« Adveniat regnum tuam! » – Que ton règne vienne!


Homelie du Saint Père Benoit XVI – 25 novembre, 2012

Messieurs les Cardinaux,
Vénérés frères dans l’épiscopat et dans le sacerdoce,
Chers frères et sœurs,

La solennité du Christ-Roi de l’univers – couronnement de l’année liturgique – s’enrichit aujourd’hui de l’accueil dans le Collège cardinalice de six nouveaux Membres que, selon la tradition, j’ai invités à concélébrer avec moi l’Eucharistie, ce matin. À chacun d’eux, j’adresse mes plus cordiales salutations, en remerciant le Cardinal James Michael Harvey pour les paroles courtoises qu’il m’a adressées au nom de tous. Je salue les autres Cardinaux et tous les Prélats présents, ainsi que les illustres autorités, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, les prêtres, les religieux et tous les fidèles, particulièrement ceux venus des diocèses confiés à la charge pastorale des nouveaux Cardinaux.

En ce dernier dimanche de l’année liturgique, l’Église nous invite à célébrer le Seigneur Jésus, Roi de l’univers. Elle nous appelle à tourner notre regard vers l’avenir, ou mieux plus profondément, vers la destination finale de l’histoire qui sera le règne définitif et éternel du Christ. Il était au commencement avec le Père, quand le monde a été créé, et il manifestera pleinement sa seigneurie à la fin des temps, quand il jugera tous les hommes. Les trois lectures d’aujourd’hui nous parlent de ce règne. Dans le passage de l’évangile, tiré de l’Évangile de Saint Jean, que nous avons écouté, Jésus se trouve dans une situation humiliante – celle d’accusé – devant le pouvoir romain. Il a été arrêté, insulté, raillé, et ses ennemis espèrent obtenir maintenant sa condamnation au supplice de la croix. Ils l’ont présenté à Pilate comme quelqu’un qui aspire au pouvoir politique, comme le prétendu roi des juifs. Le procureur romain mène son enquête et interroge Jésus : « Es-tu le roi des Juifs ? » (Jn 18, 33). Répondant à cette demande, Jésus précise la nature de son règne et de sa messianité-même, qui n’est pas un pouvoir mondain, mais un amour qui sert ; il affirme que son règne ne doit pas être absolument confondu avec un règne politique quelconque : « Ma royauté ne vient pas de ce monde … Non, ma royauté ne vient pas d’ici » (v. 36). [Read more…]

Un « nuage de témoins »


Le pape Benoît XVI canonise trois nouveaux saints
provenant de pays où sont présents les Chevaliers de Colomb

Par le père Thomas Rosica, c.s.b..

Le dimanche de la Journée mondiale des missions, le 21 octobre à Rome durant le synode sur la nouvelle évangélisation, le pape Benoît XVI a canonisé sept nouveaux saints et saintes. Parmi les élus se trouvaient deux martyrs (un jésuite français missionnaire à Madagascar et un jeune laïc des Phillipines); un prêtre italien, fondateur d’ordre et une religieuse française, fondatrice de communauté; deux femmes laïques (une autochtone d’Amérique du Nord et une Allemande); ainsi qu’une religieuse allemande qui a oeuvré dans une colonie de lépreux.

Trois des personnes canonisées passaient leurs vies dans des pays où sont présents actuellement les Chevaliers de Colomb.

STE MARIANNE COPE : MÈRE DES PERSONNES REJETÉES

Mère Marianne Cope (1838-1918), autrefois Barbara Koob (Cope actuellement), est née le 23 janvier 1838, et a été baptisée le lendemain au pays qui aujourd’hui se trouve l’Allemagne de l’Ouest. Peu après, sa famille émigre aux États-Unis où Barbara travaille dans une usine comme journalière avant de poursuivre sa vocation dans la vie religieuse.

La jeune soeur Marianne est professeur et administratrice d’un hôpital et, en 1870, est élue supérieure de l’Hôpital Saint-Joseph de Syracuse. En 1883, elle reçoit une invitation inattendue du père Léonor Fouesnel, émissaire du gouvernement, la priant de venir aider les « membres affligés » du Royaume d’Hawaii.

