Prier avec le pape Réflexion – Octobre 2025

Mes frères et sœurs : En ce mois d’octobre, le Pape nous invite à prier pour la collaboration entre les différentes traditions religieuses, pour que les croyants de différentes traditions religieuses travaillent ensemble afin de défendre et de promouvoir la paix, la justice et la fraternité humaine.

Rappelons-nous les paroles de la troupe des anges lors de la naissance de Jésus, que nous récitons pendant le Gloria de la messe : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime », ou, selon une autre traduction,au peuple de bonnes volonté. 

Des personnes de différentes traditions religieuses font partie de ce « peuple de bonne volonté ». 

Nos derniers papes ont adressé certaines de leurs encycliques aux personnes de bonne volonté, à savoir Pacem in Terris (Paix sur la terre) de saint Jean XXIII et Laudato Si (Loué sois-tu) du pape François. L’Église est profondément investie dans le dialogue et le travail avec ceux qui sont différents de nous, mais qui sont néanmoins bons dans l’âme.  

Souvent, nous n’avons pas le choix de la composition religieuse de l’endroit où nous vivons. Dans de nombreux endroits du monde, les racines historiques des différentes religions sont profondes, et une attitude intolérante à l’égard des différences religieuses peut conduire à l’hostilité et à la violence. 

Nous sommes mis au défi de vivre notre foi chrétienne de manière concrète, tout en travaillant et en vivant avec ceux qui sont différents de nous. Le point commun que nous partageons est un sens commun de l’humanité basé sur une dignité humaine inhérente ; que la bonté, la vérité et la beauté valent la peine d’être poursuivies ; que la paix et la justice valent la peine d’être recherchées.  

Il ne nous est pas demandé d’abandonner notre zèle évangélique, mais plutôt de vivre notre foi d’une manière plus tridimensionnelle. Nous n’avons pas besoin d’une sorte de pureté idéologique pour travailler ensemble, pour que tout le monde soit « dans la même équipe » avant de nous efforcer de promouvoir la justice et la paix. 

Travaillons ensemble et laissons le Seigneur parler à travers notre témoignage vivant. Que Dieu vous bénisse aujourd’hui. 

Intention de prière du pape Léon pour octobre 2025

Rejoignez-nous dans la prière pour les intentions qui nous ont été confiées par le pape Léon.
Pour octobre 2025, nous nous joignons au Saint-Père pour prier pour les croyants des différentes traditions religieuses :

Prions pour que les croyants des différentes traditions religieuses puissent travailler ensemble pour défendre et promouvoir la paix, la justice et la fraternité humaine.

Écoutez également la Video du Pape sur les intentions de octobre.

Prions pour que les croyants de différentes traditions religieuses travaillent ensemble afin de défendre et de promouvoir la paix, la justice et la fraternité humaine.

Seigneur Jésus,
Toi qui es un en la diversité
et qui poses un regard d’amour sur chaque personne,
aide-nous à nous reconnaître comme frères et sœurs,
appelés à vivre, prier, travailler et rêver ensemble.

Nous vivons dans un monde plein de beauté,
mais aussi blessé par de profondes divisions.
Parfois, les religions, au lieu de nous unir,
deviennent une cause de confrontation.

Donne-nous ton Esprit pour purifier notre cœur,
afin que nous reconnaissions ce qui nous unit
et qu’à partir de là, nous réapprenions à écouter
et à collaborer sans détruire.

Que les exemples concrets de paix,
de justice et de fraternité dans les religions
nous inspirent à croire qu’il est possible de vivre
et de travailler ensemble, au-delà de nos différences.

Que les religions ne soient pas utilisées
comme des armes ou des murs,
mais qu’elles soient vécues comme des ponts et une prophétie :
rendant crédible le rêve du bien commun,
accompagnant la vie, soutenant l’espérance
et devenant le levain de l’unité dans un monde fragmenté.

Amen.

 

Prière quotidienne

Vous pouvez accompagner l’intention de prière du Pape par cette prière d’offrande quotidienne:

Dieu, notre Père, je t’offre toute ma journée.

Je t’offre mes prières, pensées,
paroles, actions, joies
et souffrances en union avec
ton Fils Jésus-Christ
qui continue à s’offrir à toi
dans l’Eucharistie pour le salut du monde.

Que l’Esprit Saint
qui a guidé Jésus,
soit mon guide et ma force
aujourd’hui pour que je puisse témoigner de ton amour.

Avec Marie,
la mère du Seigneur et de l’Église,
je prie spécialement aux intentions
que le Saint-Père recommande
à la prière de tous les fidèles pour ce mois.

Pour en apprendre plus sur l’Apostolat de la Priere, visitez le site du Réseau Mondial de la Prière.

 

Cliquez ici pour lire d’autres billets de blogues concernant les intentions du Pape.

 

Prier avec le pape Réflexion – Septembre 2025

Mes frères et sœurs : En ce mois de septembre, le Saint-Père nous invite à prier pour notre relation avec toute la Création, pour que, inspirés par saint François, nous fassions l’expérience de notre interdépendance avec toutes les créatures, aimées de Dieu et dignes d’amour et de respect.

Il est indéniable que la relation entre l’humanité et la Création est une relation d’interdépendance. Nous dépendons les uns des autres pour notre survie et notre épanouissement.

Comme nous l’avons appris dans le livre de la Genèse, notre relation avec la Création n’est pas une relation de domination, mais d’intendance. C’est le Seigneur qui nous a confié cette responsabilité ; nous ne l’avons pas saisie pour nous-mêmes. C’est Dieu qui donne un sens et détermine les bonnes relations.

