Renouveler la famille pour changer le monde

(Image: courtoisie PixAbay) Quelques semaines avant Noël, le pape publiait un livre d’entretien avec le journaliste Austen Ivereigh intitulé « Un temps pour changer » dans lequel il nous invite à saisir l’opportunité que pourrait constituer cette pandémie mondiale. Comment donc opérer ce changement des dynamiques toxiques qui affectent trop souvent nos sociétés ? Et pour cela, comment distinguer « le bon grain de l’ivraie » (Mt, 13, 24) ? Une chose est certaine, si la société a besoin d’être réformée, cela ne pourra se faire qu’avec l’apport de sa cellule fondamentale : la famille. Comme le dit le Concile Vatican II : « Le Créateur a fait de la communauté conjugale l’origine et le fondement de la société humaine » (AA, no 11). Renouveler la société passe donc par une redécouverte du don de la famille. Rien d’étonnant à ce que le même Souverain Pontife ait décrété une année spéciale dédiée à celle-ci.

Des familles au service de la société

Il est clair que le renouvellement de nos cellules familiales ne pourra s’opérer que par la prière et la méditation des Mystères divins. Sans l’action transformatrice de la Grâce de Dieu offerte à tous gratuitement, aucune transformation en profondeur ne sera possible. Or, une des conditions essentielles à ce changement intérieur des familles est le temps. Comme le dit le pape François dans l’exhortation apostolique post-synodale Amoris Laetitia :

L’amour a besoin de temps disponible et gratuit, qui fait passer d’autres choses au second plan. Il faut du temps pour dialoguer, pour s’embrasser sans hâte, pour partager des projets, pour s’écouter, pour se regarder, pour se valoriser, pour renforcer la relation. Parfois le problème, c’est le rythme frénétique de la société, ou les horaires qu’imposent les engagements du travail. D’autres fois le problème est que le temps passé ensemble n’est pas de qualité. (no 224)

Le confinement actuel n’est-il pas le moment opportun nous permettant de nous retrouver et contempler ce qui, en nous, s’opère à chaque instant. Cette frénésie, tel un anesthésiant, ne nous avait-elle pas habitués à orienter nos vies sur ce qui est accessoire sinon futile ? Ainsi, parce qu’elle nous a donné l’opportunité de nous retrouver simplement en famille, la pandémie pourrait être cet élément déclencheur qui « met en évidence l’importance de l’amour comme principe de vie dans la société (cf. n. 44), lieu où s’apprend l’expérience du bien commun » (Caritas in Veritate, no 44).

Une société au service des familles

Il est clair que le constat du pape François n’est pas reluisant. Comme il le dit dans l’encyclique « Fratelli tutti » : « De nombreuses formes d’injustice persistent aujourd’hui dans le monde, alimentées par des visions anthropologiques réductrices et par un modèle économique fondé sur le profit, qui n’hésite pas à exploiter, à exclure et même à tuer l’homme » (no 22). Ce manque de scrupules de certains à abuser de leur position pour dominer l’autre est, nous dit le Pape, une conséquence d’une dilution du sentiment de fraternité universel. Or, comment comprendre et vivre selon cette vérité que cet « autre » est un frère ou une sœur sans en avoir d’abord fait l’expérience en famille ? Nous sommes en plein cercle vicieux. Moins il y aura de familles où se vivent l’amour, la patience, le don et la gratuité, moins nos sociétés pourront être qualifiées de ces adjectifs. Comment s’en sortir ?

Puisqu’il est primordial de retrouver collectivement le sens de la famille, nous devons également surmonter « l’affaiblissement de la foi et de la pratique religieuse [qui] dans certaines sociétés affecte les familles et les laisse davantage seules avec leurs difficultés ». (No 43). En d’autres termes, une des premières mesures en faveur de la promotion de la famille et, donc, d’une société solidaire serait de reconnaître la place qui revient de droit à la religion. Comprenant que le religieux est d’abord et avant tout, une donnée constituante de la nature humaine, la société aurait tout avantage à renouer avec cette dimension religieuse de notre être. Mettre fin au climat de suspicion à l’égard des personnes de foi par une attitude franche et ouverte serait déjà un pas dans la bonne direction et un bon moyen de favoriser la vie familiale authentique à moyen et long terme.

Pour une fructueuse réciprocité

La pandémie de COVID a manifesté l’ensemble de nos fragilités. Ce qui était faible et vulnérable a été fragilisé sinon emporté tandis que ce qui était fort et bien portant a pu supporter sinon profiter de la crise. Même avec les meilleurs systèmes de protection sociale, il est désormais évident qu’il est impossible de prendre soin de toutes les personnes vulnérables. Avec l’appui professionnel des services d’État, seule la famille peut remplir cette tâche immense. Redécouvrir la réciprocité qui doit exister entre la société et la famille et établir des mécanismes imprégnés de cette mutuelle dépendance pourrait être un premier pas vers un avenir meilleur.

