Réflexion de Terre Sainte: la Dernière Cène

L’équipe Sel + Lumière a fait un pèlerinage sur les pas de Jésus pendant le Carême. Chacun nous offre une réflexion sur un lieu saint en Terre Sainte.

Dans cette méditation on se rencontre au Cénacle à Jérusalem où Jésus a partagé un dernier repas avec ses amis. Pendant ce repas nous sommes confrontés à l’humilité du Christ. Elle pointe vers son humiliation totale à l’heure de sa Passion. Mais c’est dans cet abaissement qu’il montre le « vrai visage » de Dieu, comme l’a déjà souligné le pape François, un visage d’amour et de miséricorde.

Commentaire sur la nouvelle liturgie du lavement des pieds

Voici un commentaire de Mgr Arthur Roche, secrétaire de la congrégation pour le culte divin, sur le nouveau décret publié le 21 janvier 2016:

Je vous ai donné l’exemple 

Avec le décret In Missa in cena Domini, la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, par disposition du Pape, a retouché la rubrique du Missale Romanum concernant le lavement des pieds (p. 300 n. 11), geste lié de diverses manières depuis des siècles au Jeudi Saint et qui, dans la réforme de la Semaine sainte de 1955, peut se faire aussi dans la Messe du soir qui inaugure le Triduum Pascal.

Eclairé par l’évangile de Jean, le rite présente traditionnellement un double aspect: imitation de ce que Jésus a fait dans le Cénacle en lavant les pieds aux apôtres, et expression du don de soi signifié par ce geste du serviteur. Non sans raison il était appelé Mandatum, selon l’incipit de la première antienne qui l’accompagnait : «Mandatum novum do vobis, ut diligatis invicem, sicut dilexi vos, dicit Dominus» (Jn 13,14). Le commandement de l’amour fraternel, en effet, engage tous les disciples de Jésus, sans aucune distinction ou exception.

Dans un ancien ordo du VIIème siècle on pouvait déjà lire : «Pontifex suis cubicularibus pedes lavat et unusquisque clericorum in domo sua». Appliqué de manière différente dans divers diocèses et abbayes, ce geste est attesté aussi dans le Pontifical Romain du XIIème siècle, après les Vêpres du Jeudi Saint, et dans les usages de la Curie Romaine du XIIIème siècle («facit mandatum duodecim subdiaconos»). Le Mandatum est ainsi décrit dans le Missale Romanum de saint Pie V (1570) : «Post denudationem altarium, hora competenti, facto signo cum tabula, conveniunt clerici ad faciendum mandatum. Maior abluit pedes minoribus: tergit et osculatur». Il se déroule au chant des antiennes, dont la dernière est Ubi caritas, et se termine par le Pater noster et par une oraison qui associe le commandement du service avec la purification des péchés : «Adesto Domine, quæsumus, officio servitutis nostræ: et quia tu discipulis tuis pedes lavare dignatus es, ne despicias opera manuum tuarum, quæ nobis retinenda mandasti: ut sicut hic nobis, et a nobis exteriora abluuntur inquinamenta; sic a te omnium nostrum interiora laventur peccata. Quod ipse præstare digneris, qui vivis et regnas, Deus, per omnia sæcula sæculorum». L’action est réservée au clergé («conveniunt clerici»), et elle est éclairée par l’évangile qui a été entendu à la Messe du matin; la non indication du nombre “douze” semblerait faire penser qu’il ne faut pas seulement mimer ce que Jésus a fait au Cénacle, mais encore mettre en pratique sa valeur exemplaire, qui est toujours actuelle pour les disciples.

La description « De mandato seu lotione pedum » dans le Cæremoniale Episcoporum de 1600 est plus détaillée. On mentionne la coutume de l’Evêque (après les Vêpres ou au repas du midi, dans l’église ou dans la salle capitulaire ou dans un lieu idoine) de laver, essuyer et baiser les pieds à « treize » pauvres, après les avoir vêtus et nourris et en ajoutant à la fin une aumône, ou bien à treize chanoines, et cela selon les habitudes locales et la volonté de l’Evêque, qui peut préférer des pauvres même là où c’est l’habitude que ce soit des chanoines : «videtur enim eo pacto maiorem humilitatem, et charitatem præ se ferre, quam lavare pedes Canonicis». Réservé donc au clergé, sans exclure les usages locaux qui contemplent des pauvres ou des enfants (par exemple dans le Missale Parisiense), le lavement des pieds est vraiment un geste significatif, mais pas pour l’ensemble du peuple de Dieu. Le Cæremoniale Episcoporum la prescrivait expressément pour les cathédrales et les collégiales.

