Pape au Mozambique: rencontre interreligieuse avec les jeunes

(CNS photo/Paul Haring)

Voici le discours prononcé par le pape François lors de sa rencontre interreligieuse avec les jeunes du Mozambique, à Maputo le 5 septembre 2019.

Merci beaucoup pour vos paroles de bienvenue ; merci beaucoup également pour toutes et chacune des représentations artistiques que vous avez réalisées. Merci beaucoup ! Merci ! Asseyezvous, installez-vous bien. Vous me remerciez d’avoir réservé du temps à passer avec vous. Que peut-il y avoir de plus important pour un pasteur que d’être avec ses jeunes ? Qu’y a-t-il de plus important pour un pasteur que de rencontrer ses jeunes ? Vous êtes importants ! Il faut le savoir, il faut le croire : vous êtes importants ! Mais en toute humilité ! Car vous n’êtes pas que l’avenir du Mozambique, ou de l’Église et de l’humanité ; vous êtes le présent, vous êtes le présent du Mozambique, par tout ce que vous êtes et faites, vous apportez déjà votre contribution en lui offrant le meilleur que vous puissiez donner aujourd’hui. Sans votre enthousiasme, vos chants, votre joie de vivre, qu’en serait-il de ce pays ? Sans les jeunes, que serait ce pays ?

Vous voir chanter, sourire, danser au sein de toutes les difficultés que vous traversez – comme justement tu nous en faisais part – c’est le meilleur signe que vous les jeunes, vous êtes la joie de ce pays, la joie d’aujourd’hui, d’aujourd’hui. L’espérance de demain. La joie de vivre est l’une de vos caractéristiques principales, la caractéristique des jeunes, la joie de vivre, comme on peut s’en apercevoir ici ! La joie partagée et célébrée qui réconcilie, et devient le meilleur antidote à même de contredire tous ceux qui veulent vous diviser – attention : qui veulent vous diviser ! – qui veulent vous fragmenter, qui veulent vous opposer. Comme votre joie de vivre manque dans certaines régions du monde ! Comme on sent dans certaines régions du monde la joie d’être unis, de vivre ensemble, étant de diverses confessions religieuses mais enfants du même pays, unis !

Merci aux différentes confessions religieuses de se trouver ici. Merci d’oser affronter le défi de la paix et de la célébrer aujourd’hui en famille comme nous le faisons, en incluant ceux qui, ne faisant partie d’aucune tradition religieuse, y participent… Vous êtes en train de faire l’expérience que nous sommes tous nécessaires : avec nos différences, mais nécessaires. Nos différences sont nécessaires. Ensemble – comme vous l’êtes – vous êtes la vitalité de ce peuple, où chacun joue un rôle fondamental, dans un unique projet innovant, pour écrire une nouvelle page de l’histoire, une page remplie d’espérance, remplie de paix, remplie de réconciliation. Je vous demande : voulezvous écrire cette page ? [Ils répondent : oui !]. Quand je suis entré, vous avez chanté ‘‘réconciliation’’. Voulez-vous le répéter ? [Tous : Réconciliation ! Réconciliation ! Réconciliation !] Vous m’avez posé deux questions, mais je crois qu’elles sont liées. En voici une : comment faire pour que les rêves des jeunes deviennent réalité ? L’autre : comment faire pour que les jeunes s’impliquent dans les problèmes qui tourmentent le pays ? Aujourd’hui, vous nous avez indiqué le chemin et vous nous avez montré comment répondre à ces questions.

Vous l’avez exprimé par l’art, par la musique, par la richesse culturelle que tu mentionnais avec beaucoup de fierté… vous avez manifesté une partie de vos rêves et de vos réalités ; en chacune d’elles se révèlent différentes façons de faire face au monde et de fixer l’horizon : en ayant toujours les yeux débordant d’espérance, remplis d’avenir et de rêves. Vous les jeunes, vous marchez sur vos deux pieds comme les adultes, de la même manière ; mais contrairement aux adultes qui les gardent parallèles, vous en avez un devant l’autre, prêts à bondir, prêts à partir. Vous avez une force immense, vous êtes capables d’un regard chargé de beaucoup d’espérance ! Vous êtes une promesse de vie, qui comporte un certain degré de ténacité (cf. Christus vivit, n. 139), que vous ne devez ni perdre ni vous laisser voler. Comment réaliser les rêves, comment contribuer à apporter une solution aux problèmes du pays ? Je voudrais vous dire : ne vous laissez pas voler la joie ! Ne vous lassez pas de chanter et de vous exprimer en accord avec tout ce que vous apprenez de bon de vos traditions. Qu’on ne vous vole pas la joie ! Comme je vous l’ai dit, il y a beaucoup de manières de regarder l’horizon, le monde, de regarder le présent et l’avenir. Il y a plusieurs façons de le faire. Mais il faut veiller à deux attitudes qui tuent les rêves et l’espérance. Quelles sont-elles ? La résignation et l’angoisse.

Deux attitudes qui tuent les rêves et l’espérance. Ce sont de grandes ennemies de la vie, car normalement, elles nous poussent vers un chemin facile, mais d’échec ; et les frais de péage qu’elles demandent pour laisser passer sont très élevés. C’est très cher ! On paie de son propre bonheur, voire de sa propre vie. Résignation et angoisse : deux attitudes qui volent l’espérance. Que de fausses promesses de bonheur, qui finissent par mutiler des vies ! Vous connaissez certainement des amis, des proches – ou il a même pu vous arriver à vous-mêmes –en des moments difficiles, douloureux, quand tout semble vous tomber dessus, de rester prostrés dans la résignation. Il faut faire très attention, car cette attitude « te fait prendre la mauvaise route. Quand tout semble immobile et stagnant, quand les problèmes personnels nous inquiètent, quand les malaises sociaux ne trouvent pas les réponses qu’ils méritent, ce n’est pas bon de partir battu » (Ibid., n. 141). Ce n’est pas bon de partir battu ! Répétez : ce n’est pas bon de partir battu ! [Tous : ce n’est pas bon de partir battu !] Je sais que la majorité d’entre vous aime le football. N’est-ce pas ? Je me souviens d’un grand joueur de ce pays qui a appris à ne pas se résigner : Eusébio da Silva, la panthère noire. Il a commencé sa carrière sportive dans une équipe de cette ville.

