Visite apostolique en France | Audience générale du Pape – 30 septembre 2026

Le pape Léon XIV préside les vêpres à l’intérieur de la cathédrale Notre-Dame de Paris, debout devant l’autel sous une grande croix illuminée, entouré de membres du clergé, de séminaristes et de jeunes.

Lors de son audience générale hebdomadaire, le pape Léon XIV est revenu sur sa visite apostolique en France. De Paris à Lourdes, en passant par Metz, le Saint-Père a rencontré des fidèles, des jeunes, des personnes vulnérables ainsi que des représentants des autorités civiles et de la communauté internationale. En relisant les moments forts de ce voyage, il a choisi un mot pour en résumer le sens : « renaissance ». De la reconstruction de Notre-Dame de Paris à l’espérance portée par les jeunes, des catéchumènes aux personnes fragilisées, Léon XIV a souligné les signes d’une vie nouvelle et rappelé que la dignité de toute personne humaine doit être au cœur de l’action au service du bien commun.

Lisez le texte intégral de son discours ci-dessous. Vous pourrez regarder les Audiences Générales du pape sur Sel + Lumière TV  et sur slmedia.org/fr/endirect.

Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

Aujourd’hui, je souhaite vous parler du voyage apostolique en France que j’ai effectué ces derniers jours. Ce fut un grand don pour moi et pour le peuple de Dieu dans ce pays, et j’en rends grâce au Seigneur. J’exprime à nouveau ma gratitude à tous ceux qui m’ont accueilli, aux autorités civiles et aux pasteurs de l’Église, ainsi qu’à tous ceux – et ils étaient très nombreux – qui ont souhaité rencontrer le Pape ou simplement le saluer dans les rues, en tant qu’apôtre du Christ et messager de paix. Merci à tous !

Je voudrais rassembler les réflexions et les impressions – encore très vives – de cette visite pastorale autour d’un seul et même grand symbole : la cathédrale Notre-Dame de Paris. C’est là, l’après-midi du premier jour, que nous avons célébré les vêpres de la Bienheureuse Vierge Marie, une liturgie solennelle et en même temps festive, où la musique, le chant et la beauté du temple faisaient vibrer les cœurs unis dans la prière.

Précisément Notre-Dame, avec le drame qu’elle a vécu, peut symboliquement éclairer tout ce voyage apostolique, en offrant une clé de lecture que je résumerais en un mot : renaissance.

La cathédrale de Paris, qui semblait encore il y a sept ans à peine mortellement blessée par un immense incendie, est aujourd’hui reconstruite et plus resplendissante que jamais. Cette catastrophe a suscité une réaction positive à tous les niveaux, certains plus visibles et concrets, d’autres plus cachés, d’ordre spirituel.

Sa restauration a été la preuve qu’une collaboration est possible entre l’Église, l’État, les institutions publiques et la société civile. Cette approche a permis de mettre pleinement en valeur tant la générosité des bienfaiteurs que les compétences des professionnels et des artisans. La synergie au service du bien commun devrait être la norme pour les institutions, les forces politiques et sociales, ainsi que pour tous ceux qui assument des responsabilités civiles et économiques. C’est le message que j’ai voulu transmettre aux autorités françaises, ainsi qu’aux membres de l’UNESCO, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture, dont le siège est à Paris, en indiquant quel est le critère fondamental sur lequel fonder cette collaboration : la dignité de la personne humaine.

Mais surtout, Notre-Dame est l’image de l’Église faite de pierres vivantes, du peuple saint de Dieu.

Il est intéressant de mettre en parallèle la célébration des vêpres dans la cathédrale et la veillée des jeunes qui s’est déroulée le soir même au grand Stade de France à Paris. Deux lieux complètement différents, et pourtant deux événements complémentaires, presque unis spirituellement. Qu’est-ce qui les unissait ? L’Église, qui n’est pas faite de pierres ou de béton, mais de personnes qui aiment Jésus-Christ parce qu’elles ont été aimées par Lui. À Notre-Dame, il y avait les prêtres et les diacres, les personnes consacrées, les animateurs pastoraux ; au stade, il y avait la nouvelle génération française : nouvelle – dirais-je – non seulement par son âge, mais plus encore par son esprit, par la liberté de son cœur et de sa foi. Des jeunes qui ont chanté, crié, mais qui sont aussi restés silencieux, à l’écoute. Des visages attentifs et émus, qui témoignaient de cœurs avides de vérité et d’amour. Je leur ai dit avec joie : « Vous êtes les saints de France ! ». Cette veillée a été un grand signe d’espérance.

