Vendredi Saint 2020 : Homélie lors de la Passion du Seigneur à la basilique Saint-Pierre de Rome

Le pape François préside la liturgie du Vendredi Saint de la Passion du Seigneur le 10 avril 2020, à l’autel de la chaire de la basilique Saint-Pierre au Vatican. (CNS photo/Andrew Medichini, pool via Reuters)

Homélie du père Raniero Cantalamessa, ofmcap., prédicateur de la Maison pontificale

Célébration de la Passion du Seigneur 

Vendredi 10 avril 2020

 

« J’AI DES PENSÉES DE PAIX, ET NON DE MALHEUR »

Saint Grégoire le Grand disait que l’Écriture cum legentibus crescit, c’est-à-dire grandit avec ceux qui la lisent[1]. Elle continue de révéler de nouvelles significations à l’homme selon les questions qu’il porte dans son cœur quand il la lit. Et cette année, nous lisons le récit de la Passion avec une question – ou
plutôt avec un cri – dans le cœur, qui s’élève de partout sur la terre. Nous devons chercher à saisir la réponse que la parole de Dieu y apporte.

Ce que nous venons d’entendre est le récit du mal objectivement le plus grand jamais commis sur la terre. Et nous pouvons le regarder sous deux angles différents, soit en face, soit à l’arrière, c’est-à-dire sous l’angle de ses causes ou de ses effets. Si nous nous arrêtons aux causes historiques de la mort du Christ, nous sommes troublés et chacun serait tenté de dire comme Pilate : « Je suis innocent du sang de cet homme[2] ». On comprend mieux la croix à ses effets qu’à ses causes. Et quels ont été les effets de la mort du Christ ? Nous avons été justifiés par la foi en lui, réconciliés et en paix avec Dieu, remplis de l’espérance de la vie éternelle ! (cf. Rom 5,1-5)

Mais il y a un effet que la situation actuelle nous aide à saisir de manière particulière. La croix du Christ a donné un nouveau sens à la douleur et à la souffrance humaines. À toute souffrance, physique et morale. Ce n’est plus une punition, une malédiction. Car elle a été rachetée à la racine depuis que le Fils de Dieu l’a prise sur lui. Quelle est la preuve la plus sûre que la boisson que l’on te tend n’est pas empoisonnée ? Que l’on boit à la même coupe devant toi. Ainsi, sur la croix, Dieu a bu, aux yeux de tous, le calice de douleur jusqu’à la lie. Il a montré par là qu’il n’est pas empoisonné, mais qu’au fond, on y trouve une perle.

Et pas seulement la douleur de ceux qui ont la foi, mais toute douleur humaine. Il est mort pour tous. « Et moi, quand j’aurai été élevé de terre, avait-il dit, j’attirerai à moi tous les hommes[3]. » Tous les hommes, pas seulement quelques-uns ! « Souffrir – écrivait saint Jean-Paul II de son lit d’hôpital après son attentat – signifie devenir particulièrement réceptif, particulièrement ouvert à l’action des forces salvifiques de Dieu offertes à l’humanité dans le Christ[4]. » Grâce à la croix du Christ, la souffrance est devenue elle aussi, à sa manière, une sorte de « sacrement universel de salut » pour le genre humain.

* * *

Quelle lumière tout cela jette-t-il sur la situation dramatique que traverse l’humanité ? Ici encore, plutôt que les causes, il nous faut regarder les effets. Non seulement les effets négatifs, dont nous entendons chaque jour le triste bulletin, mais aussi les effets positifs que seule une observation plus attentive nous aide à saisir.
La pandémie du Coronavirus nous a brutalement fait prendre conscience du danger le plus grand qui soit que les hommes et l’humanité ont toujours couru, celui de l’illusion de la toute-puissance. Nous avons l’occasion – a écrit un rabbin juif connu – de célébrer cette année un exode pascal très particulier, celui de « l’exil de la conscience » [5]. Il a suffi du plus petit et plus informe élément de la nature, un virus, pour nous rappeler que nous sommes mortels, que la puissance militaire et la technologie ne peuvent suffire à nous sauver. « L’homme comblé qui n’est pas clairvoyant – dit un psaume de la Bible – ressemble au bétail qu’on abat[6]. » C’est vrai : l’homme dans la prospérité ne comprend pas.

Alors qu’il peignait les fresques de la cathédrale Saint-Paul à Londres, le peintre James Thornhill était si enthousiasmé par son travail que, revenant à un moment donné sur ses pas pour mieux admirer sa fresque, il ne remarqua pas qu’il était sur le point de tomber de l’échafaudage dans le vide. Un de ses assistants, terrifié, comprit que s’il criait, il ne ferait qu’accélérer la catastrophe. Sans y réfléchir à deux fois, il trempa un pinceau dans la couleur et le balança en plein sur la fresque. Le maître, sidéré, bondit en avant. Son travail était compromis, mais il était sauvé.

C’est ainsi parfois que Dieu fait avec nous, il bouleverse nos plans et notre tranquillité, pour nous sauver de l’abîme que nous ne voyons pas. Mais ne soyons pas dupes. Ce n’est pas Dieu qui a balancé le pinceau en plein sur le fresque éblouissant de notre civilisation technologique. Dieu est notre allié, pas celui du virus ! « Je forme à votre sujet des pensées de paix, et non de malheur », dit-il lui-même dans la Bible[7]. Si ces fléaux étaient des châtiments de Dieu, il ne serait pas expliqué pourquoi ils frappent également justes et pécheurs, et pourquoi les pauvres sont ceux qui en supportent les pires conséquences. Sont-ils plus pécheurs que les autres?
Non ! Celui qui a un jour pleuré la mort de Lazare pleure aujourd’hui le fléau qui est tombé sur l’humanité. Oui, Dieu « souffre », comme chaque père et chaque mère. Quand nous le découvrirons un jour, nous aurons honte de toutes les accusations que nous avons portées contre lui dans la vie. Dieu participe à notre douleur pour la surmonter. « Dieu – écrit saint Augustin – étant suprêmement bon, ne laisserait aucun mal exister dans ses œuvres, s’il n’était pas assez puissant et bon, pour tirer le bien du mal lui-même[8] ».

