La racine humaine de la crise écologique

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Pour nous qui sommes habitués à vivre à des températures froides une bonne partie de l’année, l’été est une occasion de reprendre contact avec la nature. Nous fuyons le plus possible les endroits clos et recherchons le « grand air ». Cette attitude est d’autant plus intense lorsque l’hiver s’est allongé et a semblé ne plus vouloir finir. Ce retour annuel aux sources devrait nous encourager à accueillir l’invitation du pape François à reconsidérer notre relation à la nature, à vérifier si notre mode de vie au quotidien, notre « métro-boulot-dodo » ne s’est pas éloigné quelque peu de notre propre nature. C’est ce qu’il propose dans le troisième chapitre de son encyclique Laudato Si.

Intitulé « Racine humaine de la crise écologique », ce chapitre propose une réflexion en profondeur sur notre relation avec la technologie. Puisque « l’analyse des problèmes environnementaux est inséparable de l’analyse des contextes humains » (no110), il est important de comprendre que la réflexion écologique ne peut plus se passer d’inclure l’homme. En effet, dans les débats actuels sur la protection de l’environnement, une constante émerge : la technique. Tandis que chez certains elle est parfois présentée comme la source de tous les maux, chez d’autres, elle est l’unique solution d’avenir. Devant ce paradoxe, François nous invite à nous éloigner des simplifications et à nous pencher sur les bons et mauvais côtés de la technique.

La technologie est une merveille et nous en sommes tous les bénéficiaires, moi le premier ! Comme le dit le pape : « La technologie a porté remède à d’innombrables maux qui nuisaient à l’être humain et le limitaient. Nous ne pouvons pas ne pas valoriser ni apprécier le progrès technique, surtout dans la médecine, l’ingénierie et les communications. » (no102). Par exemple, le pape fait mention de l’intérêt autour des OGM. Pour lui: « Il est difficile d’émettre un jugement général sur les développements de transgéniques (OMG) […] les risques ne sont pas toujours dus à la technique en soi, mais à son application inadaptée ou excessive » (no 133). Il ne convient donc pas d’accuser directement la technique mais bien notre rapport à elle.

En ce sens, le Pape souligne que le principal défi pour sauvegarder l’environnement est de convertir le cœur humain. En effet, c’est l’esprit de domination (no 108) qui a mené à la présente crise c’est-à-dire cette idée que l’homme n’a aucune limite. En d’autres termes « l’idée d’une croissance infinie ou illimitée » (no 106) doit être soumise à la critique. N’avons-nous pas nous-mêmes cette volonté de « dépasser toutes les limites » ou tous les « tabous » ?

Pour y faire face, le pape scientifique avance une série de propositions dont la principale est de favoriser une éducation intégrale (no 120) permettant à l’être humain de se situer dans le plan de Dieu sur sa création et ainsi « ralentir la marche pour regarder la réalité d’une autre manière, recueillir les avancées positives et durables, et en même temps récupérer les valeurs et les grandes finalités qui ont été détruites par une frénésie mégalomane. » (no 114).

La semaine prochaine, nous poursuivrons notre analyse de l’encyclique Laudato Si du pape François en examinant le quatrième chapitre intitulé « Une écologie intégrale », le cœur de l’encyclique.

« Laudato Si » ou la refondation de l’écologie

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Poursuivons notre réflexion estivale sur l’environnement en explorant le deuxième chapitre de l’encyclique du pape François sur l’écologie Laudato Si. Comme nous l’avons vu la semaine dernière, l’intention du Pape est d’offrir à toute l’humanité la contribution de la riche tradition chrétienne à la lutte pour la protection de l’environnement.

Dans ce deuxième chapitre, le pape François cherche à faire reconnaître l’importance du dialogue pour la résolution de la présente crise. En effet, il écrit : « Si nous cherchons vraiment à construire une écologie qui nous permette de restaurer tout ce que nous avons détruit, alors aucune branche des sciences et aucune forme de sagesse ne peut être laissée de côté, la sagesse religieuse non plus, avec son langage propre. » (no63). Ainsi le pape François invite gouvernants et citoyens du monde à reconnaître que la foi chrétienne est une alliée de poids sur la route du respect de l’environnement. Cette invitation prend encore plus d’importance lorsque l’on considère l’atmosphère souvent fermée à la spiritualité des grandes conférences et débats actuels sur l’environnement. Au contraire, cette méfiance devrait se transformer en confiance, en ouverture vis-à-vis de ceux qui ont « la merveilleuse certitude de savoir que la vie de toute personne ne se perd pas dans un chaos désespérant, dans un monde gouverné par le pur hasard ou par des cycles qui se répètent de manière absurde! » (no65).

Après avoir souligné l’apport de la pensée chrétienne aux débats sur l’écologie, le pape amorce une profonde réflexion sur la Création selon une perspective unique et surprenante. En effet, il présente la place de l’homme dans l’univers selon une perspective relationnelle. De fait, selon le Pape, « les récits de la création […] suggèrent que l’existence humaine repose sur trois relations fondamentales intimement liées : la relation avec Dieu, avec le prochain, et avec la terre » (no66). Ainsi, de la relation fondamentale avec Dieu découle l’harmonie entre les hommes et avec, par le fait même, avec la création. Cette véritable « déclinaison » relationnelle se porterait à merveille si un incident historique n’était pas venu « détruire par le fait d’avoir prétendu prendre la place de Dieu » (no 66). De ce péché originel, découle cette prétention qu’ont les hommes à vouloir se dominer les uns et les autres et, par conséquent, dominer la terre. En ce sens, l’accusation souvent lancée contre les chrétiens selon laquelle le commandement originel de « dominer et de soumettre la terre » (Gn1, 28) serait une des sources de l’exploitation irresponsable des ressources naturelles ne tient pas compte du jugement de l’Église stipulant qu’il « ne s’agit pas d’une interprétation correcte de la Bible » (no67). Prendre en compte la révélation chrétienne dans cette lutte en faveur de l’environnement consistera donc à prendre au sérieux cette invitation à une triple réconciliation : avec Dieu, l’homme et la création.

