible au respect de la vie.

A ce propos, il faut rappeler que la loi morale permet de renoncer à ce qu’on appelle l’acharnement thérapeutique et qu’elle réclame seulement les soins qui entrent dans les exigences normales de l’assistance médicale, laquelle est surtout destinée, dans les maladies incurables, à alléger la douleur. Mais tout autre est l’euthanasie, entendue comme provocation directe de la mort ! Malgré les intentions et les circonstances, elle demeure un acte intrinsèquement mauvais, une violation de la loi divine, une offense à la dignité de la personne humaine.

« L’homme a été fait pour la vie, » a-t-il continue, « tandis que la mort – comme nous l’explique la Sainte Écriture dès ses premières pages (cf. Gn 2-3) – n’était pas prévue dans le projet initial de Dieu, mais elle est survenue à la suite du péché. » « Quoique d’un point de vue biologique la mort soit compréhensible par la raison, il n’est pas possible de la vivre de manière « naturelle. » Nous nous posons la question : qu’y a-t-il derrière le mur d’ombre de la mort ? ». La réponse vient de la foi. « La foi éclaire ainsi le mystère de la mort et elle donne de la sérénité à la vieillesse, qui n’est plus considérée ni vécue comme l’attente passive d’un événement destructeur, mais comme la promesse de parvenir à la pleine maturité. »

La dernière section de la Lettre aux personnes âgées s’intitule « Un présage de vie » :

Je me sens poussé par un désir spontané, écrit le pape, à vous faire part en toute sincérité des sentiments qui m’animent en cette dernière étape de ma vie, après plus de vingt ans de ministère sur le Siège de Pierre […] Malgré les limitations qui surviennent avec l’âge, je conserve le goût de la vie. J’en rends grâce au Seigneur. Il est beau de pouvoir se dépenser jusqu’à la fin pour la cause du Royaume de Dieu ! J’éprouve une grande paix quand je pense au moment où le Seigneur m’appellera: de la vie à la vie ! […] « Ordonne-moi de venir à toi, » c’est là le désir le plus profond du cœur humain, même en celui qui n’en a pas conscience.

Quelle façon de laisser sa marque ! Jean-Paul II n’a pas seulement écrit cette lettre-témoignage mais il l’a mise en œuvre dans sa propre vie. Nous en avons été témoins.

La souffrance publique

Si pénible qu’ait pu devenir pour lui sa propre vie, le pape Jean-Paul II nous a enseigné que la vie est sacrée. Plutôt que de cacher ses infirmités, comme le font la plupart des personnalités choyées du public, le pape Jean-Paul II a laissé le monde entier voir ce qui lui arrivait. Au dernier acte de sa vie, l’athlète était immobilisé; la voix vibrante et vigoureuse était réduite au silence et la main qui avait rédigé de volumineuses encycliques ne pouvait plus écrire. La dernière homélie de Jean-Paul II s’inspirait des derniers mots du Galiléen son Maître à Simon Pierre : « En vérité, je te le dis : quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller… Puis [Jésus] lui dit : Suis-moi. » (Jean 21, 18-19)

Nombre de catholiques et de non-chrétiens ont vu dans la souffrance du pape une épreuve analogue à l’agonie de Jésus lui-même; et de fait, ni Jean-Paul II ni son entourage n’ont désavoué ce genre de comparaisons. Quand on lui avait demandé, quelques années auparavant, s’il pourrait envisager de démissionner, Jean-Paul II aurait répondu par une question : « Le Christ est-il descendu de la croix ? » Ses proches collaborateurs disent que le débat sur la question de savoir s’il était en mesure d’administrer l’Église, comme s’il était le p.-d.-g. d’une grande société commerciale, passe à côté de la question. Le pape n’occupe pas un emploi, il remplit une mission divine, et la souffrance est au cœur de cette mission.

La soirée du dernier Vendredi saint

Un des souvenirs les plus forts que je conserve de la dernière semaine de vie de Jean-Paul II, c’est le Chemin de croix au Colisée, le soir du Vendredi saint 2005, auquel il a participé en suivant la cérémonie à la télévision dans sa chapelle privée. La caméra de télé installée dans sa chapelle était placée derrière lui pour qu’il puisse se concentrer sur la célébration à laquelle il avait toujours participé en personne. Pour la télédiffusion en anglais, Monseigneur John Foley assurait de Rome le commentaire et donnait lecture des méditations interpellantes préparées par un certain cardinal Joseph Ratzinger.

À un certain moment, vers la fin du Chemin de croix, quelqu’un a placé un assez grand crucifix sur les genoux du Saint Père; celui-ci regardait amoureusement la figure de Jésus. Quand furent prononcés les mots « Jésus meurt sur la croix », le pape Jean-Paul se saisit du crucifix, le pressa sur son cœur et l’embrassa. Je n’oublierai jamais la scène. Une homélie d’une telle puissance sans un seul mot ! Comme Jésus, le pape Jean-Paul II embrassait la croix; en fait, il embrassait Jésus Christ crucifié dans la nuit du Vendredi saint.

La mort d’un patriarche

Plusieurs heures avant sa mort, les dernières paroles audibles prononcées par le pape Jean-Paul furent : « Laissez-moi aller à la maison du Père ». Dans un climat de prière, pendant qu’une messe était célébrée au pied de son lit et qu’une foule de fidèles chantait sur la place Saint-Pierre, il mourut à 21h37, le 2 avril. Par sa passion, sa souffrance et sa mort publiques, ce saint prêtre, successeur des apôtres et Serviteur de Dieu, nous a fait voir le visage souffrant de Jésus d’une façon absolument remarquable.

Le pape de la sainteté

Karol Wojtyla fut lui-même un témoin extraordinaire qui, par son dévouement, ses efforts héroïques, ses longues souffrances et sa mort, a transmis la force du message de l’Évangile aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui. Dans une large mesure, le succès de son message vient de ce qu’il a été entouré par une incroyable nuée de témoins qui l’ont appuyé et l’ont soutenu pendant toute sa vie. Pour Jean-Paul II, l’appel à la sainteté n’exclut personne; ce n’est pas un privilège réservé à une élite spirituelle.

Lumen Gentium, la constitution dogmatique sur l’Église du Deuxième Concile du Vatican, souligne que la sainteté des chrétiens découle de celle de l’Église et la manifeste. La sainteté, dit le texte, « sous toutes sortes de formes, s’exprime en chacun de ceux qui tendent à la charité parfaite, dans leur ligne propre de vie, en édifiant les autres ». (LG, n° 39) Dans cette diversité de formes, « il n’y a qu’une seule sainteté cultivée par tous ceux que conduit l’Esprit de Dieu et qui, obéissant à la voix du Père et adorant Dieu le Père en esprit et en vérité, marchent à la suite du Christ pauvre, humble et chargé de sa croix, pour mériter de devenir participants de sa gloire ». (LG, n° 41)

Quand la foule s’est mise à scander « Santo Subito » à la fin des funérailles du pape, le 8 avril 2005, qu’est-ce qu’elle voulait vraiment dire ? Elle criait qu’elle avait vu en Karol Wojtyla quelqu’un qui vivait avec Dieu et qui vivait avec nous. C’était un pécheur qui avait fait l’expérience de la miséricorde et du pardon de Dieu. Il aura été le maître prophétique qui prêche la parole à temps et à contretemps. Il nous regardait, nous touchait, nous guérissait et nous rendait l’espoir. Il nous apprenait à ne pas avoir peur. Il nous montrait à vivre, à aimer, à pardonner et à mourir. Il nous a enseigné à embrasser la croix aux heures les plus douloureuses de l’existence, en sachant que la croix n’est pas le dernier mot de Dieu.