Nous sommes mis au défi de redresser nos relations, de changer notre relation avec la Création pour le meilleur en la considérant comme ce qu’elle est : Elle a été créée par notre Dieu créateur, et Dieu les considère comme bonnes. Cela va au-delà d’une conviction intellectuelle ; il s’agit plutôt d’une conversion du cœur.

Nous pouvons nous inspirer de saint François d’Assise. Il s’agit d’un saint qui a littéralement prêché aux animaux, ce qui souligne la compréhension qu’il y a une juste relation à avoir avec la Création. La base de cette relation est le titre de l’encyclique du pape François, Laudato Si : Loué sois-tu, Dieu créateur !

Il s’agit de passer d’une mentalité du type « je fais ce que je veux et personne ne peut me dire le contraire » à une mentalité intentionnelle, de voir la Création comme Dieu la voit : Qu’elle est toute très bonne et digne d’être respectée. Que Dieu vous bénisse aujourd’hui.

Prier avec le pape Réflexion – Août 2025

Mes frères et sœurs : En ce mois d’août, le Pape nous invite à prier pour une cohabitation pacifique, pour que les sociétés où la cohabitation est difficile ne succombent pas à la tentation de l’affrontement pour des motifs ethniques, politiques, religieux ou idéologiques.

Le fait d’être différents les uns des autres ne signifie pas que la confrontation soit le seul moyen de résolution. Le cœur du problème va au-delà de la manière dont nous résolvons les conflits, aussi importante soit-elle ; il se résume à la manière dont nous nous voyons les uns les autres. 

Si quelqu’un n’est pas d’accord avec moi ou a des convictions différentes, cela fait-il de lui un ennemi ou un étranger ? Dois-je le transformer en membre de ma tribu, ou pire, l’éliminer pour résoudre cette tension ? 

Notre défunt pape, le pape François, nous rappelle la profonde fraternité qui existe entre les êtres humains. La dignité humaine inhérente au fait d’être créé à l’image et à la ressemblance de Dieu prime sur toutes les différences perçues. Cela doit être le fondement de notre vie dans la même société, malgré nos différences. 

Il y a aussi des moments où notre humanité partagée peut servir de plate-forme commune à partir de laquelle nous pouvons travailler ensemble pour le bien commun de tous. Même lorsqu’une telle collaboration mutuelle n’est pas possible, nous devons apprendre à être en désaccord les uns avec les autres de manière non destructive. 

Apprenons à discuter et à ne pas considérer les désaccords intellectuels comme des menaces existentielles. Apprenons à rejeter la mentalité tribale selon laquelle si vous n’êtes pas avec moi, vous êtes contre moi. Apprenons à vivre dans une tension créative, en faisant confiance à la providence de Dieu dans l’incertitude. Que Dieu vous bénisse aujourd’hui.

Prier avec le pape Réflexion – Juillet 2025

Mes frères et sœurs : En ce mois de juillet, le Saint-Père nous invite à prier pour que nous apprenions à être toujours plus en mesure de discerner, pour choisir des chemins de vie et rejeter tout ce qui nous éloigne du Christ et de l’Évangile.

Discerner, c’est savoir qu’il faut prendre une décision. C’est reconnaître que le Seigneur nous a donné la liberté de choisir, même si nous pouvons faire le mauvais choix. Il est préférable d’apprendre à choisir plutôt que de se faire dire ce qu’il faut faire, afin d’apprendre à assumer la responsabilité de nos choix et de nos actes.

Dans le livre du Deutéronome, Moïse dit aux Hébreux : Je mets devant toi la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie! Choisissez la voie de Dieu et non la voie de l’égocentrisme et de la mort.

Comment apprendre à choisir sagement, selon la sagesse de Dieu ? Tout d’abord, nous pouvons chercher à comprendre et à nous appuyer sur les enseignements de l’Église qui se sont développés au fil des siècles. La vie des saints peut également être instructive.

Prenons la vie de saint Ignace de Loyola, le fondateur des Jésuites : Pendant sa convalescence à la suite d’une grave fracture de la jambe subie au combat, il commence à remarquer que certaines de ses pensées et imaginations l’éloignent de Dieu, tandis que d’autres le rapprochent de Dieu et lui procurent une joie et une paix durables.

Nous pouvons commencer à accorder, dans la prière, une plus grande attention à nos pensées et à nos expériences quotidiennes en nous rappelant trois points précis : Merci ; Je suis désolé ; et S’il vous plaît. De quoi suis-je reconnaissant ou désolé aujourd’hui ? Pour quoi dois-je demander l’aide de la grâce de Dieu ?

Cela peut nous aider à mieux régler notre antenne spirituelle, afin que nous sachions mieux ce qui nous mène sur un chemin de vie abondante, et ce qui nous mène sur un chemin qui va à l’encontre de l’Évangile. Que Dieu vous bénisse aujourd’hui.

Prier avec le pape Réflexion – Juin 2025

Mes frères et sœurs : En ce mois de juin, le Pape nous invite à prier pour grandir dans la compassion aÌ l’eìgard du monde, pour que chacun d’entre nous trouve la consolation dans une relation personnelle avec Jésus et apprenne, à partir de son Cœur, à avoir de la compassion pour le monde.

L’intention de prière de ce mois s’inscrit parfaitement dans la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, traditionnellement liée au mois de juin. Cette dévotion ne doit pas se limiter à accrocher un portrait du Sacré-Cœur dans nos maisons comme un porte-bonheur. Elle doit s’enraciner dans une relation personnelle avec notre Seigneur Jésus-Christ.

L’encyclique Dilexit Nos du pape François constitue une excellente introduction et un approfondissement de cette dévotion particulière.