Pour ce faire, nous devons prendre conscience d’un élément fondamental soit que : « Tout est lié » (no 92). En effet, «  la négligence dans la charge de cultiver et de garder une relation adéquate avec le voisin, envers lequel j’ai le devoir d’attention et de protection, détruit ma relation intérieure avec moi-même, avec les autres, avec Dieu et avec la terre » (no 70). Ainsi, rétablir notre relation avec la création passera par le rétablissement simultané de ces trois relations fondamentales. C’est en ce sens que l’on a qualifié l’encyclique « d’écologie intégrale ». En échangeant notre microscope pour un télescope, nous pourrons avoir une vision d’ensemble et, ainsi, cesser de prétendre sauver la planète sans considérer ce qui est défaillant en l’homme même.

Voilà le genre de réflexion auquel nous convie le pape François dans son encyclique « Laudato Si ». La semaine prochaine nous poursuivrons notre réflexion par une analyse du chapitre trois de l’encyclique.

L’écologie intégrale du pape François: une analyse de l’encyclique « Laudato Si » (1ère partie)

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Le 18 juin dernier, le pape François publiait la très attendue encyclique « Laudato Si » sur des questions primordiales liées à l’environnement et à la pauvreté. Ce texte, long de 192 pages, est un document accessible, tant par son langage que du publique auquel il est adressé, l’environnement nous concernant tous. Dans les prochaines semaines, je vous propose de parcourir ce document phare qui permet, à la fois, de mieux comprendre l’actuel phénomène climatique mais également d’y apporter des solutions appropriées.

Qu’est-ce qui se passe?

Pour le pape François, il ne fait aucun doute que notre environnement actuel subit des mutations d’une gravité sans précédent. Il l’exprime ainsi : « Il existe un consensus scientifique très solide qui indique que nous sommes en présence d’un réchauffement préoccupant du système climatique » (no 23). À partir de cet état de fait, nous sommes invités à prendre conscience de notre responsabilité individuelle et collective et à accepter de modifier certaines de nos habitudes concrètes de tous les jours. De plus, le pape nous invite également à jeter un regard sur notre vision du monde. Plus particulièrement, selon François et ses prédécesseurs, le problème provient d’une certaine vision de l’être humain.

En effet, le texte a ceci de significatif, qu’il invite à une réflexion en profondeur des fondements philosophiques et culturels (no 17-18) qui nous ont amenés à la présente crise. Selon le Pape :

« L’humanité est appelée à prendre conscience de la nécessité de réaliser des changements de style de vie, de production et de consommation, pour combattre ce réchauffement ou, tout au moins, les causes humaines qui le provoquent ou l’accentuent [puisque] la plus grande partie du réchauffement global des dernières décennies est due à la grande concentration de gaz à effet de serre (dioxyde de carbone, méthane, oxyde de nitrogène et autres) émis surtout à cause de l’activité humaine » (no 23).

C’est en ce sens que le premier chapitre de ce document magistral se penche d’abord sur les conséquences concrètes que ces changements peuvent avoir sur les êtres humains. Le Pape souligne la question de l’eau. En effet, « l’accès à l’eau potable et sûre est un droit humain primordial, fondamental et universel, parce qu’il détermine la survie des personnes, et, par conséquent, il est une condition pour l’exercice des autres droits humains. » (no 30). Parallèlement à cette question de l’eau se trouve celle de la préservation de la biodiversité. Celle-ci tendant de plus en plus à disparaître au profit de l’uniformité de l’agriculture et de la détérioration des espaces verts comme l’Amazonie, le Pape presse les autorités de procéder à un changement de vision en passant de la considération des différentes espèces comme de simples « “ressources” exploitables » à celle de la prise en compte  « qu’elles ont une valeur en elles-mêmes » (no 33). Ce dernier point manifeste bien que les changements d’attitudes et de comportements envers l’environnement ne passera que par une conception renouvelée de l’être humain et de son rôle dans la création.

Une vision de l’homme en jeu

De mon point de vue, la plus grande nouveauté de l’encyclique Laudato Si est qu’elle réintègre l’homme dans les débats en cours sur l’écologie. En effet, depuis quelques années, les questions environnementales sont souvent considérées comme indépendantes des questions liées à la pauvreté dans le monde et aux différents systèmes politiques et économiques qui entretiennent cet état de fait. Or pour le Pape, la pauvreté et la crise environnementale sont liées au point que l’on pourrait considérer qu’il ne s’agit que d’un seul et même problème. En effet, « l’environnement humain et l’environnement naturel se dégradent ensemble, et nous ne pourrons pas affronter adéquatement la dégradation de l’environnement si nous ne prêtons pas attention aux causes qui sont en rapport avec la dégradation humaine et sociale » (no 48). [Read more…]

Catholiques et musulmans au Canada : croyants et citoyens dans la société

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LETTRE D’INTRODUCTION
par Mgr Paul-André Durocher
Archevêque de Gatineau et
Président de la Conférence des évêques catholiques du Canada
sur la brochure Catholiques et musulmans au Canada : croyants et citoyens dans la société
publiée par la Commission épiscopale pour l’unité chrétienne,
les relations religieuses avec les juifs et le dialogue interreligieux

Chers frères et sœurs dans le Christ,

La Commission épiscopale pour l’unité chrétienne, les relations religieuses avec les juifs et le dialogue interreligieux de notre Conférence a publié une ressource intitulée Catholiques et musulmans au Canada : croyants et citoyens dans la société. La brochure vise à aider les catholiques du Canada à mieux comprendre leurs voisins musulmans. Notre pays est riche d’une magnifique mosaïque de cultures et de religions, et les évêques catholiques du Canada désirent y favoriser la compréhension et le dialogue entre les diverses populations.

