Le souffle de l’Esprit au rythme du poumon de la terre

CNS/Paul Haring

Le 8 juin dernier, le Secrétariat général du Synode des évêques a publié le document préparatoire à l’assemblée spéciale du Synode des évêques d’octobre 2019 sur l’Amazonie. Intitulé « Amazonie : Nouveaux chemins pour l’Église et pour l’écologie intégrale », ce document est très intéressant tant du point de vue de son contenu spécifiquement dédié au poumon de la Terre que de sa pertinence pour l’ensemble de l’Église universelle. Pouvant être considéré comme une mise en pratique des principes généraux élaborés dans l’encyclique Laudato Sì, ce document met la table non seulement pour une réflexion plus approfondie sur l’engagement de l’Église envers les plus pauvres et l’environnement mais également pour la conversion missionnaire de l’Église.

Laudato Sì en acte

Un des points les plus importants et originaux de l’encyclique Laudato Sì est sans contredit le fait de manifester le « lien intrinsèque entre le social et l’environnemental » (no 9). De fait, l’accroissement des inégalités des chances de notre monde actuel va de pair avec la détérioration de l’environnement. Que les populations les plus pauvres soient également les plus vulnérables aux changements climatiques, cela ne fait aucun doute. Que les différentes solutions aux problèmes de la pauvreté endémique soient les mêmes que celles visant la protection de l’environnement, cela est beaucoup plus subtil. Il est donc nécessaire d’amorcer une réflexion sur la mise en application d’une écologie intégrale. En un mot, elle ne peut rester que théorique. Or, « dans la forêt amazonienne, […] une crise profonde a été déclenchée par une intervention humaine prolongée où prédomine une « culture du déchet » (LS 16) et une mentalité d’extraction » (Préambule). La réflexion de l’Église pour une écologie intégrale pourra montrer au monde l’étendue du potentiel que comporte une telle approche.

Dans un premier temps, l’Église doit manifester comment un développement humain intégral doit impérativement se faire en dialogue avec les populations directement touchées, en l’occurrence les autochtones et qui sont souvent « victimes aujourd’hui d’un néocolonialisme féroce « sous couvert de progrès » » (no4). En ce sens, même les agences dites « environnementales » doivent faire attention à ne pas imposer une vision de l’écologisme trop restreinte culturellement et provenant « de la perversion de certaines politiques qui promeuvent “ la conservation ” de la nature sans tenir compte de l’être humain et concrètement de vous frères amazoniens qui y habitez » (no 5). Ainsi, ne cherchant pas à imposer des solutions provenant de l’extérieur et parfois mésadaptées aux situations concrètes, l’Église et les différents acteurs pourront se mettre à l’écoute de ces peuples dont la sagesse ancestrale recèle des secrets insoupçonnés » (no6).

Un chemin pour et avec les peuples autochtones 

Dans ce contexte, l’Église, dans son domaine d’expertise propre, souhaite contribuer de manière significative à changer « le paradigme historique selon lequel les États considèrent l’Amazonie comme une réserve de ressources naturelles, plus importantes que la vie des peuples natifs et sans considération pour la destruction de la nature » (no 13). Il convient donc que l’Église elle-même effectue ce changement d’abord en évacuant les « vestiges du projet de colonisation » (no 4) qui, malgré les 500 ans qui nous en séparent, continuent à faire des ravages. Pour ce faire, il est central de garder en tête que  « la défense de la terre n’a d’autre finalité que la défense de la vie » (no 5) mais également que cette même finalité se trouve magnifiquement illustrée dans les « diverses cosmovisions ancestrales de ses populations » (no 9). Dans ces « semences et les fruits du Verbe déjà présents dans la cosmovision de ses peuples » (no 15) et dont la complémentarité avec l’Évangile n’attend que sa pleine manifestation.

« Cette dimension sociale – et même cosmique – de la mission évangélisatrice, est particulièrement importante en terre amazonienne, où l’interconnexion entre la vie humaine, les écosystèmes et la vie spirituelle fut et continue d’être très claire pour la grande majorité de ses habitants (no 8).

La démarche synodale menant à octobre 2019 sera donc une belle façon de nous laisser nous-mêmes évangéliser au contact de l’autre. En effet, bien qu’en l’Église catholique « subsiste » (LG 8) le dépôt de la foi et le trésor de la plénitude de la Révélation qu’est Jésus-Christ présent dans l’Eucharistie, nos communautés chrétiennes sont parfois influencées par la culture sécularisée dominante dans nos sociétés qui nous empêche d’avoir un regard sacré sur le monde qui nous entoure. En ce sens, les peuples autochtones de tous les continents ont beaucoup à nous apprendre, spécialement dans le fait de reconnaître la transcendance et les principes éthiques qui en découlent. Ainsi, puisque « l’écologie intégrale nous invite donc à une conversion intégrale » (no 9), celle-là même qui redonnera à notre Église son visage de jeunesse « resplendissante, sans tache, ni ride, ni rien de tel » (Eph, 5, 27).