Le fait de proclamer quelqu’un bienheureux ne lui confère pas un certificat de perfection. Cela ne veut pas dire que la personne ait été exempte de défauts, d’aveuglements, de surdité ou de péché. Ce n’est pas non plus un exercice d’évaluation du pontificat ou du Vatican. La béatification et la canonisation signifient qu’une personne a vécu sa vie avec Dieu, en se fiant complètement à la miséricorde infinie de Dieu, en s’appuyant sur la force et la puissance de Dieu, en croyant en l’impossible, en aimant ses ennemis et ceux qui l’ont persécutée, en pardonnant au milieu du mal et de la violence, en espérant contre toute espérance et en ayant une influence positive sur le monde. Cette personne a fait comprendre à ceux et celles qui l’entouraient que sa vie était inspirée par une force ou un esprit qui ne sont pas de ce monde mais du monde à venir. Une personne de cette trempe nous fait entrevoir la grandeur et la sainteté à laquelle nous sommes tous et toutes appelés, et nous montre le visage de Dieu sur la route de notre pèlerinage ici-bas.

Dans la vie de Karol Wojtyla, le petit garçon de Wadowice qui allait devenir prêtre, archevêque de Cracovie puis évêque de Rome et héros de dimensions historiques, la sainteté était contagieuse. Nous avons tous été touchés et transformés par elle. Le pape Jean-Paul II n’était pas seulement le « Saint Père » mais « un Père qui était et qui est saint ». Lors de la messe de ses funérailles, le 8 avril 2005, le cardinal Joseph Ratzinger expliqua au monde entier que le Saint Père nous regardait et nous bénissait « depuis la fenêtre de la Maison du Père ».

Apprenons de « Papa Wojtyla » à passer les seuils, à ouvrir les portes, à jeter des ponts, à embrasser la croix de la souffrance et à proclamer l’Évangile de vie au monde de notre temps. Oui, apprenons à vivre, à souffrir et à mourir avec le Seigneur. Demandons au Seigneur une petite part du témoignage fidèle de Pierre et de la proclamation audacieuse de Paul, si manifestes chez Karol Wojtyla, Saint Jean-Paul II. Qu’il intercède pour nous et pour tous ceux et celles qui souffrent dans leur corps et leur esprit, et puisse son exemple nous donner le désir de nous entraider à porter nos croix, à grandir dans la foi et à devenir des saints.

(CNS Photo)

Sacramentum et exemplum : le don et la tâche

Messe de la Cène du Seigneur, Jeudi saint – 13 avril 2017

Isaïe 61,1-3a.6a.8b-9
Apocalypse 1,5-8
Luc 4,16-21

Le Jeudi saint clôture officiellement le temps du Carême. Ce soir-là, nous entrons dans le Triduum au cœur de l’année liturgique et, en fait, de la foi chrétienne. Les textes de l’Écriture nous renvoient profondément à nos racines juives : célébration de la Pâque avec le peuple juif (Exode 12, 1-8.11-14); réception de la tradition transmise à saint Paul (1 Corinthiens 11, 23-26), à savoir l’Eucharistie, et contemplation directe de Jésus qui s’agenouille devant nous pour nous laver les pieds avec l’humilité d’un serviteur (Jean 13, 1-15). La commémoration est au cœur de cette célébration.

Ce soir, le Seigneur nous invite à retourner avec lui au cénacle, pour nous aider à pénétrer les profondeurs de son mystère pascal. La veille de sa mort, il nous a laissé deux grands signes que la célébration liturgique renouvelle chaque année. Dans le premier, Jésus lave les pieds des apôtres et donne ainsi à ses amis un exemple d’amour qui s’exprime dans un service aussi humble que concret. Dans le deuxième, Jésus consacre le pain et le vin comme sacrement de son corps et de son sang, donnés en sacrifice pour notre salut.

Une nuit de commémoration

Considérons le mémorial qu’est l’Eucharistie. Dans le livre de l’Exode, nous lisons : « Dieu se souvint de son alliance avec Abraham, Isaac et Jacob » (Exode 2,24). Le livre du Deutéronome prescrit : « Souviens-toi du Seigneur ton Dieu » (8,18). « Rappelle-toi donc ce qu’a fait le Seigneur ton Dieu » (7,18). Le souvenir de Dieu et celui des hommes et des femmes forment dans la Bible un élément fondamental de la vie du peuple de Dieu. Cependant, ce souvenir n’est pas le simple rappel de quelque chose qui s’est produit il y a longtemps mais plutôt ce que l’hébreu appelle « zikkaron », c’est-à-dire un « mémorial ». C’est la proclamation des hauts faits que Dieu a accomplis pour nous au fil des âges et qu’il continue d’accomplir pour nous aujourd’hui. Dans la célébration liturgique, ces événements deviennent d’une certaine façon présents et actuels (Catéchisme de l’Église catholique, n° 1363). Le mémorial rappelle le lien d’une alliance indéfectible : « Le Seigneur se souvient de nous, il nous bénira » (Psaume 115, 12). La foi biblique authentique comporte le souvenir fructueux de la geste de notre salut.

Dans l’Ancien Testament, le « mémorial » par excellence des œuvres de Dieu dans l’histoire était la liturgie pascale de l’Exode. Chaque fois que le peuple d’Israël célébrait la Pâque, Dieu lui offrait le don de la liberté et du salut. Dans la célébration de la Pâque, les deux souvenirs se recoupaient, celui de Dieu et celui des hommes – la grâce salvifique et le témoignage de la foi : « Ce jour-là sera pour vous un mémorial. Vous en ferez pour le Seigneur une fête de pèlerinage… Ce rite vous tiendra lieu de signe sur la main et de mémorial sur le front, afin que la loi du Seigneur soit toujours sur vos lèvres car c’est le Seigneur qui, par sa force, vous a fait sortir d’Égypte. » (Exode 12,14; 13,9)

Au cœur de l’Eucharistie : la commémoration

Cette rencontre entre la mémoire de Dieu et celle des êtres humains est au foyer de l’Eucharistie, qui est le « mémorial » par excellence de la Pâque chrétienne. Le souvenir est au cœur de la célébration du sacrifice du Christ. Nous nous rappelons le sacrifice du Christ, cet événement unique, accompli « une fois pour toutes » (Hébreux 7,27; 9,12.26; 10,12), et dont nous continuons de recevoir les grâces à travers l’histoire. « Car chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne » (1 Corinthiens 11,26). L’Eucharistie est donc le mémorial de la mort du Christ mais aussi la présence de son sacrifice et l’anticipation de son avènement glorieux. Nos pouvons certainement comprendre l’exhortation de Paul à Timothée : « Souviens-toi de Jésus Christ le descendant de David : il est ressuscité d’entre les morts » (2 Timothée 2,8). Ce souvenir vit et opère d’une façon spéciale dans l’Eucharistie.

Se rappeler, c’est d’un côté recentrer son cœur sur le souvenir et l’affection mais c’est aussi célébrer une présence qui est toujours avec nous. L’Eucharistie suscite en nous le souvenir de l’amour du Christ. Dans l’Eucharistie, les chrétiens nourrissent l’espérance de la rencontre finale avec leur Seigneur. L’Eucharistie est le mémorial au sens plein du terme : le pain et le vin, par l’action de l’Esprit Saint, deviennent vraiment le corps et le sang du Christ, qui se donne lui-même en nourriture aux hommes et aux femmes pour leur pèlerinage terrestre. Pour rester fidèle à ce mandat, pour demeurer en lui tels les sarments unis à la vigne et pour aimer comme il a aimé, il faut se nourrir de son corps et de son sang. En disant aux apôtres, « vous ferez cela en mémoire de moi », le Seigneur liait l’Église au mémorial vivant de sa Pâque.