Nous trouvons de la consolation dans cette relation avec Jésus parce que son amour pour nous est à la fois guérisseur et transformateur. Apprendre du cœur de Jésus, c’est apprendre à aimer comme lui. Comme Jésus le dit à ses disciples lors de la dernière Cène, “Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime.”

Apprendre du cœur de Jésus nous aide à être moins repliés sur nous-mêmes, mais à être davantage tournés vers l’extérieur ; moins préoccupés par la manière dont nous voulons recevoir et être reçus, et plus préoccupés par la manière dont nous désirons donner. C’est sur cette base que nous pouvons parler de compassion pour le monde.

Comme l’indique la racine du mot compassion – com-passio – la compassion va au-delà de la simple sentimentalité, mais constitue un amour qui nous pousse à souffrir avec les autres. Souffrir avec d’autres par amour donne un sens à quelque chose que nous essayons souvent d’éviter à tout prix.

C’est dans et par la mort et la résurrection de Jésus-Christ qu’il rachète l’acte de souffrir. C’est en fin de compte le destin d’aimer comme Jésus aime, et c’est un destin noble et vivifiant. Que Dieu vous bénisse aujourd’hui. 

Survol sur le document Rerum Novarum

Statue du pape Léon XIII, au-dessus de l’entrée de son tombeau dans la basilique Saint-Jean-de-Latran. Photo © Sel + Lumière Média, 2025.

Le pape Léon XIII est sur le point de redevenir un nom familier, maintenant que son dernier successeur a pris son nom. Une recherche rapide sur Google Trends révèle que le terme de recherche « Léon XIII » a atteint le sommet de sa popularité le 8 mai, jour de l’élection du pape Léon XIV. Dans son discours au collège des cardinaux, quelques jours après son élection, notre nouveau pape a expliqué qu’il avait choisi le nom de Léon « principalement parce que le pape Léon XIII, dans son encyclique historique Rerum Novarum, a abordé la question sociale [la réponse de l’Église aux questions sociales, politiques et économiques] dans le contexte de la première grande révolution industrielle ».

Le pic de consultation de l’encyclique sur Google Trends ? Le 8 mai également. Ce jour-là, la popularité de Rerum Novarum et du pape qui l’a rédigée a dépassé toutes les données relatives à l’un ou l’autre terme depuis 2004, date des premières statistiques disponibles.

Dans mon article précédent, j’ai mentionné quelques papes notables nommés Léon à travers l’histoire, j’ai souligné que les papes choisissent leur nom pour signaler un thème important de leur pontificat et j’ai mis en évidence le fait que Rerum Novarum est la raison principale du choix du nom du pape Léon XIV. Dans cet article, je reviendrai sur l’encyclique révolutionnaire de Léon XIII. 

 

Sur les nouveaux sujets

Léon XIII a rédigé et publié ce document en 1891, inaugurant ainsi la tradition durable de l’enseignement social pontifical. À la lumière des conditions précaires et souvent abjectes des mines, des usines urbaines, des chemins de fer et d’autres innovations industrielles, il a appelé à des conditions de travail justes et saines, à des salaires équitables (n° 43-47) et au droit des travailleurs de s’organiser en syndicats et de défendre leurs besoins (n° 48-57). Pour ce faire, il a ancré son appel dans l’affirmation chrétienne de la dignité humaine et du bien commun, tout en défendant le droit à la propriété privée et l’intégrité de la famille (n° 9, 12-14).

Si nous considérons aujourd’hui comme acquis le droit à des conditions de travail équitables et à la syndicalisation, l’approbation magistérielle de Léon XIII constituait, à la fin du XIXe siècle, une prise de position étonnamment audacieuse en faveur des gens du peuple. De même, nous pourrions ne pas voir d’opposition entre les conditions de travail et les syndicats, d’une part, et la propriété privée et les droits de la famille, d’autre part, aujourd’hui. Cependant, le contexte politique de l’époque de Léon XIII était marqué par une polarisation intense entre les deux, en tant que réponses alternatives aux défis tumultueux de son temps, en particulier le fossé grandissant entre les riches et les pauvres (#1).Rerum Novarum est un blâme sévère contre les extrêmes du capitalisme débridé qui laisse les employeurs et les entreprises déshumaniser leurs travailleurs, et du socialisme autoritaire qui cherche à alléger le sort du travailleur par un contrôle étatique total du travail, de la propriété, de la production et de la vie de famille (#4, 5, etc.).

La réponse de Léon XIII est que le capital (employeurs, propriété) et le travail (travailleurs, syndicats) ont tous deux des droits et des devoirs, puisque tous les membres d’une société ont des droits et des devoirs les uns envers les autres. Tous sont appelés à « vivre ensemble dans la concorde et à aller de l’avant dans la prospérité et avec de bons résultats » (n°58). Il a exprimé l’espérance que « si les préceptes chrétiens prévalent », par opposition aux préceptes capitalistes ou socialistes, alors

Les classes respectives ne seront pas seulement unies par les liens de l’amitié, mais aussi par ceux de l’amour fraternel. Car elles comprendront et sentiront que tous les hommes sont enfants d’un même Père commun, qui est Dieu ; que tous ont pareillement la même fin, qui est Dieu lui-même, qui seul peut rendre les hommes ou les anges absolument et parfaitement heureux ; […] que les bénédictions de la nature et les dons de la grâce appartiennent en commun à toute la race humaine (#25).

En fin de compte, il a appelé à une réglementation gouvernementale accrue de l’industrie afin de protéger les droits et le bien-être des travailleurs, en particulier des pauvres (n° 35-37), tout en préservant le droit à la propriété privée (n° 38).