Les graves difficultés économiques de sa famille et la mort prématurée de son père n’ont pas entravé ses rêves ; sa passion pour le football l’a fait persévérer, rêver et aller de l’avant… au point qu’il a marqué soixante-dix-sept buts pour cette équipe de Maxaquene ! Les raisons pour se résigner ne manquent pas… Et lui, il ne s’est pas résigné. Son rêve et sa volonté de jouer l’ont fait avancer, mais c’était également important pour lui de trouver avec qui jouer. Vous le savez, dans une équipe, tous ne sont pas égaux, ni font les mêmes choses ou pensent de la même manière. Non ! Chaque joueur a ses caractéristiques, comme nous pouvons le découvrir et l’apprécier dans cette rencontre : nous venons de diverses traditions et même nous pouvons parler des langues différentes, mais cela ne nous a pas empêchés de nous rencontrer. On a beaucoup souffert et on continue de souffrir, parce que certains estiment avoir le droit de déterminer qui peut ‘‘jouer’’ – non – et qui doit rester ‘‘hors du terrain de jeu’’, – c’est un droit injuste – et ceux-là passent leur vie à diviser et à opposer, et à faire la guerre. Aujourd’hui, chers amis, vous êtes, vous, un exemple, vous êtes un témoignage de la façon dont nous devons agir. Des témoins d’unité, de réconciliation, d’espérance. Comme une équipe de football. Comment s’engager pour le pays ? Comme vous êtes en train de faire maintenant, en restant unis indépendamment de ce qui peut vous différencier, en cherchant toujours l’opportunité de réaliser les rêves d’un pays meilleur, mais… ensemble. Ensemble !

Comme il est important de ne pas oublier que l’inimitié sociale détruit. Ensemble ! [Tous : l’inimitié sociale détruit]. Et l’inimitié détruit une famille. L’inimitié détruit un pays. Ensemble ! [Tous : l’inimitié sociale détruit]. L’inimitié détruit le monde. Et l’inimitié la plus grande, c’est la guerre, parce qu’on est incapable de s’asseoir et de se parler […]. Soyez capables de créer l’amitié sociale (cf. Ibid, n. 169]. Je me souviens du proverbe qui dit : ‘‘Si tu veux aller vite, marche seul ; si tu veux aller loin, fais-toi accompagner’’. Répétons-le : [Tous : ‘‘Si tu veux aller vite, marche seul ; si tu veux aller loin, fais-toi accompagner’’]. Il s’agit de rêver ensemble, comme vous êtes en train de le faire aujourd’hui. Rêvez avec d’autres ; jamais contre les autres, rêvez comme vous l’avez fait en préparant cette rencontre : tous unis et sans barrières. Cela fait partie de la ‘‘nouvelle page de l’histoire’’ du Mozambique. Football, équipes, jouer ensemble. Jouer ensemble nous enseigne que ce n’est pas uniquement la résignation qui est l’ennemi des rêves et de l’engagement, mais que l’angoisse l’est également. Résignation et angoisse. L’angoisse : celle-ci « peut être une grande ennemie lorsqu’il nous arrive de baisser les bras parce que nous découvrons que les résultats ne sont pas immédiats. Les rêves les plus beaux se conquièrent avec espérance, patience et effort, en renonçant à l’empressement. En même temps il ne faut pas s’arrêter par manque d’assurance, il ne faut pas avoir peur de parier et de faire des erreurs » (Ibid., n. 142), c’est normal ! Les plus belles choses se font avec le temps et, si quelque chose ne te réussit à la première tentative, n’aie pas peur de tenter encore et encore et encore. N’aie pas peur de te tromper ! Nous pouvons nous tromper mille fois, mais ne commettons pas l’erreur de nous arrêter, parce qu’il y a des choses qui ne réussissent pas à la première tentative.

La pire erreur serait d’abandonner, en raison de l’angoisse, d’abandonner les rêves et la détermination pour un pays meilleur. Par exemple, vous avez sous vos yeux ce beau témoignage donné par Maria Mutola, qui a appris à persévérer, à continuer de tenter, même si elle n’a pas accompli son rêve d’une médaille d’or lors des trois premiers jeux olympiques qu’elle a disputés ; par la suite, lors de sa quatrième tentative, cette athlète des huit-cents mètres a obtenu sa médaille d’or aux Olympiades de Sidney. Tenter, tenter ! L’angoisse ne l’a pas amenée à se replier sur elle-même ; ses neuf titres mondiaux ne lui ont pas fait oublier son peuple, ses racines. Mais elle a continué à se soucier des enfants mozambicains qui sont dans le besoin. Comme le sport nous apprend à persévérer dans nos rêves ! Je voudrais ajouter un autre élément important. Non à l’angoisse, non à la résignation, et maintenant un autre élément important : non à l’exclusion de vos anciens ! Vos anciens peuvent également vous aider de telle sorte que vos rêves et vos aspirations ne s’étiolent pas, ne soient pas emportés par le premier vent de difficulté ou d’impuissance. Les anciens sont nos racines. Nous le répétons ? [Tous : les anciens sont nos racines. Les anciens sont nos racines]. Les générations passées ont beaucoup à vous apprendre, à vous proposer. Certes, parfois, nous les anciens, nous le faisons de manière autoritaire, comme avertissement, en effrayant.

C’est vrai, parfois nous effrayons ou bien nous voulons que vous agissiez, parliez et viviez exactement comme nous. C’est une erreur ! Vous devriez faire votre propre synthèse, mais en écoutant, en valorisant ceux qui vous ont précédés. N’est-ce pas ce que vous avez fait pour votre musique ? Au rythme traditionnel mozambicain, la marrabenta, vous avez ajouté d’autres rythmes modernes, et est né le pandza. Ce que vous écoutiez, ce que vous voyiez vos parents et grandsparents chanter et danser, vous l’avez adopté comme vôtre. C’est le chemin que je vous propose : un chemin « fait de liberté, d’enthousiasme, de créativité, d’horizons nouveaux, mais en cultivant en même temps ces racines qui nourrissent et soutiennent » (Ibid., n. 184). Les anciens sont nos racines. [Tous : les anciens sont nos racines ]. Tout cela, ce sont de petits conseils qui peuvent vous offrir le soutien nécessaire pour que vous ne vous enfermiez pas dans les moments difficiles, mais que vous ouvriez une brèche d’espérance ; une brèche qui vous aidera à faire usage de votre créativité et à trouver des chemins ainsi que des espaces nouveaux pour répondre aux problèmes avec un sens de la solidarité. Beaucoup d’entre vous sont nés sous le signe de la paix, une paix laborieuse qui a connu divers moments : les uns plus faciles et d’autres d’épreuve.