Le christianisme et l’Islam sont les deux groupes religieux les plus nombreux du monde. Pour notre propre bien et pour le bien de toute l’humanité, nous devons apprendre à vivre en harmonie les uns avec les autres, et le Canada peut certainement jouer un rôle important comme modèle de cette relation harmonieuse. Dans ce but, il est essentiel de nous connaître les uns les autres. C’est dans cet espoir que la Conférence des évêques catholiques du Canada présente sa nouvelle ressource. Sa portée est limitée; elle n’approfondit pas nos différences théologiques, et elle ne commente pas non plus la situation géopolitique actuelle. Toutefois, elle constitue une étape importante que nous pouvons tous franchir pour répondre à l’invitation de saint Paul : « Recherchons donc ce qui contribue à la paix, et ce qui construit les relations mutuelles. » (Romains 14, 19)

La première partie présente les origines de l’Islam, ses principaux courants actuels ainsi que ses ressemblances et ses différences par rapport au christianisme. La deuxième partie donne un aperçu de l’historique et de l’état actuel du dialogue interreligieux entre catholiques et musulmans, au niveau international et national, et se termine par quelques suggestions sur ce que chacun peut faire pour contribuer à ce dialogue.

Comme le pape François l’a magnifiquement proclamé dans son exhortation apostolique Evangelii Gaudium, nous sommes appelés par notre baptême à être les bâtisseurs d’une société juste et paisible :

« En annonçant Jésus Christ, qui est la paix en personne (cf. Ep 2, 14), la nouvelle évangélisation engage tout baptisé à être instrument de pacification et témoin crédible d’une vie réconciliée. C’est le moment de savoir comment, dans une culture qui privilégie le dialogue comme forme de rencontre, projeter la recherche de consensus et d’accords, mais sans la séparer de la préoccupation d’une société juste, capable de mémoire, et sans exclusions. [no 239]

+ Paul-André Durocher
Archevêque de Gatineau et
Président de la Conférence des évêques catholiques du Canada

Vous pouvez vous procurer le document sur la page web de la CECC au lien suivant: https://esubmitit.sjpg.com/cccb/index.aspx?component=ProductDetails&id=184-892

« Changer de cap ! » – Cardinal André VINGT-TROIS

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Cardinal André VINGT-TROIS

Archevêque de Paris

Rarement une encyclique aura été aussi attendue. À six mois du grand rendez-vous de la COP 21 à Paris, le pape François adresse un appel solennel à toute l’humanité au sujet d’un immense défi : la dégradation globale de l’environnement naturel. Successeur de l’apôtre Pierre, et à ce titre, témoin du Christ ressuscité, François invite tous les hommes de bonne volonté à un changement de cap en resituant chacun devant sa responsabilité de prendre soin de la « maison commune » où Dieu a donné à tout être une place. Mais il se fait aussi le porte-parole de ceux qui, ensemble, gémissent sous le poids de la souffrance : les pauvres et la nature. Car, aux yeux du Pape, il n’existe pas deux crises séparées, l’une environnementale et l’autre sociale. Environnement naturel et environnement humain se dégradent ensemble. Sauvegarde de la terre comme « maison commune » et amour des pauvres vont de pair. Si François relaie ainsi le cri des plus fragiles, c’est que le défi environnemental ainsi que ses racines concernent la totalité des hommes et touchent chacun au plus profond de son humanité. Pour surmonter ensemble, par un dialogue multiforme, ce redoutable défi, nous avons d’abord à changer de regard, ce qui suppose que nous commencions par ouvrir les yeux.

Ouvrir les yeux. Le Pape n’ignore ni les débats scientifiques en cours, ni les divergences d’opinion, ni les résistances à la conversion écologique, y compris chez des catholiques convaincus. Il passe cependant en revue les symptômes majeurs qui affectent gravement notre terre. Sans entrer dans ce qui relève de l’expertise scientifique, François a voulu nommer les choses en prenant des exemples concrets, pour que nul ne puisse considérer avec mépris ou indifférence les alertes lancés par nombre d’experts. « Le rythme de consommation, de gaspillage et de détérioration de l’environnement a dépassé les possibilités de la planète, à tel point que le style de vie actuel, parce qu’il est insoutenable, peut seulement conduire à des catastrophes, comme, de fait, cela arrive déjà périodiquement dans diverses régions (n° 161). » Le pape espère, ce qui est loin d’être le cas pour tous, que chacun pourra prendre conscience de la situation et « oser transformer en souffrance personnelle ce qui se passe dans le monde » (n° 19).

Changer de regard. Le Pape replace le défi écologique à son niveau le plus radical, celui d’une conversion dans la manière d’appréhender la vie et l’activité humaines. Sans cette conversion, toutes les solutions, qu’elles soient techniques ou économiques ou juridico-politiques, seront insuffisantes et pourront au mieux retarder une échéance qui s’annonce catastrophique. Le changement de vision du monde concerne ici le rapport de l’homme à la technique moderne. Si celle-ci a considérablement amélioré les conditions de vie, elle place aujourd’hui les hommes devant une option abyssale en leur donnant un pouvoir sans mesure sur eux-mêmes et sur la terre tout entière.

