Discours du pape François – Session du G7 sur l’intelligence artificielle

Le pape François salue le Premier ministre canadien Justin Trudeau lors du sommet des dirigeants du G7 à Borgo Egnazia, 14 juin 2024.

Le 14 juin 2024, le pape François s’est adressé au sommet des dirigeants du G7 à Borgo Egnazia, en Italie. Réfléchissant aux nouvelles technologies d’intelligence artificielle, il a déclaré : “Pour qu’elles soient des instruments de construction du bien et d’un avenir meilleur, elles doivent toujours viser le bien de chaque être humain, avoir une “inspiration” éthique. Elles doivent avoir une ‘inspiration’ éthique”.

Lisez le discours ci-dessous. Vous pouvez également regarder l’intégralité de l’émission ce soir à 19h30 HE soit 16h30 HP sur Sel + Lumière TV et sur Sel + Lumière Plus.

Mesdames et Messieurs !

Je m’adresse à vous aujourd’hui, dirigeants du Forum intergouvernemental du G7, pour vous présenter une réflexion sur les effets de l’intelligence artificielle sur l’avenir de l’humanité.

« L’Écriture Sainte témoigne que Dieu a donné aux hommes son Esprit pour qu’ils aient “la sagesse, l’intelligence et la connaissance de toutes sortes de travaux” ( Ex 35, 31) » [1]. La science et la technologie sont donc les produits extraordinaires du potentiel créatif des êtres humains [2].

Or c’est précisément l’utilisation de ce potentiel créatif donné par Dieu qui est à l’origine de l’intelligence artificielle.

Cette dernière, comme on le sait, est un outil extrêmement puissant, utilisé dans de nombreux domaines de l’activité humaine : de la médecine au monde du travail, de la culture à la communication, de l’éducation à la politique. Et l’on peut désormais supposer que son utilisation influencera de plus en plus notre mode de vie, nos relations sociales et même, à l’avenir, la manière dont nous concevons notre identité en tant qu’êtres humains [3].

Le thème de l’intelligence artificielle est cependant souvent perçu comme ambivalent : d’une part, il enthousiasme par les possibilités qu’il offre, d’autre part, il suscite la crainte par les conséquences qu’il laisse présager. À cet égard, on peut dire que nous sommes tous, à des degrés divers, traversés par deux émotions : nous sommes enthousiastes lorsque nous imaginons les progrès qui peuvent découler de l’intelligence artificielle, mais, en même temps, nous sommes effrayés lorsque nous voyons les dangers inhérents à son utilisation [4].

Nous ne pouvons d’ailleurs douter que l’avènement de l’intelligence artificielle représente une véritable révolution cognitivo-industrielle qui contribuera à la création d’un nouveau système social caractérisé par de complexes transformations historiques. Par exemple, l’intelligence artificielle pourrait permettre la démocratisation de l’accès au savoir, le progrès exponentiel de la recherche scientifique, la possibilité de confier des travaux pénibles à des machines ; mais, en même temps, elle pourrait entraîner une plus grande injustice entre les pays riches et les pays en voie de développement, entre les classes sociales dominantes et les classes sociales opprimées, compromettant ainsi la possibilité d’une “culture de la rencontre” au profit d’une “culture du rejet”.

L’ampleur de ces transformations complexes est évidemment liée au développement technologique rapide de l’intelligence artificielle elle-même.

C’est précisément cette avancée technologique vigoureuse qui fait de l’intelligence artificielle un outil fascinant et redoutable et qui appelle une réflexion à la hauteur de la situation.

Dans ce sens, on pourrait peut-être partir du constat que l’intelligence artificielle est avant tout un outil. Et il va de soi que les bienfaits ou les méfaits qu’elle apportera dépendront de son utilisation.

C’est certainement vrai, puisqu’il en a été ainsi pour tous les outils construits par l’homme depuis la nuit des temps.

Notre capacité à construire des outils, en quantité et complexité inégalées parmi les êtres vivants, fait parler d’une condition techno-humaine : l’être humain a toujours entretenu une relation avec l’environnement par l’intermédiaire des outils qu’il a progressivement produits. Il n’est pas possible de séparer l’histoire de l’homme et de la civilisation de l’histoire de ces outils. Certains ont voulu lire dans tout cela une sorte de manque, de déficit de l’être humain, comme si, en raison de ce déficit, il était contraint de donner vie à la technique [5]. Un regard attentif et objectif nous montre en fait le contraire. Nous vivons dans une condition d’ultériorité par rapport à notre être biologique ; nous sommes des êtres déséquilibrés par rapport à notre extérieur, voire radicalement ouverts sur l’au-delà. C’est de là que vient notre ouverture aux autres et à Dieu ; c’est de là que naît le potentiel créatif de notre intelligence en termes de culture et de beauté ; c’est de là finalement que provient notre capacité technique. La technologie est donc la trace de cette ultériorité.

Cependant, l’utilisation de nos outils n’est pas toujours uniquement orientée vers le bien. Même si l’être humain sent en lui une vocation à l’au-delà et à la connaissance vécue comme instrument du bien au service des frères et sœurs et de la maison commune (cf. Gaudium et spes, n. 16), cela ne se produit pas toujours. Au contraire, il n’est pas rare que, précisément à cause de sa liberté radicale, l’humanité ait perverti les finalités de son être en se transformant en son propre ennemi ainsi que de la planète [6].Les outils technologiques peuvent connaître le même sort. Ce n’est que si leur vocation au service de l’humain est garantie que les outils technologiques révèleront non seulement la grandeur et la dignité unique de l’être humain, mais aussi le mandat qu’il a reçu de “cultiver et garder” (cf. Gn 2, 15) la planète et tous ses habitants. Parler de technologie, c’est parler de ce que signifie être humain et de notre condition unique entre liberté et responsabilité, c’est-à-dire parler d’éthique.

Lorsque nos ancêtres aiguisaient des silex pour fabriquer des couteaux, ils les utilisaient à la fois pour couper le cuir pour les vêtements et pour s’entretuer. On pourrait dire la même chose pour d’autres technologies beaucoup plus avancées, comme l’énergie produite par la fusion d’atomes telle qu’elle se produit sur le soleil, qui pourrait certes être utilisée pour produire une énergie propre et renouvelable, mais aussi pour réduire notre planète en un tas de cendres.

L’intelligence artificielle est cependant un outil encore plus complexe. Je dirais presque qu’il s’agit d’un outil sui generis. Alors que l’utilisation d’un outil simple (comme le couteau) est sous le contrôle de l’être humain qui l’utilise et que son bon usage ne dépend que de lui, l’intelligence artificielle, en revanche, peut s’adapter de manière autonome à la tâche qui lui est assignée et, si elle est conçue de cette manière, faire des choix indépendants de l’être humain pour atteindre l’objectif fixé [7].