La paix est un processus que vous aussi vous êtes appelés à faire progresser, en étendant toujours vos mains surtout à ceux qui traversent des moments difficiles. Le pouvoir de la main tendue et de l’amitié qui se manifeste concrètement est grand ! Je pense à la souffrance de ces jeunes gens arrivés en ville remplis de rêves, en quête de travail, et qui aujourd’hui sont sans toit, sans famille et sans trouver une main amie. Comme il est important que nous apprenions à être une main amie et tendue ! Ce geste, le geste de la main tendue. Tous ensemble ! Le geste de la main tendue. [Tous : le geste de la main tendue]. Merci ! Essayez également de grandir dans l’amitié avec ceux qui pensent différemment, pour que la solidarité grandisse entre vous et devienne la meilleure arme pour transformer l’histoire. La solidarité est la meilleure arme pour transformer l’histoire. Main tendue, qui nous rappelle aussi la nécessité de nous engager pour la sauvegarde de notre Maison Commune. Sans aucun doute, vous avez été bénis à travers une beauté naturelle admirable : des forêts et des fleuves, des vallées et des montagnes et de nombreuses belles plages. Malheureusement, il y a quelques mois, vous avez souffert du passage de deux cyclones, vous avez fait l’expérience des conséquences de l’effondrement écologique que nous affrontons. Beaucoup ont déjà pris à bras le corps l’impérieux défi de protéger notre Maison commune. Permettez-moi de vous faire part d’une dernière réflexion : Dieu vous aime et, sur cette affirmation, toutes nos traditions religieuses sont d’accord : « Tu as vraiment de la valeur pour lui, tu n’es pas insignifiant, tu lui importes, parce que tu es une œuvre de ses mains. Parce qu’il t’aime. Essaye de rester un moment en silence en te laissant aimer par lui. Essaye de faire taire toutes les voix et les cris intérieurs, et reste un moment dans les bras de son amour » (Ibid., n. 115). Faisons-le ensemble maintenant ! [Ils observent un moment de silence].

C’est l’amour du Seigneur qui apprend plus à redresser qu’à faire chuter, à réconcilier qu’à interdire, à donner de nouvelles chances qu’à condamner, à regarder l’avenir plus que le passé » (Ibid., n. 116). Je sais que vous croyez en cet amour qui rend possible la réconciliation. Merci beaucoup et, s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi ! Que Dieu vous bénisse !

Pape au Mozambique: Discours aux autorités

(CNS photo/Paul Haring)

Voici le discours du pape François lors de sa rencontre avec le président du Mozambique et les autorités du pays, prononcé le 5 septembre 2019 au palais présidentiel, à Maputo.

Monsieur le Président,
Membres du Gouvernement et du Corps Diplomatique,
Distinguées Autorités,
Représentants de la société civile,
Mesdames et Messieurs,

Merci, Monsieur le Président, pour vos paroles de bienvenue comme pour l’aimable invitation à visiter cette Nation. Je suis heureux de me trouver de nouveau en Afrique et de commencer ce voyage apostolique par ce pays, si béni par sa beauté naturelle comme par sa grande richesse culturelle qui ajoute, à la joie de vivre éprouvée de votre peuple, l’espérance d’un avenir meilleur. Je salue cordialement les membres du Gouvernement et du Corps diplomatique ainsi que les représentants de la société civile ici présents. À travers vous, je voudrais approcher et saluer affectueusement tout le peuple mozambicain qui, de Rovuma jusqu’à Maputo, nous ouvre ses portes pour préparer un avenir redessiné de paix et de réconciliation. Je veux que mes premières paroles de proximité et de solidarité aillent à tous ceux sur qui se sont récemment abattus les cyclones Idai et Kenneth, dont les conséquences dévastatrices continuent de peser sur de nombreuses familles, surtout dans des endroits où la reconstruction n’a pas encore été possible, requérant une attention spéciale.

Malheureusement, je ne pourrai pas me rendre personnellement auprès de vous, mais je veux que vous sachiez que je partage votre angoisse, votre souffrance ainsi que l’engagement de la communauté catholique pour faire face à une situation si dure. Au sein de la catastrophe et de la désolation, je demande à la Providence que ne vous fasse pas défaut la sollicitude de tous les acteurs civils et sociaux qui, en mettant la personne au centre, seront capables de promouvoir la reconstruction nécessaire. Je désire également exprimer ma reconnaissance et celle d’une grande partie de la communauté internationale pour les efforts qui, depuis des décennies, sont accomplis afin que la paix redevienne la norme et la réconciliation, le meilleur chemin pour affronter les difficultés et les défis que vous avez en tant que Nation. Dans cet esprit et à cet effet, vous avez signé, il y a environ un mois, dans le Parc national de Gorongosa, l’accord du cessez-le-feu définitif entre frères mozambicains. C’est un jalon, que nous saluons et espérons décisif, posé par des personnes courageuses sur la voie de la paix qui part de cet Accord général de 1992 conclu à Rome. Que d’événements se sont succédé depuis la signature du traité historique qui a scellé la paix et produit ses premières pousses ! Ce sont ces pousses qui soutiennent l’espérance et donnent confiance pour empêcher que la manière d’écrire l’histoire ne soit une lutte fratricide, mais plutôt la capacité de se reconnaître comme frères, fils d’une même terre, administrateurs d’un destin commun. Le courage de la paix ! Un courage de haute volée : non pas celui de la force brute et de la violence, mais celui qui se concrétise dans la recherche inlassable du bien commun (cf. PAUL VI, Message pour la journée mondiale de la paix, 1973)

Vous avez connu la souffrance, le deuil et l’affliction, mais nous n’avez pas voulu que le critère régulateur des relations humaines soit la vengeance ou la répression, ni que la haine et la violence aient le dernier mot. Comme le rappelait mon prédécesseur saint Jean-Paul II durant sa visite dans votre pays en 1988, avec la guerre « beaucoup d’hommes, de femmes et d’enfants souffrent de ne pas avoir une maison où habiter, assez de nourriture, d’écoles pour s’instruire, d’hôpitaux pour se soigner, d’églises où se réunir pour prier et de champs où déployer la maind’œuvre. Des milliers de personnes sont contraintes à se déplacer en quête de sécurité et de moyens pour survivre ; d’autres se réfugient dans des pays voisins (…) Non à la violence et oui à la paix ! » (Discours lors de la visite au Président de la République, 16 septembre 1988, n. 3).