La nouvelle Pâque

Dans un maître livre, Jésus de Nazareth – Tome 2, De l’entrée à Jérusalem jusqu’à la résurrection,[1] le pape émérite Benoît XVI prend soin de bien expliquer ce que fut vraiment la dernière Cène :

Une chose ressort clairement de l’ensemble de la tradition, écrit-il : essentiellement, ce repas d’adieu n’était pas l’ancienne Pâque mais la nouvelle, que Jésus accomplissait dans ce contexte. Même si le repas que Jésus a partagé avec les Douze n’était pas un repas pascal conforme aux prescriptions rituelles du judaïsme, néanmoins, rétrospectivement, le lien intime de tout cet événement avec la mort et la résurrection de Jésus ressortait clairement. C’était la Pâque de Jésus. Et en ce sens, on peut dire à la fois qu’il a célébré et qu’il n’a pas célébré la Pâque : les anciens rites n’ont pu être célébrés – quand vint le moment de les accomplir, Jésus était déjà mort. Mais il s’était donné lui-même et, de la sorte, il avait vraiment célébré la Pâque avec eux. L’ancienne Pâque n’était pas abolie ; elle était simplement portée à la plénitude de son sens.

Le lavement des pieds

Benoît XVI parle admirablement du lavement des pieds, qui est au cœur de l’Évangile du Jeudi saint (Jean 13,1-15) :

Revenons au chapitre 13 de l’Évangile de saint Jean. « Vous êtes purs », dit Jésus à ses disciples. Le don de la pureté est un acte divin. L’homme ne peut de lui-même se rendre acceptable à Dieu, quel que soit le système de purification qu’il suive. « Vous êtes purs » – l’admirable simplicité des paroles de Jésus résume en quelque sorte la grandeur du mystère du Christ, qui est que Dieu vient à nous pour nous purifier. La pureté est un don.

Mais une objection vient à l’esprit. Quelques versets plus loin, Jésus déclare : « Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. » (Jean 13,14–15) Cela ne suggère-t-il pas une conception purement morale du christianisme ?

Sacramentum et exemplum

Les Pères ont exprimé la différence entre ces deux aspects, ainsi que leur relation mutuelle, en utilisant les catégories de sacramentum et d’exemplum : par sacramentum ils n’entendent pas désigner un sacrement en particulier mais plutôt l’ensemble du mystère du Christ – sa vie et sa mort – par lequel il vient à nous, entre en nous par son Esprit et nous transforme. Mais précisément parce que ce sacramentum nous « purifie » vraiment, nous renouvelle de l’intérieur, il déclenche la dynamique d’une vie nouvelle. Le commandement de « faire comme Jésus a fait » n’est pas seulement un supplément moral au mystère, encore moins une antithèse au mystère. Il découle de la dynamique interne du don par lequel le Seigneur nous renouvelle et nous attire dans sa réalité.

Le don – le sacramentum – devient exemplum, un exemple, tout en demeurant don. Être chrétien est avant tout un don, qui se déploie ensuite selon une dynamique de vie et d’action qui procède du don.

En conclusion de sa réflexion sur le lavement des pieds, Benoît XVI écrit :

… En revenant sur l’ensemble du chapitre du lavement des pieds, nous pouvons dire que dans ce geste d’humilité, qui exprime l’ensemble du ministère de la vie et de la mort de Jésus, le Seigneur se tient devant nous comme le serviteur de Dieu – celui qui pour nous s’est fait celui qui sert, qui porte notre fardeau et qui nous accorde la vraie pureté, la capacité d’approcher Dieu. Dans le deuxième chant du serviteur souffrant, en Isaïe, il y a une expression qui annonce d’une certaine façon la théologie johannique de la Passion : Le Seigneur m’a dit, « Tu es mon serviteur, Israël, en qui je me glorifierai ».

Le Jeudi saint et le sacerdoce ministériel

Pendant les plusieurs années de ma prêtrise, je suis revenu d’innombrables fois à l’Évangile du Jeudi saint puiser la force et l’inspiration pour être ce que je m’efforce d’être chaque jour : un ministre ordonné qui garde vivant le souvenir de Jésus chez les gens et qui sert la communauté comme préposé au lavement des pieds. Quel incroyable modèle de sacerdoce nous offre l’Évangile de ce soir : le Seigneur et Sauveur du monde à genoux devant nous pour nous laver les pieds dans un geste d’humilité et de service !

La véritable nature de l’Eucharistie suppose un lien avec Dieu et avec la communauté. Nos destinées sont entrecroisées. C’est ce « tissage » qui est au cœur du sacerdoce de Jésus Christ et de notre sacerdoce. Quand nous recevons l’Eucharistie, nous avons part à celui qui se fait nourriture et boisson pour les autres. Ainsi doit-il en être de nous qui recevons le corps et le sang du Seigneur : notre vie, elle aussi, doit devenir le banquet des pauvres. Nous devons, nous aussi, devenir nourriture et boisson pour ceux et celles qui ont faim.

Par toute sa vie, Jésus est un modèle sacerdotal de compassion. Personne sacerdotale, il a vécu pour les autres, il a offert chaque personne et chaque chose au Dieu qui l’aimait. C’était alors et c’est toujours aujourd’hui la seule forme de sacerdoce qui change les choses, la seule qui compte. Le contraire du prêtre, c’est le consommateur : celui qui achète et qui accumule des choses. Une personne sacerdotale, c’est quelqu’un qui se dépense avec plaisir pour les autres. La célébration, ce soir, du repas du Seigneur nous invite à examiner ce que nous avons fait de notre baptême, et à nous demander en quoi nous sommes un peuple eucharistique et sacerdotal. Nous devons scruter notre propre sacerdoce, que ce soit le sacerdoce des baptisés ou le sacerdoce ministériel, et nous demander pour qui nous vivons réellement et qui nous aimons vraiment. Nous dépensons-nous avec plaisir pour les autres ?

Si je suis ministre ordonné et qu’on m’appelle « Père », ce n’est pas simplement parce que j’ai fait de longues études universitaires, parce que j’ai une bonne formation, un titre, ou une position privilégiée dans la société ou dans l’Église. Les crises qui affectent la prêtrise aujourd’hui dans le monde nous rappellent la futilité du prestige, des privilèges, du rang ou de la mobilité ascendante. Tout n’est en réalité qu’humble service et prière d’intercession pour ceux et celles que le Seigneur nous a confiés.

On est prêtre, en fin de compte, pour être serviteur. C’est dire que j’essaie de donner ma vie publiquement pour la communauté. Le titre de « Père » exprime la relation qui existe entre les prêtres et les personnes qu’ils servent. C’est là une relation aussi belle qu’intimidante et même terrifiante mais qui, dans le meilleur des cas, engendre la vie et communique l’amour. Jésus nous enseigne, dans ce grand récit de l’Évangile du Jeudi saint, que la vraie source de l’autorité dans l’Église vient de ce qu’on mène une vie de serviteur, de ce qu’on donne sa vie pour ses amis. La seule autorité, le seul pouvoir de la prêtrise, c’est l’autorité évangélique qui vient de ce qu’on vit le mystère pascal. Ce soir, en particulier, moi-même et tous les ministres ordonnés, nous devons nous demander : est-ce que j’agis vraiment comme celui qui garde vivant le souvenir de Jésus dans la communauté; comme quelqu’un qui fait naître l’acte de foi chez les gens; comme quelqu’un qui construit la communauté de Dieu qu’est l’Église ? Sommes-nous des serviteurs, des préposés au lavement des pieds ? Suivons-nous l’exemple de la vie et de la mort de Jésus Christ, le prêtre éternel de la compassion et du service ?