Mère Marianne accepte l’invitation de partager la tâche d’avoir soin des lépreux sur l’île de Molokai. En 1883, elle part avec six religieuses dans l’intention d’établir celles-ci pour ensuite retourner à Syracuse. Toutefois, après avoir dirigé un hôpital de Honolulu pendant cinq ans, Mère Marianne se porte bénévole à son tour en vue doeuvrer auprès des lépreux qui y sont condamnés.

La vie de mère Marianne s’avère le complément de la vie de saint Damien de Molokaï (1840-1889), admiré pour s’être sacrifiée auprès des lépreux d’Hawaii. Mère Marianne passe les 30 dernières années de sa vie à oeuvrer de près avec le père Damien et avec les rejetés de la société. Quand elle meurt à 80 ans, en 1918, un journal de Honolulu note : « Il est rare qu’il soit accordé à une femme d’avoir l’occasion de se vouer à chaque heure de sa vie pendant 30 ans au maternage de gens isolés de reste du monde par ordonnance officielle. Elle y a risqué sa vie durant toute cette période, affronté toutes les difficultés d’un courage à toute épreuve et était reconnue pour son doux sourire. »

SAINTE KATERI TEKAKWITHA: MODÈLE DE LA NOUVELLE ÉVANGÉLISATION

Sainte Kateri Tekakwitha, connue sous le nom de « Lys des Agniers », naît en 1656, d’une mère algonquine et d’un père mohawk, dans le nord de l’état de New York. À quatre ans, une épidémie de variole s’empare du village de Kateri, causant la mort de ses parents et d’un frère bambin, laissant Kateri orpheline. La variole la défigure et détériore sérieusement sa vue. Bien que terriblement affaiblie, défigurée et presque aveugle, elle survit et est adoptée par un oncle, chef mohawk. [Read more…]

Discours d’ouverture de Mgr André Vingt-Trois, Archevêque de Paris, président de la Conférence des évêques de France

Les évêques de France sont rassemblés à Lourdes pour leur assemblée plénière annuelle durant toute cette semaine. Mgr André Vingt-Trois, Archevêque de Paris, président de la Conférence des évêques de France a prononcé le discours d’ouverture. Le voici dans son intégralité

« Chers Frères et Amis,

L’assemblée plénière que nous ouvrons aujourd’hui ne manquera pas de sujets d’actualité pour nourrir nos débats et nos conversations privées. Vous comprendrez sans doute que, revenant juste de la session ordinaire du synode des évêques, les sept évêques français qui y ont participé soient encore sous l’impression très vive de ce grand moment de la vie de notre Église et que nous tentions de vous en rendre compte. Non seulement le thème choisi : « La nouvelle évangélisation et la transmission de la foi chrétienne », en vaut la peine, mais aussi la conjoncture du calendrier qui correspond au cinquantième anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II. [Read more…]

Messe en direct pour Sainte Kateri dimanche 4 novembre, 14h15 HE


Ce dimanche, 4 novembre
, Sel et Lumière diffusera en direct la messe d’action de grâce pour la canonisation de Kateri Tekakwitha, première femme autochtone de l’Amérique du Nord déclarée sainte.

La célébration débutera à 14h15 HE en la basilique de l’Oratoire Saint-Joseph de Montréal, et sera présidée par Mgr Lionel Gendron, évêque du diocèse de Saint-Jean Longueuil, où est enterrée Sainte Kateri. Plusieurs évêques seront présents pour cette célébration nationale : Mgr Paul-André Durocher, archevêque de Gatineau, Vice-Président de la CECC, Mgr Christian Lépine, archevêque de Montréal, Mgr Jacques Berthelet, évêque émérite de Saint-Jean-Longueuil, et Mgr Louis Dicaire, évêque auxiliaire du diocèse.
Plusieurs dignitaires et représentants des communautés des Premiers Nations y seront également représentés, plus particulièrement de la communauté de Kahnawake où sainte Kateri a vécu et est décédée.

Sainte Kateri Tekakwitha a été canonisée, le 21 octobre 2012, par le pape Benoît XVI au cours d’une messe solennelle Place Saint-Pierre, à Rome. Une importante délégation canadienne était présente pour l’occasion, ainsi que 1500 pèlerins venus de tout le pays.