Les papes suivants ont considéré Rerum Novarum comme l’origine et la base de l’enseignement social catholique. Par exemple, ils ont publié leurs propres encycliques en revenant sur l’œuvre de Léon XIII et en réfléchissant à ses contributions pour leur propre époque : le 40e anniversaire de Rerum Novarum a été célébré par le Quadragesimo Anno de Pie XI en 1931 ; le Mater et Magistra de Saint Jean XXIII a été célébré par l’encyclique de l’Église Catholique. Jean XXIII a célébré le 60e anniversaire de Mater et Magistra en 1961 ; Octogesima Adveniens de Paul VI en 1971 (une « lettre apostolique » et un « appel à l’action ») a marqué le 80e anniversaire ; et Rerum Novarum de Jean-Paul II en 1981 et Centesimus Annus en 1991 ont célébré respectivement le 90e et le 100e anniversaire de Laborem Exercens.

Laborem Exercens se distingue par sa réflexion sur l’exigence que l’emploi, les conditions de travail, les salaires et l’investissement personnel d’un travailleur dans ses tâches soient au service de la dignité humaine universelle, plutôt que des moyens d’élever certains et d’abaisser d’autres. Suivant l’exemple du pape Léon XIII, Jean-Paul II a cherché avec force une troisième voie entre le capitalisme débridé et le socialisme autoritaire à la fin d’une guerre froide qui opposait les deux (voir n° 7, 11). L’exemple le plus tangible qui me vient à l’esprit est son soutien au mouvement syndical Solidarnosc (ou « Solidarité ») dans sa Pologne natale, qui a conduit à la restauration d’un gouvernement démocratique à l’est de l’Europe.

Dans six ans, nous célébrons le 140e anniversaire du Rerum Novarum. C’est une période extrêmement courte pour une Église qui « pense en siècles », mais incroyablement longue compte tenu du rythme effréné des changements technologiques, industriels, politiques et socio-économiques de notre époque. En choisissant son nom, le pape Léon XIV a déjà indiqué qu’il souhaitait réfléchir aux leçons de Rerum Novarum pour les questions déterminantes de notre époque, et que cette réflexion serait une tâche importante de son pontificat. 

Au cours de ses premières semaines sur la chaire de Saint-Pierre, il s’est déjà montré un pape très réfléchi et engagé, à l’écoute des préoccupations et des espoirs du monde. Nous attendons avec impatience ce leadership réfléchi, engagé et réceptif, alors qu’il développe la tradition durable de l’enseignement social catholique pour les grands défis et le potentiel du 21e siècle.

 

 

Quel est le sens d’un nom ? Les plus grands papes de l’histoire qui s’appellent Léo

Saint Léon le Grand. Herrera Mozo. Wikimedia Commons

Le pape Léon XIV ! La réalité pleine d’espérance d’un nouveau Souverain Pontife commence à s’installer. Plus je le vois, plus je l’entends parler (même dans sa langue maternelle, l’anglais !),  et plus je lis son nom, plus cette nouvelle ère de la vie de l’Église me semble familière.

Qu’est-ce qu’un nom ? Lorsqu’un nouveau pape choisit un nom qui a déjà été utilisé, c’est généralement pour mettre en avant certains de ses prédécesseurs ou d’autres personnages historiques, afin de rappeler l’importance de leur héritage dans le présent.

Par exemple, en 2005, Benoît XVI a choisi son nom pour honorer à la fois saint Benoît de Nursie, le père du monachisme occidental. Le pape Benoît XV, qui s’est opposé à la popularité en appelant à la paix pendant la Première Guerre mondiale. Dans un nouveau siècle marqué par un sécularisme plus dominant en Occident et un choc croissant des civilisations mondialisées, Le pape Benoît XVI s’est attaché à la formation d’une Église européenne plus petite et plus fidèle qui proclame librement la paix du Christ.

Lorsque le pape François a choisi son nom, il a indiqué que son pontificat sera marqué par un appel à une relation renouvelée avec notre maison commune et toutes les créatures qui y vivent, ainsi qu’à une fraternité renouvelée entre les nations, les peuples et les personnes. Il a nommé ses deux encycliques sociales phares, Laudato Si’ et Fratelli Tutti, d’après des prières poétiques du grand mystique d’Assise.

En ce qui concerne le pape Léon XIV, il a explicitement mentionné le dernier prédécesseur à porter ce nom, Léon XIII (1878-1903). Voici quelques exemples antérieurs qui méritent d’être soulignés avant :

Léon III (795-816) est peut-être le plus connu pour ses relations diplomatiques avec le Souverain franc Charlemagne. Ce dialogue s’est avéré mutuellement bénéfique, en particulier lorsque Léon a couronné Charlemagne comme premier empereur romain d’Occident en trois siècles, le jour de Noël, en l’an 800 de notre ère. Il a été canonisé par le pape Clément XI en 1673.

Léon IX (1049-1054) fut un Pape réformateur qui renouvela l’exigence du célibat des clercs et éradiqua la simonie (vente de services ecclésiastiques), et d’autres formes de corruption. Cependant, son pontificat a été marqué par un affaiblissement des relations avec l’Église d’Orient, ce qui a conduit au Grand Schisme d’Occident au cours de la dernière année de son règne. Il a été canonisé 28 ans plus tard, en 1082 par le pape Grégoire VII.

Le Pape le plus important de cette « liste de Léons » est sans aucun doute saint Léon 1er (440-461), père latin et docteur de l’Église. Il fut le premier Pape à recevoir officiellement le titre de « Grand », suivi par saint Grégoire et saint Nicolas. La contribution la plus durable de saint Léon le Grand a été la doctrine de Jésus le Fils de Dieu : il a écrit de manière convaincante sur l’union dans la distinction des natures divine et humaine du Christ. Cette doctrine, appelée plus tard « union hypostatique », a été affirmée lors du concile de Chalcédoine en 451 et continue d’être la norme de la foi catholique jusqu’à aujourd’hui. La reconnaissance de sa sainteté est antérieure au processus officiel de canonisation, mais il est nommé docteur de l’unité de l’Église par le pape Benoît XIV en 1754.