Je rends grâce à Dieu d’une manière toute spéciale pour le privilège que j’ai de rompre la Parole de Dieu pour le monde par le truchement des ces réflexions hebdomadaires. Merci pour les nombreux messages que je reçois de personnes, un peu partout à travers le monde, qui tirent profit de ces réflexions. Oremus pro invicem. Union de prière.

Le Jeudi saint en bref

Voici quelques grandes idées à retenir sur le Jeudi saint; elles sont tirées du Catéchisme de l’Église catholique.

De quelle façon le Christ s’est-il offert lui-même au Père ?

620. Toute la vie du Christ a été une libre offrande au Père pour accomplir son dessein de salut. Le Christ a donné « sa vie en rançon pour la multitude » (Marc 10,45) et réconcilié ainsi toute l’humanité avec Dieu. Sa souffrance et sa mort ont manifesté comment son humanité était l’instrument libre et parfait de l’amour divin qui désire le salut du genre humain.

Comment l’offrande de Jésus s’est-elle exprimée à la dernière Cène ?

621. À la dernière Cène avec ses apôtres, la veille de sa passion, Jésus a anticipé, c’est-à-dire qu’il a à la fois symbolisé et rendu présent le libre don de sa personne : « Ceci est mon corps livré pour vous » (Luc 22,19), « Ceci est mon sang répandu… » (Matthieu 26,28). Ainsi a-t-il à la fois institué l’Eucharistie comme « mémorial » (1 Corinthiens 11,25) de son sacrifice et institué ses apôtres comme prêtres de la nouvelle alliance.

Qu’est-il arrivé à l’agonie au jardin de Gethsémani ?

612. Malgré l’horreur que représentait la mort pour la sainte humanité de Jésus qui est « le chef des vivants » (Actes 3,15), la volonté humaine du Fils de Dieu est restée fidèle à la volonté du Père pour notre salut. Jésus a accepté la tâche de porter nos péchés dans son corps, « se faisant obéissant jusqu’à la mort » (Philippiens 2,8).

Quelles sont les conséquences du sacrifice du Christ sur la croix ?

622-623. Jésus a offert sa vie librement en sacrifice d’expiation, c’est-à-dire qu’il a fait réparation pour nos péchés par la totale obéissance de son amour jusqu’à la mort. Cet amour du Fils de Dieu « jusqu’au bout » (Jean 13,1) a réconcilié toute l’humanité avec le Père. Le sacrifice pascal du Christ rachète donc l’humanité d’une manière qui est unique, parfaite et définitive; et il rétablit pour elle la communication avec Dieu.

[1] Note du traducteur. Les citations faites ici de Jésus de Nazareth sont donc une traduction libre faite à partir de l’édition américaine (San Francisco, Ignatius Press, 2011).

Homélie du pape François pour le dimanche des Rameaux

Vous trouverez ci-dessous le texte de l’homélie du pape François telle que prononcée lors de la Messe du dimanche des Rameaux (9 avril 2017) en la Place Saint-Pierre au Vatican:

Cette célébration a comme une double saveur, douce et amère ; elle est joyeuse et douloureuse, car nous y célébrons le Seigneur qui entre dans Jérusalem et qui est acclamé par ses disciples en tant que roi. Et en même temps, le récit évangélique de sa passion est solennellement proclamé. C’est pourquoi notre cœur sent le contraste poignant et éprouve dans une moindre mesure ce qu’a dû sentir Jésus dans son cœur en ce jour, jour où il s’est réjoui avec ses amis et a pleuré sur Jérusalem.

Depuis 32 ans, la dimension joyeuse de ce dimanche a été enrichie par la fête des jeunes : les Journées Mondiales de la Jeunesse, qui sont célébrées cette année au niveau diocésain, mais qui sur cette Place connaîtront sous peu un moment toujours émouvant, d’horizons ouverts, avec le remise de la Croix par les jeunes de Cracovie à ceux du Panama.

L’Évangile proclamé avant la procession (cf. Mt 21, 1-11) décrit Jésus qui descend du mont des Oliviers monté sur un ânon, sur lequel personne n’est jamais monté. Cet Évangile met en exergue l’enthousiasme des disciples, qui accompagnent le Maître par de joyeuses acclamations et on peut vraisemblablement imaginer comment cet enthousiasme a gagné les enfants et les jeunes de la ville, qui se sont unis au cortège par leurs cris.  Jésus lui-même reconnaît dans cet accueil joyeux une force imparable voulue par Dieu, et il répond aux pharisiens scandalisés : « Je vous le dis, si eux se taisent, les pierres crieront » (Lc 19, 40).

Mais ce Jésus, qui selon les Écritures, entre justement ainsi dans la ville sainte, n’est pas un naïf qui sème des illusions, un prophète ‘‘new age’’, un vendeur d’illusions, loin de là : il est un Messie bien déterminé, avec la physionomie concrète du serviteur, le serviteur de Dieu et de l’homme qui va vers la passion ; c’est le grand Patient de la douleur humaine.

Donc, tandis que nous aussi, nous fêtons notre Roi, pensons aux souffrances qu’il devra subir au cours de cette Semaine. Pensons aux calomnies, aux outrages, aux pièges, aux trahisons, à l’abandon, à la justice inique, aux parcours, aux flagellations, à la couronne d’épines…, et enfin à la via crucis jusqu’à la crucifixion.

Il l’avait clairement dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive «  (Mt 16, 24). Il n’a jamais promis honneurs et succès. Les Évangiles sont clairs. Il a toujours prévenu ses amis que sa route était celle-là, et que la victoire finale passerait par la passion et la croix. Et cela vaut pour nous également. Pour suivre fidèlement Jésus, demandons la grâce de le faire non pas par les paroles mais dans les faits, et d’avoir la patience de supporter notre croix : de ne pas la rejeter, de ne pas la jeter, mais en regardant Jésus, de l’accepter et de la porter, jour après jour.

Et ce Jésus, qui accepte d’être ovationné tout en sachant bien que le ‘‘crucifie-[le]’’ l’attend, ne nous demande pas de le contempler uniquement dans les tableaux ou sur les photographies, ou bien dans les vidéos qui circulent sur le réseau. Non ! Il est présent dans beaucoup de nos frères et sœurs qui aujourd’hui, aujourd’hui connaissent les souffrances comme lui : ils souffrent du travail d’esclaves, ils souffrent de drames familiaux, de maladies… Ils souffrent à cause des guerres et du terrorisme, à cause des intérêts qui font mouvoir les armes et qui les font frapper. Hommes et femmes trompés, violés dans leur dignité, rejetés… Jésus est en eux, en chacun d’eux, et avec ce visage défiguré, avec cette voix cassée, il demande à être regardé, à être reconnu, à être aimé.

Ce n’est pas un autre Jésus : c’est le même qui est entré à Jérusalem au milieu des rameaux de palmiers et d’oliviers agités. C’est le même qui a été cloué à la croix et est mort entre deux malfaiteurs. Nous n’avons pas un autre Seigneur en dehors de lui : Jésus, humble Roi de justice, de miséricorde et de paix.