Tout comme l’a été – dans la petitesse que Dieu affectionne – la rencontre à la Maison Bakhita, foyer d’accueil pour diverses personnes en difficulté : l’un des nombreux lieux, fruits de l’Évangile, où l’on s’engage quotidiennement à servir avec amour la dignité de la personne humaine.

Il y a cependant dans l’Église de France un signe de renaissance qui perdure depuis quelques années, à savoir le nombre remarquable et croissant de jeunes et d’adultes qui demandent le baptême. À propos de cette belle “surprise” de Dieu, une Assemblée synodale provinciale se tient actuellement à Paris, au cours de laquelle j’ai pu intervenir pour encourager le cheminement des catéchumènes et des néophytes, ainsi que celui des communautés auxquelles ils appartiennent.

Le moment fort de ma visite dans la capitale a été la messe sur la Place de la Concorde. Là, le signe de la renaissance s’est manifesté de manière surprenante : l’assemblée liturgique, qui rassemblait sur cette vaste place les prêtres, le chœur et une foule considérable, s’étendait sur toute l’Avenue des Champs Élysées jusqu’à l’Arc de Triomphe et au-delà. Au moment de la communion, tous ont pu s’approcher de l’Eucharistie, distribuée partout. Voilà la véritable reconstruction, la restauration de l’Église que seul Dieu peut accomplir, par l’intercession de la Vierge Marie.

Il était donc naturel et nécessaire qu’après Paris, je me rende en pèlerinage à Lourdes, pour vénérer la Mère de l’Église, Marie, celle qui, à l’heure de la passion et de la mort, maintient allumée la lampe de la foi et de l’espérance. À Lourdes, le Seigneur, par la sollicitude maternelle de la Vierge Marie, adresse à tous, pèlerins et surtout malades dans leur corps et dans leur esprit, un message d’espérance et de renaissance. Un message que j’ai voulu relancer ouvertement : toute vie humaine, quelle que soit sa condition, même dans la plus grande fragilité, conserve sa dignité inviolable et mérite d’être soignée, accompagnée, soulagée de ses souffrances avec une compassion humaine et à l’aide des moyens offerts par la science. C’est pourquoi Lourdes représente pour le monde entier un sanctuaire de la civilisation de l’amour. Dans ce contexte, j’ai rencontré certaines personnes victimes d’abus et je leur ai demandé de m’aider à exprimer, également à d’autres victimes, ma volonté et celle de toute l’Église de les écouter et de les accompagner dans leur cheminement vers la guérison, en reconnaissant la souffrance causée dans leur vie et en œuvrant à la prévention des abus.

La troisième et dernière étape de ce voyage apostolique a été la ville de Metz, située dans une région de France et d’Europe meurtrie par la Seconde Guerre mondiale. C’est là qu’a œuvré Robert Schuman, l’un des principaux inspirateurs du processus de l’unification européenne. L’Europe contemporaine est née précisément comme un projet de paix après les ravages de la guerre. On peut dire que ce qui s’est passé à Notre-Dame de Paris avec l’incendie s’était produit en Europe avec la Seconde Guerre mondiale. Et l’Europe est née de nouveau, sur la base de ces principes de démocratie, de solidarité et de fraternité entre les peuples qui doivent beaucoup à ses racines chrétiennes. Aujourd’hui encore, c’est sur ces fondements et grâce à cette « sève » vitale que le projet européen peut se renouveler, dans un monde bien plus globalisé, où le dialogue interreligieux revêt un rôle de première importance. C’est pourquoi, à Metz, j’ai rencontré les représentants des différentes traditions religieuses, qui ont lu et signé en ma présence l’“Appel de Metz” pour le dialogue et la paix.

Très chers amis, le thème de ma visite pastorale en France était “Pour que le monde ait la vie” (cf. Jn 6, 51). Ce sont là les paroles de Jésus, qui résument toute sa mission de salut et qui, tout au long de ce voyage, exprimaient pleinement le sens évangélique de chaque rencontre. Qu’elles inspirent désormais notre prière, en demandant à Dieu que cet événement de grâce porte des fruits abondants et durables.

