« Verso l’Alto » par le Bienheureux Pier Giorgio Frassati

Le 4 juillet est la fête (mémoire) du Bienheureux Pier Giorgio Frassati. Le texte qui suit est l’homélie du Père Thomas Rosica csb. telle que prononcée le lundi 14 juillet 2008 à l’occasion des Journées Mondiales de la Jeunesse de Sydney. Elle fut prononcée durant la vigile de prière et d’adoration eucharistique où était présent le corps de Pier Giorgio Frassati dans la cathédrale St. Mary’s de Sydney en Australie.

Comme à Sydney, la dépouille de Pier Giorgio Frassati a été transportée de Turin à Rio de Janeiro pour les JMJs au Brésil.

« Chers amis,

Chères Wanda et Giovanna,

Nièces du bienheureux Pier Giorgio Frassati.

Quel honneur et quel privilège d’être avec vous ici ce soir à la cathédrale St. Mary de Sydney en Australie ! Conduits par un groupe de jeunes canadiens de CCO (Catholic Christian Outreach), l’un des mouvements étudiants catholiques les plus remarquables de notre nation, nous nous sommes rassemblés pour adorer Jésus, don de Dieu pour la vie du monde. Des jeunes du monde entier viennent aussi ici pour prier autour de la dépouille mortelle du bienheureux Pier Giorgio Frassati au cours des Journées mondiales de la jeunesse 2008.

Nous venons d’entendre quel est le projet pour le christianisme dans ce magnifique texte des Béatitudes de l’Évangile de Matthieu (5, 1-12). Les Béatitudes dans le sermon du Christ sur la montagne sont une recette pour la sainteté extrême. Chaque crise que l’Église affronte, chaque crise à laquelle le monde doit faire face, est une crise de la sainteté, est une crise de saints.

S’il y a une époque où les jeunes hommes et femmes ont besoin d’authentiques héros, c’est la nôtre. L’Église croit que les saints et les bienheureux, leurs prières et leurs vies, sont pour les personnes sur la terre; que la sainteté, comme un honneur terrestre n’est pas convoitée par les saints et les bienheureux eux-mêmes.

Qu’est-ce qui fait que le bienheureux Pier Giorgio Frassati est si unique et si spécial ? Il est né en 1901, au tournant du siècle dernier à Turin, en Italie. Le 4 juillet 2008 a marqué le 83ème anniversaire de l’entrée de Pier Giorgio Frassati dans la vie éternelle. Athlétique, plein de vie, toujours entouré d’amis qu’il inspirait par sa vie, Pier Giorgio n’a pas choisi de devenir prêtre ou religieux, préférant donner témoignage à l’évangile comme laïc. Il n’a jamais fondé un ordre religieux ou initié un nouveau mouvement ecclésial. Il n’a pas dirigé d’armée et n’a jamais été élu à un poste public. La mort est venue avant qu’il ait pu recevoir son diplôme universitaire. (Le diplôme lui a été remis à titre posthume en 2001). Il n’a jamais eu la chance de commencer une carrière ; en fait, il n’avait pas même découvert ce que sa vocation pouvait être. C’était simplement un jeune homme amoureux de sa famille et de ses amis, amoureux des montagnes et de la mer, mais surtout amoureux de Dieu. [Read more…]

Le Royaume exige que nous fassions la volonté de Dieu

Dixième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 10 juin 2018

L’épisode évangélique d’aujourd’hui, celui des scribes incrédules venus de Jérusalem et qui attribuent à Béelzéboul les pouvoirs de Jésus (Marc 3,20-35), s’inscrit à l’intérieur de la visite des parents de Jésus. « Béelzéboul » est un nom divin cananéen qui désigne ici le prince des démons. On trouve dans le Nouveau Testament un certain nombre de passages où on tente d’établir un lien entre Jésus et Satan (Matthieu 9,34; 10,25; 12,24.27; Jean 7.20; 8.48.52). Ces incidents ne remontent pas seulement à la vie de Jésus mais reflètent probablement aussi les tensions entre l’Église primitive et la synagogue. Quand Jésus demande : comment Satan peut-il expulser Satan (v. 23b), il affirme simplement que toute entité qui se divise est vouée à disparaître, qu’il s’agisse d’un royaume, d’une famille ou de Satan lui-même. Jésus n’a aucun lien de parenté avec Satan; il en est l’ennemi redouté.

Les liens de parenté

En plein milieu de cette controverse, Jésus apprend que sa mère et ses frères et sœurs viennent d’arriver (v. 32). Pendant toute la vie terrestre de Jésus, deux groupes se sont sentis particulièrement proches de lui : d’abord, le cercle immédiat de sa famille à Nazareth, qui pensait l’avoir perdu au profit des Douze; puis le groupe des Douze, sa famille spirituelle. Il y eut plusieurs moments de tension voire d’hostilité entre les deux groupes. Ni l’un ni l’autre n’a saisi la véritable identité de Jésus.

Jésus enseigne à ses proches que ses disciples lui sont indispensables et qu’ils sont essentiels à son nouveau ministère. Mais ce nouveau groupe représente une menace pour sa parenté (v. 33-35). Quand la famille de Jésus dit de lui qu’il a perdu la tête, elle laisse entendre qu’il est possédé. C’est ce qu’affirment explicitement les scribes venus de Jérusalem: « il est possédé par Béelzéboul ».

La famille de Jésus a de bonnes raisons de le tenir pour excentrique et de penser qu’il a « perdu la tête » car sa vie est axée sur autre chose que ce autour de quoi tourne l’existence de sa famille ou celle des gens de son époque. Ce qui est au centre de la vie de Jésus apparaît au verset 35: c’est de faire la volonté de Dieu. Faire la volonté de Dieu, voilà ce qu’exige le royaume; les liens de parenté sont secondaires. La bonne nouvelle de l’évangile, avec sa promesse et ses exigences, c’est que quiconque fait la volonté de Dieu n’est pas seulement le frère, la sœur et la mère de Jésus mais devient par le fait même profondément et authentiquement lui-même.

Le péché impardonnable contre l’Esprit Saint

L’esprit qui opère en Jésus, celui par lequel il chasse les démons, c’est le Saint-Esprit de Dieu. Le texte de l’évangile d’aujourd’hui contient aussi une mystérieuse allusion au péché ou au blasphème contre l’Esprit Saint (v. 29). Pourquoi le blasphème contre l’Esprit Saint est-il impardonnable? Le blasphème, ce n’est pas insulter l’Esprit Saint en paroles; c’est en fait refuser d’accepter le salut que Dieu nous offre par l’Esprit Saint, qui agit par la puissance du Christ crucifié. Si Jésus dit que le blasphème contre l’Esprit Saint ne peut être pardonné ni en cette vie ni dans l’autre, c’est que le non-pardon est lié à la non-repentance, au refus radical de la conversion. Seuls ceux qui se ferment au pardon en sont exclus.

Si nous nous enfermons dans le péché, fermant ainsi la porte à notre conversion et donc au pardon des péchés, qui ne nous importe pas, nous entrons dans un état de perte et de destruction spirituelle. Le blasphème contre l’Esprit Saint nous empêche d’échapper à l’enfermement que nous nous sommes imposé et d’accéder ainsi à la purification de la conscience et au pardon des péchés.

Faire la volonté de Dieu

L’axe central de la vie pour Jésus, c’est de faire la volonté du Père. C’est ce qu’exige le royaume. La volonté de Dieu est avant tout le projet global de Dieu pour l’univers et pour l’histoire. C’est le plan merveilleux en vertu duquel le Père « nous a prédestinés à être pour lui des enfants adoptifs par Jésus le Christ, selon le bon plaisir de sa volonté » (Éphésiens 1,5). La formule « que ta volonté soit faite » peut aussi renvoyer à toute expression particulière de la volonté de Dieu. Cette « volonté » doit être faite avant tout par Dieu lui-même; c’est Dieu qui accomplit son dessein de salut pour le monde.

Loin de désigner une résignation passive et démunie au destin ou aux circonstances, la « volonté de Dieu » dépasse nos rêves les plus fous et révèle l’immense sollicitude de Dieu, sa providence miséricordieuse pour chacune et chacun de nous. Laisser s’accomplir en nous la volonté de Dieu exige de notre part un oui conscient et résolu, un « fiat » et un lâcher-prise suave, parfois doux-amer, afin que quelque chose de grand puisse s’accomplir en nous, par nous, à cause de nous voire en dépit de nous.