Vous pouvez également visionner la vidéo complète de cette célébration au lien suivant:

Aimer même nos ennemis : Le chemin de la Croix

Une réflexion pour le dimanche des Rameaux

Il y a deux lectures de l’Évangile pour ce dimanche, dimanche des Rameaux. D’abord, l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem (Matthieu 21,1-11). Cette Évangile est proclamée lors de la bénédiction des rameaux, qui nous unit aux foules qui ont crié « Hosanna ! » et ont acclamé Jésus comme leur roi, « Celui qui vient au nom du Seigneur » ! La deuxième lecture de l’Évangile est celle de la Passion selon Saint Matthieu (26,14-27,66).

Il n’est pas difficile à voir le contraste saisissant entre l’entrée de Jésus à Jérusalem et Sa souffrance et Sa mort dans la même ville quelques jours plus tard. Les mêmes foules qui ont proclamé Jésus comme leur roi, le Messie, le « Fils de David », Le mettront à mort sous l’accusation d’être « Roi des Juifs ». Les mêmes voix qui ont crié « Hosanna » hurleront « Crucifiez-Le ! » et verront leurs paroles réalisées.

Nous, nous voyons le contraste perturbant comme des gens qui voient la situation dans son ensemble. Nous voyons tout l’événement comme il s’est passé dans son intégralité, comme il s’est déroulé dans les pages de l’Évangile. Mais qu’en est-il pour Jésus ?

A-t-Il pensé que tout serait facile lorsqu’Il est entré à Jérusalem ? S’est-Il trompé en pensant que l’admiration du dimanche des Rameaux aboutirait dans un règne glorieux, qu’Il serait élevé sur les épaules de Ses admirateurs ? Est-ce que Jésus a été dupé par la jubilation des foules qui L’ont accueilli ?

Jésus entre à Jérusalem sûr de Sa mort. Non pas seulement qu’Il mourra, mais qu’Il sera trahi, qu’Il sera rejeté, qu’Il souffrira terriblement, et qu’Il sera tué. En effet, Jésus annonce Sa souffrance et Sa mort encore et encore dans l’Évangile. Il dit à Ses disciples : « Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué… » (Mc 8,31 ; Lc 9,22 ; cf. Mt 17,22). Il les avertit sévèrement : « Ouvrez bien vos oreilles à ce que je vous dis maintenant : le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes » (Lc 9,44 ; cf. Mt 17,23).

Alors pourquoi est-ce que Jésus leur permet-il de L’accueillir de cette façon ? Il n’a pas cessé de critiquer l’hypocrisie des Pharisiens, alors pourquoi ne pas réprimander l’hypocrisie de la foule – qui L’applaudit aujourd’hui mais qui L’abandonnera demain ? D’un côté, ce que la foule proclame est véridique. Jésus est véritablement celui pour qui ils ont attendu : le Messie, le roi, le Fils de David ! Leurs cris de joie ne sont pas vains : « Hosanna ! Hosanna au plus haut des cieux ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » Personne ne peut les prendre en défaut pour ne pas avoir dit la vérité !

En même temps, sous l’influence des grands prêtres, les anciens et les scribes, ils s’éloigneront de Lui, comme les disciples, L’abandonnant à l’agonie de la Croix. Pourquoi Jésus n’a-t-il pas protesté contre eux ? « Malheur à vous, hypocrites ! Ne savez-vous pas que Je viens pour mourir ? ». En fait, Jésus n’a pas protesté contre eux parce qu’Il sait qu’Il est venu mourir pour eux. Il n’a pas eu besoin de leur amour, là n’était pas la raison de Son silence, c’était plutôt Son amour pour eux.

Nous voyons dans ces deux lectures de l’Évangile l’exemple par excellence de l’enseignement de Jésus : « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent » (Lc 6,27 ; cf. Mt 5,44). Souvent nous pouvons penser que nous n’avons pas beaucoup de véritables ennemis dans notre vie. Il peut être difficile de trouver des personnes que nous haïssons vraiment. Plus souvent, c’est plutôt la tiédeur de nos proches qui nous blesse le plus. C’est quand les personnes que nous aimons sont silencieuses que nous souffrons le plus. C’est quand nos proches s’éloignent de nous que nous nous sentons le plus abandonnés. Parfois cet abandon est définitif, pour toujours. Parfois c’est de façon simple, dans le quotidien. Cependant, nous pouvons être blessés quand même.

En voyant ce qui se passe ce dimanche des Rameaux et ce qui se passera dans les jours qui suivront, nous découvrons l’approche de Jésus dans ces situations. « Aimez vos ennemis » n’est pas seulement une leçon à appliquer à nos ennemis les plus jurés. C’est aussi une attitude d’amour envers les petits ennemis que nous pouvons trouver cachés dans nos amis les plus proches. Nous n’acceptons pas ces fautes ou incohérences de nos voisins, de nos amis, ou des membres de nos familles simplement par obligation, ni parce que nous avons besoin de leur amour, ni parce que nous voulons avoir un visage doux tout en ayant un cœur aigre. Au contraire, nous acceptons même leurs faiblesses à cause de notre amour pour eux. Nous acceptons leurs faiblesses comme Jésus a accepté celles de la foule qui L’a accueilli à Jérusalem. Nous acceptons leurs faiblesses comme Jésus accepte nos faiblesses.

Jésus monte à Jérusalem afin de mourir pour la foule qui L’accueille. Jésus monte à Jérusalem pour être trahi non seulement par Ses ennemis – les grands prêtres, les anciens et les scribes –, mais aussi par Ses proches, Ses admirateurs et Ses disciples. Il entre à Jérusalem et souffre à mort dans Son amour pour chacun d’entre eux. Il accepte leur amour à cause de ce même amour qu’Il a pour eux. Accueillons-nous l’amour des autres comme Il accueille notre amour pour Lui ? Sommes-nous capables de les aimer même quand leurs « Hosannas » sont trompeurs ? Est-ce que nous les aimons comme Jésus nous aime ?

Hosanna ! Accueillons le Seigneur qui continue de venir à nous aujourd’hui !

Dimanche des Rameaux – 9 avril 2017

Isaïe 50,4-7
Philippiens 2,6-11
Matthieu 26,14-27,66

Pour me préparer à Pâques il y a quelques années, j’ai eu le privilège de faire une retraite, au début du Carême, sur les événements de la Semaine sainte : j’ai lu et médité le livre du pape Benoît XVI, Jésus de Nazareth – Tome 2, De l’entrée à Jérusalem jusqu’à la résurrection.[1] Ce livre devrait être une lecture obligée pour tous les évêques, les prêtres, les agents de pastorale et tous les catholiques sérieux qui veulent rencontrer Jésus de Nazareth et les mystères centraux de notre foi que nous célébrons cette semaine. Je ne peux concevoir de meilleure façon de se préparer à la Semaine sainte et à Pâques que de lire ce texte magistral. Je le recommande à tous ceux et celles qui ont trouvé utiles nos réflexions scripturaires hebdomadaires : il nourrira votre prière personnelle et vous aidera dans la prédication de la Parole de Dieu.

Chaque année pendant la Semaine sainte, nous accompagnons Jésus qui entre à Jérusalem au milieu des cris de la foule : « Hosanna ! » Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » Une journée débordante de louanges exaltées et de jubilation tandis que se profile à l’horizon une vague de haine, de destruction et de mort. Nous aussi, nous sommes happés par la foule qui acclame son Messie et son Roi quand il descend du mont des Oliviers… Il n’arrive pas entouré d’une escorte motorisée ou d’un cortège princier mais chevauche une bête de somme. Images frappantes de royauté, d’humilité et de divinité conjuguées dans ce tableau paradoxal où Jésus entre dans sa ville ! Pleine d’enthousiasme, la foule lui fait un triomphe, le dimanche des Rameaux, car elle voit en lui de Roi de paix, porteur de l’espérance. Plein de haine, cinq jours plus tard, le peuple exigera son exécution sur la croix.