Il faut toujours garder à l’esprit que la machine peut, sous certaines formes et par ces nouveaux moyens, produire des choix algorithmiques. Ce que fait la machine est un choix technique entre plusieurs possibilités et se base soit sur des critères bien définis, soit sur des déductions statistiques. L’être humain, quant à lui, non seulement choisit, mais dans son cœur il est capable de décider. La décision est un élément que nous pourrions concevoir plus stratégique qu’un choix et nécessite une évaluation pratique.Parfois, et bien souvent dans la tâche difficile de gouverner, nous sommes appelés à prendre des décisions qui ont des conséquences pour de nombreuses personnes. Depuis toujours la réflexion humaine parle à ce propos de sagesse, la phronesis de la philosophie grecque et au moins en partie la sagesse de l’Écriture Sainte. Face aux prodiges des machines, qui semblent capables de choisir de manière autonome, nous devons être clairs sur le fait que la décision doit toujours être laissée à l’être humain, même dans une tournure dramatique et urgente avec laquelle elle se présente parfois dans nos vies. Nous condamnerions l’humanité à un avenir sans espoir si nous retirions aux gens la capacité de décider d’eux-mêmes et de leur vie, les condamnant à dépendre des choix des machines. Nous devons garantir et protéger un espace de contrôle humain significatif sur le processus de choix des programmes d’intelligence artificielle : la dignité humaine elle-même en dépend.

Permettez-moi d’insister précisément sur ce sujet : dans un drame tel qu’un conflit armé, il est urgent de repenser le développement et l’utilisation de dispositifs tels que les “armes autonomes létales” afin d’en interdire l’usage, en commençant déjà par un engagement dynamique et concret à introduire un contrôle humain de plus en plus significatif. Aucune machine ne devrait jamais choisir d’ôter la vie à un être humain.

Il faut, en outre, ajouter que le bon usage, au moins des formes avancées d’intelligence artificielle, ne sera pas entièrement sous le contrôle des utilisateurs ou des programmateurs qui en ont défini les visées originelles au moment de la conception. Ceci est d’autant plus vrai qu’il est fort probable que, dans un avenir assez proche, les programmes d’intelligence artificielle pourront communiquer directement entre eux afin d’améliorer leurs performances. Et si, dans le passé, les hommes qui ont façonné des outils simples ont vu leur existence modifiée par eux – le couteau leur a permis de survivre au froid mais aussi de développer l’art de la guerre –, maintenant que les hommes ont façonné un outil complexe, ils verront celui-ci modifier encore davantage leur existence [8].

Le mécanisme de base de l’intelligence artificielle

Je voudrais maintenant aborder brièvement la complexité de l’intelligence artificielle. Dans son essence, l’intelligence artificielle est un outil conçu pour résoudre un problème et fonctionne par un enchaînement logique d’opérations algébriques, effectuées sur des catégories de données, qui sont confrontées pour découvrir des corrélations, en améliorant leur valeur statistique, grâce à un processus d’auto-apprentissage, basé sur la recherche de nouvelles données et l’auto-modification de ses procédures de calcul.

L’intelligence artificielle est ainsi destinée à résoudre des problèmes spécifiques, mais pour ceux qui l’utilisent, la tentation est souvent irrésistible de tirer, à partir des solutions spécifiques qu’elle propose, des déductions générales, voire anthropologiques.

Un bon exemple est l’utilisation des programmes destinés à aider les magistrats à décider de l’assignation à résidence des détenus purgeant une peine dans un établissement pénitentiaire. Dans ce cas, on demande à l’intelligence artificielle de pronostiquer la probabilité de récidive d’un crime commis par un condamné à partir de catégories prédéfinies (type de crime, comportement en prison, évaluation psychologique et autres), ce qui permet à l’intelligence artificielle d’avoir accès à des catégories de données touchant à la vie privée du condamné (origine ethnique, niveau d’éducation, marge de crédit et autres). L’utilisation d’une telle méthodologie – qui risque parfois de déléguer de facto à une machine le dernier mot sur le sort d’une personne – peut renvoyer implicitement aux partialités inhérentes aux catégories de données utilisées par l’intelligence artificielle.

Le fait d’être classé dans un certain groupe ethnique ou, plus prosaïquement, d’avoir commis un délit mineur des années auparavant (ne pas avoir payé, par exemple, une amende pour un stationnement interdit) influencera, en effet, la décision concernant le fait de procéder ou non à une assignation à résidence. Au contraire, l’être humain évolue en permanence et se montre capable de surprendre par ses actes, chose que la machine ne peut pas prendre en compte.

Il convient également de noter que des applications similaires à celle qui vient d’être mentionnée subiront une accélération du fait que les programmes d’intelligence artificielle seront de plus en plus dotés de la capacité d’interagir directement avec des êtres humains (chatbots), en tenant des conversations avec eux et en établissant avec eux des relations étroites, souvent très agréables et rassurantes, car ces programmes d’intelligence artificielle seront conçus pour apprendre à répondre, de manière personnalisée, aux besoins physiques et psychologiques des êtres humains.

Oublier que l’intelligence artificielle n’est pas un autre être humain et qu’elle ne peut proposer de principes généraux, est souvent une grave erreur qui découle ou du besoin profond de l’être humain de trouver une forme stable de compagnie ou d’un présupposé inconscient de sa part, à savoir que les observations obtenues au moyen d’un mécanisme de calcul sont pourvues des qualités de certitude indiscutable et d’universalité irréfutable.

Cette hypothèse est toutefois risquée, comme le montre l’examen des limites inhérentes au calcul lui-même. L’intelligence artificielle utilise des opérations algébriques à effectuer dans une séquence logique (par exemple, si la valeur de X est supérieure à celle de Y, on multiplie X par Y ; sinon, on divise X par Y). Cette méthode de calcul, appelée “algorithme”, ne présente ni objectivité ni neutralité [9]. En effet, puisque elle est basée sur l’algèbre, elle ne peut examiner que des réalités formulées en termes numériques [10].

Il ne faut pas oublier non plus que les algorithmes conçus pour résoudre des problèmes très complexes sont si sophistiqués qu’il est difficile pour les programmateurs eux-mêmes de comprendre exactement comment ils réussissent à obtenir leurs résultats. Cette tendance à la sophistication risque de s’accélérer considérablement avec l’introduction des ordinateurs quantiques qui ne fonctionnent pas avec des circuits binaires (semi-conducteurs ou puces), mais selon les lois, pour le moins complexes, de la physique quantique. D’autre part, l’introduction continue de puces de plus en plus performantes est déjà devenue l’une des causes de la prépondérance de l’usage de l’intelligence artificielle par les quelques nations qui en sont équipées.

Qu’elles soient sophistiquées ou non, la qualité des réponses fournies par les programmes d’intelligence artificielle dépend en fin de compte des données qu’ils utilisent et de la manière dont elles sont structurées.

Enfin, je voudrais souligner un dernier domaine dans lequel apparaît clairement la complexité du mécanisme de l’intelligence artificielle dite générative (Generative Artificial Intelligence). Nul ne doute qu’il existe aujourd’hui de magnifiques outils d’accès à la connaissance qui permettent même l’auto-apprentissage et l’auto-tutorat dans une myriade de domaines. Beaucoup d’entre nous ont été impressionnés par les applications facilement disponibles en ligne pour composer un texte ou produire une image sur n’importe quel thème ou sujet. Les étudiants se montrent particulièrement attirés par cette perspective qui, lorsqu’ils doivent préparer des travaux, en font un usage disproportionné.

Ces élèves, souvent bien mieux préparés et habitués à l’utilisation de l’intelligence artificielle que leurs professeurs, oublient cependant que l’intelligence artificielle dite générative, au sens strict, n’est pas vraiment “générative”. En effet, cette dernière recherche dans les big data des informations et les conditionne dans le style qui lui est demandé. Elle ne développe pas de nouveaux concepts ou de nouvelles analyses. Elle répète celles qu’elle trouve, en leur donnant une forme attrayante. Et plus une notion ou une hypothèse est répétée, plus elle la considère comme légitime et valable. Plutôt que “générative”, elle est donc “renforçatrice”, en ce sens qu’elle réorganise des contenus existants, contribuant à les consolider, souvent sans vérifier s’ils contiennent des erreurs ou des idées préconçues.