Conclusion

Que ce soit par sa volonté d’appliquer concrètement les principes de Laudato Sì, d’approfondir les réflexions sur les solutions à apporter aux changements climatiques et l’accroissement de la pauvreté, de développer une pastorale de la rencontre avec les peuples autochtones, de s’inspirer de leur sagesse ancestrale afin de comprendre les différents chemins de Dieu pour notre siècle et le Peuple de Dieu qui s’y trouve ou les différentes questions posées aux communautés locales dans un questionnaires sérieux, ce document « Amazonie : Nouveaux chemins pour l’Église et pour l’écologie intégrale » permettra à tous les acteurs, hommes et femmes de bonne volonté, de mettre leur génie au service d’un discernement  ne laissant personne de côté.

Église en sortie 23 mars 2018

Cette semaine à Église en sortie, on s’intéresse aux « Lettres biologiques » du Frère Marie-Victorin avec l’auteur et historien Yves Gingras. On vous présente un reportage sur le Forum jeunesse 2018 de l‘Assemblée des évêques catholiques du Québec. Dans la troisième partie de l’émission, Francis Denis s’entretient avec Ellen Roderick, co-directrice de l’Office pour le mariage, la vie et la famille de l’archidiocèse de Montréal, sur les « lettres biologiques » dans le contexte de l’enseignement de l’Église sur la sexualité.

Nicodème à la recherche de l’« âme de la théologie »

Quatrième dimanche du Carême, Année B – 11 mars 2018

L’évangile du 4e dimanche de Carême (Année B) a pour caractéristique une conversation nocturne entre deux éminents professeurs de religion: d’une part un renommé « Maître en Israël » du nom de Nicodème et de l’autre, Jésus, que ce Nicodème appelle « Maître qui vient de la part de Dieu. »  Nicodème vint voir Jésus durant la nuit. Son rôle prééminent et sa position dans l’instance nationale appelée le Sanhédrin firent de lui le gardien de la grande tradition. Pour beaucoup, il était l’expert sur le sujet de Dieu !

Il est important de situer dans le contexte ce passage d’évangile de ce dimanche. La conversation entre Jésus et Nicodème est l’un des dialogues les plus significatifs du Nouveau Testament et cette visite secrète à Jésus la nuit suggère l’opacité de son incroyance. Cette visite et cette conversation sont enveloppées d’ambiguïté et le penchant de saint Jean pour les contrastes forts comme l’obscurité et la lumière peuvent être observés dans ce récit hautement symbolique.

Jésus parle à Nicodème du besoin d’expérimenter la présence de Dieu et de s’offrir à lui. Connaître Dieu, c’est beaucoup plus que de rassembler de l’information et des données théologiques à son sujet. En parlant de renaître d’en haut, Jésus ne signifie pas que nous devons rentrer dans le ventre de notre mère une deuxième fois, mais Jésus fait référence à une renaissance que seul l’Esprit de Dieu rend possible.

Le Fils de l’Homme, élevé pour nous guérir

Dans le texte de l’évangile du jour, Jésus dit à Nicodème et à tous ceux qui entendront ce récit dans les générations futures, que le Fils de l’Homme doit être élevé  pour que les gens puissent le contempler et trouver paix et guérison. Durant le séjour d’Israël dans le désert, les personnes furent affligées par un fléau : des serpents. Moïse a élevé un serpent sur un bâton et tous ceux qui le contemplaient recouvraient la santé. Tous deux, le serpent de bronze et Jésus crucifié, symbolisent le péché humain. Quand Jésus est « élevé »,  ce n’est pas seulement sa souffrance sur la croix qui est partagée. Le mot grec utilisé pour « élevé »  à une double signification : une élévation physique du sol comme la crucifixion ou une élévation spirituelle qui est une exultation.

Quelle leçon Nicodème nous enseigne-t-il aujourd’hui? Il nous alerte sur ce qui arrive quand on adhère à un système et que l’on essaie de « maîtriser  » la théologie, les Écritures, la tradition, les règles et les règlements. Il nous enseigne que les cours de religion et de théologie ne sont pas des substituts pour la foi et la croyance. Pour Nicodème, Dieu est plus que de l’information et des données. Dieu est  avant tout, un ami, un amant, un Seigneur et Sauveur, qui patiemment nous attend le jour, et même la nuit. Plutôt que d’approcher les Écritures comme quelque chose à maîtriser,  nous devons permettre à la Parole de Dieu de diriger nos vies.

