La liberté d’expression selon le pape François

(photo: courtoisie Pixabay) Nos sociétés sont traversées par des bouleversements : globalisation politique, révolution des communications, transformation du monde du travail et pandémie mondiale.  Les défis auxquels nous faisons face demandent plus que jamais l’engagement de tous au processus démocratique. Or, la condition sine qua non à toute démocratie est la liberté d’expression. En effet, ce n’est qu’en permettant le débat ouvert, l’affrontement et le choc des idées que nous pourrons trouver des solutions aux problèmes auxquels nous sommes confrontés. L’encyclique « Fratelli tutti » du pape François est plus qu’éclairante à ce sujet.

Trop c’est comme pas assez

L’encyclique « Fratelli tutti » est d’abord très pertinente en ce qui a trait aux différents risques qui menacent aujourd’hui la liberté d’expression nécessaire à tout débat public fructueux. Le Pape manifeste un premier risque lorsqu’il écrit : « L’accumulation écrasante d’informations qui nous inondent n’est pas synonyme de plus de sagesse. La sagesse ne se forge pas avec des recherches anxieuses sur internet, ni avec une somme d’informations dont la véracité n’est pas assurée… » (no 50). Soyons clair : loin d’inciter à ne pas s’informer, le Pape invite plutôt à exercer un jugement critique face à notre propre appétit d’informations à la lumière d’une vision de la fraternité apte à distinguer le pertinent de ce qui ne l’est pas. C’est en gardant toujours à l’esprit, à la fois, le bien commun et ce qui relève de ma responsabilité que nous saurons consommer la juste quantité d’information.

Disqualifier n’est pas dialoguer

Lorsqu’on considère le climat politique de nos démocraties occidentales, il est difficile de ne pas voir que nous sommes face à plusieurs impasses. La crise de la covid-19 n’a pas manqué de révéler plusieurs lacunes dans nos délibérations démocratiques. Parmi celles-ci, on trouve une augmentation de la partisannerie. Loin d’être le lieu de mise en commun des idées au service de l’innovation et de la mise en marche de grands projets en faveur du bien commun, les débats se réduisent trop souvent à « Uniquement des recettes de marketing visant des résultats immédiats qui trouvent dans la destruction de l’autre le moyen le plus efficace. Dans ce jeu mesquin de disqualifications, le débat est détourné pour créer une situation permanente de controverse et d’opposition » (no 15).

Alors que nous aurions besoin de riches discussions puisées aux plus récentes découvertes de nos universités, au patrimoine local et aux apports et découvertes des autres pays, le dialogue social se perd trop souvent dans ce qui revient à la loi du plus fort. Pourtant, force politique n’équivaut que très rarement à sagesse sociale. Ainsi, l’appel du Pape à la fraternité pourrait nous inspirer une attitude d’ouverture au dialogue et, ainsi, renouveler notre démocratie.

Des interlocuteurs bien enracinés

Un autre risque menaçant le dialogue public est l’uniformisation constante des cultures, laissant de moins en moins de place à la diversité des histoires, des langues, des cultures, etc. On a souvent parlé de l’impérialisme culturel américain. Or aujourd’hui, et cela a aussi des effets positifs, la globalisation a multiplié les pays qui s’affrontent sur ce terrain. Dans ce contexte, les plus petits peuples et cultures qui ne disposent pas de grands moyens sont grandement menacés. Or, comme le dit le Pape :

« Tout comme il n’est pas de dialogue avec l’autre sans une identité personnelle, de même il n’y a d’ouverture entre les peuples qu’à partir de l’amour de sa terre, de son peuple, de ses traits culturels. Je ne rencontre pas l’autre si je ne possède pas un substrat dans lequel je suis ancré et enraciné (no 143).

Développer une meilleure connaissance et cultiver l’amour que nous avons pour notre propre identité est donc une priorité démocratique dont l’urgence ne devrait pas être sous-estimée.

Un Pape bien informé

Dans cette encyclique, le pape François fait preuve d’une très grande lucidité devant les enjeux qui nous concernent. À travers son diagnostic des logiques malsaines et néfastes qui éloignent nos démocraties de leurs fondements, nous sommes tous invités à redécouvrir les attitudes essentielles pour faire face aux défis qui sont les nôtres. Ainsi, par l’amitié sociale, nous pourrons continuer sur ce « chemin de fraternité, local et universel, [qui]ne peut être parcouru que par des esprits libres et prêts pour de vraies rencontres (no 50).