Dieu le Père a-t-il voulu lui-même la mort de son Fils, pour en tirer un bien ? Non, il a simplement laissé la liberté humaine suivre son cours, en lui faisant servir son plan, pas celui des hommes. Ceci s’applique également aux maux naturels, comme les tremblements de terre et les pestes. Ce n’est pas lui qui les suscite. Il a donné aussi à la nature une sorte de liberté, qualitativement différente certes de la liberté morale de l’homme, mais toujours une forme de liberté. Liberté d’évoluer selon ses lois de développement. Il n’a pas créé le monde comme une horloge programmée à l’avance dans son moindre mouvement. C’est ce que certains appellent le hasard, et que la Bible appelle plutôt « la sagesse de Dieu ».

* * *

L’autre fruit positif de cette crise sanitaire est le sentiment de solidarité. Quand, de mémoire d’homme, les gens de toutes les nations se sont-ils sentis aussi unis, aussi égaux, aussi peu querelleurs, qu’en ce moment de douleur ? Jamais comme aujourd’hui nous ne saisissons la vérité de ces mots d’un de nos grands poètes : « Hommes, paix ! Sur la terre écrasée le mystère est trop grand[9] ». Nous avons oublié les murs que nous voulions construire. Le virus ne connaît pas de frontières. En un instant, il a brisé toutes les barrières et distinctions : de race, de religion, de richesse, de pouvoir. Nous ne devrons pas revenir en arrière lorsque ce moment sera passé. Comme le Saint-Père nous y a exhortés, ne laissons pas passer en vain cette occasion. Ne permettons pas que toute cette souffrance, tous ces morts, tout cet engagement héroïque du personnel médical aient été vains. C’est la « récession » que nous devons
craindre le plus.

 

« De leurs épées, ils forgeront des socs,
et de leurs lances, des faucilles.
Jamais nation contre nation ne lèvera l’épée ;
ils n’apprendront plus la guerre[10]. »

 

Il est temps de réaliser quelque chose de cette prophétie d’Isaïe dont l’humanité attend depuis toujours l’accomplissement. Disons : assez ! à la tragique course aux armements. Dites-le de toutes vos forces, vous les jeunes, car c’est avant tout votre destin qui est en jeu. Attribuons les ressources illimitées utilisées pour les armements aux fins dont, dans ces situations, nous voyons le besoin et l’urgence : la santé, l’hygiène, l’alimentation, la lutte contre la pauvreté, le soin de la création. Laissons à la génération qui viendra un monde plus pauvre en choses et en argent, au besoin, mais plus riche en humanité.

* * *

La parole de Dieu nous dit quelle est la première chose que nous devons faire dans des moments comme ceux-ci : crier vers Dieu, car c’est lui-même qui met sur les lèvres des hommes les mots qu’ils lui adressent, parfois même des mots durs, de lamentation et presque d’accusation. « Debout ! Viens à notre aide ! Rachète-nous, au nom de ton amour. […] Ne nous rejette pas pour toujours[11]. » « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien[12] ? »

Peut-être Dieu aime-t-il se faire prier pour accorder ses bienfaits ? Peut-être notre prière peut-elle amener Dieu à changer ses plans ? Non, mais il y a des choses que Dieu a décidé de nous accorder comme fruit à la fois de sa grâce et de notre prière, comme pour partager avec ses créatures le mérite du bienfait reçu[13]. C’est lui qui nous exhorte à le faire : « Demandez, on vous donnera ; dit Jésus ; frappez, on vous ouvrira[14] ».

Lorsque, dans le désert, les Juifs étaient mordus par des serpents venimeux, Dieu ordonna à Moïse d’élever un serpent de bronze sur un poteau, et ceux qui le regardaient ne mouraient pas. Jésus s’est approprié ce symbole. « De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, dit-il à Nicodème, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle[15] ». Nous aussi, en ce moment, nous sommes mordus par un « serpent » venimeux invisible.

Regardons celui qui a été « élevé » pour nous sur la croix. Adorons-le pour nous et pour toute l’humanité. Qui le regarde avec foi ne meurt pas. Et s’il meurt, ce sera pour entrer dans une vie éternelle. « Après trois jours, je me lèverai », avait prédit Jésus.[16] Nous aussi, après ces jours que nous espérons courts, nous nous lèverons et sortirons des tombeaux que sont devenu nos maisons. Non pas pour revenir à l’ancienne vie comme Lazare, mais à une nouvelle vie, comme Jésus. Une vie plus fraternelle, plus humaine. Plus chrétienne!
_________________________
[1] Moralia in Job, XX,1.
[2] Mt 27, 24.
[3] Jn 12, 32.
[4] Salvifici doloris, n. 23
[5] https://blogs.timesofisrael.com/coronavirus-a-spiritual-message-from-brooklyn (Yaakov Yitzhak Biderman).
[6] Ps 48, 21.
[7] Jr 29, 11.
[8] Enchiridion, 11, 3 : PL 40, 236.
[9] G. Pascoli, I due fanciulli (Les deux enfants).
[10] Is 2, 4.
[11] Ps 43, 24.27.
[12] Mc 4, 38.
[13] Cf. S. Thomas d’Aquin, S.Th. II-IIae, q.83, a.2.
[14] Mt 7, 7.
[15] Jn 3, 14-15.
[16] Mt 9,31.