Dans l’homélie-programme qu’il a prononcée le 24 avril 2005 lors de son intronisation au siège de saint Pierre, Benoît XVI a déclaré : « Chers amis ! En ce moment, je n’ai pas besoin de présenter un programme de gouvernement… Mon véritable programme de gouvernement est de ne pas faire ma volonté, de ne pas poursuivre mes idées, mais, avec toute l’Église, de me mettre à l’écoute de la parole et de la volonté du Seigneur, et de me laisser guider par lui, de manière que ce soit lui-même qui guide l’Église en cette heure de notre histoire. »

Représentez-vous Joseph Ratzinger, devenu Benoît XVI, un des plus grands esprits et des plus grands théologiens de l’Église, en train d’annoncer à l’Église et au monde qu’il n’est pas venu faire sa volonté mais se mettre à l’écoute, avec toute l’Église, de la parole et de la volonté du Seigneur, se laisser guider par le Seigneur pour que ce soit le Seigneur lui-même qui dirige l’Église à cette heure de notre histoire! Paroles puissantes que chacune, chacun devrait méditer!

Les saints sont des excentriques

Combien de fois n’avons-nous pas pensé que les saints ne sont que des « excentriques » dont l’Église fait des modèles, des personnes bien peu représentatives et coupées de l’expérience humaine. Il est certainement vrai que ces hommes et ces femmes font été des « excentriques » au sens littéral du mot : ils ont dévié du centre, de l’usage commun, des façons de faire habituelles, des méthodes reçues. Mais on peut aussi comprendre que les saintes et les saints ont occupé le « centre radical ». Loin d’être mesurée ou modérée, la réponse des saints à l’amour extravagant de Dieu est tout aussi immodérée : elle se caractérise par une fidélité et un engagement total. G. K. Chesterton disait: « ces gens-là ont exagéré ce que le monde et l’Église ont oublié ».

La réalité qui explique toute la réalité

Dans la deuxième lecture d’aujourd’hui, tirée de la seconde lettre de saint Paul à la communauté de Corinthe (4,13-5,1), Paul proclame sa foi : il affirme la vie éternelle qui croit en lui lorsqu’il marche vers sa mort. Paul imagine que Dieu le présente à Jésus avec les fidèles de Corinthe au moment de la parousie et du jugement. Aux versets 16-18, Paul explique la portée de sa foi en la vie. La vie n’est pas seulement déjà présente et en train de se révéler mais elle va dépasser l’expérience d’affliction et de mort qu’il connaît actuellement : elle est éternelle. Pour Paul, le fait de mourir et de ressusciter avec le Christ est la réalité qui explique toute la réalité, la réalité qui révèle le vrai visage de Dieu. Le Dieu de Jésus crucifié s’est révélé non pas dans un spectacle extérieur de puissance et de splendeur mais dans la merveille de ce qui ne semble que faiblesse et fragilité humaine.

Réconciliation et pénitence

Dans le contexte de l’évangile d’aujourd’hui, lisez le paragraphe n° 17 de l’exhortation apostolique post-synodale de Jean-Paul II sur la Réconciliation et la Pénitence (1984).

« Dans une autre page du Nouveau Testament, plus précisément dans l’Évangile de Matthieu, Jésus lui-même parle d’un « blasphème contre l’Esprit Saint » qui « ne sera pas remis », parce qu’il consiste, dans ses diverses manifestations, à refuser avec obstination la conversion à l’amour du Père des miséricordes.

Il s’agit, bien entendu, d’expressions extrêmes et radicales: le refus de Dieu, le refus de sa grâce et, par conséquent, l’opposition au principe même du salut ; par là l’homme semble volontairement s’interdire la voie de la rémission. Il faut espérer que très peu d’hommes aient la volonté de s’obstiner jusqu’à la fin dans cette attitude de révolte ou de défi ouvert contre Dieu, lequel, par ailleurs, comme nous l’enseigne encore saint Jean, « est plus grand que notre cœur » dans son amour miséricordieux et peut vaincre toutes nos résistances psychologiques et spirituelles, si bien que, comme l’écrit saint Thomas d’Aquin, «il ne faut désespérer du salut de personne en cette vie, en raison de la toute-puissance et de la miséricorde de Dieu ».

Mais, face à ce problème de la rencontre d’une volonté rebelle avec Dieu infiniment juste, on ne peut pas ne pas nourrir des sentiments de «crainte et tremblement» salutaires, comme le suggère saint Paul ; tandis que l’avertissement de Jésus à propos du péché « qui ne peut être remis » confirme l’existence de fautes qui peuvent attirer sur le pécheur la peine de la «mort éternelle ».

A la lumière de ces textes de la sainte Écriture et d’autres, les docteurs et les théologiens les maîtres spirituels et les pasteurs ont distingué entre les péchés mortels et les péchés véniels. Saint Augustin, notamment, parlait de letalia ou de mortifera crimina, les opposant à venialia, levia ou quotidiana. Le sens qu’il a donné à ces qualificatifs influencera ultérieurement le Magistère de l’Église. Après lui, saint Thomas d’Aquin formulera dans les termes les plus clairs possible la doctrine devenue constante dans l’Église.

En établissant cette distinction entre les péchés mortels et les péchés véniels, et en les définissant, la théologie du péché de saint Thomas et de ceux qui la continuent ne pouvait ignorer la référence biblique et, par conséquent, le concept de mort spirituelle. Selon le Docteur angélique, pour vivre selon l’Esprit, l’homme doit rester en communion avec le principe suprême de la vie, Dieu même, en tant que fin ultime de tout son être et de tout son agir. Or le péché est un désordre provoqué par l’homme contre ce principe vital. Et quand, «par le péché, l’âme provoque un désordre qui va jusqu’à la séparation d’avec la fin ultime – Dieu – à laquelle elle est liée par la charité, il y a alors un péché mortel; au contraire, toutes les fois que le désordre reste en-deçà de la séparation d’avec Dieu, le péché est véniel». Pour cette raison, le péché véniel ne prive pas de la grâce sanctifiante, de l’amitié avec Dieu, de la charité, ni par conséquent de la béatitude éternelle, tandis qu’une telle privation est précisément la conséquence du péché mortel.

En outre, considérant le péché sous l’aspect de la peine qu’il entraîne, saint Thomas avec d’autres docteurs appelle mortel le péché qui, s’il n’est pas remis, fait contracter une peine éternelle; véniel, le péché qui mérite une peine simplement temporelle (c’est-à-dire partielle et qui peut être expiée sur terre ou au purgatoire). »

Faire notre demeure en Jésus

Cinquième dimanche de Pâques, Année B – 29 avril 2018

Dans l’évangile de Jean (15,1-8) que nous lisons pour ce 5e dimanche de Pâques, on nous présente l’image de la vigne et des sarments pour exprimer la relation entre le Christ et ses disciples. À prime abord, cela nous paraît bien simple, mais en regardant de plus près, nous sommes soudainement remplis d’un sentiment de mystère, d’émerveillement et de beauté, nous laissant toujours l’envie d’en vouloir plus.

Les sarments d’une vigne ont une relation intime avec le vin, dépendant de lui à tout moment et ne formant qu’un seul organisme avec lui. Le vin qui peut être un produit un peu étranger dans nos climats du Nord, est un aliment naturel pour toute personne du Moyen- Orient, où beaucoup de familles possèdent une vigne, un figuier ou des oliviers dans leurs jardins.

Jésus raconte aux personnes qui le suivent qu’il est la vigne véritable et qu’elles sont les sarments dont le devoir est de porter du fruit en partageant sa vie:

« Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron. Demeurez en moi, comme moi en vous. Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voudrez, et vous l’obtiendrez. En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. »

Bien que les images du Christ comme roi et seigneur, enseignant, berger et juge ont leur propre importance car elles nous montrent comment nous sommes reliés au Christ, il est besoin de présenter d’autres images comme la vigne qui intègre le disciple dans la vie du Christ et le Christ dans la vie du disciple, dans une unité intime et une proximité que les autres images ne peuvent pas toujours apporter.