Durant toutes ces années, vous avez fait l’expérience que la recherche d’une paix durable – une mission qui engage tous – exige un travail ardu, constant et sans trêve, car la paix « est comme une fleur fragile qui cherche à s’épanouir au milieu des pierres de la violence » (Message pour la journée mondiale de la paix, 2019) et, pour cela, elle demande que l’on continue d’affirmer, avec détermination mais sans fanatisme, avec courage mais sans exaltation, avec ténacité mais de manière intelligente : non à la violence qui détruit, oui à la paix et à la réconciliation ! Comme nous le savons, la paix n’est pas seulement l’absence de guerre, mais l’engagement inlassable – surtout de la part de nous autres qui exerçons une charge liée à une plus grande responsabilité – de reconnaître, de garantir et de reconstruire concrètement la dignité, bien des fois oubliée ou ignorée, de nos frères, pour qu’ils puissent se sentir les principaux protagonistes du destin de leur Nation. Nous ne pouvons pas perdre de vue que « sans égalité de chances, les différentes formes d’agression et de guerre trouveront un terrain fertile qui tôt ou tard provoquera l’explosion. Quand la société – locale, nationale ou mondiale – abandonne dans la périphérie une partie d’elle-même, il n’y a ni programmes politiques, ni forces de l’ordre ou d’intelligence qui puissent assurer sans fin la tranquillité » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 59).

La paix a rendu possible le développement du Mozambique dans beaucoup de domaines. Les progrès enregistrés dans le domaine de l’éducation et de la santé sont prometteurs. Je vous encourage à poursuivre le travail de consolidation des structures et des institutions nécessaires pour que personne ne se sente abandonné, surtout vos jeunes, qui constituent la majorité de la population. Ils ne sont pas seulement l’espérance de cette terre, ils sont le présent qui interpelle, cherche et a besoin de trouver des moyens dignes leur permettant de développer leurs talents ; ils sont un potentiel pour semer et développer l’amitié sociale tant désirée. Une culture de paix exige « un processus constant dans lequel chaque nouvelle génération se trouve engagée » (Ibid., n. 220).

C’est pourquoi, le chemin doit être tel qu’il puisse favoriser une culture de la rencontre, de sorte que tout en soit imprégné : reconnaître l’autre, nouer des liens, construire des ponts. Dans ce sens, il est indispensable de garder vivante la mémoire comme chemin qui ouvre à l’avenir ; comme cheminement, qui conduit à rechercher des objectifs communs, des valeurs partagées, des idées qui aident à surmonter des intérêts sectoriels, corporatifs ou de parties afin que les richesses de votre nation soient mises au service de tous, surtout des plus pauvres. Vous avez une mission exigeante et historique à accomplir : ne relâchez pas l’effort tant qu’il y aura des enfants et des adolescents sans éducation, des familles sans toit, des travailleurs en chômage, des paysans sans terre… Voilà les fondements d’un avenir d’espérance, parce qu’avenir de dignité ! Voilà les armes de la paix !

La paix nous invite également à prendre soin de notre Maison Commune. À cet égard, le Mozambique est une nation bénie, et vous êtes particulièrement invités à sauvegarder cette bénédiction. La protection de la terre est aussi la protection de la vie, qui demande une attention spéciale quand on constate la tendance au pillage et à la spoliation, causée par l’obsession d’accumuler qui, en général, n’est même pas nourrie par des personnes qui habitent ce pays, ni motivée par le bien commun de votre peuple. Une culture de paix implique un développement productif, substantiel et inclusif, où chaque mozambicain puisse sentir que ce pays est sien, et dans lequel il puisse établir des relations de fraternité et d’équité avec son voisin et avec tout ce qui l’entoure.

Monsieur le Président, distinguées Autorités ! Vous êtes tous des constructeurs de la plus belle œuvre à réaliser : un avenir de paix et de réconciliation comme garanties du droit à un avenir de paix pour vos enfants. Je demande à Dieu que, durant ce temps que je passerai avec vous – moi aussi, en communion avec mes frères évêques et avec l’Église catholique qui pérégrine dans ce pays – je puisse contribuer à ce que la paix, la réconciliation et l’espérance règnent définitivement parmi vous. Merci

Le Pape s’apprête à visiter le Mozambique, Madagascar et Maurice.

(CNS photo/Vatican Press Office)

Du 4 au 10 septembre le pape François effectuera son 31ème voyage apostolique hors d’Italie. Le Saint-Père se rendra sur les bords de l’Océan Indien, au Mozambique d’abord, puis à Madagascar et à Maurice. Un voyage placé sous le signe de la paix dans ces pays qui font face à de nombreux défis.

Mozambique
Le Mozambique est un pays lusophone qui compte plus de 27 millions d’habitants, avec une majorité de chrétiens et 28% de catholiques.
Après son indépendance du Portugal en 1975, la guerre civile entraine le pays dans un chaos économique et sociale, causant la mort de centaines de milliers de personnes et plongeant le pays dans l’extrême pauvreté. En 1992 un accord de paix met fin à ces 17 années de guerre, et des élections libres en 1994 témoignent d’un processus de normalisation. Mais cette paix est interrompue en 2013 par des affrontements entre l’armée régulière et des combattants de la Renamo qui contestent des résultats électoraux. Un long processus de négociations s’en est suivi jusqu’à un accord de paix signé début août. C’est dans ce contexte qu’arrivera le pape François, en messager d’espérance, de paix, et de réconciliation.

Madagascar
Madagascar est une ancienne colonie française puis territoire d’outre-mer devenu indépendant en 1960. Ce pays de plus de 24 millions d’habitants compte 40% de chrétiens, avec autant de protestants que de catholiques.
En 2009 un coup d’état plonge le pays dans une crise politique qui appauvrit la population. Plus de deux habitants sur trois sont extrêmement pauvres. Malgré ses richesses naturelles et d’abondantes ressources minières la pauvreté persiste dans ce pays en proie par ailleurs aux aléas climatiques.
La visite à Madagascar du pape François comme « semeur de paix et d’espérance » intervient 30 ans après celle de Jean-Paul II.