Nous ne savons rien de plus au sujet de Nicodème, excepté que des mois après,  il est capable de différer l’inévitable affrontement entre Jésus et le Sanhédrin. Plus tard, Nicodème assiste Joseph d’Arimathie en récupérant le corps brisé de Jésus mort.

Nicodème et le Synode récent sur la Parole de Dieu

Je ne peux m’empêcher de lire l’histoire de Nicodème à la lumière du Synode des évêques au Vatican sur la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Eglise en octobre 2008. J’ai eu le privilège de servir au Vatican en tant qu’attaché de presse pour les médias de langue anglaise couvrant ce Synode des évêques à Rome. L’expérience fut comparable à une retraite très dense à travers les Écritures et les documents du Concile Vatican II.

Au Synode, le Saint-Père et les évêques du monde ont parlé de l’impasse actuelle des études de l’Écriture, causée souvent par l’atomisation et la dissection des Écritures et un manque d’intégration des études bibliques avec la foi, la liturgie et la vie spirituelle. Si les textes bibliques sont lus et enseignés seulement pour leur exactitude ou inexactitude historique et philologique, nous manquons l’occasion de lire la Bible comme un livre de foi, possession privilégiée d’une communauté vivante et priante. Nous courons le risque d’interprétations sélectives et relativistes de la Parole de Dieu.

Durant dix-huit années d’enseignement à l’école de théologie de l’université St-Michael de Toronto, de nombreux étudiants m’ont confié que leurs cours d’Écritures étaient « sans âme », séparés de la réalité de l’Église et non reliés à sa vie liturgique. Leurs commentaires simples, mais significatifs, ont mis l’accent sur l’un des thèmes importants évoqués durant le Synode des évêques sur la Parole de Dieu.

Le 14 octobre 2008, le pape Benoît XVI a partagé de profondes réflexions sur ce sujet. Dans un discours bref et clair à toute l’assemblée du Vatican, le Pape a abordé l’un des thèmes les plus importants qui émergeaient durant ce synode. Quand l’exégèse biblique catholique est coupée de la communauté de foi vivante dans l’Église, l’exégèse est réduite à de l’historiographie et rien de plus. L’herméneutique de la foi disparait. Nous réduisons chaque chose aux origines humaines et pouvons tout expliquer simplement. Nous refusons ultimement Celui duquel les Écritures parlent, Celui dont la présence se trouve au travers des mots.

Se référant à « Dei Verbum,  » la constitution dogmatique sur la révélation divine, le Pape a réaffirmé sans équivoque l’importance de la méthode historico-critique qui trouve ses racines en Jean 1, 14, le Verbe s’est fait chair. Rien qui puisse nous aider à comprendre le texte biblique ne saurait être exclu en autant que l’intention des différentes approches et leurs limites soient clairement observées.

Durant tout le temps où le Pape a parlé, la figure de Nicodème du Nouveau Testament était dans mon esprit, ainsi que d’autres nombreuses personnalités, guidées par Jésus au-delà des théories, systèmes et structures dans la rencontre avec le Dieu vivant qui est la Parole parmi nous. Nicodème avait certainement une somme de savoir sans fin, et il a développé un grand système de religion dans lequel Dieu est catégorisé et analysé. Jésus ne lui dit pas que cela est mal ou même indésirable. Il lui dit simplement que ce n’est pas assez.

Depuis mes années d’études à l’Institut pontifical biblique de Rome,  j’ai porté cette petite prière de saint Bonaventure dans ma poche. Les mots viennent de son « Itinerarium Mentis in Deum » (Itinéraire de l’âme vers Dieu) invitant les chrétiens à reconnaître leur insuffisance à « la lecture sans repentir, la connaissance sans dévotion, la recherche sans étincelle d’émerveillement, la prudence sans capacité de sentir la joie, l’action séparée de la religion, l’apprentissage  coupé de l’amour, l’intelligence sans humilité, l’étude non soutenue par la grâce divine, la pensée sans la sagesse inspirée par Dieu. »

Ces paroles servent de mesure et de guide pour chacun de nous, quand nous étudions la théologie et la Parole de Dieu et permettons à la Parole de diriger nos vies. Que notre savoir, apprentissage, science et intelligence nous mènent humblement, jour et nuit, à la rencontre de Jésus-Christ, le but ultime de notre itinéraire.

Voici une réflexion pour ce quatrième dimanche de Carême par notre journaliste français Charles Le Bourgeois…

Dans la vidéo ci-dessous je vous offre une réflexion de Carême sur la rencontre entre Jésus et l’aveugle-né de l’Evangile pour les scrutins des catéchumènes ainsi que le quatrième dimanche du Carême, Année A…

Vidéo du pape François aux jeunes du Canada

Vous trouverez ci-dessous l’article de Radio Vatican sur le vidéo-message du pape François aux jeunes canadiens:

(RV) L’Église catholique prépare le prochain synode des évêques sur les jeunes qui aura lieu dans un an, en octobre 2018, au Vatican. C’est le cas notamment au Canada où, dimanche 22 octobre 2017, la chaine de télévision Sel et Lumière a programmé une émission spéciale pour aider les évêques canadiens à se préparer à cet événement. Le Pape François est intervenu dans un vidéo-message.