Le passage d’aujourd’hui est une des descriptions classiques de la spiritualité chrétienne authentique. L’image de la vigne, en nous invitant à approfondir notre vie spirituelle, situe cette quête personnelle dans le contexte plus grand de la famille de Dieu, s’étendant, à travers le temps, d’Abraham à l’époque actuelle et au-delà, à travers l’espace du Moyen Orient du premier siècle aux quatre coins de la terre aujourd’hui.

Si Jésus est la vigne, nous sommes appelés à «demeurer», à «vivre», à faire notre maison «en lui». Le texte de l’évangile nous met au défi : comment maintenir l’intimité avec le Dieu Vivant lorsque nous essayons d’obéir à notre vocation de porter du fruit pour le monde? Que signifie «demeurer», «habiter» dans la vigne, être attaché intimement à Jésus?

Demeurer en Jésus implique d’être partie intégrante de la vie de l’Église, de s’engager quotidiennement dans une relation avec son peuple, dans un soutien mutuel, prière, culte commun, vie sacramentelle, études et pas seulement à travailler pour l’évangile dans le monde. Dans chaque célébration eucharistique, nous sommes attirés dans cette relation intime avec Jésus lui-même et avec les uns les autres présents à table.

L’authentique spiritualité chrétienne réside en une connaissance personnelle de Jésus-Christ livré pour nous, comme la vigne donne sa sève aux sarments, afin que nous puissions diffuser son travail, son amour, afin que nous portions du fruit pour la gloire du Père. C’est le cœur du mystère de l’Eucharistie.

Et dès que Jésus introduit le thème de la vigne et des sarments dans l’Évangile, il parle de son père, le vigneron, faisant deux choses qui requièrent un couteau. Chaque sarment qui ne porte pas de fruit, le père l’enlève, le coupe; chaque sarment qui porte du fruit le Père l’émonde afin qu’il porte plus de fruit.

La spiritualité à laquelle nous invite ce passage de l’évangile nous invite à voir plus loin que nous-mêmes et que nos potentiels. Alors que nous suivons Jésus et le connaissons davantage, Il nous demande de nous soumettre au sécateur qui coupera certaines choses de notre vie, des branches bonnes en elles-mêmes, pleines de sève et qui auraient le potentiel de donner du fruit. L’émondage est toujours un processus difficile. C’est une sorte de perte, même une mort. C’est en maniant le sécateur que le vigneron est le plus intimement lié à sa vigne.

Suivre la vraie vigne est un appel à connaître Jésus d’une manière plus intime. Jésus n’est pas une idée, mais une personne. Les vrais disciples de Jésus dépendent de la présence et de l’activité du Christ à l’intérieur d’eux pour le renouvellement de leur propre vie en une vie de foi et d’amour. Les vrais disciples peuvent renouveler la vie des autres uniquement lorsqu’ils sont branchés à Jésus, «greffés» à sa vie, laissant Sa présence couler dans leur cœur et dans leur esprit.

L’image de la vigne et du vignoble sont magnifiquement juxtaposées dans ce passage très connu de Lumen Gentium 6, la Constitution dogmatique sur l’Église du Concile Vatican II :

L’Eglise est la terre que Dieu cultive, ou encore son champ (I Cor. 3, 9). Dans ce champ grandit l’antique olivier dont la racine sainte fut constituée par les Patriarches et dans lequel s’est faite et se fera la réconciliation des Juifs et des Gentils (Rom. 11, 13-26). L’Eglise a été plantée par le céleste Cultivateur comme la vigne choisie (Mt. 21, 33-43 par.; cf. Is. 5, 1 suiv.). Le Christ est la vraie vigne qui donne la vie et la fécondité aux sarments, c’est-à-dire à nous qui par l’Eglise demeurons en lui; et sans lui nous ne pouvons rien faire (Jn 15.1-5).

Pour illustrer cette dépendance, cette greffe au Seigneur, permettez-moi de vous partager quelques paroles d’une grande femme de l’Église, sainte Thérèse Bénédicte de la Croix [Edith Stein] (1891-1942), carmélite, martyre, co-patronne de l’Europe, une femme qui savait ce que signifiait d’être intimement lié au Seigneur. Ces propos sont tirés du 6 chapitre de “Essays on Woman” (ICS Publications) (traduction libre).

La notion d’Église en tant que communauté de fidèles est le concept le plus accessible à la raison humaine. Quiconque croit au Christ et à son évangile, espère en l’accomplissement de sa promesse, se tourne vers Lui avec amour et garde ses commandements doit s’unir à tous ces semblables dans une communion de cœur et d’esprit la plus profonde. Ceux qui ont suivi le Seigneur lors de son séjour sur Terre étaient les premières semences de la grande famille chrétienne ; ils ont étendu cette communauté et cette foi qui les gardaient unis, jusqu’à ce que nous en héritions aujourd’hui.

Mais, même si une communauté humaine naturelle est plus qu’un simple regroupement d’individus, même si nous pouvons voir ici un certain développement en une unité organique, cela doit être encore plus vrai pour la communauté supranaturelle qu’est l’Église. L’union de l’âme au Christ diffère de l’union des gens dans le monde: c’est un enracinement et une croissance en lui (ce que nous dit la parabole de la vigne et des branches) qui commence au baptême, et qui est constamment formé et renforcé par les sacrements, de diverses manières. Toutefois, cette véritable union au Christ implique la croissance d’une véritable communauté parmi les chrétiens. Ainsi, l’Église forme le Corps mystique du Christ. Ce Corps est un Corps vivant, et l’esprit qui anime ce Corps est l’esprit du Christ, diffusé de sa tête vers tous ses membres (Éphésiens 5, 23,30). Cet esprit du Christ est l’Esprit Saint et c’Est pourquoi l’Église est le temple de l’Esprit Saint (Éphésiens 2, 21-22).

Cette semaine, prions pour que notre appartenance au Christ soit réelle et profonde, allant au-delà des turbulences qui existent à la surface de nos vies. Que la vie même du Christ passe par nous pour ainsi construire son Corps : l’Église.

Jésus le beau et noble berger

Quatrième dimanche de Pâques, Année B – 22 avril 2018

Dans la Bible et l’ancien Proche Orient, «berger» était un titre politique qui sous-entendait l’obligation des rois à s’occuper de leurs sujets. Ce titre dénote le souci total et le dévouement aux autres. S’occuper d’un troupeau était l’un des éléments importants de l’économie palestinienne au temps de la bible. Dans l’ancien testament, Dieu est appelé le Berger d’Israël qui va devant le troupeau (Ps 67, 7), le guide (Ps 22, 3), le mène vers la nourriture et l’eau (Ps 22, 2), le protège (Ps 22, 4) et porte ses petits (Is 40, 11). Imprégnant ainsi la piété des croyants, la métaphore démontre que tout le peuple est sous la protection de Dieu.

L’auteur du psaume 22 nous parle du Seigneur comme son berger. L’image du berger comme hôte se trouve aussi dans ce psaume que nous chérissons. Berger et hôte sont deux images avec le désert en arrière-plan car le protecteur des brebis est aussi le protecteur des voyageurs du désert, celui qui offre l’hospitalité et la sécurité face aux ennemis. La baguette, un peu comme un fouet, sert à se défendre contre les animaux sauvages alors que le bâton est un instrument de support. Ils symbolisent le souci et la loyauté.

Le Nouveau Testament ne juge pas les bergers autrement : ils connaissent leurs brebis (Jn 10,3), cherchent celle qui s’est égarée (Lc 15, 4ss.), et sont prêts à risquer leur vie pour leur troupeau (Jn 10, 11-12). Le berger est donc une figure pour représenter Dieu lui-même (Lc 15, 4ss). Jésus connaissait des bergers et éprouvait de la sympathie à leur égard. Le Nouveau Testament ne qualifie jamais Dieu de berger et c’est seulement dans la parabole de la brebis perdue que l’auteur établit la comparaison (Lc 15, 4ss et Mt 18, 12ss). Dieu, comme l’heureux berger de la parabole, se réjouit du pardon et du rétablissement du pécheur. Le choix de l’image du berger reflète clairement le contraste entre l’amour de Jésus pour les pécheurs et le mépris des Pharisiens envers ces derniers. Nous pouvons dire en fait que le récit des disciples d’Emmaüs d’après Luc que nous avons lu la semaine dernière est un aspect de la mission de Jésus qui se continue : la poursuite des disciples entêtés était déjà préfigurée dans la parabole du berger qui va à la recherche de la brebis perdue jusqu’à ce qu’il la retrouve et la ramène au troupeau (15, 3-7).