Les récits évangéliques de la Passion décrivent comment les péchés de certaines factions du peuple et de leurs chefs au temps de Jésus ont donné naissance au complot qui entraîna la Passion et la mort du Christ, ce qui est une façon de suggérer une vérité fondamentale, à savoir que nous sommes tous en cause. Ce sont leurs péchés et nos péchés qui conduisent le Christ à la croix, et Lui en porte le poids de plein gré. À nous de tirer les leçons de ce qui est arrivé à Jésus et de nous interroger non seulement sur l’identité de ceux qui l’ont jugé, condamné et exécuté autrefois mais aussi sur ce qui a tué Jésus et sur les spirales vicieuses de violence, de brutalité et de haine qui continuent de Le crucifier aujourd’hui dans ses frères et sœurs de la famille humaine.

Le récit de la Passion en Matthieu

Cette année, nous lisons le récit de la Passion selon Matthieu (Matthieu 26,14 –27,66). Matthieu suit de près la source que Marc est pour lui mais avec quelques omissions (par exemple, Marc 14, 51-52) et quelques additions (par exemple, Matthieu 27, 3-10.19). Certaines additions indiquent qu’il s’est servi de traditions qui lui venaient d’ailleurs; d’autres tiennent à sa propre perspective théologique (par exemple, Matthieu 26,28 « … en rémission des péchés »; Matthieu 27,52). Dans son travail de rédaction, Matthieu a aussi modifié Marc pour certains détails mineurs. Mais on n’a pas besoin de supposer qu’il connaissait un autre récit de la Passion que celui de Marc.

En écoutant le récit de Matthieu, nous sommes saisis par la rencontre entre Jésus et son destin, rencontre rendue inévitable par l’attachement profond de Jésus à la mission qu’il a reçue de Dieu et par la résistance farouche du pouvoir de la mort. Dans le premier chapitre de son ouvrage sur Jésus de Nazareth, intitulé « L’entrée à Jérusalem », Benoît XVI nous invite à nous arrêter à Zacharie 9,9, le texte que Matthieu et Jean citent explicitement pour éclairer le sens du « dimanche des Rameaux » : « Dites à la fille de Sion : Voici ton roi qui vient vers toi, humble, monté sur une ânesse et un petit âne, le petit d’une bête de somme » (Mt 21,5; cf. Za 9,9; Jn 12,15). Benoît écrit (p. 4):

[Jésus] est un roi qui détruit les armes de guerre, un roi de paix et un roi de simplicité, un roi des pauvres. Finalement, nous avons vu qu’il règne sur un royaume qui s’étend de la mer à la mer et embrasse le monde entier. Les communautés qui rompent le pain en communion avec Jésus Christ nous ont rappelé que le nouveau royaume de Jésus, qui embrasse le monde entier de la mer à la mer, est le royaume de sa paix. À l’époque, on ne pouvait rien voir de tout cela…

Le sens d’Hosanna

Le mot « Hosanna » était à l’origine une formule de bénédiction des pèlerins que prononçaient les prêtres dans le Temple mais, une fois réuni à la deuxième partie de l’acclamation, « à celui qui vient au nom du Seigneur », il a pris un sens messianique. Il est devenu une façon de désigner celui que Dieu avait promis. La louange à Jésus devenait ainsi une salutation adressée à celui qui vient au nom du Seigneur, à celui qu’annonçaient et qu’acclamaient toutes les promesses.

Nous pouvons nous demander pourquoi le mot « hosanna » nous a été conservé en hébreu. Pourquoi les Évangiles ne l’ont-ils pas traduit en grec ? La traduction complète de l’ « hosanna » pourrait se lire ainsi : « À l’aide [ou : sauve-nous], de grâce, ô Fils de David. Béni au nom du Seigneur, celui qui vient. À l’aide [ou : sauve-nous], de grâce, ô Tout-puissant. » L’accueil que réserve la foule à Jésus aux cris de « hosanna », en appelant au secours, et le fait de brandir des branches de palmier évoquaient les formules rituelles de la fête de Soukkot, déjà politisée depuis qu’on s’en était servi pour le premier festival de l’Indépendance, la première Hanouka. L’utilisation de cette formule liturgique pour accueillir Jésus avait un but manifeste. L’entrée triomphale de Jésus dans Jérusalem sera suivie par la purification du Temple (Matthieu 21, 14-16). Ce scénario évoque la libération des Macchabée et ne peut que viser à fouetter les espoirs messianiques. La foule qui crie « hosanna » et brandit des rameaux sait parfaitement ce qu’elle fait.

Dans cette acclamation d’hosanna, nous voyons s’exprimer les émotions complexes des pèlerins qui accompagnaient Jésus et ses disciples : louange joyeuse de Dieu au moment de la procession d’entrée, espérance que l’heure du Messie soit arrivée et, en même temps, prière pour que soit rétablie la monarchie davidique et par conséquent la royauté de Dieu sur Israël (Jésus de Nazareth, p. 8-10).

« Hosanna », c’est un appel à l’aide urgent, une demande de salut d’une validité universelle. Ce cri n’a jamais cessé de convenir à la condition humaine. C’est d’un mot une prière qui a la faculté politique de déstabiliser les oppresseurs où qu’ils se trouvent, aujourd’hui comme autrefois, une prière qu’il faudrait donc traduire et comprendre.

Le prophète de Nazareth

Au commencement, quand les gens écoutaient le prophète de Nazareth, il ne semblait avoir aucune importance pour Jérusalem et les habitants de la ville sainte ne le connaissaient pas. La foule qui rend hommage à Jésus aux portes de la ville n’est pas celle qui réclamera plus tard sa crucifixion. Dans ce tableau en deux temps de l’échec à reconnaître Jésus – par une combinaison d’indifférence et de peur – Benoit XVI estime que nous entrevoyons quelque chose de la tragédie de la ville que Jésus avait évoquée à quelques reprises, et d’une façon particulièrement poignante dans son discours eschatologique.

Les accents uniques de la Passion selon Matthieu

Pour Matthieu, l’ultime point tournant de l’histoire de Jésus, c’est sa mort et sa résurrection. À l’instant même de la mort de Jésus, mort acceptée en fidélité à sa mission, une vie nouvelle éclate : la terre tremble, les rochers se fendent, les tombeaux s’ouvrent et les saints qui étaient morts ressuscitent pour entrer triomphalement dans la cité de Dieu. En écrivant ces paroles, Matthieu pense à la grande vision des ossements desséchés d’Ézéchiel 37. Dieu insuffle l’esprit aux ossements, et les morts ressuscitent pour former un peuple nouveau. Matthieu croit que de la mort de Jésus surgit une vie nouvelle pour le monde; de la mort apparente de la mission judéo-chrétienne à Israël, la communauté primitive ressuscite pour envelopper le monde méditerranéen et former un peuple nouveau de Juifs et de Gentils. La mort-résurrection n’est pas seulement le modèle du destin de Jésus, elle deviendra aussi le modèle du destin de la communauté elle-même au sein de l’histoire.

Le sens aujourd’hui

Qu’est-ce que la passion de Matthieu a à nous dire aujourd’hui ? Je suis convaincu qu’elle nous offre des lunettes bibliques à travers lesquelles observer le moment actuel de l’histoire de l’Église et du monde. Ce n’est pas seulement de l’Église mais aussi du monde dans lequel nous vivons que nous recevons notre ordre de marche et nos plans pastoraux pour la mission. Le drame biblique bouleversant que présente la passion de Matthieu nous enseigne que les événements que nous tenons souvent pour des « événements profanes », même ceux qui provoquent dommages et destruction, qui suscitent la terreur et l’aveuglement, nous guident en réalité vers l’avenir de Dieu pour nous, et plantent le décor de la révélation que Dieu nous fera de lui-même.