« Je vous demande de ne pas laisser [le monde] être abîmé par ceux qui pensent seulement à en profiter et à le détruire sans scrupules. Je vous invite à inonder les lieux dans lesquels vous vivez avec la joie et l’enthousiasme typiques de votre âge, à irriguer le monde et l’histoire avec la joie qui vient de l’Évangile, d’avoir rencontré une Personne : Jésus, qui vous a fasciné et vous a attiré à ses côtés ». C’est ainsi que le Pape François s’est adressé aux jeunes Canadiens.

Il a répété un de ses thèmes favoris quand il s’adresse aux plus jeunes : « ne vous laissez pas voler votre jeunesse ». Il les a mis en garde contre ceux qui veulent les transformer en bâtisseurs de murs et source de division. Au contraire, les jeunes sont des « tisseurs de relations marquées par la confiance, le partage, l’ouverture jusqu’aux confins du monde ». Ils doivent construire des ponts.

Le Pape espère que les jeunes ont entendu l’appel de Dieu et que, grâce « à l’accompagnement de guides experts », ils sauront entreprendre un chemin de discernement pour découvrir le projet que Dieu a pour chacun d’eux.

François a souligné le besoin que l’Église a d’avoir des « jeunes courageux, qui n’ont pas peur devant les difficultés, qui affrontent les épreuves, qui tiennent les yeux et le cœur bien ouverts sur la réalité, pour que personne ne vienne refoulé, ne soit victime d’injustice, de violence, ou soit privé de la dignité de la personne humaine ». Le Pape se veut ainsi confiant dans la jeunesse d’aujourd’hui, dans le fait qu’elle ne restera pas sourde aux cris d’aide des nombreux autres jeunes qui cherchent la liberté, du travail, des études et la possibilité de donner un sens à leur vie.

« Laissez-vous atteindre par le Christ. Laissez-le vous parler, vous embrasser, vous consoler, guérir vos blessures, dissoudre vos doutes et vos peurs et vous serez prêts pour l’aventure fascinante de la vie, don précieux et impayable que Dieu dépose chaque jour dans vos mains », a encore exhorté le Pape.

 

Veillée de prière pour la Journée Mondiale de la Jeunesse

Une Église au service de la jeunesse

CNS/Reuters

Depuis quelques semaines déjà, nous avons amorcé une lecture approfondie du document préparatoire au Synode des évêques sur « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel». Je vous propose de parcourir, aujourd’hui, l’aspect vocationnel du document en soulignant, non seulement, les raisons du souci de l’Église pour la cause des jeunes mais également les intuitions qui la portent à aller à leur rencontre et à les accompagner dans leur cheminement.

Une préoccupation humaine et divine

Il est évident que la première préoccupation de l’Église soit celle de Dieu Lui-même désirant une communion nouvelle avec l’humanité ! En effet, en nous donnant son Fils unique, « pierre angulaire » et « Époux de l’Église », Dieu a voulu que l’humanité renoue avec sa vocation originelle à l’Amour et au don de soi. L’Église ne peut donc pas seulement « attendre que jeunesse se passe ». Elle doit y être plongée et se faire jeune avec les jeunes.

Cette préoccupation de la jeunesse, l’Église la vit également du point de vue humain. Comment ne pas être à l’écoute des difficultés que traversent les jeunes d’aujourd’hui ? Comment rester insensible à leur réalité c’est-à-dire à « leurs joies et leurs espoirs, leurs tristesses et leurs angoisses » ! À l’image du cœur de Jésus, l’Église cherche les différentes voies qui l’aideront à être solidaire de la jeunesse.

Un potentiel surprenant à découvrir

Pour aller à la rencontre des jeunes, le Peuple de Dieu dans son ensemble, doit avoir la conviction de l’action invisible de l’Esprit qui prépare les cœurs. Nous ne devons pas trop nous conforter dans nos propres plans et stratégies qui mettent souvent des obstacles à ce Dieu « qui surprend ». Enfin, nous devons prendre garde à ni sous-estimer la force des vérités révélées ni sous-estimer l’intelligence des jeunes qui nous sont confiés. ; ce que nous faisons souvent lorsque nous essayons, par souci d’adaptation immodéré, de diluer le message pour le rendre accessible.

Au contraire, suivant une pédagogie similaire à celle de Dieu dans l’Ancien Testament, l’Église doit aider les jeunes à découvrir les dons mais également la flamme qui demeure en eux qu’ils doivent allumer et alimenter tout au long de leur vie. Cette flamme, c’est la vie divine qui ne demande qu’à grandir et, ce, à une vitesse souvent encore plus rapide que la croissance physique !