Le dimanche du Bon Berger

En ce quatrième dimanche de pâques,  nous retrouvons le Bon Berger qui est réellement le beau et le noble, d’après le sens grec du terme, et qui connaît intimement son troupeau. Jésus connaissait des bergers et avait beaucoup de sympathie pour eux. Il s’appuie donc sur l’une de ses métaphores préférées pour nous faire comprendre que nous pouvons avoir confiance en lui. Ceux qui ont entendu Jésus clamé ce titre y voyaient plus que de la tendresse et de la compassion. On y trouve un tel degré d’amour que le berger est près à donner sa vie pour son troupeau.

Contrairement à l’ouvrier qui travaille pour son salaire, la vie du bon berger est dévouée à ses brebis par pur amour. Elles sont bien plus qu’une simple responsabilité pour le berger qui les possède. Elles sont l’objet de ses soucis et de son amour. Ainsi, il n’y a aucun égoïsme dans le dévouement du berger. Il est prêt à mourir pour elle plutôt que de les abandonner.

La beauté de Jésus, notre Bon Berger, se trouve dans l’amour avec lequel il donne sa vie pour chacune de ses brebis. Il établit une relation d’amour intense et personnel avec chacune d’elle. C’est en se laissant aimer de nous que Jésus nous révèle sa beauté et sa noblesse. En Lui, nous découvrons le Père et le Fils, des bergers qui nous connaissent et nous aiment, même dans nos entêtements et nos erreurs.

Il arrive parfois que nous ayons l’impression que les exécutants doivent faire passer les besoins du chef en priorité. Les personnes sont des moyens en vue d’une fin : le plaisir du chef. N’est-ce pas que les bergers passent souvent en premier, les brebis en dernier? L’évangile de ce weekend porte sur les brebis et leur bien-être. Le berger est le moyen en vue de la fin : le bien-être de son troupeau. L’évangile de Jean nous présente donc Jésus comme le berger qui donne la vie.

Journée mondiale de prière pour les vocations

Cette année, le quatrième dimanche de Pâques est aussi la journée mondiale de prière pour les vocations. Les lectures vont très bien dans ce sens de demande pour que le Maître de la Moisson et de l’Église envoie plus d’ouvriers dans ses vastes vignobles. En tant que modèle de leadership religieux, Jésus nous montre que l’amour peut être le seul moteur du ministère, spécialement pour le ministère pastoral. Il nous montre aussi qu’il ne doit pas y avoir d’exclusion de la part du leader religieux. S’il y a des brebis hors de la bergerie (même si le troupeau exclue parfois ses propres brebis), le bon berger doit les chercher. Et il doit les ramener pour qu’il y ait un seul troupeau sous un seul berger.  Ce qui motive cette démarche c’est l’amour, pas la justice sociale, pas la morale, ni la simple tolérance, et certainement pas le «politiquement correct» ou des statistiques impressionnantes. Seul l’amour peut dessiner un cercle qui inclut tout le monde.

Les bergers ont du pouvoir sur leurs brebis. Alors que nous contemplons Jésus, le Bon Berger, nous songeons à chacune des personnes sur laquelle nous exerçons une autorité quelconque : enfants, parents âgés, collègues, les personnes qui nous demandent de l’aide tout au long de la semaine, des gens qui dépendent de nous pour des besoins matériaux et spirituels. Quel que soit le titre que nous portons, le bâton que nous portons doit être le symbole non de l’oppression mais du dévouement. Les lectures d’aujourd’hui nous invitent à demander pardon pour les fois où nous n’avons pas répondu à ceux qui nous sont confiés, et demander la grâce d’être de bons bergers.  Nous fixons notre regard renouvelé sur le Bon Berger qui sait que les autres brebis qui ne sont pas dans son enclos ne sont pas pour autant perdues, mais sont bien ses brebis.

Un dernier mot à propos des bergers. Les anthropologues nous disent que les bergers ont traversé les âges. Ils ont, en fait, établi un pont entre l’ère de la chasse et l’ère de l’agriculture, ou l’ère agraire. C’est pour cette raison que les bergers apparaissent dans les mythes anciens et les récits, comme symbole de l’unité divine entre les éléments opposés. Les anciens païens ont effleuré là quelque chose que les chrétiens ont réalisé pleinement : Jésus Christ est le grand réconciliateur. C’est Lui, le Bon berger, qui vient au cœur de chaque grand conflit pour y établir l’unité et la paix.

Puisse-t-il inspirer chaque personne qui essaie d’être un bon berger aujourd’hui, dans l’Église et dans le Monde. Dans ces temps qui sont les nôtres où nous entrons dans ces lieux de conflits et de tribulations, que nous soyons des instruments du Seigneur pour rétablir la beauté, la noblesse, l’unité et la paix.

« Gaudete et exultate »: une exhortation pour la jeunesse ?

CNS photo/Vatican Media

Il y a déjà quelques semaines, se concluait, à Rome, le Pré-Synode des jeunes en prévision du Synode ordinaire des évêques qui aura lieu en octobre prochain sur le thème « Des jeunes, de la foi et du discernement vocationnel ». À l’issue de cette rencontre où étaient réunis quelque 300 jeunes provenant des cinq continents, un document se voulant un « résumé de toutes les contributions des participants »a été publié.  La lecture de ce document est très intéressante puisqu’il offre un portrait authentique de la grande richesse de perspectives de la vie des jeunes dans l’Église.  Certaines tensions ou contradictions transparaissent parfois dans le document; ce qui selon moi, doit être perçu, comme un signe de la vitalité et de la diversité de notre belle jeunesse catholique. Nous aurons amplement le temps de réfléchir sur la question. Cependant, un point a particulièrement retenu mon attention. En effet, on retrouve à plusieurs endroits une insistance sur « l’appel universel à la sainteté » (no 2-8) ainsi qu’au besoin de témoins authentiques de la foi.

Cela est bien connu, les jeunes d’aujourd’hui ne se contentent pas de demi-mesures. Paradoxalement, au même moment où l’on est témoin d’une diminution de l’engagement en général, on note un très fort désir d’engagement radical chez un nombre non négligeable de jeunes. Apparaissant huit fois dans le document, le mot « authenticité » résume bien cette qualité dont doivent faire preuve les gens d’Église s’ils veulent rejoindre cette jeunesse en soif d’absolu. En d’autres termes, nous disent les jeunes : « Nous avons besoin de modèles qui soient attractifs, cohérents et authentiques […] des hommes et des femmes qui donnent une image vivante et dynamique de leur foi et de leur relation avec Jésus, des personnes qui encouragent les autres à approcher, rencontrer et tomber amoureux de Jésus (no 5) ».

Répondant, un peu plus tôt que prévu à cette demande, le Pape François publiera lundi prochain une nouvelle exhortation apostolique portant justement sur cette invitation de Concile Vatican II à « l’appel universel à la sainteté » (no 40). Dépassant les attentes du plus impatient des jeunes présents au Pré-Synode, le pape répondra donc à cette recommandation du document final : « Il est nécessaire de mieux comprendre la vocation chrétienne (prêtrise, vie religieuse, ministère laïc, mariage et famille, rôle dans la société, etc.) et l’appel universel à la sainteté » (no 8).

Bien sûr, cette chronologie des événements n’est pas totalement volontaire. Un tel document devait être en préparation depuis déjà un bon moment. Toutefois, on peut y voir un clin d’œil de la Providence, cherchant à rejoindre ces jeunes qui évoluent au rythme effréné des médias sociaux. Il est encore plus surprenant du fait que cette exhortation portera sur plusieurs problématiques explicitement discutées dans le Hall des jeunes. En effet, d’autres réflexions présentes dans le document du Pré-Synode seront abordées par « Gaudete et exultate » comme par exemple :

  • « La sainteté est un objectif atteignable et un chemin de bonheur. » (no 3);
  • « Un témoignage authentique vers la sainteté, ce qui inclut la reconnaissance de ses erreurs et la demande de pardon » (no7);
  • « Le besoin d’une Église qui soit accueillante et miséricordieuse, qui reconnaisse ses racines et de son héritage, qui aime chacun y compris ceux qui ne correspondent pas à ses standards (no 1).