C’est que l’immense essor des sciences et des techniques n’a pas été accompagné d’un progrès éthique et culturel équivalent. Pire encore, le modèle et les finalités des technosciences se sont étendus à la vie concrète des individus comme des sociétés. Il est devenu très difficile de s’abstraire des fabuleux moyens mis à notre disposition, ou même d’en faire usage, sans être asservi par leur logique qui exténue progressivement toute capacité de décision, de liberté et de créativité. Aussi la solution au défi environnemental ne peut-elle se réduire à des initiatives partielles et bricolées dans l’urgence. La racine du problème tient à l’emprise de la technique sur la vie, qu’elle soit humaine ou non.

Si nous arrivons à changer de regard sur la nature, si nous renonçons à considérer les autres êtres vivants comme des objets soumis arbitrairement à notre usage et notre domination, si nous allons jusqu’à ressentir combien nous sommes vitalement unis à tous les êtres de l’univers, « la sobriété et le souci de protection jailliront spontanément » (n° 11). C’est pourquoi, dans le sillage de saint François d’Assise qui appelait « frère » ou « sœur » la moindre créature, le Pape invite avec audace l’humanité à s’ouvrir au langage des relations intersubjectives, et plus précisément des relations familiales, pour nommer les choses de la nature et s’orienter ainsi vers une attitude plus humaine envers elles.

Dialoguer et s’unir pour trouver des solutions. Les problèmes environnementaux et sociaux sont enfin d’une telle complexité qu’aucune discipline scientifique ni aucune forme de sagesse, y compris religieuse, ne peuvent être négligées pour apporter des réponses durables. Le pape François propose non des solutions mais une méthode, celle d’un dialogue sérieux et sans préjugés entre toutes les parties concernées. S’il consacre un chapitre à « l’évangile de la création », c’est qu’il croit, comme le patriarche Bartholomée, à une nouvelle rencontre féconde entre science et religion, et qu’il veut également montrer combien les convictions de foi offrent aux chrétiens, comme à d’autres croyants, de puissantes motivations pour prendre soin de la terre.

Comme il le répète à plusieurs endroits, même si, selon les termes très forts de Jean-Paul II, « l’humanité a déçu l’attente divine », même si les symptômes d’un point de non-retour apparaissent, le pape François ne désespère pas de la capacité humaine à trouver une issue juste et durable. Certaines expériences en témoignent un peu partout dans le monde. Plus encore, à ses yeux, « la meilleure manière de mettre l’être humain à sa place, et de mettre fin à ses prétentions d’être un dominateur absolu de la terre, c’est de proposer la figure d’un Père créateur et unique maître du monde, parce qu’autrement l’être humain aura toujours tendance à vouloir imposer à la réalité ses propres lois et intérêts (n° 75) ». « Nous ne sommes pas Dieu. » (n°67). Quel défi pour l’humanité d’oser imiter le pauvre d’Assise dans son chant de louange : « Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre mère la terre… » !

Vue d’ensemble de l’encyclique « Laudato Si »

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Cité du Vatican, 17 juin (VIS).

Instrument pour une première lecture de l’encyclique, le texte qui suit aide à en comprendre la dynamique d’ensemble et à en extraire les lignes de force. Les trois premières pages présentent l’encyclique dans son ensemble, avant de décrire les chapitres en reprenant des passages-clef. Les deux dernières pages présentent le sommaire dans son intégralité.

Un regard d’ensemble:

« Quel genre de monde voulons-nous laisser à ceux qui nous succèdent, aux enfants qui grandissent? Cette interrogation est au cœur de Laudato Si’, l’encyclique attendue du Pape François sur le soin de notre maison commune. Le Pape poursuit: Cette question ne concerne pas seulement l’environnement de manière isolée, parce qu’on ne peut pas poser la question de manière fragmentaire, et ceci conduit à s’interroger sur le sens de l’existence et de ses valeurs à la base de la vie sociale: Pour quoi passons-nous en ce monde, pour quoi venons-nous à cette vie, pour quoi travaillons-nous et luttons-nous, pour quoi cette terre a-t-elle besoin de nous? Si cette question de fond n’est pas prise en compte, dit le Souverain Pontife, je ne crois pas que nos préoccupations écologiques puissent obtenir des effets significatifs. L’encyclique prend le nom de l’invocation de saint François Loué sois-tu mon Seigneur du Cantique des Créatures, qui rappelle que la terre, notre maison commune, est « comme une sœur, avec laquelle nous partageons l’existence, et comme une mère, belle, qui nous accueille à bras ouverts. Nous-mêmes sommes terre. Notre corps est lui-même constitué des éléments de la planète, son air nous donne le souffle et son eau nous vivifie comme elle nous restaure. Aujourd’hui, cette terre, maltraitée et saccagée, pleure, et ses gémissements rejoignent ceux de tous les laissés-pour-compte dans le monde. Le Pape François invite à les écouter, en sollicitant chacun de nous, individus, familles, collectivités locales, nations et communauté internationale à une conversion écologique, selon l’expression de Jean-Paul II, c’est-à-dire changer de cap, en assumant la beauté et la responsabilité d’un engagement pour le soin de notre maison commune. Dans le même temps, le Pape François reconnaît une sensibilité croissante concernant aussi bien l’environnement que la protection de la nature, et une sincère et douloureuse préoccupation qui grandit pour ce qui arrive à notre planète, légitimant ainsi un regard d’espérance qui ponctue toute l’encyclique, et envoie à tous un message clair et plein d’espérance: L’humanité possède encore la capacité de collaborer pour construire notre maison commune- L’être humain est encore capable d’intervenir positivement, tout n’est pas perdu, parce que les êtres humains, capables de se dégrader à l’extrême, peuvent aussi se surmonter, opter de nouveau pour le bien et se régénérer.