Cela risque non seulement de légitimer les fake news et de renforcer le poids d’une culture dominante, mais aussi de saper le processus éducatif in nuce. L’éducation qui devrait fournir aux étudiants la possibilité d’une réflexion authentique risque de se réduire à une répétition de notions, qui seront de plus en plus estimées incontestables, simplement parce que constamment reprises [11].

Remettre la dignité de la personne au centre d’une proposition éthique partagée

Il convient maintenant d’ajouter une observation plus générale à ce qui a déjà été dit. La saison d’innovation technologique que nous traversons actuellement s’accompagne en effet d’une conjoncture sociale particulière et sans précédent : sur les grandes questions de la vie sociale, il est de plus en plus difficile de trouver des accords. Même dans les communautés caractérisées par une certaine continuité culturelle, des débats passionnés et des confrontations surgissent souvent, rendant difficile la production de réflexions et de solutions politiques partagées visant à rechercher ce qui est bon et juste. Au-delà de la complexité des visions légitimes qui caractérisent la famille humaine, un facteur émerge qui semble unir ces différentes instances. Nous assistons à une disparition ou du moins à une éclipse du sens de l’humain et à une apparente insignifiance du concept de dignité humaine [12]. Il semble que nous perdons la valeur et le sens profond de l’une des catégories fondamentales de l’Occident : la catégorie de la personne humaine. En ce moment où les programmes d’intelligence artificielle remettent en question l’être humain et son agir, c’est précisément la faiblesse de l’ ethos lié à la perception de la valeur et de la dignité de la personne humaine qui risque d’être le plus grand vulnus dans la mise en œuvre et le développement de ces systèmes. En effet, il ne faut pas oublier qu’aucune innovation n’est neutre. La technologie naît dans un but précis et, dans son impact sur la société humaine, elle représente toujours une forme d’ordre dans les relations sociales et une disposition de pouvoir, permettant à certains d’accomplir des actions et empêchant d’autres d’en accomplir d’autres. Cette dimension constitutive de pouvoir de la technologie comprend toujours, de manière plus ou moins explicite, la vision du monde de ceux qui l’ont conçue et développée.

Cela vaut également pour les programmes d’intelligence artificielle. Pour qu’ils soient des outils pour la construction du bien et d’un avenir meilleur, ils doivent toujours être ordonnés au bien de chaque être humain. Ils doivent avoir une inspiration éthique.

La décision éthique, en effet, est celle qui prend en compte non seulement des résultats d’une action, mais aussi des valeurs en jeu et des devoirs qui en découlent. C’est pourquoi j’ai accueilli favorablement, la signature à Rome, en 2020, du Rome Call for AI Ethics [13] et son soutien à cette forme de modération éthique des algorithmes et des programmes d’intelligence artificielle que j’ai appelée “algor-éthique” [14]. Dans un contexte pluriel et global, où s’affichent également des sensibilités différentes et des hiérarchies plurielles dans les échelles de valeurs, il semble difficile de trouver une hiérarchie unique des valeurs. Mais dans l’analyse éthique, nous pouvons également recourir à d’autres types d’outils : si nous peinons à définir un ensemble unique de valeurs globales, nous pouvons toutefois trouver des principes partagés avec lesquels on aborde et résout tout dilemme ou conflit de vie.

C’est la raison pour laquelle est né le Rome Call : dans le terme “algor-éthique”, est condensée une série de principes qui se révèlent être une plateforme globale et plurielle capable de trouver le soutien des cultures, des religions, des organisations internationales et des grandes entreprises qui sont des acteurs de ce développement.

La politique dont nous avons besoin

Nous ne pouvons donc pas occulter le risque concret, puisqu’il est inhérent à son mécanisme fondamental, que l’intelligence artificielle limite la vision du monde à des réalités exprimables en chiffres et enfermées dans des catégories préconçues, en évinçant l’apport d’autres formes de vérité et en imposant des modèles anthropologiques, socio-économiques et culturels uniformes. Le paradigme technologique incarné par l’intelligence artificielle risque alors de céder la place à un paradigme bien plus dangereux, que j’ai déjà identifié sous le nom de “paradigme technocratique” [15]. Nous ne pouvons pas permettre qu’un outil aussi puissant et indispensable que l’intelligence artificielle renforce un tel paradigme ; au contraire, nous devons faire de l’intelligence artificielle un rempart précisément contre son expansion.

Et c’est précisément là que l’action politique est urgente, comme le rappelle l’encyclique Fratelli tutti. Certes, « pour beaucoup de personnes, la politique est aujourd’hui un vilain mot et on ne peut pas ignorer qu’à la base de ce fait, il y a souvent les erreurs, la corruption, l’inefficacité de certains hommes politiques. À cela s’ajoutent les stratégies qui cherchent à affaiblir la politique, à la remplacer par l’économie ou la soumettre à quelque idéologie. Mais le monde peut-il fonctionner sans la politique ? Peut-il y avoir un chemin approprié vers la fraternité universelle et la paix sociale sans une bonne politique ? » [16].

Notre réponse à ces dernières questions est : non ! La politique est nécessaire ! Je tiens à réaffirmer à cette occasion que « face à tant de formes mesquines de politique et à courte vue […] la grandeur politique se révèle quand, dans les moments difficiles, on œuvre pour les grands principes et en pensant au bien commun à long terme. Il est très difficile pour le pouvoir politique d’assumer ce devoir dans un projet de Nation et encore davantage dans un projet commun pour l’humanité présente et future » [17].

Mesdames, Messieurs !

Ma réflexion sur les effets de l’intelligence artificielle sur l’avenir de l’humanité nous amène donc à considérer l’importance d’une “saine politique” pour envisager notre avenir avec espoir et confiance. Comme je l’ai déjà dit ailleurs, « sur le plan mondial, la société a de sérieux défauts structurels qu’on ne résout pas avec des rapiècements ou des solutions rapides, purement occasionnelles. Certaines choses sont à changer grâce à des révisions de fond et des transformations importantes. Seule une politique saine sera à même de les conduire, en engageant les secteurs les plus divers et les connaissances les plus variées. De cette manière, une économie intégrée dans un projet politique, social, culturel et populaire visant le bien commun peut “ouvrir le chemin à différentes opportunités qui n’impliquent pas d’arrêter la créativité de l’homme et son rêve de progrès, mais d’orienter cette énergie vers des voies nouvelles” ( Laudato si’, n. 191) » [18].

C’est précisément le cas de l’intelligence artificielle. Il appartient à chacun d’en faire bon usage et à la politique de créer les conditions pour que cet usage soit possible et fécond.

Merci.

Texte reproduit avec l’aimable autorisation de la Libreria Editrice Vaticana

[1] Message pour la 57ème Journée Mondiale de la Paix du 1er janvier 2024, n. 1.

[2] Cf. Ibid.

[3] Cf. Ibid, n. 2.

[4] Cette ambivalence avait déjà été soulignée par le Pape saint Paul VI dans son Discours au personnel du “Centre d’automatisation des analyses linguistiques” de l’Aloysianum, du 19 juin 1964.

[5] Cf. A. Gehlen, L’uomo. La sua natura e il suo posto nel mondo, Milano 1983, p. 43.