Bien qu’il apparaît invraisemblable que l’un ait directement influencé l’autre, nous pouvons clairement voir un Pape soucieux d’offrir un message correspondant aux attentes légitimes du Peuple de Dieu dans son ensemble, jeunes compris. Ainsi, la lecture du document de conclusion du Pré-Synode me semble une excellente préparation à l’accueil et à la compréhension de cette « joie et exultation » à laquelle nous sommes tous appelés.

Le silence et le courage des témoins de la résurrection

Dimanche de Pâques – 1 avril 2018

Pâques est la promesse que la mort nous visitera tous. Mais plus important encore, c’est l’assurance que la mort n’est pas le dernier mot. La résurrection de Jésus nous amène à se rappeler, des plus sombres moments de chagrin ou plus petits défis quotidien, combien Dieu nous réconforte et nous donne la force de persévérer. Le mystère de Pâques nous donne une nouvelle identité et un nouveau nom: nous sommes sauvés, racheté, renouvelés, nous sommes chrétiens, et nous n’avons plus besoin d’avoir peur ou de désespérer.

À travers les lectures prenantes des Écritures de ce Triduum (spécialement les Évangiles de la Veillée Pascale et du matin de Pâques), nous observons ce que signifie la résurrection. Mais comment pouvons-nous donner expression à la conquête de la mort et l’abîme de l’enfer? Nous devons honnêtement admettre qu’il n’y a pas de mots. Nous nous tournons donc vers l’expérience des femmes au tombeau du récit de Marc de la résurrection et du témoignage de Marie-Madeleine, témoin du Christ Vivant, pour trouver des images et des mots pour décrire ce qui est arrivé.

Le silence des femmes

L’Évangile de Marc pour la Veillée Pascale (16, 1-8) nous laisse perplexe. Nous lisons qu’après avoir découvert que le tombeau de Jésus était ouvert et vide, puis entendu le message angélique de la résurrection et d’une rencontre future avec Lui en Galilée, les femmes « sortirent et s’enfuirent loin du tombeau, car elles étaient toutes tremblantes et bouleversées; et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur. »

Est-ce possible que les Évangiles de Marc se terminent vraiment avec 16, 8? Les premiers compilateurs bibliques chrétiens, confus par une telle fin, offrirent deux autres fins plus conventionnelles à l’Évangile; la plus longue d’entre elles est imprimée dans la plupart des bibles comme Marc 16, 9-20. Néanmoins, la question demeure: Que pouvons nous dire à propos d’un récit de la résurrection où Jésus Vivant n’apparaît jamais? Comment Marc est si différent du chef-d’œuvre du chapitre de Luc sur la résurrection (24) ou des portraits très développés par Jean des premiers témoins de la résurrection (20-21)?

Plutôt que de rejeter l’étrangeté de la fin de l’Évangile de Marc, réfléchissons avec soin sur ce qu’elle nous offre. Premièrement, nous n’avons jamais vu le Christ Vivant en personne. Nous voici plutôt devant une scène intrigante: il est tôt le matin, il fait encore sombre, et les femmes arrivent au tombeau pour une mission presque impossible. Le tombeau est déjà ouvert et elles sont accueillies par quelqu’un venu du Ciel qui leur commande « …allez dire aux disciples et à Pierre “Il vous précède en Galilée; c’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit.” »

La peur et le tremblement accompagnant les femmes les empêchent de dire à personnes ce qu’elles ont vu. De quoi ont-elles peur? En restant silencieuses, est-ce qu’elles désobéissent au message de l’ange « Allez dire… » ? Que devons-nous comprendre du silence de ces femmes?

Le récit de la résurrection de Marc contient un énoncé initial, sommaire des enseignements de l’Église dans l’Évangile: « Ne vous effrayez pas. » (16, 6). On demande au lecteur d’abandonner toutes peurs. Deuxièmement, on dit au lecteur: « Vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié: il est ressuscité, il n’est pas ici; voyez l’endroit où on l’avait déposé. » (16, 6).

La crucifixion du Seigneur Jésus n’était pas le moment final, définitif de sa vie. Comme chrétiens, notre foi n’est pas basée sur un homme crucifié et mort ou sur un tombeau vide, mais sur un Seigneur bien Vivant qui habite au milieu de nous avec une toute nouvelle présence. « Il vous précède en Galilée; c’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit. » (16, 7). Le message de la résurrection nous est donné. L’événement est simplement trop grand pour être présenté dans de simples mots!

Le récit de la résurrection de Marc est construit pour nous déranger – pour défaire la voie facile qui nous fait oublier que l’appel aux disciples et l’appel de la croix. À travers l’Évangile tout entière, nous sommes invités à regarder nos vies sous l’ombre de la croix.

Les femmes vont au tombeau, attirées inconsciemment par le puissant et invitant mystère de Dieu qui leur sera révélé bientôt. Elles s’enfuirent loin du tombeau ( 16, 8 ) bouleversées par le formidable message de la résurrection de Jésus. Face à cette plutôt incroyable nouvelle de la résurrection de Jésus crucifié, la fuite silencieuse et craintive des femmes est non seulement compréhensible, mais aussi très approprié.

N’est pas la même chose pour vous et moi? Quand faisant face à la fascinante puissance de Dieu à l’ouvrage dans nos vies, ramenant à la vie ces parties mortes de nos existences and restituant nos espoirs anéantis et nos esprits torturés, une réponse de silence et de peur, d’émerveillement et d’étonnement est aussi compréhensible, et à certains moments appropriés, même pour nous.

Le témoignage de Marie-Madeleine

Marie-Madeleine, Marie de Béthanie (sœur de Marthe et Lazare), et cette femme pénitente sans nom qui parfuma les pieds de Jésus (Luc 7, 36-48) sont parfois identifiées par certains comme étant la même femme. De là et de la déclaration que Jésus avait sorti hors de Marie Madeleine sept démons (Luc 8, 2), est venu la tradition que Marie-Madeleine avait été une prostituée. Mais en réalité, nous ne savons rien de ses péchés ou de ses faiblesses. Ils auraient pu être un désordre physique inexplicable, une maladie mentale ou n’importe quoi qui aurait pu mettre en danger son intégrité de l’esprit ou du corps.

Marie-Madeleine est mentionnée dans les Évangiles comme étant la galiléenne qui suivit Jésus et Ses disciples, le servit, et qui, selon chacun des évangélistes, fut présente à Sa crucifixion et Son enterrement, et alla au tombeau le dimanche de Pâques pour parfumer Son corps.

Jésus vivait dans une société androcentriste. Les femmes étaient des propriétés, premièrement de leur père, puis de leur mari; elles n’avaient pas le droit de témoigner, elles ne pouvaient pas étudier la Torah. Dans cette atmosphère restrictive, Jésus agit sans animosité, acceptant les femmes, les honorant, les respectant, et en chérissant leur amitié. Il voyagea avec elles, les touchant et les guérissant, les aimant et les laissant l’aimer.

Dans notre Évangile du dimanche de Pâques (Jean 20, 1-18), nous regardons une nouvelle fois cette scène d’un tôt matin où la tristesse règne alors que Marie-Madeleine pleure incontrôlablement à la tombe de son ami Jésus. Nous entendons de nouveau cette conversation: « Femme, pourquoi pleures-tu? Qui cherches-tu? » « Seigneur, si c’est toi qui l’a enlevé, dis-moi où tu l’as mis, et j’irai le prendre. Jésus dit lui dit, « Marie! » Elle se tourna et Lui dit en hébreu, « Rabbouni! » – ce qui signifie maître. » « Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Pour toi, va trouver mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père qui est votre Père, vers mon Dieu qui est votre Dieu. » Marie-Madeleine alla annoucer aux disciples, « J’ai vu le Seigneur, et voilà ce qu’il m’a dit. » (Jean 20, 15-18)

À cause de son incroyable message et mission, Marie-Madeleine était appelée avec raison « Apostola Apostolorum » (Apôtre des apôtres) chez les premiers chrétiens, parce qu’elle avait été la première à voir le Seigneur Vivant et à annoncer Sa Résurrection aux autres apôtres.