 

Source : l’Agence d’information internationale ZENIT.

Chemin de Croix du Vendredi Saint avec le pape François : Méditations

(CNS photo/Paul Haring)

Vendredi Saint
La Passion du Seigneur

 

Chemin de Croix
Présidé par le pape François

 

Colisée de Rome, 19 avril 2019 

 

Médiations par Sœur Eugenia Bonetti
« Avec le Christ et avec les femmes sur le chemin de la croix »

40 jours sont maintenant passés depuis que, avec l’imposition des cendres, nous avons débuté le parcours du carême. Nous avons revécu aujourd’hui les dernières heures de la vie terrestre du Seigneur Jésus, jusqu’au moment où, suspendu sur la croix, il a crié son : « consummatum est », « tout est accompli ». Rassemblés en ce lieu, dans lequel des milliers de personnes ont subi dans le passé le martyre pour être restées fidèles au Christ, nous voulons maintenant parcourir ce « chemin douloureux » unis à tous les pauvres, aux exclus de la société et aux nouveaux crucifiés de l’histoire d’aujourd’hui, victimes de nos fermetures, des pouvoirs et des législations, de l’aveuglement et de l’égoïsme, mais surtout de notre cœur endurci par l’indifférence. Cette dernière, une maladie dont nous aussi, chrétiens, nous souffrons. Puisse la Croix du Christ, instrument de mort mais aussi de vie nouvelle, qui tient unis dans une étreinte terre et ciel, Nord et Sud, Est et Ouest, illuminer les consciences des citoyens, de l’Église, des législateurs et de tous ceux qui se réclament disciples du Christ, afin que la Bonne Nouvelle de la rédemption parvienne à tous.

 

Première station
Jésus est condamné à mort 

« Ce n’est pas en me disant : “Seigneur, Seigneur !” qu’on entrera dans le royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux » (Mt 7, 21) 

Réflexion : 

Seigneur, qui, plus que Marie ta Mère, a su être ton disciple ? Elle a accepté la volonté du Père même dans le moment le plus sombre de sa vie et, avec le cœur meurtri, elle est restée à tes côtés. Celle qui t’a engendré, porté dans son sein, accueilli dans les bras, nourri avec amour et accompagné durant ta vie terrestre, ne pouvait pas ne pas parcourir le même chemin du Calvaire et partager avec Toi le moment le plus dramatique et le plus douloureux de ton existence ainsi que de la sienne. 

Prière : 

Seigneur, combien de mamans encore aujourd’hui vivent l’expérience de ta Mère et pleurent pour le sort de leurs filles et de leurs fils ? Combien, après les avoir engendrés et leur avoir donné la vie, les voient souffrir et mourir de maladies, de manque de nourriture, d’eau, de soins médicaux et d’opportunités de vie et d’avenir ? Nous te prions pour ceux qui assument des rôles de responsabilité, afin qu’ils écoutent le cri des pauvres qui monte vers toi de toutes les parties du globe. Cri de toutes ces jeunes vies, qui, de diverses manières, sont condamnées à mort par l’indifférence engendrée par des politiques exclusives et égoïstes. Qu’à aucun de tes enfants ne manquent le travail et le nécessaire pour une vie honnête et digne. 

Prions ensemble en disant…
“ Seigneur, aide-nous à faire ta volonté ” :
Dans les moments de difficulté et d’abattement,
Dans les moments de souffrance physique et morale,
Dans les moments d’obscurité et de solitude. 

 

Deuxième station
Jésus prend la croix

 « Celui qui veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour et qu’il me suive »(Lc 9, 23) 

Réflexion : 

Seigneur Jésus, il est facile de porter le crucifix au cou ou de l’accrocher comme ornement sur les murs de nos belles cathédrales ou de nos maisons, mais il n’est pas aussi facile de rencontrer et de reconnaître les nouveaux crucifiés d’aujourd’hui : les sans domicile fixe, les jeunes sans espérance, sans travail et sans perspective, les immigrants contraints à vivre dans les baraques aux confins de nos sociétés, après avoir affronté des souffrances inouïes. Malheureusement ces campements, sans sécurité, sont brûlés et rasés, ainsi que les rêves et les espérances de milliers de femmes et d’hommes marginalisés, exploités, oubliés. Combien d’enfants subissent la discrimination à cause de leur provenance, de la couleur de leur peau ou de leur classe sociale ! Combien de mamans endurent l’humiliation de voir leurs enfants ridiculisés et exclus des opportunités de ceux qui ont le même âge et leurs compagnons d’école. 

Prière : 

Nous te rendons grâce, Seigneur, parce que tu nous donné l’exemple par ta vie de la façon dont se manifeste l’amour vrai et désintéressé pour le prochain, particulièrement pour les ennemis ou simplement pour celui qui n’est pas comme nous. Seigneur Jésus, combien de fois, nous aussi, comme tes disciples, nous nous sommes déclarés ouvertement tes adeptes durant le temps où tu faisais des guérisons et des prodiges, quand tu nourrissais la foule et pardonnais les péchés. Mais cela n’a pas été aussi facile de te comprendre quand tu parlais de service et de pardon, de renoncement et de souffrance. Aide-nous à savoir mettre toujours notre vie au service des autres. 

Prions ensemble en disant…
“ Seigneur, aide-nous à espérer ” :
Quand nous nous sentons abandonnés et seuls,
Quand il est difficile de suivre tes pas,
Quand le service des autres devient difficile. 

 

Troisième station
Jésus tombe pour la première fois 

« En fait, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé » (Is 53,4).