[6] Cf. Lett. enc. Laudato si’ (24 mai 2015), nn. 102-114.

[7] Message pour la 57ème Journée Mondiale de la Paix du 1er janvier 2024, n. 3.

[8] Les intuitions de Marshall McLuhan et de John M. Culkin sont particulièrement pertinentes en ce qui concerne les conséquences de l’utilisation de l’intelligence artificielle.

[9] Cf. Discours aux participants à l’Assemblée Plénière de l’Académie Pontificale pour la Vie, 28 février 2020.

[10]Cf. Message pour la 57ème Journée Mondiale de la Paix du 1er janvier 2024, n. 4.

[11]Cf. Ibid., nn. 3 et 7.

[12]Cf. Dicastère pour la Doctrine de la Foi, Déclaration Dignitas infinita sur la dignité humaine (2 avril 2024).

[13] Cf. Discours aux participants à l’Assemblée Plénière de l’Académie Pontificale pour la Vie, 28 février 2020.

[14] Cf. Discours aux participants au Congrès “Promoting Digital Child Dignity – From Concet to Action”, 14 novembre 2019 ; Discours aux participants à l’Assemblée Plénière de l’Académie Pontificale pour la Vie, 28 février 2020.

[15] Pour un exposé plus complet, je renvoie à ma Lettre Encyclique Laudato si’ sur la sauvegarde de la maison commune du 24 mai 2015.

[16] Lett. enc. Fratelli tutti sur la fraternité et l’amitié sociale (3 octobre 2020), n. 176.

[17] Ibid., n. 178.

[18] Ibid., n. 179.

Audience générale du pape François – mercredi 12 juin 2024

Photo : Bible de Gutenberg, copie Lenox, New York Public Library. Wikimedia Commons.

Lors de son audience générale hebdomadaire, le pape François a poursuivi sa catéchèse sur l’Esprit Saint. Réfléchissant à la doctrine de l’inspiration divine de l’Écriture, il a déclaré que « les mots de l’Écriture, sous l’action de l’Esprit, deviennent lumineux » et que « la mort et la résurrection du Christ sont le phare qui illumine toute la Bible, et qui illumine aussi notre vie. »

Lisez le texte intégral ci-dessous. Vous pouvez également regarder l’intégralité de l’émission ce soir à 19h30 HE soit 16h30 HP sur Sel + Lumière TV et sur Sel + Lumière Plus.

Chers frères et sœurs, bonjour, Bienvenue !

Nous poursuivons notre catéchèse sur l’Esprit Saint qui guide l’Église vers le Christ, notre espérance. Lui est le guide. La dernière fois, nous avons contemplé l’œuvre de l’Esprit dans la création ; aujourd’hui, nous la voyons dans la révélation, dont la Sainte Écriture est un témoignage qui fait autorité et qui est inspiré par Dieu.

La deuxième lettre de Saint Paul à Timothée contient cette affirmation : « Toute l’Écriture est inspirée de Dieu » (3,16). Et un autre passage du Nouveau Testament dit : « Animés par l’Esprit Saint, ces hommes ont parlé de la part de Dieu » (2 P 1,21). Ceci est la doctrine de l’inspiration divine des Écritures que nous proclamons comme article de foi dans le Credo, lorsque nous disons que le Saint-Esprit « a parlé par les prophètes ». L’inspiration divine de la Bible.

L’Esprit Saint, qui a inspiré les Écritures, est aussi celui qui les explique et les rend éternellement vivantes et actives. D’inspirées, il les rend inspirantes. « Les Saintes Écritures, inspirées par Dieu » – écrit le Concile Vatican II – « et consignées une fois pour toutes par écrit, elles communiquent immuablement la Parole de Dieu lui-même et font résonner dans les paroles des prophètes et des Apôtres la voix de l’Esprit Saint » (Dei Verbum, 21). L’Esprit Saint poursuit ainsi, dans l’Église, l’action de Jésus Ressuscité qui, après Pâques, « ouvrit l’intelligence des disciples à la compréhension des Écritures » (cf. Lc 24, 45).

Il peut arriver, en effet, qu’un passage de l’Écriture, que nous avons lu tant de fois sans émotion particulière, nous le lisions un jour dans un climat de foi et de prière, et alors ce texte s’illumine soudain, il nous parle, il éclaire un problème que nous vivons, il rend claire la volonté de Dieu pour nous dans une certaine situation. À quoi ce changement est-il dû, sinon à une illumination de l’Esprit Saint ? Les paroles de l’Écriture, sous l’action de l’Esprit, deviennent lumineuses ; et dans les cas que nous touchons de nos propres mains, combien est vraie l’affirmation de la Lettre aux Hébreux : « Elle est vivante, la parole de Dieu, énergique et plus coupante qu’une épée à deux tranchants ; […] » (4,12).

Frères et sœurs, l’Église se nourrit de la lecture spirituelle de l’Écriture Sainte, c’est-à-dire de la lecture faite sous la conduite de l’Esprit Saint qui l’a inspirée. En son centre, comme un phare qui illumine tout, se trouve l’événement de la mort et la résurrection du Christ, qui accomplit le plan du salut, réalise toutes les figures et les prophéties, dévoile tous les mystères cachés et offre la vraie clé de lecture de toute la Bible. La mort et la résurrection du Christ sont le phare qui éclaire toute la Bible, et qui éclaire aussi notre vie. L’Apocalypse décrit tout cela avec l’image de l’Agneau brisant les sceaux du livre “écrit au-dedans et à l’extérieur, scellé de sept sceaux” (cf. 5,1-9), c’est-à-dire l’Écriture de l’Ancien Testament. L’Église, Épouse du Christ, est l’interprète autorisé du texte de l’Écriture inspiré, l’Église est la médiatrice de sa proclamation authentique. Comme l’Église est dotée de l’Esprit Saint – pour cela elle est interprète -, elle est « le pilier et le soutien de la vérité » (1 Tm 3,15). Pourquoi ? Parce qu’elle est inspirée, gardée ferme par l’Esprit Saint. L’Église a pour tâche d’aider les fidèles et tous ceux qui cherchent la vérité à interpréter correctement les textes bibliques.

Une façon de faire une lecture spirituelle de la Parole de Dieu est ce qu’on appelle la Lectio Divina, une parole dont nous ne comprenons peut-être pas bien la signification. Elle consiste à consacrer un moment de la journée à la lecture personnelle et méditative d’un passage de l’Écriture. Et ceci est très important : chaque jour, prends un temps pour écouter, pour méditer, en lisant un passage de l’Ecriture. Et pour cela, je vous recommande d’avoir toujours un Évangile de poche et de le porter dans votre sac, dans vos poches… Ainsi, quand vous voyagez ou quand vous êtes un peu libre, vous le prenez et vous lisez… Cela est très important pour la vie. Prenez un Évangile de poche et, au cours de la journée, lisez-le une fois, deux fois, quand l’opportunité se présente. Mais la lecture spirituelle de l’Écriture par excellence est la lecture communautaire qui se fait dans la Liturgie dans la Sainte Messe. C’est là que nous voyons comment un événement ou un enseignement, donné dans l’Ancien Testament, trouve son plein accomplissement dans l’Évangile du Christ. Et l’homélie, ce commentaire que fait le célébrant, doit aider à faire passer la Parole de Dieu du livre à la vie. Mais l’homélie doit être courte : une image, une pensée, un sentiment. L’homélie ne doit pas durer plus de huit minutes, parce qu’au-delà, l’attention se perd et les gens s’endorment, et avec raison. Une homélie doit être ainsi. Et c’est ce que je veux dire aux prêtres, qui parlent beaucoup, très souvent, et l’on ne comprend pas ce dont ils parlent. Une homélie brève : une pensée, un sentiment et une indication pour l’action, pour le comment faire. Pas plus de huit minutes. Parce que l’homélie doit aider à transférer la Parole de Dieu du livre à la vie. Et parmi les nombreuses paroles de Dieu que nous entendons chaque jour à la Messe ou dans la Liturgie des Heures, il y en a toujours une qui nous est spécialement destinée. Quelque chose qui touche le cœur. Si nous l’accueillons dans le cœur, elle peut illuminer notre journée, animer notre prière. Encore faut-il ne pas la laisser tomber dans le vide !