Texte reproduit avec l’aimable autorisation de la Libreria Editrice Vaticana

Consultez tous nos articles et la couverture du pape Léon XIV sur notre page :  slmedia.org/fr/pape-leon-xiv

Saint Louis : un roi au service de sa foi !

Représentation en vitrail de saint Louis, couronné, tenant une épée et vêtu de vêtements ornés.

Vitrail de Saint Louis. Photo de Joan sutter sur Cathopic.

Un roi, une foi, une histoire

Au cœur de Paris se trouve un monument qui témoigne à la fois de l’histoire de France et de la foi chrétienne : la Sainte-Chapelle. Construite au XIIIe siècle à la demande du roi Louis IX, que l’Église catholique reconnaîtra plus tard comme Saint Louis ; elle devait notamment abriter les précieuses reliques de la Passion du Christ. En découvrant son histoire, on découvre aussi celle d’un roi dont le règne a profondément marqué la France médiévale.

 

Saint Louis, le roi chrétien 

Saint Louis, de son vrai nom Louis IX, est l’une des grandes figures de l’histoire de France et du Moyen Âge. Né le 25 avril 1214 à Poissy, il devient roi en 1226, à seulement douze ans, à la mort de son père Louis VIII. Trop jeune pour gouverner seul, il est placé sous la régence de sa mère, Blanche de Castille, qui lui donne une éducation profondément chrétienne. Louis IX règnera ensuite pendant plus de quarante ans, jusqu’à sa mort le 25 août 1270, près de Tunis au nord de l’Afrique.

Son règne est marqué à la fois par la volonté de renforcer le royaume de France et par son profond attachement à la foi chrétienne. Saint Louis est notamment connu comme un roi soucieux de justice, de paix et de l’organisation de son royaume. Il entreprend également d’importants projets religieux et architecturaux. Parmi les réalisations qui témoignent encore aujourd’hui de son époque, la Sainte-Chapelle de Paris qui occupe une place exceptionnelle.

 

La Sainte-Chapelle, un écrin pour les reliques 

C’est justement la Sainte-Chapelle que j’ai eu la chance de visiter à Paris et qui m’a particulièrement marquée. Construite au XIIIe siècle à la demande de saint Louis, cette magnifique chapelle gothique avait pour vocation d’abriter les reliques de la Passion du Christ. Ses immenses vitraux et son architecture donnent l’impression d’entrer dans un lieu entièrement consacré à la lumière.

Vue intérieure du fond de la chapelle haute de la Sainte-Chapelle à Paris, avec une grande rosace gothique au-dessus d’arcades richement décorées, de scènes peintes, de sculptures dorées et de hautes verrières.

Fond de la nef de l’Église Sainte-Chapelle, crédit photo par Aline Haddad. Tous droits réservés à Sel + Lumière Média.

 

Des vitraux qui racontent la Bible 

Parlant de la Sainte-Chapelle, je ne peux pas passer à côté de l’importance de ses magnifiques vitraux qui m’ont éblouis lors de ma visite de cette magnifique église. Ils constituent l’un des trésors les plus impressionnants de la chapelle et ne sont pas là uniquement pour embellir l’édifice, ils racontent une véritable histoire biblique. Sur ces immenses verrières, les scènes représentées permettent de parcourir de nombreux épisodes de l’Ancien Testament et de la vie du Christ dans les Évangiles. Pour les visiteurs du Moyen Âge, qui n’avaient pas nécessairement accès aux livres, ces images servaient aussi à transmettre et à rendre visibles les récits de la Bible. La lumière qui traverse les vitraux donne ainsi une dimension particulière à ces récits : en levant les yeux, on a presque l’impression que la Bible prend vie autour de soi. C’est ce dialogue entre l’architecture, la lumière et les récits bibliques qui rend la visite de la Sainte-Chapelle si marquante. 