Réflexion : 

Seigneur Jésus, sur la route escarpée qui conduit au Calvaire, tu as voulu expérimenter la fragilité et la faiblesse humaine. Que serait l’Église aujourd’hui sans la présence et la générosité de tant de volontaires, les nouveaux samaritains du troisième millénaire ? Dans une nuit glaciale de janvier, sur une route, à la périphérie de Rome, trois Africaines, un peu plus grandes que des enfants, blotties à même le sol, réchauffaient leurs jeunes corps à moitié nus autour d’un brasier. Quelques jeunes adolescents, pour s’amuser, passant en voiture, ont jeté des matériaux inflammables sur le feu, les brûlant gravement. Au même moment, l’une des nombreuses unités routières de volontaires est passée par là et est venue à leur secours en les transportant à l’hôpital, pour ensuite les accueillir dans une maison de famille. Combien de temps a-t-il été et sera-t-il nécessaire pour que ces filles guérissent non seulement des brûlures de leurs membres, mais aussi de la douleur et de l’humiliation de se retrouver avec un corps mutilé et défiguré pour toujours ? 

Prière : 

Seigneur, nous te rendons grâce pour la présence de tant de nouveaux samaritains du troisième millénaire qui, encore aujourd’hui, vivent l’expérience de la rue, se penchant avec amour et compassion sur les nombreuses blessures physiques et morales de celui qui, chaque nuit, vit la peur et la terreur de l’obscurité, de la solitude et de l’indifférence. Seigneur, malheureusement, tant de fois aujourd’hui, nous ne savons plus percevoir celui qui est dans le besoin, voir celui qui est blessé et humilié. Souvent, nous revendiquons nos droits et nos intérêts, mais nous oublions ceux des pauvres et ceux des derniers de la file. Seigneur, fais- nous la grâce de ne pas rester insensibles à leurs pleurs, à leurs souffrances, à leur cri de douleur pour que, à travers eux, nous puissions te rencontrer.  

Prions ensemble en disant…
“Seigneur, aide-nous à aimer ” :
Quand il est difficile d’être des samaritains,
Quand nous avons du mal à pardonner,
Quand nous ne voulons pas voir les souffrances des autres. 

 

Quatrième station
Jésus rencontre Marie Sa Mère 

« Et toi, ton âme sera traversée d’un glaive – : ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre » (cf. Lc 2, 35) 

Réflexion : 

Marie, le vieux Syméon t’avait prédit, quand tu as présenté le petit Jésus au temple pour le rite de la purification, qu’une épée transpercerait ton cœur. Maintenant, c’est le moment de renouveler ton fiat, ton adhésion à la volonté du Père même si accompagner un fils au supplice, traité comme un malfaiteur, provoque une douleur insupportable. Seigneur, prends pitié des nombreuses, trop nombreuses mamans qui ont laissé partir leurs jeunes filles vers l’Europe dans l’espérance d’aider leurs familles vivant dans la pauvreté extrême, alors qu’elles ont trouvé humiliations, mépris et parfois aussi la mort. Comme la jeune Tina[1], tuée d’une manière barbare sur la route à seulement 20 ans, laissant une fillette de quelques mois. 

Prière : 

Marie, en ce moment, tu vis le même drame de nombreuses mères qui souffrent pour leurs enfants qui sont partis vers d’autres pays dans l’espérance de trouver des opportunités pour un avenir meilleur pour eux et leurs familles, mais qui, malheureusement, sont confrontés à l’humiliation, au mépris, à la violence, à l’indifférence, à la solitude et même à la mort. Donne-leur force et courage. 

Prions ensemble en disant…
“Seigneur, fais que nous sachions donner toujours soutien et réconfort, et être présents pour offrir un appui ” :
Pour consoler les mamans qui pleurent le sort de leurs enfants,
Pour celui qui, dans la vie, a perdu toute espérance,
Pour celui qui, chaque jour, subit violence et mépris. 

 

Cinquième station
Le Cyrénéen aide Jésus à porter la croix 

« Portez les fardeaux les uns des autres : ainsi vous accomplirez la loi du Christ » (Ga 6, 2) 

Réflexion : 

Seigneur Jésus, sur le chemin du Calvaire, tu as ressenti le poids et la fatigue de porter cette rugueuse croix de bois. En vain, tu as espéré le geste d’aide de la part d’un ami, de l’un de tes disciples, de l’une des nombreuses personnes dont tu as soulagé les souffrances. Malheureusement, seulement un inconnu, Simon de Cyrène, par obligation, t’a donné un coup de main. Où sont-ils aujourd’hui les nouveaux cyrénéens du troisième millénaire ? Où les trouvons-nous ? Je voudrais rappeler l’expérience d’un groupe de religieuses de différentes nationalités, provenances et appartenances avec lesquelles, depuis plus de dix-sept années, chaque samedi, nous visitons à Rome un centre pour femmes immigrées dépourvues de papiers, des femmes, souvent jeunes, dans l’attente de connaître leur destin, un équilibre instable entre expulsion et possibilité de rester. Que de souffrances nous rencontrons, mais aussi que de joies chez ces femmes se trouvant devant des religieuses provenant de leurs pays, qui parlent leurs langues, qui essuient leurs larmes, qui partagent des moments de prière et de fête, qui rendent moins durs les longs mois vécus entre barres de fer et asphaltes en béton ! 

Prière : 

Pour tous les cyrénéens de notre histoire. Afin que ne diminue jamais en eux le désir de t’accueillir sous l’apparence des derniers de la terre, conscients qu’en accueillant les derniers de notre société, nous t’accueillons. Que ces samaritains soit porte-paroles des sans-voix. 

Prions ensemble en disant…
“Seigneur, aide-nous à porter notre croix ” :
Quand nous sommes fatigués et découragés,
Quand nous ressentons le poids de nos faiblesses,
Quand tu nous demandes de partager les souffrances des autres. 