Terminons par une pensée qui peut nous aider à aimer la Parole de Dieu. Comme certains morceaux de musique, l’Écriture Sainte a aussi une note sous-jacente qui l’accompagne du début à la fin, et cette note, c’est l’amour de Dieu. « Toute la Bible – observe saint Augustin – ne fait que raconter l’amour de Dieu » (De catechizandis rudibus, I, 8, 4: PL 40, 319). Et saint Grégoire le Grand appelle l’Écriture « une lettre du Dieu tout-puissant à sa créature », comme une lettre de l’Époux à son épouse, et nous exhorte à « apprendre à connaître le cœur de Dieu dans les paroles de Dieu » (Registrum Epistolarum, V, 46. Ed. Ewald-Hartmann, pp. 345-346). « Par cette révélation » – dit encore Vatican II – « le Dieu invisible, s’adresse aux hommes en son surabondant amour comme à des amis et il s’entretient avec eux pour les inviter et les admettre à partager sa propre vie » (Dei Verbum, 2).

Chers frères et sœurs, continuez à lire la Bible ! Mais n’oubliez pas l’Évangile de poche : le porter dans le sac, dans la poche, et en lire un passage à un moment de la journée. Cela vous rapprochera beaucoup de l’Esprit Saint qui est dans la Parole de Dieu. Que l’Esprit Saint, qui a inspiré les Ecritures et qui maintenant souffle à partir des Ecritures, nous aide à saisir cet amour de Dieu dans les situations concrètes de notre vie. Je vous remercie.

Texte reproduit avec l’aimable autorisation de la Libreria Editrice Vaticana

 

Prier avec le pape François Réflexion – Juin 2024

Mes frères et sœurs : En ce mois de juin, le Pape François nous invite à prier pour les migrants, qui fuient les guerres ou la faim et sont contraints à des voyages pleins de dangers et de violence, puissent trouver l’hospitalité ainsi que de nouvelles opportunités de vie dans les pays d’accueil.

Cette intention de prière montre clairement que toutes les migrations ne se déroulent pas de la même manière : Il y a ceux qui ont les moyens de partir de leur propre chef, et il y a ceux qui sont contraints de partir parce que leur vie est en danger. 

Il n’est certainement pas facile de laisser derrière soi tout ce que l’on a et tout ce que l’on connaît ; c’est d’autant plus difficile lorsque le voyage vers la sécurité est dangereux et violent.

Dès l’époque de l’Ancien Testament, cette réalité de la migration forcée existe déjà. Les Israélites sont eux-mêmes des migrants, se déplaçant de l’Égypte à la Terre promise, un voyage dangereux et tumultueux qui a duré quarante ans.

C’est pourquoi la loi mosaïque exige que les Israélites traitent bien les étrangers, car “Vous aussi, car vous étiez vous-mêmes des immigrés au pays d’Égypte”. N’oublions pas que Jésus a lui aussi passé ses premières années en Égypte en tant qu’étranger. 

Il est compréhensible de faire une distinction entre “nous” et “eux”, mais nous devons les aider à se tenir debout et à contribuer à la société, afin qu’ils deviennent “nous”, car tel est l’esprit de l’Évangile. 

Supprimons les frontières de notre bonté, afin que nos frères et sœurs migrants puissent se sentir chez eux en terre étrangère, afin que nous puissions construire ensemble une maison commune. Que Dieu vous bénisse aujourd’hui. 

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Prier avec le pape François Réflexion – Mai 2024

Mes frères et sœurs : En ce mois de mai, le pape François nous invite à prier pour la formation des religieuses, des religieux et des séminaristes, pour qu’ils grandissent dans leur parcours vocationnel grâce à une formation humaine, pastorale, spirituelle et communautaire qui les conduise à être des témoins crédibles de l’Évangile. 

Pour le meilleur et pour le pire, des religieux, des religieuses et des séminaristes occupent souvent des postes de direction dans leurs ministères respectifs. 

Devenir des témoins crédibles de l’Évangile est sans doute le critère le plus important pour que leur leadership soit crédible. 

À quoi sert notre ministère ecclésial si nos vies ne reflètent pas celle de Jésus-Christ ? 

Nous pouvons penser que leur formation n’a pas grand-chose à voir avec nous, mais c’est le contraire. Nous avons un rôle important à jouer en aidant des religieux, des religieuses et des séminaristes à grandir dans leur vocation. 

Cela signifie que nous devons commencer à les traiter comme des êtres humains. Ne nous mettez pas sur un piédestal et ne nous traitez pas comme des dieux ; invitez-nous plutôt à prendre un café, acceptez nos limites, mais faites-nous savoir quand nous ne sommes pas des témoins crédibles de l’Évangile et mettez-nous au défi de nous améliorer.

Nous avons tous un rôle à jouer dans la formation des religieux, des religieuses et des séminaristes présents et futurs. Jouons donc notre rôle. Que Dieu vous bénisse aujourd’hui.

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Prier avec le pape François Réflexion – Avril 2024

Mes frères et sœurs : En ce mois d’avril, le pape François nous invite à prier pour le rôle des femmes; prions pour que la dignité et la richesse des femmes soient reconnues dans toutes les cultures et que cessent les discriminations dont elles sont victimes dans différentes parties du monde.

Au cœur de l’intention de prière de ce mois se trouve la vérité chrétienne selon laquelle Dieu a créé l’homme et la femme à son image, qu’ils sont égaux en dignité en raison de leur ressemblance avec Dieu. La complémentarité entre l’homme et la femme dans le mariage signifie que personne ne doit dominer l’autre. 

Malheureusement, la dignité et la valeur que Dieu a conférées à une femme peuvent être bafouées de bien des manières. Cela peut être aussi banal que d’attendre que seules les femmes fassent les tâches ménagères ou que les hommes soient les seuls à avoir voix au chapitre dans les affaires importantes. 

Il existe des violations bien plus flagrantes de la dignité d’une femme. Par exemple, il y a des endroits dans le monde où les femmes n’ont pas le droit de conduire une voiture, ce que nous prenons pour acquise. 

Pire encore, dans d’autres parties du monde, les femmes n’ont pas le droit de voter, leur voix étant étouffée. Il y a aussi celles qui n’ont même pas le droit d’avoir accès à l’éducation, simplement parce qu’elles sont des femmes. D’autres sont contraintes de se marier, et la liste est encore longue.

Ces exemples peuvent nous sembler lointains, mais ces violations de la dignité des femmes existent bel et bien. Défendre les femmes de cette manière, c’est reconnaître et respecter la dignité que Dieu leur a donnée. 