Le Pape François s’adresse bien sûr aux fidèles catholiques, en reprenant les paroles de Jean-Paul II: Les chrétiens, notamment, savent que leurs devoirs à l’intérieur de la création et leurs devoirs à l’égard de la nature et du Créateur font partie intégrante de leur foi, mais propose spécialement d’entrer en dialogue avec tous au sujet notre maison commune. Le dialogue parcourt tout le texte, et dans le chapitre 5, devient un instrument pour affronter et résoudre les problèmes. Depuis toujours, le Pape François rappelle que d’autres Eglises et communautés chrétiennes, comme aussi d’autres religions, ont nourri une grande préoccupation et une précieuse réflexion sur le thème de l’écologie. Il en assume même explicitement la contribution, en citant amplement le cher Patriarche oecuménique Barthélémy. A plusieurs reprises, le souverain pontife remercie les protagonistes de cet engagement que ce soient des individus, des associations ou des institutions, en reconnaissant que la réflexion d’innombrables scientifiques, philosophes, théologiens et organisations sociales qui ont enrichi la pensée de l’Eglise sur ces questions, et invite chacun à reconnaître la richesse que les religions peuvent offrir pour une écologie intégrale et pour et pour un développement plénier de l’humanité.

L’itinéraire de l’encyclique est tracé au paragraphe 15, et s’articule en six chapitres. On passe d’une écoute de la situation à partir des meilleurs données scientifiques disponibles (chapitre 1), à la confrontation avec la Bible et la tradition judéo-chrétienne (chapitre 2), en identifiant les racines des problèmes (chapitre 3) posés par la technocratie et un repli auto-référentiel excessif de l’être humain. La proposition de l’encyclique (chapitre

4) est celle d’une écologie intégrale, qui a clairement des dimensions humaines et sociales, inséparablement liée à la question environnementale. Dans cette perspective, le Pape François propose (chapitre 5) d’avoir, à chaque niveau de la vie sociale, économique et politique, un dialogue honnête qui structure des processus de décision transparents, et rappelle (chapitre 6) qu’aucun projet ne peut être efficace s’il n’est pas animé d’une conscience formée et responsable, en donnant des pistes éducatives, spirituelles, ecclésiales, politiques et théologiques pour croître dans cette direction. Le texte s’achève par deux prières, l’une s’adressant à ceux qui croient en un Dieu Créateur et Tout Puissant, et l’autre proposée à ceux qui professent la foi en Jésus-Christ, rythmée par la ritournelle du Laudato Si’ qui ouvre et ferme l’encyclique. L’encyclique est traversée par plusieurs axes thématiques, traités selon diverses perspectives, qui lui donnent une forte unité: L’intime relation entre les pauvres et la fragilité de la planète, la conviction que tout est lié dans le monde, la critique du nouveau paradigme et des formes de pouvoir qui dérivent de la technologie, l’invitation à chercher d’autres façons de comprendre l’économie et le progrès, la valeur propre de chaque créature, le sens humain de l’écologie, la nécessité de débats sincères et honnêtes, la grave responsabilité de la politique internationale et locale, la culture du déchet et la proposition d’un nouveau style de vie.

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Conférence de présentation de Laudato Si’

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Cité du Vatican, 18 juin 2015 (VIS).

Ce matin près la Salle du Synode le Cardinal Peter Kodwo Appiah Turkson, Président du Conseil pontifical Iustitia et Pax a illustré la nouvelle encyclique Laudato Si’ que le Pape François consacre à la protection de la création et l’écologie intégrale. Il était accompagné des présentateurs du document, le Métropolite Ioannis de Pergame (du Patriarcat œcuménique), qui a parlé de la théologie et de la spiritualité de l’encyclique, M.Hans Joachim Schellnhuber (Institut de Potsdam pour la recherche sur l’impact climatique), qui a traité de la place des sciences naturelles dans l’encyclique, de Mme.Carolyn Y.Woo (Catholic Relief Services), qui a abordé les volets de l’économie, de la finance et du commerce face à la question écologique, et Mme.Valeria Martano (chercheur et enseignant), témoin depuis 20 ans de la dégradation sociale et environnementale de la périphérie romaine.

D’emblée l’encyclique entend établir un dialogue avec tous, que ce soit avec des personnes avec des organisations et institutions qui partagent la même préoccupation que le Pape, abordée sous différents points de vue.  »Ce type de dialogue », a indiqué le Cardinal Turkson, « fait partie de la méthode de la rédaction utilisée par le Saint-Père pour rédiger l’encyclique. Il s’est appuyé sur un large éventail de contributions: La plupart des conférences épiscopales des divers continents…ainsi que d’autres contributions qui ne sont pas citées dans le document qu’elles ont aidé à composer ». L’encyclique tire son nom de l’invocation de saint François dans le Cantique des Créatures: Loué soit mon Seigneur, une prière contemplative qui nous invite à nous inspirer du Poverello pour promouvoir une écologie intégrale, vécue avec joie et authenticité… Dans sa relation avec l’environnement, l’humanité fait face à des défis majeurs qui requièrent également des politiques appropriées, déjà au programme des instances internationales. Certainement ‘Laudato Si’ peut et doit avoir un impact sur ces processus. Un examen rapide de son contenu montre qu’il est avant tout de nature pastorale et spirituelle, la portée, l’ampleur et la profondeur de la question ne pouvant être réduites à la sphère de la politique environnementale ».