Les abus sexuels dans l’Église avec Jean-Guy Nadeau

Cette semaine dans le cadre de son balado « Parrêsia », Francis Denis discute de la crise des abus sexuels dans l’Église avec le théologien Jean-Guy Nadeau, auteur du livre « Une profonde blessure: Les abus sexuels dans l’Église catholique » (Éd.Médiaspaul). Dans ce balado, sont notamment abordés les thèmes des conséquences humaines et spirituelles des abus, les différents chemins de guérison, les différentes causes personnelles et structurelles ainsi que des pistes de solutions pour y mettre un terme.

Jean- Guy Nadeau est professeur honoraire de la Faculté de théologie de l’université de Montréal. Un des premiers experts dans le domaine des abus sexuels du clergé. En 2017, il a collaboré au Centre for Child Protection de l’Université Grégorienne de Rome. Il a été président de la Société internationale de théologie pratique. Parmi ces nombreux engagements, il fut marguillier, membre de divers comités en paroisse et membre du comité de rédaction de la revue de pastorale Prêtres et Pasteurs durant plus de 30 ans, revue qui a publié les premiers textes au Québec sur les abus sexuels dans l’Église, Co-fondateur, président et membre du C.A. durant presque 20 ans du Projet d’intervention auprès des mineurEs prostituéEs (PIaMP), un des tout premiers organismes de travail de rue à Montréal et toujours actif en 2020. Co-fondateur de la revue Théologiques et membre de son comité de rédaction durant plus de 10 ans. Directeur des programmes d’Études pastorales à la Faculté de théologie de l’Université de Montréal, Président de la Société internationale de théologie pratique, Vice-président de l’International Academy of Practical Theology, Co-fondateur et directeur durant 10 ans de la collection Cahiers d’études pastorales (éditions
Fides).

Parmi ses nombreuses publications, notons ces trois ouvrages majeurs:

Une profonde blessure. Les abus sexuels dans l’Église catholique, Médiaspaul, 2020, 402 p.

-Avec Carole Golding et Claude Rochon, Autrement que victimes. Dieu, enfer et résistance
chez les victimes d’abus sexuels, Novalis, 2012, 336 p.

-La prostitution, une affaire de sens. Études de pratiques sociales et pastorales, Fides, 1987,
480 p.

L’encyclique « Fratelli tutti » avec Jean-Marc Barreau PhD.

Cette semaine dans le cadre de son balado « Parrêsia », Francis Denis s’entretient de la plus récente encyclique du Pape François « Fratelli tutti » avec le prêtre, théologien et professeur adjoint à temps plein à l’Université de Montréal Jean-Marc Barreau PhD. Dans ce dialogue 1h23 min, seront notamment abordés les questions de la politique, l’économie, la spiritualité et des principes centraux à la réalisation de sociétés justes et inclusives. Jean-Marc Barreau est notamment l’auteur d’un livre sur le présent pontificat : François et la miséricorde publié chez Médiaspaul 

«Tout est lié»: une année pour une prise de conscience

Le 24 mai dernier, le pape François annonçait la tenue d’une année consacrée à l’encyclique « Laudato Sì »[1]pour souligner le cinquième anniversaire de la publicationde ce document programmatique de son pontificat. Cette année sera donc l’occasion de redécouvrir ce thème de la sauvegarde de la maison commune en approfondissant nos réflexions sur cet enjeu crucial pour notre temps. Dans ce contexte, j’ai donc cru approprié d’écrire une série d’articles sur l’amour de la création qui, j’ose l’espérer, pourront nous aider à cheminer personnellement et collectivement vers un monde plus propre et plus respectueux de la nature.

Environnement ou création ?

Dans le langage courant, nous utilisons souvent le terme « environnement » pour parler du monde qui nous entoure. La tradition chrétienne, cependant, a toujours préféré celui de « création ». Ce qui n’est pas anodin puisque l’utilisation de ce mot a deux significations implicites. D’abord, on comprend que l’humanité est le centre de l’univers créé. Lorsque nous y pensons, le mot « environnement » signifie ce qui nous entoure. Deuxièmement, ce mot introduit une séparation de l’humanité avec le reste l’univers puisque si l’environnement est tout ce qui est autour de nous, c’est que nous n’en faisons pas vraiment partie. Pour ces deux raisons, l’Église préfère parler de « création ».