Avec la réforme de Pie XII, qui a reporté la Missa in cena Domini en soirée, le lavement des pieds, pour des motifs pastoraux, peut se faire à l’intérieur de cette même Messe, après l’homélie, pour « duodecim viros selectos », disposés « in medio presbyterii vel in ipsa aula ecclesiæ » : à ceux-ci le célébrant lave et essuie les pieds (on ne parle plus du baiser). Le rite a désormais outrepassé le sens plutôt clérical et réservé ; il se déroule devant l’assemblée et l’indication de « douze hommes » le rend plus explicitement un signe imitatif, presqu’une représentation sacrée, qui aide à garder en mémoire ce que Jésus a accompli au premier Jeudi Saint.

Le Missale Romanum de 1970 a repris le rite réformé depuis peu, en simplifiant certains éléments : on omet le nombre « douze », on dit qu’il se déroule « in loco apto », on délaisse une antienne et on en allège d’autres, on assigne Ubi caritas à la procession des dons, on exclut la partie conclusive (Pater noster, verset et oraison), héritage d’un acte distinct qui s’accomplissait hors de la Messe. Toutefois, il demeure réservé aux seuls « hommes » pour la valeur mimétique.

Le changement actuel prévoit que soient désignées des personnes choisies parmi tous les membres du peuple de Dieu. La valeur du geste est reportée désormais pas tant à l’imitation extérieure de ce que Jésus a fait, mais plutôt à la signification de ce qu’il a accompli avec une portée universelle, c’est-à-dire le don de soi « jusqu’au bout » pour le salut du genre humain, sa charité qui embrasse tous et rend tous frères par la pratique de son exemple. L’exemplum qu’il nous a donné afin que nous aussi nous fassions comme lui (cf. Jn 13,14-15) va au-delà, en effet, de l’acte de laver physiquement les pieds de l’autre, pour englober tout ce qu’un tel geste exprime en service d’amour tangible pour le prochain. Toutes les antiennes proposées dans le Missale durant le lavement des pieds rappellent et illustrent ce sens du geste, que ce soit pour celui qui le pose que pour celui qui le reçoit, pour celui qui le suit avec le regard et l’intériorise par le moyen du chant.

Le lavement des pieds n’est pas obligatoire dans la Missa in cena Domini. Ce sont les pasteurs à devoir en évaluer la convenance, selon les circonstances et les motifs pastoraux, de manière à ce qu’il ne devienne pas presque automatique ou artificiel, privé de signification et réduit à un simple élément scénique. Il ne doit pas non plus devenir important au point de catalyser toute l’attention de la Messe de la Cène du Seigneur, célébrée le « jour très saint où notre Seigneur Jésus Christ fut livré pour nous » (Communicantes propre du Canon Romain) ; dans les indications pour l’homélie, le Missel Romain rappelle la particularité de cette Messe, commémorative de l’institution de l’Eucharistie et du Sacerdoce, ainsi que du commandement du Seigneur sur la charité fraternelle, qui est la loi suprême pour tous et envers tous dans l’Eglise.

Il appartient aux pasteurs de choisir un petit groupe de personne qui représente tout le peuple de Dieu – laïcs, ministres ordonnés, époux, célibataires, religieux, personnes saines et malades, enfants, jeunes et personnes âgées – et non pas une seule catégorie ou condition. Il revient à ceux qui sont choisis d’offrir leur propre disponibilité avec simplicité, et finalement, il appartient è ceux qui organisent les célébrations liturgiques de préparer et disposer chaque chose pour aider tous et chacun à participer d’une manière fructueuse à ce moment : c’est la vie de chaque disciple du Seigneur, l’anamnèse du « commandement nouveau » entendu dans l’Evangile.

Arthur Roche Archevêque,

Secrétaire de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements.