Pour Jésus, les femmes étaient les égales des hommes pour pouvoir pénétrer les grandes vérités religieuses, les vivre et les annoncer aux autres. Il n’y a pas de code secret à propos de cette histoire qui est encore une merveilleuse bonne nouvelle plus de 2 000 ans plus tard. Alléluia, Alléluia, Alléluia!

Les voies du désert…

Premier dimanche du Carême, Année B – 18 février 2018

Est-ce qu’il y a vraiment quelqu’un qui attend le carême avec impatience? Qu’est-ce qui nous attire dans le carême? Quels aspects de cette démarche nous mettent à l’épreuve? Pour nous aider, les textes de l’Écriture de ce temps liturgique ont été soigneusement choisis pour rejouer l’histoire du salut sous nos yeux.

Nous commençons avec Jésus dans le désert… l’Évangile du premier dimanche de carême. Le désert, le soleil et les affres de la faim et de la soif conjurent le démon sur Lui. Marc présente Jésus aux prises avec le pouvoir de Satan, seul et silencieux dans le désert. La tentation de Jésus au désert mentionnée dans Marc ne parle pas des trois tentations ni du fait que Jésus aurait jeûné. Pour Marc, la tentation de Jésus s’inscrit dans la lutte entre le bien et le mal, entre Dieu et Satan.

L’expérience de Jésus au désert soulève pour nous d’importantes questions. Quelles sont certaines expériences de «désert» dans ma vie? Quel désert suis-je en train de traverser en ce moment? Comment vivre à travers mes propres déserts? Quand et comment puis-je trouver des moments de réflexion et de contemplation au cœur d’une vie qui va trop vite? Ai-je été courageux et persistant dans ma lutte contre les démons? Comment ai-je résisté à transformer mes déserts en zones de vie et de joie?

Dans Matthieu et Luc, le prince du mal tente de détourner Jésus de la Foi et de l’intégrité au cœur de sa mission messianique. Mais si Israël a échoué dans le désert, Jésus n’échoua pas. Son lien avec son Père était trop fort pour que les démons puissent le briser.

Dans la première tentation au désert, Jésus résiste au mal, non pas en niant la dépendance de l’homme à l’égard de la nourriture, mais plutôt en mettant la vie humaine et sa finalité en perspective. Ceux qui suivent Jésus ne peuvent pas devenir dépendant des choses de ce monde. Quand nous sommes plus dépendants des choses matérielles que de Dieu, nous cédons à la tentation et au péché.

La deuxième tentation porte sur l’adoration du diable plutôt que de Dieu. Jésus rappelle une fois encore que Dieu est plus fort que le mal. Ceci est important à entendre pour nous, surtout lorsque nos tentations semblent nous dominer, quand tout autour de nous semble indiquer l’échec, l’ombre, l’obscurité et le mal. En fin de compte, c’est Dieu qui est en charge de notre destinée.

Dans la troisième tentation, le diable demande une révélation ou une manifestation de l’amour de Dieu pour Jésus. Jésus lui répond en disant qu’il n’avait à prouver à personne que Dieu l’aimait.

La tentation est tout ce qui nous rend petit, laid et méchant. La tentation utilise les stratégies les plus rusées que le mal puisse imaginer. Plus le diable nous contrôle, moins nous voulons reconnaître qu’il se bat pour dominer chaque millimètre de cette Terre. Jésus ne l’a pas laissé s’en tirer comme ça. Au tout début de sa campagne pour ce monde et pour chacun de nous, Jésus s’est ouvertement confronté à l’ennemi. Il a commencé sa lutte en utilisant le pouvoir de l’Écriture pendant une nuit de doute, de confusion et de tentation. Nous ne devons jamais oublier l’exemple de Jésus, ainsi nous ne serons jamais séduits pas les tromperies du diable.

De Jésus nous apprenons que Dieu est présent et qu’il nous soutient au milieu de l’épreuve, de la tentation et même du péché. Nous nous rendons compte que nous devons avoir un espace spirituel dans nos vies où nous pouvons nous dépouiller de ce qui est faux et qui s’accroche à nous et ainsi respirer de la vie nouvelle et repartir de nouveau. Nous en venons à croire que Dieu peut prendre notre espérance asséchée pour la rendre florissante. Tels sont les enseignements du désert. C’est pourquoi nous avons besoin, même dans les activités de la vie quotidienne, de moments de prière, de silence et d’écoute de la voix de Dieu.

Nous rencontrons Dieu au milieu des déserts de notre péché, de l’égoïsme, de la jalousie, de l’efficacité, de l’isolement, du cynisme et du désespoir. Et en plein milieu du désert nous entendons ce que Dieu fera si nous lui ouvrons nos cœurs et si nous le suivons pour rendre notre propre désert fleurissant. Les voies du désert étaient profondément ancrées dans le cœur de Jésus, et cela doit être de même pour tous ceux et celles qui le suivent.

Il a fallu quarante jours

Réflexion biblique pour le Mercredi des cendres – 14 février 2018

L’Église entreprend aujourd’hui sa grande aventure du Carême avec Jésus sur la route vers Jérusalem. Pendant des siècles, le Carême a été un parcours spirituel intense pour ceux qui suivaient Jésus le Christ. Pourquoi le Carême comporte-t-il quarante jours? Il a fallu quarante jours pour que le péché soit noyé dans le déluge avant qu’une nouvelle création puisse hériter de la terre. Il a fallu quarante années pour que meure la génération d’esclaves avant que celle, née dans la liberté, puisse entrer en terre promise. Moïse, Éli et Jésus ont jeûné et prié pendant quarante jours pour se préparer à l’œuvre de leur vie.

Le Carême nous invite à nous détourner de nous-mêmes et de notre péché et à former communauté. Nous exprimons notre repentance par l’abnégation, qui est triple selon l’évangéliste Matthieu. Nous prions : « Retire-toi au fond de ta maison, ferme la porte, et prie ton Père. » Nous jeûnons : « Que ton jeûne ne soit pas connu des hommes, mais seulement de ton Père. » Nous faisons l’aumône : « Que ton aumône reste dans le secret; ton Père voit ce que tu fais dans le secret : il te le revaudra. » À travers l’exercice de prière, de jeûne et d’aumône du Carême, nous faisons le grand ménage du printemps dans nos vies, nous aiguisons nos sens, nous remettons le lendemain à sa place et nous chérissons l’aujourd’hui.

L’une des pratiques du Carême la plus sujette à la mésinterprétation est celle du jeûne. Jeûner est devenu une pratique ambiguë de nos jours. Dans l’Antiquité, on ne connaissait que le jeûne religieux; aujourd’hui, il existe un jeûne politique et social (les grèves de la faim), un jeûne pour des raisons de santé ou d’idéologie (le végétarisme), un jeûne pathologique (l’anorexie), un jeûne esthétique (le culte du corps – croire que la minceur vaut mieux). Par-dessus tout, il y a un jeûne imposé par la nécessité : celui de millions d’êtres humains qui n’ont pas l’indispensable minimum et meurent de faim.

Ces jeûnes en eux-mêmes ne portent aucune considération religieuse et esthétique. Dans le jeûne pour raisons esthétiques, on peut même parfois « mortifier » le vice de gloutonnerie pour mieux s’adonner à un autre vice capital, celui de l’orgueil ou de la vanité. Jeûner est en soi une chose bonne et recommandable; cela traduit quelques attitudes religieuses fondamentales : la révérence devant Dieu, la reconnaissance de ses péchés, la résistance aux désirs de la chair, le souci des pauvres et la solidarité à leur égard… Cependant, comme en toutes choses humaines, le jeûne peut verser dans la « présomption de la chair ». Souvenez-vous les paroles du pharisien au Temple : « Je jeûne deux fois par semaine » (Luc 18, 12).

Le Carême est un temps pour découvrir les justifications derrière les pratiques pieuses, l’ascèse et les dévotions de notre tradition chrétienne catholique. Qu’avons-nous fait de la pratique fondamentale du jeûne du Carême? Si Jésus était ici pour parler à ses disciples d’aujourd’hui, sur quoi mettrait-il l’accent? Nous considérons comme plus important le besoin de « partager le pain avec les affamés et vêtir ceux qui sont nus »; en fait, nous avons honte de qualifier de « jeûne » ce qui serait pour nous le sommet de l’austérité – se contenter de pain et d’eau – et qui est pour des millions de gens un luxe extraordinaire, spécialement si c’est du pain frais et de l’eau pure.