Cela nous incite à sortir de notre zone de confort, à ne pas nous contenter de compatir au sort des autres, mais à nous tenir aux côtés de ceux qui sont seuls et à être la voix de ceux qui n’en ont pas. Que Dieu vous bénisse aujourd’hui.

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Prier avec le pape François Réflexion – Mars 2024

 

Mes frères et sœurs : En ce mois de mars, le pape François nous invite à prier pour les nouveaux martyrs; prions pour que ceux qui risquent leur vie pour l’Évangile, dans différentes parties du monde, fécondent l’Église de leur courage et de leur élan missionnaire.

Comme le dit si bien le père de l’Église Tertullien : « Le sang des martyrs est une semence de Chrétiens ». On sait que l’Église prospère là où le sang des martyrs a été versé. Cette réalité nous amène à une question plus profonde : Y a-t-il quelque chose dans la vie qui vaille la peine que l’on donne sa vie ? 

Si mourir pour l’Évangile peut inspirer le courage et l’élan missionnaire, nous devons nous rappeler que le martyre lui-même n’est pas simplement le fruit du courage et de l’audace, de peur qu’il ne soit confondu avec un acte de simple bravade. 

Il peut être utile d’imaginer les circonstances dans lesquelles le martyre a souvent lieu. Pensez à une atmosphère hostile à la foi chrétienne, avec des chrétiens vivant constamment sous pression. 

Plus important encore, alors que les martyrs du passé ont accueilli l’appel à renoncer à leur vie pour la foi chrétienne, ils ne l’ont jamais cherché activement. Au contraire, la grâce du martyre nous est donnée gratuitement, quels que soient nos mérites et nos efforts.  

Puisque nous ne sommes pas en mesure de rechercher activement des occasions de martyre, il peut être utile d’examiner nos propres dispositions lorsque nous nous trouvons dans des circonstances de vie similaires à celles des martyrs. 

Comment me comporter dans un environnement hostile à la foi chrétienne, jour après jour ? Est-ce que je me décourage après un premier élan de grand enthousiasme ? Ou est-ce que je persévère et développe peu à peu une sorte de ténacité spirituelle et d’humilité incarnées par les martyrs ?

Cherchons à développer la disposition intérieure des martyrs dans nos vies. Que Dieu vous bénisse aujourd’hui.

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Prier avec le pape François Réflexion – Février 2024

 

Mes frères et sœurs : En ce mois de février, le pape François nous invite à prier pour les malades en phase terminale, ainsi que leurs familles, bénéficient toujours d’un accompagnement médical et humain de qualité.

Dieu nous a créés à son image, nous donnant une dignité que rien ne peut nous enlever. La valeur humaine ne découle pas de ce que nous pouvons faire, mais de ce que nous sommes. Cela est conforme à l’enseignement moral de l’Église sur le respect de la vie, de la conception à la fin naturelle. 

Les malades en phase terminale sont ceux qui en ont le plus besoin. Plutôt que de les considérer comme des éléments inutiles et jetables de la société, nous devons les considérer avec respect et leur donner la dignité qui leur est due. 

Accompagner les malades en phase terminale et leurs familles, c’est marcher avec Jésus-Christ qui se rend au Calvaire pour y être crucifié. Par sa souffrance et sa mort, la souffrance a été transformée à jamais. 

Apprendre à “souffrir avec” est un acte profondément chrétien. C’est ce que la charité chrétienne exige de nous et cela nous aide à devenir plus chrétiens. 

D’un point de vue pratique, l’intention de prière de ce mois-ci fait référence aux soins palliatifs, le type de soins que nous offrons aux personnes en phase terminale. 

L’euthanasie et l’aide médicale à mourir peuvent sembler une solution plus rapide et plus facile, mais elles impliquent que la souffrance n’a pas de sens et que nous avons en quelque sorte le pouvoir de décider si la vie vaut la peine d’être vécue ou non. 

Plaidons pour un accompagnement des malades en phase terminale qui donne et affirme la dignité humaine, plutôt que pour une approche qui enlève la dignité. 

Veillons à ce que ni le financement ni les ressources destinés aux soins palliatifs ne soient détournés. Veillons à ce que nos voix sur cette question soient entendues par les législateurs. 

Que Dieu vous bénisse aujourd’hui.

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Prier avec le pape François Réflexion – Janvier 2024

 

Mes frères et sœurs, en ce mois de janvier, le pape François nous invite à prier pour le don de la diversité dans l’Église. Prions pour que l’Esprit nous aide à reconnaître le don des différents charismes au sein de la communauté chrétienne et à découvrir la richesse des différentes traditions rituelles au cœur de l’Église catholique.

Il est important de noter que l’intention de prière de ce mois ne nous demande pas d’avoir la diversité pour la diversité afin de faire une déclaration politique. Dans l’Église, il y a diversité dans l’unité parce que la diversité vient de la même source qu’est Dieu.

Comme l’écrit saint Paul dans sa première lettre aux Corinthiens, Dieu nous accorde de nombreux charismes, mais ils proviennent du même Esprit. De plus, ces charismes n’existent pas pour eux-mêmes, mais servent à nous inspirer pour partager la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ avec le monde.

Nous avons également été invités à découvrir la richesse des différentes traditions liturgiques de l’Église. Beaucoup d’entre nous connaissent le rite latin, mais il s’agit d’une tradition liturgique parmi d’autres.

Ceux qui viennent de pays tels que l’Ukraine, l’Égypte ou le Liban sont bien conscients de cette réalité, car les catholiques de ces pays adorent le Seigneur selon un rite différent, qui s’accompagne de pratiques dévotionnelles et de sensibilités différentes.

Parfois, lorsque nous sommes trop habitués à une façon de faire les choses, nous devenons réfractaires à d’autres façons de faire. Cela vaut à la fois pour la manière dont nous adorons le Seigneur, pour nos pratiques dévotionnelles et pour les différentes manières dont nous évangélisons.

Accueillons une diversité qui provient de la même source et nous conduit vers la même destination. Que Dieu vous bénisse aujourd’hui.

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C’est la peur qui nous empêche de vivre dans l’amour et dans la joie

Nous entrons maintenant dans la période de l’Avent, ce temps avant Noël où plusieurs croyants de foi chrétienne se préparent intérieurement à la célébration. J’ai fait quelques recherches pour en savoir plus sur l’Avent et au fil de mes découvertes, j’ai réalisé que la période de l’Avent coïncide bien avec ma situation actuelle.

Récemment, j’ai été appelée, une fois de plus, à faire autrement : c’est-à-dire d’agir à la façon chrétienne. Ça n’a vraiment pas été facile. C’est avec la grâce de Dieu que j’y suis arrivée et le résultat fût bénéfique. Je vous raconte mon histoire dans quelques instants.

Dans les textes que j’ai trouvés sur l’Avent, on parle beaucoup de comment on peut se préparer intérieurement à la venue du Christ, par exemple : en travaillant sur nous-mêmes pour ressembler davantage au Christ et en appliquant les valeurs chrétiennes dans notre vie au quotidien. Moi, j’ai dû appliquer les valeurs chrétiennes dans un conflit. Voici mon histoire:

Appliquer les valeurs chrétiennes dans un conflit 

Mon conjoint et moi, comme tout autre couple, avons nos propres conflits. Nos opinions, façons de faire et de penser parfois s’opposent et provoquent des chicanes. Après tout, nous avons une culture, une éducation, une expérience de vie et des désirs différents, donc il est tout à fait normal d’en arriver à cela. Même avec l’âme-sœur on ne peut y échapper. Mais cette fois- ci notre chicane s’est élevée à un niveau supérieur, supérieur à ce à quoi nous étions habitués à vivre. Pendant quelques jours nous évitions de nous parler, nous ne communiquions que le strict minimum et ce, avec une froideur qui faisait mal au cœur. Tous les deux nous n’étions pas bien dans cette façon
de gérer la situation. Ce silence me rendait triste, et lui, ça le rendait malade, mais personne n’avait le courage de briser ça.