 

Le Pape modifie le rite du lavement des pieds

Un nouveau décret a été publié concernant le rite du lavement des pieds. La congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements a annoncé la décision du pape François le 21 janvier 2016. Voici le texte du décret dans son intégralité:

DÉCRET

Par le décret Maxima Redemptionis nostræ mysteria (30 novembre 1955) la réforme de la Semaine Sainte a donné la faculté, là où pastoralement cela semble bon, de faire le lavement des pieds à douze hommes pendant la Messe de la Cène du Seigneur, après la lecture de l’Evangile selon saint Jean, comme pour exprimer d’une manière représentative l’humilité et l’amour du Christ envers ses disciples.

Ce rite, dans la liturgie romaine, a été transmis sous le nom de Mandatum du Seigneur sur la charité fraternelle suivant les paroles de Jésus (cfr. Jn 13,34) qui sont chantées comme antienne durant la célébration.

En accomplissant ce rite, les Evêques et les prêtres sont invités à se conformer intimement au Christ, qui « n’est pas venu pour être servi, mais pour servir » (Mt 20,28) et, poussé par un amour qui va « jusqu’au bout » (Jn 13,1), donner sa vie pour le salut de tout le genre humain.

Pour manifester ce sens plénier du rite à ceux qui participent, il a paru bon au Souverain Pontife François de changer la norme qu’on lit dans les rubriques du Missalis Romani (p. 300 n. 11) : « Les hommes qui ont été choisis sont conduits … », qui doit être changée de la manière suivante : « Ceux qui ont été choisis parmi le peuple de Dieu sont conduits … » (et, par conséquent, aussi dans le Cæremoniale Episcoporum au n. 301, alors qu’au n. 299b on lira ainsi : « des sièges pour ceux qui ont été désignés »), de manière à ce que les pasteurs puissent choisir un petit groupe de fidèles qui représentent la variété et l’unité de chaque portion du peuple de Dieu. Ce petit groupe peut être composé d’hommes et de femmes et, comme il convient, de jeunes et d’anciens, de personnes en santé ou malades, de clercs, de consacrés et de laïcs.

Cette Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, en vertu des facultés concédées par le Souverain Pontife, introduit ce changement dans les livres liturgiques du Rite Romain, tout en rappelant aux pasteurs leur devoir d’instruire adéquatement aussi bien les fidèles choisis pour ce rite que les autres, afin qu’ils y participent de façon consciente, active et fructueuse.

Nonobstant toute chose contraire. De la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, le 6 janvier 2016, solennité de l’Epiphanie du Seigneur.

Robert Card. Sarah Préfet

Arthur Roche Archevêque Secrétaire

Le pape François a lavé les pieds de douze jeunes en prison

cropped-feet-washingComme promis, le pape Francois s’est rendu à la prison pour mineurs de Casal del Marmo au Nord de Rome, pour célébrer la messe de la Cène du Seigneur.  Il etait accompagné de son vicaire, le cardinal Agostino Vallini, de Mgr Angelo Becciu, de Mgr Alfred Xuereb, de  P. Gaetano Geco, aumônier,et du P. Ciccolini. Plusieurs personnes, dont la ministre de la justice, ont participé à la messe avec les jeunes.

La liturgie prévoit le lavement des pieds.  Le Pape a donc lavé les pieds de dix garçons et deux jeunes-filles, pour rappeler le geste du Christ lavant les pieds de ses douze apôtres, en signe de service et d’amour,  la veille de sa Passion.

Dans son homélie, François a expliqué ce rite aux jeunes : « Voyez dans ce geste de vous laver les pieds une caresse de Jésus ». Il a parle d’abondance de coeur rappelant que dans l’evangile quand  Jésus a  lavé les pieds de ses disciples, Pierre n’a pas compris le geste de Jesus et a refusé. Mais Jésus lui a expliqué ce qu’il fait à ses disciples: « Comprenez-vous ce que je fais pour vous ? Vous m’appelez maître et Seigneur et vous dites bien parce que je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le maître je vous ai lavé les pieds, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres. Je vous ai donné un exemple afin que vous aussi vous fassiez de même ».
Le Pape a commenté ces paroles du Christ en disant: «C’est l’exemple du Seigneur : lui, il est le plus important, et il lave les pieds, parce que parmi nous ce qui est le plus haut doit être au service des autres, et c’est un symbole et un signe, non ?». « Laver les pieds c’est dire : « je suis à ton service ». Et nous aussi, entre nous, ne devons-nous pas nous laver les pieds les autres les autres chaque jour ? Mais qu’est-ce que cela signifie ? Que nous devons nous aider les uns les autres. Parfois je suis un peu en colère avec un tel, avec une autres… Eh bien ! Laisse tomber. Laisse. Et si on te demande une faveur, fais-la ».