Accompagner pour mieux aimer

Pour ce faire, tous les membres de l’Église doivent se mettre à la tâche en acceptant que cet accompagnement qui est dû aux jeunes soit un apprentissage d’une « liberté humaine authentique ». Nous devons donc manifester l’urgence des choix qui doivent être faits durant cette étape de la vie, sans toutefois choisir à leur place. Cette logique de l’accompagnement, le document nous la présente dans une perspective magnifique :

« L’Esprit parle et agit à travers les événements de la vie de chacun, mais les événements par eux-mêmes sont muets ou ambigus, dans la mesure où on peut leur donner des interprétations diverses. Éclairer leur signification en vue d’une décision requiert un itinéraire de discernement. Les trois verbes qui le décrivent dans Evangelii gaudium, 51 – reconnaître, interpréter et choisir – peuvent nous aider à définir un itinéraire adapté tant aux individus qu’aux groupes et communautés, en sachant que, dans la pratique, les frontières entre les diverses phases ne sont jamais aussi nettes. »

Ce chemin vers le synode d’octobre prochain ne fera qu’intensifier les discussions sur ce thème de la jeunesse et du discernement vocationnel. Cette réflexion préparatoire peut être perçue comme un chemin personnel de conversion aux besoins de plus en plus urgents d’une jeunesse qui parfois souffre de la pauvreté la plus grave qui soit, le vide existentiel. Ainsi, parce qu’aimer implique le désir que chaque personne accomplisse son plein potentiel et sa vocation au don total d’elle-même, nous devons, avec le pape François, nous mettre à l’écoute de cette jeunesse qui, bien qu’elle refuse souvent de l’admettre, désire ardemment que l’on s’occupe d’elle.

L’Église et les jeunes: un discernement à double sens

CNS photo/Max Rossi, Reuters

Il y a quelques semaines, le Secrétariat de la 15e Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques publiait un document préparatoire ainsi qu’un questionnaire sur le thème « les jeunes, la foi et le discernement vocationnel » pour les diocèses du monde entier. Suivant la même méthodologie que les précédents synodes sur la famille, ce document a pour but d’amorcer la réflexion en vue des discussions qui auront lieu à Rome en octobre prochain. Ce texte subdivisé en trois parties manifeste non seulement la richesse doctrinale, humaine et pastorale qui fait de l’Église, selon les mots du bienheureux Paul VI, une « experte en humanité » (no 13) mais également sa volonté d’inclure les jeunes dans cette démarche de réflexion qui vise à mieux les accompagner dans leur processus de discernement vocationnel. Ainsi donc, la conversion demandée à toute l’Église est déjà mise en pratique dans le processus même du synode !

À chacun sa vocation

Tout être humain a une vocation, c’est-à-dire un appel à l’amour qui prend « une forme concrète dans la vie quotidienne à travers une série de choix, qui allie état de vie (mariage, ministère ordonné, vie consacrée, etc.), profession, modalité d’engagement social et politique, style de vie, gestion du temps et de l’argent, etc. » (Intro). L’Homme étant un être social, il ne pourra découvrir le sens de sa vie que par l’entremise d’autres personnes qui l’aideront à déployer son plein potentiel tout au long de sa vie. La qualité de ce « parcours “ réflexif ” » (no3) dépendra donc énormément du milieu dans lequel les jeunes évoluent, d’où l’importance d’une approche adaptée à notre monde et à leur destinée intemporelle.

Un double discernement

Pour être en mesure d’aider les jeunes à grandir, à gagner en maturité et à faire les choix qui s’imposent dans tout discernement vocationnel, l’Église doit se mettre à leur portée dans un processus d’accompagnement qui tient compte du monde dans lequel ces jeunes vivent. Pour ce faire, une réflexion profonde sur les grandes dynamiques actuelles qui sont également opportunités et défis doit avoir lieu.

L’une des constatations du document est que la jeunesse ne représente pas un bloc monolithique. Nous avons affaire à « une pluralité de mondes des jeunes (no 1), ce qui demande une attention particulière aux subtilités culturelles, économiques, sociales, politiques, artistiques et j’en passe. Loin de vouloir faire une analyse exhaustive de ces différences, le document cherche à souligner quelques grands courants qui influencent les jeunes de toute société.

Par exemple, on souligne cette énergie de la jeunesse à vouloir s’impliquer, « sa disponibilité à participer et à se mobiliser pour des actions concrètes, où l’apport personnel de chacun peut être une occasion de reconnaissance identitaire ». Elle pourra trouver en l’Église le catalyseur de cette volonté d’engagement total tout en la préservant des différentes dérives de notre temps, qu’elles soient consuméristes ou idéologiques.