 

La Couronne d’épines et l’histoire des reliques 

Saint Louis avait acquis la Couronne d’épines en 1238-1239, ainsi que d’autres reliques. Il souhaitait leur offrir un écrin digne de leur importance. La Couronne d’épines a ainsi été conservée pendant des siècles dans la Sainte-Chapelle. L’histoire de cette relique est intimement liée à celle de saint Louis et à l’histoire religieuse de Paris. Pendant la Révolution française, les reliques furent déplacées et conservées en différents lieux. Après le Concordat de 1801, la Couronne d’épines fut remise à l’archevêque de Paris et ajoutée au trésor de Notre-Dame, le 10 août 1806. Elle se trouve donc aujourd’hui associée à la cathédrale Notre-Dame de Paris, après avoir été pendant plusieurs siècles au cœur de la Sainte-Chapelle. 

De plus, vous pouvez lire mon article sur ce lien : la vénération de la Couronne d’épines à Notre-Dame de Paris.

 

Saint Louis, un roi devenu saint 

Mais saint Louis n’est pas seulement resté dans l’histoire comme un roi bâtisseur ou comme le souverain qui fit construire la Sainte-Chapelle. Sa vie profondément religieuse lui a valu une réputation de sainteté, et il fut canonisé par le pape Boniface VIII en 1297, vingt-sept ans après sa mort. Louis IX est l’unique roi de France à avoir été canonisé. En visitant la Sainte-Chapelle, on peut donc mieux comprendre le lien particulier entre son règne, sa foi et le patrimoine religieux de Paris. 

 

Pour aller plus loin 

Pour en apprendre davantage sur la vie de saint Louis et son règne, je vous invite à consulter la page consacrée à Louis IX sur Wikipédia ainsi que l’histoire officielle de la Sainte-Chapelle dont je me suis ressourcée pour écrire cet article.

Vénération de la Sainte Couronne d’épines en ce Carême

Photo iStock

À Paris, les édifices religieux font partie des lieux touristiques que les visiteurs considèrent durant leur séjour. Mais quand on est un fidèle de la religion catholique, la visite devient un pèlerinage essentiel que tout catholique doit accomplir lors de son passage dans cette ville.

Des dizaines de millions de pèlerins visitent les églises de Paris chaque année et assistent aux offices. Comme tous ces touristes, j’ai planifié mon pèlerinage tout d’abord à la cathédrale du Sacré Cœur de Jésus de Montmartre pour le Mercredi des Cendres, ainsi j’ai assisté à la messe. Par la suite, le vendredi je me suis rendue à la cathédrale de Notre-Dame de Paris pour la vénération de la Sainte Croix et la procession du premier vendredi du Carême. 

Je me sens profondément privilégiée et bénie d’avoir eu l’opportunité de réaliser ce pèlerinage surtout la visite de la cathédrale Notre-Dame de Paris lors de la vénération de la Sainte Couronne d’épines. Après une longue attente aux côtés des milliers de fidèles, j’ai enfin pu rentrer dans ce lieu emblématique, récemment ouvert après des années de restauration suite à l’incendie dévastateur de 2019.

Le 15 avril 2019, un incendie majeur a ravagé Notre-Dame, détruisant la flèche et une grande partie de la toiture. Grâce aux efforts héroïques des pompiers et à une mobilisation internationale, de nombreux trésors dont la Sainte Couronne d’épines ont été sauvés. Après cinq ans de travaux minutieux, la cathédrale a rouvert ses portes le 7 décembre 2024, symbolisant la résilience et la foi. Sel + Lumière Média a diffusé en direct les cérémonies de réouverture, permettant ainsi à ceux qui ne pouvaient être présents de partager ce moment historique.

La Sainte Couronne d’épines, vénérée par les chrétiens comme ayant été portée par Jésus-Christ lors de sa Passion, est une des plusieurs reliques précieuses de la cathédrale dont un clou qui sera l’un des clous de la crucifiction de Jésus. Après avoir été préservée pendant les travaux, la Sainte Couronne d’épines a été introduite de nouveau à Notre-Dame pour la vénération publique. Depuis le 10 janvier 2025, la Couronne est exposée chaque vendredi jusqu’au 18 avril (durant le Carême 2025). De plus, les autres moments forts sont : le Vendredi saint et le premier vendredi de chaque mois. 

Pour avoir plus d’informations sur la vénération de la Sainte Croix, consultez le site de Notre-Dame de Paris.

Face à l’afflux massif de réservations en ligne, il m’a été difficile de réserver un créneau pour la visite. Cependant, en me rendant directement sur place et en patientant dans la file auprès de milliers de personnes, j’ai pu accéder à la cathédrale. Dans ce lieu chargé d’histoire et de spiritualité, ce moment de recueillement devant la Sainte Couronne restera gravé dans ma mémoire.