Pour sa part, le Métropolite Ioannis Zizioulas a rappelé qu’en 1989 le Patriarche œcuménique Démétrios avait publié une encyclique pour alerter les les chrétiens et les personnes de bonne volonté sur la gravité de la question écologique, mais aussi montrer ses implications théologiques et spirituelles, invitant à consacrer chaque 1 septembre à prier pour l’environnement. Cette date, qui est selon le calendrier orthodoxe le premier jour de l’année ecclésiastique pourrait devenir un temps de prière pour tous les chrétiens et marquer ainsi une nouvelle étape dans le rapprochement entre tous les baptisés:  »Je pense que le sens de l’encyclique Laudato Si’ ne se limite pas à la question de l’écologie en tant que tel. Elle revêt une dimension œcuménique importante qui encourage tous les chrétiens divisés à accomplir une tâche commune. Nous vivons une époque de problèmes existentiels profonds qui dépassent nos divisions traditionnelles… Il suffit de voir ce qui se passe au Moyen-Orient: Ceux qui persécutent les chrétiens ne leur demandent pas à la confession ils appartiennent! Ici l’unité des chrétiens se construit par la persécution et le sang. C’est un œcuménisme du martyre… D’une manière similaire, la menace de la crise écologique doit aider à dépasser nos clivages traditionnels. Le danger qui guette notre maison commune, la planète sur laquelle nous vivons, est décrite dans l’encyclique d’une manière qui ne laisse aucun doute sur le danger existentiel auquel nous sommes tous confrontés. Ce danger commun est indépendamment de notre Eglise ou de nos identités religieuses. Il implique un effort commun pour éviter les conséquences catastrophiques de la situation actuelle. L’encyclique du Pape François est un appel à l’unité, à l’unité dans la prière pour l’environnement, dans la diffusion de l’Evangile de la création, dans la conversion de nos cœurs et la correction de nos modes de vie, nécessaires pour respecter et aimer tout le monde et tout ce que Dieu nous a donné. »

Puis le Professeur Schellnhuber, a souligné que sous l’angle de la technologie et de l’énergie propre il est possible d’atteindre un résultat positif pour tous car, en fait, elles sont disponibles en abondance. Tout ce que nous avons à faire est de développer les moyens de produire l’énergie correctement et de gérer de façon responsable notre consommation. Depuis des décennies on travaille au le développement d’un réacteur de fusion incroyablement coûteux alors que nous avons la chance d’en avoir un qui fonctionne parfaitement et qui est gratuit, le soleil! Le photovoltaïque, l’énergie éolienne et la biomasse dépendent également de la lumière solaire. Ces nouvelles technologies pourraient ouvrir un potentiel dans les pays pauvres où il n’y a pas de réseaux pour distribuer l’électricité provenant de centrales éloignées pour constituer un système viable. Tout comme il a augmenté l’utilisation des téléphones mobiles sans l’établissement préalable de lignes fixes, les pays en développement pourraient se passer des combustibles fossiles et entrer dans l’ère de la production décentralisée et directe d’énergie renouvelable… La gestion de notre planète ne peut devenir une tragédie collective. Au contraire, elle doit devenir l’histoire d’une grande transformation, qui permettra de faire levier pour surmonter les profondes inégalités du monde actuel. Certaines inégalités découlent du hasard géologique, de la répartition régionale des combustibles fossiles contrôlés par quelques-uns. Aujourd’hui la voie est enfin libre pour un avenir universel juste. »

Enfin Mme.Woo a expliqué que l’investissement dans la durabilité constitue une autre chance de progrès. « De nombreuses études fournissent des estimations de coûts astronomiques associés aux catastrophes naturelles, présentes comme à venir, telles que la hausse du niveau des océans, la sécheresse, les inondations et les tempêtes qui ravagent la production agricole ou provoquent la perte de productivité, favorisent aussi l’augmentation des épidémies et des maladies dues à la chaleur et à la pollution… Par ailleurs les entreprises peuvent jouer un rôle important en aidant les clients à devenir des consommateurs responsables. Conception et production des biens consommables devront faire en sorte de limiter les déchets et d’utiliser les énergies renouvelables, le recyclage, la récupération et la réutilisation afin de fournir de nouvelles opportunités pour les entreprises et les clients responsables… L’encyclique affirme le rôle important que doit jouer le commerce, mais le Pape avertit..le besoin de partenariat entre les secteurs public et privé, un dialogue politique et économique qui soit favorable à l’épanouissement humain. Puisque le public et le privé ont le même objectif, et qu’ils sont intégrés dans le même réseau interconnecté de la vie, ils doivent travailler ensemble en harmonie. Cela signifie pour les entreprises être plus respectueuses des normes et de la réglementation, en particulier dans le secteur financier. Cela signifie également que les entreprises doivent s’aligner avec les nouveaux objectifs de développement durable et la nécessité d’agir pour lutter contre le changement climatique. Après tout, le commerce est une entreprise humaine et devrait viser à un authentique développement et au bien commun de l’homme. »

Enfin, Mme.Martano a évoqué l’écologie urbaine, menacée par la pollution, la carence de services ou par l’individualisme général. Elle est un défi pour les chrétiens car dans les banlieues où on vit mal grandissent la colère et le sentiment d’exclusion. Beaucoup se voient privés du droit au logement et on assiste souvent à la destruction de bidonvilles sans que soit proposée une alternative. Les personnes âgées sont expulsés du cadre sociale vers des établissements périphériques…. La violence grandit dans certains quartiers alors qu’on peut aider mieux à vivre si les gens renoncent à l’individualisme et à la démission. A Rome pendant des années, avec la Communauté de Sant’Egidio, nous avons travaillé à la suppression d’espaces pollués… Nous nous sommes basés sur les plus faibles, enfants, personnes âgées, handicapés, afin de reconstruire un tissu humain. Autour de ces personnes on peut rénover l’image de la banlieue, trouver une énergie renouvelée et faire de l’écologie humaine. L’encyclique nous invite à pratiquer le bien commun en faveur de la ville et de l’environnement qui sont notre maison commune. Nous vivons souvent des parcours humains fragmentés et contradictoires parce que chacun essaie de se débrouiller tout seul. Chacun poursuit son propre intérêt, alors qu’il y existe un salut communautaire fondé sur l’inclusion des gens et l’écologie intégrale. »