Messe de clôture du Synode : le Pape souligne l’urgence de la Nouvelle évangélisation « là où la lumière de la foi s’est affaiblie »


Conclusion de la XIII° Assemblée générale ordinaire du Synode des Évêques

HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE

Vénérés Frères,
Messieurs et Mesdames,
chers frères et sœurs !

Le miracle de la guérison de l’aveugle Bartimée a une position remarquable dans la structure de l’Évangile de Marc. En effet, il est placé à la fin de la section qui est appelée « voyage à Jérusalem », c’est-à-dire le dernier pèlerinage de Jésus à la Ville sainte, pour la Pâque au cours de laquelle il sait que l’attendent la passion, la mort et la résurrection. Pour monter à Jérusalem de la vallée du Jourdain, Jésus passe par Jéricho, et la rencontre avec Bartimée a lieu à la sortie de la ville, « tandis que – remarque l’évangéliste – Jésus sortait de Jéricho avec ses disciples et une foule nombreuse » (10, 46), cette foule qui, d’ici peu, acclamera Jésus comme Messie à son entrée à Jérusalem. Et le long de la route était assis pour mendier Bartimée, dont le nom signifie « fils de Timée », comme dit l’évangéliste lui-même. Tout l’Évangile de Marc est un itinéraire de foi, qui se développe graduellement à l’école de Jésus. Les disciples sont les premiers acteurs de ce parcours de découverte, mais il y a aussi d’autres personnages qui occupent un rôle important, et Bartimée est l’un d’eux. Sa guérison est la dernière guérison miraculeuse que Jésus accomplit avant sa passion, et ce n’est pas par hasard que c’est celle d’un aveugle, c’est-à-dire d’une personne dont les yeux ont perdu la lumière. Nous savons aussi par d’autres textes que la condition de cécité a une signification chargée de sens dans les Évangiles. Elle représente l’homme qui a besoin de la lumière de Dieu, la lumière de la foi, pour connaître vraiment la réalité et marcher sur le chemin de la vie. Il est essentiel de se reconnaître aveugles, de reconnaître qu’on a besoin de cette lumière, sans quoi on reste aveugle pour toujours (cf. Jn 9, 39-41).

À ce point stratégique du récit de Marc, Bartimée est donc présenté comme un modèle. Il n’est pas aveugle de naissance, mais il a perdu la vue : il est l’homme qui a perdu la lumière et en est conscient, mais il n’a pas perdu l’espérance, il sait accueillir la possibilité de la rencontre avec Jésus et se confie à lui pour être guéri. En effet, quand il entend que le Maître passe sur la route, il crie : « Jésus, Fils de David, aie pitié de moi ! » (Mc 10, 47), et il le répète avec force (v. 48). Et quand Jésus l’appelle et lui demande ce qu’il veut de lui, il répond, « Rabbouni, que je voie ! » (v. 51). Bartimée représente l’homme qui reconnaît son mal et crie vers le Seigneur, confiant d’être guéri. Son invocation, simple et sincère, est exemplaire, et en effet – comme celle du publicain au temple : « Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis » (Lc 18, 13) – elle est entrée dans la tradition de la prière chrétienne. Dans la rencontre avec le Christ, vécue avec foi, Bartimée retrouve la lumière qu’il avait perdue et avec elle la plénitude de sa dignité : il se remet debout et reprend sa marche, qui à partir de ce moment a un guide, Jésus, et une route, la même que Jésus parcourt. L’évangéliste ne nous dira plus rien de Bartimée, mais en lui il nous présente qui est le disciple : celui qui, avec la lumière de la foi, suit Jésus « sur la route » (v. 52). [Read more…]

Liste du conseil post-synodal

Voici la liste du Conseil post-synodal que Mgr Nikola Eterovic, Secrétaire général du Synode des Évêques vient de communiquer:

– Card. Christoph SCHÖNBORN, O.P., Archevêque de Vienne, Président de la Conférence Épiscopale (AUTRICHE)
–  Card. Wilfrid Fox NAPIER, O.F.M., Archevêque de Durban (AFRIQUE DU SUD)
–  Card. Peter Kodwo Appiah TURKSON, Président du Conseil Pontifical Justice et Paix (CITÉ DU VATICAN)
–  Card. George PELL, Archevêque de Sydney (AUSTRALIE)
– Card. Péter ERDŐ, Archevêque d’Esztergom-Budapest, Président de la Conférence Épiscopale, Président du Conseil des Conférences Épiscopales d’Europe (CCEE) (HONGRIE)
–  Card. Oswald GRACIAS, Archevêque de Bombay, Secrétaire général de la « Fédération des Conférences Épiscopales d’Asie » (FABC) (INDE)
–  Card. Odilo Pedro SCHERER, Archevêque de São Paulo (BRÉSIL)
– Card. Laurent MONSENGWO PASINYA, Archevêque de Kinshasa (RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO)
– Card. Donald William WUERL, Archevêque de Washington (ÉTATS-UNIS)
–  Card. Timothy Michael DOLAN, Archevêque de New York, Président de la Conférence Épiscopale (ÉTATS-UNIS)
– S. B. Rév. Sviatoslav SCHEVCHUK, Archevêque Majeur de Kiev-Halyč, Chef du Synode de l’Église ukrainienne gréco-catholique (UKRAINE)
–  Mgr Bruno FORTE, Archevêque de Chieti-Vasto (ITALIE)
–  Mgr Salvatore FISICHELLA, Archevêque titulaire de Voghenza, Président du Conseil pontifical pour la Promotion de la Nouvelle Evangélisation (CITÉ DU VATICAN)
–  Mgr Luis Antonio G. TAGLE, Archevêque de Manille (PHILIPPINES)
–  Mgr Santiago Jaime SILVA RETAMALES, Évêque titulaire de Bela, Évêque auxiliaire de Valparaíso, Secrétaire général du Conseil épiscopal latino-américain (C.E.L.AM.) (COLOMBIE)

Message final du synode sur la nouvelle évangélisation

Le synode des évêques sur la nouvelle évangélisation a été un temps de grâce pour l’Eglise universelle et va porter du fruit. Les Pères synodaux ont approuvé ce message final. Le voici dans son intégralité:

« Frères et sœurs,
Que la grâce et la paix soient avec vous tous, de la part de Dieu notre Père et de Jésus-Christ le Seigneur»(Rm 1,7). Nous, évêques venant du monde entier, réunis à l’invitation de l’évêque de Rome, le Pape Benoît XVI, pour réfléchir sur «la nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne», avant de rentrer dans nos Églises particulières, nous voulons nous adresser à vous tous, pour soutenir et orienter le service de l’Évangile dans les différents contextes où nous nous retrouvons pour témoigner.

1. Comme la Samaritaine au puits de Jacob
Nous nous laissons illuminer par une page de l’Évangile: la rencontre de Jésus avec la Samaritaine au puits de Jacob (cf. Jn 4,5-42). Il n’y a pas d’homme ou de femme qui ne se trouve, à un moment de sa vie, comme la femme de Samarie, près d’un puits avec une cruche vide et l’espérance de trouver la réalisation de l’aspiration la plus profonde du cœur, la seule qui puisse donner sa pleine signification à l’existence. Aujourd’hui, nombreux sont les puits qui s’offrent à la soif de l’homme, mais un discernement est nécessaire afin d’éviter des eaux polluées. Il est urgent de bien orienter la recherche pour ne pas devenir la proie de désillusions destructrices. [Read more…]

Bienheureuse Kateri Tekakwitha

A la veille de la canonisation de la Bienheureuse Kateri Tekakwitha, voici la réflexion du P. Thomas Rosica, csb, sur cette future sainte, inspiration pour tous et toutes.