Le pontificat extraordinairement long de 25 ans du pape Léon XIII a immédiatement suivi le pontificat encore plus long de 32 ans du bienheureux Pie IX. Au cours de son règne, il a promulgué des règles pour une musique plus simple et plus traditionnelle dans la liturgie, a entamé des relations plus constructives avec la nouvelle République italienne et a même composé la célèbre prière de Saint-Michel ! Il est peut-être mieux connu comme le père de l’enseignement social catholique moderne, qui commence officiellement avec son encyclique Rerum Novarum de 1891. Le 15 mai dernier était le 134e anniversaire de sa promulgation !

Cela nous amène au choix du nom du pape Léon XIV : Dans son discours au Collège des cardinaux lors de son élection, notre nouveau Pape a expliqué qu’il l’avait choisi

Principalement parce que le Pape Léon XIII, avec l’encyclique historique Rerum novarum, a abordé la question sociale dans le contexte de la première grande révolution industrielle ; et aujourd’hui l’Église offre à tous son héritage de doctrine sociale pour répondre à une autre révolution industrielle et aux développements de l’intelligence artificielle, qui posent de nouveaux défis pour la défense de la dignité humaine, de la justice et du travail.

Je reviendrai sur Rerum Novarum dans un autre article de blog. Surveillez notre blogue, et visitez https://slmedia.org/fr/pape, pour notre dernière couverture de cette quatorzième papauté léonine.

Discours du pape Léon XIV aux membres du corps diplomatique

Le pape Léon XIV salue un membre du corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège. Photo avec l’aimable autorisation de Vatican Media.

Le mercredi 16 mai 2025, le pape Léon XIV s’est adressé aux membres du corps diplomatique accrédités auprès du Saint-Siège. Son discours réaffirme l’engagement du Saint-Siège à poursuivre la paix, la justice et la vérité dans son activité diplomatique, en disant que « dans [cette] activité diplomatique, le Saint-Siège est inspiré par une pastorale qui le conduit non pas à rechercher des privilèges, mais à renforcer sa mission évangélique au service de l’humanité ».

Consultez tous nos articles et la couverture du pape Léon XIV sur notre page :  slmedia.org/fr/pape-leon-xiv

 

DISCOURS DU PAPE LÉON XIV
AUX MEMBRES DU CORPS DIPLOMATIQUE ACCRÉDITÉ PRÈS LE SAINT-SIÈGE

Salle Clémentine
Vendredi 16 mai 2025

 

Lire le texte intégral du discours du Saint-Père aux membres du corps diplomatique ci-dessous. :

Éminence,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Que la paix soit avec vous !

Je remercie S.E. M. George Poulides, Ambassadeur de la République de Chypre et Doyen du Corps diplomatique, pour les paroles cordiales qu’il m’a adressées en votre nom à tous, et pour le travail inlassable qu’il poursuit avec la vigueur, la passion et l’amabilité qui le caractérisent. Ces qualités lui ont valu l’estime de tous mes prédécesseurs qu’il a rencontrés au cours de ces années de mission auprès du Saint-Siège, et en particulier du regretté Pape François.

Je voudrais également vous exprimer ma gratitude pour les nombreux messages de vœux qui ont suivi mon élection, ainsi que pour les messages de condoléances au décès du Pape François provenant aussi de pays avec lesquels le Saint-Siège n’entretient pas de relations diplomatiques. Il s’agit là d’une marque d’estime significative qui encourage à approfondir les relations mutuelles.

Dans notre dialogue, je voudrais que le sentiment d’appartenance à une famille prenne toujours le pas. En effet, la communauté diplomatique représente toute la famille des peuples, partageant les joies et les peines de la vie ainsi que les valeurs humaines et spirituelles qui l’animent. La diplomatie pontificale est, en effet, une expression de la catholicité même de l’Église et, dans son action diplomatique, le Saint-Siège est animé par une urgence pastorale qui le pousse non pas à rechercher des privilèges, mais à intensifier sa mission évangélique au service de l’humanité. Il combat toute indifférence et rappelle sans cesse les consciences, comme l’a fait inlassablement mon vénérable prédécesseur, toujours attentif au cri des pauvres, des nécessiteux et des marginalisés, mais aussi aux défis qui marquent notre temps, depuis la sauvegarde de la création jusqu’à l’intelligence artificielle.

En plus d’être le signe concret de l’attention que vos pays accordent au Siège Apostolique, votre présence aujourd’hui est pour moi un don qui permet de renouveler l’aspiration de l’Église – et la mienne personnelle – à rejoindre et à étreindre tous les peuples et toutes les personnes de cette terre, désireux et en quête de vérité, de justice et de paix ! D’une certaine manière, mon expérience de vie, qui s’est déroulée entre l’Amérique du Nord, l’Amérique du Sud et l’Europe, est représentative de cette aspiration à dépasser les frontières pour rencontrer des personnes et des cultures différentes.

Grâce au travail constant et patient de la Secrétairerie d’État, j’entends consolider la connaissance et le dialogue avec vous et vos pays, dont j’ai déjà eu la grâce d’en visiter un bon nombre au cours de ma vie, en particulier lorsque j’étais prieur général des Augustins. Je suis convaincu que la Divine Providence m’accordera d’autres occasions de rencontres avec les réalités dont vous êtes issus, me permettant ainsi de saisir les opportunités qui se présenteront pour confirmer la foi de tant de frères et sœurs dispersés à travers le monde, et pour construire de nouveaux ponts avec toutes les personnes de bonne volonté.