Pour approfondir le sujet et aller plus loin, ne manquez pas sur nos ondes lundi 1erfévrier à 20 h 30 l’émission Église en Sortie dédiée à cette question de la famille dans l’Église et la société.

Vivre en présence des anges avec Jacques Gauthier

Cette semaine à Parrêsia, Francis Denis s’entretient de la place et du rôle des anges dans la vie spirituelle chrétienne avec le théologien et auteur Jacques Gauthier. Sont notamment abordés les thèmes de la nature des anges, de leur présence dans l’Ancien et le Nouveau Testament, de Dieu, de la place de Satan dans l’enseignement du pape François et des moyens pratiques pour entretenir notre relation avec notre ange gardien. Tout cela et bien plus sur Parrêsia, votre balado qui prend le temps de penser.

Sur sa chaîne youtube, Jacques Gauthier partage l’essentiel de la foi et la prière chrétienne. Marié et père de famille, il a été professeur à l’Université Saint-Paul d’Ottawa pendant une vingtaine d’années. Auteur de plus de 75 livres, il anime des retraites spirituelles. Ses vidéos portent surtout sur Dieu, le Christ, la foi, la prière, la sainteté. Il y témoigne de la joie de vivre l’Évangile, de sa présence au monde comme poète et théologien. Voici des liens vers d’autres productions de Jacques Gauthier tels que mentionnés dans l’épisode:

www.jacquesgauthier.com
www.jacquesgauthier.com/blog.html
https://twitter.com/jacgauthier
www.facebook.com/jacques.gauthier.921

La liberté d’expression selon le pape François

(photo: courtoisie Pixabay) Nos sociétés sont traversées par des bouleversements : globalisation politique, révolution des communications, transformation du monde du travail et pandémie mondiale.  Les défis auxquels nous faisons face demandent plus que jamais l’engagement de tous au processus démocratique. Or, la condition sine qua non à toute démocratie est la liberté d’expression. En effet, ce n’est qu’en permettant le débat ouvert, l’affrontement et le choc des idées que nous pourrons trouver des solutions aux problèmes auxquels nous sommes confrontés. L’encyclique « Fratelli tutti » du pape François est plus qu’éclairante à ce sujet.

Trop c’est comme pas assez

L’encyclique « Fratelli tutti » est d’abord très pertinente en ce qui a trait aux différents risques qui menacent aujourd’hui la liberté d’expression nécessaire à tout débat public fructueux. Le Pape manifeste un premier risque lorsqu’il écrit : « L’accumulation écrasante d’informations qui nous inondent n’est pas synonyme de plus de sagesse. La sagesse ne se forge pas avec des recherches anxieuses sur internet, ni avec une somme d’informations dont la véracité n’est pas assurée… » (no 50). Soyons clair : loin d’inciter à ne pas s’informer, le Pape invite plutôt à exercer un jugement critique face à notre propre appétit d’informations à la lumière d’une vision de la fraternité apte à distinguer le pertinent de ce qui ne l’est pas. C’est en gardant toujours à l’esprit, à la fois, le bien commun et ce qui relève de ma responsabilité que nous saurons consommer la juste quantité d’information.

Disqualifier n’est pas dialoguer

Lorsqu’on considère le climat politique de nos démocraties occidentales, il est difficile de ne pas voir que nous sommes face à plusieurs impasses. La crise de la covid-19 n’a pas manqué de révéler plusieurs lacunes dans nos délibérations démocratiques. Parmi celles-ci, on trouve une augmentation de la partisannerie. Loin d’être le lieu de mise en commun des idées au service de l’innovation et de la mise en marche de grands projets en faveur du bien commun, les débats se réduisent trop souvent à « Uniquement des recettes de marketing visant des résultats immédiats qui trouvent dans la destruction de l’autre le moyen le plus efficace. Dans ce jeu mesquin de disqualifications, le débat est détourné pour créer une situation permanente de controverse et d’opposition » (no 15).

Alors que nous aurions besoin de riches discussions puisées aux plus récentes découvertes de nos universités, au patrimoine local et aux apports et découvertes des autres pays, le dialogue social se perd trop souvent dans ce qui revient à la loi du plus fort. Pourtant, force politique n’équivaut que très rarement à sagesse sociale. Ainsi, l’appel du Pape à la fraternité pourrait nous inspirer une attitude d’ouverture au dialogue et, ainsi, renouveler notre démocratie.