Il a conclu par une interpellation:  » que chacun de nous pense : moi, vraiment, est-ce que je suis disposé/e à aider l’autre ? Pensez seulement à cela, et pensez que ce signe est une caresse que Jésus fait, parce que Jésus est justement venu pour cela, pour servir et pour nous aider. »

En les quittant,  le Pape a dit aux jeunes: « Ne vous faites pas voler l’espérance. Avancez toujours avec l’espérance, toujours avec l’espérance ! »

François a remis à chacun un œuf de Pâques et cette brioche en forme de colombe, la « Colomba ».  Les jeunes lui ont donné un crucifix de bois et un prie-Dieu réalisés dans leur atelier.

Une célébration avec le pape François dont les jeunes du centre de détention se souviendront et qui marque toute l’Eglise en ce début de triduum pascal

(Article inspiré de celui d’Anita Bourdin de Zénit)

 

Messe chrismale: homélie du pape François

305922_481304708602344_1413745032_nCe Jeudi saint, le pape François a présidé la messe chrismale, en la basilique Saint-Pierre. Il a béni le « Saint Chrême », et les autres huiles. De nombreux cardinaux, patriarches, archevêques, évêques et  prêtres diocésains et religieux présents à Rome ont renouvelé leurs promesses sacerdotales.

Dans son homélie, le Pape les a invités à « sortir » d’eux-même pour rejoindre la « vie quotidienne » des personnes qu’ils rencontrent et « illuminer les ‘périphéries’ »

En voici la version intégrale.

« Chers frères et sœurs,

C’est avec joie qu’en tant qu’évêque de Rome, je célèbre cette première messe chrismale. Je vous salue tous avec affection, vous en particulier chers prêtres qui vous souvenez avec moi aujourd’hui du jour de votre Ordination.

Les lectures, le psaume aussi, nous parlent de ceux qui ont reçu l’onction: le serviteur de Dieu chez Isaïe, le roi David, et Jésus, Notre Seigneur. Les trois ont en commun que l’onction qu’ils reçoivent, est pour oindre le peuple des fidèles de Dieu dont ils sont les serviteurs. Leur onction est pour les pauvres, pour les prisonniers, pour les opprimés… Une très belle image de cet « être pour » du Saint Chrême est celle que nous offre le psaume 133 : « On dirait un baume précieux, un parfum sur la tête, qui descend sur la barbe, la barbe d’Aaron, qui descend sur les bords de son vêtement » (v. 2). L’image de l’huile qui se répand – qui descend de la barbe d’Aaron jusqu’à la bordure de ses vêtements sacrés, est l’image de l’onction sacerdotale qui, à travers celui qui est oint, arrive jusqu’aux confins de l’univers représenté par les vêtements.

Les vêtements sacrés du grand prêtre sont riches de symboles ; l’un d’eux est celui du nom des fils d’Israël inscrit sur les pierres d’onyx qui ornaient les épaulettes de l’éphod, dont provient notre actuelle chasuble, six noms sur la pierre de l’épaule droite, et six sur celle de l’épaule gauche (cf. Ex 28, 6-14). Sur le pectoral aussi étaient inscrits les noms des douze tribus d’Israël (cf. Ex 28, 21). C’est-à-dire que le prêtre célèbre en chargeant sur ses épaules le peuple qui lui est confié, et en portant leurs noms gravés en son cœur. Revêtir notre humble chasuble peut bien nous faire sentir, sur les épaules et dans notre cœur, le poids et le visage de notre peuple fidèle, de nos saints et de nos martyrs, il y en a beaucoup à notre époque ! [Read more…]