Pour lire le texte intégral officiel français de l’encyclique « Laudato Si »:

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/encyclicals/documents/papa-francesco_20150524_enciclica-laudato-si.html

Les médias, une lame à double tranchants

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La fin de semaine dernière, le pape François s’est rendu à Sarajevo pour visiter cette ville meurtrie par de nombreuses années de guerre mais dont l’espoir d’un avenir meilleur devient peu à peu réalité. C’est pour encourager ce peuple multiconfessionnel à continuer ce chemin ardu vers une société pleinement pacifiée que le pape avait décidé de faire ce voyage. En Europe, a précisé le Pape : « Je voudrais commencer à faire les visites […] en partant des pays les plus petits, et les Balkans sont des pays tourmentés, ils ont tant souffert ! Ils ont tant souffert… Et pour cela ma préférence est là ». Cette courte mais non moins chargée visite apostolique s’est terminée par une rencontre presque informelle au cours de laquelle le Pape a bien voulu répondre aux questions des jeunes. C’est la première question qui a retenu mon attention puisqu’on lui a demandé ce qu’il pensait de la télévision et des médias en général. La réponse du Pape est plus qu’intéressante :

« Depuis la moitié des années 90, j’ai senti une nuit que cela ne me faisait pas de bien, que cela m’aliénait, m’amenait… et j’ai décidé de ne pas la regarder.

Quand je voulais regarder un beau film, j’allais au centre de télévision de l’archevêché et je le regardais là. Mais seulement ce film…. La télévision au contraire m’aliénait et m’amenait hors de moi : elle ne m’aidait pas. Certainement, je suis de l’âge de pierre, je suis ancien !

Et nous maintenant – je comprends que les temps ont changé – nous vivons au temps de l’image. Et cela est très important. Et au temps de l’image, on doit faire ce qu’on faisait au temps des livres : choisir les choses qui me font du bien ! »[2]

Le pape nous donnait donc à tous, et spécialement aux jeunes, un critère pour examiner si notre consommation des médias nous permet de devenir de meilleures personnes : « elle doit me faire du bien » a-t-il affirmé. Qu’elle encourage souvent ce qu’il y a de plus bas en nous comme la paresse ou la sensualité déplacée me paraît évident. Cependant, il est intéressant de noter que le pape laisse, par cette formule, beaucoup de place à la liberté et au jugement individuels. Ce qui est bien pour moi comme être humain, nous le partageons tous et nous pouvons donc nous consulter les uns les autres pour voir ce qui est bon ou mauvais pour nous. Mais outre cela, il est clair que plusieurs programmes de télé bons pour une personne pourraient être nuisibles pour moi. Il est donc important de prendre du temps pour examiner, individuellement ou en famille, notre consommation de médias. Le Pape poursuit ainsi : [Read more…]

Missionnaires jusqu’au bout du monde!

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Ces dernières semaines, j’ai eu la chance de me rendre, accompagnée de ma femme Valérie, dans ce magnifique et lointain pays qu’est l’Île Maurice. La mère de Valérie étant d’origine mauricienne, en tant que nouveaux mariés nous avons visité oncles, tante, grand-mère et grand-père. Outre les paysages merveilleux et des repas aussi copieux qu’épicés, j’ai pu être en contact avec une culture très différente de la mienne. Malgré un français compris et parlé par la majeure partie de la population, c’est surtout le créole qui y est parlé. Aussi non seulement mes repères linguistiques furent altérés mais également mes références religieuses. En effet, l’Île Maurice est composée de plusieurs appartenances religieuses comme l’Hindouisme, l’Islam, le culte Tamoul, etc. Je peux vous assurer qu’il est très dépaysant d’entendre le chant du coq le matin accompagné de l’appel à la prière musulmane suivi de chants hindous du temple du coin de la rue ! Ce paysage religieux très hétéroclite est heureusement vécu dans un esprit très paisible où la cohabitation ne pose pas de problème majeur.

De son côté, l’Église catholique regroupe une bonne partie de la population (environ 31%). On peut donc y voir une multitude d’églises parsemant tout le territoire mauricien. Ces dernières montrent aussi la riche tradition catholique de ce pays où la foi a fait son apparition il y a plusieurs siècles avec les colonisations successives des Hollandais, des Français et des Anglais. Cette riche présence chrétienne se manifeste aussi chez certains personnages qui ont marqué la vie des habitants de l’Île jusqu’à aujourd’hui. Le témoin du Christ le plus connu est sans aucun doute le bienheureux Père Jacques-Désiré Laval c.s.s. La famille de ma femme étant catholique- son grand-père était même l’horloger officiel de la imagecathédrale Saint-Louis de Port Louis-, une visite au sanctuaire dédié au Père Laval était incontournable. C’est ainsi que j’ai fait la rencontre d’un personnage fascinant.