Des interlocuteurs bien enracinés

Un autre risque menaçant le dialogue public est l’uniformisation constante des cultures, laissant de moins en moins de place à la diversité des histoires, des langues, des cultures, etc. On a souvent parlé de l’impérialisme culturel américain. Or aujourd’hui, et cela a aussi des effets positifs, la globalisation a multiplié les pays qui s’affrontent sur ce terrain. Dans ce contexte, les plus petits peuples et cultures qui ne disposent pas de grands moyens sont grandement menacés. Or, comme le dit le Pape :

« Tout comme il n’est pas de dialogue avec l’autre sans une identité personnelle, de même il n’y a d’ouverture entre les peuples qu’à partir de l’amour de sa terre, de son peuple, de ses traits culturels. Je ne rencontre pas l’autre si je ne possède pas un substrat dans lequel je suis ancré et enraciné (no 143).

Développer une meilleure connaissance et cultiver l’amour que nous avons pour notre propre identité est donc une priorité démocratique dont l’urgence ne devrait pas être sous-estimée.

Un Pape bien informé

Dans cette encyclique, le pape François fait preuve d’une très grande lucidité devant les enjeux qui nous concernent. À travers son diagnostic des logiques malsaines et néfastes qui éloignent nos démocraties de leurs fondements, nous sommes tous invités à redécouvrir les attitudes essentielles pour faire face aux défis qui sont les nôtres. Ainsi, par l’amitié sociale, nous pourrons continuer sur ce « chemin de fraternité, local et universel, [qui]ne peut être parcouru que par des esprits libres et prêts pour de vraies rencontres (no 50).

L’encyclique « Fratelli tutti » avec Jean-Marc Barreau PhD.

Cette semaine dans le cadre de son balado « Parrêsia », Francis Denis s’entretient de la plus récente encyclique du Pape François « Fratelli tutti » avec le prêtre, théologien et professeur adjoint à temps plein à l’Université de Montréal Jean-Marc Barreau PhD. Dans ce dialogue 1h23 min, seront notamment abordés les questions de la politique, l’économie, la spiritualité et des principes centraux à la réalisation de sociétés justes et inclusives. Jean-Marc Barreau est notamment l’auteur d’un livre sur le présent pontificat : François et la miséricorde publié chez Médiaspaul 

Vers une création nouvelle

En marge de l’année « Laudato Sì » décrétée par le pape François, nous poursuivons aujourd’hui nos réflexions sur le thème de la création. C’est un fait établi, la planète montre, depuis un moment déjà, les signes d’un épuisement systématique qui met en péril l’ensemble des écosystèmes. Cette invitation du Saint-Père nous porte donc à reconsidérer notre foi à la lumière du dogme de la Création. Enrichis de nos réflexions, nous serons plus en mesure de faire preuve de discernement lorsque viendra le temps de passer à l’action. 

La Foi en un Dieu Créateur 

La doctrine de la création fait partie du cœur même de notre Foi. Chaque dimanche, lors de la récitation du CREDO, nous affirmons croire en un Dieu « Créateur du ciel et de la terre, de l’univers visible et invisible ». Or, tant dans la liturgie de la Parole que dans l’Eucharistie, ne mettons-nous pas davantage l’accent sur l’action salvatrice de Dieu ? Ne portons-nous pas notre attention sur le Christ venu « pour nous sauver » ? Pourquoi est-il important de garder en tête qu’Il est, à la fois, notre Sauveur et notre Créateur ?

Dans son célèbre prologue, saint Jean nous enseigne qu’ « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. C’est par lui que tout est venu à l’existence » (Jn 1, 1-3). L’évangéliste met donc clairement l’emphase sur l’égalité, l’unité mais introduit une certaine distinction entre le Verbe (le Fils) et Dieu (le Père). Cela manifeste donc que l’acte créateur est l’œuvre de toute la Trinité. Or, ces versets mettent également l’accent sur l’action du Verbe dans l’acte créateur. Cela est certainement dû au fait qu’à l’époque de Jean, certaines doctrines « néo-platoniciennes » enseignaient l’existence d’un « démiurge » : d’un créateur du monde mais inégal au premier principe. Pour éviter tout quiproquo, saint Jean, sous l’inspiration du Saint Esprit, souligne que, bien qu’au commencement « Le Verbe était Dieu », « Rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui » (Jn 1, 3). La seconde Personne de la Trinité était et est toujours pleinement présente dans l’acte créateur. Mais, pour revenir à la question initiale : qu’est-ce que cela apporte de plus de savoir que Celui qui nous sauve est, en même temps, Celui qui nous a créé ?