Dans son message pour le Carême en 2009, le pape Benoît XVI a écrit :

« En même temps, le jeûne nous aide à prendre conscience de la situation dans laquelle vivent tant de nos frères. Dans sa Première Lettre, saint Jean met en garde : « Si quelqu’un possède des richesses de ce monde et, voyant son frère dans la nécessité, lui ferme ses entrailles, comment l’amour de Dieu demeurerait-il en lui? » (1 Jean 3,17). Jeûner volontairement nous aide à suivre l’exemple du Bon Samaritain, qui se penche et va au secours du frère qui souffre (cf. Deus caritas est, 15). En choisissant librement de se priver de quelque chose pour aider les autres, nous montrons de manière concrète que le prochain en difficulté ne nous est pas étranger. C’est précisément pour maintenir vivante cette attitude d’accueil et d’attention à l’égard de nos frères que j’encourage les paroisses et toutes les communautés à intensifier pendant le Carême la pratique du jeûne personnel et communautaire, en cultivant aussi l’écoute de la Parole de Dieu, la prière et l’aumône. Ceci a été, dès le début, une caractéristique de la vie des communautés chrétiennes où se faisaient des collectes spéciales (cf. 2 Cor 8-9; Rm 15, 25-27), tandis que les fidèles étaient invités à donner aux pauvres ce qui, grâce au jeûne, avait été mis à part (cf. Didascalie Ap., V, 20,18). Même aujourd’hui, une telle pratique doit être redécouverte et encouragée, surtout pendant le temps liturgique du Carême. »

Jeûner nous aide à ne pas être réduits à l’état de simples « consommateurs »; cela nous aide à acquérir le précieux « fruit de l’Esprit qu’est la maîtrise de soi; cela nous prédispose à la rencontre avec Dieu. Nous devons nous vider de nous-mêmes afin d’être empli de Dieu. Jeûner crée une authentique solidarité avec les millions de personnes affamées à travers le monde. Cependant, nous ne devons pas oublier qu’il y a des formes alternatives de jeûne et d’abstinence de nourriture. Nous pouvons jeûner de fumer et de boire. Cela bénéficie non seulement à l’âme, mais aussi au corps. Il y a le jeûne d’images de violence et de sexualité avec lesquelles la télévision, les films, les magazines et l’Internet nous bombardent quotidiennement et distordent la dignité humaine. Il y a le jeûne de la condamnation et du rejet des autres – une pratique si répandue dans l’Église aujourd’hui.

« C’est maintenant le moment favorable! C’est maintenant le jour du salut! » (2 Corinthiens 6, 2). Nous avons besoin du Carême pour reconnaître que notre identité et notre mission sont enracinées dans la mort et la résurrection de Jésus. La prière, le jeûne et l’aumône sont les piliers de l’aventure du Carême pour les chrétiens.

Le Carême est un temps pour jeûner de certaines choses, mais aussi un temps pour en célébrer d’autres. Jeûnez du mécontentement, de la colère, de l’amertume, du souci de soi, du découragement, de la paresse, de la suspicion, de la culpabilité. Célébrez la reconnaissance, la patience, le pardon, la compassion envers autrui, l’espoir, l’engagement, la vérité et la miséricorde de Dieu. Le Carême est pour cela: pour jeûner et pour célébrer!

Guérir les fièvres de la vie

Cinquième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 4 février 2018

La pièce maîtresse des ruines de pierre du village de Capharnaüm sur la rive nord-ouest de la mer de Galilée est l’église octogonale noire du Panis Vitae (le Pain de Vie), construite directement au-dessus de ce qu’on croit être la maison de Simon-Pierre. Voilà le décor du récit de l’évangile de cette fin de semaine-ci (Marc 1, 29-39). L’un de mes mentors et professeurs, feu le père passioniste Carroll Stuhlmueller, m’a dit un jour que la véritable pièce maîtresse de Capharnaüm devrait plutôt être une immense statue commémorative dédiée à toutes les belles-mères du monde!

Essayez pour un moment d’imaginer le contexte de cette journée dans la vie de Jésus. Le groupe nouvellement constitué de disciples qui avaient laissé leurs filets, leurs bateaux, leurs employés et même leur père pour suivre le Seigneur (Marc 1, 16-20), sont ravi en Sa présence. Les paroles et les gestes de Jésus dominent totalement le mal. Sa personnalité est tellement convaincante et tellement attirante. Quittant la synagogue où un esprit mauvais avait été vaincu, Jésus et ses disciples font à peine quelques pas avant de croiser sur leur chemin d’autres maux, ceux de la maladie, des préjugés et des tabous. Nous lisons : « la ville entière se pressait à la porte » (Marc 1, 33-34). Quelle agitation!

Dans l’évangile de Marc, la toute première guérison de Jésus implique une femme. Il s’approche de la belle-mère de Simon, « au lit avec de la fièvre ». Il la prend par la main et il la fait revenir à la santé (Marc 1, 31). De tels gestes étaient inacceptables de la part d’un homme – encore moins de la part de quelqu’un qui prétendait être une personnalité ou un chef religieux. Non seulement il touche la femme malade, mais en plus il permet ensuite à la femme de le servir, lui et ses disciples. À cause des strictes lois de pureté du temps, Jésus brise un tabou en la prenant par la main, en la ramenant à la santé et en lui permettant de le servir à table.

La réponse de la belle-mère de Pierre à sa guérison par Jésus est une attitude de disciple et d’humble service, un exemple que Jésus invitera régulièrement ses disciples à suivre tout au long de l’évangile et dont il fait la démonstration lui-même dans sa vie. Certains diront que le récit de l’évangile de cette fin de semaine-ci a pour but de nous rappeler que la place de cette femme, c’est d’être à la maison. Tel n’est pas le but de l’histoire. La réaction de la belle-mère contraste fortement avec celle de son gendre, Simon, qui attire l’attention de Jésus sur la foule qui réclame plus de guérisons (Marc 1, 37), mais qui ne fait rien lui-même à propos de tous ces gens..

Dans les récits de l’évangile de Marc concernant la pauvre veuve (Marc 12, 41-44), la femme à la pommade (Marc 14, 3-9), la femme au pied de la croix (Marc 15, 40-41) et les femmes au tombeau (Marc 16, 1), les femmes représentent la réponse correcte à l’invitation de Jésus à vivre en disciple. Elles contrastent fortement avec la grande insensibilité et incompréhension des disciples masculins. La présence de Jésus apporte intégrité, sainteté et dignité aux femmes. Combien souvent nos coutumes humaines préjudiciables empêchent les gens de vivre véritablement dans l’intégrité, la sainteté et la dignité?

Dans la lecture tirée de l’Ancien Testament (Job 7, 1-7), Job ne le sait pas encore, mais il fait partie d’un « test » conçu entre Satan et Dieu. Avant les versets lus ce dimanche-ci, Job a enduré d’immenses souffrances et pertes. Il sait que les explications théologiques peu profondes de ses amis ne sont pas les voies de Dieu; tout de même, il a de la peine à comprendre sa propre souffrance. Job se plaint du dur labeur, des nuits sans sommeil, d’une terrible maladie et de la brièveté de sa vie sans espoir. Pour Job, toute la vie est une terrible fièvre! Ne connaissons-nous pas souvent des moments « Job » dans nos propres vies, alors que nos fièvres se consument?

La guérison de la belle-mère de Simon proclame la puissance de Jésus pour guérir toutes sortes de fièvres. Vers l’an 400 av. J.-C., saint Jérôme prêchait l’évangile de ce dimanche-ci à Bethléem :

« Ô qu’il vienne et entre dans notre maison et qu’il guérisse la fièvre de nos péchés par son commandement! Car chacun et chacune de nous souffre de la fièvre. Lorsque je me mets en colère, je suis fiévreux. Autant de vices, autant de fièvres! Demandons aux apôtres de faire appel à Jésus pour qu’il vienne à nous et touche notre main, car s’il touche notre main, la fièvre s’envolera sur le champ. » (« Corpus Christianorum », LXXVIII 468)

Avec Jésus, la guérison de l’esprit et du corps devient un signe clair que le Royaume de Dieu est déjà présent. Guérisseuse, la Parole de puissance de Jésus atteint toute la personne : elle guérit le corps et, de façon plus importante, elle rétablit ceux qui souffrent dans une relation saine avec Dieu et avec la communauté.