Ma visite à Notre-Dame lors de la vénération de la Sainte Couronne d’épines a été une expérience profondément émouvante, non pas seulement pour moi, mais aussi pour toutes les personnes présentes ayant les larmes aux yeux, à la fin de la vénération. Comme ce pèlerinage vient renforcer ma foi et mon attachement à Notre Seigneur Jésus-Christ, je le souhaite de tout cœur à toute personne de passage à Paris durant ce Carême, et d’en profiter pleinement. 

Pour réserver votre visite, voir l’horaire et les mises à jour ; visitez le site de Notre-Dame de Paris.

Debout devant la croix du brasier de Notre-Dame

(Photo: Courtoisie CNS/Paul Haring) Lundi soir dernier, quelques instants après la célébration des vêpres, un incendie se propageant à vitesse grand V venait ronger le toit de la cathédrale Notre-Dame de Paris. En l’espace de quelques minutes, ce qui était devenu un brasier infernal était le centre d’attention du monde entier. Peu importe notre appartenance nationale ou religieuse, l’ensemble de l’humanité s’est senti concerné par la tragédie au-delà même des frontières occidentales. Chacun de nous a ressenti qu’une partie intime de lui-même était en train de partir en flammes. Ce sentiment de tristesse vécu par des millions de personnes manifeste une conscience plus ou moins explicite, à la fois, de nos dérives actuelles et du lieu de la Rédemption universelle.

La maladie de la superficialité

Le spectacle navrant du brasier d’un des plus beaux cadeaux que la France ait offert à Notre Dame, mère de Dieu, a sans aucun doute agit tel un miroir révélateur des excès de notre culture occidentale actuelle. Jouant depuis 50 ans aux apprentis sans maître, nous avons choisi de vivre dans un monde sans Père, sans cette Présence aimante et exigeante de Dieu. Prenant illégitimement le crédit de nos réalisations passées, nous nous sommes enorgueillis des résultats de notre travail sans tenir compte de cette Grâce qui l’avait accompagnée jusque-là. Disons que, contrairement aux bâtisseurs de cathédrales qui avaient le souci du détail (puisque leurs œuvres étaient directement offertes à Celui qui voit tout), nous avons pris le chemin inverse, celui de la facilité, de la contrefaçon et de l’apparence au détriment de l’effort, de la vérité et de la beauté.

On peut continuer de se bercer de l’illusion « qu’il est venu le temps des cathédrales » et que « le monde est entré dans un nouveau millénaire » mais nous savons très bien au fond de nous-mêmes, que nous sommes sur le mauvais chemin. Cette « culture du déchet » commence à sentir mauvais et l’odeur nauséabonde est de plus en plus perceptible. Que ce soit par la « Dysneylandisation » de nos sites historiques, la contrefaçon culinaire des OGM et du fastfood, les désastres climatiques ou par la laideur de nos maisons de banlieue produites en série, nous voyons que le monde que nous construisons est de plus en plus adapté pour les robots qu’on s’apprête à devenir. En ce sens, le feu de Notre-Dame et la mobilisation qu’il suscite peuvent être perçus comme un moment de lucidité à saisir. Un temps pour retourner à cet essentiel qui nous échappe de plus en plus.

L’essentiel est sacré

Quel est donc cet ailleurs dont les flammes de Notre-Dame semblaient indiquer mystérieusement la présence ? Dans son homélie de la Messe chrismale qui avait dû se déplacer en l’église Saint-Sulpice, Mgr Michel Aupetit, a souligné les similitudes entre la cathédrale et la personne humaine. En effet, outre l’intelligence créatrice derrière les deux chefs d’œuvres, l’archevêque de Paris a manifesté que c’est également « l’onction qu’elles peuvent recevoir pour manifester une transcendance, une présence divine qui leur confère un caractère sacré ». Cet ailleurs, dont nous avons pour beaucoup perdu la trace, est donc le caractère sacré de l’âme humaine et, par conséquent, de ses réalisations. En ce sens, Notre-Dame de Paris est le symbole de ce qui fut la vitalité intérieure du peuple français. Elle est le signe d’une vivacité spirituelle on ne peut plus intense et qui rayonne jusqu’à nos jours.  Or, la mobilisation monstre dont nous sommes témoins depuis le drame montre que nous n’avons pas tout à fait perdu cette sensibilité à l’Invisible. Ces milliers de personnes rassemblées dans les rues pour prier Notre Dame ou les centaines de millions € qui pleuvent pour reconstruire la structure manifestent que nous avons peut-être enfin saisi le message. Nous ne pouvons plus revenir en arrière. La France doit être aujourd’hui le signe universel d’un « Fiat », d’un « oui collectif » à la main tendue de Dieu pour notre époque.