Dans notre dialogue, je voudrais que nous gardions à l’esprit trois mots clés qui constituent les piliers de l’action missionnaire de l’Église et du travail diplomatique du Saint-Siège.

Le premier mot est paix. Trop souvent, nous considérons ce mot comme “négatif”, c’est-à-dire comme la simple absence de guerre et de conflit, car l’opposition fait partie de la nature humaine et nous accompagne toujours, nous poussant trop souvent à vivre dans un “état de conflit” permanent : à la maison, au travail, dans la société. La paix semble alors n’être qu’une simple trêve, une pause entre deux conflits, car, malgré tous nos efforts, les tensions sont toujours présentes, un peu comme des braises qui couvent sous la cendre, prêtes à se rallumer à tout moment.

Dans la perspective chrétienne – comme dans d’autres expériences religieuses – la paix est avant tout un don le premier don du Christ : « Je vous donne ma paix » (Jn 14, 27). Elle est cependant un don actif, engageant, qui concerne et implique chacun de nous, indépendamment de notre origine culturelle et de notre appartenance religieuse, et qui exige avant tout un travail sur soi-même. La paix se construit dans le cœur et à partir du cœur, en déracinant l’orgueil et les revendications, et en mesurant son langage, car on peut blesser et tuer aussi par des mots, pas seulement par des armes.

Dans cette optique, je considère que la contribution que les religions et le dialogue interreligieux peuvent apporter pour favoriser des contextes de paix est fondamentale. Cela exige naturellement le plein respect de la liberté religieuse dans chaque pays, car l’expérience religieuse est une dimension fondamentale de la personne humaine, sans laquelle il est difficile, voire impossible, d’accomplir cette purification du cœur nécessaire pour construire des relations de paix.

À partir de ce travail, auquel nous sommes tous appelés, il est possible d’éradiquer les prémices de tout conflit et de toute volonté destructrice de conquête. Cela exige également une sincère volonté de dialogue, animée par le désir de se rencontrer plutôt que de s’affronter. Dans cette perspective, il est nécessaire de redonner un souffle à la diplomatie multilatérale et aux institutions internationales qui ont été voulues et conçues avant tout pour remédier aux conflits pouvant surgir au sein de la Communauté internationale. Bien sûr, il faut encore la volonté de cesser de produire des instruments de destruction et de mort, car, comme le rappelait le  pape François dans son dernier Message Urbi et Orbi, « aucune paix n’est possible sans véritable désarmement [et] le besoin de chaque peuple de pourvoir à sa propre défense ne peut se transformer en une course générale au réarmement » [1].

Le deuxième mot est justice. Poursuivre la paix exige de pratiquer la justice. Comme je l’ai déjà évoqué, j’ai choisi mon nom en pensant avant tout à Léon XIII, le Pape de la première grande encyclique sociale, Rerum novarum. Dans le changement d’époque que nous vivons, le Saint-Siège ne peut s’empêcher de faire entendre sa voix face aux nombreux déséquilibres et injustices qui conduisent, entre autres, à des conditions de travail indignes et à des sociétés de plus en plus fragmentées et conflictuelles. Il faut également s’efforcer de remédier aux inégalités mondiales, qui voient l’opulence et la misère creuser des fossés profonds entre les continents, entre les pays et même au sein d’une même société.

Il incombe à ceux qui ont des responsabilités gouvernementales de s’efforcer à construire des sociétés civiles harmonieuses et pacifiées. Cela peut être accompli avant tout en misant sur la famille fondée sur l’union stable entre un homme et une femme, « une société très petite sans doute, mais réelle et antérieure à toute société civile » [2]. En outre, personne ne peut se dispenser de promouvoir des contextes où la dignité de chaque personne soit protégée, en particulier celle des plus fragiles et des plus vulnérables, du nouveau-né à la personne âgée, du malade au chômeur, que celui-ci soit citoyen ou immigrant.

Mon histoire est celle d’un citoyen, descendant d’immigrés, lui-même émigré. Au cours de la vie, chacun d’entre nous peut se retrouver en bonne santé ou malade, avec ou sans emploi, dans sa patrie ou en terre étrangère : cependant sa dignité reste toujours la même, celle d’une créature voulue et aimée de Dieu.

Le troisième mot est vérité. On ne peut construire des relations véritablement pacifiques, même au sein de la Communauté internationale, sans vérité. Là où les mots revêtent des connotations ambiguës et ambivalentes ou le monde virtuel, avec sa perception altérée de la réalité, prend le dessus sans contrôle, il est difficile de construire des rapports authentiques, puisque les prémisses objectives et réelles de la communication font défaut.

Pour sa part, l’Église ne peut jamais se soustraire à son devoir de dire la vérité sur l’homme et sur le monde, en recourant si nécessaire à un langage franc qui peut au début susciter une certaine incompréhension. Mais la vérité n’est jamais séparée de la charité qui, à la racine, a toujours le souci de la vie et du bien de tout homme et de toute femme. D’ailleurs, dans la perspective chrétienne, la vérité n’est pas l’affirmation de principes abstraits et désincarnés, mais la rencontre avec la personne même du Christ qui vit dans la communauté des croyants. Ainsi, la vérité ne nous éloigne pas, mais au contraire elle nous permet d’affronter avec plus de vigueur les défis de notre temps comme les migrations, l’utilisation éthique de l’intelligence artificielle et la sauvegarde de notre Terre bien-aimée. Ce sont des défis qui exigent l’engagement et la collaboration de tous, car personne ne peut penser les relever seul.