Acclamer le Seigneur dans l’Eucharistie

Je conclus en reprenant les propos du pape émérite Benoît sur la scène de ce dimanche des Rameaux (p.11) :

L’Église acclame le Seigneur dans la Sainte Eucharistie comme celui qui vient aujourd’hui, celui qui est entré chez elle. En même temps, elle l’acclame comme celui qui continue de venir, celui qui nous guide vers son avènement. Pèlerins, nous allons à lui ; pèlerin, il vient à nous et nous prend avec lui dans son ‘ascension’ vers la croix et la résurrection, vers la Jérusalem définitive qui grandit déjà au milieu de ce monde dans la communion qui nous unit à son corps.

[1] Note du traducteur. Les citations faites ici de Jésus de Nazareth sont donc une traduction libre faite à partir de l’édition américaine (San Francisco, Ignatius Press, 2011).

Que fait Dieu face au mal ?

Une réflexion pour le cinquième dimanche du Carême

La question est souvent posée : « Si Dieu est bon, pourquoi le mal existe-il dans le monde ? ». Souvent ce dilemme est même employé comme un preuve que Dieu n’existe pas – si Dieu est infiniment bon et tout-puissant, ne peut-il pas empêcher tout ce qui est mauvais ?

L’Évangile du cinquième dimanche de Carême (Jean 11,1-45) éclaire cette question qui hante l’humanité depuis des siècles. Que fait Dieu face au mal ? Quelle est Sa réaction face à la souffrance ?

Dans l’Évangile de ce dimanche, Jésus vient de fuir la Judée où les juifs ont tenté de Le lapider à mort. Là, sur l’autre côté du Jourdain, Il reçoit des nouvelles de Marie et Marthe de Béthanie, deux milles à peine de Jérusalem au cœur de la Judée. Elles font passer un mot à propos de leur frère Lazare, ami intime de Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade ». Jésus rassure Ses disciples en disant : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu… » Après deux jours, Jésus leur dit : « Revenons en Judée… Lazare, notre ami, s’est endormi ; mais je vais aller le tirer de ce sommeil ». Les disciples protestent et répliquent que si Lazare est simplement endormi, tout va bien. Jésus précise : « Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ! »

Arrivé à Béthanie, Jésus apprend que Lazare est déjà au tombeau depuis quatre jours. Marie et Marthe sont tout naturellement désemparées et dévastées. Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort ». Jésus lui dit, « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » Elle répond : « Oui, Seigneur, je le crois ». Puis elle appelle Marie, qui adresse à Jésus les mêmes paroles que celles dites par sa sœur : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort ». Ensuite, elle se met à pleurer aux pieds de Jésus. Ceux qui sont venus avec elle pleurent aussi. L’Évangile nous raconte que Jésus « en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé ». Il demande : « Où l’avez-vous déposé ? » Puis, Jésus se mit à pleurer.

Jésus les accompagne au tombeau. Il donne l’ordre d’enlever la pierre. L’Évangile dit qu’il sentait déjà ; le corps de Lazare avait déjà commencé à se décomposer. Jésus crie d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! » Lazare sortit, les mains et les pieds liés par des bandelettes, le visage enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller ».

Que voyons-nous dans la réaction de Jésus à cette situation ?

Jésus est informé que Lazare est malade. Jésus dit que cette maladie ne conduit pas à la mort. Deux jours après, sans aucune autre nouvelle de Marie et Marthe, Jésus sait que Lazare est mort et se met en route afin de le tirer de ce sommeil. Au début  Jésus a-t-il sous-estimé la maladie de Lazare? Sûrement pas. Jésus sait que Lazare mourra de cette maladie, mais Il dit quand même, « cette maladie ne conduit pas à la mort ».

Que signifie cela pour nous ? Jésus sait que Lazare mourra, mais Il sait aussi que la mort n’aura pas le dernier mot. Il y a quelque chose de plus grand que sa maladie. Cette maladie ne conduit pas à la mort, mais à la résurrection.

Jésus se risque en Judée avec l’intention formelle de ressusciter Lazare. Il n’a aucun doute. Arrivé à Béthanie, Il proclame à Marthe : « Moi, je suis la résurrection et la vie. » Jésus sait qu’Il ressuscitera Lazare. Tout de suite après, Jésus rencontre Marie, et Il pleure. Pourquoi ?

Jésus ne se met pas à pleurer parce qu’Il a perdu toute espérance. Il ne se met pas à pleurer parce que Lazare est éternellement perdu. Il ne se met pas à pleurer parce qu’ Il ne verra plus Son ami. Jésus sait que Lazare sera ressuscité.

Au contraire, Jésus se met à pleurer à cause de la souffrance de Marie et de Marthe. Il ne se met pas à pleurer parce que leur souffrance est désespérée ni parce que leur souffrance n’a aucun sens. Jésus sait que leur tristesse se transformera en joie lorsqu’Il ressuscitera leur frère de la mort. Pourtant Jésus pleure quand même. Il est saisi d’émotion, Il est bouleversé et Il pleure.

Dieu n’est pas aveugle à notre souffrance. Il voit notre douleur, notre chagrin, et nos soucis. Il voit le mal dans le monde. Il voit les enfants qui n’ont rien à manger. Il voit les familles brisées par la haine et la discorde. Il voit les bébés nés avec des graves maladies. Il voit les personnes prises par la dépendance. Il voit les personnes qui sont abusées et maltraitées. Il voit notre tristesse à la perte d’êtres chers. Et Il pleure. Dieu pleure face à notre souffrance. Il nous aime comme Jésus a aimé Lazare. Il est saisi d’émotion et Il est bouleversé. Mais Sa réponse ne se termine pas par Ses larmes. Sinon, la souffrance, le mal, la mort auraient le dernier mot.

Au contraire, Dieu veut nous faire sortir des tombeaux qui nous étouffent. Il veut nous délier et nous rendre libres. Et c’est justement cela qu’Il fait. C’est la raison pour laquelle Jésus est venu. Non seulement du Jourdain jusqu’à la Judée, mais aussi du ciel jusqu’à la terre. Et cela non seulement pour ramener Lazare à la vie et le sortir du tombeau après quatre jours, mais aussi pour nous ramener à la vie, nous sortir de notre souffrance, de notre tristesse, de nos douleurs, et finalement pour nous ressusciter nous aussi de la mort à la vie éternelle. Jésus est la résurrection et la vie. Il vient nous ressusciter et nous donner la vie éternellement.

Peu importe combien de temps nous avons été enfermés dans le tombeau, peu importe à quel point la situation est grave ou le problème sérieux – peu importe même si ça sent –, Dieu aura toujours le dernier mot. Cela peut nous paraître peu clair. Cela peut nous conduire à dire avec Marthe et Marie : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. ». Il est possible que la peine dure ou que la blessure demeure. Mais Dieu voit. Dieu sait. Notre peine ne Lui est pas étrangère. Il pleure avec nous. Il nous donne l’espérance face à nos blessures. Il dit à notre sujet ce qu’Il a dit aux disciples à propos de Lazare : « Allons auprès de lui ! », « Allons auprès d’elle ! ». Il vient et Il se tient debout aux pieds de notre tombeau afin de nous ressusciter. Écoutons Sa voix lorsqu’Il crie fortement notre nom ! Alors, nous aussi, nous ressusciterons de la profondeur de la mort. Face au mal, face à la souffrance, Dieu pleure et Il vient nous ramener de la mort à la vie.