La redécouverte du sens du sacré à travers l’admiration de la majestuosité de Notre-Dame de Paris et la peur qu’engendre le constat de sa vulnérabilité doivent nous conduire à comprendre que ce qui est sacré est également inébranlable. Tel le psalmiste, nous devons de nouveau crier vers Lui : « Mon âme s’attache à toi, ta main droite me soutient. » (Ps 62,9) ! Malgré toutes nos erreurs et péchés, nous devons aussi redécouvrir la sacralité du temple intérieur de chaque personne humaine de la conception à la mort naturelle. Dieu n’attend rien d’autre de nous que notre amour inconditionnel envers Lui et entre nous. Cet appel du ciel qu’est la croix du brasier de Notre-Dame doit nous en convaincre.

Debout devant la croix du brasier de Notre-Dame

Tel le buisson ardent de la Révélation de Dieu à Moïse, le brasier de Notre-Dame est le signe divin indiquant au fer rouge le lieu du sacré. Que l’événement ait eu lieu durant la Semaine Sainte, mémoire de la Semaine où les préfigurations vétérotestamentaires trouvèrent leur accomplissement ne me semble pas non plus anodin.  Ne sommes-nous pas témoins d’une réplique de la crucifixion ? D’une réactualisation de la Croix d’où le Christ « élevé de terre » (Jn 12,32) attire tous les hommes depuis toujours ? En sacrifiant son propre temple, Dieu ne s’est-Il pas Lui-même immolé afin que nous soyons attirés de nouveau vers Lui, Celui « qui fait toute chose nouvelle » (Ap. 21, 5) ? Pour que nous le reconnaissions avec plus de facilité, ne nous a-t-Il pas laissé la présence de sa Stabat Mater qui, à travers la solidité des murs de Notre-Dame de Paris, est restée « debout » jusqu’à la fin. Cette scène dont nous fumes tous témoins, nous pousse donc à aller au-delà du constat de notre propre fragilité par la confiance en cette Présence divine qui ne nous abandonnera jamais.

Émission spéciale à 17h: Cérémonie inter-religieuse pour les passagers du vol AF447

Sel + Lumière ajuste sa programmation pour laisser place à la cérémonie qui s’est déroulée cet après-midi en la cathédrale Notre-Dame de Paris à l’intention des 228 victimes du vol AF447 liant Rio à Paris. C’est une cérémonie inter-religieuse et multilingue, avec des lectures en français, anglais et portugais et des chants en latin, allemand et français. 

L’hôte de cette cérémonie, préparée conjointement avec Air France, est le Cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris.  Une forte présence inter-religieuse caractérise ce moment de recueillement avec la présence du Grand Rabbin Haïm Korsia, de  M. Mohammed Moussaoui, président du Conseil Français du Culte Musulman, du Métropolite Emmanuel, président de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France, du Pasteur Claude Baty, Président de la Fédération protestante de France, ainsi que des aumôniers catholiques, protestants et musulmans de l’aéroport Roissy. Le président français Nicolas Sarkozy y est également présent. 

La musique prend une part importante de ce moment de prière, avec des extraits des requiems de Duruflé et Verdi, le Da nobis pacem de Mendelssohn et un choral de Bach. La cérémonie comprend également la lecture d’un extrait du Livre des lamentations de Jérémie et du poème Des pas sur le sable du Brésilien Ademar de Barros.

Le moment fort de cette cérémonie: 228 bougies allumées devant l’autel par les proches des victimes, symbolisant chacun et chacune des disparus.

Prions pour chacun d’entre eux.

Cette cérémonie, captée par l’équipe de KTO, sera diffusée sur nos ondes aujourd’hui à 17h.

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