En effet, le mot création a le double mérite d’éviter les deux écueils que je viens de souligner. Par ce terme, on comprend tout de suite que l’humanité, bien qu’ayant une place de choix dans la création, ne l’a toutefois pas créée. L’humanité n’en est donc ni le centre et n’est pas non plus un démiurge pensant pouvoir en faire ce qu’il veut. Toutes prétentions à imposer au réel ses propres volontés indépendamment des lois de la nature voulues par le créateur sont donc implicitement exclues dans l’utilisation du terme « création ». Comprendre que seul Dieu est le maître et possesseur de l’univers signifie aussi que l’humanité n’est pas à l’extérieur de l’environnement mais à l’intérieur de la création.

Ni dieux, ni bêtes

Comprendre la profondeur du mot création nous porte également à découvrir deux tendances que l’on trouve aujourd’hui sous des formes inédites.Comme l’enseigne la Doctrine sociale de l’Église : « Une vision de l’homme et des choses sans aucune référence à la transcendance a conduit à réfuter le concept de création et à attribuer à l’homme et à la nature une existence complètement autonome » (CDSE no 464). Cette illusion d’autonomie a aujourd’hui deux visages.

L’immense pouvoir que nous donnent les technologies modernes pose plus que jamais la question des principes guidant leur utilisation. Or, la crise climatique actuelle est la preuve que, contrairement à ce que nous avons fait par le passé, nous ne pouvons plus « réduire de manière utilitariste la nature à un simple objet de manipulation et d’exploitation » (CDSE no 463). Notre vocation personnelle et collective est un appel à la responsabilité. Chacun à son niveau, nous devons donc nous interroger sur notre rapport avec l’ordre créé par Dieu qui se trouve, comme nous l’avons vu, tant à l’intérieurqu’à l’extérieurde nous. Mon opinion personnelle est que la santé de la planète ne se réalisera que si la santé spirituelle et morale de l’homme est prise au sérieux. Malheureusement, cela ne semble pas être la priorité à l’heure actuelle.

L’urgence de prendre au sérieux les enjeux climatiques en porte aussi plusieurs à entretenir un rapport nocif avec la création en la faisant «prévaloir sur la personne humaine au plan de la dignité(CDSE no 463).La nature n’est pas une déesse ! Même si nous la considérons responsable du désastre actuel, il ne sert à rien de sous-estimer la valeur de notre propre dignité. C’est justement du manque de conscience de sa propre grandeur qu’on procédés les courses effrénées au profit et à sans égards aux cycles et aux limites de notre planète. En d’autres termes, c’est parce que nous avons trop souvent abaissé notre conception de la nature humaine à celle de consommateur que nous sommes restés volontairement aveugles à l’épuisement des ressources.  Ainsi,  notre engagement en faveur de notre maison commune dépendra en grande partie d’une juste conception de nous-mêmes. Ni dieux, ni bêtes.

Duc in altum

Alors que nous amorçons la troisième décennie du XXIe siècle, le Pape nous invite à poursuivre la réflexion sur les liens qui nous unissent avec Dieu, entre nous et avec toute la création. Les derniers mois ont été particulièrement révélateurs de la grandissante interconnexion de l’humanité. Prions pour que cette connexion soit l’occasion de véritablement entreprendre un changement de paradigme en faveur d’un monde où la dignité de tous les êtres sera reconnue à sa juste valeur, ni plus ni moins. 

En toutes choses -Une histoire de la formation des maîtres au Québec avec Michel Allard

Dans ce premier épisode de la série « En toutes Choses », Francis Denis s’entretient avec l’historien et pédagogue Michel Allard autour de son plus récent ouvrage intitulé « Une histoire de la formation des maîtres au Québec ».

La Foi en temps de crise – S.E. Mgr Gérald Cyprien Lacroix

La Foi en temps de crise : Entrevue spéciale de Francis Denis avec S.E. Mgr Gérald Cyprien Lacroix, archevêque de Québec et primat du Canada sur les initiatives pastorales en temps de COVID-19.

La Foi en temps de crise – Mgr Louis Corriveau

La Foi en temps de crise : Entrevue spéciale de Francis Denis avec Mgr Louis Corriveau, évêque Joliette sur les initiatives pastorales en temps de COVID-19.