Je m’étais déjà excusée, à ma façon, dès le premier jour de notre conflit, comme j’avais l’habitude de le faire, mais cette fois-ci mon excuse n’avait pas provoqué la réaction attendue. Il ne semblait pas avoir accepté mes excuses ou du moins, cela ne semblait pas avoir été suffisant pour se réconcilier.  Je ne voyais pas ce que je pouvais faire de plus. Après tout, lui aussi était coupable dans cette chicane, lui aussi devait s’excuser. Ne sachant pas quoi faire de plus et n’ayant pas envie d’en faire plus, je décidais de me résigner à son silence et de jouer au jeu, mais ce jeu nous faisait mal et nous tourmentait tous les deux.

Un soir, durant la période où nous étions toujours en conflit, je suis allée à l’église pour la catéchèse des parents dont les enfants vont faire la première communion. Le message du prêtre ce jour-là m’a totalement inspiré, c’est comme si Dieu voulait répondre à mon problème et me donner la première étape de la solution. En fait, Dieu, à travers le message du prêtre, m’a parlé.
Le message du prêtre était le suivant : « Ce qui nous empêche de vivre les valeurs chrétiennes et de vivre de l’amour du Christ dans notre vie au quotidien c’est la peur. « La peur de mourir ». La peur de mourir se traduit aussi par toutes les peurs. La peur de perdre la face, la peur de perdre sa
dignité, sa fierté, la peur de perdre un moment de plaisir, la peur de l’inconnu, la peur de ne pas avoir assez, la peur de ci, la peur de ça, la peur, la peur, la peur.
Toutefois, avec le Christ, quand on se donne au Christ, quand on Lui demande de nous aider et de nous transformer au quotidien, de nous aider à vivre dans son amour, c’est là qu’on est capable de vivre et de donner de cet amour ».

Dans l’exemple de la chicane de couple cette attitude d’amour peut se refléter ainsi : Au lieu de continuer à vouloir garder son point de vue, sa fierté et de rester dans la tension, la frustration ou l’abandon ; on est capable au contraire de pardonner, et de demander pardon, de continuer à démontrer de l’amour un envers l’autre et ainsi de continuer la route ensemble et de cheminer vers de véritables solutions voir même des transformations.

Après avoir été touchée par ce message, le soir même, je suis allée retrouver mon conjoint, je l’ai embrassé et je lui ai demandé de me pardonner. Demander pardon : j’ai senti que c’était la chose à faire dans cette situation et c’est ce que j’ai fait. Je ne me suis pas posée plein de questions, le pourquoi et le comment, je l’ai juste fait. Juste avant de le faire, j’ai demandé à Dieu de m’aider à le faire. Maintenant nous avons enfin brisé le jeu du silence et nous avons retrouvé une joie. Est-ce que nous avons réglé la source du conflit?

Non, pas encore, nous allons devoir y revenir et en discuter au moment opportun, mais pour le moment nous savons que nous voulons le faire avec une attitude positive, en gardant l’espoir et la confiance que nous allons tout faire pour passer à travers, avec l’aide de Dieu, oui AVEC l’aide de Dieu, car seulement LUI peut nous aider à faire ce qui nous paraît impossible et nous donner ce qui nous semble inaccessible.

Les 4 chandelles de l’Avent qui sont allumées à tour de rôle au cours des quatre dimanches précédant Noël, représentent l'espérance, la foi, la joie et la paix. Durant cette période de l’Avent, pourquoi ne pas essayer de vivre davantage de l’amour du Christ dans vos tâches et activités quotidiennes. Je pense que vous verrez de beaux fruits comme résultat et qui sait, peut-être que Noël prendra un tout autre sens pour vous cette année !

Que Dieu nous guide en cette période de l’Avent.

La Samaritaine au puits (Jean 4, 7-30)

Marcantonio Franceschini – Le Christ et la femme de Samarie. (Source : Wikimedia Commons)

La Samaritaine au puits : Jean 4.7 – 30
Contribution spirituelle – 9 octobre
Père Timothy Radcliffe OP

Aujourd’hui, nous commençons à réfléchir sur le point B.1 de l’Instrumentum Laboris, « Une communion qui rayonne ». Le thème qui est apparu le plus fréquemment dans nos sessions de la semaine dernière est celui de la formation. Comment pouvons-nous donc tous être formés à une communion qui déborde sur la mission ?

Dans le chapitre 4 de Jean, nous entendons parler de la rencontre de Jésus avec la femme au puits. Au début du chapitre, elle est seule, une figure solitaire. À la fin, elle est transformée en première prédicatrice de l’Évangile, tout comme la première prédicatrice de la résurrection sera une autre femme, Marie Madeleine, l’Apôtre des Apôtres : deux femmes qui lancent la prédication, d’abord de la bonne nouvelle que Dieu est venu jusqu’à nous pour prêcher ensuite la résurrection.

Comment Jésus surmonte-t-il l’ostracisme vis à vis de Marie Madeleine ? La rencontre s’ouvre sur quelques mots brefs, seulement trois en grec : « Donne-moi à boire ». Jésus a soif et il a besoin de plus que de l’eau. Tout l’évangile de Jean est structuré autour de la soif de Jésus. Son premier signe a été d’offrir du vin aux invités assoiffés des noces de Cana. Ses derniers mots ou presque, sur la croix, sont « J’ai soif ». Puis il dit : « Tout est accompli » et meurt.

Dieu apparaît parmi nous comme quelqu’un qui a soif avant tout de chacun d’entre nous. Mon maître des étudiants, Geoffrey Preston OP, a écrit : « Le salut, c’est lorsque Dieu nous désire, qu’il est rongé par la soif de nous ; Dieu nous désire tellement plus que nous ne pourrons jamais le désirer. La mystique anglaise du XIVe siècle, Julian de Norwich, a dit : « Le désir et la soif spirituelle [pneumatique] du Christ durent et dureront jusqu’au jour du Jugement dernier. Dieu a eu tellement soif de cette femme déchue qu’il se fit humain. Il a partagé avec elle ce qu’il y a de plus précieux, le nom divin : « Je suis celui qui te parle ». C’est comme si l’Incarnation
s’était produite juste pour elle. Elle apprend à avoir soif, elle aussi. D’abord d’eau, pour ne pas avoir à venir au puits tous les jours. Puis elle découvre une soif plus profonde. Jusqu’à présent, elle allait d’homme en homme. Aujourd’hui, elle découvre celui qu’elle a toujours désiré sans le savoir. Comme le disait Romano le Mélodiste, souvent la vie sexuelle erratique des gens est une expression brouillonne de leur soif la plus profonde, celle de Dieu. Nos péchés, nos échecs, sont généralement des tentatives erronées de trouver ce que nous désirons le plus. Mais le Seigneur nous attend patiemment près de nos puits, nous invitant à avoir encore plus soif.

