Le choix de la jeunesse

Nous poursuivons notre parcours de l’Exhortation apostolique post-synodale intitulée Christus Vivit sur la jeunesse et le monde actuel. Comme nous l’avons vu précédemment, la volonté du pape François est de manifester comment les plus profonds désirs et intuitions de la jeunesse se réalisent dans la personne du Christ et dans une vie en communion avec Lui. En effet, on associe spontanément la jeunesse à une soif insatiable de liberté. Par exemple, cette tension intime pousse les jeunes à rechercher une plus grande indépendance par rapport à leur famille immédiate et souvent, malheureusement, par rapport à leur appartenance à l’Église. Or, loin de nous éloigner de ce désir légitime, le pape François manifeste au Chapitre 4, comment la liberté s’exprime dans cette possibilité de choisir le bien pour soi et pour notre entourage.

Le choix de la liberté 

La vie nous place naturellement dans cet univers où le passage du temps laisse une marque indélébile sur notre vie. Or, d’un côté, nous devons accepter cet état de fait mais, de l’autre, nous sommes appelés à garder le contrôle sur notre vie. Comment un jeune peut-il réconcilier ces deux éléments en apparence paradoxaux? D’abord,  le jeune est mis devant l’évidence inexorable que sa vie est « un don que nous pouvons gaspiller inutilement » (no 134). Il fait déjà l’expérience de cette liberté qui lui permet d’être fier de ses bons coups ou de ressentir de la honte lorsqu’il choisit volontaire de faire le mal. Comme le dit saint Paul : « Je ne fais pas le bien que je voudrais, mais je commets le mal que je ne voudrais pas » (Rm,7,19). Cette prise de conscience de notre liberté fondamentale peut donner le vertige. On connait tous le « syndrome de Peter Pan » qui fait que « certains jeunes rejettent parfois cette étape de la vie, parce qu’ils veulent rester enfants » ou bien désirent « un prolongement indéfini de l’adolescence et le renvoi des décisions » (no 140).

Devant cette volonté souvent affirmée contre les responsabilités, sacrifices et efforts que requiert l’accomplissement de soi, les jeunes sont au contraire appelés à assumer pleinement ce qu’ils sont. Dieu a, en effet, fourni à cet « âge des choix » (no 140) l’antidote aux pièges de la « paralysie décisionnelle » (no 140). En effet, poursuit le Pape : « L’inquiétude qui rend insatisfait, jointe à l’étonnement pour la nouveauté qui pointe à l’horizon, ouvre un passage à l’audace qui les met en mouvement pour s’assumer eux-mêmes, devenir responsable d’une mission » (no 138). Les jeunes ont donc en eux-mêmes tout ce dont ils ont besoin pour sortir du culte de la « déesse lamentation ». En effet, exhorte le Pape :

« Jeunes, ne renoncez pas au meilleur de votre jeunesse, ne regardez pas la vie à partir d’un balcon. Ne confondez pas le bonheur avec un divan et ne vivez pas toute votre vie derrière un écran. Ne devenez pas le triste spectacle d’un véhicule abandonné. Ne soyez pas des voitures stationnées. Il vaut mieux que vous laissiez germer les rêves et que vous preniez des décisions. Prenez des risques, même si vous vous trompez. Ne survivez pas avec l’âme anesthésiée, et ne regardez pas le monde en touristes. Faites du bruit ! Repoussez dehors les craintes qui vous paralysent, afin de ne pas être changés en jeunes momifiés. Vivez ! Donnez-vous à ce qu’il y a de mieux dans la vie ! Ouvrez la porte de la cage et sortez voler ! S’il vous plaît, ne prenez pas votre retraite avant l’heure ! » (no 143)

Le choix de la jeunesse 

Une jeunesse épanouie est donc une jeunesse qui se choisit elle-même. Bien que cela semble être une évidence, comment se fait-il que les résultats ne soient pas au rendez-vous ? Comment est-il possible que l’âge de l’énergie et du dynamisme soit trop souvent aussi celui de la morosité et du découragement ? Qu’est-ce qui  permet aux jeunes de distinguer ce qui dans leur vie représente un choix authentique pour Dieu de ce qui ne l’est pas ? Le pape répond par une référence à la réflexion des évêques de Suisse pour qui : « Il est là où nous pensions qu’il nous avait abandonnés, et qu’il n’y avait plus de salut » (no 149). Les jeunes doivent donc s’interroger sur ce qui, dans leur vie personnelle et collective, les rend insatisfaits. Par exemple, beaucoup de jeunes aujourd’hui sont très sensibles à la crise environnementale. Heureusement pas encore atteinte de la léthargie du cynisme, la jeunesse se scandalise qu’un monde aussi poussé technologiquement soit, en même temps, coupable de tant d’injustices et d’incapacités à reconsidérer son mode de vie. Une jeunesse qui se choisit doit donc prendre volontairement cette croix de leur insatisfaction devant un monde qui n’est pas à la hauteur de leurs attentes et chercher comment participer à son amélioration..

Chercher au dehors de soi les causes des maux dont souffre notre monde n’est pas suffisant. Un jeune qui se choisit saura également faire preuve d’introspection et saura considérer ce qui, en lui, participe de l’imperfection du monde. Cette lucidité essentielle sera le lieu d’approfondissement et un vecteur important de maturité. En effet, un critère important de cette jeunesse authentique consiste à se baser sur le fait que « chaque étape de la vie est une grâce qui demeure ; elle renferme une valeur qui ne doit pas passer. Une jeunesse bien vécue reste comme une expérience intérieure, et elle est reprise dans la vie adulte, elle est approfondie et continue à donner du fruit » (no 160). La jeunesse n’est donc pas seulement un lieu de passage appelé à être oublié. Ainsi, le jeune doit chercher à distinguer l’éphémère du permanent et s’engager dans le second au détriment du premier. Une jeunesse qui se choisit consiste donc en une vie appelée à rester jeune. Comme le dit le Pape : « Grandir c’est conserver et nourrir les choses les plus précieuses que la jeunesse te laisse, mais, en même temps, c’est être ouvert à purifier ce qui n’est pas bon et à recevoir de nouveaux dons de Dieu qui t’appelle à développer ce qui a de la valeur » (no 161).

Choisir Dieu pour se choisir

L’Exhortation apostolique du pape François propose une riche réflexion ayant un potentiel énorme tant pour la pastorale jeunesse que pour les jeunes eux-mêmes. Elle manifeste l’immense responsabilité qui repose sur les épaules de toute personne humaine. Avec la Grâce de Dieu, tout jeune est capable de choisir cette liberté destinée à réaliser l’ensemble du potentiel de toute personne sans toutefois renoncer aux profonds idéaux qui l’habitent. Connaissant l’Amour de Dieu pour chaque personne que nous sommes, le pape François exhorte les jeunes à prendre conscience de la valeur de leur propre vie et à se mettre à la tâche en choisissant volontairement ce qui, peu importe l’âge, peut faire dire « cette personne a un cœur jeune ».