Cependant, l’Église doit se départir des attitudes qui pourraient infantiliser les jeunes et les porter à cette « insatisfaction envers des milieux où les jeunes ressentent, à tort ou à raison, qu’ils ne trouvent pas leur place ou dont ils ne reçoivent pas de stimuli ». Ainsi, une transformation missionnaire « d’une Église qui accompagne » (Evangelii Gaudium, no 24) les jeunes dans leur discernement lui permettra également d’exercer un examen de conscience sur ses propres pratiques. En ce sens, lorsque le Pape affirme : « Je préfère une Église accidentée, blessée et sale pour être sortie par les chemins, plutôt qu’une Église malade de la fermeture et du confort de s’accrocher à ses propres sécurités. », cela signifie aussi donner des responsabilités aux jeunes sachant que, comme tout le monde, ils feront des erreurs mais qu’au bout du compte, ils seront à la hauteur des responsabilités que nous leur confierons.

La semaine prochaine, nous continuerons l’analyse de ce document important sur le processus de transformation missionnaire de l’Église tel que voulu par le pape François.

 

L’expérience personnelle d’un Père synodal

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Corriveau John 1L’expérience personnelle d’un père du Synode

Par Révérend John Corriveau, OFM Cap.
Évêque de Nelson, Colombie-Britannique

Entre 1994 et 2012, j’ai eu le privilège de participer à cinq Assemblées du Synode des évêques. Ces cinq Synodes ont représenté une grande variété de défis pour l’Église : Le rôle de la vie consacrée dans l’Église et le monde (1994), l’Assemblée spéciale pour l’Amérique (1997), l’Assemblée spéciale pour l’Océanie (1998), L’Eucharistie, Source et Sommet de la vie et de la mission de l’Église (2005) et le Synode sur la Nouvelle Évangélisation et la transmission de la foi (2012).

Le Synode de 1994 a été inauguré par le pape Paul VI pour donner une expression concrète à la nature collégiale de la gouvernance dans l’Église. Ce fut certainement mon expérience. Pour quatre de ces cinq synodes, je n’étais pas encore évêque. Ce qui signifie que j’étais perché tout en haut de la Salle du Synode d’où je pouvais voir tous les délégués réunis en provenance des quatre coins du monde, le vrai visage de notre humanité. Ce fut une grâce pour moi que de faire l’expérience de la diversité et de l’unité palpable comme il est dit dans les Actes des apôtres : « tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. » (Acts 2,11). Le pape Paul VI voyait aussi dans le Synode l’instrument privilégié pour continuer l’esprit réformateur du Concile Vatican II. En effet, Vatican II avait mis en branle la plus profonde reconsidération de l’identité de l’Église depuis le Concile de Trente : « l’Église universelle apparaît comme un « peuple qui tire son unité de l’unité du Père et du Fils et de l’Esprit Saint » (LG, 4). La théologie de communion est le fil conducteur de tous les Synodes. Pour moi, le Synode manifeste son fondement trinitaire par la communion de l’Église en soulignant le fait que la communion n’est pas simplement une conséquence sociologique de la Foi mais un élément constitutif de la Foi elle-même. Être Église signifie être immergé dans cette dynamique qu’est la relation toujours créative de l’amour du Père, du Fils et de l’Esprit Saint. [Read more…]

Retour sur un synode vu de l’intérieur

 

CharlesFrancis

Il y un mois, le synode sur la famille voulu par le Pape rassemblait au Vatican des évêques du monde entier pour discuter des « défis pastoraux de la famille dans le contexte de l’évangélisation». De retour du synode, notre journaliste Charles Le Bourgeois partage son expérience en nous livrant ici ses impressions et son regard sur ces deux semaines vécues de l’intérieur.

La première chose qui m’a frappé c’est la différence entre ce qu’on lisait dans la presse et ce qu’on vivait à l’intérieur. Avant même le début du synode, on nous le présentait comme un champ de bataille entre conservateurs et progressistes. Avec une question lancinante dans les médias : les divorcés-remariés pourront-ils accéder aux sacrements ? Une question qui place haute la barre des attentes, alors que le synode n’a pas vocation à changer les dogmes et la doctrine. L’autre préoccupation majeure, dans les journaux du moins, concernait les homosexuels.

Ces deux sujets sont à la fois légitimes et importants, mais à en croire la presse, ils résument à eux seuls tout l’enjeu du synode. N’est-ce pas quelque peu méprisant pour toutes les autres situations familiales douloureuses à travers le monde ?

Car si pour nous, occidentaux, ces réflexions sont nécessaires et indispensables, ce n’est pas le cas pour les pays africains par exemple, pour qui le défi principal reste la polygamie. Sans parler du Moyen-Orient qui se bat pour survivre, dans des familles où femmes et enfants sont persécutés et parfois même condamnés à mort.