« Un temps pour le réalisme »

Homélie de la messe d’ouverture de l’Année de la foi


11 octobre 2012

En cette messe d’ouverture de l’Année de la foi, le pape Benoit XVI a prononcé une homélie dans laquelle il a évoqué le Concile Vatican II. La voici dans son intégralité:

Vénérés frères
Chers frères et soeurs,

À 50 ans de l’ouverture du Concile Oecuménique Vatican II, c’est avec une joie profonde que nous inaugurons aujourd’hui l’Année de la foi. Je suis heureux de saluer toutes les personnes présentes, en particulier Sa Sainteté Bartholomée I, Patriarche de Constantinople, ainsi que Sa Grâce Rowan Williams, Archevêque de Canterbury. J’ai une pensée spéciale pour les Patriarches et les Archevêques majeurs des Églises orientales catholiques et pour les Présidents des Conférences épiscopales. Pour faire mémoire du Concile, que certains d’entre nous ici présents et que je salue affectueusement ont eu la grâce de vivre personnellement, cette célébration est encore enrichie par quelques signes spécifiques : la procession initiale qui rappelle la procession inoubliable des Pères conciliaires lorsqu’’ils firent leur entrée solennelle dans cette Basilique ; l’intronisation de l’Evangéliaire, copie de celui-là même qui a été utilisé durant le Concile ; les sept Messages finaux du Concile ainsi que le Catéchisme de l’Église catholique que je remettrai à la fin de la Messe, avant la Bénédiction. Non seulement ces signes nous rappellent le devoir de commémoration qui est le nôtre, mais ils nous offrent aussi l’opportunité de dépasser cette perspective pour aller au-delà. Ils nous invitent à entrer plus avant dans le mouvement spirituel qui a caractérisé Vatican II, pour se l’’approprier et lui donner tout son sens. Ce sens fut et demeure la foi en Christ, la foi apostolique, animée par l’’élan intérieur qui pousse à annoncer le Christ à chaque homme et à tous les hommes pendant le pèlerinage de l’Église sur les chemins de l’histoire.

La cohérence entre l’Année de la foi que nous ouvrons aujourd’hui et le chemin que l’Église a parcouru depuis les 50 dernières années est évidente : à commencer par le Concile, puis à travers le Magistère du Serviteur de Dieu Paul VI qui, déjà en 1967, avait proclamé une « Année de la foi », jusqu’’au Grand Jubilé de l’’an 2000 par lequel le Bienheureux Jean-Paul II a proposé à nouveau à toute l’’humanité Jésus-Christ comme unique Sauveur, hier, aujourd’’hui et pour toujours. Entre ces deux pontifes, Paul VI et Jean-Paul II, existe une convergence totale et profonde précisément au sujet du Christ, centre du cosmos et de l’histoire, ainsi qu’au regard du zèle apostolique qui les a portés à l’annoncer au monde. Jésus est le centre de la foi chrétienne. Le chrétien croit en Dieu par Jésus qui nous en a révélé le visage. Il est l’’accomplissement des Écritures et leur interprète définitif. Jésus-Christ n’est pas seulement objet de la foi mais, comme le dit la Lettre aux Hébreux, il est « celui qui donne origine à la foi et la porte à sa plénitude » (He 12,2).

L’’Évangile de ce jour nous dit que Jésus, consacré par le Père dans l’Esprit-Saint, est le sujet véritable et pérenne de l’évangélisation. « L’Esprit du Seigneur est sur moi pour cela il m’’a consacré par l’’onction et m’’a envoyé annoncer aux pauvres une bonne nouvelle » (Lc 4,18). Cette mission du Christ, ce mouvement, se poursuit dans l’’espace et dans le temps, il traverse les siècles et les continents. C’’est un mouvement qui part du Père et, avec la force de l’’Esprit, porte la bonne nouvelle aux pauvres de tous les temps, au sens matériel et spirituel. L’’Église est l ’instrument premier et nécessaire de cette œœuvre du Christ parce qu’elle est unie à Lui comme le corps l’est à la tête. « Comme le Père m’’a envoyé, moi-aussi je vous envoie » (Jn 20, 21). C’’est ce qu’’a dit le Ressuscité aux disciples et, soufflant sur eux, il ajouta : « Recevez l’’Esprit Saint » (v. 22). C’est Dieu le sujet principal de l’évangélisation du monde, à travers Jésus-Christ ; mais le Christ lui-même a voulu transmettre à l’’Église sa propre mission, il l’a fait et continue de le faire jusqu’’à la fin des temps en répandant l’’Esprit-Saint sur les disciples, ce même Esprit qui se posa sur Lui et demeura en Lui durant toute sa vie terrestre, Lui donnant la force de « proclamer aux prisonniers la libération et aux aveugles la vue », de « remettre en liberté les opprimés » et de « proclamer une année de grâce du Seigneur » (Lc 4, 18-19).