Croire en la bonté de la création

Dans un premier temps, cela nous évite d’imputer à Dieu l’existence du mal. Si Dieu s’est incarné en Jésus-Christ en vue de nous sauver par l’entremise de sa passion et de sa mort sur la Croix, il devient évident que l’existence du mal ne peut lui être créditée. Comme le dit le pape François, le Christ n’était pas « sado-masochiste ». De plus, saint Paul écrit : « Tout est créé par lui et pour lui. Il est avant toute chose, et tout subsiste en lui » (Col, 16-17), cela montre bien que la création en tant que telle n’est pas mauvaise mais bonne. Le péché ne peut donc pas s’identifier aux êtres mais au non-respect de leur nature. Par exemple, ce n’est pas la nourriture qui est mauvaise mais son abus, ce n’est pas la sexualité qui est mauvaise mais son exercice en dehors de l’amour véritable, etc. 

S’agenouiller à la Messe devant le crucifix signifie donc, non seulement un acte d’adoration devant l’œuvre rédemptrice de Dieu, mais également une profession de foi en la bonté et en la valeur inestimable de toute la création. Par son sacrifice, notre Sauveur manifeste aussi l’accomplissement de son œuvre créatrice. Il accomplit ce qui était « prévu avant tous les siècles ». Or, cette prise de conscience est primordiale si nous voulons que les choses s’améliorent.

En effet, il n’est pas rare aujourd’hui d’entendre certaines personnes qui, par un souci légitime de l’environnement, dénigrent l’être humain. Selon eux, pour le bien de la création, il vaudrait mieux que l’humanité n’existe pas. Or, comme nous l’avons vu, la vision chrétienne est aux antipodes de cette conception. Sous prétexte de défendre la nature, certains sont prêts à en exclure une bonne partie. Dénigrer l’humanité c’est aussi dénigrer son environnement. Au contraire, le christianisme nous invite à, non seulement considérer l’humanité comme partie prenante de la création, mais aussi à croire en sa capacité de faire le bien. Ainsi puisque, la croix est le lieu et le symbole de la création nouvelle, les chrétiens sont invités à faire de leur vie un témoignage de l’efficacité transformatrice de Dieu sur la création toute entière. Sur l’autel, ce n’est pas seulement l’humanité qui est sauvée mais aussi, et à travers elle, c’est la création entière qui est transfigurée. Dans ce contexte, prendre sa croix signifiera aussi prendre sur soi la responsabilité d’agir en protecteur du monde créé.

Le discernement pour éviter le pire

Nous le voyons de plus en plus clairement, avoir de beaux sentiments ne suffira pas à inverser la tendance qui va dans le sens de la dégradation de la création. Tant par sa Révélation d’un Dieu créateur et sauveur, Jésus-Christ nous invite non seulement à retrouver une juste conception de la création  mais aussi à redécouvrir cette confiance en l’humanité, celle-là même dont Il a fait preuve lors de son ultime Sacrifice. De cela surgiront une attitude de contemplation devant l’univers et de nouvelles pistes de solution pour faire face à l’avenir. 

«Tout est lié»: une année pour une prise de conscience

Le 24 mai dernier, le pape François annonçait la tenue d’une année consacrée à l’encyclique « Laudato Sì »[1]pour souligner le cinquième anniversaire de la publicationde ce document programmatique de son pontificat. Cette année sera donc l’occasion de redécouvrir ce thème de la sauvegarde de la maison commune en approfondissant nos réflexions sur cet enjeu crucial pour notre temps. Dans ce contexte, j’ai donc cru approprié d’écrire une série d’articles sur l’amour de la création qui, j’ose l’espérer, pourront nous aider à cheminer personnellement et collectivement vers un monde plus propre et plus respectueux de la nature.

Environnement ou création ?

Dans le langage courant, nous utilisons souvent le terme « environnement » pour parler du monde qui nous entoure. La tradition chrétienne, cependant, a toujours préféré celui de « création ». Ce qui n’est pas anodin puisque l’utilisation de ce mot a deux significations implicites. D’abord, on comprend que l’humanité est le centre de l’univers créé. Lorsque nous y pensons, le mot « environnement » signifie ce qui nous entoure. Deuxièmement, ce mot introduit une séparation de l’humanité avec le reste l’univers puisque si l’environnement est tout ce qui est autour de nous, c’est que nous n’en faisons pas vraiment partie. Pour ces deux raisons, l’Église préfère parler de « création ».