Il est né à Croth en France en 1803. Après des études de médecine, il décida d’entrer au séminaire et fut ainsi ordonné prêtre en 1838 dans la chapelle du Séminaire de Saint-Sulpice de Paris. Il fut ensuite rapidement envoyé comme desservant d’une petite paroisse à Pinterville. C’est dans ce lieu modeste qu’il appris l’amour des pauvres. Cela allait le préparer à répondre à l’appel à la vie missionnaire à l’intérieur de la Congrégation du Saint-Esprit. C’est ainsi que notre bienheureux père Laval s’embarqua sur un navire pour un voyage de cent jours qui l’amena de l’autre côté de l’Afrique au milieu de l’océan indien. Il arriva à l’Île Maurice en 1841, deux ans à peine après l’abolition de l’esclavage.

C’est là, qu’il voua toutes ses énergies à l’évangélisation de cette population, à la fois, marquée par tant de souffrances et à l’aube de l’apprentissage de cette liberté finalement retrouvée. C’est surtout à l’éducation et à la catéchèse qu’il consacra son attention. Il avait une conscience aigüe de la responsabilité qui incombe à celui qui devient chrétien. Il ne baptisait donc pas les gens à la légère mais seulement après une bonne préparation et lorsque les catéchumènes pouvaient démontrer qu’ils avaient bien assimilés les éléments essentiels de la Foi dans leurs vies. La célébration des sacrements était aussi au cœur de sa vie et de son ministère. Le père Laval passait effectivement plusieurs heures par jour à la prière. Il était conscient que la relation au Christ était le noyau d’où il tirait les forces nécessaires à cette laval8seplourde tâche mais également la source d’où allait jaillir les nombreux fruits dont nous sommes toujours témoins aujourd’hui.

Les vertus héroïques de ce religieux sont aujourd’hui reconnues par l’Église universelle. C’est ainsi que Jean-Paul II allait présider la cérémonie qui allait faire de lui le premier Bienheureux de son pontificat le 29 avril 1979. Dans son homélie, nous voyons l’intérêt du saint Pape pour ce pauvre prêtre français qui rayonnait de la lumière du Christ au bout du monde par l’amour intense qu’il avait pour ceux que Dieu lui avait confiés. À nous qui sommes appelés, à l’invitation du pape François, à prendre de plus en plus conscience du caractère missionnaire de notre vocation chrétienne, le père Laval peut nous inspirer la même ardeur et la confiance que Dieu sera toujours à nos côtés. Comme le disait saint Jean-Paul II dans son homélie à l’occasion de la béatification du père Jacques-Désiré Laval c.s.s. :

Voilà un modèle pour les évangélisateurs d’aujourd’hui. Qu’il inspire les missionnaires, et, j’ose dire, tous les prêtres, qui ont d’abord la sublime mission d’annoncer Jésus-Christ et de former à la vie chrétienne ! Qu’il soit, à un titre particulier, la joie et le stimulant de tous les religieux spiritains, qui n’ont cessé d’implanter l’Église, notamment en terre africaine, et y œuvrent avec tant de générosité. Que l’exemple de Père Laval encourage tous ceux qui, sur le continent africain et ailleurs, s’efforcent de bâtir un monde fraternel, exempt de préjugés raciaux ! Que le Bienheureux Laval soit aussi la fierté, l’idéal et le protecteur de la communauté chrétienne de l’Ile Maurice, si dynamique aujourd’hui, et de tous les Mauriciens !

Élisabeth Turgeon: Bienheureuse de Québec à Rimouski

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Il y a deux semaines, l’équipe de S+L s’est rendue à Rimouski pour couvrir la béatification d’Élisabeth Turgeon. À notre arrivée dans cette magnifique ville du Bas Saint-Laurent, on était en fête depuis déjà une semaine puisque les célébrations entourant la béatification s’étalaient du dimanche 19 au dimanche 26 avril 2015. Si je pouvais trouver un mot pour qualifier notre brève escapade rimouskoise, je dirais l’accueil. Tant du côté de l’archidiocèse de Rimouski que des sœurs de la Congrégation de Notre-Dame du Saint-Rosaire, nous avons été accueillis à bras ouverts. Comme l’enseigne Jésus : « on juge un arbre à ses fruits » (Mt 7,16). Eh, bien je me considère un témoin oculaire de la sainteté de la fondatrice de cette congrégation qui fut élevée à la Gloire des autels dimanche dernier.

Bienheureuse de Québec à Rimouski

Comme l’affirmait le Cardinal Gérald Cyprien Lacroix dans l’homélie de béatification d’Élisabeth Turgeon, c’est dans le diocèse de Québec et plus particulièrement à Beaumont qu’Élisabeth a vu le jour le 7 février 1840. Appelée par l’évêque de Rimouski en 1875 pour s’occuper de l’éducation des plus pauvres du diocèse, elle fait profession de vie religieuse, le 12 septembre 1879, et est nommée première supérieure de sa Congrégation le même jour !

Sa promptitude à accepter cette lourde charge ne doit pas être confondue avec un manque de prudence. Elle était en effet convaincue que les moyens humains, comme la vie communautaire, étaient essentiels à cette tâche titanesque qu’était l’éducation à cette époque de l’histoire du Québec. Malgré un talent naturel pour les choses de l’esprit ainsi qu’une capacité hors norme d’organisation et de gouvernement, les défis n’ont pas manqué. Le plus grand de ceux-ci fut évidemment la pauvreté. Cette indigence que la nouvelle congrégation combattait d’arrache-pied en instruisant les enfants pauvres, les religieuses allaient y goûter elles-mêmes. Peut-être est-ce le signe de cette véritable abnégation caractéristique des saints qui consiste à suivre l’humilité du Christ : « lui qui est riche, il s’est fait pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté » (2 Cor 8,9) ? En tout cas, c’était l’opinion du père rédemptoriste Tielen qui témoignait « qu’une œuvre bâtie sur une telle pauvreté ne peut être que l’œuvre de Dieu ». [Read more…]