La Foi en temps de crise – Mgr Pierre Goudreault

La Foi en temps de crise : Entrevue spéciale de Francis Denis avec Mgr Pierre Goudreault, évêque de Sainte-Anne-de-la-Pocatière sur les initiatives pastorales en temps de COVID-19.

La Foi en temps de crise: Mgr Pierre-Olivier Tremblay o.m.i., Évêque auxiliaire de Trois-Rivières

La Foi en temps de crise : Entrevue spéciale de Francis Denis avec Mgr Pierre-Olivier Tremblay o.m.i. évêque auxiliaire de Trois-Rivières et recteur du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap sur les initiatives pastorales en temps de COVID-19.

À la recherche du temps du coeur

La crise du COVID-19 et les mesures de confinement qui ont suivi nous ont tous obligés, malgré nous, à arrêter ou, à tout le moins, ralentir la cadence de nos activités habituelles. Cette nouvelle perspective nous a tous invités à revoir nos priorités, à examiner ce qui, dans notre train-train quotidien, peut toujours se faire. Certains ont donc d’abord souligné la réduction quantitative de nos possibilités. De mon côté, j’aimerais attirer votre attention sur l’aspect qualitatif du temps qui nous est alloué à partir d’une de ses dimensions les plus importantes.

Le temps des calculs

Dans son livre « La liberté intérieure » le père Jacques Philippe fait la distinction entre le « temps de la tête » et le « temps du cœur » (p. 100-102). Pour ce théologien, temps psychologique correspond au « temps cérébral, celui que nous nous représentons, que nous calculons et découpons en heures, que nous essayons de gérer et de programmer » (p.100). Cette première dimension du temps, que les anciens nommaient « chronos » d’où sont notamment tirés des mots tels que « chronomètre » ou « chronologique », est clairement le plus affecté par la pandémie actuelle. Alors que, jusqu’à encore tout récemment, ce temps nous manquait grandement, c’est l’inverse qui se produit à l’heure actuelle pour beaucoup d’entre nous. Cette période exceptionnelle est donc une invitation à redécouvrir l’autre dimension du temps qui, malheureusement est trop souvent négligée.

Le temps de la profondeur

Toujours dans son livre « La liberté intérieure », le père Philippe invite à redécouvrir ce qu’il nomme le « temps du cœur » c’est-à-dire « le temps de Dieu, celui des rythmes profonds de la grâce dans notre vie » (p.101). Contrairement au temps cérébral, le temps du cœur « kairos » celui des considérations sur le passé et des projections vers le futur, est centré sur le présent pleinement vécu. C’est ce que l’on dit lorsqu’on parle de « prendre le temps » de faire quelque chose. Cette pleine attention à nos activités, à nos conversations, à notre travail ou dans nos relations, voilà ce que la crise actuelle nous permet de dévopper.

Une autre caractéristique importante du temps du cœur est qu’il nous rend aptes à accueillir les événements de la vie qui sont hors de notre contrôle. Alors que, trop souvent, ce qui nous rend anxieux découle du fait que notre volonté et nos projets ne se réalisent pas, la recherche du temps présent nous habitue à accueillir ce qui vient avec liberté et détachement. Cette habitude, très difficile à développer, je vous l’accorde, est un don que nous recevons gratuitement par la prière fréquente, spécialement l’oraison. Ainsi, nous pourrons vivre « dans le plus grand abandon, sans inquiétude et sans peur, n’avoir d’autre souci que de faire la volonté divine, être pleinement disponible aux événements et aux personnes » (p.102).

Faire du bien avec le mal

Dieu n’est évidemment pas responsable des calamités que subissent les hommes. Il est clair que la présente pandémie n’est pas pour Lui l’occasion de réjouissances. Toutefois, nous savons par la Révélation que le mal est permis puisque Dieu est en mesure d’en tirer un plus grand bien. À nous de découvrir le bien que Dieu désire que nous découvrions actuellement. Réapprendre à vivre une relation sereine avec le temps, savoir s’ajuster et adapter nos vies au temps dans ses deux dimensions pourraient être un effet positif de la crise actuelle. Au-delà de la course effrénée centrée sur la quantité, laissons-nous transformer par la prière réintégrons et recherchons ces moments de qualité qui sont les seuls, à pouvoir véritablement nous combler.

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