Ile Maurice
Maurice est un pays multi-ethnique où l’hindouisme est la religion majoritaire, et où les chrétiens représentent 30% de la population. Son Église vivante et dynamique a profité de l’élan missionnaire du XIXème siècle.
Cette ancienne colonie française, puis britannique, est souvent citée comme exemple de réussite en Afrique grâce à sa croissance économique. Mais la pauvreté existe bel et bien à Maurice, et l’écart se creuse entre les plus pauvres et les plus riches.
Trente ans après Jean-Paul II, le pape François arrivera à Maurice en « pèlerin de paix ».

L’héroïsme d’un ami de Jésus

(CNS photo/Knights of Columbus) Du 3 au 8 août avait lieu à Minneapolis, aux États-Unis, la 137eConvention Suprême des Chevaliers de Colomb. Lors de cette rencontre internationale, le Chevalier Suprême Carl Anderson a remis son rapport annuel dans lequel il a présenté l’immensité du travail de charité effectué par les Chevaliers durant l’année. C’est ainsi, qu’au cours de l’année 2018, les Chevaliers de Colomb du monde entier ont donné 187 millions de dollars et 76.7 millions d’heures de bénévolat[1]. Toutefois, ces chiffres astronomiques ne doivent pas nous faire oublier que, au-delà des résultats, l’essentiel de cette confrérie se trouve dans la qualité de l’amour et l’union au Christ dont fait preuve chaque chevalier dans sa vie quotidienne.

Un exemple de bravoure

Pour nous rappeler ce principe fondamental, la Convention Suprême a fait connaître l’histoire du fils d’un Chevalier. Ce jeune homme nommé  Kendrick Castillo[2], dans un acte d’héroïsme, a suivi l’enseignement du Christ : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15, 13).  Catholique fervent, Kendrick Castillo était un jeune adolescent qui, comme tant d’autres, allait à l’école secondaire dans la région de Denver. Fils de Chevalier de Colomb, il portait en lui le profond désir d’en devenir un lui-même.  Déjà, il participait à de nombreuses activités organisées par les fils de Fr. McGivenny. Kendrick était destiné à un avenir prometteur dans les technologies et avait hâte à la graduation qui arrivait à grand pas (il ne restait que 3 jours d’école).

Le mardi 7 mai 2019, alors qu’il était en classe comme tous les jours, un jeune homme a rapidement sorti une arme avec l’intention de tuer ses camarades de classe. C’est à ce moment précis que Kendrick se précipita devant l’assaillant afin de l’empêcher de commettre l’irréparable. En se jetant sur lui, Kendrick fut atteint par une balle qui le  tua sur le coup[4]permettant cependant à trois autres étudiants de maîtriser le meurtrier. Cette tragédie, malheureusement de plus en plus fréquente chez nos voisins du sud, aurait certainement été beaucoup plus sanglante sans le sacrifice de Kendrick. Les jours qui suivirent furent l’occasion pour la communauté de lui rendre hommage pour son don ultime.

L’héroïsme d’un ami de Jésus

Bien évidemment, on ne peut qu’être ému devant le récit d’un pareil événement empreint tout à la fois de  cruauté, de détresse, de violence, de bravoure et d’amour inconditionnel. Mais quel est le sens du geste de Kendrick et que peut-il nous apprendre ? D’abord, Kendrick nous apprend à mettre nos priorités à la bonne place ! En effet, par son sacrifice, il a démontré que la vie de ses camarades était plus importante que tout l’or du monde. Comme tous les jeunes de son âge, il avait une famille, des amis, des intérêts, des hobbies, des projets. Toutefois, il savait que tout cela était don de Dieu  n’ayant de véritable valeur qu’en tant qu’il est orienté vers Dieu. Il a pris au sérieux la parole exigeante du Christ selon laquelle : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi » (Mt 10, 37). Mettant les biens du ciel au-dessus de tout, Kendrick a pu spontanément se jeter sur l’agresseur et tout risquer pour le bien de ses camarades.

En un monde où l’on glorifie la recherche du bien-être personnel, souvent même au détriment des autres, ce genre de geste nous semble contre-intuitif. Le but de la vie n’est-il pas l’assouvissement du moindre de nos désirs ? Ne devons-nous pas chercher à ce que la société entière se conforme au moindre de mes caprices et désirs ? Kendrick montre que cette logique n’est pas à la hauteur de nos aspirations les plus grandes. Les manifestations de sympathieet de reconnaissance à son égard suivant la tragédie montrent que nous cherchons plus que ce que notre société nous propose. Il est donc évident que Kendrick avait intégré un profond discernement dans sa vie de tous les jours. Celui-là même qui lui a permis de choisir spontanément la vie des autres au détriment de la sienne. Comme le dit le pape François : « Ce que Jésus désire de chaque jeune, c’est avant tout son amitié. Il est essentiel de discerner et de découvrir cela. C’est le discernement fondamental » (no 250. Aucun doute, Kendrick était un ami intime de Jésus.

Rencontre au quotidien

Une chose est sûre, cette rencontre avec le Christ, précipitée par une fusillade, n’a certainement pas été celle de deux inconnus. Kendrick connaissait bien Jésus et le fréquentait depuis de nombreuses années. Elle a dû ressembler davantage à une rencontre entre de vieux amis se retrouvant dans des circonstances extraordinaires. Kendrick nous invite à nous préparer à cette rencontre ultime par un esprit de gratitude envers Dieu pour la beauté de la vie. À chaque instant, même dans les moments qui nous apparaissent les plus banals, le Christ est présent à nos côtés. Comme le soleil qui n’a besoin que d’une petite ouverture pour mettre toute sa lumière dans une pièce, le Christ n’a besoin que d’un peu d’ouverture pour s’installer dans notre cœur et y faire des merveilles. Ce peu de place, est peut-être le léger effort requis pour aller à la Messe le dimanche ? Peut-être est-ce la volonté d’approfondir notre connaissance de la foi et des enseignements de l’Église ? Qui sait par où le Christ passe !

Kendrick nous invite à rester fidèle aux engagements de notre baptême et à nous rappeler constamment la présence active de la Grâce de Dieu présente dans l’Eucharistie. Loin d’être uniquement un symbole, Jésus-Christ Vrai Dieu et Vrai homme est substantiellement présent dans l’Hostie consacrée ! Il nous invite donc également à nous donner les moyens pour répondre concrètement à son appel à le suivre. Et pour nous les hommes, un bon moyen est certainement de devenir membre des Chevaliers de Colomb en participant activement au bien-être de nos communautés sociales et ecclésiales. Rien de surprenant que les Chevaliers de Colomb l’aient fait Chevalier à titre posthume[11]. Vivat Iesus ! 