 

Sixième station
Véronique essuie le visage de Jésus 

« Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40) 

Réflexion : 

Pensons aux enfants, dans plusieurs parties du monde, qui ne peuvent pas aller à l’école et qui sont, au contraire, exploités dans les mines, les plantations, la pêche, vendus et achetés par les trafiquants de chair humaine, pour les transplantations d’organes, mais aussi utilisés et exploités sur nos routes par plusieurs, chrétiens y compris, qui ont perdu le sens du caractère sacré des autres et d’eux-mêmes. Comme une mineure au petit corps gracieux, rencontrée une nuit à Rome, que des hommes à bord de voitures luxueuses, exploitaient à tour de rôle. Et pourtant, elle pouvait avoir l’âge de leurs filles… Quel déséquilibre peut créer cette violence dans la vie de nombreuses jeunes filles qui expérimentent seulement l’abus, l’arrogance et l’indifférence de celui qui, nuit et jour, les cherche, les utilisent, les exploitent pour ensuite les jeter de nouveau sur la route en proie au prochain marchand de vies ! 

Prière : 

Seigneur Jésus, rends limpides nos yeux pour que nous sachions découvrir ton visage dans nos frères et sœurs, en particulier dans tous ces enfants qui, dans plusieurs parties du monde, vivent dans l’indigence et dans le délabrement. Enfants privés de la possibilité du droit à une enfance heureuse, à une éducation scolaire, à l’innocence. Créatures utilisées comme des marchandises de peu de valeur, vendues et achetées à volonté. Seigneur, nous te prions d’avoir pitié et compassion de ce monde malade et de nous aider à redécouvrir la beauté de notre dignité et de celle des autres comme êtres humains, créés à Ton image et ressemblance. 

Prions ensemble en disant…
“Seigneur, aide-nous à voir ” :
Le visage des enfants innocents qui demandent de l’aide,
Les injustices sociales,
La dignité que chaque personne porte en soi et qui est piétinée. 

 

Septième station
Jésus tombe pour la deuxième fois 

« Insulté, il ne rendait pas l’insulte, dans la souffrance, il ne menaçait pas, mais il s’abandonnait à Celui qui juge avec justice » (1P 2, 23) 

Réflexion : 

Combien de vengeances dans notre temps ! La société actuelle a perdu la grande valeur du pardon, don par excellence, soin pour les blessures, fondement de la paix et de la coexistence humaine. Dans une société où le pardon est vécu comme une faiblesse, Toi, Seigneur, tu nous demandes de ne pas nous arrêter à l’apparence. Et tu ne le fais pas avec les paroles, mais plutôt par l’exemple. A celui qui te harcèle, tu réponds : « Pourquoi me persécutes-tu ? », sachant bien que la justice vraie ne peut jamais se baser sur la haine et sur la vengeance. Rends-nous capables de demander et de donner le pardon. 

Prière : 

« Père, pardonne-leur parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34). Seigneur, Toi aussi, tu as ressenti le poids de la condamnation, du refus, de l’abandon, de la souffrance infligée par des personnes qui t’avaient rencontré, accueilli et suivi. Dans la certitude que le Père ne t’avait pas abandonné, tu as trouvé la force d’accepter sa volonté en pardonnant, en aimant et en offrant espérance à celui qui, comme Toi aujourd’hui, marche sur la même route de l’insulte, du mépris, de la dérision, de l’abandon, de la trahison et de la solitude. 

Prions ensemble en disant…
“Seigneur, aide-nous à réconforter ” :
Celui qui se sent offensé et insulté,
Celui se sent trahi et humilié,
Celui qui se sent jugé et condamné. 

 

Huitième station
Jésus rencontre les femmes 

« Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! Pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants ! » (Lc 23, 28). 

Réflexion : 

La situation sociale, économique et politique des migrants et des victimes de la traite d’êtres humains nous interpelle et nous secoue. Nous devons avoir le courage, comme l’affirme avec force le Pape François, de dénoncer la traite d’êtres humains comme un crime contre l’humanité. Nous tous, surtout les chrétiens, nous devons grandir dans la conscience que nous sommes tous responsables du problème et que nous pouvons et devons tous faire partie de la solution. À tous, mais surtout à nous les femmes, il faut le défi du courage. Le courage de savoir voir et d’agir, individuellement et collectivement. Ce n’est qu’en unissant nos pauvretés qu’elles pourront devenir une grande richesse, capable de changer la mentalité et de soulager les souffrances de l’humanité. Le pauvre, l’étranger, celui qui est différent ne doit pas être vu comme un ennemi à repousser ou à combattre mais, plutôt, comme un frère ou une sœur à accueillir et à aider. Ils ne sont pas un problème, mais au contraire une précieuse ressource pour nos villes fermées où le bien-être et la consommation n’allègent pas la lassitude et la fatigue croissantes. 

Prière : 

Seigneur, apprends-nous à avoir ton regard. Ce regard d’accueil et de miséricorde avec lequel tu vois nos limites et nos peurs. Aide-nous à regarder ainsi les divergences d’idées, d’habitudes, de vues. Aide-nous à reconnaître que nous faisons partie de la même humanité et à promouvoir des chemins audacieux et nouveaux d’accueil de la différence, pour faire ensemble communauté, famille, paroisse et société civile. 

Prions ensemble en disant…
“Aide-nous à partager la souffrance des autres” :
De celui qui souffre à cause de la mort de personnes chères.
De celui qui peine plus à demander de l’aide et du réconfort.
De celui qui a subi des abus et des violences. 

 

Neuvième station
Jésus tombe la troisième fois 

« Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche » (Is 53, 7). 