Chers Ambassadeurs,

mon ministère commence au cœur d’une année jubilaire, dédiée d’une façon particulière à l’espérance. C’est un temps de conversion et de renouveau, mais surtout l’occasion de laisser derrière nous les conflits et d’emprunter un nouveau chemin, animés par l’espérance de pouvoir construire, en travaillant ensemble, chacun selon ses sensibilités et ses responsabilités, un monde dans lequel chacun pourra réaliser son humanité dans la vérité, dans la justice et dans la paix. Je souhaite que cela puisse se réaliser dans tous les contextes, à commencer par les plus éprouvés, comme celui de l’Ukraine et de la Terre Sainte.

Je vous remercie pour tout le travail que vous accomplissez afin de construire des ponts entre vos pays et le Saint-Siège, et de tout cœur je vous bénis, ainsi que vos familles et vos peuples. Merci !

[Bénédiction]

Et merci pour tout le travail que vous accomplissez !

Texte reproduit avec l’aimable autorisation de la Libreria Editrice Vaticana

Discours du pape Léon XIV aus participants au Jubilé des Églises orientale

Photo de Sel + Lumière Média

Le 14 mai 2025, le pape Léon XIV a accueilli les participants au Jubilé des Églises orientales à Rome. Dans un discours empreint de fraternité, il a salué la richesse spirituelle des traditions orientales et souligné leur rôle essentiel dans l’Église universelle, en appelant à préserver cet héritage, notamment pour les communautés en diaspora.

Consultez tous nos articles et la couverture du pape Léon XIV sur notre page :  slmedia.org/fr/pape-leon-xiv

 

DISCOURS DU PAPE LÉON XIV
AUX PARTICIPANTS AU JUBILÉ DES ÉGLISES ORIENTALES 

Salle Paul VI
Mercredi 14 mai 2025

Lire le texte intégral du discours du Saint-Père aux participants au Jubilé des Églises Orientales ci-dessous. :

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, que la paix soit avec vous !

Béatitudes, Éminence, Excellences,
chers prêtres, consacrés et consacrées,
frères et sœurs,

Le Christ est ressuscité. Il est vraiment ressuscité ! Je vous salue avec les paroles que, dans de nombreuses régions, l’Orient chrétien ne se lasse pas de répéter en ce temps pascal, professant ainsi le noyau central de la foi et de l’espérance. Et il est beau de vous voir ici, précisément à l’occasion du Jubilé de l’espérance dont la résurrection de Jésus est le fondement indestructible. Bienvenue à Rome ! Je suis heureux de vous rencontrer et de consacrer aux fidèles orientaux l’une des premières audiences de mon pontificat.

Vous êtes précieux. En vous regardant, je pense à la diversité de vos origines, à l’histoire glorieuse et aux dures souffrances que beaucoup de vos communautés ont endurées ou endurent encore. Et je voudrais répéter ce que le Pape François a dit à propos des Églises orientales : « Ce sont des Églises qu’il faut aimer : elles préservent des traditions spirituelles et sapientielles uniques, et ont beaucoup à nous dire sur la vie chrétienne, la synodalité, la liturgie ; pensons aux Pères anciens, aux conciles, au monachisme : ce sont des trésors inestimables pour l’Église » (Discours aux participants à l’Assemblée de la ROACO, 27 juin 2024).

Je voudrais également citer le Pape Léon XIII qui fut le premier à consacrer un document spécifique à la dignité de vos Églises, en raison du fait que “l’œuvre de la rédemption humaine a commencé en Orient” (cf. Lett. apOrientalium dignitas, 30 novembre 1894). Oui, vous avez « un rôle unique et privilégié, dans la mesure où il constitue le cadre originel de l’Église naissante » (S. Jean-Paul II, Lett. ap. Orientale lumen, n. 5). Il est significatif que certaines de vos liturgies – que vous célébrez solennellement ces jours-ci à Rome selon les différentes traditions – utilisent encore la langue du Seigneur Jésus. Mais le Pape Léon XIII lança un appel émouvant afin que « la légitime diversité de la liturgie et de la discipline orientales […] redonne […] une grande dignité et une grande valeur à l’Église » (Lett. ap. Orientalium dignitas). Sa préoccupation d’alors est très actuelle, car aujourd’hui, beaucoup de nos frères et sœurs orientaux, dont plusieurs d’entre vous, contraints de fuir leur terre d’origine à cause de la guerre et des persécutions, de l’instabilité et de la pauvreté, risquent, en arrivant en Occident, de perdre, outre leur patrie, leur identité religieuse. C’est ainsi qu’au fil des générations, le patrimoine inestimable des Églises Orientales se perd.

Il y a plus d’un siècle, Léon XIII remarquait que « la conservation des rites orientaux est plus importante qu’on ne le croit » et, à cette fin, il prescrivait même que « tout missionnaire latin, du clergé séculier ou régulier, qui, par ses conseils ou son aide, attirait un Oriental vers le rite latin » serait « destitué et exclu de sa charge » (ibid.). Nous accueillons l’appel à préserver et à promouvoir l’Orient chrétien, en particulier dans la diaspora, où il y est nécessaire de sensibiliser les Latins ; en plus de la création, lorsque cela est possible et opportun, de circonscriptions orientales. En ce sens, je demande au Dicastère pour les Églises Orientales, que je remercie pour son travail, de m’aider à définir des principes, des normes, des lignes directrices grâce auxquels les Pasteurs latins pourront concrètement soutenir les catholiques orientaux de la diaspora afin de préserver leurs traditions vivantes et d’enrichir par leur spécificité le contexte dans lequel ils vivent.