En effet, le mot création a le double mérite d’éviter les deux écueils que je viens de souligner. Par ce terme, on comprend tout de suite que l’humanité, bien qu’ayant une place de choix dans la création, ne l’a toutefois pas créée. L’humanité n’en est donc ni le centre et n’est pas non plus un démiurge pensant pouvoir en faire ce qu’il veut. Toutes prétentions à imposer au réel ses propres volontés indépendamment des lois de la nature voulues par le créateur sont donc implicitement exclues dans l’utilisation du terme « création ». Comprendre que seul Dieu est le maître et possesseur de l’univers signifie aussi que l’humanité n’est pas à l’extérieur de l’environnement mais à l’intérieur de la création.

Ni dieux, ni bêtes

Comprendre la profondeur du mot création nous porte également à découvrir deux tendances que l’on trouve aujourd’hui sous des formes inédites.Comme l’enseigne la Doctrine sociale de l’Église : « Une vision de l’homme et des choses sans aucune référence à la transcendance a conduit à réfuter le concept de création et à attribuer à l’homme et à la nature une existence complètement autonome » (CDSE no 464). Cette illusion d’autonomie a aujourd’hui deux visages.

L’immense pouvoir que nous donnent les technologies modernes pose plus que jamais la question des principes guidant leur utilisation. Or, la crise climatique actuelle est la preuve que, contrairement à ce que nous avons fait par le passé, nous ne pouvons plus « réduire de manière utilitariste la nature à un simple objet de manipulation et d’exploitation » (CDSE no 463). Notre vocation personnelle et collective est un appel à la responsabilité. Chacun à son niveau, nous devons donc nous interroger sur notre rapport avec l’ordre créé par Dieu qui se trouve, comme nous l’avons vu, tant à l’intérieurqu’à l’extérieurde nous. Mon opinion personnelle est que la santé de la planète ne se réalisera que si la santé spirituelle et morale de l’homme est prise au sérieux. Malheureusement, cela ne semble pas être la priorité à l’heure actuelle.

L’urgence de prendre au sérieux les enjeux climatiques en porte aussi plusieurs à entretenir un rapport nocif avec la création en la faisant «prévaloir sur la personne humaine au plan de la dignité(CDSE no 463).La nature n’est pas une déesse ! Même si nous la considérons responsable du désastre actuel, il ne sert à rien de sous-estimer la valeur de notre propre dignité. C’est justement du manque de conscience de sa propre grandeur qu’on procédés les courses effrénées au profit et à sans égards aux cycles et aux limites de notre planète. En d’autres termes, c’est parce que nous avons trop souvent abaissé notre conception de la nature humaine à celle de consommateur que nous sommes restés volontairement aveugles à l’épuisement des ressources.  Ainsi,  notre engagement en faveur de notre maison commune dépendra en grande partie d’une juste conception de nous-mêmes. Ni dieux, ni bêtes.

Duc in altum

Alors que nous amorçons la troisième décennie du XXIe siècle, le Pape nous invite à poursuivre la réflexion sur les liens qui nous unissent avec Dieu, entre nous et avec toute la création. Les derniers mois ont été particulièrement révélateurs de la grandissante interconnexion de l’humanité. Prions pour que cette connexion soit l’occasion de véritablement entreprendre un changement de paradigme en faveur d’un monde où la dignité de tous les êtres sera reconnue à sa juste valeur, ni plus ni moins. 

Homélie du pape François pour le dimanche de la Divine Miséricorde

(CNS photo/Vatican Media) Vous trouverez ci-dessous le texte de l’homélie du pape François pour le Dimanche de la Miséricorde et telle que prononcée lors de la Messe célébrée en l’église du Saint-Esprit à proximité du Vatican:

Dimanche dernier, nous avons célébré la résurrection du Maître. Aujourd’hui, nous assistonsà la résurrection du disciple. Une semaine s’est écoulée, une semaine que les disciples, bien qu’ayantvu le Ressuscité, ont passée dans la peur, « les portes verrouillées » (Jn 20, 26), sans même réussir àconvaincre de la résurrection l’unique absent, Thomas. Que fait Jésus face à cette incrédulité craintive ? Il revient, il se met dans la même position, « au milieu » des disciples et répète la même salutation : « La paix soit avec vous !» (Jn 20, 19.26). Il recommence tout depuis le début. La résurrection du disciple commence ici, à partir de cette miséricorde fidèle et patiente, à partir de la découverte que Dieu ne se lasse pas de nous tendre la main pour nous relever de nos chutes. Il veut que nous le voyions ainsi : non pas comme un patron à qui nous devons rendre des comptes, mais comme notre Papa qui nous relève toujours. Dans la vie, nous avançons à tâtons, comme un enfant qui commence à marcher mais qui tombe. Quelques pas et il tombe encore ; il tombe et retombe, et chaque fois le papa le relève. La main qui nous relève est toujours la miséricorde : Dieu sait que sansmiséricorde, nous restons à terre, que pour marcher, nous avons besoin d’être remis debout.