Le Concile Vatican II n’a pas voulu consacrer un document spécifique au thème de la foi. Pourtant, il a été entièrement animé par la conscience et le désir de devoir, pour ainsi dire, s’’immerger à nouveau dans le mystère chrétien, afin d’’être en mesure de le proposer à nouveau efficacement à l’’homme contemporain. A cet égard, le Serviteur de Dieu Paul VI déclarait deux ans après la clôture de l’Assise conciliaire : « Si le Concile ne traite pas expressément de la foi, il en parle à chaque page, il en reconnait le caractère vital et surnaturel, il la répute entière et forte et établit sur elle toutes ses affirmations doctrinales. Il suffirait de rappeler quelques affirmations conciliaires […] pour se rendre compte de l’’importance essentielle que le Concile, en cohérence avec la tradition doctrinale de l’’Église, attribue à la foi, à la vraie foi, celle qui a pour source le Christ et pour canal le magistère de l’Eglise (Catéchèse de l’’Audience générale du 8 mars 1967). Ainsi s’exprimait Paul VI.

Mais nous devons maintenant remonter à celui qui a convoqué le Concile Vatican II et qui l’’ouvrit : le Bienheureux Jean XXIII. Dans son discours inaugural, celui-ci présenta le but principal du Concile en ces termes : « Voici ce qui intéresse le Concile Œœcuménique : que le dépôt sacré de la doctrine chrétienne soit défendu et enseigné de façon plus efficace. (…) Le but principal de ce Concile n’’est donc pas la discussion de tel ou tel thème de doctrine … pour cela il n’’est pas besoin d’’un Concile … Il est nécessaire que cette doctrine certaine et immuable, qui doit être fidèlement respectée, soit approfondie et présentée de façon à répondre aux exigences de notre temps » (AAS 54 [1962], 790.791-792)

À la lumière de ces paroles, on comprend ce que j’ai moi-même eu l’occasion d’expérimenter : durant le Concile il y avait une tension émouvante face au devoir commun de faire resplendir la vérité et la beauté de la foi dans l’aujourd’’hui de notre temps, sans pour autant sacrifier aux exigences du moment présent ni la confiner au passé : dans la foi résonne l’éternel présent de Dieu, qui transcende le temps et qui pourtant ne peut être accueillie par nous que dans notre aujourd’hui qui est unique. C’’est pourquoi je considère que la chose la plus importante, surtout pour un anniversaire aussi significatif que celui-ci, est de raviver dans toute l’’Église cette tension positive, ce désir d’’annoncer à nouveau le Christ à l’’homme contemporain. Mais afin que cet élan intérieur pour la nouvelle évangélisation ne reste pas seulement virtuel ou ne soit entaché de confusion, il faut qu’il s’appuie sur un fondement concret et précis, et ce fondement est constitué par les documents du Concile Vatican II dans lesquels il a trouvé son expression. Pour cette raison, j’ai insisté à plusieurs reprises sur la nécessité de revenir, pour ainsi dire, à la  » lettre  » du Concile – c’’est-à-dire à ses textes –pour en découvrir aussi l’’esprit authentique, et j’ai répété que le véritable héritage du Concile réside en eux. La référence aux documents protège des excès ou d’une nostalgie anachronique et ou de courses en avant et permets d’’en saisir la nouveauté dans la continuité. Le Concile n’’a rien produit de nouveau en matière de foi et n’’a pas voulu en ôter ce qui est antique. Il s’est plutôt préoccupé de faire en sorte que la même foi continue à être vécue dans l’’aujourd’’hui, continue à être une foi vivante dans un monde en mutation.

Si nous acceptons la direction authentique que le Bienheureux Jean XXIII a voulu imprimer à Vatican II, nous pourrons la rendre actuelle durant toute cette Année de la foi, dans l’’unique voie de l’’Église qui veut continuellement approfondir le dépôt de la foi que le Christ lui a confié. Les Pères conciliaires entendaient présenter la foi de façon efficace. Et s’ils se sont ouverts dans la confiance au dialogue avec le monde moderne c’est justement parce qu’’ils étaient sûrs de leur foi, de la solidité du roc sur lequel ils s’’appuyaient. En revanche, dans les années qui ont suivi, beaucoup ont accueilli sans discernement la mentalité dominante, mettant en discussion les fondements même du depositum fidei qu’’ils ne ressentaient malheureusement plus comme leurs dans toute leur vérité.