Réflexion : 

Seigneur, pour la troisième fois tu es tombé, épuisé et humilié, sous le poids de ta croix. Exactement comme beaucoup de jeunes filles, contraintes sur les routes par des groupes de trafiquants d’esclaves, qui ne résistent pas à la fatigue et à l’humiliation de voir leur propre corps jeune manipulé, abusé, détruit, avec leurs rêves. Ces jeunes femmes se sentent comme fragmentées : d’une part recherchées et utilisées, d’autre part repoussées et condamnées par une société qui refuse de voir ce type d’exploitation, causé par l’affirmation de la culture du jetable. Au cours de l’une des nombreuses nuits passées dans les rues de Rome, je cherchais une jeune récemment arrivée en Italie. Ne la voyant pas dans son groupe, je l’appelais avec insistance par son nom : ‘‘Mercy’’. Dans l’obscurité, je l’ai aperçue accroupie et endormie au bord de la route. À mon appel, elle s’est réveillée et m’a dit qu’elle n’en pouvait plus. ‘‘Je suis épuisée’’, répétait-elle… J’ai pensé à sa mère : si elle savait ce qui est arrivé à sa fille, elle pleurerait toutes ses larmes. 

Prière : 

Seigneur, que de fois nous as-tu adressé cette question gênante : ‘‘Où est ton frère ? Où est ta sœur ? ». Que de fois, nous as-tu rappelé que leur cri poignant était parvenu jusqu’à Toi ? Aide-nous à partager la souffrance et l’humiliation de tant de personnes traitées comme un rebut. C’est trop facile de condamner des êtres humains et des situations embarrassantes qui humilient notre fausse pudeur, mais il n’est pas si facile d’assumer nos responsabilités en tant qu’individus, gouvernements et aussi en tant que communautés chrétiennes. 

Prions ensemble en disant…
“Seigneur donne-nous force et courage pour dénoncer” :
Face à l’exploitation et à l’humiliation vécues par tant de jeunes,
Face à l’indifférence et au silence de beaucoup de chrétiens,
Face à des lois injustes et dénuées d’humanité et de solidarité. 

 

Dixième station
Jésus est dépouillé de ses vêtements 

« Revêtez-vous de tendresse et de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur et de patience » (Col 3, 12). 

Réflexion :

Argent, bien-être, pouvoir. Ce sont les idoles de tous temps, également et surtout du nôtre, qui se vante d’énormes progrès dans la reconnaissance des droits de la personne. Tout peut s’acquérir, y compris le corps des mineurs, privés de leur dignité et de leur avenir. Nous avons oublié la centralité de l’être humain, sa dignité, sa beauté, sa force. Tandis que dans le monde s’élèvent des murs et des barrières, nous voulons rappeler et remercier ceux qui, dans divers rôles, ces derniers mois, ont risqué leur propre vie, surtout en Mer Méditerranée, pour sauver celle de nombreuses familles à la recherche de sécurité et d’opportunités : des êtres humains fuyant la pauvreté, les dictatures, la corruption, l’esclavage. 

Prière :

Aide-nous, Seigneur, à redécouvrir la beauté et la richesse que chaque personne et chaque peuple possèdent comme un don unique et irremplaçable provenant de Toi, à mettre au service de la société tout entière et non pour poursuivre des intérêts personnels. Nous te prions, Jésus, afin que ton exemple et ton enseignement de miséricorde et de pardon, d’humilité et de patience nous rendent un peu plus humains et, donc, plus chrétiens. 

Prions ensemble en disant…
“Seigneur, donne-nous un cœur débordant de miséricorde” :
Face à l’avidité du plaisir, du pouvoir et de l’argent,
Face aux injustices infligées aux pauvres et aux plus faibles,
Face au mirage d’intérêts personnels. 

 

Onzième station
Jésus est cloué sur la croix 

« Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 34). 

Réflexion : 

Notre société proclame l’égalité en droits et en dignité de tous les êtres humains. Mais elle pratique et tolère l’inégalité. Elle en accepte même les formes les plus extrêmes. Des hommes, des femmes et des enfants sont achetés et vendus comme des esclaves par de nouveaux marchands d’êtres humains. Les victimes de la traite sont ensuite exploitées par d’autres individus, et finalement, jetées, comme des marchandises sans valeur. Que de personnes s’enrichissent en dévorant la chair et le sang des pauvres ! 

Prière : 

Seigneur, que de personnes sont aujourd’hui encore clouées sur une croix, victimes d’une exploitation inhumaine, privées de dignité, de liberté, d’avenir. Leur appel au secours nous interpelle comme hommes et femmes, comme gouvernements, comme société et comme Église. Comment est-il possible que nous continuions à te crucifier, en nous rendant complices de la traite d’êtres humains ? Donne-nous des yeux pour voir et un cœur pour sentir les souffrances de tant de personnes qui aujourd’hui encore sont clouées sur la croix par nos styles de vie et de consommation. 

Prions ensemble en disant…
“Seigneur, prends pitié” :
Des nouveaux crucifiés d’aujourd’hui répandus sur toute la terre,
Des puissants et des législateurs de notre société,
De celui qui ne sait pas pardonner et ne sait pas aimer. 

 

Douzième station
Jésus meurt sur la croix 

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mc 15, 34). 

Réflexion : 

Même toi, Seigneur, tu as senti sur la croix, le poids de la moquerie, de la dérision, des insultes, des violences, de l’abandon, de l’indifférence. Seule Marie, ta mère, et quelques autres femmes sont restées là, témoins de ta souffrance et de ta mort. Leur exemple nous inspire à nous engager à ne pas laisser seuls ceux qui sont en agonie aujourd’hui sur trop de calvaires répandus dans le monde, parmi lesquels figurent les camps d’hébergement semblables à des camps de concentration dans les pays de transit, les navires auxquels est refusé un port sûr, les longues négociations bureaucratiques concernant la destination finale, les centres de permanence, les points d’accès, les camps des travailleurs saisonniers. 