Et tu peux objecter : ‘‘Mais je ne cesse jamais de tomber !’’. Le Seigneur le sait et il est toujours prêt à te relever. Il ne veut pas que nous repensions sans arrêt à nos chutes, mais que nous le regardions lui qui, dans les chutes, voit des enfants à relever, dans les misères voit des enfants à aimeravec miséricorde. Aujourd’hui, dans cette église devenue sanctuaire de la miséricorde à Rome, en ce dimanche que saint Jean-Paul II a consacré à la Miséricorde Divine il y a vingt ans, accueillons avec confiance ce message. Jésus a dit à sainte Faustine : « Je suis l’amour et la miséricorde même ; il n’estpas de misère qui puisse se mesurer avec ma miséricorde » (Journal, 14 septembre 1937). Une fois,la Sainte a dit à Jésus, avec satisfaction, d’avoir offert toute sa vie, tout ce qu’elle possédait. Mais la réponse de Jésus l’a bouleversée : « Tu ne m’as pas offert ce qui t’appartient vraiment ». Qu’est-ce que cette sainte religieuse avait gardé pour elle ? Jésus « lui dit avec douceur » : ‘‘Ma fille, donne- moi ta misère’’ » (10 octobre 1937). Nous aussi, nous pouvons nous demander : ‘‘Ai-je donné ma misère au Seigneur ? Lui ai-je montré mes chutes afin qu’il me relève ?’’ Ou alors il y a quelquechose que je garde encore pour moi ? Un péché, un remords concernant le passé, une blessure quej’ai en moi, une rancœur envers quelqu’un, une idée sur une certaine personne… Le Seigneur attendque nous lui apportions nos misères, pour nous faire découvrir sa miséricorde.

Revenons aux disciples ! Ils avaient abandonné le Seigneur durant la passion et ils se sentaient coupables. Mais Jésus, en les rencontrant, ne fait pas de longues prédications. À eux qui étaientblessés intérieurement, il montre ses plaies. Thomas peut les toucher et il découvre l’amour ; ildécouvre combien Jésus avait souffert pour lui qui l’avait abandonné. Dans ces blessures, il touche du doigt la proximité amoureuse de Dieu. Thomas, qui était arrivé en retard, quand il embrasse la miséricorde, dépasse les autres disciples : il ne croit pas seulement à la résurrection, mais à l’amoursans limites de Dieu. Et il se livre à la confession de foi la plus simple et la plus belle : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » (v. 28). Voilà la résurrection du disciple : elle s’accomplit quand son humanité fragileet blessée entre dans celle de Jésus. Là, les doutes se dissipent, là Dieu devient mon Dieu, là onrecommence à s’accepter soi-même et à aimer sa propre vie.

Chers frères et sœurs, dans l’épreuve que nous sommes en train de traverser, nous aussi,comme Thomas, avec nos craintes et nos doutes, nous nous sommes retrouvés fragiles. Nous avons besoin du Seigneur, qui voit en nous, au-delà de nos fragilités, une beauté indélébile. Avec lui, nous nous redécouvrons précieux dans nos fragilités. Nous découvrons que nous sommes comme de très beaux cristaux, fragiles et en même temps précieux. Et si, comme le cristal, nous sommes transparents devant lui, sa lumière, la lumière de la miséricorde, brille en nous, et à travers nous, dans le monde.Voilà pourquoi il nous faut, comme nous l’a dit la Lettre de Pierre, exulter de joie, même si nousdevons être affligés, pour un peu de temps encore, par toutes sortes d’épreuves (cf. 1P 1, 6).