Chasser l’aveuglement : retrouver la vue dans la lumière du Christ

Une réflexion pour le quatrième dimanche du Carême

Il est difficile d’imaginer à quel point la vie serait différente si nous étions nés aveugles. Comment fonctionnerions-nous ? Comment percevrions-nous le monde ? Mais est-ce que la cécité physique est la seule sorte d’aveuglement ? S’agit-il du pire type d’aveuglement ?

Le quatrième dimanche du Carême nous montre que ce n’est pas le cas. Il nous est présenté l’Évangile du mendiant aveugle de naissance (Jean 9,1-41). Le récit commence lorsque Jésus arrive sur les lieux avec Ses disciples. Tout de suite, ils Lui demandent : « Qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? ». « Ni lui, ni ses parents », réplique Jésus. C’était plutôt pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. Jésus termine : « Je suis la lumière du monde. » Puis, Il crache à terre, Il fait de la boue, Il la met sur les yeux du mendiant, et Il l’envoie se laver à la piscine de Siloé. Miraculeusement, quand l’homme revient, il voit.

Les voisins de l’aveugle-né sont sceptiques : « Comment est-ce possible ? ». Celui-ci répond simplement : « L’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, il me l’a appliquée sur les yeux et il m’a dit : ‘Va à Siloé et lave-toi.’ J’y suis donc allé et je me suis lavé ; alors, j’ai vu. ». Incrédules, ils l’amènent aux Pharisiens. Là, il raconte une deuxième fois ce que Jésus a fait pour lui. La stratégie des Pharisiens est de discréditer Jésus en en faisant un pécheur. Dans l’échange qui suit, même les parents de l’homme sont interrogés pour confirmer qu’il était véritablement né aveugle. Doute sur doute sur doute.

Jésus revient à l’homme, qui proclame sa foi toute simple, pas du tout affectée par le cynisme qui l’entoure : « Je crois, Seigneur ! ». Les Pharisiens inquisiteurs reviennent une fois encore. Ils demandent à Jésus : « Serions-nous aveugles, nous aussi ? ». La réponse de Jésus met un point final qui résume tout l’événement : « Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais à partir du moment où vous dites : ‘Nous voyons !’, votre péché demeure. »

Que tirons-nous de tout cela ?

Dès le début, les disciples, les voisins, et les Pharisiens nous révèlent quelque chose sur notre nature humaine. Les disciples pointent leurs doigts accusateurs. Sûrement, ce doit être la faute de quelqu’un dans le cas d’un homme né aveugle. Alors, qui est coupable ? – Le mendiant ou ses parents ? Ses voisins se joignent au cynisme des disciples. Au lieu de se réjouir du fait que leur voisin peut finalement voir, ils sont méfiants. Ne trouvant aucune autre façon d’expliquer la situation, les Pharisiens ont recours à une accusation contre Jésus, et Lui trouvent comme une fraude.

Comme il est facile de tomber dans le même piège ! Quand nous ne comprenons pas, quand nous ne maitrisons pas une situation, nous nous sentons menacés ! Alors nous devenons méfiants, nous accusons les autres, nous fabriquons des histoires. Nous sommes alors absorbés par notre propre perspective et nous perdons de vue l’ensemble. Nous pensons seulement à notre propre bien au détriment du bien des autres. Pourquoi est-il si difficile de se réjouir et d’apprécier les bonnes choses qui arrivent aux autres ? Pourquoi est-ce que les hommages et les succès qui arrivent aux autres nous rendent-ils malheureux ou mal-à-l’aise ? Quel aveuglement nous empêche de voir la bonté qui nous entoure ? Et comment sortir de cet aveuglement ?

Jésus donne à Ses disciples le secret pour guérir leur aveuglement même avant qu’Il commence à guérir l’homme né aveugle. Il leur dit : « Je suis la lumière du monde. ». Voilà le remède à leur aveuglement. L’homme aveugle de naissance manifeste la puissance de Dieu en révélant le remède à notre aveuglement. Le remède qui nous rend capable de voir véritablement : c’est Jésus !

L’aveuglement des Pharisiens prend racine dans leur manque d’assurance. Ils ne peuvent pas accepter que Jésus fasse du bien de peur que cela mette en péril leur statut dans la société. Leur vision était si obscurcie par leur volonté d’avoir raison qu’ils étaient incapables de se réjouir lorsque l’homme né aveugle fut définitivement guéri. Ils étaient à ce point absorbés par leurs tentatives de prouver leur supériorité face aux autres que leurs manigances les ont empêchés de voir la puissance de la bonté de Dieu. Leur attachement à leur propre perspective a brouillé leur vision les empêchant de voir les choses à partir de la perspective de Dieu.

Jésus est la vraie lumière par laquelle nous sommes capables de nous voir nous-même et notre voisin. Dieu voit les choses comme elles sont véritablement. Jésus nous révèle la perspective de Dieu. Il est l’antidote à notre cynisme, notre doute, et notre méfiance qui nous empêchent de voir clairement la réalité. Ils obscurcissent notre vision et nous portent à trébucher. Si nous doutons de la bonté de Dieu, nous aussi, nous devenons insécures. Nous pouvons faire passer notre manque d’assurance sur les autres, et nous pouvons être tentés de les rabaisser afin de réussir. Nous pouvons les ignorer afin de nous rassurer. Nous pouvons échouer à voir notre vraie valeur. L’orgueil et l’égoïsme s’installent quand nous ne nous voyons pas comme Dieu nous voit. Alors, nous essayons de compenser en prétendant être meilleurs que les autres, en les rabaissant pour nous sentir mieux. Comme dans le cas des Pharisiens, notre aveuglement face à la vérité sur les autres vient de notre aveuglement face à la vérité sur nous-même.

La cure c’est de croire avec la foi simple de l’homme né aveugle : « Je crois, Seigneur ! ». Cette cure nous permet de voir la vérité sur nous-mêmes, de nous voir à travers la lumière de Jésus. Dans Sa lumière, nous nous voyons tels que nous sommes véritablement. Nous nous voyons comme Dieu nous voit. Nous voyons que Dieu nous aime vraiment, nous voyons que Dieu nous a créés, et nous voyons qu’en Jésus, Dieu est venu pour racheter nos péchés. Nous voyons ainsi que Dieu est vraiment miséricordieux, qu’Il se réjouit de nous pardonner. Nous voyons que le pardon de Dieu n’est pas seulement pour toute l’humanité globalement, mais aussi pour chacun de nous, pour moi personnellement. Nous voyons que Dieu veut ce qui est véritablement bon pour nous, et qu’Il ne se fatigue jamais de nous accueillir encore et encore, les bras ouverts. Nous voyons que nous sommes bons à Ses yeux. Lorsque nous voyons par la lumière du Christ, nous commençons à voir véritablement.

Quelle menace est-ce que l’homme né aveugle représentait pour les Pharisiens ? Pourquoi est-ce que ses voisins n’ont pas accepté qu’il soit guéri ? La guérison de cet aveugle menaçait l’aveuglement des Pharisiens. Leur aveuglement les a empêchés de voir la lumière qui vient de Jésus. Leurs yeux sont restés fermés à la vérité sur eux-mêmes, et donc ils n’ont pas pu accepter la vérité sur Dieu et sur les autres. Jésus vient illuminer notre vision afin que nous puissions voir la bonté de Dieu – à l’œuvre dans notre vie et la vie de nos voisins. Il ouvre nos yeux afin que nous puissions voir véritablement.