« Hebdomada Papae » : j’en perds mon latin !

(Credit photo: Vatican Média) Le 8 juin dernier, une nouvelle émission radiophonique entrait en ondes sur Radio Vatican. Intitulé « Hebdomada Papae: notitiae vaticanae latine redditae », ce radiojournal a la particularité d’être diffusé dans la langue de Cicéron : le latin. Offrant des nouvelles hebdomadaires sur les événements significatifs de l’agenda du Pape, cette « nouveauté » semble paradoxalement anachronique. En effet, quelle utilité une telle émission peut-elle avoir en 2019 ? À qui peut bien s’adresser une telle programmation ? Loin de l’uniformisation actuelle de l’univers Podcast qui tend à généraliser l’usage de l’anglais, il me semble que cette initiative met de l’avant l’attachement de l’Église pour la diversité des cultures et pour sa propre tradition.

Un patrimoine vivant

L’intention avouée d’Andrea Tornielli, directeur éditorial de Vatican News, est de « faire revivre la langue officielle de l’Église catholique ». En effet, lorsque l’on parle de la langue latine, c’est souvent avec réticence. « C’est une langue morte ! » ou encore « Ça ne sert à rien !» ne sont que deux exemples de la myriade de préjugés tenaces qui continuent d’être véhiculés contre elle par la culture actuelle. Or,comme le dit le pape François :

Nous voyons aujourd’hui une tendance à homogénéiser les jeunes, à dissoudre les différences propres à leur lieu d’origine, à les transformer en êtres manipulables, fabriqués en série. Il se produit ainsi une destruction culturelle qui est aussi grave que la disparition des espèces animales et végétales. (CV no186)

Cette préservation d’une connaissance de base de la langue latine est donc constitutive d’une véritable « écologie intégrale » (LS no 145). Cela est vrai pour de nombreuses raisons. D’abord, l’universalité de l’Église requiert qu’elle ait une langue propre. N’étant ni française, ni anglaise, ni italienne, ni chinoise mais bien « catholicos », l’Église ne pourrait faire de l’une d’ elles sa langue officielle sans être perçue comme privilégiant une culture au détriment des autres. Pour les églises particulières, la langue vernaculaire est de mise dans la plupart des cas. Toutefois, pour les églises de tradition et de rite latin, le Concile Vatican II demande « À ce que les fidèles puissent dire ou chanter ensemble, en langue latine, aussi les parties de l’ordinaire de la messe qui leur reviennent » (SC no 54). De fait, et cela va de soi, la grande majorité du patrimoine ecclésial ayant été écrit en latin, il est indispensable d’avoir une certaine connaissance des « éléments latins ».

Une langue construite sur du roc

Une autre raison majeure en faveur d’une redécouverte du latin découle des racines culturelles et linguistiques latines de la langue française. En effet, le français est une langue latine et de fait, s’enracine dans la logique syntaxique, grammaticale et étymologique de cette langue millénaire. Avoir une base de latin permet donc de saisir la profondeur et la polysémie des termes, mots et concepts que nous utilisons tous les jours. À l’heure où l’on constate une perte de la richesse , une fragilisation de la présence francophone au Québec  ou du déclin de la qualité du français à tous les niveaux , il me semble qu’un certain retour au latin ne serait pas superflu. En effet, il m’apparaît contradictoire de prétendre chérir la langue française tout en négligeant une connaissance et une appréciation de base de ses racines. Notre langue française ne fut pas bâtie sur du « sable » mais sur le « roc » (Mt 7, 25-27) du latin. Affaiblir l’un allait forcément entraîner l’affaiblissement de l’autre.   Comment pouvoir sensibiliser et propager l’amour d’une langue sans en connaître les racines ? Et comment les francophones du Canada pourraient-ils redécouvrir ce patrimoine si l’Église Elle-même le négligeait ?

Ainsi, puisque trop souvent « les limites culturelles des diverses époques ont conditionné cette conscience de leur propre héritage éthique et spirituel, […]c’est précisément le retour à leurs sources qui permet aux religions de mieux répondre aux nécessités actuelles » (LS no 200) . Le patrimoine littéraire, religieux et linguistique du latin mérite d’être connu et utilisé. C’est ce que cette nouvelle émission radiophonique concrétise. Placet !

Pour une jeunesse bien enracinée

(Photo credit: CNS/Vatican Media) Nous poursuivons aujourd’hui notre parcours de l’exhortation apostolique du pape François « Christus Vivit » aux jeunes et à tout le peuple de Dieu. Le chapitre six offre de riches réflexions sur le thème de l’enracinement. Ce thème, devenu central dans notre monde globalisé, l’est encore davantage dans la vie des jeunes qui vivent d’importantes tensions à ce niveau. En effet, étant pour la plupart nés avec internet, leur identité n’est plus uniquement liée à leur géographie, leur patrie ou leur histoire familiale. Elle ne souffre plus de frontière et ne tolère pour référence que l’immensité des possibles. Or, nous dit le Pape : « Je souffre de voir que certains proposent aux jeunes de construire un avenir sans racines, comme si le monde commençait maintenant. Car « il est impossible que quelqu’un grandisse s’il n’a pas de racines fortes … » (no 179). Comment donc distinguer « la joie de la jeunesse d’un faux culte à la jeunesse » (no 180) ? C’est ce que nous allons maintenant explorer.

Une jeunesse caricaturée

Pour bien comprendre la différence entre le vrai et le faux, le Pape nous offre, dans ce court chapitre, une série de critères. Dans un premier temps, il montre comment beaucoup ont intérêt à ce que les jeunes soient facilement manipulables et crédules. Pour lui, de nombreux intérêts cherchent, à des fins idéologiques, à façonner des « jeunes qui méprisent l’histoire, qui rejettent la richesse spirituelle et humaine qui a été transmise au cours des générations, qui ignorent tout ce qui les a précédés » (no 181). C’est donc, pour le pape François, l’intérêt même des manipulateurs qui nous renseignent sur ce qui ne constitue par une jeunesse authentique.