En cette fête de la Miséricorde Divine, la plus belle annonce se réalise par l’intermédiaire dudisciple arrivé en retard. Manquait seul lui, Thomas. Mais le Seigneur l’a attendu. Sa miséricorde n’abandonne pas celui qui reste en arrière. Maintenant, alors que nous pensons à une lente et péniblerécupération suite à la pandémie, menace précisément ce danger : oublier celui qui est resté en arrière.Le risque, c’est que nous infecte un virus pire encore, celui de l’égoïsme indifférent. Il se transmet àpartir de l’idée que la vie s’améliore si cela va mieux pour moi, que tout ira bien si tout ira bien pourmoi. On part de là et on en arrive à sélectionner les personnes, à écarter les pauvres, à immoler surl’autel du progrès celui qui est en arrière. Cette pandémie nous rappelle cependant qu’il n’y a nidifférences ni frontières entre ceux qui souffrent. Nous sommes tous fragiles, tous égaux, tous précieux. Ce qui est en train de se passer nous secoue intérieurement : c’est le temps de supprimer lesinégalités, de remédier à l’injustice qui mine à la racine la santé de l’humanité tout entière ! Mettons-nous à l’école de la communauté chrétienne des origines, décrite dans le livre des Actes des Apôtres ! Elle avait reçu miséricorde et vivait la miséricorde : « Tous les croyants vivaient ensemble, et ils avaient tout en commun ; ils vendaient leurs biens et leurs possessions, et ils en partageaient le produit entre tous en fonction des besoins de chacun » (Ac 2, 44-45). Ce n’est pas une idéologie, c’est lechristianisme.

Dans cette communauté, après la résurrection de Jésus, un seul était resté en arrière et lesautres l’ont attendu. Aujourd’hui, c’est le contraire qui semble se passer : une petite partie del’humanité est allée de l’avant, tandis que la majorité est restée en arrière. Et chacun pourrait dire : « Ce sont des problèmes complexes, il ne me revient pas de prendre soin des personnes dans le besoin,d’autres doivent y penser !’’. Sainte Faustine, après avoir rencontré Jésus, a écrit : « Dans une âmesouffrante, nous devons voir Jésus crucifié et non un parasite et un poids… [Seigneur], tu nous donnes la possibilité de pratiquer les œuvres de miséricorde et nous nous livrons à des jugements » (Journal, 6 septembre 1937). Cependant, elle-même s’est plainte un jour à Jésus qu’en étant miséricordieux onpasse pour un naïf. Elle a dit : « Seigneur, on abuse souvent de ma bonté ». Et Jésus a répondu : « Peu importe, ma fille, ne t’en soucie pas, toi, sois toujours miséricordieuse envers tout le monde » (24 décembre 1937). Envers tous : ne pensons pas uniquement à nos intérêts, aux intérêts partisans.Saisissons cette épreuve comme une occasion pour préparer l’avenir de tous. En effet, sans une visiond’ensemble, il n’y aura d’avenir pour personne.

Aujourd’hui, l’amour désarmé et désarmant de Jésus ressuscite le cœur du disciple. Nous aussi, comme l’apôtre Thomas, accueillons la miséricorde, salut du monde. Et soyons miséricordieux envers celui qui est plus faible : ce n’est qu’ainsi que nous construirons un monde nouveau.

[00512-FR.01] [Texte original: Italien]

Église en Sortie 30 mars 2020

Cette semaine à Église en Sortie, on discute d’Église et d’économie autour du récent discours du pape François au « Séminaire sur les nouvelles formes de fraternité solidaire, d’inclusion, d’intégration et d’innovation » au Vatican avec le spécialiste en gouvernance et professeur à la Smith School of Business de l’Université Queen’s, Bertrand Malsch. On vous présente un reportage sur le mémoire de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec concernant les modifications du Gouvernement du Québec au cours d’éthique et de culture religieuse. Dans la troisième partie de l’émission, Francis Denis reçoit le théologien et exégète Michel Gourgue o.p. pour parler de son plus récent livre intitulé « Plus tard tu comprendras ».

L’Église et l’économie avec Bertrand Malsch B.C.L., LL.B

Cette semaine, dans le cadre de son balado « Parrêsia », Francis Denis discute d’Église et d’économie autour du récent discours du pape François prononcé le 5 février dernier, au « Séminaire sur les Nouvelles formes de fraternité solidaire, d’inclusion, d’intégration et d’innovation ». Ce séminaire était organisé par l’Académie des sciences sociales et tenu au Vatican. Il réunissait des représentants de gouvernements, de banques, d’économistes venus du monde entier et d’organisations internationales.  Le Pape, dans son allocution, a voulu offrir ses perspectives sur l’état actuel de l’économie mondiale. Pour discuter de ce discours important et des différents enjeux qui y sont relevés, je m’entretiens avec Bertrand Malsch, avocat, professeur agrégé de la Smith school of Business de l’Université Queens et Directeur du Centre pour la gouvernance et la reddition de compte de l’Ordre professionnel des comptables de l’Ontario.