Puissions-nous prier avec confiance les paroles du Cardinal John Henry Newman dans son Sermon sur la Sagesse et l’innocence : « Puisse-t-il nous soutenir tout au long du jour, jusqu’à ce que les ombres s’allongent, et que vienne le soir, et que soit étouffé le monde bruyant, et que soit partie la fièvre de la vie, et que soit terminé notre travail. Alors dans sa miséricorde, puisse-t-il nous donner un logement sûr et un saint repos et, à la fin, la paix. »

Finalement, il est important de reconnaître ce que Jésus a fait après qu’il eu guéri la femme dans l’histoire de ce dimanche-ci. Il a pris un temps à l’écart pour se fortifier par la prière. Faisons-nous de même au milieu des mondes occupés où nous vivons, au milieu des fièvres dévorantes de la vie, au milieu des fardeaux de notre travail quotidien?

Puisse ces premiers instants du ministère de Jésus dans l’évangile de Marc nous enseigner à reconnaître la bonté que Dieu apporte dans nos vies, mais aussi que cette bonté ne nous appartient pas. La puissance guérisseuse de Jésus est toujours à l’œuvre aujourd’hui – elle nous tend la main pour nous guérir et pour rendre à la vie.

Être disciple a un prix

Deuxième dimanche du temps ordinaire, Année B – 14 janvier 2018

En réfléchissant au sujet des lectures de ce dimanche, en particulier l’appel de Samuel, d’André et de son frère, je me suis souvenu d’une chose que le pasteur luthérien allemand Dietrich Bonhoeffer a écrit depuis sa prison dans l’Allemagne nazie : « Ce n’est qu’en vivant sans réserve les devoirs, les problèmes, les réussites et les échecs, les expériences et les perplexités de cette vie… qu’on devient un homme et un chrétien. » Bonhoeffer a fait l’expérience de ce qu’il nommait de façon si poignante « le coût d’être disciple ».

Le prophète Samuel et André et Simon-Pierre ont aussi fait l’expérience de ce coût dans leurs propres vies. Considérons d’abord l’histoire de l’appel de Samuel – une histoire dramatique qui illustre la dynamique de l’appel de Dieu et qui nous donne un exemple à imiter dans nos vies. Élie était vieux et presque aveugle. Ses fils, des prêtres du Temple, avaient été infidèles à Dieu. Leur temps tirait à sa fin, alors Dieu a appelé Samuel pour initier une ère nouvelle.

Samuel avait besoin d’aide pour discerner son appel; la sagesse d’Élie et son amitié envers le jeune homme ont été nécessaires à Samuel pour qu’il entende vraiment la voix du Seigneur. Après que Samuel eut reconnu que c’était bel et bien le Seigneur qui l’appelait, il pu devenir le grand prophète qui, plus tard, parviendra à discerner la volonté de Dieu pour le peuple au sujet des enjeux religieux, sociaux et politiques.

Lorsque nous nous approchons du Seigneur pour écouter sa Parole, notre plus profonde prière et le cri de notre cœur devrait être : « Parle Seigneur, ton serviteur écoute. » Cependant, n’est-il pas vrai que le cri se révèle souvent être : « Écoute Seigneur, ton serviteur parle » ?

Au synode des évêques portant sur le thème « La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église » en 2008, Mgr Luis Antonio Tagle du diocèse de Imus aux Philippines, actuellement archevêque de Manille, a prononcé l’une des interventions les plus signifiantes. Mgr Tagle a parlé de la disposition à l’écoute de la Parole de Dieu qui mène les gens vers la vraie vie. Il a dit : « Écouter est une affaire sérieuse. L’Église doit former des auditeurs de la Parole. Cependant, écouter ne se transmet pas tant par l’enseignement que par un milieu où se vit l’écoute. »

Mgr Tagle a suggéré trois pistes pour développer une disposition à l’écoute :

  1. Écouter dans la foi signifie ouvrir son cœur à la Parole de Dieu, la laissant nous pénétrer et nous transformer, puis la mettre en pratique. C’est l’équivalent de l’obéissance dans la foi. Une formation en écoute est une formation de la foi intégrale.
  2. Les événements de notre monde montre les effets tragiques du manque d’écoute : des conflits dans les familles, un décalage entre les générations et entre les nations, et de la violence. Les gens sont piégés dans un milieu de monologues, d’inattention, de bruit, d’intolérance et de narcissisme. L’Église peut fournir un milieu de dialogue, de respect, de mutualité et de transcendance.
  3. Dieu parle et l’Église, en tant que servante, prête sa voix à la Parole. Cependant, Dieu ne fait pas que parler. Dieu écoute aussi, spécialement les justes, les veuves, les orphelins, les persécutés et les pauvres qui n’ont pas de voix. L’Église doit apprendre à écouter de la même façon que Dieu écoute et elle doit prêter sa voix aux sans voix.

Dans le récit de l’évangile pour le deuxième dimanche du temps ordinaire, c’est Jésus qui prend l’initiative, qui fait le premier pas. Sa question aux disciples est intrigante : « Que cherchez-vous? » (Jean 1, 38). Loin d’être une banale interrogation, ces mots sont un questionnement profondément religieux et théologique. « Pourquoi », demande Jésus, « venez-vous à moi pour des réponses? » Ils lui demandent : « Maître, Rabbi, où demeures-tu? » (verset 38) Le verbe « vivre », « demeurer », « habiter », « résider », « loger » revient quarante fois dans les quatre évangiles. C’est un verbe qui exprime avec concision la théologie de la présence qui séjourne de Jean.

Les disciples ne sont pas uniquement préoccupés du lieu où Jésus pourrait dormir cette nuit-là, mais ils demandent en réalité où a-t-il sa vie. Jésus leur répond : « Venez et vous verrez » (verset 39). Deux mots chargés de sens tout au long de l’évangile de Jean – « venir » à Jésus est utilisé pour décrire la foi en lui (cf. Jean 5,40 ; 6,35.37.45 ; 7,37). Pour Jean, « voir » Jésus avec la perception réelle, c’est croire en lui.

Les disciples commencèrent leur vie de disciple lorsqu’ils allèrent voir le lieu où il restait et qu’ils « restèrent auprès de lui ce jour-là » (Jean 1, 39). Ils ont répondu à son invitation à croire, ils ont découvert ce qu’était sa vie et ils sont restés; ils commencèrent à vivre en lui, et lui, en eux. Après qu’André eut une meilleure connaissance de Jésus, il alla « trouver son frère » Pierre et il « l’amena à Jésus » (versets 41 et 42). Toute cette expérience sera accomplie lorsque les disciples verront sa gloire sur la croix.

Que pouvons-nous apprendre des récits de vocation dans les lectures de ce dimanche-ci? Nous ne sommes jamais appelés pour notre bénéfice personnel, mais pour celui des autres. Israël a été appelé par Dieu pour le bienfait des impies autour de lui. Dieu appelle les chrétiens pour le bienfait du monde dans lequel nous vivons.

Être appelé ne requiert pas de notre part la perfection, mais seulement la fidélité et l’écoute du sacré. Samuel et les prophètes d’Israël, les pêcheurs de Galilée et même les collecteurs d’impôts que Jésus a appelés n’ont certainement pas été appelés en raison de leurs qualifications ni de leurs accomplissements. Paul dit que Jésus a choisi « ce qu’il y a de fou » pour que les sages soient humiliés. C’est un appel dynamique qui implique une réponse entière de notre part. Nous ne serons jamais plus les mêmes parce qu’il nous a appelés, aimés, changés et qu’il nous a fait à son image. Parce qu’il nous a appelés, nous n’avons d’autre choix que d’en appeler d’autres à le suivre.

Comment avez-vous été appelé loin de la routine de votre vie, loin des frustrations de la vie quotidienne et du travail? Quelle nouvelle finalité voyez-vous émerger dans votre vie en raison des façons par lesquelles Dieu vous a appelé? À travers qui avez-vous ressenti l’appel du Seigneur dans votre vie? Avez-vous appelé qui que ce soit à suivre le Seigneur récemment?