Une jeunesse caricaturée sera donc d’abord auto révérencielle en ce sens qu’elle ne voudra pas évoluer en continuité ou cohérence avec ce qui l’a précédée. Cherchant davantage à se défaire de son héritage familial, national, spirituel plutôt qu’à l’assumer, cette jeunesse déracinée finit inévitablement dans l’enfermement d’une prétendue supériorité morale, « comme si tout ce qui n’est pas jeune était détestable et caduque. Le corps jeune devient le symbole de ce nouveau culte, et donc tout ce qui a rapport avec ce corps est idolâtré, désiré sans limites ; et ce qui n’est pas jeune est regardé avec mépris » (no 182).

L’homogénéité de la jeunesse laisse aussi présager sa grande vulnérabilité devant ceux qui veulent en profiter. En effet, selon le Pape, « Nous voyons aujourd’hui une tendance à homogénéiser les jeunes, à dissoudre les différences propres à leur lieu d’origine, à les transformer en êtres manipulables, fabriqués en série » (no 186). Cela peut se voir particulièrement dans les plus petits pays où les cultures propres ont bien du mal à se protéger contre les assauts parfois envahissants des différentes « formes de colonisation culturelle, qui déracinent les jeunes des appartenances culturelles et religieuses dont ils proviennent » (no 185). Au Québec, il est facile de voir le ravage que fait à notre jeunesse l’omniprésence d’une certaine culture américaine. En effet, personne ne sera surpris de voir la jeunesse d’aujourd’hui mieux connaître les super héros cinématrographiques que les pionniers de notre histoire. En ce sens, l’Église doit aider les jeunes à trouver un meilleur équilibre entre leurs intérêts pour la culture ambiante et leur propre culture correspondant mieux aux « traits les plus précieux de leur identité » (no 185).

Pour une jeunesse libre

Au contraire, nous dit le Pape, une jeunesse véritablement libre doit toujours faire preuve d’esprit critique. La jeunesse consciente des nombreux intérêts qui ne cherchent qu’à manipuler son authenticité, sait reconnaître ce qui, dans son propre patrimoine, est estimable et ce qui l’est moins. Elle sait être ouverte à « recueillir une sagesse qui se communique de génération en génération, qui peut coexister avec certaines misères humaines, et qui n’a pas à disparaître devant les nouveautés de la consommation et du marché » (no 190).

Ce qui nous amène au deuxième point d’une jeunesse à même de relever les nouveaux défis qui s’offrent à chaque génération. En effet, pour le pape François, « La rupture entre générations n’a jamais aidé le monde et ne l’aidera jamais » (no 191). Il faut donc que la jeunesse soit capable de se mettre à l’écoute des personnes plus âgées afin que « les communautés possèdent une mémoire collective, car chaque génération reprend les enseignements de ceux qui ont précédé, laissant un héritage à ceux qui suivront » (no 191).

Cela revêt au Québec un caractère particulier puisqu’une rupture générationnelle a bel et bien eu lieu au siècle passé. En effet, dans les années 60, ce que l’on appelle généralement la « Révolution Tranquille » a créé une discontinuité historique ; si bien que, de nos jours, une multitude de jeunes ne connaissent presque rien de leur histoire. C’est donc par fidélité aux principes soi-disant « émancipateurs » hérités de leurs parents qu’ils ignorent aujourd’hui pratiquement tout ce qui les constitue. De leur langue jusqu’au nom de rue en passant par la littérature et l’horizon de signification de leurs aïeuls, la jeunesse d’aujourd’hui semble dépourvue des fondements de son identité. Ainsi, au Québec, « faire mémoire de cette bénédiction qui se poursuit de génération en génération est un héritage précieux qu’il faut savoir garder vivant pour pouvoir le transmettre nous aussi ». Cet exercice de mémoire passe nécessairement par l’examen critique des différents mythes inventés par la génération précédente (par exemple celui de la « Grande Noirceur », etc.) en cherchant à retrouver le lien avec le temps long de l’histoire. Cela pourra se faire, par exemple, en reprenant contact, à travers la culture, avec nos morts, avec ceux qui gisent depuis plus de 400 ans dans les cimetières qui parsèment notre territoire.

Pour une guérison de la mémoire

Dans son « Rapport présenté à Sa Sainteté le Pape François en prévision de la visite ad limina apostolorum de mai 2017 », les évêques du Québec faisaient référence à cette problématique importante pour l’avenir des jeunes générations au Québec. Citant l’Observatoire Justice & Paix, le document constate lui aussi que :

« Rarement dans l’histoire un peuple aura-t-il vécu une volte-face culturelle aussi radicale que le Québec du demi-siècle passé. Ceci s’est manifesté notamment dans le domaine religieux, où la coupure a été la plus nette. … Pour un peuple qui a vécu dans un rapport étroit entre la foi et la culture pendant près de quatre siècles, une telle mutation n’a-t-elle pas des conséquences préoccupantes pour son avenir ? »

Ce vide culturel des jeunes d’aujourd’hui hérité de leurs parents interpelle donc l’ensemble de l’Église au Québec. Ce déficit doit être perçu comme une opportunité à saisir. Nous devons trouver les meilleurs moyens (ou devrais-je dire « témoins ») qui sauront manifester qu’assumer pleinement son héritage culturel catholique est un avantage humain et spirituel pour affronter la vie avec confiance et espérance.

Discours du pape François au Forum jeunesse international

Vous trouverez ci-dessous le texte complet de l’allocution du pape François lors de l’audience avec les participants du Forum jeunesse international:

Chers jeunes,

Je suis très heureux de vous rencontrer à la fin du 11ème Forum International des Jeunes, organisé par le Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie, avec l’objectif de promouvoir la mise en œuvre du Synode de 2018 sur Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel. Je félicite le Cardinal Farrell et tous ses collaborateurs pour cette initiative qui reconnait en vous, les jeunes, les premiers protagonistes de la conversion pastorale tant désirée par les pères synodaux. Vous êtes lesJeunes en action dans une Eglise synodale, et vous avez médité et réfléchi là-dessus ces derniers jours.

Le Document final de la dernière Assemblée synodale voit « l’épisode des disciples d’Emmaüs (cf. Lc 24, 13-35) comme un texte paradigmatique pour comprendre la mission ecclésiale en relation avec les jeunes générations » (n.4). Lorsque les deux disciples étaient assis à table avec Jésus, il « prit le pain, il prononça la bénédiction et, l’ayant rompu, il le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent » (Lc 24, 30.31). Ce n’est pas un hasard si vous avez pu célébrer lasolennité du Corpus Christi précisément dans les jours où vous étiez réunis pour cette rencontre.N’est-ce pas le Seigneur qui veut, une fois encore, ouvrir vos cœurs et vous parler par le moyen de ce passage d’Evangile ?