Prière : 

Seigneur, nous te prions : aide-nous à nous faire les prochains des nouveaux crucifiés et désespérés de notre temps. Apprends-nous à essuyer leurs larmes, à les réconforter comme ont su le faire Marie et les autres femmes au pied de ta croix. 

Prions ensemble en disant…
“Seigneur, aide-nous à donner notre vie” :
À ceux qui ont subi des injustices, la haine et la vengeance,
À ceux qui ont été injustement calomniés et condamnés,
À ceux qui se sentent seuls, abandonnés et humiliés. 

 

Treizième station
Jésus est descendu de la croix 

« Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jn 12, 24). 

Réflexion : 

Qui se rappelle, en cette époque de nouvelles rapidement consumées, ces vingt- six nigérianes, englouties par les vagues, dont les funérailles ont été célébrées à Salerne. Leur calvaire a été dur et long. D’abord la traversée dans le désert du Sahara, entassées dans des bus de fortune. Ensuite, le séjour forcé dans les horribles centres d’hébergement en Libye. Enfin le saut en mer, où elles ont trouvé la mort aux portes de la ‘‘terre promise’’. Deux d’entre elles portaient dans leur sein le don d’une nouvelle vie, des enfants qui ne verront jamais le jour. Mais leur mort, comme celle de Jésus descendu de la croix n’a pas été vaine. Nous confions toutes ces vies à la miséricorde de notre Père et Père de tous, mais surtout Père des pauvres, des désespérés et des humiliés. 

Prière : 

Seigneur, en ce moment, nous entendons retentir encore une fois le cri que le Pape François a lancé à Lampedusa, destination de son premier voyage apostolique : « Qui a pleuré » ? Et maintenant, après d’innombrables naufrages, nous continuons de crier : « Qui a pleuré ? ». Qui a pleuré ?, nous demandons-nous face à ces vingt-six cercueils alignés et sur lesquels reposait une rose blanche ? Seules cinq parmi elles ont été identifiées. Avec ou sans nom, toutes, cependant sont nos filles et nos sœurs. Elles méritent toutes respect et mémoire. Elles nous demandent toutes de nous sentir responsables : institutions, autorités et nous aussi, dans notre silence et notre indifférence. 

Prions ensemble en disant…
“Seigneur, aide-nous à partager les pleurs” :
Face aux souffrances des autres,
Face à tous les cercueils sans nom,
Face aux pleurs de tant de mères

 

Quatorzième station
Jésus est mis au tombeau 

« Tout est accompli » (Jn 19, 30). 

Réflexion : 

Le désert et les mers sont devenus les nouveaux cimetières d’aujourd’hui. Face à ces morts, il n’y a pas de réponses. Il y a cependant des responsabilités. Des frères qui laissent d’autres frères mourir. Des hommes, des femmes, des enfants que nous n’avons pas pu ou voulu sauver. Tandis que les gouvernements discutent, enfermés dans les palais du pouvoir, le Sahara se remplit de cadavres de personnes qui n’ont pas résisté à la fatigue, à la faim, à la soif. Que de souffrance coûtent les nouveaux exodes ! Que de cruauté s’abat sur celui qui fuit : les voyages du désespoir, les extorsions et les tortures, la mer transformée en tombe d’eau. 

Prière : 

Seigneur, fais-nous comprendre que nous sommes tous enfants du même Père. Puisse la mort de ton Fils Jésus faire prendre conscience aux Chefs des nations et aux responsables des législations de leur rôle dans la défense de chaque personne créée à ton image et à ta ressemblance. 

CONCLUSION :

Nous voudrions nous rappeler l’histoire de la petite Favour, âgée de 9 mois, partie du Nigéria avec ses jeunes parents à la recherche d’un avenir meilleur en Europe. Durant le long et dangereux voyage en Méditerranée, sa maman et son papa sont décédés ainsi qu’une centaine de personnes qui avaient mis leur confiance en des trafiquants sans scrupules pour pouvoir parvenir à la “terre promise”. Seule Favour a survécu ; comme Moïse, elle a été, elle aussi, sauvée des eaux. Que sa vie devienne une lumière d’espérance sur le chemin vers une humanité plus fraternelle ! 

Prière : 

Au terme de ta Via Crucis, nous te prions, Seigneur, de nous apprendre à veiller, avec ta mère et les femmes qui t’ont accompagné au Calvaire, dans l’attente de ta résurrection. Qu’elle soit une lumière d’espérance, de joie, de vie nouvelle, de fraternité, d’accueil et de communion entre les peuples, les religions et les lois, afin que tous les fils et les filles de l’homme soient vraiment reconnus dans leur dignité de fils et filles de Dieu et ne soient plus jamais traités comme des esclaves.
Amen! 

Dimanche des Rameaux: homélie du pape François

À 9 h30 ce matin, le pape François a présidé la liturgie solennelle du Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur, Place Saint-Pierre. Tout près de l’obélisque, le Pape a béni les rameaux et les branches d’olivier puis il est entré en procession. Arrivé à l’autel il a célébré la Messe de la Passion. Pour marquer l’approche des Journée mondiale de la jeunesse 2016, des jeunes de Cracovie en Pologne ont participé à la célébration à l’occasion de la fête diocésaine de la XXXIe Journée mondiale de la jeunesse, sous le thème “Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde” (Mt 5, 7). Suite à la proclamation de la Passion tiré de l’Évangile de Saint Luc, le Pape a livré cette homélie:

La foule de Jérusalem criait en accueillant Jésus : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur » (cf. Lc 19, 38). Nous avons fait nôtre cet enthousiasme : en agitant les palmes et les rameaux d’olivier, nous avons exprimé la louange et la joie, le désir de recevoir Jésus qui vient à nous.