Si aujourd’hui l’Église propose une nouvelle Année de la foi ainsi que la nouvelle évangélisation, ce n’est pas pour célébrer un anniversaire, mais parce que c’’est une nécessité, plus encore qu’’il y a 50 ans ! Et la réponse à donner à cette nécessité est celle voulue par les Papes et par les Pères du Concile, contenue dans ses documents. L’’initiative même de créer un Conseil Pontifical destiné à promouvoir la nouvelle évangélisation, que je remercie pour les efforts déployés pour l’’Année de la foi, entre dans cette perspective. Les dernières décennies ont connu une « désertification » spirituelle. Ce que pouvait signifier une vie, un monde sans Dieu, au temps du Concile, on pouvait déjà le percevoir à travers certaines pages tragiques de l’’histoire, mais aujourd’hui nous le voyons malheureusement tous les jours autour de nous. C’’est le vide qui s’’est propagé. Mais c’’est justement à partir de l’’expérience de ce désert, de ce vide, que nous pouvons découvrir de nouveau la joie de croire, son importance vitale pour nous, les hommes et les femmes. Dans le désert on redécouvre la valeur de ce qui est essentiel pour vivre ; ainsi dans le monde contemporain les signes de la soif de Dieu, du sens ultime de la vie, sont innombrables bien que souvent exprimés de façon implicite ou négative. Et dans le désert il faut surtout des personnes de foi qui, par l’’exemple de leur vie, montrent le chemin vers la Terre promise et ainsi tiennent en éveil l’’espérance. La foi vécue ouvre le cœœur à la Grâce de Dieu qui libère du pessimisme. Aujourd’’hui plus que jamais évangéliser signifie rendre témoignage d’’une vie nouvelle, transformée par Dieu, et ainsi indiquer le chemin. La première Lecture nous a parlé de la Sagesse du voyageur (cf. Sir 34,9-13) : le voyage est une métaphore de la vie et le voyageur sage est celui qui a appris l’’art de vivre et est capable de le partager avec ses frères – comme c’’est le cas pour les pèlerins sur le Chemin de Saint-Jacques ou sur les autres voies qui ont connu récemment, non par hasard, un regain de fréquentation. Comment se fait-il que tant de personnes ressentent le besoin de parcourir ces chemins ? Ne serait-ce pas parce qu’ils trouvent là, ou au moins y perçoivent quelque chose du sens de notre être au monde ? Voici alors la façon dont nous pouvons penser cette Année de la foi : un pèlerinage dans les déserts du monde contemporain, au cours duquel il nous faut emporter seulement ce qui est essentiel : ni bâton, ni sac, ni pain, ni argent et n’ayez pas deux tuniques –comme dit le Seigneur à ses Apôtres en les envoyant en mission (cf. Lc 9,3) – mais l’’Évangile et la foi de l’’Église dont les documents du Concile Œœcuménique Vatican II sont l’’expression lumineuse, comme l’’est également le Catéchisme de l’’Église catholique, publié il y a 20 ans maintenant.

Vénérés et chers Frères, le 11 octobre 1962 on célébrait la fête de la Vierge Marie, Mère de Dieu. C’est à elle que nous confions l’Année de la foi, comme je l’’ai fait il y a une semaine lorsque je suis allé en pèlerinage à Lorette. Que la Vierge Marie brille toujours comme l’’étoile sur le chemin de la nouvelle évangélisation. Qu’’elle nous aide à mettre en pratique l’’exhortation de l’Apôtre Paul : « Que la Parole du Christ habite en vous dans toute sa richesse ; instruisez-vous et reprenez-vous les uns les autres avec une vraie sagesse.… Et tout ce que vous dites, tout ce que vous faites, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus Christ, en offrant par lui votre action de grâce à Dieu le Père » (Col 3,16-17). Amen.