L’Église a besoin de vous. Quelle contribution importante peut nous apporter aujourd’hui l’Orient chrétien ! Combien nous avons besoin de retrouver le sens du mystère, si vivant dans vos liturgies qui impliquent la personne humaine dans sa totalité, chantent la beauté du salut et suscitent l’émerveillement devant la grandeur divine qui embrasse la petitesse humaine ! Et combien il est important de redécouvrir, même dans l’Occident chrétien, le sens de la primauté de Dieu, la valeur de la mystagogie, de l’intercession incessante, de la pénitence, du jeûne, des larmes pour ses propres péchés et pour ceux de toute l’humanité (penthos), si typiques des spiritualités orientales ! Il est donc fondamental de préserver vos traditions sans les édulcorer ne serait-ce que par commodité, afin qu’elles ne soient pas corrompues par un esprit consumériste et utilitariste.

Vos spiritualités, anciennes et toujours nouvelles, sont un remède. Le sens dramatique de la misère humaine s’y confond avec l’émerveillement devant la miséricorde divine, de sorte que nos bassesses ne provoquent pas le désespoir mais invitent à accueillir la grâce d’être des créatures guéries, divinisées et élevées aux hauteurs célestes. Nous devons louer et remercier sans cesse le Seigneur pour cela. Avec vous, nous pouvons prier avec les paroles de saint Éphrem le Syrien et dire à Jésus : « Gloire à toi qui as fait de ta croix un pont sur la mort. […] Gloire à toi qui t’es revêtu du corps de l’homme mortel et l’as transformé en source de vie pour tous les mortels » (Discours sur le Seigneur, 9). C’est un don à demander que de voir la certitude de Pâques dans chaque épreuve de la vie et de ne pas perdre courage en se rappelant, comme l’écrivait un autre Père oriental, que « le plus grand péché est de ne pas croire aux énergies de la Résurrection » (Saint Isaac De Ninive, Sermons ascétiques, I, 5).

Qui donc, plus que vous, pourrait chanter des paroles d’espérance dans l’abîme de la violence ? Qui plus que vous, qui connaissez de près les horreurs de la guerre, au point que le Pape François a qualifié vos Églises de « martyres » (Discours à la ROACO, cit.) ? C’est vrai : de la Terre Sainte à l’Ukraine, du Liban à la Syrie, du Moyen-Orient au Tigré et au Caucase, quelle violence ! Et sur toute cette horreur, sur les massacres de tant de jeunes vies qui devraient provoquer l’indignation car ce sont des personnes qui meurent au nom de la conquête militaire, se détache un appel : non pas tant celui du Pape, mais celui du Christ, qui répète : « La paix soit avec vous ! » (Jn 20, 19.21.26). Et il précise : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne » (Jn 14, 27). La paix du Christ n’est pas le silence de mort après le conflit, elle n’est pas le résultat de l’oppression, mais un don qui concerne les personnes et réactive leur vie. Prions pour cette paix qui est réconciliation, pardon, courage de tourner la page et de recommencer.

Je mettrai tout en œuvre pour que cette paix se répande. Le Saint-Siège est disponible pour que les ennemis se rencontrent et se regardent dans les yeux, pour que les peuples retrouvent l’espérance et la dignité qui leur reviennent, la dignité de la paix. Les peuples veulent la paix et, la main sur le cœur, je dis aux responsables des peuples : rencontrons-nous, dialoguons, négocions ! La guerre n’est jamais inévitable, les armes peuvent et doivent se taire, car elles ne résolvent pas les problèmes, elles les aggravent ; ce sont ceux qui sèment la paix qui passeront à la postérité, pas ceux qui font des victimes ; les autres ne sont pas d’abord des ennemis, mais des êtres humains : pas des méchants à haïr, mais des personnes avec qui parler. Fuyons les visions manichéennes typiques des récits violents qui divisent le monde entre bons et méchants.

L’Église ne se lassera pas de répéter : que les armes se taisent. Et je voudrais remercier Dieu pour tous ceux qui, dans le silence, dans la prière, dans le don de soi, tissent des liens de paix, ainsi que les chrétiens – orientaux et latins – qui, surtout au Moyen-Orient, persévèrent et résistent sur leurs terres, plus forts que la tentation d’abandonner ces terres. Il faut donner aux chrétiens la possibilité, et pas seulement en paroles, de rester sur leurs terres avec tous les droits nécessaires à une existence sûre. Je vous en prie, engagez-vous pour cela !

Et merci, merci à vous, chers frères et sœurs d’Orient, où est né Jésus, Soleil de justice, d’être “lumières du monde” (cf. Mt 5, 14). Continuez à briller par la foi, l’espérance et la charité, et par rien d’autre. Que vos Églises soient un exemple, et que les Pasteurs promeuvent avec droiture la communion, surtout dans les Synodes des Évêques, afin qu’ils soient des lieux de collégialité et d’authentique coresponsabilité. Veillez à la transparence dans la gestion des biens, témoignez d’un dévouement humble et total au saint peuple de Dieu, sans attachement aux honneurs, aux pouvoirs du monde et à votre propre image. Saint Siméon le Nouveau Théologien en donnait un bel exemple : « De même que quelqu’un qui jette de la poussière sur la flamme d’un fourneau allumé l’éteint, de même les soucis de cette vie et tout attachement à des choses mesquines et sans valeur détruisent la chaleur du cœur enflammé au commencement » (Chapitres pratiques et théologiques, 63). La splendeur de l’Orient chrétien demande aujourd’hui plus que jamais d’être libérée de toute dépendance mondaine et de toute tendance contraire à la communion, afin d’être fidèle à l’obéissance et au témoignage évangéliques.

Je vous en remercie et je vous bénis de tout cœur, en vous demandant de prier pour l’Église et d’élever vos puissantes prières d’intercession pour mon ministère. Merci !

Texte reproduit avec l’aimable autorisation de la Libreria Editrice Vaticana

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