La formation à « une communion qui rayonne » consiste donc à apprendre à avoir soif et à avoir faim de plus en plus profondément. Nous commençons par nos désirs ordinaires. Lorsque j’étais malade d’un cancer à l’hôpital, je n’ai rien pu boire pendant environ trois semaines. J’avais une soif intense. Rien n’a jamais été aussi bon que le premier verre d’eau, encore mieux qu’un verre de whisky ! Mais peu à peu, j’ai découvert qu’il existait une soif plus profonde : « Dieu tu es mon Dieu je te cherche dès l’aube, mon âme a soif de toi ; après toi languit ma chair, terre aride altérée sans eau » (Psaume 62).

Ce qui nous isole tous, c’est d’être pris au piège de petits désirs, de petites satisfactions, comme celle de battre nos adversaires ou d’accéder à un statut, ou encore de porter un chapeau particulier ! Selon la tradition orale, lorsque Thomas d’Aquin s’est vu demander par sa sœur Théodora comment devenir un saint, il a répondu d’un mot : Velle ! Vouloir ! Jésus demande constamment aux personnes qui viennent à lui : « Voulez-vous ? »;  « Que voulez-vous que je fasse pour vous ? ». Le Seigneur veut nous donner la plénitude de l’amour. Le voulons-nous ?

La formation à la synodalité signifie donc apprendre à devenir des personnes passionnées, remplies d’un désir profond. Pedro Arrupe, le merveilleux supérieur général des Jésuites, a écrit : « Rien n’est plus pratique que de trouver Dieu, c’est-à-dire de tomber amoureux
d’une manière tout à fait absolue et définitive. Ce dont vous êtes amoureux, ce qui s’empare de votre imagination, affectera tout. C’est ce qui décidera de vous sortir du lit le matin, de ce que vous ferez de vos soirées, de la manière dont vous passerez vos week-ends, de ce que vous lirez, de qui vous connaîtrez, de ce qui vous brisera le cœur et de ce qui vous émerveillera, rempli de joie et de gratitude. Tombez amoureux, restez amoureux, et cela décidera de tout. » Saint Augustin, cet homme passionné, s’est exclamé : « Je t’ai goûté et j’ai maintenant faim et soif de toi ; tu m’as touché et j’ai brûlé pour ta paix ».

Mais comment devenir des personnes passionnées – passionnées par l’Évangile, remplies d’amour les unes pour les autres – sans désastre ? C’est une question fondamentale pour notre formation, en particulier pour nos séminaristes. L’amour de Jésus pour cette femme sans nom la libère. Elle devient la première prédicatrice, mais nous n’entendons plus jamais parler d’elle. Une Église synodale sera une Église dans laquelle nous sommes formés à l’amour non possessif : un amour qui ne fuit pas l’autre personne et ne prend pas possession d’elle ; un amour qui n’est ni abusif ni froid.

Il s’agit d’abord d’une rencontre intensément personnelle entre deux personnes. Jésus la rencontre telle qu’elle est. Tu as raison de dire : « Je n’ai pas de mari ». En effet, tu as eu cinq maris et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari. Ce que tu as dit est vrai. Elle s’enflamme et répond d’un ton moqueur : « Ah, tu es donc un prophète ! ».

Nous devrions être formés à des rencontres profondément personnelles les uns avec les autres, dans lesquelles nous transcendons les étiquettes faciles. L’amour est personnel et la haine est abstraite. Je cite à nouveau le roman de Graham Greene, La puissance et la gloire : « La haine n’était qu’un échec de l’imagination  ». Le désaccord très personnel entre saint Paul et saint Pierre était dur, mais il s’agissait véritablement d’une rencontre. Le Saint-Siège est fondé sur cette rencontre passionnée, colérique mais réelle. Les personnes que saint Paul ne pouvait pas supporter étaient les espions sournois, qui comméraient et ourdissaient leurs plans en secret, chuchotant dans les couloirs, cachant qui ils étaient sous des sourires trompeurs. Le désaccord ouvert n’était pas le problème.

Tant de personnes se sentent exclues ou marginalisées dans notre Église parce que nous leur avons collé des étiquettes abstraites : divorcés-remariés, homosexuels, polygames, réfugiés, Africains, Jésuites ! Un ami m’a dit l’autre jour : « Je déteste les étiquettes. Je déteste que l’on mette les gens dans des cases. Je ne supporte pas ces conservateurs ». Si vous rencontrez vraiment quelqu’un, vous pouvez vous mettre en colère, mais dans une rencontre vraiment personnelle, la haine ne pourra pas durer. Si vous entrevoyez leur humanité, vous verrez celui qui les crée et les soutient dans l’être dont le nom est JE SUIS.

Le fondement de notre rencontre aimante et non possessive avec les autres est certainement notre rencontre avec le Seigneur, chacun puisant à son propre puits, avec ses échecs, ses faiblesses et ses désirs. Il nous connaît tels que nous sommes et nous rend libres de nous rencontrer dans un amour qui libère et ne contrôle pas. Dans le silence de la prière, nous sommes libérés.

Elle rencontre celui qui la connaît parfaitement. Cela la pousse à poursuivre sa mission. Venez voir l’homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait”. Jusqu’à présent, elle a vécu dans la honte et la dissimulation, craignant le jugement de ses concitoyens. Elle va au puits en plein midi, parce qu’il n’y a personne d’autre. Mais maintenant, le Seigneur a mis en lumière tout ce qu’elle est et l’aime. Après la chute, Adam et Ève se sont soustraits à la vue de Dieu, honteux. Maintenant, elle entre dans la lumière. La formation à la synodalité fait tomber nos déguisements et nos masques, de sorte que nous entrions dans la lumière. Puisse cela se produise dans nos circuli minori !

Nous serons alors en mesure de transmettre le plaisir sans limite de Dieu en chacun de nous, plaisir dans lequel il n’y a pas de honte. Je n’oublierai jamais une clinique spécialisée dans le traitement du sida, appelée Mashambanzou, à la périphérie de Harare, au Zimbabwe. Le mot signifie littéralement « l’heure où les éléphants se lavent », c’est-à-dire l’aube. Ils descendent ensuite à la rivière pour s’éclabousser, s’asperger d’eau et s’en asperger les uns les autres. C’est un moment de joie et de jeu. La plupart des patients étaient des adolescents à qui il ne restait plus beaucoup de temps à vivre, mais c’était un lieu de joie. Je me souviens particulièrement d’un jeune garçon appelé Courage, qui remplissait l’endroit de rires.

À Phnom Penh, au Cambodge, j’ai visité un autre hospice pour malades du sida, dirigé par un prêtre appelé Jim. Lui et ses assistants recueillent dans les rues les personnes mourant du sida et les ramenaient dans cette simple cabane en bois. Un jeune homme venait d’être amené. Il était émacié et ne semblait pas avoir beaucoup de temps à vivre. On lui lavait et coupait les cheveux. Son visage était béat. C’était l’enfant de Dieu en qui le Père se complaît.

Les disciples reviennent avec de la nourriture. Ils sont choqués de voir Jésus parler à cette femme déchue. Les puits sont des lieux de rencontres romantiques dans la Bible ! Comme pour elle, la conversation commence lentement. Deux mots seulement : “Rabbi, mange”. Mais elle est déjà devenue prédicatrice avant eux. Notre rôle en tant que prêtres est souvent de soutenir ceux qui ont déjà commencé à récolter la moisson avant même que nous nous réveillions.

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