La profonde expérience que les disciples d’Emmaüs ont vécu les a poussés irrésistiblement àse mettre de nouveau en marche, bien qu’ils aient parcouru onze kilomètres. L’obscurité arrivait, mais ils n’avaient plus peur de marcher de nuit, puisque c’est le Christ qui éclairait leur vie. Nous aussi,un jour, nous avons rencontré le Seigneur sur le chemin de notre vie. Comme les disciples d’Emmaüs,nous avons été appelés pour porter la lumière du Christ dans la nuit du monde. Chers jeunes, vousêtes appelés à être lumière dans l’obscurité de la nuit de tant de camarades qui ne connaissent pas même la joie de la vie nouvelle en Jésus.

Cléophas et l’autre disciple, après avoir rencontré le Ressuscité, ont senti le besoin vital d’être avec sa communauté. Il n’y a pas de joie authentique si on ne la partage pas avec les autres. « Il est doux pour des frères de vivre ensemble et d’être unis ! » (Ps 133, 1). J’imagine que vous êtes contents d’avoir participé à ce Forum. Et maintenant qu’est venu le moment de nous séparer, peut-être que vous sentez une certaine nostalgie… C’est normal. Cela fait partie de l’expérience humaine. Les disciples d’Emmaüs non plus ne voulaient pas que leur “hôte mystérieux” parte… « Reste avec nous », disaient-ils, voulant le convaincre de rester avec eux. Dans d’autres passages de l’Evangile, ce même sentiment apparait. Rappelons-nous, par exemple, la Transfiguration, lorsque Pierre, Jacques et Jean veulent dresser des tentes et rester sur la montagne. Ou bien lorsque Marie Madeleine rencontre le Ressuscité et veux le retenir. Mais « son Corps ressuscité n’est pas un trésor àemprisonner, mais un Mystère à partager » (Document final du Synode, n. 115). Nous rencontrons Jésus surtout dans la communauté et sur les chemins du monde. Plus nous le portons aux autres, plus nous le sentons présent dans nos vies. Et je suis sûr que vous le ferez quand vous serez de retour chezvous. Le texte d’Emmaüs dit que Jésus a allumé un feu dans le cœur des disciples (cf. Lc 24, 32).Comme vous le savez, le feu, pour qu’il ne s’éteigne pas, doit se répandre, se propager. C’estpourquoi, alimentez et propagez le feu du Christ que vous avez en vous !

Chers jeunes, je le répète encore une fois : vous êtes l’aujourd’hui de Dieu, l’aujourd’hui de l’Eglise ! L’Eglise a besoin de vous pour être pleinement elle-même. Comme Eglise, vous êtes le Corps du Seigneur ressuscité présent dans le monde. Je veux que vous vous rappeliez toujours que vous êtes les membres d’un unique Corps. Vous êtes unis les uns aux autres, seuls vous ne pourriezpas survivre. Vous avez besoin les uns des autres pour faire bouger vraiment les choses dans unmonde toujours plus tenté par les divisions. C’est seulement en marchant ensemble que nous seronsvraiment forts. Avec le Christ, Pain de Vie qui nous donne la force pour la route, portons la lumière de son feu aux nuits de ce monde !

Je voudrais profiter de cette occasion pour vous faire une annonce importante. Comme vousle savez bien, le chemin de préparation au Synode de 2018 a coïncidé en grande partie avec l’itinérairevers les JMJ de Panama qui ont eu lieu trois mois après. Dans mon message aux jeunes de 2017j’avais exprimé l’espérance qu’il y ait une grande harmonie entre ces deux chemins (cf. Documentpréparatoire, III, 5). Et bien ! la prochaine édition internationale des JMJ sera à Lisbonne en 2022.Pour cette étape de pèlerinage intercontinental des jeunes, j’ai choisi le thème suivant : “Marie se leva et partit avec empressement” (cf. Lc 1, 39). Pour les deux années qui précèdent, je vous invite à méditer sur les versets : « Jeune homme, je te le dis, lève-toi » (cf. Lc 7, 14, Chrisus vivit, n. 20) et « Lève-toi, je te destine à être témoin de ce tu as vu » (cf. Ac 26, 16). De cette manière je souhaitequ’il y ait une syntonie entre l’itinéraire jusqu’aux JMJ de Lisbonne et le chemin post-synodal.N’ignorez pas la voix de Dieu qui vous pousse à vous lever et à suivre les chemins qu’il a préparéspour vous. Comme Marie, et avec elle, soyez tous les jours des porteurs de sa joie et de son amour.

[01113-FR.01] [Texte original: Italien]

Église en sortie 21 juin 2019

Cette semaine à Église en Sortie, Francis Denis reçoit Suzanne Desrochers de l’Office de catéchèse du Québec pour parler du document « Oser ! : outils d’animation pour une conversion missionnaire en formation à la vie chrétienne ». On vous présente un reportage sur l’Institut de formation théologique du Diocèse de Saint-Hyacinthe. Dans la troisième partie de l’émission, on s’entretient de la béatification de Guadalupe Ortiz de Landàzuri avec la collaboratrice au Bureau d’information de l’Opus Dei au Canada, Monique David.

Église en Sortie 14 juin 2019

Cette semaine à Église en Sortie, Francis Denis reçoit l’auteur, compositeur et interprète Guylan Seft pour parler de son plus récent album : « Nostalgie de l’ailleurs ». On vous présente la dernière chronique des actualités de la rue de la saison avec l’abbé Claude Paradis. Dans la troisième partie de l’émission, on s’entretient avec le philosophe et théologien Jean Proulx pour parler de son plus récent livre intitulé « J’ai perdu un être cher ».

Église en Sortie 7 juin 2019

Cette semaine à Église en Sortie, Francis Denis reçoit le sociologue et chroniqueur au Figaro et au Journal de Montréal Mathieu Bock-Côté pour parler de son plus récent ouvrage intitulé « L’empire du politiquement correct ». Et on vous présente un reportage sur la célébration eucharistique d’action de grâce pour le 5eanniversaire de la canonisation des saints François de Laval et Marie de l’Incarnation à la basilique cathédrale Notre-Dame de Québec.

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