Il désire, en effet, entrer dans nos villes et dans nos vies, comme il est entré à Jérusalem. Il vient humblement à nous, comme il le fait dans l’Évangile, monté simplement sur un âne, mais il vient « au nom du Seigneur » : avec la puissance de son amour divin il pardonne nos péchés et nous réconcilie, avec le Père et avec nous-mêmes. Jésus est content de la manifestation populaire d’affection de la foule, et il répond à la protestation des pharisiens –pour qu’il fasse taire ceux qui l’acclament – : « Si eux se taisent, les pierres crieront » (Lc 19, 40). Rien n’a pu arrêter l’enthousiasme provoqué par l’entrée de Jésus ; que rien ne nous empêche de trouver en lui la source de notre joie, de la vraie joie, qui demeure et qui donne la paix. Car seul Jésus nous sauve des liens du péché, de la mort, de la peur et de la tristesse.

Mais la liturgie de ce jour nous enseigne que le Seigneur ne nous a pas sauvés par une entrée triomphale ni par le moyen de puissants miracles. L’Apôtre Paul, dans la seconde lecture, synthétise par deux verbes le parcours de la rédemption : « il s’est anéanti » et « il s’est abaissé » lui-même. (Ph 2, 7.8) Ces deux verbes nous disent jusqu’à quelle extrémité est arrivé l’amour de Dieu pour nous.

Jésus s’est anéanti lui-même : il a renoncé à la gloire de Fils de Dieu et il est devenu Fils de l’homme pour être en tout solidaire avec nous, pécheurs, lui qui est sans péché. Et pas seulement : il a vécu parmi nous une « condition de serviteur » (v.7) ; non pas de roi, ni de prince, mais de serviteur. Il s’est donc abaissé, et l’abîme de son humiliation, que nous montre la Semaine Sainte, semble ne pas avoir de fond. Le premier geste de cet amour « jusqu’au bout » (Jn 13, 1) est le lavement des pieds. « Le Seigneur et le Maître » (Jn 13, 14) s’abaisse aux pieds des disciples, comme seuls le font les serviteurs.

Il nous a montré par l’exemple que nous avons besoin d’être rejoints par son amour qui se penche sur nous ; nous ne pouvons pas nous en passer, nous ne pouvons pas aimer sans nous faire d’abord aimer par lui, sans faire l’expérience de sa surprenante tendresse, et sans accepter que l’amour véritable consiste dans le service concret.

Mais c’est seulement le début. L’humiliation que subit Jésus devient extrême dans la Passion. Il est vendu pour trente deniers et trahi par le baiser d’un disciple qu’il avait choisi et appelé ami. Presque tous les autres fuient et l’abandonnent ; Pierre le renie trois fois dans la cour du temple. Humilié dans l’âme par des moqueries, des insultes et des crachats, il souffre dans son corps d’atroces violences : les coups, le fouet et la couronne d’épine rendent son aspect méconnaissable. Il subit aussi l’infamie et la condamnation inique des autorités, religieuse et politique : il est fait péché et reconnu injuste.

Ensuite, Pilate l’envoie à Hérode, et celui-ci le renvoie au gouverneur romain : alors que toute justice lui est refusée, Jésus éprouve aussi l’indifférence, parce que personne ne veut assumer la responsabilité de son destin. La foule, qui l’avait acclamé peu de temps avant, change ses louanges en cri d’accusation, préférant même qu’un homicide soit libéré à sa place. Il arrive ainsi à la mort de la croix, la plus douloureuse et infamante, réservée aux traitres, aux esclaves et aux pires criminels. La solitude, la diffamation et la douleur ne sont pas encore le sommet de son dépouillement. Pour être en tout solidaire avec nous, il fait aussi, sur la croix, l’expérience du mystérieux abandon du Père. Mais dans l’abandon, il prie et s’en remet : « Père, entre tes mains, je remets mon esprit » (Lc 23, 46). Suspendu au gibet, en plus de la dérision, il affronte aussi la dernière tentation : la provocation à descendre de la croix, à vaincre le mal par la force et à montrer le visage d’un Dieu puissant et invincible.

Jésus, au contraire, précisément ici, au faîte de l’anéantissement, révèle le vrai visage de Dieu, qui est miséricorde. Il pardonne à ceux qui l’ont crucifié, il ouvre les portes du paradis au larron repenti et touche le coeur du centurion. Si le mystère du mal est abyssal, la réalité de l’Amour qui l’a transpercé est infinie, parvenant jusqu’au tombeau et aux enfers, assumant toute notre souffrance pour la racheter, portant la lumière aux ténèbres, la vie à la mort, l’amour à la haine.

Il semble que nous sommes loin de la manière d’agir de Dieu qui s’est anéanti pour nous, alors que nous oublier un peu nous-mêmes nous paraît difficile. Il a renoncé à lui pour nous ; combien il nous coûte de renoncer à quelque chose pour lui et pour les autres ! Mais si nous voulons suivre le Maître, en plus de nous réjouir qu’il vient nous sauver, nous sommes appelés à choisir sa route : la route du service, du don, de l’oubli de soi. Puissions-nous apprendre cette route en nous arrêtant ces jours-ci pour regarder le Crucifié, la « Chaire de Dieu », pour apprendre l’amour humble qui sauve et qui donne la vie, pour renoncer à l’égoïsme, à la recherche du pouvoir et de la renommée.

Nous sommes attirés par les mille flatteries de l’apparence, oubliant que « l’homme vaut plus par ce qu’il est que par ce qu’il a » (Gaudium et spes, n. 35) ; par son humiliation, Jésus nous invite à purifier notre vie. Tournons le regard vers lui, demandons la grâce de comprendre quelque chose de son anéantissement pour nous ; reconnaissons-le comme Seigneur de notre vie et répondons à son amour infini par un peu d’amour concret.