Nonobstant la pluralité et la diversité des situations ecclésiales, une large majorité des pères synodaux s’est prononcée en faveur d’une valorisation des familles qui vivent fidèlement le mariage chrétien. Selon les évêques « les familles chrétiennes ont besoin d’être soutenues dans un contexte qui ne leur est pas favorable ».

D’après eux, il faut revaloriser le sacrement du mariage qui est à la base de la famille chrétienne. Ils ont ainsi insisté sur la nécessité d’une solide préparation au mariage. Plus longue et plus exigeante. Et tampis si le nombre de mariages à l’Église dégringole, car il est préférable d’avoir « moins de mariages plutôt que de nombreux mariages qui échouent ».

Sur ce point les pères synodaux ont trouvé un accord. Il faut rendre les époux conscients du caractère sacramentel de leur union, et rappeler les vérités fondamentales du sacrement de mariage : indissolubilité, unité, fidélité, ouverture à la vie. « Puisque c’est une vocation à la vie, le mariage doit être rigoureusement préparé », insistait un évêque en rappelant qu’on exige 7 ans de préparation pour un futur prêtre, plusieurs années de noviciat pour un moine, et une seule rencontre avec un curé pour un couple de fiancés. Pointant du doigt cet écueil, les pères synodaux ont également plaidé en faveur d’une formation après le mariage. Une forme d’accompagnement personnalisé.

Parmi les autres thèmes discutés dans cette assemblée d’évêques et de cardinaux, il y a celui dont tout le monde parle : l’admission aux sacrements des divorcés-remariés. Sur ce sujet, ceux qui plaident en faveur de la discipline actuelle font valoir le souci doctrinal et pastoral, et le soutien renouvelé du magistère. D’autres, avec le même souci, réclament au contraire un changement, mais au cas par cas, sous certaines conditions, et après un « chemin de pénitence ».

Les avis sont également partagés sur l’accélération des procédures pour les déclarations de nullité de mariage.

Concernant les homosexuels, les pères synodaux se prononcent clairement en faveur de l’accueil, de l’ouverture et de l’accompagnement pastoral, mais sans pour autant valider une forme d’union ou de sexualité.

Quant au concept de gradualité, les pères synodaux estiment qu’il faut l’utiliser avec beaucoup de précaution. Car elle pourrait apporter « plus d’ombre que de lumière », autrement dit, « trop de confusion ».

CharlesSynod

À travers ces échanges très riches, et ces prises de positions très nourries, je n’ai pourtant pas vu de « pugilat » entre les « tradis » et les « progressistes».

Au contraire, j’étais frappé dans cette salle du synode par la bienveillance de l’assemblée : des évêques et des cardinaux, non pas venus pour défendre leur intérêt ou leur couple, mais pour protéger l’Église et la Famille.

Cette logique d’affrontement et de parties, bien présente à l’extérieur du synode, vaut certainement dans le domaine de la politique, mais elle est étrangère au mode de pensée du Christ et donc de l’Église. Voilà pourquoi le Pape lors de son audience à la presse, quelques jours après son élection, demandait de ne pas traiter les évènements de l’Église comme on traite un sujet économique ou politique. Car l’Église, disait-il encore lors de son audience générale le 29 octobre dernier, est un « mystère de foi dans lequel ce qui ne se voit pas est plus important que ce qui se voit ! ».

S’il y a parmi les évêques des points de vue différents, c’est normal et c’est tant mieux ! C’est la preuve d’une grande liberté d’expression. « C’est le signe de la vitalité de l’Église. Capable de susciter en son sein des débats, parfois très vifs, mais sans jamais exploser…Sans bain de sang ni intervention des gardes suisses » ironise le cardinal André Vingt-Trois qui participait au synode comme président délégué. Et le Pape est le premier à s’être félicité  de ces divergences. Il confiait à la fin du synode qu’il aurait été « inquiété et attristé s’il n’y avait pas eu ces discussions parfois animées ; et si tout le monde avait été d’accord ou taciturne dans une paix fausse et quiétiste ». Le Pape a vu et entendu des discours et « des interventions pleines de foi, de zèle pastoral et doctrinal, de sagesse, de franchise, et de courage » ; sans jamais mettre en discussion les vérités fondamentales du sacrement du mariage.

Ce synode, pour moi, a été comme un tour du monde des enjeux et des difficultés familiales vécues dans des contextes si différents les uns des autres. Et à mesure que s’enchaînaient les débats, je prenais conscience de la complexité de l’enjeu de ce synode : être fidèle au Christ et à la doctrine de l’Église ; toujours avec la miséricorde de l’Évangile.