Les rêves du Pape pour l’Amazonie

(Photo: CNS/Paul Haring) Mercredi dernier le 12 février 2020, la très attendue exhortation apostolique suivant le Synode d’octobre dernier sur l’Amazonie était publiée. Intitulée « Querida Amazonia », ce texte d’une trentaine de pages manifeste le rêve du premier Pape sud-américain pour cette terre unique de l’Amazonie. Divisée en quatre parties représentant chacune les « rêves » (no 7) du pape pour l’ensemble des peuples qui vivent dans la région, ce document n’en a pas moins une importance et une résonnance universelle.

Les peuples autochtones nous précèdent

La nature de ce texte est d’abord et avant tout une exhortation afin que l’ensemble du peuple de Dieu et « des personnes de bonne volonté » puissent se joindre à lui par la prière et les initiatives pastorales pour le bien des populations vivant dans cette région du monde. Pour ce faire, le Pape rappelle la centralité des populations autochtones de la région dans l’amélioration de leurs propres conditions de vie sociales et environnementales. En effet, bien que la défense de la nature soit des plus urgentes, « un conservatisme « qui se préoccupe du biome mais qui ignore les peuples amazoniens » est inutile » (no8). On pourrait dire que le bien de l’environnement dépend de la santé sociale de ces peuples et que ce n’est qu’en respectant leur dignité à tous les niveaux, que la solution aux problèmes environnementaux se manifestera. En d’autres termes, en cherchant le bien-être des autochtones de l’Amazonie la préservation de l’environnement nous sera donné comme « par surcroît » (Mt 6,33).

En effet, comment ne pas voir que ces populations, du fait même qu’elles aient gardé un rapport plus étroit avec la nature (no 40), sont les plus à même d’agir comme peuple intermédiaire avec l’esprit techniciste propre à notre époque. Véritables ambassadeurs de la nature auprès de l’humanité, les peuples autochtones doivent être aux premières loges des décisions de développement de leur région. Il continue en écrivant ceci : « La sagesse de la manière de vivre des peuples autochtones – malgré toutes ses limites – nous pousse à approfondir cette aspiration » (no 22). Pour cela, le Pape exhorte les peuples autochtones à en être eux-mêmes les « protagonistes » (no 27) tout en cultivant un esprit ouvert au dialogue (no 26).Tous les pays doivent donc chercher des moyens pour développer « une recherche de la justice qui est inséparablement un chant de fraternité et de solidarité, une stimulation pour la culture de la rencontre ».

Pour une culture de l’enracinement

Pour être le plus efficace dans la préservation des intérêts des peuples amazoniens, le Pape les exhorte à être d’authentiques « cultivateurs » de leurs cultures et mémoires ancestrales : « J’invite les jeunes de l’Amazonie, surtout les autochtones, à « prendre en charge les racines, parce que des racines provient la force qui les fait croître, fleurir, fructifier » (no 33). Sans connaissance claire de l’histoire personnelle, familiale et nationale, impossible d’entrer dans un dialogue authentique avec les autres peuples. En ce sens, le pape François se « réjouis(t) de voir que ceux qui ont perdu le contact avec leurs propres racines cherchent à retrouver la mémoire perdue » (no 35). En ce sens, l’Église peut être d’une aide importante dans la préservation des cultures amazoniennes en suscitant la production et le rayonnement d’initiative culturelle.

On voit aujourd’hui combien un thème comme l’environnement peut faire l’objet d’instrumentalisation partisane. Dans ce contexte, les peuples de l’Amazonie peuvent jouer un rôle central pour surpasser ces écueils contre-productifs. Gardant une vision holistique de la nature c’est-à-dire une vision de l’environnement qui inclut l’humanité, les peuples de l’Amazonie voit d’une manière encore plus aigüe que partout ailleurs qu’« abuser de la nature c’est abuser des ancêtres, des frères et sœurs, de la création et du Créateur, en hypothéquant l’avenir »(no 42). Ainsi, les peuples amazoniens de par leur attachement à leur culture et à l’environnement nous montre que la défense de la nature ne pourra se développer que parallèlement à une culture des racines culturelles propres à chaque peuple. Défendre la nature dépend de notre engagement envers la culture. L’Amazonie a donc beaucoup à nous apprendre.

Une Exhortation pour tous

Bien que l’Exhortation apostolique du pape François « Querida Amazonia » soit spécifiquement orientée vers les peuples de l’Amazonie et ceux qui sont directement en lien avec ces derniers, ce texte a beaucoup à nous apprendre pour le tournant missionnaire que nous avons tous à faire. Que ce soit par les relations étroites qu’ils entretiennent avec la nature que par leur souci de préserver leur culture des ravages d’un monde en proie à l’uniformisation, l’Église et la société ont tout à gagner à se mettre à leur école et à prendre véritablement un « visage amazonien »

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