Du reste, le Souverain pontife l’a bien résumé dans son discours de conclusion en parlant de ces tentations : celle de « s’enfermer dans la lettre, à l’intérieur de la loi. C’est la tentation de ceux que l’on appelle aujourd’hui des traditionnalistes ». Et celle d’un « angélisme destructeur, qui au nom d’une miséricorde traitresse met un pansement sur des blessures sans d’abord les soigner. C’est la tentation de ceux que l’on nomme les progressistes ».

Et le Saint-Père de conclure avec confiance : « quand l’Église, dans la variété de ses charismes, s’exprime en communion, elle ne peut pas se tromper […] car l’Esprit Saint est garant de son unité et de son harmonie. L’Esprit Saint, tout au long de l’histoire, a toujours conduit la barque à travers ses ministres, même lorsque la mer était contraire et agitée, et les ministres infidèles et pécheurs ».

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Homélie du pape François lors de la messe d’ouverture du Synode

Opening-Mass-Homily

Le 5 octobre 2014, le pape François a prèsidè la messe d’ouverture du Synode extraordinaire des évêques sur la famille. Vous trouverez, ci-dessous, le texte intègral de son discours:

Aujourd’hui, le prophète Isaïe et l’Évangile utilisent l’image de la vigne du Seigneur. La vigne du Seigneur est son “rêve”, le projet qu’il cultive avec tout son amour, comme un paysan prend soin de son vignoble. La vigne est une plante qui demande beaucoup de soin !

Le “rêve” de Dieu c’est son peuple : il l’a planté et le cultive avec un amour patient et fidèle, pour qu’il devienne un peuple saint, un peuple qui porte beaucoup de fruits de justice.

Mais, aussi bien dans la prophétie ancienne que dans la parabole de Jésus, le rêve de Dieu est déçu. Isaïe dit que la vigne, si aimée et soignée, « a produit de mauvais raisins » (5, 2.4), alors que Dieu « attendait le droit, et voici le crime ; il attendait la justice, et voici les cris» (v.7). Dans l’Évangile, au contraire, ce sont les paysans qui ruinent le projet du Seigneur : ils ne font pas leur travail, mais ils pensent à leurs intérêts.

Jésus, dans sa parabole, s’adresse aux chefs des prêtres et aux anciens du peuple, c’est-à-dire aux “sages”, à la classe dirigeante. Dieu leur a confié de façon particulière son “rêve”, c’est-à-dire son peuple, pour qu’ils le cultivent, en prennent soin, le protègent des animaux sauvages. Voilà la tâche des chefs du peuple : cultiver la vigne avec liberté, créativité et ardeur.

Jésus dit que pourtant ces paysans se sont emparés de la vigne ; par leur cupidité et leur orgueil, ils veulent faire d’elle ce qu’ils veulent, et ainsi ils ôtent à Dieu la possibilité de réaliser son rêve sur le peuple qu’il s’est choisi.

La tentation de la cupidité est toujours présente. Nous la trouvons aussi dans la grande prophétie d’Ézéchiel sur les pasteurs (cf. ch. 34), commentée par saint Augustin dans son célèbre discours que nous venons de relire dans la Liturgie des Heures. Cupidité d’argent et de pouvoir. Et pour assouvir cette cupidité, les mauvais pasteurs chargent sur les épaules des gens des fardeaux insupportables qu’eux-mêmes ne déplacent pas même avec un doigt (cf. Mt 23, 4).

Nous aussi, au Synode des Évêques, nous sommes appelés à travailler pour la vigne du Seigneur. Les Assemblées synodales ne servent pas à discuter d’idées belles et originales, ou à voir qui est le plus intelligent… Elles servent à cultiver et à mieux garder la vigne du Seigneur, pour coopérer à son “rêve”, à son projet d’amour sur son peuple. Dans ce cas, le Seigneur nous demande de prendre soin de la famille, qui depuis les origines est partie intégrante de son dessein d’amour pour l’humanité.

Nous sommes tous pécheurs et à nous aussi, peut arriver la tentation de “nous emparer” de la vigne, à cause de la cupidité qui ne nous manque jamais à nous, êtres humains. Le rêve de Dieu se heurte toujours à l’hypocrisie de quelques-uns de ses serviteurs. Nous pouvons “décevoir” le rêve de Dieu si nous ne nous laissons pas guider par l’Esprit Saint. Que l’Esprit nous donne la sagesse qui va au-delà de la science, pour travailler généreusement avec vraie liberté et humble créativité.

Frères Synodaux, pour cultiver et bien garder la vigne, il faut que nos cœurs et nos esprits soient gardés en Jésus Christ dans la « paix qui surpasse tout ce qu’on peut concevoir », (Ph 4,7). Ainsi nos pensées et nos projets seront conformes au rêve de Dieu : se former un peuple saint qui lui appartienne et qui produise des fruits du Royaume de Dieu (cf. Mt 21, 43).